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Documentaliste-Sciences de l'Information

2013/4 (Vol. 50)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.504.0026
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Homo numeris ou l’homme « augmenté »

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Révolution. Nous vivons une période fascinante. « Ce n’est pas une crise, c’est un changement de monde » écrit Michel Serres[1][1] Michel SERRES, Petite Poucette. Paris : Le Pommier,.... Ce changement n’est pas celui d’un simple passage d’un millénaire à un autre, mais celui d’une révolution sans précédent. Et comme toute modification profonde, nous n’en comprenons pas encore toutes les conséquences.

Digital human
© Andrea Danti - Fotolia.com
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L’Homo sapiens, qui signifie en latin « homme sage », n’a a priori guère évolué sur le plan biologique depuis son apparition il y a près de 200.000 ans. Mais, grâce à ses capacités cérébrales, il a conquis progressivement son environnement. Il a inventé l’outil et des techniques qu’il a perfectionnés au cours du temps. Les prothèses technologiques lui ont permis de s’adapter plus rapidement aux changements de son environnement. Cette coévolution « exodarwinnienne » [2][2] Michel SERRES, Hominescence. Paris : Le Pommier, 2... a abouti à l’apparition puis à la généralisation des technologies numériques.

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La révolution numérique est la troisième du genre de par son ampleur. La première correspond au passage de la communication orale à l’écrit. La seconde est celle de l’imprimerie qui permit une diffusion sans précédent des connaissances. À chacune de ces trois révolutions correspondent les mêmes inquiétudes des générations qui ont connu l’Ancien monde. La révolution numérique devrait être encore plus profonde, car elle permet de mémoriser et de communiquer à l’échelle planétaire. Avec les terminaux mobiles connectés, Sapiens tient aujourd’hui le monde dans sa main : « Maintenant : tenant en main le monde » [3][3] Op. cit. note 1.

De l’homme « réparé » à l’homme « augmenté »

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Notre corps organique n’évolue plus assez vite dans un monde à la dynamique complexe et autrement plus rapide. Si la tendance majoritaire est d’externaliser certaines fonctions sous la forme d’artefacts technologiques, on voit plus récemment apparaître des « prothèses » qui se rapprochent du corps. Un exemple intéressant est celui des prothèses auditives. Certaines ont un but strictement médical, permettant de pallier une déficience organique, alors que d’autres ont pour objet de nous permettre d’écouter de la musique, de l’information, ou de participer à une conversation. Dans le premier cas, la prothèse « répare » alors que dans le second, elle « augmente » nos capacités. Si ces deux fonctions sont actuellement séparées, ce sont plus pour des raisons liées aux usages des générations concernées qu’à cause de limitations technologiques. On peut donc imaginer que, dans un avenir proche, la frontière entre l’homme « réparé » et l’homme « augmenté » disparaisse [4][4] Jean-Claude HEUDIN, « Demain, tous cyborgs ? », Colloque.... Il devrait en être de même avec la vue si l’on considère les annonces récentes de Google [5][5] Voir le projet Google Glass : http://fr.wikipedia.....

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L’une des « augmentations » parmi les plus spectaculaires est liée à l’évolution des réseaux d’information et de communication. Certains croyaient, il y a quelques années encore, que ces technologies rendraient l’homme solitaire et profondément sédentaire. Les usages actuels montrent que c’est l’inverse qui se produit : jamais l’homme n’a autant voyagé et communiqué avec ses semblables. Les écrans ont vu leur taille se réduire et ils sont devenus mobiles. Les réseaux, quant à eux, sont devenus sociaux. On assimile également souvent Internet à un monde virtuel en l’opposant au monde réel. Or, il est certain que l’évolution des réseaux verra l’intégration d’un nombre grandissant d’architectures et de machines intelligentes, de véhicules et d’objets communicants de toutes sortes. Dans le même temps, les technologies de réalité augmentée permettront de superposer le virtuel au réel. Les deux univers encore aujourd’hui séparés vont progressivement se mêler intimement.

Le « tsunami » numérique

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Les réseaux mobiles, avec leur accès de plus en plus rapide à Internet, préfigurent un réseau planétaire omniprésent. L’Homo numeris sera constamment relié à cette cybersphère, accédant ainsi à tout moment aux informations qui lui seront nécessaires. Dans cet océan informationnel, il sera aidé en cela par des entités algorithmiques intelligentes, autrement dit des « intelligences artificielles » [6][6] Jean-Claude HEUDIN, Les créatures artificielles : des....

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Dans un futur plus éloigné, grâce aux progrès dans le domaine des nanotechnologies, on peut penser qu’il sera possible de réduire la taille de certaines prothèses à l’échelle moléculaire [7][7] K. Eric DREXLER, Engines of Creation. The Coming Era.... De même, les progrès des biotechnologies permettront d’envisager l’amélioration de certaines fonctions organiques. Ainsi, les résultats récents de la biologie de synthèse montrent qu’il sera possible d’ici quelques dizaines d’années de créer des virus et des bactéries programmés pour effectuer des tâches précises dans notre propre corps [8][8] Craig.J. VENTER, et al., « Creation of a Bacterial.... Le « tsunami numérique » n’affectera donc pas seulement nos usages quotidiens, mais il transformera en profondeur tous les secteurs de la vie humaine et de la société : économique, juridique et politique. Alors que la communication et l’économie deviennent celles d’une multitude horizontale et sans frontière, les gouvernances restent paradoxalement verticales et ancrées sur des frontières géographiques et territoriales.

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La révolution numérique ne se fera ni sans heurts, ni sans peur, ni sans incertitudes, il est vrai. Ainsi, de nombreuses voix s’élèvent pour avoir subi de véritables préjudices. Elles nourrissent de façon régulière un discours négatif, par exemple sur la protection des données privées, la propagation des rumeurs, le droit d’auteur, etc. Ces problématiques sont réelles. Mais vouloir répondre avec des règles issues d’un droit de nature territoriale, lui-même issu de la révolution de l’écriture et fortifié par celle de l’impression, ne peut être que voué à l’échec dans le monde du numérique.

L’organisation et l’utilisation de l’information, un enjeu majeur

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Par conséquent, il est de notre responsabilité de citoyen du monde d’accompagner ces changements et non de s’y opposer vainement. Le numérique bouleverse l’économie traditionnelle et nos usages, mais il représente aussi la meilleure opportunité de croissance et d’emplois. Là où l’engrangement des savoirs, des biens et des pouvoirs était prioritaire, c’est l’organisation et l’utilisation de l’information qui deviennent un enjeu majeur pour les individus comme pour les sociétés. À l’instar de ce qu’écrivait Montaigne, l’âge de la multitude [9][9] Henri VERDIER, Nicolas COLIN, L’âge de la multitude :... est celui des têtes bien faites et non des têtes bien pleines. L’Homo numeris doit rester sage et devenir intelligent.

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Monika Siejka

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Jean-Claude Heudin

Les usages de l’information dans cinquante ans. Éléments de réflexion

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Anticipation. Cinquante ans, c’est à la fois très loin et très proche. Très proche puisque cela représente moins de deux générations. En 2063, ce sont nos petits-enfants, devenus adultes, qui seront aux affaires. Ils se souviendront de la culture et de la connaissance du monde que leur auront transmis leurs parents. Très loin, par contre, si l’on se place des points de vue technologique et sociétal…

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Les gigantesques dispositifs construits par la NSA, Google, Facebook et Amazon nous plongent dans une anticipation déjà réalisée qui suppose un catalogue de concepts et de procédures couverts par le secret. D’ores et déjà, l’utilisateur est cantonné dans un rôle passif face au fonctionnement de ces systèmes, il fournit de l’information un peu comme les pucerons du lait pour les abeilles. Osera-t-on imaginer qu’un jour l’horizontalité se substituera à cette verticalité et qu’un travail collaboratif se mettra en place entre les uns et les autres ? Du point de vue des organisations dans la société, la même incertitude subsiste.

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Il y a cinquante ans, en 1963, le mot « informatique » n’existait pas, pas plus que celui d’ordinateur ; il n’existait pas de formation universitaire et le diplôme de programmeur était préparé chez IBM. La machine sur laquelle on travaillait était un IBM 650 doté d’un tambour de 2000 cellules de dix codes hexadécimaux ! Que pouvait-on prédire dans de telles conditions sur ce qui se passerait cinquante ans plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui ? Jusqu’aux travaux d’Arpanet et à l’invention du micro-ordinateur, l’avenir était opaque du point de vue de la société, et le développement actuel était inimaginable.

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La prudence s’impose donc en matière de prévision et contentons-nous de rappeler quelques enseignements que nous livre l’histoire des techniques, essentiels à toute réflexion sur l’avenir, mais qu’historiens et futurologues omettent souvent dans leurs analyses.

L’empreinte de la technique

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Le premier enseignement est celui de l’« empreinte de la technique » [10][10] Jacques PERRIAULT, « L’empreinte de la technique. Un.... Une technique exerce un effet d’empreinte sur ceux qui la pratiquent. Ils en dégagent des notions opératoires, fruits de leur expérience. Lewis Mumford [11][11] Lewis MUMFORD, Technique et civilisation, Le Seuil,... montre que l’invention de l’horloge au 11e siècle est à la source de la notion de régularité. Marc Baroli [12][12] Marc BAROLI, Le train dans la littérature française,... relève que le train, cet objet qui effrayait tant les premiers voyageurs était devenu vingt ans après le support tranquille de métaphores, telles que « le train des réformes ». Cet aspect sociocognitif est d’une grande importance aujourd’hui dans les jeunes générations du clic, qui intègrent facilement des notions telles que procédure, passage à la représentation 2D/3D et retour, raisonnement inductif qui permet la formulation d’hypothèses.

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C’est la raison pour laquelle l’école et la recherche ne pourront plus être séparées longtemps, l’école déduisant hypothétiquement, la recherche induisant empiriquement. La culture et l’innovation sont à ce prix.

Une autre attitude à l’égard de l’information

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Le second enseignement est le changement d’attitude observé un peu partout chez les nouvelles générations à l’égard de l’information. La « génération Y » travaille là où elle se « trouve », smartphones et tablettes aidant, et quand elle « veut ». Elle coopère sur des réseaux horizontaux et partage des commons. Cette génération pratique la co-construction de projets, mettant ensemble la main à la pâte. L’intersubjectivité, autrement dit le rapprochement des points de vue théoriques et pratiques dans une véritable coconstruction [13][13] Lev S. VYGOTSKY, Mind in society : the development..., est une valeur montante à prendre en considération. Elle est à l’œuvre dans les opérations collectives de type horizontal et ce qu’elle produira sur la future organisation de la société sera intéressante à observer. Ira-t-on vers une société fluide comme le suggère de Rosnay [14][14] Joël DE ROSNAY, Surfer la vie : comment survivre dans... ou restera-t-on dans une société rigide ? Les réseaux et autres smart grids (voir plus bas), avec l’innovation qu’ils apportent, auront-ils un effet structurant ?

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On voit que la réflexion prospective ne peut faire l’économie d’une composante socio-organisationnelle et non politicienne.

Le phénomène de la banalisation

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Le 3e enseignement est un phénomène social directement lié à l’usage, à la vie : la banalisation. L’histoire des techniques montre qu’au départ, une innovation est « saillante » et qu’au fil du temps, elle devient banale. La société dans son ensemble accordera-t-elle toujours autant d’importance au « numérique », qu’il serait plus exact d’ailleurs d’appeler « digital » ? À méditer. En effet, le smartphone cumule aujourd’hui des fonctions autrefois dispersées. Son usage fréquent non seulement l’a rendu familier mais l’a déjà banalisé. Qu’en sera-t-il dans le futur ? Sans doute un objet peu digne d’attention permanente - un vadémécum stricto sensu - sur lequel on pourra communiquer, surveiller sa santé, être alerté sur les intrusions indélicates dans ses fichiers, pallier des déficiences sensorielles (l’humain « augmenté » [15][15] Édouard KLEINPETER E. (dir) L’humain augmenté, CNRS...), suivre des formations et se faire certifier par les institutions les plus diverses, avec des diplômes reconnus officiellement ou non [16][16] Voir le cas de Sciences Po qui a créé ses propres modes....

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Mais une grande interrogation pèse sur les prévisions : celle de la sécurité informatique et de la protection des identités numériques personnelles. Tout le monde se confie sur la Toile, depuis les adolescents jusqu’aux gouvernements [17][17] Voir à ce sujet la récente affaire de la NSA et les.... Aussi n’est-il pas impossible que s’exerce à ce sujet un effet d’empreinte et que, d’eux-mêmes, les utilisateurs s’autocensurent et réduisent sensiblement les thématiques de leurs échanges. En tout état de cause, le boîtier de l’époque sera banal comme une boîte d’allumettes, mais pas sans risques !

La technologie : des innovations porteuses d’avenir

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Des innovations technologiques majeures sont apparues ces dernières années et tout laisse penser qu’elles amorcent de nouvelles filières de développement et d’usages. Ne pouvant les citer toutes, je ne retiendrai que les suivantes :

  • la commande directe d’opérations digitales par le cerveau, par le truchement d’un artefact intermédiaire tel que le casque électroencéphalographique, déjà dans le commerce. Il suggère la disparition progressive du clavier et de la souris. De nouveaux usages restent à inventer, mais certains existent déjà notamment pour les jeux vidéo et la rééducation des paralytiques ;

  • la photocopieuse en trois dimensions déjà utilisée, par exemple, pour les boîtiers de smartphones. Les biologistes nous en annoncent des applications dans le domaine de la santé ;

  • la combinaison de la circulation d’informations avec celle du courant électrique, génératrice potentielle d’échanges pair à pair d’information et d’électricité, les deux étant combinables (smart grids) ;

  • les drones se multiplieront sans doute à l’infini. Il y a quelques années, ils étaient déjà opérationnels en Afghanistan. Aujourd’hui, les forestiers landais s’en servent pour détruire les nids de frelons asiatiques et le génie civil pour l’inspection des ouvrages d’art ;

  • les travaux sur l’être humain augmenté dont le spectre des applications actuelles ou envisagées laisse perplexe : de la prothèse pour le handicap ou la gestion d’objets lourds (exosquelette) jusqu’à certaines prédictions (à vérifier) sur l’augmentation considérable de la durée de l’existence. Si cela était, les problèmes d’emploi, de chômage, de gérontologie ne manqueront pas d’entraîner des usages de l’information dont je n’ai aucune idée.

