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Documentaliste-Sciences de l'Information

2012/3 (Vol. 49)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.493.0042
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Proxima Mobile, un portail de services mobiles pour les citoyens

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Bilan. Proxima Mobile, projet de politique industrielle dont la genèse et la réalisation sont relatées ici, vise à aider l’écosystème des services mobiles. La description des modalités de création des services «Proxima Mobile» pour les citoyens est le point de départ d’une analyse de l’impact social, économique et industriel des technologies mobiles et du rôle des acteurs publics face aux mutations de l’Internet.

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En l’espace de quelques années, l’Internet mobile a connu un essor sans précédent. Sur 2 milliards d’internautes dans le monde, un milliard devrait utiliser le mobile comme mode d’accès principal à l’Internet à la fin de l’année 2012 [1][1] Global Smartphone Users (Ipsos, 02/2012) http://bi.... La France compte déjà 32 millions d’utilisateurs de l’Internet mobile [2][2] Observatoire des communications électroniques (ARCEP,..., soit près du quart des usagers de l’Union européenne. Les services mobiles sont désormais, au sens littéral du terme, « dans la main » des citoyens, et leur permettent d’effectuer de nombreuses démarches quotidiennes. Grâce à l’ergonomie des interfaces tactiles des terminaux mobiles, des personnes qui ne disposaient pas d’expérience informatique ont pu utiliser des services mobiles C’est pour développer de nouveaux services que Proxima Mobile, premier portail européen de services d’intérêt général sur terminaux mobiles, a été conçu.

De nouveaux services pour les citoyens

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Élaboré en 2003 dans le cadre du rapport Proxima : Internet, École et Famille[3][3] http://bit.ly/VPJMsK remis au ministère de l’Éducation et au ministère de la Famille, Proxima Mobile n’a été mis en œuvre qu’en 2009, lorsque les nouvelles générations de terminaux mobiles ont permis l’appropriation de ces services par le grand public. Ce portail doit favoriser la création d’un bouquet de services d’intérêt général dans des domaines aussi divers que l’éducation, le droit, la santé, le tourisme, le handicap, la vie locale, l’emploi, les transports et le développement durable.

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Le projet a été financé dans le cadre du plan de Relance, à hauteur de 15 millions d’euros. Cette enveloppe initiale a financé les 70 premiers services du portail, qui en compte désormais près de 150 sur les principales plateformes de smartphones et tablettes. Proxima Mobile a ainsi soutenu 200 sociétés dont les services mobiles sont utilisés quotidiennement par 6 à 8 millions de personnes.

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Proxima Mobile, coordonné par la Délégation aux usages de l’Internet (DUI) sous la tutelle du ministère chargé de l’Économie numérique et du ministère de la Recherche, avait un double objectif : offrir aux citoyens des services qui facilitent leur quotidien et stimuler le développement de l’écosystème des services mobiles. Il s’agissait aussi d’aider les PME innovantes à tisser des liens avec les administrations ou les collectivités locales pour développer des services utiles aux citoyens à l’échelle nationale, voire européenne. Le développement des technologies et services mobiles est en effet devenu un enjeu stratégique pour l’économie et la création d’emplois.

Des services utiles au quotidien

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Quatre critères fondamentaux ont été retenus pour la sélection des applications et services de Proxima Mobile : le caractère d’intérêt général, l’ergonomie, la gratuité et l’absence de publicité. Les applications lauréates ne devaient pas se contenter de reproduire à l’identique des services web existants, mais créer des services tenant compte des spécificités des mobiles.

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En plus de simplifier l’accès à l’information, les plateformes mobiles prennent en compte le contexte d’utilisation. La contextualisation des informations couplée à la géolocalisation est l’un des atouts majeurs de l’Internet mobile. Les outils de géolocalisation constituent ainsi l’épine dorsale de l’essentiel des services mobiles au point qu’à eux seuls, ils deviennent les plateformes sur lesquelles viennent se greffer de nouveaux services, qui rajoutent de nouvelles strates d’informations (commerciales, culturelles, environnementales, etc.). C’est le cas de l’application Jaccede mobile, service cofinancé par Proxima Mobile et l’opérateur SFR, à l’origine du premier réseau social géolocalisé dédié à l’accessibilité des lieux publics aux personnes à mobilité réduite sur le territoire européen. Ainsi, les données géolocalisées, qu’elles soient liées à la culture, à l’environnement ou aux transports, jouent un rôle essentiel dans la valorisation et l’attractivité des territoires.

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Dans un second temps, Proxima Mobile a lancé des appels à projets européens pour encourager la création de services transnationaux dédiés aux citoyens de l’Union européenne et contribuant à valoriser le patrimoine culturel, géographique et environnemental.

L’ergonomie comme clé de voûte

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L’ergonomie représente un point fondamental pour le développement des services sur terminaux mobiles et leur montée en puissance est liée à la simplification des interactions avec l’utilisateur. Les écrans tactiles ont favorisé la diffusion d’une « grammaire gestuelle » permettant d’accéder plus simplement aux informations. Ces évolutions ergonomiques participent aussi à la réduction de la fracture numérique auprès des foyers défavorisés, comme l’ont montré les études de l’ANSA [4][4] « Usages de l’Internet mobile et publics à faibles..., et les travaux menés aux États-Unis auprès des minorités ethniques [5][5] « L’Internet mobile réduit la fracture numérique pour....

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La conception des services mobiles, plus encore que celle des sites web, doit donc répondre à des critères ergonomiques stricts : le nombre d’interactions avec l’usager doit être limité, de même que le temps nécessaire pour obtenir une information. À mesure qu’ils se mêlent à la vie quotidienne des utilisateurs, les services mobiles doivent devenir plus simples afin d’être utilisables par des utilisateurs néophytes [6][6] Voir recommandations du W3C http://bit.ly/PXrbUC.

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Les projets candidats au portail Proxima Mobile ont donc d’abord été jugés sur leur ergonomie. Cette préoccupation a permis à certains services du portail d’être plus ergonomiques que leur équivalent sur le web. C’est, par exemple, le cas du service Legimobile [7][7] http://bit.ly/bkSvwn, adaptation mobile du portail officiel du droit français Legifrance. Par ailleurs, à l’issue de la réalisation de Proxima Mobile, une première étude nationale sur les usages des tablettes interactives auprès des seniors, réalisée en partenariat avec le CNRS, a permis de publier un Livre blanc de recommandations ergonomiques à l’attention des constructeurs et développeurs de services à destination des seniors [8][8] http://bit.ly/omIN0c.

Des services gratuits rentables

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Les concepteurs des applications lauréates se sont engagés à ce que leurs services soient gratuits pendant la première année de diffusion. Il s’agissait de permettre à un large public d’en bénéficier, mais aussi de développer par la suite des versions ou des volets « premium ». C’est le cas de l’application officielle du musée du Louvre (application culturelle la plus téléchargée au monde avec 7 millions de téléchargements dont 60 % aux États-Unis).

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De nombreuses applications sont restées gratuites à l’issue de leur première année, leurs modèles économiques ayant permis un reversement « en amont » de l’usager. C’est le cas des applications touristiques telles que HotelHotel (géolocalisation en réalité augmentée des chambres d’hôtel disponibles), Adele (géolocalisation des logements étudiants) ou encore BlaBlaCar (ex Comuto). Devenue une référence en matière de covoiturage en Europe, BlaBlaCar fédère plus de 2 millions d’utilisateurs en France et s’est exportée dans 4 pays européens. Comme le notait le New York Times, cette application a permis à l’Europe de devenir le premier continent pour le covoiturage sur mobile et d’acquérir des savoir-faire stratégiques pour les acteurs des transports [9][9] « Ride-Sharing Services Grow Popular in Europe », New....

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Les services Proxima Mobile ne doivent pas contenir de publicité. Plus qu’un choix politique, il s’agit d’éviter les bannières publicitaires qui occupent une place importante à l’écran et diminuent la surface utile pour l’affichage et la consultation des contenus. Les publicités sur mobiles restent peu appréciées des mobinautes, ce qui explique en partie les difficultés des acteurs de l’Internet à intégrer des publicités dans le modèle économique des applications mobiles.

Une méthodologie innovante

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Proxima Mobile constituait aussi une innovation institutionnelle par l’intervention précoce de l’État dans le secteur stratégique des services mobiles. Ce projet représentait alors une part importante de l’investissement dans les services et applications mobiles. Les 15 millions d’euros de l’appel à projets équivalaient au quart du budget du marketing mobile en France en 2009.

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La préoccupation initiale du projet portait sur l’apport des services à la vie quotidienne des usagers. Le suivi des projets étant l’un des volets essentiels de la démarche, les équipes de la DUI ont accompagné les concepteurs de services (notamment les collectivités locales et les administrations) dans la réalisation de services mobiles utiles et adaptés à un large public.

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Une veille internationale sur les services innovants, créée au sein du portail, permet aux concepteurs de services mobiles (publics et privés) d’être informés des évolutions technologiques et des politiques publiques menées pour des services d’intérêt général sur mobiles.

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La mise en place du portail s’est aussi accompagnée de la création d’un label d’État pour les concepteurs de services d’intérêt général innovants. Ce label, gage de qualité et d’utilité pour les services, constitue un atout important pour les PME innovantes lors de leurs recherches de financements.

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Le projet Proxima Mobile, réalisé plus d’un an avant son équivalent américain (apps.usa.gov), a reçu le trophée 2011 du World eGov Forum de la meilleure initiative en matière d’administration électronique [10][10] http://bit.ly/R8BbeI. La DUI a récemment signé un accord de coopération afin d’aider la Tunisie à mettre en place un portail Proxima Mobile destiné aux citoyens tunisiens. Un accord similaire est en cours de négociation avec le gouvernement brésilien.

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En Europe et aux États-Unis, de nouveaux types de concours, reposant souvent sur des cahiers des charges précis, sont organisés par les acteurs publics pour élaborer des technologies qui auront à la fois un effet levier sur l’écosystème industriel et un fort impact sociétal. Le concours Tricorder [11][11] « Les contours du concours X Prize se précisent »,..., mis en place par la Fondation X Prize, vise à créer les objets médicaux du futur qui aideront les citoyens à détecter les pathologies courantes [12][12] http://bit.ly/vZcuil. Plus récemment, quatre agences fédérales américaines ont lancé un concours pour créer un appareil mobile mesurant l’impact de la pollution sur la santé [13][13] « Un concours pour créer un appareil mobile mesurant.... On notera aussi que pour la première fois, en 2012, la Commission européenne a utilisé ce principe de « concours à cahier des charges » pour financer la réalisation de technologies intégrées [14][14] FP7 PCRDT (Large scale integrating collaborative project)....

