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Documentaliste-Sciences de l'Information

2012/4 (Vol. 49)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.494.0071
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Un ouvrage (trop) classique sur l’info-doc

Approche de l’information-documentation. Concepts fondateurs. Sous la dir. de Cécile Gardiès ; préface d’Yves Jeanneret, Toulouse : Cépaduès éditions, 2011. – 232 p. – ISBN 978-2-85428-982-4 : 18 €

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Cet ouvrage collectif se propose de présenter les principaux concepts circulant au sein de la discipline info-doc appartenant aux sciences de l’information-communication (SIC). Il se présente en trois parties : la première précise les concepts d’information, de document et de médiation ; la seconde aborde la question des dispositifs documentaires (ainsi que les principales opérations qu’ils réalisent) ; la troisième, enfin, s’intéresse à l’appropriation et à la culture de l’information. Les auteurs chercheurs appartiennent à deux laboratoires de Toulouse (LERASS et l’Ecole nationale de formation agronomique) travaillant sur la médiation.

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L’introduction rappelle l’objectif d’une telle entreprise : « Contribuer à l’opérationnalité des recherches, pour décrire, comparer, observer des phénomènes et contribuer à construire l’assise théorique transposable sur le terrain de l’activité professionnelle ». Il s’agit de sortir des approches techniques et méthodologiques propres au secteur documentaire et de proposer aux étudiants en SIC « des référents scientifiques bien identifiés ». Ce projet pédagogique est tout à fait bienvenu : recension d’auteurs considérés comme fondateurs, nombreuses citations, bibliographie conséquente à la fin de chaque chapitre.

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Cependant, la richesse même des sources et des auteurs mobilisés ainsi que le foisonnement de la présentation viennent partiellement contredire l’objectif affiché. Plusieurs raisons peuvent être avancées. Tout d’abord, une telle revue des savoirs peut désorienter un étudiant tant on est saisi de vertige devant cette diversité de points de vue. On aurait pu attendre une démarche explicative progressive, commençant par des définitions incontestées avant d’y ajouter des modulations qui montrent, effectivement, la complexité des concepts touchant à l’information et sur lesquels les chercheurs avertis continuent de travailler. Le néophyte s’y retrouverait peut-être aussi plus aisément s’il avait une présentation systématique de la pensée des principaux auteurs (prenons Meyriat ou Escarpit par ex.) accompagnée de quelques clés de lecture pour en comprendre la spécificité ; avec, en complément, une approche par « couches » successives qui sont venues s’ajouter au fil du temps (rendant justice à l’importance de l’aspect historique dans cette discipline). Dit autrement, l’ouvrage prend le parti d’inciter le lecteur, à partir d’une citation, à se rendre vers la source initiale ; il lui manque alors quelques points de repères lui permettant de l’interroger et d’en tirer l’essentiel afin de se construire son propre point de vue.

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Ensuite, et sans contester le bien-fondé des auteurs cités, cette recension reste centrée sur les fondements très classiques de l’info-doc et ne s’ouvre pas à des notions plus vastes : par exemple, à propos du document, à celle de « technologies intellectuelles » (Jack Goody ou Leroi-Gourhan, fondateurs s’il en est du lien entre parole et outil de mémoire). De même, le chapitre consacré aux dispositifs documentaires n’aborde pas les recherches actuelles en matière de systèmes d’information qui élargissent pourtant la compréhension de leur évolution et aident à réfléchir à leur positionnement par rapport aux technologies et au management. Enfin, concernant l’appropriation, celle-ci pourrait s’enrichir de questions comme celle des relations entre concepteurs et utilisateurs, ou encore la notion de cadre d’usage. Peut-être est-ce dû aux objets sur lesquels travaillent les chercheurs auteurs, principalement ancrés dans le monde éducatif ?

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Ouvrage classique donc, tant dans les thèmes abordés que des auteurs cités qui, exception faite pour la culture de l’information, prennent peu en compte les recherches récentes. Ainsi, on regrette la faible référence aux apports du collectif pluridisciplinaire Pédauque sur le document, qui ont en quelque sorte refondé la discipline, pour l’enrichir de nouvelles pistes de recherche. Le fait qu’il suggère de travailler ensemble la question de la forme (et des formalismes), des contenus (et de leur représentations) et celle de la circulation documentaire entre des personnes et des groupes, ouvre des perspectives sur la difficulté de penser un objet qui pourrait n’être que trivial, mais qui s’avère fondamental. J.-M. Salaün a prolongé ces réflexions en proposant une « théorie du document » à partir de ces caractéristiques. Par delà les rappels historiques, il paraît indispensable de signaler l’évolution des réflexions actuelles. Elles aident à penser les transformations en cours avec, notamment, le développement du Web et des réseaux sociaux qui apportent des changements notables sur toutes les notions abordées ici.

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Enfin, le concept de besoin, tout à fait central et spécifique à l’info-doc, n’est pas réellement défini ni interrogé en tant que tel. Il aurait été fort pertinent d’en présenter les principales définitions et, surtout, de justifier son usage dans notre secteur, alors même qu’il est contesté, voire refusé, dans le monde des SIC.

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On l’aura compris, ces remarques montrent à la fois l’intérêt de la démarche entreprise par cet ouvrage mais aussi ses limites. Elles ne peuvent qu’inciter à des développements futurs, formes d’une vulgarisation scientifique fort utile non seulement pour un étudiant mais aussi pour un professionnel de l’information soucieux de comprendre le monde actuel et les réflexions portées sur lui.

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Brigitte Guyot

Un métier de médiation

Professeur-Documentaliste : un tiers métier. Coord. par Isabelle Fabre ; préface de Yves Jeanneret, Éditions Educagri, Dijon, septembre 2011, 249 p., 21 €

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Cet ouvrage part des pratiques pour présenter un métier de médiation très spécifique, celui de professeur-documentaliste. Il insiste sur la figure du trait d’union qui caractérise ce bi-métier, articulant une composante pédagogique et une composante documentaire. Il pose des questions centrales, notamment pour les relations entre information et communication.

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Dans sa préface, Y. Jeanneret souligne l’intérêt de l’ouvrage, notamment de privilégier une entrée par les objets et les pratiques, plutôt qu’être axé sur le CDI. Il valorise les différentes approches, où la complémentarité des regards éclaire les différents niveaux de médiation. La double posture d’enseignant et d’acteur documentaire se définit à partir de différentes déclinaisons du trait d’union entre les deux aspects de ce métier. Cette métaphore du trait d’union, qui existe aussi entre l’information et la communication, autant enrichie que déconstruite par le trajet proposé par les différents auteurs, est centrale dans tout l’horizon info-communicationnel.

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Dès l’introduction, I. Favre soulève la question du trait d’union, censé rassembler et participer à la création d’un tiers métier spécifique, le trait d’union pouvant être perçu comme hydridation, mélange ou métissage (pas forcément valorisé). Les professeurs-documentalistes sont à la fois professeurs (ils enseignent), des professionnels de l’information (documentalistes) et, souvent, des responsables de la gestion d’un service : le CDI. Un « tiers métier » peut être une modalité de structuration d’un entre-deux, en créant autour du CDI un tiers-espace professionnel « unifiant ». Se pose aussi la question de l’identité du métier, en tension entre ses deux pôles d’enseignement et de documentation.

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La 1re partie de l’ouvrage correspond aux regards scientifiques sur un métier complexe de médiation. G. Lefeuvre et G. Grenier-Gire livrent tout d’abord un panorama des recherches sur ce métier à partir de cinq axes de questionnement : finalités, problématiques, cadres théoriques, objets et outils méthodologiques. N. Sembel propose ensuite le regard de la sociologie du travail, en insistant notamment sur les enjeux professionnels et politiques autour du trait d’union avec l’alternative entre un fonctionnement en deux métiers ou une reconnaissance et une autonomie d’un métier spécifique.

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La 2e partie de l’ouvrage est consacrée aux dynamiques de ce métier. C. Gardiès aborde la bivalence des tâches et des missions, en insistant sur l’interdépendance des savoirs. Puis T. Karsenti et G. Dumouchel proposent un détour par les formations aux compétences informationnelles au Québec et les nouveaux défis rencontrés. Est ensuite évoquée par V. Liquète et A. Lehmans l’entrée dans le métier à partir d’une étude menée auprès d’étudiants et de professeurs stagiaires en documentation. Cette partie se termine par le regard de J.-F. Marcel et S. Perget sur le développement du métier de professeur-documentaliste, avec la spécificité de l’enseignement agricole, notamment au travers du dispositif d’inspection.