Les conditions sociales des usages

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La question la plus importante sera d’ordre intellectuel et non technologique. Dans l’avenir, l’utilisateur de tous ces dispositifs devra être capable d’en maîtriser la compréhension grâce à sa culture et à ses modes d’interaction dans la société. En matière culturelle, à propos du digital, l’école, l’université, la formation continue devront d’ici là aider l’utilisateur à perfectionner ses « logiciels » de pensée. Recherche et traitement de l’information, construction d’hypothèses et de vérification, classement seront les futurs outils intellectuels [18][18] Jack GOODY, La Logique de l’écriture : aux origines... que chacun devra mettre à jour, sans quoi ces innovations - à l’époque déjà banalisées pour certaines ! - n’auront aucune utilité, car non maîtrisables par celui qui s’en sert. On voit là qu’un programme de travail s’impose sur le long terme. Il y aura lieu - ça devrait déjà être commencé ! - de dresser la liste des empreintes du digital (voir plus haut) devenues des notions opératoires. Seule une société à forte réflexivité critique donnera sens à cette avalanche d’innovation, sous peine de piétiner dans un monde de servitude technologique.

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De mon point de vue, ces nouveaux usages ne pourront se développer dans une société pyramidale rigide et non impliquée dans l’évolution multiculturelle en plein essor dans ce domaine. La coconstruction, la coopération, l’intersubjectivité ne pourront s’imposer que dans des organisations horizontales. Les travaux sur le bien commun, sur les commons, sur le copyleft, déjà largement entrepris, me paraissent une condition nécessaire pour des pratiques culturelles, éducatives, professionnelles dans une société de création.

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Jacques Perriault

Outerweb et infranet : rendez-vous en 2063

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Scénarios. Le web a moins de 20 ans. Difficile de prédire ce qu’il sera devenu à 70 ans tant les bouleversements de son adolescence furent nombreux et radicaux. Pourtant, les scénarios du futur se profilent : les infrastructures sont prêtes, les données disponibles, les algorithmes presque entièrement calibrés, les usages en train d’évoluer…

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Initialement constituée de documents, ce sont aujourd’hui nos profils et leurs expressions « statutaires » qui font tourner la planète Web. Sur cette base, les technologies « big data » permettent de calibrer des algorithmes prédictifs toujours plus efficients lesquels font émerger un web sémantique bâti sur ces couches basses de l’information que sont les données, nos données.

World wide wear

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Demain, disparus à force d’être omniprésents, les écrans auront été intégrés aux murs de nos maisons, aux pare-brises de nos voitures, aux verres de nos lunettes, aux cadrans de nos montres. Google Glasses, montres connectées, vêtements intelligents : le World Wide Wear est né ! Le corps comme interface. Bardé de capteurs, cerné de miroirs, mesuré (quantified self), affiché, édité, planifié, optimisé. Le transhumanisme de Kurtzweil au sein de l’entité Google X, laboratoire « secret » de Google [19][19] http://www.cnetfrance.fr/news/transhumanisme-en-ro.... Le choix d’une intelligence augmentée plutôt que le projet de l’intelligence collective. Et l’algorithmie partout, ambiante, diffuse, à chaque choix, chaque décision, dans l’intervalle d’une micro-seconde, sur le modèle du trading haute fréquence [20][20] http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/03/d.... La calculabilité du monde rendue possible par le projet, habilement marketé, de nous convaincre d’être à la fois le produit, l’interface et la monnaie. Le dernier rempart de l’indexable, du déchiffrable et du programmable reste celui du génome, de la génomique personnelle, et des promesses qu’elle porte, ou des cauchemars orwelliens qu’elle inaugurera.

Outerweb et infranet

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À ces échelles de la milli-seconde, avec la puissance de calcul des industries du cloud, avec plus de 30 milliards d’objets connectés à l’horizon 2020 [21][21] http://www.gartner.com/newsroom/id/2602817, avec l’adaptabilité des algorithmies à l’œuvre, avec la base de donnée d’un milliard de profils et du milliard de données qu’ils engendrent, avec l’arrivée du « next big thing » qui sera le « next billion » (le prochain milliard d’internautes), la science-fiction ne sera plus qu’une vision réductrice des possibles. Après avoir relevé nos « like » sur des produits alimentaires, nos réfrigérateurs tweeteront aux supermarchés la liste de nos courses préalablement validée par l’algorithme diététique calé dans le capteur de notre montre connectée analysant en temps réel le nombre de calories consommées dans la semaine écoulée et prévues pour celle à venir en fonction de notre agenda ; nous enverrons nos voitures sans conducteur récupérer ces mêmes courses et prendre nos enfants à l’école qui, sur le chemin du retour, visionneront sur leurs lunettes connectées un programme télé coupé par une publicité dans laquelle sera reproduite et insérée l’image de leur mère [22][22] http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2013/10/... vantant les mérites d’un DVD éducatif sur l’époque romaine parce qu’ils ont justement dans quelques jours une interrogation d’histoire dans leur collège.

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Des domaines les plus triviaux aux technologies NBIC [23][23] Technologies NBIC : Nano-Bio-Info-Cogno-technologi..., des choix les plus basiques aux stratégies les plus élaborées et nécessitant le plus d’inférences dans le calcul, tout sera programmable et en-grammé.

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Nous sommes aujourd’hui semblables aux primates découvrant la station debout et, par là même, la perte de l’usage de leurs mains comme organes de portage, sans comprendre encore qu’ils y gagneront un organe de préhension, un organe à tout faire, une interface universelle.

Un nouveau paradigme disruptif de l’interaction

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L’outerweb, c’est le web d’Alice au pays des merveilles, c’est l’autre côté du miroir-écran. Les contenus qui font corps avec le monde, que nous portons sur - et peut-être « dans » - notre corps. L’infranet, c’est celui des objets connectés, extérieurs à nous-mêmes ou arborés comme autant de nouveaux oripeaux. Dans ces deux mondes, l’essentiel des interactions s’effectuera en-deçà de notre seuil de perception, « à l’insu de notre plein gré ». Un réseau du défilement : comme dans une étrange caverne platonicienne, nous serons en permanence face à des murs : murs d’images, de sons, de données, murs immenses ou murs réduits à l’espace du cadran d’une montre, au périmètre d’un verre de lunette, murs sur lesquels défilent déjà (« wall » Facebook) des programmes, idées, images, sons, textes que nous aurions pu choisir, mais que d’autres, en tout cas, ont choisi pour nous, ces autres que l’on nous présente comme nos proches, nos « amis », qui sont ceux-là même qui bâtissent ces murs. Murs d’espaces également privatifs, jardins fermés du réseau, internalités tournant en boucle.

Objectif zéro clic

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Dans ce nouveau réseau, emmurés dans des espaces privés où l’on privilégie les interactions dégradées, de bas niveau [24][24] Ce type de préférence pour des interactions de bas-niveau..., parce que plus facilement génératrices d’écho, de reprise, et donc de ca$h, nous ne cliquerons plus et nous n’écrirons pas davantage. Avec la disparition des écrans - « assimilés », « digérés » au sens quasi-biologique des termes - disparaîtront à leur tour les claviers et, avec eux, la distance réflexive qu’autorise l’écrit. Ils se contenteront encore de vagues surgissements au gré de la volonté du développeur d’une application, jusqu’à ce que celui-ci appuie définitivement sur la touche DEL. Avec l’abandon de cette dernière interface de l’écrit, l’interaction se déportera vers notre voix et vers nos gestes, comme hier se sont déportés vers les nuages les contenus de nos disques durs. L’internet de l’hypertexte s’est construit sur le texte et son périphérique : de l’écrit réagissant au clic d’une souris. L’outerweb et l’infranet se bâtissent dès aujourd’hui sur des gestuelles mobiles adaptées aux terminaux les supportant désormais (tablettes) et correspondant au taux d’équipement du prochain milliard d’internautes connectés (mobiles), ainsi que sur des interfaces vocales, l’ensemble représentant pour l’historien des techniques du siècle prochain un passage certainement comparable à celui du volumen au codex, de la lecture à voix haute à la lecture silencieuse. Mais à l’envers.

Après-demain

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Il sera devenu impossible de discerner les productions humaines (écrits mais aussi images, sons et vidéos) de celle des programme informatiques (web spinning[25][25] http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2013/06/s...).

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Le modèle publicitaire aura terminé d’actionner ses derniers leviers de rentabilité. Ayant longtemps assuré la seule et unique perméabilité entre les différents silos techniques et attentionnels de l’oligopole se partageant les accès de l’ensemble de la population connectée, il lui faudra nous imposer autre chose pour maintenir la gratuité de ces accès, gratuité garantissant elle-même la captation d’un volume suffisant de données. La monétisation portera donc désormais sur la possibilité de l’opt-out. Nous paierons pour que notre photo ne soit pas utilisée dans les publicités, pour que notre profil ne soit pas visible par certaines personnes. Pour que certaines données (photos, vidéos, etc.) soient effacées de manière programmée. Pour que nos comptes soient fermés après notre mort, pour que nos proches puissent récupérer nos données. Pour se soustraire au champ attentionnel, au spectre de l’indexabilité, au radar de l’intentionnalité. Tous ces choix qui nous sont aujourd’hui retirés [26][26] http://www.pcmag.com/article2/0,2817,2425499,00.as sont les indices que, demain, proposition nous sera faite de les acheter.

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La chaîne de valeur des biens et produits culturels s’effondrera et devra être entièrement redéfinie du fait de l’effacement de la matérialité de l’acte d’achat. Nous ne consommerons plus que de l’accès [27][27] http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2013/04/l.... Des accès qui nous seront provisoirement alloués, nous privant de toute possibilité de copier [28][28] http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/09/l... autrement qu’au sein même des espaces privatifs et clos où nous mènerons ces accès autorisés. L’argent circulera majoritairement en pièce jointe [29][29] http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2013/06/v....

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Les moteurs de recherche et les réseaux sociaux investiront un certain nombre de tâches « régaliennes » : la gestion du chômage par le biais d’une algorithmie d’affectation qui analysera en temps réel l’offre et la demande et croisera l’ensemble avec nos parcours, nos situations et nos profils « professionnels » déjà en ligne, déjà indexés, déjà pré-affectés ; la gestion de l’assurance maladie également par le biais d’une algorithmie de nature assurantielle : prescriptions médicales, dossier médical informatisé et génomique personnelle ; la gestion de l’enseignement enfin par le biais d’une algorithmie didacticielle embrassant l’ensemble des ressources éducatives disponibles en ligne et les faisant correspondre à notre niveau « scolaire », à notre projet professionnel, et nous délivrant en retour les badges et certificats attestant de cet apprentissage programmé.

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Tous ces scénarios sont déjà au-delà du seul probable. Le cyberespace n’existe plus. Il est l’espace. Il nous reste encore à inventer la manière dont nous choisirons de l’investir et d’y interagir. Avant que d’autres ne le fassent pour nous.

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Olivier Ertzscheid

Intemporel droit d’auteur ? Libre spéculation hétérodoxe sur un futur inconnu

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Débat. Intemporel le droit d’auteur ? C’est le travers de bien des juristes et peut-être plus encore quand il est question de droit d’auteur que de croire à des réalités intemporelles. Voici un droit naturel : tout est dit. Comme si le droit n’était pas en lien profond avec ce qu’est une société philosophiquement, culturellement, économiquement, comme si une galaxie Internet n’était pas venue se surajouter à la vieille galaxie Gutenberg, comme si les modèles économiques étaient ceux du temps de l’imprimerie « au marbre »… Arrêtons là.

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Si l’on juge que le droit d’auteur, comme il en va de tout le droit, doit être « dans le siècle », étant admis que le droit d’auteur doive assurer une « protection » de l’auteur (et encore vaudrait-il mieux préférer un autre terme à celui-ci bien réducteur), il est bon de ne pas ignorer un certain nombre de choses comme, par exemple, que l’auteur n’est pas seul, qu’il n’a pas créé dans un splendide isolement et que son œuvre n’a de sens qu’autant qu’elle est livrée à ce public qu’en règle générale la dogmatique juridique refuse de reconnaître, qu’il est pris dans un tissu de relations, et notamment économiques, complexes où éditeurs et autres agents économiques occupent une place majeure, que dans l’univers du droit il n’est plus simplement celui qui écrit (ou compose, ou peint) mais qu’il est aussi celui qui écrit un logiciel, dessine un boulon ou conçoit un jeu télévisé, que la technique occupe une place centrale dans l’échafaudage juridique (s’interrogerait-on sur les droits voisins si n’avaient pas été inventés des appareils d’enregistrement propres à conférer la durée à l’éphémère ?).

Et dans le futur ?

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Il serait bon de ne pas nier cette réalité. Mais de celle-ci peut-on induire ce que sera le droit d’auteur ou le « non droit d’auteur » de demain ? Rien de moins assuré.

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Le mouvement présent paraît être celui d’un renforcement général du système avec une multiplication des « revendications propriétaires » (au demeurant bien plus souvent le fait des cessionnaires de droits - éditeurs, producteurs, etc. - que des auteurs eux-mêmes), une fragilisation des exceptions (pour user du terme convenu) avec l’avènement du triple test, un déni des intérêts du public (osons le mot) avec à la fois, philosophiquement, la perpétuation de cette idée profondément discutable qui voudrait que seul l’auteur, personnage sacré, mérite considération et, très concrètement, la montée en force de mesures techniques de protection dont on voudrait nous faire croire qu’elles sont respectueuses des équilibres légaux. Tout est virtuellement objet de droits. Tout est potentiellement porteur d’interdits. Il a fallu toute l’habileté de la cour de Paris pour que ne soit pas condamné le fait que, dans un film documentaire consacré à la vie d’une classe, apparaisse des « planches éducatives »… sous droit d’auteur.

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Cette crispation du droit d’auteur ou, plus justement, de ceux qui défendent ce modèle économique de réservation systématique ne pouvait bien sûr que conduire à des mouvements de rejet profonds au point que certains (pas nécessairement membres du Parti Pirate…) plaident ouvertement pour un monde sans droit d’auteur. Mais faudrait-il en revenir alors aux antiques formules de mécénat ? Et quant à l’affirmation suivant laquelle cela permettrait un monde où circuleraient librement les idées, elle est un peu courte. Soit pour les œuvres. Mais, s’agissant des idées, un grand principe du droit d’auteur est précisément déjà que les idées sont de libre parcours et, si le principe peut parfois sembler bousculé, peut-être faudrait-il davantage, pour rester sur l’image, s’interroger sur l’existence d’obstacles indus mis à cette circulation…

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Cela étant, le premier schéma risque de conduire à un monde féodalisé où chacun prétend contrôler un espace donné à partir de ses bastilles (juridiques) et vit des péages qu’il impose. Le second risque de conduire à un monde où il n’y a certes pas de bastilles mais où le brigandage règne sur les grands chemins.

Choisir la raison

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En tout cas, quand les tenants des deux visions s’affrontent sur le thème : « A-t-on besoin ou non du droit d’auteur comme incitation à la création ? », nous avons là la démonstration que tout discours réducteur est trompeur. Incitatif le droit d’auteur ? Celui qui peint parce qu’il y a en lui un mouvement irrésistible qui le pousse à cela ou le potier installé sur le Larzac n’ont évidemment que faire du droit d’auteur. Mais l’entreprise (principe de réalité : n’ayons pas peur des mots) qui est prête à investir quelques dizaines de millions d’euros dans la réalisation d’un jeu vidéo ne le fera très certainement que si elle peut disposer d’un mécanisme juridique propre à lui assurer une certaine défense de l’investissement fait.

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Et si la voie de la sagesse consistait à tenter d’imaginer un droit d’auteur « raisonnable » ? À quoi, j’en conviens, on pourra rétorquer qu’il faudrait pouvoir s’entendre sur ce qu’est le raisonnable. Giraudoux n’écrivait-il pas joliment (c’est du Giraudoux…) que la loi, à défaut d’être la raison écrite, est la raison de ceux qui l’ont écrite ?

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Il est pourtant des « principes de raison » et le premier sans doute consiste à ne pas ignorer le principe de réalité car le droit se doit d’appréhender le monde tel qu’il est, non point pour s’incliner devant ce qui est (d’autant que le monde tel qu’il est toujours un univers construit) mais pour éviter ce déni de réalité qui peut vite faire de la scène juridique un théâtre de marionnettes. Un second principe, certes étranger à la tradition du droit d’auteur à la française mais bien présent dans de nombreux systèmes juridiques nationaux, est que la « balance des intérêts » (des intérêts des uns et des autres) doit être au cœur du système car il n’est pas de construction juridique digne de ce nom qui ne soit pensée comme une recherche d’équilibre.

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Principe de réalité, recherche des équilibres : s’attacher à ces principes simples devrait permettre d’apporter un peu d’air frais à la matière et de rendre au droit d’auteur une légitimité que le grand public aujourd’hui lui conteste.

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Veut-on plus concret ? L’exercice est hasardeux car chacun, avec « sa » raison, jugera telle ou telle proposition intéressante, riche, incongrue, dangereuse… Risquons-nous cependant à avancer trois idées qu’on peut tenir pour répondant aux principes à l’instant mis en exergue.

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? Reconnaître qu’il existe de nouvelles voies de création d’abord : au tout premier chef, reconnaître la « création collaborative » et le fait que l’auteur accepte que son œuvre puisse être reprise et retravaillée par d’autres. Cette forme de création, cette création ainsi pensée existe. Pourquoi faudrait-il la dénier ? Pourquoi, à s’attacher spécialement au second point, faudrait-il interdire cette démarche à l’auteur ? Parce qu’une figure prétendument intemporelle de l’auteur l’interdit ? Jean Carbonnier, l’un des plus grands civilistes du siècle passé, sous le signe du « flexible droit », avait imaginé un « divorce à la carte » permettant à chacun de choisir sa manière de quitter le mariage. Pourquoi ne pas accepter ici plusieurs figures juridiques de l’auteur et de la création susceptibles de coexister ?

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? Complément naturel : il conviendrait de repenser les prérogatives de l’auteur non plus à travers une glose morte des textes (la reproduction est la fixation sur quelque support que ce soit…) mais en pensant le droit dans sa fonction sociale, c’est-à-dire en tenant compte des pratiques sociales (va-t-on persister à interdire la « citation d’images » dans une société dite de l’image ?), de l’évolution des procédés techniques comme la faculté d’opérer à distance qui induisent de nouvelles pratiques qui devraient être analysées non pas à travers une décomposition technique de l’acte mais en considération de la finalité recherchée, en tenant compte aussi de ce qu’une qualification juridique n’épuise pas le réel : quand la cour de Paris dit qu’il n’y a pas communication de l’œuvre lorsque (faisons bref) celle-ci n’est qu’un élément de décor, c’est moins la réitération de la vieille « théorie de l’accessoire » (accessoire qui ne mérite pas considération) que la subtile reconnaissance de ce que le même objet peut ici être œuvre et là non et qu’il n’est donc pas pertinent de parler de communication de l’œuvre sans plus d’interrogation. Et quant à bousculer les idées reçues, il ne serait peut-être pas sot, loin de l’orthodoxie et loin même des principes du droit de l’Union, d’envisager non pas de transposer le fair use étasunien, trop souvent mythifié ou diabolisé, mais d’imaginer une exception d’« usage raisonnable » à l’européenne.

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? Enfin, dernière idée hétérodoxe encore pour ne pas dire franchement hérétique : il serait temps de cesser de prétendre faire du droit moral un absolu et de s’interroger sérieusement à son propos. Si on prétend le rattacher philosophiquement (avec plus ou moins de justesse) au « Qu’est-ce qu’un livre ? » de Kant et à sa réponse qu’il s’agit d’un « discours » toujours présent et agissant dans l’œuvre, il n’est pas absurde de se demander quel est le discours que tiennent le boulon ou la poêle à frire que nos juges ont estimé protégeables. Proust et le boulon même combat ?

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Dérives répondra-ton ! On ne peut raisonner sur des cas pathologiques ! Mais dérives par rapport à quoi ? Au modèle intemporel du droit d’auteur ? Lisons Beaumarchais (et la Princesse de Clèves aussi) mais on n’écrit plus comme au temps de Beaumarchais (« du temps de Sedaine » comme l’écrivait Alphonse Daudet). Faudrait-il que le droit, seul, se fige en un conservatoire du temps jadis ? Si l’on pense que non, alors il n’est pas possible de se borner à répéter à l’envi les vérités que nous a léguées la tradition (une courte tradition). Les vérités… : qu’est-ce que la vérité ?

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Michel Vivant

Focus. L’ordre des informations entre algorithmes et subjectivités

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Classement. Avec la formation d’une sphère publique numérique s’est installé un système original de contournement du pouvoir que les « gardiens » (gatekeepers) de l’espace public traditionnel, journalistes, éditeurs, experts ou documentalistes exerçaient sur la sélection et la hiérarchisation des informations.

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Sans doute l’une des promesses les plus subversives du Web fut-elle d’offrir une architecture d’accès à l’information si plastique qu’elle permettait d’interroger à nouveau un ensemble de questions que la clôture oligarchique de l’espace public ne permettait plus de penser dans les catégories rouillées des médias traditionnels. À partir de quel principe doit-on ordonner et classer les informations ? À quel procédé faut-il se fier pour donner de la visibilité à telle information plutôt qu’à telle autre ? Comment définir des voies d’accès et des circuits de hiérarchisation des contenus qui soient susceptibles de corriger les effets tant décriés du contrôle éditorial des gatekeepers : le mépris pour les périphéries, la connivence idéologique ou la soumission aux logiques économiques ? On voudrait revenir ici sur la façon dont différents procédés se sont mis en place pour organiser autrement - car il s’agit bien de suivre d’autres routes - l’information numérique. Pour cela, il nous faut identifier, au sein des principes sur lesquels reposent ces procédés, les réponses qu’ils essayent d’apporter aux critiques qui étaient faites aux gatekeepers traditionnels. Mais il importe aussi d’examiner les critiques qu’ils suscitent aujourd’hui en raison du rapport de plus en plus ambivalent que nous entretenons à l’égard des algorithmes du Web et de l’intensification de l’individualisme contemporain qui postule l’inaliénable autonomie du sujet souverain dans la définition de ses centres d’intérêts.

Deux critiques. Des gatekeepers

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La critique, qui n’a cessé de soutenir toutes les initiatives introduites par les acteurs du Web pour classer les informations, s’est dirigée contre le pouvoir éditorial des gatekeepers. En raison du contrôle que ceux-ci exerçaient sur les moyens de diffusion, ils avaient pu faire de la rareté des informations publiées un moyen d’introduire des règles de sélection et de hiérarchisation propres à leurs mondes professionnels (journalisme, édition ou documentation). Gouverné dans chaque univers par des normes déontologiques historiquement construites autour des représentations dominantes de l’actualité, du publiable et de l’intérêt général, le travail des gatekeepers n’a cessé de se voir contester en raison des oublis, des exclusions et des déformations qu’il imprimait sur la représentation du monde livrée, sans retour possible, au public. Mais cette critique des gatekeepers a pris deux directions contradictoires : elle soutient d’abord que les informations présentées par les médias sont biaisées et qu’il importe de les redresser ; mais elle considère aussi que les informations que les médias poussent au centre de l’espace public n’intéressent pas les publics parce qu’elles ne prennent pas en compte leur diversité subjective. La première critique s’inquiète des biais produits par la position de pouvoir des gatekeepers (critique anti-hégémonique) et la seconde voudrait élargir la sphère publique à de nouveaux formats de paroles et de contenus favorisant la participation des publics (critique expressiviste). Ces deux reproches adressés aux médias traditionnels, celui de ne pas être neutre et celui d’écraser la diversité, nourrissent contradictoirement la plupart des alternatives aux médias traditionnels qui se sont développées dans l’histoire des pratiques informationnelles [30][30] Dominique CARDON, Fabien GRANJON, Mediactistes. Presses.... Les outils informationnels du Web ont cherché à répondre simultanément à ces deux types de critiques. Et, sans doute, est-ce parce que nous ne clarifions pas les attentes différentes, voire antagonistes, exprimées à travers ces deux types de critiques que nous tenons des discours aussi contradictoires sur les formes désirables de l’accès à l’information numérique.

La neutralité procédurale des algorithmes

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À la première critique, celle des biais hégémoniques, le Web a répondu par des techniques procédurales en confiant la hiérarchisation des informations aux algorithmes des moteurs de recherche et aux compteurs des métriques d’audience. Face à l’arbitraire du procédé éditorial, les outils calculatoires du Web se sont construits sur la promesse de réparer les déformations des choix humains des oligarques de l’édition, du journalisme et de la documentation. Le principe calculatoire du PageRank, qui s’est aujourd’hui imposé à l’ensemble des moteurs de recherche du Web, a ainsi mis en œuvre d’une façon particulièrement originale le principe d’une « intelligence collective » des internautes. C’est parce que le Web a été conçu comme un tissu de sites qui s’adressent entre eux de la reconnaissance à travers les liens hypertextes qu’il est possible de le classer. En mesurant l’« autorité » au moyen d’un procédé classant les informations en fonction du nombre de liens qui pointent vers elles, pondéré par l’autorité attribuée à ces mêmes liens, le Page Rank est parvenu à généraliser à l’ensemble de l’Internet une mesure de la reconnaissance qui était jusqu’alors réservée au classement de la production scientifique [31][31] Dominique CARDON, « Dans l’esprit du PageRank. Une.... Le PageRank fait de tous les internautes qui publient des gatekeepers et propose, chose absolument inédite dans l’univers de l’information, de hiérarchiser les informations selon l’autorité qu’elles ont reçue des autres internautes publiants. À la différence de l’autorité, le procédé de classement par l’audience qui s’est généralisé sur le Web (YouTube par exemple) additionne le nombre de vues sur la base d’un calcul de popularité. Mesurant égalitairement le nombre d’internautes cliqueurs, il donne au classement de l’information une mesure immédiate et auto-réfléchissante de son impact sur le public. Aussi critiquée soit-elle, notamment en raison de sa proximité avec les intérêts du marché publicitaire, la mesure d’audience n’en constitue pas moins une manière légitime dans les sociétés démocratiques de faire du comportement du public l’ordonnateur de ses choix [32][32] Cécile MÉADEL, Quantifier le public. Histoire des mesures....

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Ces procédés algorithmiques, la mesure de l’autorité et de l’audience, proposent deux alternatives pour hiérarchiser les informations à partir des comportements de ceux qui les citent ou les lisent, le lien hypertexte ou le clic. Ils postulent une extériorité du procédé d’ordonnancement à l’égard de ceux qui l’utilisent. Hiérarchiser les informations selon l’autorité ou l’audience reste indépendant des désirs, des goûts et des choix de ceux qui y accèdent. Ces procédés se proposent simplement de « purifier » les choix humains des gatekeepers en demandant à un automate de résoudre un problème de choix collectif d’une manière qui soit la plus « neutre » possible. Outre le fait que cette neutralité est de plus en plus mise à mal par le secret des algorithmes et un certain nombre d’effets mathématiques qui contribuent à transformer, au sommet de la hiérarchie, l’autorité en une mesure de popularité (c’est-à-dire d’audience), cette extériorité univoque et centralisatrice fait désormais l’objet d’une critique de plus en plus forte de la part des internautes. Les algorithmes sont désormais soupçonnés d’enfermer les intérêts commerciaux des plateformes qui les conçoivent, relançant à nouveau la critique contre-hégémonique dans la recherche de biais déformant la « vraie » représentation des informations.

La subjectivité des internautes comme principe de classement de l’information

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Si le Web a donné une réponse algorithmique à la critique de partialité des médias, c’est en revanche avec de tout autres procédés qu’une solution a été apportée à la seconde critique. Cette fois, il ne s’agit plus de corriger des défauts dans la représentation des informations, mais d’élargir les formats expressifs de l’information en favorisant la diversité subjective des publics et en multipliant les parcours de navigation alternatifs. Pourquoi en effet produire un classement unique, écrasant et mathématique, quand les internautes témoignent de centres d’intérêt et de préoccupations si divers ? Comment ouvrir les formats de publication à des modes d’énonciation pluriels, moins cadenassés, appropriables par un cercle plus large de preneurs de parole ? C’est à cette seconde critique, celle de l’écrasement des singularités par l’hégémonie des calculs centraux, qu’est venu répondre un autre procédé de classement de l’information avec l’émergence du web participatif, des communautés et des réseaux sociaux. L’information n’est plus hiérarchisée de façon extérieure au public qui la consulte, mais à l’intérieur même des goûts, des centres d’intérêt et des échanges du public. L’ensemble des artefacts conçus par les plateformes du web social (Like, commentaires, Re-tweet, fils d’actualité, etc.) propose à l’internaute un classement de l’information personnalisé qui s’appuie sur la sociabilité des internautes (à travers les choix d’amis et de followers) et sur ses actions de partage au sein du réseau. La hiérarchie des informations apparaît ainsi comme la conséquence des choix, des désirs et des goûts de l’internaute. Elle n’est plus extérieure à ses pratiques, mais se situe à l’intérieur même des activités par lesquelles il construit son identité numérique. Le succès du web des communautés et des réseaux sociaux s’enracine dans un ensemble d’attentes revendiquant le droit des individus de s’exprimer et de se confronter à la diversité sans avoir à se plier à l’étroit canal de diffusion des gatekeepers traditionnels. Relayant dans le domaine de l’information les effets de la crise de confiance dans toutes formes d’institutions, d’autorités ou de porte-parole, cette manière de circuler dans l’information numérique à partir de son réseau, de ses goûts et de ses partages témoigne de la volonté des individus de prendre eux-mêmes en charge ce dont ils déléguaient précédemment la responsabilité à d’autres : définir ce qui les intéresse ou ne les intéresse pas. En refusant leur allégeance à des agents chargés de faire des choix en leur nom, ils ouvraient ainsi une voie à une toute autre forme de hiérarchisation de l’information qui ne s’appuie ni sur les choix éditoriaux des gatekeepers, ni sur l’agrégation collective des jugements des internautes publiants ou cliqueurs, mais sur la prétention des individus à être à eux-mêmes leur propre gatekeeper.

Neutralité et subjectivité

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En critiquant les gatekeepers traditionnels, le Web a ainsi ouvert deux directions opposées au classement de l’information. La première confie à un calcul le soin de produire des choix collectifs, la seconde personnalise la fenêtre sur l’information des individus en la dessinant depuis leurs propres choix. La première prétend à la neutralité procédurale, la seconde assume et revendique la subjectivité des individus. La première est unique, centrale et homo gène quand la seconde éclate les choix informationnels en une myriade de niches communautaires et de nébuleuses individuelles. Si ces deux tendances s’observent dans les dispositifs numériques de classement de l’information, c’est parce qu’elles témoignent d’un système d’attentes qui associe deux attitudes apparemment contradictoires : il faudrait que les choix collectifs soient absolument « neutres » et débarrassés de toute sorte de biais pour que les individus puissent manifester plus librement la spécificité de leurs choix individuels. La hiérarchie de l’information venant de l’extérieur ne devrait être entachée d’aucun biais de sélection afin que, de l’intérieur, chaque sujet soit souverain dans ses choix.

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Or, à ne pas clarifier ces deux dynamiques contradictoires, le débat sur la recherche d’information ne cesse de reprocher à l’une ce que fait l’autre et inversement. En effet, il est d’abord demandé aux choix collectifs des algorithmes d’éviter les biais humains et économiques des plateformes et de tendre vers une très improbable « neutralité ». Mais, dans le même mouvement, il leur est reproché de produire des résultats centraux écrasant de conformisme qui dissimulent les périphéries et détruisent la diversité du Web.

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Cependant, si ces algorithmes, dans l’esprit de la seconde critique, « personnalisent » leurs résultats, comme le font de plus en plus les moteurs de recherche, ils sont aussitôt accusés de sacrifier l’extériorité et la neutralité que réclame la première critique. Ces contradictions sont aussi apparentes à l’endroit de l’information classée par les métriques du web social. En se proclamant autonomes et souverains dans le choix des sources d’informations désirables, les internautes se déclarent aussitôt inquiets du possible enfermement de certains dans la « bulle » de leurs propres centres d’intérêt [33][33] Eli PARISER, The Filter Bubble. What the Internet is... - raisonnant en « troisième personne », les individus craignent toujours que les autres soient « enfermés » dans leurs choix, alors qu’eux-mêmes se montreraient capables de se libérer de ce risque aliénant. Livrés à eux-mêmes, les individus veulent choisir et refusent de déléguer leur confiance à d’autres pour faire ces choix, mais craignent alors que l’autonomie si ardemment revendiquée soit aussi une prison ! Sans doute serait-il utile d’examiner avec plus de clarté les représentations contradictoires qui sont aujourd’hui en jeu dans les débats sur le classement et la recherche d’information.

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Dominique Cardon

Et vous, le futur, vous l’imaginez comment ?

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Varia. En 2063, Google a disparu, le nomadisme s’exacerbe, la lecture prend une nouvelle dimension, la donnée supplante l’information, le document est holographique, etc. À la suite des experts et des personnalités, les adhérents de l’ADBS donnent libre cours à leur imagination et nous livrent, dans des textes d’une grande variété, leur vision de l’avenir.

« Du bibliothécaire au mobidocumentaliste augmenté »

Marc Tanti, chercheur en sciences de l’information CESPA-UMR 912-SESSTIM

mtanti@gmx.fr

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Dans les 50 prochaines années, l’information connaîtra des paradigmes technologiques majeurs dans ses supports documentaires, à l’image des révolutions des supports électroniques et imprimés. Ces révolutions concerneront en premier lieu les formats de sortie des documents électroniques, principalement les extensions qui les définissent, les technologies qui les supportent, mais aussi les échanges avec les systèmes de lecture. C’est vraisemblablement le format.xml qui engendrera, par ses innovations technologiques et les bouleversements dans ses usages, la future révolution des supports documentaires.

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Les futures innovations viendront également du Web mobile qui deviendra de plus en plus… mobile ! Ainsi, l’accès à l’information documentaire de l’Internet se fera depuis de nouveaux terminaux mobiles qui évolueront en autonomie et miniaturisation. Avec les technologies WAP (Wireless Application Protocol), les sites, les contenus et les fonctionnalités proposés sur l’Internet mobile s’adapteront aux nouvelles contraintes et spécificités de ces nouveaux terminaux, notamment les tailles d’écran, les claviers, les résolutions mais également les puissances et capacités de stockage.

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Enfin, les métiers de l’information-documentation se réinventeront. Le bibliothécaire a déjà vu son métier progressivement évoluer vers celui de « cyberdocumentaliste ». Dans les 50 prochaines années, ce sera un mobinaute qui gérera son fonds depuis la dernière innovation de l’Internet mobile Ce « mobidocumentaliste », véritable « homme augmenté », verra sa créativité et son intuitivité décuplées. Ce que Nietzsche nommait « surhomme », dans Ainsi parlait Zarathoustra.