Les choix de la m-administration

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Les administrations et les collectivités locales ont d’abord développé des applications spécifiques à l’une ou l’autre des grandes plateformes de terminaux mobiles. La rapidité d’exécution de ces applications dites natives était nettement supérieure à celle des sites web optimisés pour les mobiles. Mais les évolutions du langage HTML5 [15][15] « HTML5, nouveau langage de l’Internet mobile », Proxima... pourraient aider à créer des web applications bénéficiant des mêmes fonctionnalités (en particulier l’accès aux ressources internes des terminaux mobiles comme la géolocalisation). Les créateurs de services mobiles ne seraient donc plus contraints à réécrire des applications pour chaque plateforme (iOS, Android, Windows 8, etc.). De plus, les travaux européens sur les plateformes mobiles open source[16][16] « Open source et plateformes mobiles », Proxima Mobile... pourraient aider à créer des alternatives aux systèmes d’exploitation mobiles propriétaires.

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Si, dans un premier temps, les collectivités locales ont développé des services mobiles dédiés aux transports, au tourisme ou à la culture, une autre tendance se fait jour : l’open data. Il s’agit pour ces collectivités de rendre disponibles les données qu’elles ont rassemblées pour permettre à des entreprises de créer de nouveaux services dans lesquels les utilisateurs intégreront des données dites « sociales ». C’est le cas des collectivités locales qui ont mis en place des services géolocalisés à partir du système cartographique collaboratif OpenStreetMap [17][17] Voir l’application StrasMap http://bit.ly/zhqp7Z.

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La diffusion des données publiques sur Internet constitue un enjeu clé tant d’un point de vue économique que politique pour favoriser la transparence de l’action publique. Or, trop souvent dans le passé, la diffusion des données publiques a été perçue dans son approche quantitative (liée au volume de documents) plus que dans son approche qualitative (liée à l’impact de l’ouverture de ces données sur l’écosystème des technologies). Il convient désormais de l’orienter pour que les administrations rendent accessibles en priorité les informations réutilisables. Parmi les nombreuses applications Proxima Mobile utilisant des données publiques, Changer de ville, fondée sur les données de l’Insee et des collectivités locales, permet aux citoyens de choisir une ville en fonction de leurs critères prioritaires (transports, installations culturelles et sportives, etc.).

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L’appel à projets européens Open Data Proxima Mobile a donc été lancé pour encourager le développement de services basés sur les données publiques. À la différence du web, les plateformes mobiles permettent, en effet, de concevoir à moindre coût des services transnationaux et multilingues. Dans le prolongement du service Changer de ville, l’application NewExpat permettra d’étendre à l’ensemble des villes européennes les recherches d’informations utiles aux expatriés.

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Une nouvelle forme de diffusion des données publiques devrait bientôt se développer. Permettant aux citoyens d’accéder aux données relatives à leurs activités auprès d’une administration, ces données pourront être utilisées par des concepteurs pour créer des services mobiles plus ergonomiques. Ce principe, appelé Smart Disclosure, a été utilisé pour des initiatives lancées aux États-Unis par la Maison Blanche : Green Button donne aux usagers un accès détaillé aux informations de consommation électrique [18][18] « Maîtriser la consommation électrique depuis les mobiles... ; Blue Button permet aux vétérans d’accéder à leur dossier médical en ligne. Cette nouvelle forme de diffusion des données publiques pourrait devenir un enjeu économique et industriel majeur. Mais il conviendra à la puissance publique de fixer des règles pour que ces technologies soient utilisées en accord avec les principes et valeurs des citoyens, en particulier la protection de la vie privée.

Les perspectives : Proxima Lab et Proxima Énergie

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Les prochaines étapes de développement du portail Proxima Mobile seront liées aux mutations des technologies mobiles et à l’essor de nouvelles générations d’objets connectés. Ces objets concerneront la santé, la maîtrise de l’énergie ou encore les loisirs. Prenant appui sur les smartphones et les tablettes, ils pourraient devenir la base d’un « Internet des objets » [19][19] Bernard Benhamou, « Internet des objets : défis technologiques,....

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Des objets médicaux connectés pourront ainsi être développés pour une fraction du coût actuel des appareils médicaux spécialisés. Plus de 50 millions d’objets médicaux connectés devraient être diffusés aux États-Unis d’ici à 2015 [20][20] Proxima Mobile, 02/06/2012, http://bit.ly/VPtdgB. Dans ce domaine, plusieurs sociétés françaises se sont déjà distinguées au niveau international ; c’est le cas de la société Withings dont le tensiomètre et la balance connectés figurent parmi les objets les plus vendus sur l’Apple Store aux États-Unis [21][21] « 5 appareils français parmi les 12 objets connectés....

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Mais l’appareil qui connaît le plus grand succès sur l’Apple Store est un thermostat intelligent [22][22] « Un thermostat connecté comme base du réseau électrique... qui permet aux usagers d’éviter des dépenses inutiles. Les objets liés à la maîtrise de l’énergie, pourraient même être la base de ce que l’on appelle désormais le réseau électrique intelligent (Smart Grid). Pour accompagner le développement de ce secteur en France, la DUI a conçu le programme Proxima Énergie qui a pour objectif de favoriser le développement des PME dans le domaine des applications et des objets connectés dédiés à la maîtrise de l’énergie. Il s’agira d’aider les citoyens, les entreprises et les collectivités locales à acquérir les meilleures pratiques en matière de gestion de l’énergie.

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La télévision est un autre secteur appelé à être transformé par l’essor des technologies mobiles [23][23] « Quelles interfaces pour les terminaux mobiles demain.... La DUI a donc créé Proxima Lab, laboratoire commun au ministère de la Recherche et au ministère chargé de l’Économie numérique, qui doit étudier les nouvelles plateformes et les nouveaux usages des télévisions connectées aux terminaux mobiles. En effet, à mesure que se développent des liens entre les télévisions et les terminaux mobiles, de nouveaux services issus de l’Internet se mettent en place autour de la consultation des contenus audiovisuels. Ces services s’étendront bientôt aux domaines des loisirs, de la santé, de l’éducation ou encore de la maîtrise de l’énergie. Ce laboratoire réunit des équipes issues du monde des technologies, des médias, de la recherche ainsi que des ergonomes et des designers. Parmi les membres fondateurs du laboratoire figurent l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), l’Institut Mines-Télécom, l’Institut de recherche en sciences du numérique (INRIA), le Pôle de compétitivité d’Île-de-France sur les contenus et services numériques (Cap Digital). L’une des premières réalisations du laboratoire Proxima Lab correspondra à la publication d’un Livre Blanc de recommandations ergonomiques et fonctionnelles. À l’instar du Livre Blanc Seniors et tablettes interactives réalisé avec le CNRS (voir encadré ci-dessous), ce Livre Blanc sur les usages des télévisions connectées sera destiné aux éditeurs de services et aux concepteurs de dispositifs de télévisions connectées. Ce Livre Blanc servira aussi de base de l’appel à projets européens Proxima Lab qui sera lancé dans le courant de l’année 2013 par la DUI pour stimuler le développement d’un écosystème des services liés aux télévisions connectées.

Livre blanc seniors et tablettes interactives

L a Délégation aux usages de l’Internet a publié le premier livre blanc consacré à l’usage des tablettes interactives chez les seniors. Cet ouvrage a été réalisé par le laboratoire LUTIN du CNRS et l’association d’entreprises Silicon Sentier. Il s’adresse aux concepteurs de tablettes et aux développeurs de services mobiles pour les aider à créer des outils mieux adaptés aux seniors. Ces évolutions ergonomiques bénéficieront en premier lieu aux seniors et plus largement à l’ensemble des citoyens.

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Bernard Benhamou

Les éditeurs et la mobilité : retour d’expérience

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Pratique. Connaître les particularités de la lecture nomade, voici un élément à retenir lorsqu’on crée un service mobile. Mais d’autres aspects, de nature économique et technique, jouent également un rôle important dans le succès d’une telle entreprise.

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À peine digérées les adaptations nécessaires à une présence sur l’Internet, un nouveau challenge se présente aux éditeurs d’information : l’adaptation à la mobilité. Deux chiffres témoignent de l’explosion de l’utilisation du mobile Le trafic de données mobiles est aujourd’hui trois fois plus important que le trafic internet en 2000 [24][24] Cisco Visual Networking Index: Global Mobile Data Traffic... et, selon Orange, le nombre de mobinautes dépasserait le nombre d’internautes sur ordinateur fixe d’ici deux ans.

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S’il est vrai que certains aspects ne représentent dans les faits qu’un simple copier-coller de l’Internet, d’autres nécessitent une vraie réflexion et de profonds changements. Ce retour d’expérience sur des applications (apps) d’actualités présente les adaptations qui ont été nécessaires à leur lancement, qu’elles aient été technologiques, éditoriales ou économiques.

Recommandations

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  • Bien connaître la cible

La mise en place de solutions de mobilité chez un éditeur implique une bonne connaissance de ses clients finals. Quel est le taux d’équipement en smartphones ou en tablettes de ma cible ? Possède-t-elle plutôt un matériel Apple ou des smartphones sous Androïd ? Les réponses données par des éditeurs, des enquêtes d’organismes spécialisés, les analyses du trafic en provenance de mobiles sur nos sites Web et des sondages directs auprès de nos clients ont donné des orientations techniques (fig 1). Elles ont confirmé notre choix du système d’exploitation iOS (système d’exploitation mobile d’Apple), au moment du lancement en tout cas car il faut sans cesse s’adapter à l’évolution du marché. Nous avons ainsi commencé il y a quatre mois à décliner nos apps pour Androïd suite aux demandes de nos clients. L’analyse des statistiques de téléchargement ont ensuite permis d’optimiser les tests, en restreignant ces derniers à trois ou quatre smartphones de marques différentes.

 - Figure 1Figure 1

L’analyse des statistiques permet de connaître les principaux périphériques mobiles (smartphones ou tablettes) utilisés sur le site, et donc de focaliser les tests de déboguage de l’app sur ces périphériques.

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Toutefois, la plate-forme Apple domine encore. Nos apps, qui proposent des actualités aux professionnels de la santé, sont en moyenne 1,8 fois plus téléchargées par semaine sur l’App Store que sur Google Play.

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Autre élément d’information : le lieu d’utilisation. Selon que la cible visée est à majorité citadine, rurale ou mixte, selon que l’utilisation envisagée se fait plutôt au bureau ou en situation nomade, l’éditeur choisira de réaliser une app ou une application Web (WebApp) Une WebApp est plus facile à développer (multi plates-formes) mais est globalement moins ergonomique, elle n’exploite pas toutes les fonctionnalités du smartphone et surtout ne fonctionne pas en mode déconnecté.

  • Bien connaître les outils

Les terminaux mobiles apportent plusieurs nouvelles fonctionnalités qu’il est important de connaître, à défaut de les exploiter immédiatement. La plus connue est le push, une alerte envoyée sur l’écran même si l’application n’est pas lancée : un bon moyen d’inciter à la lecture d’une actualité urgente. Mais le push doit être utilisé avec parcimonie : l’abus ou l’envoi en dehors des heures raisonnables incitera les utilisateurs à désactiver le push pour l’app, voire à supprimer l’application. Nous n’avons pas encore exploité le GPS, l’accéléromètre, la boussole et le gyroscope intégrés dans l’iPhone. Le smartphone a certes des fonctionnalités nouvelles, mais également des limites : ainsi, l’impression nécessite une imprimante particulière (compatible Airprint, à moins de passer par des apps tierces comme printer Pro), le format flash des bannières n’est pas lisible sur la gamme Apple, il n’est pas possible d’envoyer des pièces jointes dans les formulaires.