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Une 3e partie rassemble les réflexions sur le trait d’union et le tiers-métier. Une réflexion sur le document comme métissage du métier, le professeur-documentaliste devant essayer d’inventer et d’imposer son métier aux élèves et aux enseignants, est d’abord présentée. P. Fraysse qualifie ses fonctions de floues et d’éclectiques, mélange de techniques, d’animation et d’interventions variées. À partir de travaux sur les langages documentaires, il apparaît, pour V. Couzinet, que les outils, destinés à indexer les documents et à susciter des questions pour les retrouver, peuvent favoriser des enseignements pour les élèves. Ces outils laissent transparaître les idéologies qu’ils véhiculent, l’influence qu’ils tentent d’avoir sur les usagers. Il s’agit de mieux comprendre les liens entre les sujets et les concepts et d’en percevoir les enjeux. I. Fabre propose ensuite une analyse de la contribution de l’espace documentaire à la définition de ce tiers métier : espace souvent délaissé, oublié, non reconnu et non valorisé.

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En conclusion, R. Maria Marteleto présente les axes de recherche sur l’éducation à l’information au Brésil, éducation qui s’appuie sur les concepts d’information et de document, d’espace documentaire et de « métier-profession-travail » et qui s’ouvre, sur le plan épistémologique, à la construction d’une « tiercéité » du métier, des savoirs et de l’espace documentaire scolaire.

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À partir de regards disciplinaires différents, cet ouvrage met bien en évidence toute la complexité, la difficulté d’un métier de médiation spécifique dans l’enseignement secondaire. Il peut aussi bien intéresser les praticiens, les étudiants en documentation, les chercheurs de différentes communautés scientifiques, concernés par le développement de cet important bi-métier de médiation.

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Christian Bourret

Richesse et diversité des pratiques

Pratiques documentaires numériques à l’université. Sous la dir. de Ghislaine Chartron, Benoît Epron et Annaïg Mahé, Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2012. – 226 p. – (Papiers). – ISBN 978-2-910227-88-3 : 34 €

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Depuis 1999, année de la création du consortium Couperin et de la négociation des premières licences, l’usage des ressources numériques par les universités n’a cessé d’augmenter. L’accès à l’information numérique est devenu une activité quotidienne, presque banale, voire une condition nécessaire pour enseigner et faire de la recherche, au point que certains interprètent ce phénomène comme indicateur de la production scientifique.

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Mais ce constat général cache une réalité contrastée et hétérogène : les usages et pratiques ne sont pas les mêmes dans les établissements bien dotés et ceux qui le sont moins, dans les différents champs disciplinaires ou communautés qui se côtoient sur le campus. C’est le mérite de ce livre qui met l’accent sur cette richesse et cette diversité et oblige le lecteur à distinguer, regarder de plus près et dépasser la tentation des généralités faciles.

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Le livre contient neuf chapitres. Après une synthèse de la littérature sur les usages et pratiques dans les universités et organismes de recherche où le monde anglo-saxon est bien représenté, d’autres auteurs – professionnels de l’information et enseignants-chercheurs – abordent des questions très concrètes.

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Hyperliens : J. Fry (université de Loughborough) étudie comment les chercheurs de différents domaines rendent visibles leurs travaux sur le Web. D’après son analyse en linguistique, les relations hypertextuelles sont liées à l’identité culturelle d’une discipline intellectuelle (objectifs des chercheurs, outils, public, orientation etc.).

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Communication directe : A. Gentil-Beccot (CERN) décrit comment, en physique des particules, les nouvelles technologies et, en premier lieu, la communication directe et le libre accès, créent de nouveaux besoins et pratiques dont le professionnel doit tenir compte.

