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Documentaliste-Sciences de l'Information

2013/2 (Vol. 50)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.502.0070
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Exploiter au mieux Linkedin

LinkedIn. Éric Delcroix, Montreuil : Pearson, 2012. - 192 p.- ISBN 978-2-7440-9493-4 : 9,95 € (disponible en format PDF et ePub)

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Quatre millions – c’est le nombre de CV posté par les membres français du réseau professionnel LinkedIn. Dans le monde, ils sont quelque 188 millions – une matière première qui, en 10 ans, a propulsé LinkedIn au 1er rang des réseaux sociaux professionnels, loin devant Viadéo ou d’autres réseaux. Fondé en 2003, LinkedIn a en 2012 réalisé 900 millions de dollars de CA, en hausse de 71% par rapport à 2011. Chaque seconde, deux nouveaux CV sont postés sur LinkedIn.

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Pour comprendre ce phénomène et, surtout, pour savoir s’en servir, ce petit guide sera utile à tous ceux – cadres, employés, étudiants etc. – qui veulent développer leur réseau professionnel sur Internet. Partager, rester en contact, diffuser son CV, chercher de l’information, recruter, discuter, faire du marketing – difficile à dire ce qu’on ne peut pas faire avec LinkedIn. Au sommaire figurent 4 parties, sur la création du profil, le développement des contacts, l’intérêt pour les entreprises et les administrations, et sur les applications et versions avancées.

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Créer son profil est la première chose à faire sur un réseau. Mais ne foncez pas tête baissée vous inscrire ou rédiger votre profil, avertit l’auteur du livre, car ce serait « inutile et improductif ». Il s’agit d’un « engagement dans le temps », et mieux vaut d’abord réfléchir sur les objectifs d’une présence sur LinkedIn, sur la stratégie à adopter, sur son image. Le lecteur apprend par la suite pas à pas comment s’inscrire, comment créer son profil, renseigner les différentes cases (expériences, formation, résumé, etc.), puis comment le compléter au fil du temps, ajouter des recommandations et relations, faire un lien avec Twitter, gérer des informations personnelles.

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Les contacts : pour développer son réseau, Ariel Eckstein, patron de LinkedIn Europe, conseille de répondre à ces deux questions : « Je connais cette personne, ai-je envie de la revoir ? » et « Je ne connais pas cette personne, ai-je envie de la rencontrer ? » Le guide explique le côté technique du réseautage. Comment trouver des personnes, comment étendre ses relations ? Faut-il oui ou non accepter toutes les demandes de relations ? Comment utiliser la messagerie de LinkedIn ? Comment choisir les bons groupes, comment y participer, comment créer son propre groupe, comment le développer ?

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Les organisations : le magazine Challenges titrait début 2013 que LinkedIn avait imposé son profil au monde du recrutement. Le contact direct avec les candidats potentiels accélère les campagnes de recrutement et en réduit le coût. Le modèle économique du réseau repose sur les services aux entreprises, notamment le ciblage des profils pour le recrutement et les solutions marketing pour construire leur communication sur le réseau. Éric Delcroix décrit dans le détail comment une entreprise ou une association peuvent tirer du profit de LinkedIn, pour le recrutement, pour la communication, pour le marketing des produits et services.

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Aller plus loin : la 4e partie est consacrée au développement de la notoriété et de la confiance sur LinkedIn, par le biais d’autres applications et versions. Le guide aborde en particulier l’annonce et l’organisation d’événements, la réalisation de sondages en ligne et le partage de présentations (SlideShare). Le lecteur trouvera aussi quelques remarques sur la version mobile de LinkedIn. Pour finir, l’auteur décrit l’offre des versions payantes de LinkedIn et leur intérêt pour les particuliers et les organisations. Déposer son CV sur LinkedIn est gratuit. Moins de 10% des inscrits paient un abonnement Premium. Son intérêt est le plus souvent lié à d’autres informations et fonctionnalités qui faciliteront la recherche d’emploi et le recrutement.

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Pour les professionnels et le chercheur, LinkedIn est devenu un outil de veille collaboratif irremplaçable. Vous cherchez des programmes d’enseignement dans le domaine des SIC ? Vous avez besoin d’un contact dans l’édition en médecine ? Vous cherchez tout simplement un forum de discussion dans votre domaine ? Vous voulez rester en contact avec vos anciens étudiants ou élèves, non comme les « amis » sur Facebook mais comme relation professionnelle ? LinkedIn est une solution.

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Plus de 150 000 bibliothécaires et documentalistes sont membres du réseau, dont environ 600 en France, et plusieurs centaines de groupes ont été créés autour des bibliothèques. L’ADBS est représentée par six groupes, dont le principal avec plus de 2 500 membres.

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Eric Delcroix a réussi l’exploit d’un petit guide pratique, utile, très lisible. Vous êtes intéressé par LinkedIn mais vous hésitez encore ? Ce livre vous donnera les arguments pour y aller. Vous y êtes déjà ? Avec ce livre, vous allez passer à la vitesse supérieure.

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Joachim Schöpfel

Analyse d’exceptions

Les Exceptions à usage public en droit d’auteur. Benoît Galopin ; préface de Pierre Sirinelli, Paris : IRPI ; Lexis-Nexis, 2012. – 488 p. – (Le droit des affaires Propriété intellectuelle). – ISBN 978-2-7110-1690-7 : 60 €

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Droit d’auteur, droit de l’auteur, comme on le rappelle si souvent. Mais aussi un droit qui, même en France, accorde une place à l’utilisateur lorsque les exceptions sont qualifiées de « baromètre de la réception harmonieuse du droit d’auteur dans le corps social » (C. Caron). Tout est dit. C’est donc avec intérêt que l’on se penchera sur cet instrument politique que sont les exceptions au droit d’auteur.

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Ces exceptions à usage public (notamment la citation, l’illustration pour l’enseignement et la recherche, mais aussi la revue de presse, la parodie, ou celles qui bénéficient aux personnes handicapées) sont analysées dans cet ouvrage. L’auteur nous fait découvrir comment elles sont apparues et leur évolution selon l’interprétation des juges.

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Le poids du juge, c’est ce qu’illustre le triple test à l’aune duquel une exception doit passer et dont le juge peut s’emparer pour refuser l’exercice si elle devait porter « atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre ». Ce pouvoir donné aux juges, qui ajoute une dose d’insécurité juridique, ébranle le principe d’une liste fermée d’exceptions définies de manière stricte, comme le veut le droit français qui laisse peu de place à l’interprétation. Le fair use des États-Unis, plus flexible, qui se contente d’une réponse satisfaisante à quatre critères pour admettre un usage, serait-il plus accueillant pour les usages numériques ? Cette superposition de systèmes fermés et ouverts, troublante, existe déjà… au Royaume-Uni et au Canada !

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En tant que législateur, comment arbitrer entre les intérêts des parties quand on sait que ni les auteurs ni les investisseurs ni même le public, devenu lui-même auteur, n’est monolithique, et dans un domaine où les groupes de pression se multiplient ?

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Revendiquer un droit à l’information ? N’y pensez pas. Un droit à la culture ? Encore moins. Quoique… Pour retracer l’actualité, de multiples dérogations existent et pas moins de 4 nouvelles exceptions répondent aujourd’hui directement à des finalités sociales et culturelles.

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Bien qu’expression bannie en France, Benoit Galopin s’est lancé ici dans une étude d’une balance des intérêts à la française. Raisonner à long terme, se pencher sur la notion d’intérêt général, voilà quelques difficultés à surmonter. Mais que dire lorsque la licéité de l’accès n’est pas une condition pour exercer une exception, mais que des mesures techniques de protection font émerger un droit nouveau, un droit d’accès aux œuvres ? Il y a des aspects encore bien inquiétants, à mes yeux.

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L’absence d’accès « raisonnable » aux œuvres, voilà qui pâtit aussi à la création de valeur pour une économie, souligne l’auteur, tout comme les coûts transactionnels trop élevés face au bénéfice retiré de l’utilisation des œuvres.

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Tout ceci crée un paysage fascinant où évoluent législateurs et juges, des exceptions aux termes concis, parfois « énigmatiques », ou trop précis aux interprétations strictes, parfois inadéquates, et sur un fond (lointain ?) d’harmonisation des régimes de droit d’auteur. On peut regretter que la souplesse du régime que nous avions en France par le « jeu rédactionnel ouvert » des exceptions ait été perdue en 2006 avec la multiplication des exceptions catégorielles « de résistance ».

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En dépit des dysfonctionnements actuels, nul besoin, pour l’auteur, de changer de paradigme, mais veiller à accorder une attention aux libertés fondamentales et à la liberté de création, ne pas fonder l’avenir sur les mesures de protection techniques, et accorder aux exceptions un caractère impératif afin qu’elles ne soient pas contournées par contrat. Voilà quelques points que l’on retiendra d’une analyse très riche.

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Michèle Battisti

Recherches autour du document numérique

Le Document numérique à l’heure du web de données. séminaire INRIA, 1er–5 octobre 2012, Carnac / Institut de recherche en sciences du numérique (INRIA) ; coord. par Lisette Calderan, Pascale Laurent, Hélène Lowinger et Jacques Millet, Paris : ADBS Éditions, 2012. – 255 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-142-7 : 35 €

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Depuis les travaux du réseau thématique pluridisciplinaire RTP-Doc du CNRS entre 2004 et 2006, l’analyse du document dans l’environnement numérique a donné lieu à de nombreux articles, communications et livres. Fin 2012, l’Inria a organisé un séminaire pour faire le point sur le document numérique à l’heure du web de données. L’idée était de clarifier « les différentes notions qui se croisent et se confondent parfois (web sémantique, web de données, linked data, etc.) ». Voici le résultat de ce séminaire : des textes riches et variés, quelques-uns synthétiques sur peu de pages, d’autres plus analytiques et détaillés, comportant 30 pages ou plus.

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La plupart des auteurs partagent la compréhension par le RTP-Doc du document en ses trois dimensions : forme, texte et fonction. De même, il y a un certain consensus pour définir le web de données comme « un ensemble de standards et de technologies qui vise à faire entrer les données structurées dans l’environnement du web ». Autrefois appelé « web sémantique », c’est désormais l’environnement naturel du document numérique, un environnement qui met en question la notion même du document et du texte.

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Ce séminaire, qui a réuni plusieurs auteurs d’horizons et d’approches très différents, permet ainsi de découvrir une histoire de notices, depuis le catalogage traditionnel jusqu’aux métadonnées et travaux de normalisation du Web (Poupeau), une synthèse de l’architecture et des technologies du Web (Bermès et Poupeau), et deux études sur les référentiels, ontologies, métadonnées et annotations sémantiques (Isaac, Aussenac-Gilles). L’application de ces approches se trouve surtout dans l’organisation des connaissances, la recherche de l’information mais aussi la mise en place de dispositifs documentaires.

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Deux textes sont particulièrement intéressants. Ils abordent le Web et ses contenus sous l’aspect politique et juridique. V. Peugeot analyse les ressources du Web comme biens communs, immatériels, à partager. L. Maurel, de son coté, décrit la diffusion des données publiques (open data) dans le cadre juridique français, l’intérêt et les limites de différentes licences, le conflit avec d’autres lois et règles en vigueur, puis le caractère particulier de certains types de données (culturelles, scientifiques, etc.).

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Les 3 derniers chapitres reviennent à une approche plus classique du Web. Ils parlent de l’édition (publication en ligne), de la documentation (lien entre contenu et notice) et de la classification des différents contenus et types de ressources. Conceptuellement intéressant, il faut sans doute laisser un peu de temps au temps pour voir si cette approche à l’interface entre technique, documentation, politique et philosophie portera ses fruits en termes d’études, de connaissances et d’applications.

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Le lecteur en tout cas – étudiant en master, doctorant, chercheur, documentaliste – fera la part des choses en fonction de ses intérêts. Certains chapitres, notamment l’introduction de J.-M. Salaün, sont plus abordables que d’autres, plus techniques, voire hermétiques. Mais l’ensemble exprime bien le caractère du séminaire – du travail en cours, work in progress, un forum d’échange, une étape du chemin, non un aboutissement en soi.

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Joachim Schöpfel

Un enjeu politique

Open data : comprendre l’ouverture des données publiques. Simon Chignard ; préface de Jacques-François Marchandise, Limoges : FYP éditions, 2012. - 192 p. – (Entreprendre). – ISBN 978-2-916571-70-6 : 24,50 €

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Un gouvernement qui fait de l’ouverture des données publiques le levier de la modernisation de l’activité publique et du développement de services innovants sur le Net… Des départements qui s’opposent à la diffusion de « leurs » données du recensement ou relatives à l’état civil par des entreprises réutilisatrices sous prétexte de risque pour la sécurité et la confidentialité des informations… Un tribunal administratif qui, en première instance, rejette la décision d’un de ces départements, puis une cour administrative d’appel qui donne raison à la collectivité territoriale en conditionnant la réutilisation des données publiques à l’autorisation de la CNIL… Bienvenue dans le paysage de l’open data en France, 2013 !

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Si vous ne comprenez rien mais si vous voulez savoir, lisez ce livre ! Il est écrit pour les néophytes du sujet, pour tous ceux - professionnels, politiciens ou simples citoyens - qui sont directement ou indirectement concernés par cette nouvelle politique. Autrement dit, il est écrit pour nous tous, sans exception.

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L’auteur, consultant et formateur, a participé dès 2010 à l’animation de l’ouverture des données publiques de Rennes Métropole, l’un des modèles en la matière en France. Le livre est le fruit de cette expérience unique. L’auteur répond sur chaque page aux innombrables questions auxquelles il a dû être confronté lors du projet rennais. C’est un livre pédagogique, extrêmement formateur, dont la force est d’intégrer les aspects politiques, techniques, économiques et pratiques. Un livre qui rend plus intelligent.

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Commençons par la définition du concept de l’open data. Pour S. Chignard, une donnée ouverte doit être mise à disposition dans un format technique qui facilite la réutilisation, avec une licence juridique qui ne restreigne pas les utilisations possibles, et en limitant des redevances susceptibles de constituer des freins économiques à la réutilisation. Après une introduction sur la notion de donnée (publique, ouverte), l’auteur développe son analyse dans 4 chapitres :

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Comprendre : aux sources de l’open data. Simon Chignard remonte aux origines de cette politique, avec une étude des limites et oppositions.

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Connaître : des données et des hommes. Ce chapitre présente les projets, initiatives, acteurs, et analyse les facteurs de succès et d’échec. Deux exemples : l’accès aux statistiques de l’Insee via le portail data.gouv.fr, et la mise en ligne d’outils de visualisation par le Conseil général de Saône-et-Loire pour consulter certaines données, comme l’évolution des effectifs ou les travaux de construction dans les collèges du département.

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Agir : l’open data par la pratique. Il s’agit d’une sorte de cahier des charges pour mener à bien un projet dans ce domaine, aussi bien du point de vue du producteur que du réutilisateur. Sont abordées entre autres les questions de la tarification et du choix de la licence pour la diffusion des données, en particulier de la licence ouverte proposée par Etalab et de la licence Open Database Licence 1.0.

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Demain, l’open data : le 4e et dernier chapitre ouvre l’analyse sur le crowdsourcing (= le citoyen producteur d’information), sur les données « privées » des entreprises et sur la donnée personnelle comme l’autre défi de cette politique volontariste.

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Pour aller plus loin, lisez l’article sur le nouveau profil du journalisme de données paru dans ces colonnes [1][1] Nicolas PATTE. « Le journalisme de données », Documentaliste-Sciences.... Suivez les débats autour des données culturelles et de la recherche, exclues pour l’instant de la réflexion menée par Etalab en 2013. Restez attentifs aux événements organisés par différents organismes et acteurs. C’est un sujet d’actualité, et ce livre de S. Chignard est écrit pour comprendre cette actualité, pour s’y retrouver, et pour agir.

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Joachim Schöpfel

Une responsabilité sociale

Évaluer la bibliothèque. Sous la dir. de Valérie Alonzo et Pierre-Yves Renard, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2012. – 186 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1373-8 : 35 €

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Encore un livre sur l’évaluation en bibliothèque ? Pourquoi cela ? Tout n’a-t-il pas déjà été dit ? Les éditeurs justifient cette publication par la nécessité d’adopter de nouvelles pratiques d’évaluation, et par le besoin de s’adapter à de nouvelles demandes et un environnement qui a beaucoup changé. Ils ont bien fait.

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Adopter de nouvelles pratiques d’évaluation : le livre consacre une grande place à ces nouvelles pratiques, notamment par rapport à 2 sujets d’étude privilégiés, les enquêtes de public (Evans) et l’évaluation des collections (Daudin et Mazens). Ces 2 chapitres font la part des choses entre approches quantitatives et qualitatives et intègrent l’usage et l’acquisition des ressources numériques. Mais il va plus loin. Deux études font comprendre dans le détail et exemples à l’appui la mise en place et l’utilisation d’un tableau de bord (Delcarmine) et la démarche de certification qualité (ISO) en milieu de bibliothèque (Bressoud Guérin). Un autre chapitre (Renard) ouvre une perspective internationale par rapport aux indicateurs, normes (ISO) et référentiels et leur application dans la mesure de performance. Pour toute procédure d’évaluation, et a fortiori quand il s’agit d’un audit, identifier et utiliser un référentiel constitue un élément essentiel de réussite. Un chapitre court mais pertinent.

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S’adapter à de nouvelles demandes : sur le terrain, l’évaluation se généralise. Elle devient peu à peu « une démarche naturelle ». Le 1er chapitre présente l’historique, la méthodologie et la finalité de l’évaluation des politiques publiques, ses contradictions et obstacles (Bacache-Beauvallet). Le 2e chapitre décrit l’évaluation et les statistiques dans l’administration des bibliothèques françaises (Carbone). Il s’agit d’un précis de tout ce qu’il faut savoir sur les statistiques des bibliothèques publiques et universitaires, sur les indicateurs, la collecte et les instances de contrôle, la LOLF, les classements, les acteurs. Tout cela sur 15 pages – un exploit ! Un 3e et dernier chapitre ouvre la perspective sur l’évaluation de la performance sociale et économique, dans le cadre de la responsabilité sociale, connue surtout dans le secteur privé (Proll).

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L’évaluation vise à « objectiver l’analyse de l’activité d’un service (et) produire des statistiques ». D’une manière plus générale, la diffusion et la discussion des résultats incluent un aspect politique et de communication, ce qui n’est pas neutre mais engage la gestion stratégique de l’établissement. L’ouvrage a le mérite d’ouvrir un sujet plutôt technique et gestionnaire à cette dimension politique.

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Chaque chapitre de cet ouvrage collectif a été écrit par 1 ou 2 auteurs, des professionnels de la bibliothèque pour la plupart. Les 2 directeurs de l’ouvrage ont publié leur livre comme un manuel, pratique, méthodologique, avec des exemples concrets, des outils et indicateurs.

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Revenons à la question initiale. Pourquoi lire ce livre ? Voici trois bonnes raisons. 1 : Le chapitre sur l’évaluation et les statistiques dans l’administration des bibliothèques françaises : comme tout ce que P. Carbone écrit, c’est un texte de référence, précis, exhaustif, incontournable. 2 : Le chapitre de R. Poll sur la mesure de l’impact économique et social des bibliothèques. Il est temps de mettre les bibliothèques face à leur responsabilité sociale, au même titre que n’importe quel autre service, et ceci non pas seulement d’un point de vue politique mais sur le terrain, à travers l’évaluation de leurs performances. Dans ce sens, ce petit texte – une traduction – est une première en France. 3 : La qualité du travail collectif, la cohérence de l’ensemble, la lisibilité et aussi, comme on dit, l’usabilité. En plus d’être un manuel, c’est un livre didactique. Personnellement, je l’utilise déjà en cours de master. Et je pense qu’il trouvera vite sa place dans beaucoup de bureaux de direction, de chefs de service et de chargés d’études, de formateurs, d’enseignants et d’étudiants préparant des concours et examens.

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Joachim Schöpfel

Plaidoyer pour une véritable politique documentaire

L’Administration africaine face à sa documentation : un défi pour l’émergence. Albert Mban ; préface de Marie-France Blanquet, Paris : L’Harmattan, 2012. – 239 p. (Études africaines). – ISBN 978-2-296-96248-4 : 25 €

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Avec cette importante étude, l’auteur, Albert Mban, docteur en sciences de l’information, s’est donné un triple objectif : décrire les attitudes et comportements des fonctionnaires africains en tant que consommateurs d’information ; analyser les services de documentation existants, leurs moyens, leur utilisation dans l’administration africaine ; établir un bilan global des organismes documentaires en Afrique. Il la conclura par « quelques pistes » visant à améliorer cet état de fait.

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Il commence par définir le terme « information » tel que le comprend le documentaliste : « ressource nécessaire à toute évolution » et en souligne « le rôle capital dans l’administration », de quelque pays et nature soit celle-ci. Il détaille ensuite sa méthodologie en présentant ses sources : la littérature (rare) sur le sujet, l’enquête – base de sa thèse – sur l’administration congolaise en 1986, complétée par des enquêtes et missions qu’il a réalisées depuis une quinzaine d’années en Afrique. Ces données sont enrichies par 4 études de cas récentes portant sur les activités de fonctionnaires aux postes de travail différenciés. Deux chapitres (4 et 5) sont essentiellement consacrés aux motivations et habitudes de consommation de l’information documentaire des fonctionnaires et à ses modalités d’acquisition. Une synthèse de la demande, selon sa fréquence (régulière ou non), le type et l’origine des documents recherchés – en majorité d’origine nationale – souligne la part prépondérante des documents techniques et la nécessité de répondre rapidement à des besoins ponctuels « qui se renouvellent perpétuellement ». De l’étude des canaux et moyens d’information, plus ou moins formalisés, ressort que le service de documentation n’est que l’un d’eux, parfois accessoire. Ce qui explique peut-être « la très faible utilisation des unités de documentation, de bibliothèques et même d’archives de l’administration publique en Afrique. »

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Que s’est-il donc passé dans ce domaine depuis les indépendances ? Un rappel historique bien venu pose les bases des premières implantations d’unités documentaires et de bibliothèques en Afrique francophone, créées -?à l’exception de quelques centres « coloniaux » - au cours des années 60. C’est de ces mêmes années que datent les programmes internationaux de planification de ces organismes (Conférence de Kampala, déc. 1970) tels que le NaTIS (National Technical Information System) adopté par l’Unesco en 1974. Leurs objectifs ont-ils été appliqués ?

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En titrant un chapitre « La documentation, parent pauvre de l’administration africaine », l’auteur tire un constat paradoxal. Certes, des ressources existent en Afrique mais ce qui frappe, c’est leur mauvaise utilisation et leur sous-utilisation, « phénomène très répandu dans l’administration publique. ». Les facteurs en sont, selon l’auteur, « structurels, psychologiques et socioculturels ». L’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des unités documentaires se caractérise par une véritable « indifférence », la documentation étant considérée « comme un luxe et non une nécessité ». En cherchant les causes de cette méconnaissance, l’auteur soupçonne une grande ignorance de l’univers documentaire, dont il décrit alors la spécificité : outils, finalités, professionnels, utilisateurs (réels ou potentiels) et insiste sur la responsabilité de l’administration face à ceux-ci.

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Pour tirer le bilan de l’existant documentaire dans l’administration africaine, l’auteur s’appuie sur les études de terrain qu’il a réalisées depuis une quinzaine d’années. Il en tire un bilan mitigé. Certes, il est indéniable que vers la fin de la décennie 80 se répand chez les décideurs l’idée que « l’information et la documentation sont le nerf de la décision » et des efforts sont faits en ce sens. Mais l’inégalité de la prise de conscience de l’importance de la fonction documentaire, se traduisant par l’hétérogénéité des créations, l’ignorance ou la méfiance encore très répandues, l’absence d’une politique globale et de coordination, et bien d’autres facteurs, dont la pauvreté des moyens, freinent toute efficacité, à quelques exceptions près essentiellement dans les service techniques.

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En concluant sur cette « grande misère », l’auteur adresse un appel aux responsables. Il émet une série de propositions en vue d’élaborer une politique documentaire digne de ce nom et en analyse de façon très précise les diverses phases, de la création d’une instance responsable de « haut rang » à la sensibilisation des fonctionnaires et des professionnels à l’intérêt d’actions communes, des modalités de réalisation des objectifs aux perspectives de modernisation et de développement. Il insiste particulièrement sur la nécessité de formation de tous à l’informatique et « au saut culturel et technologique qui doit être préparé, accompagné et suivi. »

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Traitant avec compétence et clarté un sujet touffu et mal connu, Albert Mban contribue sans nul doute à faire connaître aux responsables africains les enjeux à saisir « pour l’émergence ».

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Claire Guinchat

Développer le concept de culture-monde

Pour une médiathèque de l’imaginaire : une alternative à l’utopie gestionnaire. Bruno Dartiguenave, Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 2012. – 121 p. – (Bibliothèques). – ISBN 978-2-7654-1344-8 : 8 €

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Le titre est clair pour ce livre qui invite les bibliothécaires, certes, mais aussi ceux qui les fréquentent ou pas, à la réflexion sur des données essentielles telles que la culture, la lecture et l’une des institutions qui en est le porte-parole : les bibliothèques. Dès l’introduction, l’auteur donne le ton pour cette étude sans fard et lucide. « Les services des bibliothèques de lecture publique sont plus centrés sur l’offre que sur la demande ». Il existe un « décalage entre les valeurs partagées par les bibliothécaires et une évolution sociale majeure ». Une série de petites phrases de ce style disent le hiatus qui existe entre bibliothécaires et lecteurs et non lecteurs, omniprésents dans ce texte… C’est pour rompre ceci que l’auteur s’applique à construire une médiathèque imaginaire : « Il s’agit de montrer que le modèle actuel des bibliothèques ne permet pas une réelle appropriation collective, faute de prendre en compte la diversité des modalités de lecture et plus précisément celle qui, notamment à travers la littérature romanesque, inscrit l’imaginaire au cœur de nos raisons de lire. »

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Pour dire comment construire une telle médiathèque, B. Dartiguenave organise son travail en 2 principales parties. La 1re examine sans concession « l’usage actuel des bibliothèques publiques » et établit un état de l’art de la profession, de l’institution et de la production littéraire. La seconde plaide « pour une bibliothèque de l’imaginaire » et ouvre sur une écriture plus libre et réflexive qui fait l’originalité de ce document.

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Ainsi, nous entrons d’abord dans la bibliothèque gestionnaire et iconoclaste. Cela permet d’examiner les représentations politiques et de rencontrer ces bibliothécaires « faiseurs de goût ». Analyser les raisons de lire entraîne l’auteur à rappeler les nombreuses études faites sur les lecteurs et la lecture et à prendre la dimension mythique de la lecture romanesque où certains romans de masse, certes à distinguer des romans classiques contemporains, prennent une très importante place (policier, sentimental, fantastique, etc.). L’auteur propose, en ce sens, un tableau comparatif extrêmement intéressant. Cependant, les bibliothécaires doivent garder à l’esprit ce qui peut les réunir, condition pour construire cette bibliothèque de l’imaginaire, objet de la deuxième facette de cet ouvrage.

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Et pour fonder une telle bibliothèque, il est impératif, dans un 1er temps, de requalifier sociologiquement les publics, en prenant en compte leur diversité et celle des romans ; cela afin de pouvoir tous les accueillir. Pour animer cette affirmation, l’auteur s’applique à enseigner comment évaluer les romans dans une perspective sociologique. Il crée des tableaux récapitulatifs et illustre sa démarche en s’appuyant sur des exemples (romans de J. Verne, S. Beckett). Le but est de faire comprendre pourquoi il faut « valoriser l’importance du symbole comme fondement imaginal ». L’auteur développe le concept de culture-monde, « puissant levier d’arrachement aux limites culturelles des territoires, d’individualisation des êtres et des modes de vie ». Et ceci l’entraîne à ouvrir 2 axes de travail pour restaurer la puissance de la littérature de l’imaginaire. C’est d’abord la valorisation de l’image autour des littératures de l’imaginaire ; c’est ensuite le développement de l’animation culturelle au service de l’imagination. Ce dernier axe fait l’objet du dernier chapitre de cette très intéressante étude incitant les bibliothécaires à concevoir leur bibliothèque comme un lieu d’expression culturelle – ce qu’une majorité d’entre eux font déjà !

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Le métier de bibliothécaire, déclare U. Eco, est de « faire découvrir des livres dont on ne soupçonne pas l’existence ». Dans ce but, Bruno Dartiguenave propose aux bibliothécaires une route originale réinstaurant la puissance de l’imaginaire. Il la puise dans le roman quand d’autres pourraient la trouver en suivant d’autres routes, telles que celle de la science ou de la technique. Mais qu’importe puisque la force de toute poétique est « de laisser l’imagination - cette reine des facultés - approfondir notre connaissance de l’homme et éclairer sa destinée ».

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À ce titre, cette étude, destinée en priorité aux professionnels de l’information et à tous ceux qui œuvrent dans le domaine de la culture et de l’enseignement, mérite d’être lue par ce large public hétérogène, spectateur du monde vu comme une image : le lecteur.

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Marie-France Blanquet

Veille et IE : pas tout à fait les mêmes…

Intelligence économique et management stratégique : le cas des pratiques d’intelligence économique des PME. Norbert Lebrument. Paris : L’Harmattan, 2012. – 456 p. (Intelligence économique). – ISBN 978-2-296-56935-5 : 46 €. Intelligence économique et problèmes décisionnels. Sous la dir. d‘Amos David, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2010. – 370 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information. Série Environnements et services numériques d’information, ISSN 2104-709X). – ISBN 2-7462-2503-9 : 99 €. Intelligence économique et knowledge management. Alphonse Carlier, La Plaine Saint-Denis (93571) : Afnor, 2012. – XVI-310 p. – ISBN 978-2-12-465367-6 : 33,18 €. Outils et efficacité d’un système de veille. Guide. Réalisé par Archimag, Paris : Serda édition-IDP, (sd). – 92 p. – (Archimag Guide pratique, ISSN 0769-0975 ; 47). – 97 €

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Comme dit Michel Remize en ouverture du guide Archimag, le paysage de la veille s’est « affirmé » en France. De fait, on ne peut que constater l’affluence de publications sur le sujet mais, surtout, une montée des préoccupations des professionnels de l’I&D à l’endroit de « la veille », dont nous sommes témoins plus ou moins impuissants. Que de discussions entre documentalistes sur ces nouveaux outils qui incitent à des pratiques censément nouvelles ! Que de confusion également, que d’amalgames et de mécompréhension autour de ce terme, objet de tous les fantasmes !

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Mais, à bien regarder, la veille semble se contenter de revisiter la pratique documentaire. Elle la finalise d’une certaine façon, dans une autre compréhension du temps, tout en mobilisant l’ensemble des compétences constitutives du savoir-faire documentaliste. Bien sûr, la fameuse « chaîne documentaire » s’est vue bousculée, surtout par l’apparition du Web et par son impact sur la boîte à outils. Mais tout est là et Paul Otlet ou Suzanne Briet s’y retrouveraient à coup sûr ! Reste à montrer à tous ces professionnels inquiets devant ce qui leur apparaît comme un nouvel enjeu, comme un nouveau défi, comment et pourquoi ils peuvent fonder leur compréhension de la veille sur les fondamentaux de la documentation.

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Une des façons de provoquer puis entretenir des fantasmes à propos de la veille peut consister à la placer dans une situation ambiguë par rapport à l’intelligence économique (IE), autre objet de fantasmes des professionnels. Je parle ici des professionnels ordinaires, « normaux » en quelque sorte, majoritaires en tous cas. Certes l’IE intègre la veille dans sa panoplie de pratiques - si ce n’est dans sa boîte à outils -, mais les deux se distinguent, quand bien même celle-là « emboîte » celle-ci. L’IE est clairement du côté de la compréhension stratégique de l’entreprise - de l’entreprise dans son rapport à son environnement prochain et lointain, sur un mode à la fois défensif et offensif voire agressif - et de l’action qui en découle. La veille, quant à elle, reste (trop souvent ?) dans le réduit du back office de l’entreprise - officine interne ou prestataire - qui œuvre pour que les décideurs et les gestionnaires disposent de ces « informations documentées » qu’évoque Paul Otlet au chapitre des « buts de la documentation organisée »…

Un travail préalable d’explicitation

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Bref, il est clair que la mise en place d’un « système » de veille nécessite un travail préalable d’explicitation de la stratégie et d’identification par cette stratégie des facteurs-clés de succès et donc des priorités tactiques de l’organisation. C’est à partir de ces éléments que le tableau de veille pourra se construire. En d’autres termes, la posture de veille intègre dans son système la stratégie que l’IE a contribué à construire : elle y inscrit en quelque sorte sa finalité. Dans l’autre sens, l’IE est impensable sans la fonction Veille. Mais si elles ne vont pas vraiment l’une sans l’autre, elles ne se confondent pas pour autant. Reste que l’une des forces du documentaliste est sa capacité à exercer ses compétences dans les deux postures [2][2] Ce potentiel du documentaliste est construit sur la... : au sein d’une équipe plus large dans la posture IE - où il fournit des éléments informationnels à côté d’éléments d’un autre ordre comme la sécurité, l’analyse économique, le lobbysme ou l’activisme commercial -, mais éventuellement seul et suffisant dans la posture veille - où il fournit le relevé de ses investigations à la direction stratégique.

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Le guide pratique d’Archimag consacre spécifiquement près de 90 % de ses pages à la veille. Cela va du constat que dresse C. Deschamps de la mouvance extrême dans laquelle les documentalistes veilleurs doivent construire leur méthode et déployer leur pratique [3][3] Article reproduit par son auteur sur son site Outils... jusqu’aux retours d’expériences de veille au sein de moyennes et grandes entreprises, en passant par les conseils méthodologiques et les inévitables « solutions » de veille, auxquelles près d’un tiers des pages du guide est consacré. Concernant les conseils méthodologiques, on notera que c’est bien l’ensemble des questions qui est passé en revue, de l’analyse des besoins à la cartographie des informations, et de la méthodologie générale à la pratique des réseaux humains. Dans les 8 articles consacrés à l’IE, on reconnaîtra quelques grandes signatures de la veille (C. Harbulot et N. Moinet pour ne citer qu’eux) et quelques institutions pilotes (CCI, CIPE, Académie de l’IE, ACRIE Réseau, APIEC, SYNFIE). Ce petit tour d’horizon permettra de situer les principaux acteurs de l’IE en France. C. Harbulot se plaint que cette dernière se refuse à penser conflit et que le rôle de l’influence n’y est pas suffisamment pris en compte [4][4] Le Manuel d’intelligence économique dont il a dirigé.... N. Moinet [5][5] Pour cet auteur, voir la note de lecture de Loïc Lebigre... déplore, quant à lui, le fait que les emplois en IE tardent à se mettre en place quand bien même les besoins sont flagrants.

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L’ouvrage d’A. Carlier est construit sur la dualité de son titre (Intelligence économique et Knowledge Management). La 1re partie s’intéresse donc à l’IE et comprend 10 chapitres dont 8 portent la veille en titre [6][6] Les 2 premiers chapitres de cette 1re partie (« management.... Ils offrent au lecteur une excellente introduction à la veille, sous différents aspects (normatif, technique, ingénierial). Mais, de fait, l’auteur emploie souvent les deux appellations d’IE et de veille comme si elles étaient équivalentes. On a le sentiment, à cette lecture, que l’IE et la veille sont effectivement la même réalité mais travaillée par deux approches distinctes : le management de l’organisation parle d’IE - approche par la gouvernance -, alors que la veille est technique - approche par l’outillage. Relié fortement à la problématique du management des connaissances (KM) - qui fait l’objet de la 2de partie de l’ouvrage –, ce parti pris est à la fois cohérent et dérangeant : cohérent parce que l’auteur est bien dans une problématique globalement managériale bien qu’en appui sur l’équipement technique [7][7] « Intégration de la veille et du KM dans un système... mais dérangeant parce que la confusion entre veille et IE plane sournoisement. En fait, l’auteur opte pour une approche globalisante où veille, IE et KM concourent à la réussite de la stratégie de développement de l’organisation. On commence par la technique (la veille) puis on finit par la gouvernance avec le KM - qui finalise en quelque sorte l’ensemble du montage.

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C’est aussi sous la perspective de la gouvernance que N. Lebrument place l’IE : celle-ci est d’emblée comprise comme une « démarche managériale à part entière ». Son ouvrage est issu de sa thèse soutenue en 2008 et intitulée La polyvalence stratégique des pratiques d’intelligence économique : une approche par les ressources appliquée aux PME[8][8] Notice Sudoc : http://www.sudoc.fr/136083412.. C’est en effet en appui sur la théorie du management par les ressources que l’auteur interroge l’IE et exhibe sa « complémentarité stratégique » avec le KM. La 1re partie de l’ouvrage propose au lecteur un état de la question, la 2de expose la méthodologie de recherche (et le positionnement épistémologique), et la dernière détaille une grande étude de cas. D’un bout à l’autre, le modèle de la « polyvalence stratégique des pratiques d’intelligence économique » est passé au crible.

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Dans l’ouvrage dirigé par A. David, on parle de « synergie » entre KM et IE (contribution de B. Oladejo et A. Osofisan) et l’on considère globalement l’IE du point de vue de la gouvernance (toute la 2de partie). Mais ici, on change résolument de cap. On entre dans la recherche fondamentale et appliquée, œuvre d’un groupe d’experts soutenu par le CNRS, au sein duquel on trouve quelques grandes signatures de la veille stratégique et de l’IE. Les travaux présentés sont issus de recherches portant sur l’IE mais précisément dans la résolution de problèmes décisionnels. On y parle modèle, méthode et outil pour l’IE, considérée comme une « perspective » dans plusieurs types de configuration (laboratoire de recherche, unité de travail, entreprise, pôle de compétitivité, territoire [9][9] Cette dimension est traitée par Philippe Clerc dans...). La spécificité de cet ouvrage, dans le cadre de cette note, est sûrement d’introduire, dans l’analyse des processus de veille et d’IE, la dimension sémantique (chapitres 8 et 9 notamment).

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Il y a 20 ans, j’organisais et animais pour l’ADBS Nord un stage sur la veille appliquée au secteur éducation. Nous disposions à l’époque de relativement peu de littérature et Internet n’était pas encore sur tous les bureaux. La valeur phare que nous diffusions était alors celle du partage et de la collaboration au sein de réseaux institutionnels et humains, celle de l’ouverture la plus large en input aussi bien qu’en output. On partait de la position du documentaliste dans son organisation et l’on raisonnait selon une logique d’acteurs dans et hors l’organisation : ouverture au sein de l’entreprise pour une meilleure circulation de l’information entre collègues et échange entre organisations envisagées comme autant de ressources informationnelles. Il est clair que nous n’étions pas du tout dans un climat de guerre. Nous ne nous sentions pas concernés par l’ouvrage de C. Harbulot [10][10] La machine de guerre économique, paru un an plus tôt... où apparaissait pour la première fois l’expression « intelligence économique » – qui voulait traduire la competitive intelligence des Anglo-Saxons et était accompagnée de son acolyte obligé, l’influence. Je n’étais pas alors dans cette dynamique de la concurrence. Vingt ans après, après avoir lu nombre d’ouvrages sur la veille et l’IE, le veilleur que je suis finit par se dire que la distinction fondamentale entre la veille et l’IE est peut-être tout simplement là, dans ce hiatus de 1993. La veille n’est pas en soi une arme de guerre. Elle est juste une posture de recherche, de recueil, de traitement et de diffusion de l’information capable d’aider à l’élaboration d’une intelligence collective. L’IE, elle, est une posture guerrière qui oblige dans le même mouvement à maximiser et valoriser l’input informationnel (ouverture à l’environnement, capacité à chercher/trouver l’information dite stratégique, etc.) et à verrouiller l’output (fermeture sécuritaire notamment), double mouvement paradoxal dont l’objectif est d’accroître l’influence de l’organisation sur un secteur donné. Et quand la veille est comprise comme arme de guerre, c’est que l’IE s’en est emparée.

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Bruno Richardot

Notes

[1]

Nicolas PATTE. « Le journalisme de données », Documentaliste-Sciences de l’information, 2012, vol.49, n°4, p. 4-6

[2]

Ce potentiel du documentaliste est construit sur la fameuse « double compétence » - dont on ne parlera jamais assez.

[3]

Article reproduit par son auteur sur son site Outils froids : http://www.outilsfroids.net/news/la-veille-dans-un-environnement-numerique-mouvant

[4]

Le Manuel d’intelligence économique dont il a dirigé l’édition (PUF, 2012) s’ouvre sur la mondialisation et sa série de « guerres » pour se refermer par une dernière partie consacrée à l’influence.

[5]

Pour cet auteur, voir la note de lecture de Loïc Lebigre parue dans une précédente livraison de DocSI (2012, vol.49, n°3, p. 72)

[6]

Les 2 premiers chapitres de cette 1re partie (« management des connaissances », « intégration de la veille et du KM dans un système d’information ») peuvent être compris comme un développement, une excroissance de l’introduction, cet ensemble voulant présenter les démarches IE et KM.

[7]

« Intégration de la veille et du KM dans un système d’information », dit le chapitre deux et passim.

[9]

Cette dimension est traitée par Philippe Clerc dans le Guide d’Archimag. L’auteur a mis sa contribution en ligne.

[10]

La machine de guerre économique, paru un an plus tôt en 1992

Titres recensés

  1. Exploiter au mieux Linkedin
    1. LinkedIn. Éric Delcroix, Montreuil : Pearson, 2012. - 192 p.- ISBN 978-2-7440-9493-4 : 9,95 € (disponible en format PDF et ePub)
  2. Analyse d’exceptions
    1. Les Exceptions à usage public en droit d’auteur. Benoît Galopin ; préface de Pierre Sirinelli, Paris : IRPI ; Lexis-Nexis, 2012. – 488 p. – (Le droit des affaires Propriété intellectuelle). – ISBN 978-2-7110-1690-7 : 60 €
  3. Recherches autour du document numérique
    1. Le Document numérique à l’heure du web de données. séminaire INRIA, 1er–5 octobre 2012, Carnac / Institut de recherche en sciences du numérique (INRIA) ; coord. par Lisette Calderan, Pascale Laurent, Hélène Lowinger et Jacques Millet, Paris : ADBS Éditions, 2012. – 255 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-142-7 : 35 €
  4. Un enjeu politique
    1. Open data : comprendre l’ouverture des données publiques. Simon Chignard ; préface de Jacques-François Marchandise, Limoges : FYP éditions, 2012. - 192 p. – (Entreprendre). – ISBN 978-2-916571-70-6 : 24,50 €
  5. Une responsabilité sociale
    1. Évaluer la bibliothèque. Sous la dir. de Valérie Alonzo et Pierre-Yves Renard, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2012. – 186 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1373-8 : 35 €
  6. Plaidoyer pour une véritable politique documentaire
    1. L’Administration africaine face à sa documentation : un défi pour l’émergence. Albert Mban ; préface de Marie-France Blanquet, Paris : L’Harmattan, 2012. – 239 p. (Études africaines). – ISBN 978-2-296-96248-4 : 25 €
  7. Développer le concept de culture-monde
    1. Pour une médiathèque de l’imaginaire : une alternative à l’utopie gestionnaire. Bruno Dartiguenave, Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 2012. – 121 p. – (Bibliothèques). – ISBN 978-2-7654-1344-8 : 8 €
  8. Veille et IE : pas tout à fait les mêmes…
    1. Intelligence économique et management stratégique : le cas des pratiques d’intelligence économique des PME. Norbert Lebrument. Paris : L’Harmattan, 2012. – 456 p. (Intelligence économique). – ISBN 978-2-296-56935-5 : 46 €. Intelligence économique et problèmes décisionnels. Sous la dir. d‘Amos David, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2010. – 370 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information. Série Environnements et services numériques d’information, ISSN 2104-709X). – ISBN 2-7462-2503-9 : 99 €. Intelligence économique et knowledge management. Alphonse Carlier, La Plaine Saint-Denis (93571) : Afnor, 2012. – XVI-310 p. – ISBN 978-2-12-465367-6 : 33,18 €. Outils et efficacité d’un système de veille. Guide. Réalisé par Archimag, Paris : Serda édition-IDP, (sd). – 92 p. – (Archimag Guide pratique, ISSN 0769-0975 ; 47). – 97 €
      1. Un travail préalable d’explicitation

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2013 (Vol. 50), p. 70-77.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2013-2-page-70.htm
DOI : 10.3917/docsi.502.0070


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