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Attention à ne pas sous-estimer la complexité de mise en ligne des produits sur l’App Store, d’autant plus que les règles d’acceptation peuvent évoluer.

  • Des modèles économiques variés

En mobilité, on retrouve les modèles classiques du online (vente à l’unité, abonnement), avec cependant des particularités comme l’In-App Purchase, qui permet de vendre à l’intérieur de l’app des niveaux ou modules supplémentaires. On n’oubliera pas qu’Apple et Google prélèvent 30 % de commission sur les ventes ou les achats intégrés et ne donnent aucune information sur l’acheteur.

Retour d’expérience

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Nos premières apps ont été des fils d’actualité pour les professionnels de santé, leur permettant de consulter les dernières informations socio-professionnelles en mobilité. Du côté du lecteur, l’intérêt est évident : accès rapide à l’information et partage aisé avec ses confrères (par courriel, sur Facebook ou Twitter).

  • Rapidité de diffusion

Le Web avait déjà accru le phénomène d’immédiateté de l’information. Celui-ci est encore accentué avec le mobile. Portant son smartphone sur soi, l’utilisant pour raisons à la fois professionnelle et personnelle, le professionnel de santé s’attend à recevoir l’information sur son mobile très rapidement. Et notre capacité de réactivité en tant qu’éditeur d’information est alors primordiale.

  • Une lecture différente

On sait depuis longtemps qu’on ne lit pas sur le Web comme on lit sur le papier. La lecture linéaire est abandonnée au profit d’un « scan balayage » de la page, avec un focus sur le texte situé en haut à gauche, et au-dessus de la ligne de flottaison (la zone qui ne nécessite pas de scroller l’écran). La lecture sur tablette se rapproche de celle sur écran d’ordinateur. Sur mobile en revanche, en raison de la surface de lecture très réduite, l’attention du lecteur se focalise encore davantage sur les titres. Mais si le sujet l’intéresse, il sera prêt à aller plus loin et à scroller l’écran.

  • Incidences rédactionnelles

Quelles sont les incidences pour la rédaction ? « Une relation nouvelle à bâtir avec un lectorat volatile, réactif, impliqué », indique le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) dans un descriptif de la formation « Écrire pour le mobile ». Après « comment écrire pour le web », il faut apprendre à « écrire pour le mobile » puisque les attentes du mobinaute présentent des particularités. C’est un lecteur qui lit l’actualité entre deux clients, dans les transports ou devant la télévision, etc. Bref, un lecteur qui ira à l’essentiel, d’autant plus que la surface de l’écran est réduite : elle atteint en moyenne 3,5 pouces (soit pour une prise en main optimale), même si les écrans supérieurs à 5 pouces commencent à faire leur apparition.

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Mais avant de réfléchir à une nouvelle façon d’écrire, la première étape, essentiellement technique, consiste à adapter au petit écran les actualités déjà présentes sur le site, et à s’assurer une ergonomie suffisante en matière de navigation. C’est d’autant plus important que la page est « nettoyée » des éléments de contextualisation, comme la colonne de gauche ou la barre de menu dynamique. Mais la longueur de texte n’est pas primordiale. Le scrolling est entré dans les mœurs, avec deux conditions toutefois : bien chapitrer, et offrir la possibilité d’agrandir la taille des caractères.

  • Exploiter le multimédia

Les éléments multimédias sont également des points de vigilance. Les photos prétextes (pour habiller l’article et sans grand intérêt), réduites en taille, ne seront plus lisibles. Et s’il est vrai que le format, en moyenne de 3,5 pouces, se prête très bien à une lecture vidéo, il faut avoir en tête la disparité de la couverture réseau, puisqu’en général cette vidéo sera proposée en streaming, et donc non stockée sur le smartphone. Dans le cas d’une interview, par exemple, on reportera les échanges sous la vidéo, de manière à compenser l’impossibilité éventuelle de visualisation de la vidéo. De manière générale, les lecteurs étant parfois confrontés à une connexion faible (zone non couverte par la 3G) ou inexistante (dans le métro par exemple, même si des projets sont en cours), il est important de prévoir le chargement dans l’app des actualités, afin de pouvoir les consulter off line.

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Nous avons ajouté dans nos apps des fonctions de partage social (fig. 2) : pourquoi se priver d’un « buzz » autour d’actualités chaudes ? Le lecteur peut ainsi facilement les partager sur son compte Facebook, sur Twitter ou encore envoyer un lien vers l’actualité à un confrère.

 - Figure 2Figure 2

L’app intègre des fonctions de partage social

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Nos apps d’actualités sont globalement bien adaptées à la lecture sur mobile, sans aménagement spécifique du fond. Le texte complet occupe toute la surface de l’écran, et le lecteur peut paramétrer la taille de la police de caractères. En revanche, des efforts restent à faire pour les newsletters qui, le plus souvent, ne sont pas conçues pour le format mobile. Ne pas oublier également d’adapter au format mobile les articles du site vers lesquels renvoient les liens : il est frustrant de tomber sur une page nécessitant des zooms et des déplacements incessants.

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Fabrice Jaffré

L’invasion des applications mobiles

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Économie. Ce focus sur les États-Unis présente les modèles économiques des sociétés de développement de logiciels pour mobiles. Extrêmement variés, ces modèles financiers esquissent les perspectives d’avenir pour le marché des applications mobiles.

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Le modèle de vente initié par Apple et d’autres acteurs similaires transforme le monde du logiciel et a des implications profondes pour les sociétés de développement logiciel et leurs clients.

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Spring Partners, jeune pousse qui avait 40 000 clients en mars 2010 en compte 1,6 million quatorze mois plus tard. Cette progression de 3 900 % est loin d’être inhabituelle. Cette société basée à Charleston dans le Massachusetts n’est que l’une de ces milliers de petites entreprises qui ont dépassé les modèles traditionnels de développement, vente et distribution pour des nouveaux magasins d’applications (app stores) dirigés par Apple, Google ou d’autres géants du logiciel et de la communication.

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La société de conseil Gartner prévoit que les magasins d’applications mobiles vont enregistrer plus de 17,7 milliards de téléchargement cette année, soit une progression de près de 116 % par rapport aux 8,2 milliards de l’année dernière, et que les téléchargements d’application vont grimper jusqu’à 185 milliards en 2014. Selon cette même société, grâce à leurs applications mobiles en ligne, les développeurs ont touché plus de 15 milliards de dollars de revenus en 2011, issus à la fois des bénéfices sur les téléchargements et des publicités qui y sont liées.

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Aujourd’hui, une promenade dans les magasins d’applications ressemble à la visite d’un marché aux puces, où l’on trouve des produits de première qualité mais aussi bon nombre de biens à bas prix et de valeur douteuse accompagnés d’un service après-vente et de conseils pratiquement inexistants. Néanmoins, les vendeurs d’applications vendues dans ces magasins soutiennent que la sophistication, l’utilité et le prix de ces logiciels augmentent, noyant ainsi progressivement ceux de mauvaise qualité. Ainsi, ce modèle de vente émergent peut être compris comme un avertissement pour les compagnies de développement logiciel qui vendent leurs produits sous emballages plastifiés et dont les cycles de développement se mesurent souvent en années.

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Les modèles financiers et les philosophies adoptés par les entreprises développant des applications mobiles sont extrêmement variés. Toutes évoquent cependant les avantages de ces magasins en ligne : des coûts opérationnels faibles pour le développement, le marketing, la distribution et l’assistance client, ainsi qu’un faible investissement nécessaire pour entrer dans le jeu. Voici, à titre d’exemple, les profils de trois entreprises très différentes qui affichent leur réussite dans les magasins en ligne : Spring Partners, une jeune pousse soutenue par des investisseurs en capital risque, Instant Cocoa, un hobby transformé en une jeune pousse par deux personnes, et Nuance Communi­cations, une entreprise bien établie qui rencontre un grand succès sur les app stores en ligne.

Spring Partners

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Spring Partners, qui avait obtenu à la mi-2008 près de 5 millions de dollars en capital risque, a lancé en janvier 2009 Springpad, une application web gratuite permettant de « conserver tout ce dont vous voulez vous souvenir ». Tout ce que vous voyez en naviguant sur le Web, comme une recette ou une critique de livre, peut être ainsi catalogué et archivé dans une base de données personnelle. En mars 2010, la version iPhone de Springpad était lancée sur le magasin en ligne d’Apple, puis sur le magasin Android de Google en mai 2010 ; Spring Partners l’a rendue disponible pour l’iPad en juin 2010, avant de lancer la version 2 de l’application web en décembre 2010 sur le magasin web de Google Chrome ; enfin, en mai 2011, était annoncée sa disponibilité sur les tablettes Android de Google ainsi que l’accès hors ligne sur les navigateurs Chrome.

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Toutes les versions de Springpad sont gratuites. Spring Partners affirme tirer ses revenus, dont le montant ne sera pas dévoilé, des actions effectuées par les utilisateurs sur les éléments qu’ils ont sauvegardés dans la base de données Springpad, tel que l’achat d’un livre par exemple. Elle affirme que 2 à 3 % de leurs utilisateurs génèrent ainsi des micro-revenus par ce biais tous les mois.

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Bien que les magasins en ligne prélèvent une partie du prix de vente, habituellement autour de 30 %, ils offrent par ailleurs une diffusion gratuite aux développeurs, ce qui est certainement le facteur incitatif le plus important pour les jeunes entreprises. Jeff Janer, cofondateur et président de Spring Partners, indique cependant qu’il faut fournir un effort important pour qu’un produit soit bien référencé dans les classements d’un magasin et pour qu’il soit ainsi visible : « Nous avons réorganisé l’entreprise l’été dernier pour que tout ce que nous fassions, que cela soit du développement, de la vente ou du marketing, soit concentré vers l’objectif d’avoir un rang aussi élevé que possible. Nous dépensons des sommes importantes pour des actions de relations publiques. »

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Springpad a été développé comme un service unique, puis porté comme application native sur les différents systèmes web et mobiles en utilisant les interfaces de programmation (Application Program­ming Interface ou API) et les kits de développement (SDK) fournis par les fabricants. En outre, la compagnie a construit des connecteurs vers plus de 100 services comme Facebook ou Groupon. Huit des 13 employés de la société sont des développeurs, y compris des programmeurs Java. D’après Jeff Janer, les programmeurs avec des compétences dans le développement d’applications mobiles sont chers et rares !