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Pratiques documentaires : A. Wojciechowska (Réseau national des bibliothèques de mathématiques) présente les résultats de deux enquêtes (2005 et 2007) auprès des mathématiciens et informaticiens du RNBM. Elle insiste sur les différences disciplinaires et sur l’évolution dans le temps selon quatre aspects : la recherche de l’information, les publications, l’auto-archivage et la connaissance des revues en libre accès.

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L’impact disciplinaire : L’importance que joue la discipline pour les pratiques numériques est conceptualisée par I. Derfoufi (CNAM) qui applique des approches et outils récents aux sciences de l’éducation.

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Analyse des fichiers logs : C. Warwick (University College London) présente avec d’autres collègues les résultats de l’étude LAIRAH (2005-2006) qui avait pour objet l’échelle d’utilisation des ressources numériques dans les sciences humaines à travers l’analyse des logs, c’est-à-dire des traces laissées par les internautes dans plusieurs portails disciplinaires. Cette étude fait partie des recherches de l’équipe CIBER à l’UCL et a la particularité de réunir des méthodes et outils quantitatifs (logs) et qualitatives (enquête). À propos des professionnels, les auteurs disent ceci : « Loin d’être superflues, les ressources numériques exigent des bibliothécaires qu’ils endossent de nouveaux rôles »…

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Les lecteurs : M. Dacos (CLEO) et E. Bester (INTD-CNAM) exposent les résultats d’une enquête sur les lecteurs de la plate-forme Revues.org entre 2008 et 2009 qui, sur le modèle des travaux de CIBER, réunit méthodes qualitatives et quantitatives. Le chapitre est riche, pointe certaines incohérences et aboutit à la conclusion qu’en fin de compte on connaît mal le lecteur des revues sur cette plate-forme.

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Notoriété et usages : Une approche originale est présentée par A. Beldiman-Moore (Sciences Po Paris). Ses deux enquêtes menées en 2005 et 2008 mettent en relation la connaissance d’une ressource et son usage réel.

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E-books : Le dernier chapitre de C. Bruley et D. Merrien (Couperin) s’appuie sur plusieurs enquêtes et études concernant l’usage des e-books dans les universités, aussi bien par les bibliothécaires que par les enseignants-chercheurs et les étudiants.

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La plupart des chapitres s’adressent en premier lieu aux professionnels de l’information, bibliothécaires et documentalistes, tandis que les contributions de J. Fry et I. Derfoufi ciblent davantage les chercheurs en IST. Certains résultats sont publiés ici pour la 1re fois en langue française, d’autres sont déjà en ligne, en particulier sur HAL. Deux chapitres sont des traductions d’articles publiés dans des revues anglophones entre 2006 et 2008. Mais cela n’enlève rien à l’intérêt de cette monographie qui contribuera au progrès de la recherche sur les usages et pratiques du numérique.

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Joachim Schöpfel

De la recherche documentaireà la production scientifique

Lire et écrire la littérature scientifique. Bernard Pochet, Gembloux (B-5030) : Les Presses agronomiques de Gembloux, 2012. – V-114 p. – ISBN 978-2-87016-118-0 : 17 €

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Il existe une multitude de références imprimées ou en ligne concernant la rédaction et la publication d’articles scientifiques en particulier ou la méthodologie documentaire en général mais, s’il ne fallait en retenir qu’une, ce petit manuel pourrait très parfaitement remplir les attentes de celui ou celle désireux(se) de s’auto-former rapidement et efficacement tant à la recherche qu’à la production de la littérature scientifique.

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L’ouvrage correspond également au support des cours donnés par l’auteur qui y partage une expertise basée sur des activités multi-facettes : responsable des Presses agronomiques de Gembloux (Belgique) qui éditent l’ouvrage, directeur de la Bibliothèque des sciences agronomiques de l’Université de Liège et chargé d’enseignement pour des cours de littérature scientifique et de méthodologie documentaire à la Faculté des sciences agronomiques de Gembloux, il est bien placé pour connaître ces questions sous les angles multiples de la production, de la gestion et de la formation.

