Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2013/2 (Vol. 50)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.502.0024
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 24 - 25 Article suivant
1

Le projet fondateur de la documentation - transmettre au plus grand nombre l’ensemble des connaissances produites - ne peut pas être pensé sans l’hypothèse d’un travail coopératif national. Le réseau est par essence l’organisation structurelle adaptée au projet, qui peut transcender le périmètre des institutions, des frontières pour se déployer dans l’horizontalité de l’accès aux savoirs.

2

On peut considérer l’œuvre de Paul Otlet et de Henri La Fontaine comme emblématique du lien originel entre la documentation et le réseau. À la fin du 19e siècle, les fondateurs du Mundaneum, s’appuyant sur de nombreux bénévoles, vont rassembler de vastes collections d’archives, mettre au point une classification universelle, organiser un répertoire bibliographique mondial. Ce projet rappelle celui du Web ainsi que celui de Google qui suit la trace de ces pionniers du savoir. L’ambition d’Otlet est liée au développement des associations internationales. En 1895, il fonde l’International Federation for Information and Documentation (Fid), puis l’Union internationale des associations.

3

Au cours des années 60, face au développement de l’informatique, des réseaux physiques et de la production documentaire, les coopérations documentaires qui se multiplient sont soutenues par des politiques publiques affirmées. Il s’agit de répartir des tâches de collecte, de sélection, d’analyse, de saisie entre plusieurs centres de documentation, d’établir un langage documentaire commun. La Direction internationale de la recherche routière (DIRR), créée en 1963 sous l’égide de l’OCDE, est l’un des premiers réseaux documentaires. D’autres réseaux sectoriels apparaissent comme l’Inis (International Nuclear Information System) soutenu par l’Agence internationale pour l’énergie atomique, le réseau documentaire agricole (Agris) soutenu par la FAO ou encore, en France, Resagri, Urbamet, etc. De leur côté, à des fins de catalogage partagé, les bibliothèques s’organisent devant l’ampleur de la tâche.

4

Online Computer Library Center (OCLC) a été créé en 1967 aux États-Unis pour offrir des services mutualisés aux bibliothèques partenaires et le catalogue en ligne WorldCat est probablement le plus grand catalogue de bibliothèque du monde. En France, durant les années 80-90, les pouvoirs publics soutiennent la création d’outils collectifs (les catalogues nationaux comme le CCN (1983), le langage Rameau, le CCF (1990), etc.). En 1994, apparaît l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur chargée de développer le système documentaire universitaire dont le catalogue Sudoc sera l’un de ses principaux chantiers d’ampleur nationale.

5

La mise en perspective politique du développement des réseaux documentaires et, plus largement des services d’IST depuis les années 60, montre que s’entremêlent des enjeux de connaissance (ceux d’Otlet), d’efficience et de gestion mais aussi des stratégies géopolitiques (indépendance de l’Europe vis-à-vis de services américains souvent pionniers).

Le numérique, changement de périmètre

6

Si les réseaux documentaires représentent toujours un « ensemble d’entités documentaires qui s’associent selon des critères variés pour collaborer à des objectifs communs, comme par exemple un catalogue collectif, une banque de données établie par plusieurs producteurs, un dispositif de prêt entre bibliothèques, un réseau de lecture publique » [1][1] Vocabulaire de l’ADBS, 2004 http://www.adbs.fr/res..., la question majeure devient celle des objectifs communs à partager dans un contexte où les périmètres changent au niveau de l’information à traiter (interne-externe), des modes de production, de l’architecture des services, des territoires politiques concernés et des besoins des usagers.

7

Les missions traditionnelles perdurent mais les modalités évoluent, les techniques pour y parvenir changent, les services se déploient dans des territoires différents. Les utilisateurs deviennent co-producteurs, renégociant ainsi les frontières du professionnel et de l’amateur. Il ne s’agit plus ainsi uniquement de l’acquisition partagée de collections, de catalogage commun, d’établissement d’un langage documentaire, de prêt de documents, mais aussi de croiser documents acquis et produits, connaissances internes, de susciter le partage des savoirs et de capitaliser l’ensemble dans des plateformes communes. Les défis se confrontent aussi à l’évolutivité constante du Web, aux pratiques dominantes des usagers sur la Toile, à de nouvelles formes de médiation, à la complexité de la pérennité numérique et à une intrication de plus en plus forte de l’information, sous toutes ses formes, dans les activités de travail.