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Les sociétés comme Spring Partners peuvent cependant faire des économies sur le coût des ressources informatiques en utilisant, du moins initialement, des services d’informatique en nuage (cloud). La compagnie, qui ne peut pas héberger elle-même les données, utilise le service cloud à la demande d’Amazon. « Pour nos 1,6 million d’utilisateurs, une personne de notre équipe dirige les opérations informatiques sur notre infrastructure », déclare Jeff Janer. La grande défaillance d’Amazon en avril 2011 a laissé Spring Partners hors ligne pendant 30 heures ce qui, selon lui, a été pénible. Malgré cela, toujours d’après Jeff Janer, la décision éventuelle d’héberger soi-même les données sera fondée sur des économies d’échelle lorsque la société sera plus grande, et non sur les risques liés à l’utilisation du cloud.

Instant Cocoa

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Cette jeune pousse de Seattle n’est pas une société mais un hobby créé par Eric Maland sur son temps libre lorsqu’il travaillait à temps plein chez Google, puis chez Twitter. Actuellement sans emploi, il passe maintenant le plus clair de son temps à développer Instant Cocoa.

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Il y a plusieurs années, alors qu’il travaillait chez Google, Eric Maland avait suivi un cours de programmation pour ordinateurs Mac d’Apple, et avait écrit pour le plaisir Wordplay, une application permettant de remplir des grilles de mots croisés. Il l’a mise sur son site web, gratuitement. Quand Apple a présenté l’iPhone, il a entrepris de la développer pour iOS. « Je n’avais pas en fait d’Iphone », explique- t-il, « j’ai simplement téléchargé le SDK d’Apple et écrit ma première paire d’applications grâce à lui ». Il a mis une semaine pour écrire pTerm, un simple client SSH (Secure Shell Protocol) et émulateur de terminal pour l’iPhone, et l’a publié sur le magasin d’applications d’Apple.

La popularité des applications pour iPhone et autres smartphones grimpe en flèche et crée d’innombrables opportunités économiques pour les développeurs d’applications et les sociétés vendant des logiciels

Photograph by Daniel Go

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Entre-temps, il rencontre Eliza Block qui avait écrit un programme pour récupérer et résoudre des grilles de mots croisés. Ils lancent tous deux Instant Cocoa et publient 2 Across, avec pTerm, sur le magasin en ligne de l’iPhone.

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« Les deux premières semaines nous ont laissés abasourdis », se rappelle Eric Maland. Quatre mille personnes avaient téléchargé pTerm le premier jour, et il indique vendre aujourd’hui entre 1 500 et 2 000 copies par mois à 4,99 dollars l’unité. Selon lui, 2 Across, à 5,99 dollars, a eu presque autant de succès. Il dit avoir bénéficié de deux gros avantages : le fait qu’il n’y avait qu’un seul autre client SSH mais qui ne supportait pas l’émulation de terminal dans le magasin et qu’en 2008, il était un des premiers diffuseurs sur le magasin d’Apple.

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Il admet que « ce que j’ai publié en une semaine, je ne le publierais plus aujourd’hui, car cela serait embarrassant ». Il améliore aujourd’hui ses produits et estime qu’un mois de développement est nécessaire pour concevoir de tels produits. Les logiciels peuvent être écrits rapidement pour ce marché car, selon lui, de nombreux éléments (documentation, menus d’aide et support) ne sont pas exigés par les utilisateurs.

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« Block était encore étudiante en philosophie quand elle a écrit 2 Across. Bien qu’ayant une formation antérieure en mathématiques, elle n’avait pas d’expérience en programmation », note Eric Maland. « Elle s’est assise avec la documentation du SDK et a écrit l’application en six semaines », ajoute t-il. 2 Across a gagné de nombreux prix, notamment le « prix du meilleur casse-tête sur iTunes » et celui de « favori de l’équipe » du magasin en ligne.

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Instant Cocoa n’a pas de vrai service d’assistance à l’utilisateur, reconnaît Eric Maland, mais il répond aux demandes par courrier électronique et participe à un groupe de discussion Google sur pTerm. « De nombreux courriers demandent "comment puis-je faire ceci ou cela ?", mais il y a toujours quelque part des signaux vous indiquant ce que vous n’avez pas bien fait. Vous acquérez ainsi une très bonne intuition de ce que voudraient les utilisateurs dans la version suivante. »

Nuance Communications

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À la différence de Spring Partners et d’Instant Cocoa, l’histoire de Nuance a démarré il y a plusieurs dizaines d’années. La société de Burlington dans le Massachusetts a vendu ses produits de reconnaissance vocale Dragon par le biais de revendeurs et de grossistes bien avant que les magasins d’applications en ligne n’existent. Mais aujourd’hui, Nuance commence à offrir des produits, comme Dragon Dictation et Dragon Search, pour les appareils mobiles d’Apple. Nuance a également publié récemment un SDK et une API pour ces logiciels de reconnaissance vocale pour que tout programmeur puisse facilement incorporer les technologies Nuance dans ses produits.

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Nuance diffuse ses applications mobiles Dragon gratuitement et ne touche aucun revenu de leur utilisation, tout du moins directement. D’après Aaron Masih, directeur du programme de développement mobile de Nuance, l’idée est « de prouver au marché que la technologie de reconnaissance vocale fonctionne réellement et qu’elle est prête pour occuper une place majeure ». Le deuxième objectif est d’apprendre comment les gens utilisent la reconnaissance vocale dans des environnements mobiles et d’en savoir plus sur la façon dont les personnes parlent, notamment dans des langues autres que l’anglais. Il s’agit enfin d’accroître la visibilité de la marque Nuance et d’encourager les utilisateurs à essayer les produits Dragon pour ordinateur de bureau.

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Aaron Masih prédit qu’à mesure que les magasins d’applications en ligne se rempliront d’offres, un séisme va se produire, où les produits de qualité et d’utilité douteuses vont disparaître. Les applications survivantes seront plus complexes et il y a, selon lui, peu de chances qu’elles restent gratuites.

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Eric Maland d’Instant Cocoa est d’accord sur le fait que les applications mobiles vont progressi­vement changer d’échelle : « Il sera de plus en plus difficile pour le petit gars avec une bonne idée de publier quelque chose sur un magasin en ligne ». Il pense également que le modèle va s’étendre progressivement aux ordinateurs de bureau : « Je ne peux pas imaginer que l’on puisse aller chez Best Buy[25][25] NdT: chaîne de grands magasins aux États-Unis.dans cinq ans pour acheter un logiciel ».

Les revenus de la publicité ne cessent de s’accroître

De nombreuses sociétés de l’Internet offrent des biens et des services gratuitement aux consommateurs en espérant en tirer des revenus grâce à la publicité. Il est cependant notoirement connu que les effets de la publicité sont difficiles à mesurer. Selon Aaron Masih, directeur du programme de développement mobile chez Nuance, « il y a beaucoup de battage autour des applications mobiles, mais pas nécessairement beaucoup de revenus associés car les modèles de publicité n’ont pas encore été prouvés ».

Le modèle, au moins dans son ensemble, semble cependant prometteur. Gartner analyse que les revenus de la publicité depuis les magasins d’applications mobiles ont été modestes, mais qu’ils progressent rapidement, de 15 millions de dollars en 2008 à 269 millions de dollars en 2010, avec une estimation à 1,5 milliard de dollars pour 2012.

Selon Jeff Janer, cofondateur et président de Spring Partners, « il existe de nombreux modèles de publicité prouvés et profitables pour la recherche, le contenu, le référencement et les sites communautaires où les utilisateurs génèrent du contenu. Dans notre cas, où les consommateurs signalent ouvertement les produits et services qui les intéressent, les marques attribuent une très grande valeur à ce signal et sont prêtes à payer plus qu’un prix d’affichage standard de publicité pour atteindre ces consommateurs qui ont exprimé une intention. »

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Version originale : Gary Anthes. "Invasion of the mobile apps", Communications of the ACM, Vol. 54, N° 9, © 2011 ACM, Inc. http://doi.acm.org/10.1145/1995376.1995383

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Traduit par Georges-André Silber

Bibliographie

67

[1] K. Laudon and C.G Traver, E-Commerce 2011 (7th Ed.), Prentice hall, Upper Saddle River, nJ, 2010

68

[2] B.G. Lee, G.H Lee, Y.H Shim and A. Choi. « Let developers run the app store by lowering the barrier-to-entry», International Journal of Electronic Finance, 4, 3, July 2010

69

[3] Q.H Mahmoud and P. Popowicz.Toward a framework for the discovery and acquisition of mobile applications, Proceedings of the 2010 Ninth International Conference on Mobile Business, Athens, Greece, June 27–29, 2010

70

[4] J. Stark.Building iPhone Apps with HTML, CSS, and JavaScript, O’Reilly Media, Sebastopol, CA, 2010

71

[5] K. Yarmosh.App Savvy: Turning Ideas Into iPad and iPhone Apps Customers Really Want, O’Reilly Media, Sebastopol, CA, 2010

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Gary Anthes

Focus. Les données dans les nuages : dépossession et perte de contrôle

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Cloud. Pas de mobilité sans données dans les nuages… Voici quelques recommandations pour profiter en toute sérénité des avantages indéniables qu’apporte l’organisation répartie du cloud.

Data_cloud. Lead, thread, printed card, sunlight and audio. Chris Cottrell, www.make-do.net

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

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La mobilité apporte son lot de risques supplémentaires dans la gestion des données dans le nuage : la connection mobile, wifi ou cellulaire, n’est pas maîtrisée par l’utilisateur, ni par son entreprise. Ces risques s’ajoutent aux principaux problèmes de connexion à l’Internet, entre l’utilisateur et les serveurs de stockage. Ce fut le cas, par exemple, de la fibre optique rompue aux abords du centre serveur de Wikipédia en août 2012, ou encore de la disponibilité des serveurs qui stockent les données, comme en avril 2012 pour le service de messagerie Gmail coupé pendant une heure, ou encore ceux liés à la sécurité des données vis-à-vis d’accès non-autorisés pouvant conduire à des altérations ou des destructions, comme pour le réseau social professionnel LinkedIn en juillet 2012 où des millions d’informations ont été compromises, notamment des mots de passe.

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Le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak, le prédisait lors d’une discussion publique informelle à Washington, à la fin d’une représentation de la pièce The Agony and the Ecstasy of Steve Jobs (L’agonie et l’extase de Steve Jobs) : « Je suis préoccupé par ce qui se passe dans le cloud ; cela sera épouvantable. Selon moi, des problèmes monstrueux s’annoncent au cours des cinq prochaines années. » Il renchérit en faisant part de ses craintes sur l’appropriation de nos données : « Avec le cloud, vous ne possédez rien, vous avez déjà cédé vos données… » et ajoute : « Plus nous transférons de données sur le Web, sur le cloud, moins nous pourrons les contrôler. »

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L’organisation répartie du nuage offre malgré tout des avantages intéressants aux entreprises et aux utilisateurs, qu’on doit considérer pour améliorer les conditions de travail et l’efficacité des équipes. Il serait illusoire d’imaginer en proscrire ses utilisations tant le nuage s’immisce dans les services de la Toile disponibles aujourd’hui. Il faut, en revanche, en connaître les modes de fonctionnement, en comprendre les risques et les limites, pour permettre son utilisation en toute confiance.