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Par ailleurs, en cohérence avec les positions favorables au mouvement du libre accès à l’information scientifique de son auteur, l’ouvrage est non seulement disponible sous licence Creative Commons mais il est également accessible en ligne aux formats PDF et ePub sur ORBI, l’archive ouverte et digithèque de l’Université de Liège, ainsi que sous la forme d’un site web (http://www.infolit.be/LELiS/ar01.html). Si la version imprimée permet la lecture suivie des différentes étapes, la version Web permet de profiter au mieux des multiples renvois internes explicitant les termes spécialisés utilisés au fil de l’ouvrage ou des liens vers des ressources extérieures.

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Le manuel se découpe en cinq chapitres bien distincts. Les quatre premiers présentent chacun les différentes étapes de la recherche documentaire à la production scientifique (chercher, gérer, rédiger, citer ses sources) et le cinquième approfondit un certain nombre de concepts évoqués dans les premiers (types de documents, mouvement du libre accès, acteurs de l’édition, langages documentaires, outils bibliométriques et notions de droits d’auteur), ce qui permet de ne pas alourdir le propos et de conserver une certaine unité de cohérence au sein de chaque section.

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En introduction, l’auteur précise bien que l’objectif de ce manuel est « d’apporter à son lecteur des compétences méthodologiques lui permettant de reconnaître un besoin d’information et être capable de localiser, d’évaluer et d’utiliser l’information nécessaire, de manière autonome et critique ». Cela explique pourquoi certains points sont particulièrement détaillés et illustrés (le processus de traduction de la question initiale en question documentaire, les différentes parties de l’article ou les normes de rédaction et de ponctuation), tandis que les outils (d’accès ou de gestion notamment) à proprement parler sont simplement mentionnés, sans volonté exhaustive de recensement ou de présentation : les outils évoluent rapidement, mais les fondamentaux méthodologiques d’accès et de production de la littérature scientifique qu’il est nécessaire de maîtriser pour un travail de qualité restent quasiment immuables et, dans ce domaine, le diable se cache bien souvent dans les détails de la recherche ou de l’écriture.

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Pour toutes ces raisons, il nous semble que la lecture de ce manuel est particulièrement à recommander à tout étudiant ou jeune chercheur en herbe, voire moins jeune mais tout aussi désireux de comprendre enfin les arcanes d’une recherche documentaire réussie ou de se doter des meilleures chances de faire accepter un article scientifique. Les propos y sont clairs et détaillés, sans jargon inutile ou qui ne soit pas explicité, les conseils judicieux et pratiques avec des points particulièrement clés mis en exergue. S’il fallait exprimer quelques regrets, ce serait peut-être une hiérarchisation graphique des titres et sous-titres insuffisamment claire, qui n’enlève cependant rien à l’intérêt du contenu, et l’absence de précision dès le titre que l’ouvrage concerne spécifiquement les sciences exactes et appliquées (même si bien des points peuvent s’avérer utiles dans d’autres domaines également). Bref, un manuel d’autoformation ou de formation précis et précieux, à garder en livre de chevet pour tout formateur, utilisateur ou producteur de littérature scientifique.

Le RSE comme facteur de changement

Les Réseaux d’entreprise. Anthony Poncier, Paris : Diateino, 2012. – 251 p. - (101 questions). – ISBN 978-2-35456-042-3 : 13 €

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De plus en plus d’entreprises et d’administrations s’intéressent aux applications du Web 2.0 et se lancent dans un projet de réseau social d’entreprise (RSE). Pour tous ceux – chefs de projet, salariés, cadres, stagiaires, étudiants - concernés par un tel projet, les éditions Diateino ont publié ce petit livre utile et profitable. En 101 questions, le livre aborde les aspects essentiels, passant des notions de base et des nouveaux outils et usages numériques à la préparation et au planning d’un projet RSE, aux impacts organisationnels et managériaux, au déploiement et à l’animation du réseau après la phase projet.

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Le livre est utile pour le débutant qui veut se faire une idée sur la réalité des réseaux sociaux en général et sur leur place et fonction au sein d’un organisme. Il apprendra la différence entre un réseau social, un réseau social professionnel et un RSE qui s’adresse uniquement aux parties prenantes d’une entreprise ou administration, dont l’usage est tourné « vers les activités de l’entreprise et ses processus business » et dont l’accès est intégralement géré par l’organisme lui-même, ce qui garantit la protection et la confidentialité des données. Le lecteur-débutant apprendra également à faire la différence avec l’intranet (communication descendante, logique de stock) et le RSE (circulation de l’information, logique de flux).

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Mais le livre profitera également aux responsables ou membres d’un tel projet. Il servira de fil rouge, de manuel ou guide pour se retrouver, pour clarifier le contexte, préparer le lancement, mener les travaux de mise en place, évaluer l’avancement et, surtout, pour communiquer, informer, convaincre. Son format et son style sont faits pour la communication. Les définitions et explications sont précises et claires, et le sommaire en forme de questions aide le lecteur pressé à trouver rapidement ce qu’il recherche.

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L’auteur, expert en intelligence économique et management stratégique, est directeur du « social business » chez MSLGroup, filiale du groupe Publicis dans le domaine des réseaux et événements et de la communication stratégique. Il est également associé chez Publicis Consultants Net Intelligenz et blogueur engagé sur tout ce qui touche aux médias sociaux, à la collaboration sociale, au « management 2.0 » et aux RSE [1][1] http://poncier.org/blog.

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Voici, pris au hasard, quelques-unes des 101 questions : « Pourquoi avoir un sponsor ? Faut-il un ou plusieurs RSE dans l’entreprise ? Qu’est-ce qu’un RSE au format libre ? Qu’est-ce qu’un chief community manager ? Quelle gouvernance pour le RSE ? Pourquoi donner une identité au RSE ? ». La présentation du livre incite à feuilleter, elle ne se prête pas à la lecture linéaire. Davantage encyclopédique que narratif, ce petit livre trouvera sa place sur les bureaux, les tables de réunion, à côté des claviers.

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Cette année, nous avons vu plusieurs étudiants en master partir travailler en entreprise sur la mise en place d’un tel RSE destiné à remplacer en partie ou totalement l’intranet et la gestion des documents. Est-ce toujours la bonne solution ? La réponse à cette question dépendra aussi de la préparation et la gestion du projet, du management du changement et de la communication. Sans négliger la technologie, le livre met l’accent à juste titre sur cet aspect et se termine par trois témoignages qui servent d’illustration à cette approche.

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Joachim Schöpfel

Pour une nouvelle culture du réseau

Les Réseaux sociaux : culture politique et ingénierie des réseaux sociaux. Sous la dir. de Bernard Stiegler, Limoges : FYP Éditions, 2012. – 240 p. – (Nouveau monde industriel). – ISBN 978-2-916571-35-5 : 24,50 €

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Dirigé par le philosophe Bernard Stiegler, cet ouvrage collectif est la retranscription de onze entretiens du Nouveau monde industriel de l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) du Centre Pompidou à Paris. L’IRI se positionne au croisement des digital humanities et du social engineering, entre sciences humaines et nouvelles technologies, et porte « une idée politique de la culture moderne ». Ces conférences s’adressent à un public averti et proposent une analyse approfondie des réseaux sociaux sous différents angles.

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Les auteurs-conférenciers viennent d’horizons et de métiers divers : l’ingénieur côtoie le chercheur, l’enseignant, l’artiste et le médecin et ils travaillent dans les universités, écoles, instituts de recherche, dans l’industrie et les services. Leurs disciplines vont de l’économie, des sciences de l’information et des médias à la psychiatrie, la psychologie et l’informatique. Ce qui les réunit ici sont le sujet et le souci de faire comprendre leur point de vue.

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La première conférence de Bernard Stiegler analyse les réseaux sociaux sous l’aspect des relations sociales et interpersonnelles et insiste dans la tradition d’Aristote sur l’amitié comme le « bien le plus précieux à l’époque des sociotechnologies ». Les théories et technologies de réseau font l’objet d’une étude critique d’Alexander R. Galloway, professeur en culture et communication à l’université de New York, qui part de la tragédie antique pour arriver à la cybernétique, la théorie de l’information, ARPAnet et les langages d’Internet. Yann Moulier-Boutang, économiste à l’Université de Compiègne, reprend les notions de l’amitié et des relations amicales dans les réseaux sociaux (les clics « J’aime » et « Contact ») et développe une réflexion autour des liens faibles.

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L’architecture distribuée des réseaux sociaux doit se substituer à la centralisation afin de favoriser la diversité des systèmes connectés, la créativité et le développement individuel des personnes : c’est la conviction qu’Annie Gentès et François Huguet défendent avec les arguments des sciences de l’information et de la communication.

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Avec la même verve, Christian Fauré de l’Université de Compiègne décrit l’architecture de publication du Web (Wikipédia, blogs, Twitter, géolocalisation etc.), s’oppose à toute hégémonie et défend l’idée d’une appropriation individuelle des réseaux : « L’effet de réseau est positif en ce qu’il renforce la valeur d’un réseau mais il est tout autant négatif si ce renforcement se fait avec des choix qui sont régressifs ».

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Un peu plus loin, le psychanalyste Antoine Masson présente une étude du cas de Passado.be, un site réseau et un espace d’échange et d’accueil sur le Web pour des adolescents en difficulté. L’intérêt est le lien entre la technologie et l’architecture du système et le fonctionnement psychique (transfert). L’investissement parfois passionnel, le désir de reconnaissance et la définition de soi-même font l’objet d’une autre conférence, celle de la psychologue Elizabeth Rossé, qui porte plus particulièrement sur le comportement des adolescents et leur choix d’avatars dans les jeux virtuels et les réseaux sociaux.

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Le lecteur trouvera d’autres analyses sur la géolocalisation et la protection de la vie privée (Kieron O’Hara, université de Southampton) et sur la modélisation des traces numériques sur Internet (Alain Mille, université de Lyon 1/LIRIS). Ce dernier chapitre intéressera notamment tous ceux qui travaillent sur l’analyse quantitative des pratiques et usages sur le Web (webanalytics).

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L’ouvrage se termine par un plaidoyer vibrant pour une nouvelle culture du réseau, un « véritable espace public sur l’internet (qui) induit au passage un renouveau complet des formes de légitimité des structures présidant aux destinées du réseau » dans une logique du « bottom up » (Olivier Auber, entrepreneur et explorateur du Web).

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L’objectif du livre ne se résume pas en un seul et unique message. Il s’agit davantage d’un banquet d’experts qui, chacun à sa manière, essaient de comprendre et de faire comprendre comment les nouvelles technologies numériques transforment nos comportements, relations sociales et sociétés.

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Mais la particularité de ce livre est sa nature hybride. Les notes de bas de page renvoient vers l’enregistrement des conférences qui permettent, dans une approche d’échange et de participation, de commenter et d’annoter les contributions des auteurs. Ainsi, le lecteur devient lui-même acteur et membre de réseau.

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Joachim Schöpfel

Analyse de mutations en cours

Droit d’auteur et bibliothèques. Sous la dir. d’Yves Alix, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2012. – 241 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1348-6 : 36 € (sept. 2012)

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Après un inventaire très classique des règles du droit d’auteur par Emmanuel Pierrat, heureusement actualisé par Yves Alix, les 2e et 3e parties mettent le droit d’auteur en perspective. En sept chapitres, les contributeurs analysent comment le droit d’auteur est appliqué en bibliothèque.

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Sont d’abord traitées les règles applicables aux collections et à leur usage. Les bibliothèques reçoivent, au titre du dépôt légal, les documents imprimés ou distribués en France : il est rappelé que, depuis 2006, les organismes dépositaires peuvent accepter un fichier numérique en lieu et place d’un document matériel (c’est la solution adoptée par la BNF pour les affiches grand format). Les modalités de dépôt légal des sites web sont également exposées.

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Le régime du prêt public est détaillé, envisageant successivement les documents imprimés, sonores, puis audiovisuels ; le prêt de documents numériques n’est pas reconnu, à ce jour, par le droit mais plusieurs initiatives originales d’accès à des contenus numériques en bibliothèque sont recensées.

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La possibilité juridique de copier des documents en bibliothèque est ensuite analysée : quelles reproductions, par photo ou scan, sont-elles qualifiées de copie privée, dans quels cas une bibliothèque peut-elle numériser ses collections, dans quelle mesure une bibliothèque peut-elle copier un document (imprimé ou numérique) dans le cadre du PEB ? Le rôle des bibliothèques dans la numérisation et la diffusion des œuvres orphelines et des œuvres indisponibles (deux régimes juridiques qui entrent en vigueur en 2013) est abordé à bon escient, comme plusieurs fois dans d’autres chapitres de l’ouvrage. Est aussi posée la question de la licéité de pratiques documentaires récentes, telles que le datamining et la curation. L’affaire Google (poursuivi par des éditeurs pour avoir reproduit et mis en ligne des livres sans leur accord) est retracée sous forme de chronologie.

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Les animations en bibliothèque (lectures, expositions, etc.) mettent, elles aussi, le droit d’auteur en jeu : l’ouvrage rappelle quelles autorisations doivent être obtenues dans ce cas.

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La 3e et dernière partie s’attache aux mutations que va inéluctablement connaître le droit d’auteur. Ces mutations sont déjà engagées, et le rôle des bibliothèques dans la chaîne du livre et des périodiques change sous l’influence de plusieurs phénomènes profonds, auxquels les bibliothèques prennent une part active. Le libre accès en matière de publication scientifique en est un exemple ; l’ouvrage rappelle comment des auteurs chercheurs recourent aux licences Creative commons, de leur propre initiative ou à l’instigation des établissements de recherche et des professionnels de la documentation, et versent leurs articles dans des archives ouvertes, faisant évoluer les modalités de la publication scientifique, déjà atypique au regard de l’édition traditionnelle.

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D’autres phénomènes de fond sont étudiés dans cet ouvrage : le rôle pris par les internautes dans la publication en ligne par le biais de l’enrichissement de catalogues, de commentaires, tags et notations ; les formes nouvelles de la présence en ligne des bibliothèques (wikis, blogs) ; les modalités de l’acquisition de ressources numériques.

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Après ce panorama éclairant les pratiques des bibliothèques et leur régime au regard du droit d’auteur, l’ouvrage recense des ressources documentaires françaises sur le droit d’auteur : fonds, sites, blogs, bases de données. Cette liste signalétique et critique mérite d’être lue attentivement, car elle permet aux lecteurs de se tenir informés sur le sujet.

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Anne-Laure Stérin - annelaure.sterin@free.fr

Notes

Titres recensés

  1. Un ouvrage (trop) classique sur l’info-doc
    1. Approche de l’information-documentation. Concepts fondateurs. Sous la dir. de Cécile Gardiès ; préface d’Yves Jeanneret, Toulouse : Cépaduès éditions, 2011. – 232 p. – ISBN 978-2-85428-982-4 : 18 €
  2. Un métier de médiation
    1. Professeur-Documentaliste : un tiers métier. Coord. par Isabelle Fabre ; préface de Yves Jeanneret, Éditions Educagri, Dijon, septembre 2011, 249 p., 21 €
  3. Richesse et diversité des pratiques
    1. Pratiques documentaires numériques à l’université. Sous la dir. de Ghislaine Chartron, Benoît Epron et Annaïg Mahé, Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2012. – 226 p. – (Papiers). – ISBN 978-2-910227-88-3 : 34 €
  4. De la recherche documentaireà la production scientifique
    1. Lire et écrire la littérature scientifique. Bernard Pochet, Gembloux (B-5030) : Les Presses agronomiques de Gembloux, 2012. – V-114 p. – ISBN 978-2-87016-118-0 : 17 €
  5. Le RSE comme facteur de changement
    1. Les Réseaux d’entreprise. Anthony Poncier, Paris : Diateino, 2012. – 251 p. - (101 questions). – ISBN 978-2-35456-042-3 : 13 €
  6. Pour une nouvelle culture du réseau
    1. Les Réseaux sociaux : culture politique et ingénierie des réseaux sociaux. Sous la dir. de Bernard Stiegler, Limoges : FYP Éditions, 2012. – 240 p. – (Nouveau monde industriel). – ISBN 978-2-916571-35-5 : 24,50 €
  7. Analyse de mutations en cours
    1. Droit d’auteur et bibliothèques. Sous la dir. d’Yves Alix, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2012. – 241 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1348-6 : 36 € (sept. 2012)

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 4/2012 (Vol. 49), p. 71-77.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2012-4-page-71.htm
DOI : 10.3917/docsi.494.0071


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