8

La fonction documentaire s’inscrit dans des dispositifs numériques plus généraux que bâtissent les schémas directeurs numériques des universités, les schémas directeurs territoriaux d’aménagement numérique, les stratégies numériques des entreprises. Les réseaux documentaires se croisent avec d’autres types de réseaux au travail, notamment les chargés TIC, les responsables des services numériques. Le travail en réseau devient une forme organisationnelle générale prônée par les spécialistes des ressources humaines pour plusieurs raisons : « Mobiliser l’intelligence collective face à des situations de plus en plus complexes ; répondre aux exigences croissantes de l’innovation nécessitant de savoir combiner des ressources diversifiées, besoins d’anticipation et de veille entraînant le recours au captage et au traitement de multiples informations ; partager ou transférer des pratiques innovantes » [2][2] G. LE BOTER. Travailler efficacement en réseau : une....

9

Si l’offre de contenus et les instruments de sa diffusion restent un fondamental partagé, de nouvelles questions relèvent des articulations avec des dispositifs numériques plus généraux (les ENT, les intranets, les réseaux sociaux d’entreprises, etc.) et des nouveaux besoins de traitement de l’information répondant à des objectifs de performance des organisations. Ce dossier en examinera plusieurs : curation des données, chaîne de production de documents numériques, animation de communautés, etc. Mais la culture du partage d’expériences, de l’agir ensemble reste, quoiqu’il en soit, une valeur centrale de ce secteur professionnel, et l’on verra que cette dimension traverse les décennies, se réactivant au premier plan face à de nouveaux défis sociétaux.

Notes

[2]

G. LE BOTER. Travailler efficacement en réseau : une compétence collective. Eyrolles, Ed. d’organisation, 2008.

Résumé

Français

De tout temps, le travail en réseau s’est imposé pour gérer l’information et les enjeux très forts qu’elle représente en termes sociétaux, économiques et politiques ont déjà fait émerger dans le passé divers projets d’envergure nationale et internationale. Ce qui est nouveau n’est donc pas l’échelle géographique, déclinée à l’envi, mais « les changements de périmètres » tant de l’information à traiter que des outils et des usages du public. Que de défis passionnants à relever aujourd’hui, dans un domaine où le réseau reste plus que jamais prégnant ! C’est donc un jeu de plaques à multiples dimensions, entre tradition et nouveauté, que nous offrent les diverses initiatives retenues pour illustrer ces questions dans ce dossier.

English

Networks and documentation, another look at an original linkNetworking has always been a feature of information management. In the past the crucial societal, economic and political stakes involved brought forth a variety of national and international projects. So what is new here is not the geographical dimensions but the change in the perimeters of information itself, its processing tools and user practices. It’s a multidimensional, multilayered playoff between tradition and novelty, represented by a variety of initiatives described here.

Español

Redes y documentación, un vínculo original para volver a visitarHistóricamente, el trabajo en red se ha impuesto para administrar la información. Las apuestas muy fuertes que éste representa en términos sociales, económicos y políticos ya hicieron surgir en el pasado diversos proyectos de envergadura nacional e internacional. Lo que es nuevo no es la escala geográfica, sino "los cambios de perímetros", tanto de la información a tratar como de las herramientas y de los usos del público. Se trata de un conjunto de placas con múltiples dimensiones, entre la tradición y la novedad, que representan las diversas iniciativas aceptadas que se utilizan para ilustrar estas preguntas en este caso.

Deutsch

Netze und Dokumentation - eine traditionelle Verbindung, die neu erfunden werden mussSeit jeher war die Arbeit im Netz nötig, um Informationen zu managen. Die sehr starken Herausforderungen, die sich im gesellschaftlichen, wirtschaftlichen und politischen Kontext stellen, haben bereits in der Vergangenheit zu vielzähligen bedeutenden nationalen und internationalen Projekten geführt. Neu ist also nicht der geographische Rahmen, sondern die „Änderung der Perimeter“, sowohl in Bezug auf die zu verarbeitende Information als auch auf die Werkzeuge und die Nutzung durch die Öffentlichkeit. Die in diesem Dossier vorgestellten Initiativen, zwischen Tradition und Modernität, sollen die verschiedenen Dimensionen und Aspekte dieser Frage aufzeigen.

Pour citer cet article

Chartron Ghislaine, « Réseaux et documentation, un lien originel à revisiter », Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2013 (Vol. 50) , p. 24-25
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2013-2-page-24.htm.
DOI : 10.3917/docsi.502.0024.


Article précédent Pages 24 - 25 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback