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Documentaliste-Sciences de l'Information

2013/2 (Vol. 50)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.502.0062
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Les changements introduits par le numérique dans les modes d’accès aux connaissances tendent à marginaliser, partout dans le monde, le livre dans les pratiques quotidiennes des jeunes. Cet impact est d’autant plus profond quand la lecture n’est pas une habitude acquise dans l’environnement familial ni ancrée dans les pratiques culturelles, et lorsque les documents qui sont proposés en ligne ne sont pas en phase avec les attentes d’un jeune public vis-à-vis des supports numériques. Exposés aux nouveaux médias et connectés en permanence, les jeunes sont à la recherche d’une offre d’information qui participe de cette culture nouvelle, fondée sur l’hybridation des formes, le réseautage et l’ouverture des contenus, une offre qui corresponde mieux à une génération devenue plus vagabonde dans sa quête d’information.

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Les ressources informationnelles se sont multipliées et diversifiées, et l’information, devenue accessible gratuitement grâce aux mouvements de culture libre, semble à la portée de tous ceux qui savent naviguer. Mais la question des contenus disponibles sur Internet en langue arabe reste encore problématique. Les révoltes dans le monde arabe ont pu laisser croire que l’internet avait été un facteur principal de bouleversements, alors que seule une petite élite bénéficie de l’accès à des informations en langues étrangères qui permettent de multiplier les points de vue et, partant, d’aiguiser la critique. L’ouverture au monde n’est pas nouvelle : les télévisions satellitaires avaient déjà diversifié les perspectives, permettant ainsi au public arabe d’échapper à la seule offre nationale, et avaient éveillé chez les jeunes la curiosité pour l’ailleurs. La généralisation de l’usage de l’internet fait écho à cette demande. Mais l’offre d’information en langue arabe, qui permettrait à de plus larges catégories de jeunes de participer aux flux mondiaux d’information, est-elle à la mesure de leurs besoins et de leurs attentes ?

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À l’instar des autres jeunes du monde arabe, les étudiants libanais, qui cherchent à s’informer ou à se distraire, ont-ils accès à des ressources qui correspondent mieux à leurs besoins ? Nous nous proposons dans cette étude d’aborder les usages de la lecture et de l’internet chez les jeunes étudiants libanais pour les mettre en regard de l’offre d’information et de lecture disponibles en langue arabe sur Internet.

1 - État de la question

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Les pays arabes du Moyen Orient, qui n’ont jamais vraiment élaboré de politiques culturelles, ne se sont pas préoccupés de mener des études d’observation sur les pratiques de lecture - et les pratiques culturelles plus généralement - de leurs populations, comme cela se pratique en France depuis plusieurs décennies déjà. À part quelques sondages épars dans les journaux, la première enquête de vaste envergure concernant la lecture, qui avait couvert 9 pays arabes dont le Liban, a été réalisée en 2007 par la Next Page Foundation [19] (basée en Bulgarie) dans le but de renforcer l’industrie du livre arabe. Bien que l’étude soit riche en données, elle reste cantonnée à une image restrictive et traditionnelle de la lecture littéraire [26]. C’est ce que confirment les titres de livres cités, qui font tous partie de la culture légitime, objets de prescription scolaire. Les résultats montrent également que les jeunes se détournent de la lecture entre 19 et 24 ans, à la fin de leurs études. La majorité des personnes interrogées dans les 9 pays n’ont pas été exposées aux livres avant leur entrée à l’école, la lecture n’étant pas une habitude familiale dans les sociétés arabes.

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À l’occasion de l’année Beyrouth Capitale du Livre en 2009, le ministère de la Culture avait pour la première fois commandé une enquête sur la lecture qui a couvert un échantillon de 1002 personnes représentant l’ensemble de la population de plus de 15 ans. La pratique de la lecture s’avère très faible : 65 % ont déclaré avoir lu moins d’un livre par an, et seuls 5 % ont lu plus de 2 livres [6]. On notera surtout que près de 85 % des jeunes entre 15 et 24 ans abandonnent les livres avant d’en avoir terminé la lecture.

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Une étude de Melki [18], menée au Liban, en Jordanie et aux Émirats Arabes Unis, sur l’usage des médias par des jeunes ayant entre 13 et 28 ans est malheureusement restreinte aux élèves et étudiants des institutions privées, où l’anglais est la langue dominante et l’appartenance sociale des jeunes plutôt restrictive. C’est en anglais que ces jeunes consultent les médias, sauf pour les informations politiques ; c’est également dans cette langue qu’ils écrivent sur les blogs même s’ils ne la maîtrisent pas vraiment. La même étude révèle l’omniprésence des nouveaux médias dans l’univers de ces jeunes, une forme d’errance entre divers supports et de multiples fonctionnalités. Pour leurs études, ils font appel autant aux outils de communication (texto, courriel, réseaux sociaux, bavardage en ligne) qu’aux moteurs de recherche et aux sites web, confirmant que « la lecture sur le Web s’apparente de plus en plus à une vaste conversation » [10].

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L’observation de jeunes entre 15 et 17 ans dans des cybercafés, accompagnée d’entretiens, a été l’occasion pour Gladys Saadeh-Azar [22] d’aborder le sujet du handicap de la langue et de celui du manque de formation scolaire dans l’usage informationnel extensif de la Toile.