Information search in the Internet

@Y. CC by-nc-nd

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  • Solution proposée : enregistrer en local ET dans le nuage, crypter les données. À titre d’exemple, Google et son bouquet de service en ligne/hors ligne, auquel s’ajoute son système mobile Android permettant de crypter le contenu du téléphone, offrent une solution complète et adéquate.

Ne pas interdire la mobilité, mais l’accompagner

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Le poste de travail fixe, unique et interne à l’entreprise est un modèle révolu tant les utilisateurs disposent d’options de travail mobile : téléphones, ordinateurs personnels, tablettes, mais aussi une offre pléthorique de services sur le Web, gratuits ou payants, offrant le stockage, le partage, la collaboration, etc.

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Même si l’entreprise mettait en place une politique de sécurité drastique, des systèmes isolés de l’extérieur, les utilisateurs continueront de produire de l’information en dehors de ces systèmes, et cette information circulera sur les réseaux, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

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Loin de vouloir prohiber la production d’information en mobilité, il faut plutôt l’intégrer en amont des processus métier pour mieux la gérer et diminuer les facteurs de risques. Il faut fournir aux utilisateurs des guides, des bonnes pratiques, des formations permettant d’harmoniser les pratiques hétéroclites qui, à terme, pourraient prospérer et devenir problématiques.

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Il faut aussi sensibiliser à la valeur de l’information produite dans le cadre des processus métiers qui animent l’entreprise : confidentialité, valeur probante, etc., sont des concepts qu’il faut développer dans ses équipes pour alerter ceux qui produisent ou utilisent l’information. Ils feront ainsi des choix éclairés lors de l’utilisation de tel ou tel outil en mobilité.

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Une politique de records management, appuyée sur la norme internationale ISO 30300, permet de mettre en place un système normé, interopérable et efficient de production et de gestion de l’information, en concentrant ses moyens sur l’information importante pour l’activité de l’entreprise, le système étant construit à partir des processus métiers, des contraintes légales et réglementaires dans lesquels l’entreprise opère.

  • Solution proposée : offrir des fiches pratiques pour informer les utilisateurs des options de production de l’information compatible ou incompatible avec l’organisation de l’entreprise et du système d’information, en s’inspirant en partie ou en totalité des principes et outils de la norme ISO 30300.

La sécurité : mirage de la protection par mot de passe

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Selon une étude 2012 du Club de la sécurité de l’information français (Clusif), les entreprises françaises dépensent peu ou n’ont pas de moyens pour sécuriser leurs systèmes d’informations. Cette situation est le fait de contraintes financières fortes qui poussent 36 % d’entre elles à dépenser 3 % ou moins de leur budget informatique dans la sécurité ; 35 % des entreprises ne savent même pas évaluer leur budget de sécurité informatique.

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La gestion des accès par un nom d’utilisateur et un mot de passe a envahi notre quotidien professionnel et personnel. Le développement des réseaux sociaux a aussi démocratisé les systèmes de fédération d’identité ou d’authentification unique (SSO), proposés sur l’Internet par Facebook, Google ou Twitter par exemple. Ces services permettent, à partir de son identité chez un opérateur, de s’authentifier chez un autre sans être obligé d’en créer une nouvelle.

Passwords. Marc Ells. Picasa

CC by-sa

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On comprend facilement que les niveaux de sécurité du nom d’utilisateur et du mot de passe sont cruciaux pour garantir le périmètre de protection construit autour de l’information gérée dans ces services. Mais si ces mêmes informations de connexion, choisies précautionneusement en suivant les règles de la politique de sécurité, sont utilisées ensuite pour s’authentifier sur un service en ligne qui ne garantit pas le même niveau de confidentialité, le niveau de sécurité, élevé au départ, deviendra alors quasiment nul.

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Des systèmes d’authentification forte commencent à faire leur apparition sur des services grand public : ils mettent en œuvre une règle de sécurité simple. L’utilisateur doit réunir trois facteurs pour accéder au système : « ce que je suis » (identité), « ce que je sais » (mot de passe) et « ce que je détiens » (un code à usage unique). Des banques ou des opérateurs du Web utilisent ces systèmes en s’appuyant sur les mobiles de leurs utilisateurs, auxquels ils envoient un SMS contenant un code à usage unique et limité dans le temps ou des applications, à installer sur leur mobile, qui fabriquent des codes modifiés périodiquement.

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Mat Honan confiait au magazine Wired que son existence numérique s’est évaporée en quelques minutes après que des pirates informatiques ont ouvert frauduleusement son compte Google pour l’effacer complètement, qu’ils ont pris ensuite le contrôle de son compte Twitter pour proférer des propos homophobes et racistes et, « cerise sur le gâteau », pénétré dans son compte Apple pour effacer à distance toutes les données de son Mac, de son Ipad et de son Iphone. Ceci a été possible en recourant à l’« ingénierie sociale », technique consistant à collecter des informations publiques ou non sur une personne pour en déduire les mots de passe, les réponses aux questions de sécurité, etc.

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Dans ce contexte où la sécurité des systèmes d’information est contrainte ou malmenée, il faut agir avec pragmatisme et simplicité. Des règles de bon sens et de bonne gestion permettent d’élever facilement le niveau de sécurité de sa production et de sa gestion de l’information.

  • Solution proposée : informer sur les pratiques à adopter ou à proscrire, pour garantir la bonne gestion de la sécurité de l’information.

Avant de choisir ses outils en mobilité : décrire son activité

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L’offre de services connectés en mobilité est pléthorique, tout comme les types d’information qu’on peut y mettre : de la simple information issue d’une publication, aux orientations stratégiques de l’année en cours. Face à cette situation, la facilité d’utilisation des services, la gratuité, leur intégration, sont souvent des facteurs qui participent à leur adoption, mais trop peu souvent le niveau de confidentialité des données enregistrées.

eMail sent from mobile. Elio Asuncao. Picasa

by nc-nd

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Il est impossible de bien gérer l’information produite par l’entreprise sans la connaître. Le rapport technique ISO 26122 décrit précisément comment conduire une analyse des processus métier de l’entreprise pour connaître sa production documentaire. Une fois cette analyse conduite, il est simple de donner des préconisation quand à l’utilisation de tel ou tel service, connecté ou non.

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Ce travail peut paraître fastidieux, inutile, éloigné du cœur de métier, etc., mais il est bien un préalable à toute bonne gestion. Mise à jour régulièrement, il peut même garantir le bon pilotage des services et de leurs productions documentaires.

  • Solution proposée : en se basant sur le rapport technique ISO 26122, faire une analyse des processus métier de l’entreprise en vue d’inventorier les informations produites. Ensuite, proposer des types d’outils mobiles en fonctions des degrés de confidentialité de l’information.

David Faurio

Offres publiques d’applications mobiles : analyses comparées dans le monde

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Benchmarking. Qu’appelle-t-on « bonnes pratiques » en matière d’offre mobile ? Comment sont-elles déclinées par les pays anglo-saxons, réputés pour être des précurseurs en matière d’offre émanant d’institutions publiques ? Le point sur l’offre en France et dans plusieurs autres États.

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De nombreux États offrent à leurs citoyens des applications spécialement conçues pour supports mobiles. Certains le font depuis plusieurs années et disposent d’un catalogue très complet, permettant d’avoir un recul suffisant pour analyser l’apport de (bonnes ?) pratiques d’offres d’applications mobiles tant sur le plan des contenus que des méthodes de diffusion.

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En matière de contenus, certaines applications pourraient être considérées comme de simples migrations de sites institutionnels. Pour les puristes, elles seraient donc décevantes, d’autant que la portabilité des applications web est souvent loin d’être parfaite. En France, les premières expériences d’offres institutionnelles sur support mobile ont été portées par les pionniers du Web public que sont le Sénat et l’Assemblée nationale, puis par l’Élysée et le Premier ministre. Le site de la Direction de l’information légale et administrative (DILA), portail de l’administration française, a profité de son passage aux canons du Référentiel général d’adaptabilité des administrations (RGAA), dès 2008, pour proposer une offre mobile sur un site dédié [26][26] http://m.service-public.fr, déclinant par ailleurs la liste es services mobiles proposés par les administrations françaises.

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Il est vite apparu que ces offres étaient trop limitées, et surtout que la demande relevait d’un public de plus en plus nombreux et exigeant.

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Néanmoins, l’expérience de la DILA démontre que le respect des normes issues du WAI (Web Access Initiative), reprises dans les contraintes du RGAA, suffit déjà à permettre à la grande majorité des supports, notamment mobiles, de lire dans de bonnes conditions les informations produites sur les sites web. L’application de ces normes dès septembre 2011 par le site Légifrance permet, sans développement supplémentaire, d’offrir aux lecteurs une interface très conviviale et lisible sur n’importe quel support mobile.

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Si l’affichage des sites web sur les mobiles est une condition essentielle, elle n’est pas suffisante. Les habitudes prises désormais sur les réseaux sociaux tels Twitter ou Facebook exigent que de nouvelles fonctionnalités dites « sociales » ou collaboratives soient proposées.

 - Figure 1Figure 1

Le portail officiel du droit français, Légifrance, est adapté à tout support, notamment mobile

Les avantages de la mobilité

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Plusieurs applications bénéficient des avantages de la mobilité de façon remarquable : mobilité, géolocalisation, ergonomie, facilité de lecture, simplicité d’usage. À partir de 2011, il est rare qu’un site public ne propose pas un accès (voire plusieurs) via Twitter ou d’autres interfaces du web social. Mais cela n’en fait pas une application mobile pour autant.

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De nombreux autres services peuvent être conjugués sur support mobile : l’offre très complète du Sénat de l’État de New York [27][27] http://www.nysenate.gov/mobile, qui combine plusieurs techniques permises sur ce genre de support, en est un exemple réussi. Les principaux terminaux et systèmes (Ios - Ipad et Iphone - et Android) y sont proposés, ainsi que de nombreuses fonctionnalités spécifiques à l’offre mobile : des accès géolocalisés pour identifier sa circonscription et donc ses élus, pour lesquels on peut ensuite avoir un accès direct, des vidéos d’actualité sur ses votes, les agendas de son représentant, la revue de ses positions en temps réel avec possibilité d’ouvrir des débats en ligne, d’y intervenir, etc.

Des méthodes innovantes

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Sur le plan de la diffusion de ces applications, des méthodes innovantes sont aussi à mettre en avant pour améliorer les contenus. Si le simple portage des sites institutionnels ne suffit pas, encore faut-il que les nouvelles offres mobiles soient soutenues par l’accès et la diffusion de nouveaux services, et notamment ceux qui pourraient être développés autour de nouvelles données, ou plutôt de nouveaux accès aux données publiques [28][28] Thomas Saint-Aubin consacre un site à la nouvelle gestion....

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Le mouvement « data.gov », initié dans les pays anglo-saxons au moment de l’élection de Barack Obama, a permis de dévoiler des gisements de données publiques et surtout de sécuriser les moyens de les réutiliser afin de les mettre en valeur. La directive européenne dite PSI pour « Public Sector Information » date peut-être de 2003, mais elle n’avait pas permis une telle innovation. Il semble que l’avènement des offres mobiles favorise ces nouveaux services en les révélant et les valorisant. C’est en tout cas dans cette direction que les efforts des pouvoirs publics sont engagés.

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Pour autant, il est très important d’assurer à ces données une sécurité juridique, tant du côté des producteurs, qui ne veulent pas que leurs données soient dénaturées, que du côté des rediffuseurs, généralement des opérateurs privés, qui souhaitent que leurs investissements soient protégés. Quant aux consommateurs, ils doivent retrouver dans ces offres des satisfactions pérennes correspondant à des besoins utiles et accessibles depuis des interfaces ergonomiques et faciles à prendre en main.

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En France, depuis février 2011, la mission Étalab coordonne l’action des administrations pour faciliter la réutilisation la plus large possible de leurs informations. Elle met à disposition librement les données brutes dans des formats exploitables par l’intermédiaire d’un portail interministériel [29][29] http://data.gouv.fr. La réutilisation de ces informations offre de larges opportunités à la communauté des développeurs et des entrepreneurs qui pourra les réutiliser pour proposer des services applicatifs innovants, notamment sur supports mobiles. Plusieurs analyses d’expériences en France et à l’étranger et des propositions d’évolution sont données par Romain Lacombe, un des membres de cette mission dans un rapport public [30][30] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-pu....

Assurer la promotion des nouveaux services et stimuler l’innovation

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Au cours de la fin de l’année 2009, dans plusieurs États anglo-saxons, de nombreuses initiatives ont été lancées en faveur du référencement (les data.gov) et surtout de la réutilisation des données publiques. Parmi les plus actifs, le site australien Government 2.0 Taskforce devenu en 2010 l’AGIMO (Australian Government Information Management Office), avait proposé un concours de « mashups » [31][31] http://mashupaustralia.org qui présentait chaque semaine une idée nouvelle de combinaison entre des jeux de données publiques et une application, généralement accessible sur support mobile.

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Même si ce concours a cessé après avoir récompensé plus de 80 services, un des États australiens, la Nouvelle Galles du Sud, a conservé certaines de ses applications mobiles et propose toujours sur son site internet officiel [32][32] http://www.fairtrading.nsw.gov.au des applications ShopSmart (droit des consommateurs) et ScamBuster (dénonciation des escroqueries en ligne).

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A peu près au même moment, aux États-Unis, une initiative privée identique était lancée, pour le District of Colombia [33][33] http://www.appsfordemocracy.org, autour de l’idée d’une « place de marché » d’applications mobiles. Un espace collaboratif était ouvert pour recueillir les besoins des utilisateurs, démontrant l’importance de la réflexion centrée sur l’usage (« user-centric ») dans ce domaine, au détriment des pratiques, jusqu’à présent centrées sur la donnée, dans l’offre d’applications mobiles.

 - Figure 2Figure 2

Catalogue d’applications mobiles proposées par le portail officiel usa.gov

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Les sites officiels américain [34][34] http://apps.usa.gov et britannique [35][35] http://data.gov.uk/apps poursuivent ces initiatives et proposent encore des catalogues d’applications mobiles sur divers thèmes propres à l’administration électronique. Parmi les pays les plus avancés dans ce secteur, l’Estonie, grâce à sa carte d’identité électronique [36][36] http://www.id.ee/index.php?id=34471, offre une série d’applications mobiles (vote électronique, signature et paiement électronique) sur le portail officiel Mobile ID.

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En France, le portail Proxima mobile [37][37] http://www.proximamobile.fr, coordonné par la Délégation aux usages de l’Internet, recense systématiquement les applications en les labellisant, et entend ainsi « stimuler l’écosystème des services sur mobile (en établissant) de nouveaux liens entre des établissements publics et des petites entreprises (…), notamment des services de proximité, qu’il s’agisse d’informations sur les transports, le tourisme, ou encore le patrimoine artistique ».

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Les offres publiques d’applications mobiles semblent parvenues aujourd’hui à un seuil de maturité. Elles sont désormais proposées dans un cadre juridiquement sécurisé et économiquement réfléchi. Sans chercher à tout prix l’innovation, elles bénéficient des avancées technologiques développées pour les nouveaux supports, et d’intégration dans des stratégies raisonnées d’offres multicanaux, centrées sur les besoins réels des utilisateurs. Elles atteignent ainsi de nouvelles cibles et satisfont de nouveaux besoins d’accès à l’information et de participation citoyenne.

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Stéphane Cottin

Témoignage. L’expérience Légimobile : rendre plus simple des choses compliquées

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Expérience. Retour sur le succès de Légimobile, service permettant un accès aux bases de données juridiques françaises sur les téléphones mobiles classiques et les smartphones.

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Près de deux ans après l’ouverture du service Légimobile, il était judicieux de prendre du recul pour examiner ce qui a été réalisé, comment et pourquoi certains choix ont été faits. Pour ceci, on répondra en préalable à plusieurs questions.

Rétrovision : qui, où et quand ?

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  • L’équipe. En septembre 2009, une excellente initiative fut de conjuguer l’expérience et la compétence d’une équipe externe de chercheurs en informatique [38][38] Centre de recherche en informatique, MINES ParisTech... avec celles du personnel connaissant le produit au sein de la Direction des Journaux officiels (DJO), service de l’État chargé d’exploiter le site legifrance.gouv.fr. Ne pas attribuer la maîtrise d’ouvrage d’un tel projet à un seul pôle informatique ou administratif était effectivement une très bonne idée. Quant aux stagiaires, étudiants en informatique venus de différents pays, ils ont permis de d’apporter un regard critique sur la vision française des contraintes et des enjeux.

  • Le lieu de l’expérimentation. Quoi de mieux qu’un laboratoire pour faire de la R&D ? À cet égard, la mise en condition est un élément primordial. Aller au labo, c’est comme enfiler son survêtement, lacer ses chaussures de sport et se rendre au stade pour s’entraîner.

  • Le temps de l’expérience. Voici l’une des clés majeures du succès : après un lancement au printemps 2010, nous avons pris le temps de réfléchir, de nous égarer parfois, d’éviter les pièges et, finalement, de nous embarquer pour LA solution quand on l’a découverte. Nous avons eu en fait suffisamment de temps pour abandonner la première réponse que nous avions conçue, et pour chercher une solution nouvelle, plus adaptée à la problématique. Le projet a été achevé en décembre 2010.

L’ambition de faire simple

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Depuis 2002, il existe en France un service public de la diffusion du droit par Internet, legifrance.gouv.fr, dont le succès se confirme chaque mois et chaque année par l’enregistrement de nouvelles progressions [39][39] Au 14 août 2012, legimobile.fr avait enregistré depuis....

Légimobile

Ce service permet un accès par le navigateur Web des téléphones mobiles classiques et des smartphones aux bases de données juridiques françaises grâce à un site web gratuit, simple et adapté. La partie du corpus législatif et réglementaire accessible sur Légimobile comprend : les textes en version initiale (base JORF), les textes en version consolidée et les codes (base LEGI), les conventions collectives (base KALI), la jurisprudence judiciaire (base JURI), la jurisprudence administrative (base CETA), la jurisprudence constitutionnelle (base CONSTIT), les décisions de la CNIL (base CNIL).

Présentation du service : http://www.proximamobile.fr/article/legimobile

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Mais le site avait été conçu a un moment où la navigation sur des supports mobiles (comme les téléphones et les tablettes), maintenant en plein essor, n’était pas suffisamment utilisée pour justifier des développements spécifiques. Aujourd’hui encore, le site Légifrance est très largement inadapté à une navigation sur un smartphone au regard de la taille de l’écran et de la richesse des contenus des pages du site. L’enjeu consiste donc à rendre possible la consultation du cœur du site, c’est-à-dire les bases de données, de manière aisée et rapide sur n’importe quel support mobile connecté à Internet.

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Autrement dit, il faut « rendre plus simple des choses compliquées ».

Comment faire ?

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Il faut d’abord connaître et choisir les sources. Depuis l’origine de Légifrance, la DILA met ses données à disposition des utilisateurs et autorise la signature de licences de réutilisation.

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En 2007, les conditions techniques ont évolué pour préparer l’ouverture d’une nouvelle version de Légifrance en janvier 2008. Le centre de recherche en informatique de l’École des Mines de Paris - notre laboratoire - s’est intéressé très tôt à cette matière première et a développé, au cours de plusieurs années, des connaissances propres très approfondies sur les traitements informatiques susceptibles d’être réalisés sur ces données.

119

Exploiter le contenu du site Légifrance (les pages HTML affichées sur le site) au lieu de partir du plus petit élément disponible présente un risque : il est impossible de garantir au tiers que les pages HTML du site ne seront pas modifiées dans leur structure. Cela a été le cas en avril 2012 lorsque le site a été mis en conformité [40][40] La validation de la conformité est de 86.3 % au regard... avec les règles du Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA) : de très nombreuses modifications du code de ces pages ont été rendues nécessaires pour répondre à ses exigences.

Corpus des Journaux officiels

120

La question du modèle de données s’est ensuite aussi imposée. À cet égard, il était clair qu’il fallait améliorer le système en place. Les fichiers XML mis à disposition par la DILA permettent de refaire théoriquement un site Légi­france, mais il est évident que si l’on veut répondre au mieux à son projet, il faut penser à adapter le modèle proposé à son usage. Ainsi, pour le projet Légimobile, dont l’intérêt est de ne pas reproduire Légifrance, il est très vite apparu nécessaire de mettre au point un identifiant unique des données, ainsi qu’un plan de classement hiérarchique répondant à 8 exigences [41][41] Georges-André Silber et Pierre Larrède. « Un plan de..., de façon à proposer ensuite un seul formulaire simplifié pour la recherche. Voici les branches principales de notre plan de classement, la barre oblique à la fin de l’URI indiquant qu’il existe des niveaux inférieurs non présentés ici.

http://legimobile.fr/fr

Documents français

http://legimobile.fr/fr/lr

Législation et réglementation

http://legimobile.fr/fr/lr/jorf/

Journal officiel de la République française

http://legimobile.fr/fr/lr/code/

Codes

http://legimobile.fr/fr/lr/texte/

Textes non codifiés

http://legimobile.fr/fr/jp

Jurisprudence

http://legimobile.fr/fr/jp/c/

Jurisprudence constitutionnelle

http://legimobile.fr/fr/jp/a/

Jurisprudence administrative

http://legimobile.fr/fr/jp/j/

Jurisprudence judiciaire

http://legimobile.fr/fr/cc/

Conventions collectives

http://legimobile.fr/fr/cnil/

CNIL

121

Il fallait également faire des choix très structurants : ainsi, Légimobile ne présente que des textes consolidés en vigueur (lois, ordonnances, décrets, arrêtés) puisque l’usager du service aura toujours la possibilité d’accéder ultérieurement au site Légifrance pour consulter des textes abrogés ou en vigueur différée [42][42] Néanmoins, tout ce qui a été publié sur legimobile.fr....

122

Les aspects technologiques ont été moins complexes à mettre en œuvre : l’un des principes de la recherche est d’éviter de dépenser trop quand des solutions alternatives et gratuites sont disponibles. C’est le cas en informatique où, à côté des solutions d’éditeurs, le monde « libre » - la communauté des développeurs - propose des briques de base suffisamment solides pour servir de référence à de nombreux projets. Il s’agit en l’occurrence de moteur de recherche, de langage de dévelop­pement, etc. Toute l’expérience du laboratoire a pu être utilisée dans ce cadre.

Quel est le but et l’intérêt de ces développements ?

123

On peut dégager deux objectifs : démontrer d’abord la souplesse du matériau de base proposé par la DILA : les fichiers XML, malgré une modélisation contraignante, permettent, moyennant un gros travail d’adaptation, de générer des pages html très légères ; d’établir ensuite la disponibilité d’une administration centrale de l’État (à l’époque la DJO) dans une démarche souple de type « appel à projets » et sa capacité à s’allier avec le monde de la recherche dans un projet innovant. Ce projet, présenté au titre de l’appel à projet Proxima mobile, était financé à hauteur de 50 % par une subvention de la Délégation aux usages de l’Internet (DUI).

124

L’un des apports de ce projet, à savoir la nécessité d’identifier de façon univoque les ressources juridiques, a depuis fait l’objet d’une prise de conscience au niveau de l’Union européenne : dans son numéro du 29 avril 2011, le Journal officiel de l’Union européenne (JOUE) a publié les conclusions du Conseil (de l’Union) préconisant l’introduction d’un identifiant européen de la jurisprudence et un ensemble minimal de métadonnées uniformes pour la jurisprudence [43][43] 2011/C 127/01. Par ailleurs, le Groupe « informatique juridique – eLaw » du Conseil de l’Union européenne travaille à la mise au point d’un projet d’identifiant unique pour la réglementation et la législation. Participant moi-même à ces travaux, je peux témoigner que Légimobile apporte la preuve qu’il est possible d’affecter à chaque texte juridique, quelle que soit sa nature, un identifiant unique.

Quel est l’apport du produit Légimobile ?

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Le produit permet de retrouver l’information aussi simplement que possible par deux moyens combinés : navigation dans les corpus et recherche dans les textes.

  • Navigation dans le corpus

Le plan de classement évoqué plus haut permet de naviguer dans le corpus de documents sans passer par le système de recherche et assure un accès plus rapide aux documents (la plupart du temps). Par exemple, il ne faut plus que 5 clics pour accéder à un JO (05/09/2012) au lieu de 11 opérations sur Légi­france (7 clics/saisie de 4 caractères) à partir du lien Rechercher un JO.

JO du 5 septembre 2012 sur Légimobile

126

Légimobile permet de se passer du clavier quand c’est possible et, inversement, d’utiliser le clavier pour accéder directement à un document (en tapant l’URL). Seule l’information réellement disponible est proposée : par exemple, il n’est pas possible de chercher le JO du 16 août 2012 (il n’existe pas et n’est pas dans le plan de classement).

  • Recherche dans les textes

La simplification est extrême : il n’existe qu’un seul champ de recherche. Alors que sur Légifrance on en dénombre 10 en « Recherche simple dans les textes législatifs et réglementaires », entre 9 et 15 en « Recherche experte dans les codes et textes consolidés », et entre 14 et 20 en « Recherche experte des textes publiés au Journal officiel de la République française (JORF) ».

Recherche « loi 2012 harcèlement »

127

Légimobile analyse les requêtes saisies et pratique la reconnaissance des éléments suivants : dates (il reconnaît 2012, juin 2012, 6/2012) ; numéros (NOR, numéros de texte) ; types de documents (loi, décret, etc.) ; ministères, autorités ; mots (publié, inédit).

Formulaire Légifrance recherche experte JORF

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Cette requête peut devenir un URL de type http:// legimobile.fr/search/?q=<requête>. Ainsi, rechercher dans le JO les lois de 2012 dont des dispositions traitent du harcèlement (moral ou sexuel) s’écrira http://legimobile.fr/search?q=loi+2012 +harcelement&corpus=fr/lr/jorf.

129

Enfin, j’évoquerai l’effet d’aubaine : Légimobile a simplifié la veille. Par exemple, avec un seul URL, les juristes peuvent surveiller l’ensemble du corpus des articles en vigueur dans les codes en vigueur [44][44] On pourrait créer un URL semblable pour surveiller.... Cette masse de presque 120 000 articles est désormais accessible sur tous les supports mobiles, en une seule liste classée antéchronologiquement (les articles modifiés le plus récemment apparaissent en premier) et disponible à l’URL http://legimobile.fr/search?q=&corpus=fr/lr/code.

130

Légimobile, qui ne fait pourtant l’objet d’aucune publicité ni d’aucune communication institutionnelle auprès des professionnels, jouit à ce jour d’un succès remarquable.

131

Pierre Larrède

L’édition juridique sur supports mobiles

132

Focus. Malgré le développement de l’offre mobile et des solutions Internet, la production éditoriale juridique peine à se développer sur ces nouveaux supports médias. La tradition papier résiste et les éditeurs demeurent frileux vis-à-vis de l’édition numérique sur supports mobiles.

133

S’il est vrai qu’une offre éditoriale juridique sur supports mobiles existe, le besoin des utilisateurs n’est pas encore très prégnant. Par ailleurs, la migration de la documentation papier vers le numérique n’en est qu’à ses balbutiements [45][45] Seul 10 % du marché de l’édition juridique a migré... parce que les principaux éditeurs tiennent à conserver leurs marges et leurs parts de marché. Pour ces raisons, une migration du numérique/PC vers une documentation juridique numérique sur tablettes et mobiles relève, au mieux, de la science fiction ou d’un simple « gadget » complémentaire à l’offre de base des éditeurs, au pire, d’une contrainte de marché à laquelle ils se plient de mauvaise grâce.

134

Pourtant, il est temps de se poser les bonnes questions sur le devenir de l’édition juridique sur mobiles et tablettes pour éviter de commettre les erreurs du passé où l’on s’est contenté de calquer des ouvrages et périodiques en version papier ou numérique/PC dans une version numérique/mobile. Tel a été le travers de l’édition juridique numérique pendant les premières années de « l’ère Internet », par souci d’économie mais aussi pour ne pas déstabiliser les habitudes de consultation des clients de la documentation juridique.

Quel intérêt ont ces supports mobiles ?

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Il est banal de souligner que les fonctionnalités liées à la veille informationnelle et à la recherche documentaire trouvent tout naturellement leur place sur les supports mobiles parce qu’elles sont le gage d’un gain de temps et de réactivité pour le professionnel comme pour le néophyte en quête d’informations fiables et pertinentes. Cette réactivité inhérente à la bonne utilisation des médias mobiles (connectés ou non) assure également une meilleure sécurité juridique lorsqu’en tout lieu, en tout temps, on peut accéder à l’information juridique pour conseiller, agir ou réagir.

136

Qu’on le déplore ou non, l’hyper connectivité oblige chacun à changer ses habitudes de veille et de recherche de l’infor­mation. L’utilisation de solutions informationnelles sur supports mobiles pourrait même être la véritable finalité de la numérisation de la documentation juridique : son principe téléologique. Le numérique/PC ne serait, dès lors, qu’une phase transitionnelle qui présente suffisamment d’inconvénients pour rebuter encore une majorité des professionnels du droit. L’enjeu de la transition mobile est de taille : la migration de la documentation juridique sur ces nouveaux supports doit convaincre les récalcitrants mordus de papier qui ne jurent que par un index et une table analytique.

Spécificités requises

137

Pour arriver à ses fins, l’édition juridique sur supports mobiles doit présenter nécessairement une spécificité par rapport à sa version PC. Elle doit être plus synthétique, plus pertinente, plus interactive et plus autonome. La véritable révolution numérique en matière de documentation juridique n’est pas derrière nous. Bien au contraire !

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Pour convaincre ses utilisateurs de migrer progressivement vers des solutions mobiles plus efficaces, l’édition juridique devra effectuer un choix quant au type de contenu qu’elle proposera. Tous ne sont pas adaptés aux mobiles et autres tablettes : le synthétisme est nécessaire à la lisibilité et la maniabilité de cette documentation embarquée. On comprendra aisément qu’il n’est pas opportun de publier de longs articles de doctrine universitaire sur support mobile : la lecture d’une information ou d’une documentation doit être rapide, facilement intelligible et fonctionnelle. Cela ne signifie pas que la doctrine universitaire n’a pas sa place sur ces nouveaux supports médias, mais la structure de l’article et l’interactivité obligeront à concevoir une doctrine à tiroirs : le lecteur doit pouvoir approfondir chaque point abordé par l’argutie doctrinale selon le besoin ou niveau de compréhension ou d’information requis.

Quels contenus ?

139

Parmi les contenus mobiles naturels, on pense aux fils d’actualités juridiques qui, contrairement aux autres flux RSS qui envahissent nos portables, doivent être remaniés car l’actualité juridique relève d’une certaine complexité. Elle doit s’afficher dans le cadre d’une perspective qui, même si elle peut échapper aux canons des thèses doctrinales sur support mobile, ne peut faire l’impasse d’une contextualisation nécessaire à son intelligibilité. Là encore, une nouvelle approche est requise. La reproduction des modules d’information existants pour la presse généraliste, comme pour une certaine presse spécialisée (financière notamment), n’est pas nécessairement heureuse. La dialectique juridique doit être respectée pour que l’information en droit soit appréhendée dans son intégralité. Une autre écriture, une autre ergonomie, une autre interactivité des fonds documentaires seront donc ici obligatoires.

140

On songe ensuite aux codes commentés dont la structure est bien connue des professionnels du droit comme des informaticiens, notamment depuis le développement de Légifrance ; aussi, l’adjonction de commentaires synthétiques doctrinaux ou jurisprudentiels paraît des plus aisées. Certains codes existent déjà sous forme d’applications mobiles, mais l’absence d’innovation quant au contenu et à la présentation ne justifie pas, dès lors, un prix de vente identique à celui de la version papier. Outre l’écriture, l’ergonomie et l’interactivité des fonds, la question du prix est centrale dans le développement des solutions documentaires juridiques mobiles, du moins tant que la maniabilité du support mobile n’équivaut pas celle du support papier.

141

Enfin, les liseuses proposées par les mobiles et autres tablettes permettent d’envisager une lecture paisible et sereine d’une monographie, comme d’une étude encyclopédique. Mais il faudra retravailler la titraille, les codes couleurs, l’ergonomie, sans oublier le fil d’Ariane de chaque développement pour pallier la moindre maniabilité d’un support mobile face à la version papier du même ouvrage. Encore que cette problématique n’ait pas lieu d’être par rapport à la version numérique/PC de l’ouvrage dont la lisibilité demeure, malgré les années et les développements informatiques, encore insuffisante.

142

Quel que soit le contenu, la documentation juridique sur support mobile ne pourra pas faire l’impasse d’un moteur de recherche pertinent et embarqué. Pertinent parce que, contrairement à la consultation d’une base informationnelle ou documentaire sur PC, il ne s’agit pas de « remonter » un maximum de réponses, mais de proposer quelques réponses pertinentes et fonctionnelles. Le court laps de temps de consultation (entre deux audiences, dans les transports, en rendez-vous, etc.) dont dispose le professionnel doit être « rentabilisé ». Embarqué parce que l’information ou la documentation doit pouvoir être consultée off line. Les problèmes de connexion sont encore légion et l’édition juridique sur support mobile ne prévaudra que si elle répond, quelles que soient les circonstances, aux questions de droit ainsi posées.

Une opportunité de différenciation entre éditeurs

143

Au réflexe sociétal juridique doivent répondre de nouveaux outils de documentation embarquée, que celle-ci soit accessible on line ou off line. De l’avocat international qui doit pouvoir accéder à l’ensemble de la connaissance requise pour étudier son affaire au juriste en vacances sur l’île de Ré, sollicité par son employeur sur une question de droit urgente, la mobilité de la documentation juridique n’est plus une option mais une nécessité.

144

Il est impératif de s’adapter aux besoins informationnels croissants des professionnels du droit. L’urgence et la réactivité, si elles sont bien souvent opposées au temps nécessaire pour la réflexion et au recul sur une affaire requérant l’analyse juridique de la situation, sont des qualités de plus en plus requises par les clients, lorsque la sécurité juridique n’y est pas pour autant sacrifiée. C’est cette quadrature du cercle à laquelle les éditeurs juridiques doivent répondre, tout en n’omettant pas qu’une transition progressive est de mise pour ne pas tuer dans l’œuf une migration salutaire à terme.

145

Mieux qu’une déclinaison de leurs bases documentaires existantes sur support mobile, on envisagera une complémentarité des contenus répondant à une complémentarité des supports. Il serait souhaitable que les éditeurs juridiques développent des contenus informationnels ou documentaires propres à chaque type de support média et qu’ils ne s’évertuent plus à imposer la lecture d’un type de contenu mal adapté au support (souvent unique) qu’ils proposent. Face à des contenus identiques, il convient au moins d’ajouter la synchronisation, une fonctionnalité bien connue des professionnels nomades. On peut imaginer qu’un lecteur commence à se constituer un dossier de recherches sur un support média et le termine sur un autre support, ou qu’il entreprenne la lecture d’un ouvrage sur support et le finisse sur un autre sans perdre la recherche et le fil.

146

Sans envisager à court terme une consultation de la documentation juridique futuriste, à l’image d’une maniabilité en trois dimensions, l’offre de documentation juridique sur support mobile ne saurait trop attendre pour se développer. Il en va de la compétitivité et de la pertinence des éditeurs juridiques sur un marché dont le cœur de l’information est de plus en plus souvent en accès gratuit (comme Légifrance, site de recherches doctrinales universitaires, teasings documentaires de sites juridiques commerciaux), où la différence se fera aussi sur les offres mobiles documentaires à forte maniabilité.

147

Fabien Girard de Barros

Notes

[1]

Global Smartphone Users (Ipsos, 02/2012) http://bit.ly/wvVbqb

[2]

Observatoire des communications électroniques (ARCEP, 16/07/2012), http://bit.ly/2RMobi

[4]

« Usages de l’Internet mobile et publics à faibles revenus », Proxima Mobile, 5/06/2012, http://bit.ly/VPzMQm

[5]

« L’Internet mobile réduit la fracture numérique pour les populations défavorisées aux États-Unis », Proxima Mobile, 16/07/2010, http://bit.ly/ard5yF

[6]

Voir recommandations du W3C http://bit.ly/PXrbUC

[9]

« Ride-Sharing Services Grow Popular in Europe », New York Times, 01/10/2012, http://nyti.ms/T3423L

[11]

« Les contours du concours X Prize se précisent », Proxima Mobile, 10/11/2011, http://bit.ly/tEfZbx

[13]

« Un concours pour créer un appareil mobile mesurant l’impact de la pollution sur la santé », Proxima Mobile, 06/10/2012, http://bit.ly/VPx1yv

[14]

FP7 PCRDT (Large scale integrating collaborative project) http://bit.ly/O3abfF

[15]

« HTML5, nouveau langage de l’Internet mobile », Proxima Mobile, 02/2011, http://bit.ly/hUAW3a

[16]

« Open source et plateformes mobiles », Proxima Mobile http://bit.ly/xrjkBZ

[17]

Voir l’application StrasMap http://bit.ly/zhqp7Z

[18]

« Maîtriser la consommation électrique depuis les mobiles », Proxima Mobile, 27/03/2012, http://bit.ly/GTjT1J

[19]

Bernard Benhamou, « Internet des objets : défis technologiques, économiques et politiques », Esprit, mars 2009, http://bit.ly/L3Ha2U

[20]

Proxima Mobile, 02/06/2012, http://bit.ly/VPtdgB

[21]

« 5 appareils français parmi les 12 objets connectés les plus vendus aux États-Unis sur l’Apple Store », Proxima Mobile, 05/09 2012, http://bit.ly/VPshIU

[22]

« Un thermostat connecté comme base du réseau électrique intelligent ? », Proxima Mobile, 02/07/2012, http://bit.ly/MlceyQ

[23]

« Quelles interfaces pour les terminaux mobiles demain ? », Proxima Mobile, 11/2011, http://bit.ly/vq2OjB

[24]

Cisco Visual Networking Index: Global Mobile Data Traffic Forecast Update, 2011–2016, http://www.cisco.com/en/US/solutions/collateral/ns341/ns525/ns537/ns705/ns827/white_paper_c11-520862.html

[25]

NdT: chaîne de grands magasins aux États-Unis.

[28]

Thomas Saint-Aubin consacre un site à la nouvelle gestion des accès et des licences de réutilisation de données publiques (ou privées) http://www.patrimoine-immateriel.fr/donnees-publiques

[38]

Centre de recherche en informatique, MINES ParisTech à Fontainebleau.

[39]

Au 14 août 2012, legimobile.fr avait enregistré depuis le début de l’année 513 000 visiteurs uniques, 813 000 visites et 2 036 000 pages vues.

[40]

La validation de la conformité est de 86.3 % au regard des critères A et AA du référentiel.

[41]

Georges-André Silber et Pierre Larrède. « Un plan de classement des données juridiques françaises : l’expérience Légimobile », 20 avril 2011 (article lauréat au prix de la meilleure contribution scientifique à I-expo 2011) http://www.gfii.fr/

[42]

Néanmoins, tout ce qui a été publié sur legimobile.fr reste toujours accessible. Ceci permet de garantir l’accès par les URI aux documents qui ne sont plus en vigueur ultérieurement.

[43]

2011/C 127/01

[44]

On pourrait créer un URL semblable pour surveiller les arrêts les plus récents de l’Assemblée plénière de la Cour de cassation. Il suffirait de taper : http://legimobile.fr/search?q=&corpus=fr%2Fjp%2Fj%2Fc%2Faple. Ou bien les normes simplifiées de la CNIL : http://legimobile.fr/search?q=&corpus=fr%2Fcnil%2Fdel%2Fns

[45]

Seul 10 % du marché de l’édition juridique a migré au cours des 10 dernières années.

Résumé

English

Projects, outlookProxima Mobile is an industrial policy project whose genesis and development are described here. The objective was to support an ecosystem of mobile services. We start by a description of the different ways Proxima Mobiles services were designed for citizens, and follow with an analysis of the social, economic and industrial impact of mobile technologies and the role of the public sector as it adapts to the changing Internet.

Español

Experiencias y perspectivasProxima Mobile, un proyecto político industrial cuya génesis y realización relatamos en este número, pretende ayudar al ecosistema de los servicios móviles. La descripción de las modalidades de creación de los servicios de “Proxima Mobile” para los ciudadanos es el punto de partida de un análisis de impacto social, económico e industrial de las tecnologías móviles y del papel de los actores públicos frente a las mutaciones de Internet.

Deutsch

Erfahrungen und Perspektiven„Proxima Mobile“, ein Projekt der industriellen Politik, dessen Ursprung und Erstellung hier vorgestellt werden, zielt darauf ab, die Systemumgebung der mobilen Dienste zu unterstützen. Die Beschreibung der Modalitäten der Erstellung des Dienstes „Proxima Mobile“ für die Bürger ist der Ausgangspunkt für eine Analyse der sozialen, wirtschaftlichen und industriellen Auswirkung der mobilen Technologien und der Rolle der öffentlichen Hand angesichts der Veränderungen des Internets.

Plan de l'article

  1. Proxima Mobile, un portail de services mobiles pour les citoyens
    1. De nouveaux services pour les citoyens
    2. Des services utiles au quotidien
    3. L’ergonomie comme clé de voûte
    4. Des services gratuits rentables
    5. Une méthodologie innovante
    6. Les choix de la m-administration
    7. Les perspectives : Proxima Lab et Proxima Énergie
  2. Les éditeurs et la mobilité : retour d’expérience
    1. Recommandations
    2. Retour d’expérience
  3. L’invasion des applications mobiles
    1. Spring Partners
    2. Instant Cocoa
    3. Nuance Communications
    4. Bibliographie
  4. Focus. Les données dans les nuages : dépossession et perte de contrôle
    1. Ne pas interdire la mobilité, mais l’accompagner
    2. La sécurité : mirage de la protection par mot de passe
    3. Avant de choisir ses outils en mobilité : décrire son activité
  5. Offres publiques d’applications mobiles : analyses comparées dans le monde
    1. Les avantages de la mobilité
    2. Des méthodes innovantes
    3. Assurer la promotion des nouveaux services et stimuler l’innovation
  6. Témoignage. L’expérience Légimobile : rendre plus simple des choses compliquées
    1. Rétrovision : qui, où et quand ?
    2. L’ambition de faire simple
    3. Comment faire ?
    4. Quel est le but et l’intérêt de ces développements ?
    5. Quel est l’apport du produit Légimobile ?
  7. L’édition juridique sur supports mobiles
    1. Quel intérêt ont ces supports mobiles ?
    2. Spécificités requises
    3. Quels contenus ?
    4. Une opportunité de différenciation entre éditeurs

Pour citer cet article

Benhamou Bernard, Jaffré Fabrice, Anthes Gary, Faurio David, Cottin Stéphane, Larrède Pierre, de Barros Fabien Girard, « Expériences et perspectives », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2012 (Vol. 49), p. 42-59.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2012-3-page-42.htm
DOI : 10.3917/docsi.493.0042


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