2 - Méthodologie de l’enquête

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L’enquête que nous avons menée sur les pratiques culturelles des jeunes étudiants libanais s’est déroulée en février et mars 2010 [1][1] Étude réalisée par Azza Charara Beydoun et moi-même,.... Son objectif était de donner une description approfondie des comportements des jeunes Libanais en matière de consommation de produits culturels, dont les livres, et l’usage de l’internet. L’étude s’est préoccupée de l’influence des appartenances sociales, communautaires, d’habitat, de genre, etc. sur la distribution des pratiques culturelles, notamment sur le plan de l’usage des langues et du choix des ressources (locales ou internationales) culturelles. Le questionnaire comportait près de 70 questions concernant la fréquence des différentes pratiques culturelles (cinéma, télévision, musique, lecture, usage de l’internet), les modes de consommation ainsi que les préférences en matière de langue de lecture, de thèmes, etc.

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La population visée était constituée d’étudiants de 1re année universitaire, dans 10 établissements universitaires répartis sur tout le territoire libanais. L’échantillon obtenu totalisait 583 étudiants de 1re année, entre 17 et 24 ans (moyenne d’âge : 19 ans et demi). Il révèle quelques biais par rapport à l’ensemble de la population estudiantine libanaise, mais reflète le profil effectif de la population estudiantine présente dans les dix universités sélectionnées. Ainsi, par exemple, les filles y sont largement majoritaires (61 % de filles pour 39 % de garçons), parce que plus nombreuses dans les disciplines de sciences humaines, qui sont plus largement représentées dans l’échantillon que les disciplines scientifiques, notamment en ce qui concerne l’Université libanaise. Les résultats obtenus illustrent bien la distribution des pratiques culturelles dans les différentes catégories sociales, étant donnée la représentation dans l’échantillon de l’Université libanaise, seule université nationale et gratuite [2][2] Nous avons respecté la répartition par université des..., fréquentée par les classes les plus modestes. Pour appuyer notre propos, nous nous contenterons ici de donner quelques chiffres qui concernent la lecture et l’usage de l’internet, sans aborder l’impact des variables socioculturelles qui ont fait l’objet de deux publications [3][3] Maud Stephan-Hachem et Azza Charara-Beydoun. [23, 24].....

3 - Intensité et pratiques de la lecture traditionnelle

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La lecture, dans son acception traditionnelle, n’est pas une pratique intense chez les étudiants libanais. L’ensemble de la population étudiée, aussi bien que l’ensemble de la population libanaise, objet de l’enquête nationale[6], se situerait dans la catégorie des faibles lecteurs telle que définie par les enquêtes françaises sur la lecture (moins de 10 livres par an) [16]. Nous avons pour notre part adopté des seuils bien plus modestes pour définir les faibles lecteurs.

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Le livre numérique étant encore rare, la mesure de l’intensité de la lecture ne pouvait que concerner les livres imprimés, et la question du nombre de livres lus au cours de l’année précédente excluait les livres imposés par le cursus universitaire. Notre enquête révèle que 20 % des étudiants interrogés n’avaient lu aucun livre en une année (27 % des jeunes gens contre 13 % des jeunes filles) et seuls 8 % ont déclaré avoir lu plus de10 livres par an (fig 1). En comparaison, en France en 2008, 15 % de la classe d’âge 15-28 ans avaient lu 20 livres ou plus durant l’année précédente [8] !

Figure 1 - Nombre de livres lus/anFigure 1
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Les raisons que l’on pourrait évoquer pour expliquer la faiblesse généralisée de la pratique de lecture sont partagées par les jeunes arabes. Il est en effet communément admis que la lecture est une pratique qui se fait rare, comme l’indique le volume de la production de livres dans les pays arabes : pour une population de plus de 330 millions d’individus, seulement 20 000 à 30 000 [4][4] 27 809 selon le Premier Rapport sur le Développement... nouveaux titres paraîtraient chaque année dans l’ensemble des 22 pays arabes, les livres d’intérêt général étant tirés en moyenne entre 1 000 et 3 000 exemplaires [5][5] Les chiffres dont on dispose sur l’édition et la lecture....

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La lecture n’est pas une habitude familiale, Next Page l’a montré [19]. Cette faiblesse de la lecture serait liée au retard pris par l’imprimerie pour se répandre dans les pays sous domination ottomane [6][6] L’imprimerie aurait été interdite par les Ottomans.... Le mouvement d’alphabétisation et de scolarisation avait commencé dès le 18e siècle mais ne s’est vraiment développé qu’après la première guerre mondiale. L’audiovisuel a donc eu le temps d’envahir l’espace familial libanais, avant que l’habitude de lire ne s’ancre dans les traditions.

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Interviennent également des facteurs culturels : le problème de la diglossie entre langage parlé et écrit rend difficile l’accès aux textes littéraires et crée une barrière entre le quotidien et l’écrit. Cette barrière est renforcée au Liban par l’enseignement en langues étrangères. En effet, dès la maternelle, l’enfant est confronté à l’école à une autre langue, française ou anglaise, qui n’est généralement pas celle de son environnement familial.

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Le fait que la langue de lecture soit différente de la langue maternelle ne crée-t-il pas un sentiment d’étrangeté et d’exclusion qui entrave nos capacités de rêve et d’imagination ? « Quand on a été bercé dans une langue, une culture puis tenu de grandir dans une autre au plus loin de la première, où l’on est marginalisé, la capacité à symboliser peut être mise à mal »[20]. Ainsi, parmi les personnes interrogées, ceux qui lisent en langue arabe sont aussi ceux dont la préférence va à la lecture de poèmes et d’œuvres littéraires, la langue maternelle étant plus favorable à l’émotion littéraire.

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La langue de lecture est un élément de distinction (au sens de Bourdieu [3]) important pour les jeunes Libanais, elle les divise culturellement et marque souvent l’appartenance sociale, selon l’ancienneté de leur acculturation [7][7] Dès le 18e siècle, les missions occidentales ont ouvert.... La majorité des étudiants (65 %), qui représentent les catégories sociales les plus modestes, préfèrent lire en arabe ; ceux qui lisent en anglais (24 %) et en français (11 %) appartiennent principalement aux catégories sociales moyenne et supérieure.

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La représentation de la lecture est plutôt positive, en accord avec leur statut d’étudiants, notamment pour les catégories sociales les plus modestes, « animées par un désir d’intégration sociale et aspirant à une ascension sociale » [16].

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La lecture qu’ils valorisent est la lecture informative, perçue comme utile, nécessaire pour la réussite scolaire et, partant, pour la promotion sociale. Au Liban, la pression parentale, qui est forte sur ce plan, fait entrave aux efforts de promotion de la lecture plaisir, et pousse les éditeurs à compléter les textes par des questionnaires qui suffisent à eux seuls à rendre rébarbatifs les plus belles œuvres de la littérature jeunesse. Cette approche néglige l’importance de l’imaginaire et oppose la lecture aux loisirs au lieu d’en faire un élément indissociable.

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Les choix de lecture évoqués par les étudiants interrogés révèlent un usage principalement informatif. Ils sont répartis principalement en thèmes scientifiques (65 %), religieux (45 %), politiques (37 %) et historiques (34 %). Bien que les filles, généralement plus friandes que les garçons de romans, soient majoritaires dans l’échantillon, la lecture de textes littéraires vient après les livres scientifiques dans l’ordre de leurs intérêts.

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Les livres ne sont pas très présents dans les foyers et les jeunes, n’ayant pas acquis l’habitude de lire, sont interpellés par les autres médias, bien plus attractifs. Ceux-ci pourraient-ils offrir une nouvelle chance à la lecture, en proposant d’autres façons de la découvrir par le biais de nouveaux environnements ?

4 - Les usages de l’internet

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« Gavée de chaînes satellitaires et de vidéoclips, la jeunesse arabe - en tout cas celle des middle class urbaines - se tourne de plus en plus vers Internet qui lui offre un univers de possibilités qui, avec les applications nomades pour Smartphones, accompagnent sa vie quotidienne. » [8][8] « Shankhaboot, une petite révolution sur le web arabe...

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L’usage de l’internet s’est largement répandu au Liban avec la mise en place de connexions rapides dans toutes les régions du pays, la baisse des prix des communications, le mimétisme et le besoin de communiquer avec la diaspora [9][9] À titre indicatif, l’Internet World Stats comptabilisait.... La mise en service de connexions 3G en 2011 aurait fait exploser les ventes de smartphones et ce, dans toutes les classes sociales. Au moment de l’enquête, en 2010, les dernières générations de téléphones n’avaient pas encore envahi le marché libanais et restaient le privilège des plus aisés. Mais l’usage de l’internet était généralisé parmi la population estudiantine libanaise, avec 94 % des étudiants ayant accès à l’internet dont 72 % à partir de chez eux. Le temps quotidien consacré au réseau était alors de trois heures en moyenne. En l’espace de deux ans, ces chiffres semblent avoir perdu leur sens : la connexion est devenue permanente et les usages s’interpénètrent, les jeunes jonglant avec les diverses applications disponibles sur les téléphones et tablettes, tant pour communiquer que pour s’informer ou jouer.

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C’est principalement sur Internet, disponible chez eux, que les étudiants vont chercher à s’informer, à lire, tout en communiquant et en échangeant avec leurs pairs. Au moment de l’enquête, 35 % des étudiants interrogés se connectaient d’abord à une encyclopédie ou à un moteur de recherche, cependant que 53 % d’entre eux accédaient d’abord aux sites de bavardage en ligne (« chats ») et aux réseaux sociaux. L’internet est perçu principalement comme ressource pour la recherche d’information. C’est une activité fréquente pour 76 % des personnes interrogées, vient ensuite le courriel pour 74 % puis les réseaux sociaux pour 63 % [10][10] Les filles,dans les milieux les plus traditionnels,.... On a pu remarquer que l’usage de la Toile pour s’informer vient avant le téléchargement de musiques et de films. Les thèmes demandés sont scientifiques en priorité (76 %), artistiques (71 %), puis pratiques (54 %). Ceux qui s’intéressent à la politique et à la religion auront recours aux supports imprimés autant qu’aux supports électroniques (fig 2).

Figure 2 - Thèmes de recherche sur InternetFigure 2

Mais quelles sont les langues utilisées sur Internet ?

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Dans une enquête sur les usages de l’internet par de jeunes Libanais généralement rejetés par le système scolaire et issus de milieux très modestes, Gladys Saadeh-Azar [22] avait souligné que seuls ceux qui connaissaient un peu l’anglais pratiquaient quelque peu la lecture de textes sur Internet, cependant que ceux issus de programmes francophones se contentaient de faire des recherches, en usant d’un vocabulaire anglais très réduit, pour principalement télécharger des images (photos de voiture ou de sportifs par exemple). Le problème de la maîtrise des langues étrangères, et plus précisément de la langue anglaise, devient crucial pour bénéficier des avantages de l’internet pour l’accès aux connaissances.

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Parmi les étudiants universitaires de notre échantillon, 65 % préfèrent lire en arabe quand il s’agit de lecture sur papier, et 46 % l’utilisent pour l’internet tous usages confondus. L’anglais est plus communément utilisé pour l’internet (51 %) et le français, bien que largement plus répandu dans l’apprentissage scolaire, n’est utilisé que par 3 % des étudiants. On sait que les jeunes ont développé un langage arabe à caractères latins pour leurs échanges sur Internet, le bavardage notamment. Bien plus, pour ce qui concerne la lecture sur écran et la recherche approfondie, l’arabe n’est plus utilisé que par 33,5 % des étudiants, l’anglais par 58 %, le français par 8 %. Il s’agit pourtant d’un usage qui nécessite une meilleure maîtrise des langues (fig. 3).

Figure 3 - Les langues utilisées selon les usagesFigure 3
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Le choix préférentiel des langues d’utilisation de l’internet dépend de l’université à laquelle est affilié l’étudiant. Ceux de l’Université libanaise montrent une nette préférence pour la langue arabe. Pourtant, c’est en langue anglaise qu’ils recherchent l’information, langue qu’ils maîtrisent mal pour une bonne majorité d’entre eux, et qui rend difficile l’appropriation des contenus auxquels ils accèdent. C’est pourquoi la qualité de l’offre en langue arabe peut être déterminante pour l’acquisition de connaissances et pour leur épanouissement culturel.

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L’usage des nouveaux médias a apporté chez les jeunes natifs du monde numérique des changements dans les modalités de lecture, une attitude plus dynamique, plus active, « ergative » [25] : le lecteur interagit, apprécie, recommande un article, le commente ou le critique. Sur les réseaux sociaux, l’activité de lecture est l’occasion de partages et de production écrite. Parmi les étudiants interrogés, 48 % affirment avoir déjà posté des commentaires sur Internet et 17 % disent avoir contribué à des blogs.

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En 2010, une jeune bahreïnie décrivait ses pairs en ces termes : « Les jeunes lisent mais à leur manière, ils échangent les livres numériques et articles électroniques, les news, et en discutent. La plupart se contentent de lire les seuls passages qui les intéressent… et évitent les lectures qui requièrent du temps, des efforts et de la patience, parce qu’ils sont nés à l’ère de la vitesse…, ils partagent des poèmes… mais ne liront pas nécessairement les anthologies. La diversification continue et le changement dynamique dans la consommation et la production culturelles des jeunes bahreinis dessinent le profil de la culture des jeunes, caractérisée par l’interactivité et la connaissance ludique. » [1]

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Pour ces usagers de l’écrit numérique, il faudrait proposer des documents qui correspondent mieux à leurs modalités de lecture, des documents qui ne les enferment pas dans un discours linéaire, qui soient facilement accessibles, manipulables, échangeables, et répondent à leurs attentes d’une information actuelle et de supports hybrides.

5 - Les contenus arabes de l’internet

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Dans la perspective de changements dans les modes d’accès à l’information et des nouveaux rapports des jeunes avec l’écrit, que leur est-il proposé, en terme de contenus en ligne, dans leur langue arabe, partagée par 300 millions de personnes et qui est devenue la 7e langue utilisée sur Internet (en nombre d’internautes) [11][11] Internet World Statistics. Internet world users by... ? Les révolutions arabes ont en effet contribué à améliorer la place de la langue arabe sur la Toile mais en investissant essentiellement les réseaux sociaux [12][12] « Civil Movements : the impact of Facebook and Twitter.... Et c’est en effet surtout dans les blogs, les forums et les réseaux sociaux que les jeunes trouvent un espace d’expression libre. Pourtant, cette activité débordante ne semble pas se traduire par la production de ressources informationnelles nouvelles. Les projets de numérisation semblent voués au culte des œuvres du passé et la production d’information en langue arabe ne semble pas encore s’être adaptée aux nouveaux modes de lecture ni au nouvel « ordre du discours » [4].

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La recherche d’information en langue arabe est souvent décevante. Quelle offre d’information et quels types de documents peuvent trouver les étudiants qui tentent de s’informer, d’enrichir leurs connaissances ou simplement de lire ?

L’offre d’information

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Elle comprend la presse généraliste, l’information scientifique (articles, compte rendus de congrès, thèses scientifiques), et l’information générale encyclopédique.

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? La presse quotidienne est disponible gratuitement et les titres principaux accessibles sur tablettes de lecture, mais les archives des journaux restent payantes.

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? L’information scientifique en langue arabe est limitée, qu’il s’agisse de bases de données scientifiques payantes ou d’archives ouvertes. Deux bases de données scientifiques électroniques [13][13] Ask Zad et Al Manhal sont disponibles, mais les livres électroniques s’y trouvent encore en petit nombre (3 500 à 4 000). Des périodiques scientifiques arabes en accès libre circulent pourtant sur la Toile, mais ne sont pas répertoriés. Une recherche sur un moteur généraliste retrouvera peu d’articles scientifiques fiables et conduira surtout à des discussions informelles sur des forums ou à des blogs. Le Directory of Open Access Journals (DOAJ) répertorie moins de 5 périodiques en langue arabe dans l’ensemble des pays arabes [14][14] Directory of Open access Journals, DOAJ by country,.... Dans le Directory of Open Access Repository (DOAR), on retrouve 18 serveurs de documents partiellement en langue arabe [15][15] Open DOAR, Proportion of Repositories by Country -....

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? Les sites d’information actualisés et les encyclopédies en ligne sont pratiquement absents, le Wikipédia arabe est encore très pauvre. Le jeune qui cherche une information ponctuelle concernant la culture arabe ne retrouve au mieux que des éléments partiels et non validés dans des forums de discussion. Les dictionnaires classiques de langue arabe sont numérisés et indexés, mais ne répondent pas aux besoins d’une jeunesse « branchée », qui cherche à manipuler une langue plus moderne.

Les livres numériques

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La description qui suit se fonde sur l’observation directe d’une dizaine de sites, les plus connus.

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? Les éditeurs de livres numériques payants sont très peu nombreux car ils craignent le piratage. Certains pourtant se lancent prudemment, en particulier les éditeurs des pays du Golfe dont le public est plus riche que dans les autres pays arabes.

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La version numérique d’un livre est parfois plus chère que la version papier. Le format PDF, le plus communément utilisé, ne favorise cependant pas les nouvelles formes de lecture, plus dynamiques.

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Il existe quelques applications pour la lecture sur tablette [16][16] Nous avons repéré Ikitab, Qordoba, Rufoof. mais les formats utilisés sont propriétaires et la diffusion se fait exclusivement à partir de la plateforme du fournisseur. Ils restent peu connus du public et les catalogues sont encore restreints.

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? Les bibliothèques numériques arabes proviennent en général d’initiatives dispersées, redondantes, et reproduisent les livres du patrimoine classique et traditionnel, principalement textuel : il s’agit de textes anciens sacrés et d’ouvrages de référence les plus classiques, pour un public de lettrés d’une autre génération, œuvres aujourd’hui difficilement accessibles pour la plupart des jeunes.

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Cette conception du patrimoine est également restrictive, ne mettant en lumière que le patrimoine religieux arabe et islamique et marginalisant les apports des autres communautés et populations des pays arabes. Tous les grands ouvrages classiques de l’Islam ont été numérisés et sont proposés sur plusieurs sites. Le corpus est organisé, indexé ; les formats adoptés (PDF, HTML ou formats propriétaires) permettent des recherches dans le texte et sont de lecture facile, mais les œuvres restent malgré tout cloisonnées et n’ont pas intégré « la culture du lien » [10].

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Par contre, les ouvrages mis en ligne gratuitement dans des bibliothèques virtuelles et qui ne font pas partie du corpus de base de l’Islam sont parfois de mauvaise qualité, peu lisibles. Il s’agit dans la plupart des cas de simples duplicatas de l’original en format PDF, sans possibilité de recherche - les problèmes de la reconnaissance optique des caractères arabes étant lourds à gérer et les résultats peu satisfaisants. De plus, le choix des ouvrages disponibles ne semble pas répondre à des critères de sélection clairement définis et, partant, ne constitue pas de collection thématique, structurée et bien ciblée. Ces bibliothèques ne sont pas signalées et sont peu connues, et certaines ne respectent pas les droits d’auteur.

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D’une manière générale, les formats ouverts, qui assurent plus de confort pour la lecture numérique (ePub par exemple), sont difficiles à utiliser pour les textes arabes, et leur adoption est encore rare [17][17] Nous avons pu repérer de rares sites comprenant seulement.... Les possibilités du numérique en termes de liens, de multimédia, d’interactivité, ne sont pas vraiment exploitées. « Trop souvent, les bibliothèques informatiques arabes sont conçues comme des copies des fonds originaux, alors que leur véritable numérisation suppose au contraire un travail sur les données afin d’en exploiter au mieux les richesses. Ce n’est pas un hasard si c’est autour du Coran, le texte par excellence pour les musulmans, qu’on observe les plus sophistiquées des applications électroniques, celles qui associent le son et l’image, les supports multimédias et multilingues, la possibilité d’annotations, en attendant les découvertes à venir… [14].

Les sites des bibliothèques et les sites culturels divers

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En 2009, un rapport sur le développement culturel arabe avait signalé la faible fréquentation des sites des institutions culturelles arabes, problème lié au contenu ainsi qu’à la forme de présentation de ces sites, pour la plupart figés, classiques de conception, peu innovateurs, peu interactifs, exception faite des sites consacrés à l’audiovisuel (télévisions, musique et cinéma) [12].

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Cette remarque s’applique également aux sites des bibliothèques arabes, en général mal conçus et peu attrayants pour retenir les visiteurs, avec des contenus fixes, où le texte l’emporte très largement sur l’iconographie et le multimédia, à quelques exceptions près cependant [18][18] Font exception la Bibliothèque d’Alexandrie avec sa.... L’interaction avec les usagers se résume à un « Contactez-nous » classique. Issues de traditions de communication unidirectionnelle (du maître aux élèves, du détenteur de l’information à ses usagers), ces bibliothèques n’ont pas adopté les réseaux sociaux qui pourraient pourtant favoriser les échanges avec leur public [19][19] À titre d’exemple, la Bibliothèque nationale du roi....

6 - Des chantiers à promouvoir

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Pourtant, des initiatives parfois publiques, plus souvent privées et civiles, promeuvent une autre conception du patrimoine et de la culture. Certaines par exemple tentent de conserver, sauvegarder et mettre en ligne des collections de photos [20][20] Fondation arabe pour l’image, par exemple., de musique [21][21] La bibliothèque musicale de l’Opéra du Caire par exemple,..., afin de préserver la mémoire de la modernité dans la ville. Les outils du Web 2.0 sont utilisés pour permettre aux usagers d’interagir, parfois de compléter les informations ou d’enrichir les collections virtuelles. Ils instaurent ici une autre forme de relation entre individus, où le partage d’information vient remplacer l’offre en sens unique, et où l’expression individuelle est libérée du carcan de la tradition. Ces initiatives sont malheureusement dispersées, soutenues temporairement par des programmes de coopération européenne. Le désintérêt des États et l’absence de stratégies à long terme sont des obstacles à leur développement, ainsi qu’à leur accessibilité et à leur pérennité.

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Il existe aussi des sites arabes d’une grande originalité, où les jeunes s’expriment tant avec liberté que créativité, où les textes parfois poétiques, toujours audacieux, accompagnent des modes d’expression variés, des bandes dessinées, des caricatures, des photos, et expriment un esprit critique et une grande lucidité face aux difficultés du quotidien dans les villes arabes. Mais aucun effort de repérage, de promotion et de préservation de ces expressions culturelles volatiles qui circulent sur les réseaux sociaux et sur les blogs n’est entrepris, car elles se placent en porte-à-faux par rapport à l’ordre établi.

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Il y a là tout un chantier pour de jeunes bibliothécaires, qui pourraient initier des projets fédérateurs de répertoires ou de portails et mettre en œuvre leurs compétences pour promouvoir les sites les plus diversifiés, notamment ceux que les jeunes eux-mêmes ont créés, loin de la censure sociale. Les bibliothèques doivent aussi s’investir dans les projets de partage de contenus : mise en commun d’archives ouvertes, création de bibliothèques numériques, et choix des documents à numériser. Face à une conception fossilisée de la culture et du patrimoine, ils peuvent opposer une approche plus souple, plus inclusive, qui prenne en compte les formes nouvelles d’expression, libérées de la hiérarchie des textes et des savoirs, de l’autorité du producteur d’information et de« l’ordre du discours » [4] que le codex avait instauré.

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Septembre 2012


Références

  • 1 –  ALI Fatema. « À propos de Facebook et des jeunes Bahreinis ». In : Cultural Practices of Arab Youth, volume 14, 2009-2010, p. 212-225. Beyrouth : Lebanese Association of Women Researchers (Bahithat), 2010
  • 2 –  BELISLE Claire. « Du papier à l’écran : lire se transforme ». In : Lire dans un monde numérique. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011
  • 3 –  BOURDIEU Pierre et CHARTIER Roger. « La lecture, une pratique culturelle ». In : Pratiques de la lecture, sous la direction de Roger Chartier. 3e éd. Paris : Petite Bibliothèque Payot, 2003, p. 277-306
  • 4 –  CHARTIER Roger. « De l’écrit sur l’écran. Écriture électronique et ordre du discours ». Colloque Les écritures d’écran : histoire, pratiques et espaces sur le Web. Aix-en-Provence, 18-19 mai 2005. http://www.imageson.org/document591.html
  • 5 –  CHARTIER Roger. « Le monde comme représentation ». Annales Économies, Sociétés, Civilisations, 1989, vol. 44, n°6
  • 6 –  CONSULTATION AND RESEARCH INSTITUTE. Sina’at al kitab fi lubnan [L’industrie du livre au Liban]. Étude réalisée pour Beyrouth Capitale Mondiale du Livre. Beyrouth : Ministère de la Culture, 2010
  • 7 –  COULANGEAU Philippe. Sociologie des pratiques culturelles. Paris : La Découverte, 2010
  • 8 –  DONNAT Olivier. « Les pratiques culturelles des Français à l’heure du numérique : éléments de synthèse 1997-2009 ». Culture Études, 2009, n°5. www.culture.gouv.fr/deps
  • 9 –  DONNAT Olivier (dir.). Regards croisés sur les pratiques culturelles. Paris : La Documentation française, 2007
  • 10 –  FENNICHE-DAOUASS Raja. « Hyperlecture et culture du lien ». In : Lire dans un monde numérique. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011
  • 11 –  FENNICHE-DAOUASS Raja. « Lecture numérique : vecteur de changements socioculturels chez les jeunes chercheurs tunisiens ». In : Cultural Practices of Arab Youth, volume 14, 2009-2010. Beyrouth : Lebanese Association of Women Researchers (Bahithat), 2010, p. 245-264
  • 12 –  FONDATION POUR LA PENSÉE ARABE. Deuxième rapport sur le développement culturel. Beyrouth : La Fondation, 2009
  • 13 –  FONDATION POUR LA PENSÉE ARABE. Premier rapport sur le développement culturel. Beyrouth : La Fondation, 2008
  • 14 –  GONZALES-QUIJANO Yves. « Un coup de jeune pour l’arabe : la langue métissée de l’internet ». Culture et politique arabes, 19 mars 2012 http://cpa.hypotheses.org/3368
  • 15 –  HERSENT Jean-François. « La culture des adolescents : rupture et continuité ». IUFM académie de Rouen, journée des professeurs documentalistes, 26 mars 2004. http://documentaliste.ac-rouen.fr/spip/IMG/pdf/texte_hersent_rouen.pdf
  • 16 –  HOLLEROU-LAFARGE Chantal, SEGRÉ Monique. Sociologie de la lecture. Paris : La Découverte, 2003
  • 17 –  MAUGER Gérard, POLIACK Claude. « Les usages sociaux de la lecture ». Actes de la recherche en sciences sociales, 1998, vol. 123, p. 3-24
  • 18 –  MELKI Jad. Media habits of MENA Youth : A Three-Country Survey. Youth in the Arab World, Working Paper Series, n°2, July 2010. http://www.aub.edu.lb/ifi/public_policy/arab_youth/Documents/working_paper_series/ifi_wps04_ay_Melki.pdf
  • 19 –  NEXT PAGE FOUNDATION. What Arabs Read. 2007. http://www.npage.org/article63.html
  • 20 –  PETIT Michèle. Éloge de la lecture : la construction de soi. Paris : Belin, 2002
  • 21 –  PRENSKY Marc. « Digital Natives, Digital Immigrants ». On the Horizon, MBC University, October 2001, volume 9, n°5
  • 22 –  SAADEH-AZAR Gladys. « L’internet, des usages multiples ». In : Cultural Practices of Arab Youth, volume 14, 2009-2010, p. 226- 244. Beyrouth : Lebanese Association of Women Researchers (Bahithat), 2010
  • 23 –  STEPHAN-HACHEM Maud, CHARARA-BEYDOUN Azza. « Les pratiques culturelles des jeunes libanais ». Idafat, 2011, n°13, p. 47-80
  • 24 –  STEPHAN-HACHEM Maud, CHARARA-BEYDOUN Azza. « Les jeunes femmes libanaises, auditrices, spectatrices, lectrices ». In : Cultural Practices of Arab Youth, vol. 14, 2009-2010, p. 26-59. Beyrouth : Lebanese Association of Women Researchers (Bahithat), 2010
  • 25 –  VANDENDORPE Christian. « Quelques questions clés que pose la lecture sur écran ». In : Lire dans un monde numérique. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011
  • 26 –  WILE James M. « What Arabs read: A Pan-Arab Survey on Readership ». 2007. http://www.npage.org/IMG/pdf/8._James_Wile_s_commentary.pdf

Notes

[1]

Étude réalisée par Azza Charara Beydoun et moi-même, financée par le CNRS libanais.

[2]

Nous avons respecté la répartition par université des effectifs des étudiants de 1re année, obtenue auprès du Centre de recherche et de développement pédagogiques (chiffres de 2009). Les étudiants de l’Université libanaise représentaient 48 % et les différentes universités privées 52 %.

[3]

Maud Stephan-Hachem et Azza Charara-Beydoun. [23, 24]. Articles en arabe. Une publication en français est prévue pour 2014.

[4]

27 809 selon le Premier Rapport sur le Développement Culturel (Fondation pour la pensée arabe, 2008 [13]). Mais les statistiques souffrent de lacunes et de redondances.

[5]

Les chiffres dont on dispose sur l’édition et la lecture dans les pays arabes sont approximatifs, par absence d’enquêtes de vaste envergure et par manque de transparence des éditeurs. Il est ainsi quasi impossible d’obtenir d’un éditeur des chiffres précis quant au nombre annuel de titres parus et, bien plus difficile encore, du tirage d’exemplaires !

[6]

L’imprimerie aurait été interdite par les Ottomans et n’aurait été autorisée qu’en 1726 par un décret du sultan Ahmet III. Elle apparaît discrètement dans les communautés chrétiennes d’Orient : une première tentative d’imprimerie en caractères syriaques en 1610 par des moines maronites dans la montagne libanaise n’est pas poursuivie ; il faut attendre 1706 pour voir le 1er livre en caractères arabes imprimé à Alep par des moines melkites.

[7]

Dès le 18e siècle, les missions occidentales ont ouvert des écoles qui s’adressaient d’abord aux chrétiens de la montagne puis aux élites urbaines.

[8]

« Shankhaboot, une petite révolution sur le web arabe », Yves Gonzales-Quijano. Culture et politique arabe, 11 juin 2012, http://cpa.hypotheses.org/3565

[9]

À titre indicatif, l’Internet World Stats comptabilisait 1 444 200 usagers de Facebook le 31 mars 2012, ce qui représente une pénétration de 33 %. http://www.internetworldstats.com/middle.htm#lb

[10]

Les filles,dans les milieux les plus traditionnels, semblent avoir encore quelques réserves à créer des profils et à s’exposer sur le Web.

[11]

Internet World Statistics. Internet world users by language : Top 10 Languages, 2010, http://www.internetworldstats.com/stats7.htm

[12]

« Civil Movements : the impact of Facebook and Twitter 2011 ». Arab Social Media Report, May 2011, vol. 1 n° 2, p. 6. http://www.dsg.ae/portals/0/ASMR2.pdf

[13]

Ask Zad et Al Manhal

[14]

Directory of Open access Journals, DOAJ by country, http://www.doaj.org/doaj?func=byCountry&uiLanguage=en

[15]

Open DOAR, Proportion of Repositories by Country - Worldwide, Arabic language, http://www.opendoar.org

[16]

Nous avons repéré Ikitab, Qordoba, Rufoof.

[17]

Nous avons pu repérer de rares sites comprenant seulement quelques titres en format ePub. Le plus important, www.ibooks.ae, comprend 126 titres mais la sélection semble aléatoire.

[18]

Font exception la Bibliothèque d’Alexandrie avec sa bibliothèque numérique (Digital AssetsRepository), très riche grâce à des programmes de coopération internationale ; la Bibliothèque nationale du Maroc (activités, service de référence en ligne, photothèque, documents audiovisuels) ; et la bibliothèque numérique Al Warraq (livres du patrimoine, Facebook, patrimoine en images, liste des livres les plus consultés, forums de discussion, actualités, etc.) Mais, là encore, c’est le format PDF qui est adopté, n’assurant pas de confort de lecture sur les tablettes.

[19]

À titre d’exemple, la Bibliothèque nationale du roi Fahd (Arabie Saoudite), pourtant riche en informations, reste de conception très classique, peu interactive, avec beaucoup de textes et pas de photos. La bibliothèque numérique comprend une cinquantaine de titres, dont le choix semble aléatoire. Les sites des autres BN ne sont pas mieux lotis, s’alignant tous sur la même conception traditionnelle de la connaissance comme source de pouvoir.

[20]

Fondation arabe pour l’image, par exemple.

[21]

La bibliothèque musicale de l’Opéra du Caire par exemple, ou l’association IRAB pour le patrimoine musical.

Résumé

Français

Les ressources informationnelles en langue arabe disponibles sur la Toile peuvent elles répondre aux attentes des jeunes en matière d’information et de culture ? Pour décrire les pratiques culturelles des jeunes Libanais, notamment en matière de lecture et d’usage de l’internet, cette étude réalisée par Maud Stephan-Hachem se fonde sur les résultats d’une enquête auprès de jeunes étudiants. Elle se penche ensuite sur le type d’information, de sites, d’ouvrages numérisés dont disposent les jeunes qui ne lisent que l’arabe. Quels contenus leur propose-t-on et sous quelles formes ? L’offre numérique, tant scientifique que culturelle, est-elle facilement accessible, est-elle suffisamment attractive, dynamique, interactive, pour inciter à lire et s’informer en arabe ?

English

From reading to using the Internet in Arabic, a survey of young lebanese studentsCan information resources in Arabic available on the Internet meet the expectations of young people for information and culture? This study, based on the results of a survey of young Lebanese students, describes the cultural practices of young Lebanese, especially as regards reading and using the Internet. The author looks at types of information, sites and digital documents available to those who can read only Arabic. What is their content and form? How accessible, attractive, dynamic and interactive is digital information - whether scientific or cultural - so that they are drawn to reading in Arabic and keeping themselves informed?

Español

De la lectura al uso de internet en árabe. Encuesta de jóvenes estudiantes libaneses¿Pueden los recursos informativos en lengua árabe disponibles en la web satisfacer las expectativas de los jóvenes en materia de información y de cultura? Para describir las prácticas culturales de los jóvenes libaneses, especialmente en materia de lectura y del uso de Internet, este estudio realizado por Maud Stephan-Hachem se basa en los resultados de una encuesta realizada a jóvenes estudiantes libaneses. Ella examina a continuación el tipo de información, de sitios, de libros digitalizados, de las que disponen los jóvenes quienes leen sólo el árabe. ¿Qué contenidos les proponen y bajo qué formas? La oferta digital, tanto científica como cultural, ¿es de fácil acceso, es lo suficientemente atractiva, dinámica, interactiva, para animarlos a leer y a informarse en árabe?

Deutsch

Lesen und Internet-Nutzung auf Arabisch: Eine Umfrage bei jungen libanesischen StudentenKönnen die im Internet verfügbaren Informationsressourcen in arabischer Sprache der Erwartungen der Jugend im Bereich Information und Kultur entsprechen? Um die kulturellen Praktiken junger Libanesen, insbesondere im Bereich des Lesens und der Internetnutzung, zu beschreiben, stützt sich diese Studie von Maud Stephan-Hachem auf die Ergebnisse einer Umfrage von jungen libanesischen Studenten. Anschliessend untersucht sie die Arten von Informationen, Websites und digitalen Werken, die junge Menschen zur Verfügung stehen, die nur Arabisch verstehen. Welche Inhalte werden angeboten, und in welcher Form? Ist das digitale Angebot (sowohl wissenschaftlich als auch kulturell) leicht zugänglich, hinreichend interessant, dynamisch und interaktiv, um anzuregen, auf Arabisch zu lesen und sich zu informieren?

Plan de l'article

  1. 1 - État de la question
  2. 2 - Méthodologie de l’enquête
  3. 3 - Intensité et pratiques de la lecture traditionnelle
  4. 4 - Les usages de l’internet
    1. Mais quelles sont les langues utilisées sur Internet ?
  5. 5 - Les contenus arabes de l’internet
    1. L’offre d’information
    2. Les livres numériques
    3. Les sites des bibliothèques et les sites culturels divers
  6. 6 - Des chantiers à promouvoir

Pour citer cet article

Stephan-Hachem Maud, « De la lecture à l'usage de l'internet arabe. Enquête auprès de jeunes étudiants libanais», Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2013 (Vol. 50) , p. 62-69
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2013-2-page-62.htm.
DOI : 10.3917/docsi.502.0062.


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