« De passeur à connecteur universel »

Caroline Tête, documentaliste

miss_thesaurus@yahoo.fr

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En 1963, une place prépondérante était donnée au document, l’information qu’il contenait n’appartenant qu’à ceux qui l’avaient lue et assimilée. Ainsi, celui qui détenait l’information - et donc la connaissance - jouissait d’un certain pouvoir. Le professionnel de l’information et de la documentation s’apparentait à un passeur de connaissance. Cinquante ans plus tard, la donne change. Le document devient accessoire, apparaît sous de multiples formats et sous différentes formes. L’information se démocratise, elle appartient à tous si on se donne la peine de la chercher. Le détenteur du pouvoir n’est plus celui qui sait mais celui qui est capable de transmettre l’information de manière opportune. Le professionnel de l’information et de la documentation devient donc médiateur actif de la connaissance.

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En 2063, l’information aura perdu de sa superbe au profit du concept, de la donnée. Ce sera l’âge d’or du professionnel de l’information : sa maîtrise tant macroscopique (information) que micro scopique (donnée) du concept lui permettra d’être la plaque tournante incontournable entre ressources (humaines ou matérielles), idées et réflexion. Il deviendra alors connecteur universel de la connaissance.

« Lecture connectée »

Sophie Johner, étudiante Bachelor Information documentaire HEG Genève

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Hier, en vidant la maison de mes grands-parents décédés il y a quelques années, j’ai trouvé une carte. Une carte pas plus grande que ma main. Elle contenait le nom et le prénom de ma grand-mère avec un numéro. Après quelques recherches, j’ai compris que c’était une carte de lecteur. Les bibliothèques du passé utilisaient cette petite carte pour identifier leurs usagers. Maintenant, en 2063, plus aucun objet d’identification n’existe, toutes nos vies sont recensées virtuellement, nos seules cartes d’identités sont nos pupilles et nos empreintes digitales.

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Cette découverte m’a donné envie d’aller à la bibliothèque ! Je prends mon ordinateur holographique, y projette l’URL de la bibliothèque et regarde l’écran pour m’identifier. C’est bon, je suis connectée. Que vais-je choisir ?

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Je remarque un vieux roman, Docteur Sleep de Stephen King : je n’ai jamais entendu parler de cet auteur mais la bibliothèque me propose ce choix, je lui fais confiance. Je clique, l’histoire commence et je me retrouve plongée dans le roman. Face à moi, les mots que je lis deviennent réels. Chaque chose se projette telle que je l’imagine, l’histoire prend forme pour de vrai. Mais il est bientôt l’heure de déjeuner ! Je décide d’interrompre ma lecture. Je ferme les yeux et le livre se met sur pause. Il me suffira de regarder fixement le projeteur holographique pour reprendre là où je me suis arrêtée…

« Holodocuments »

Oscar Guzzon et Adam Abou-Jaim, étudiants Bachelor Information documentaire HEG Genève

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14 février 2063, bibliothèque de NeoGeneva. Des ingénieurs mettent en place la salle Hololibri. Cette salle, projetée holographiquement dans un espace vide, propose la collection la plus complète du monde : elle contient tous les livres existants. Des bibliothécaires holographiques gérés par l’intelligence artificielle de la bibliothèque suivent chaque utilisateur en répondant aux questions éventuelles et en les guidant à travers cet univers numérique.

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Chaque usager est équipé d’un circuit intégré sous la peau lui permettant d’interagir avec le système. Les informations personnelles sont reconnues personnalisant le service en fonction de l’historique de ses consultations et préférences. Après avoir sélectionné un document, l’usager le télécharge dans son circuit personnel ; il peut ainsi le visualiser à volonté.

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L’alternative est le narrateur holographique. Il peut être activé ou désactivé selon l’envie. Il suit l’usager partout en lui lisant ou en lui déclamant les ouvrages empruntés à la bibliothèque. Le visuel du narrateur peut être choisi par chaque utilisateur, de même que la voix (il pourra par exemple se faire lire la Divina Commedia par Dante ou encore par Michael Jackson). Ce dispositif a été mis en place pour les malvoyants et les lecteurs non assidus qui n’ont peut-être pas le temps ni l’envie de lire.

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L’apparence des livres est fonction de la volonté du lecteur, pouvant aller de l’ancienne Bible reliée à la main au livre ultra-moderne en métal souple.

« Conte futuriste documentaire »

Jean-Philippe Accart, chargé de recherche Bibliothèques et Archives Ville de Lausanne, directeur des études universités Berne et Lausanne.

jpaccart@bluewin.ch

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En 2063, le moteur de recherche planétaire Google, après avoir connu un développement sans précédent et quasiment gouverné le monde pendant plusieurs décennies, disparaît soudainement des écrans, semant la panique à la bourse mondiale et paralysant tous les échanges commerciaux. Les gigantesques entrepôts de données appartenant à la firme de Mountain View ont subi une attaque simultanée d’origine inconnue, les rendant inopérants. Les 20 milliards d’humains ne savent plus comment communiquer, faire leurs courses, se rendre à leur travail. La situation devient si catastrophique que le gouvernement mondial dirigé par l’Indien Ranganathan envoie l’armée où cela s’avère nécessaire, c’est-à-dire presque partout où il reste encore quelques terres émergées… La température du globe, en quelques jours, descend de quelques degrés montrant ainsi l’impact climatique des entrepôts de données. L’eau commence à se retirer mettant à jour des cités et des lieux improbables : bibliothèques ensevelies, ordinateurs protégés dans des salles fortes contenant toutes sortes d’informations oubliées, des fichiers papier encore en état de marche malgré leur âge canonique. L’arrière petit-fils de Paul Otlet retrouve avec émotion le Mundaneum où il gambadait enfant. Il écrit alors une lettre (seul ce moyen d’échange est encore possible) à son cher ami d’enfance, le Président, pour lui faire une proposition : pourquoi ne pas rappeler à leurs postes tous les documentalistes, bibliothécaires et archivistes ?

Notes

[1]

Michel SERRES, Petite Poucette. Paris : Le Pommier, 2012

[2]

Michel SERRES, Hominescence. Paris : Le Pommier, 2001

[3]

Op. cit. note 1

[4]

Jean-Claude HEUDIN, « Demain, tous cyborgs ? », Colloque GYPSY XIIIe « L’autre, le semblable, le différent… », Paris, 6 et 7 décembre 2013. Actes à paraître. http://www.college-etudesmondiales.org/fr/content/colloque-lautre-semblabledifferent-gypsy-xiiie

[5]

Voir le projet Google Glass : http://fr.wikipedia.org/wiki/Google_Glass

[6]

Jean-Claude HEUDIN, Les créatures artificielles : des automates aux mondes virtuels, Paris : Odile Jacob, 2008

[7]

K. Eric DREXLER, Engines of Creation. The Coming Era of Nanotechnology. New-York : Anchor Books, 1986

[8]

Craig.J. VENTER, et al., « Creation of a Bacterial Cell Controlled by a Chemically Synthesized Genome », Science, 2010, vol. 329, n° 5987, p. 52-56.

[9]

Henri VERDIER, Nicolas COLIN, L’âge de la multitude : entreprendre et gouverner après la révolution numérique, Paris : Armand Colin, 2012

[10]

Jacques PERRIAULT, « L’empreinte de la technique. Un exemple d’empreinte de la technique dans la société : la machine à vapeur », Culture Technique, février 1981, n°4, « Cahier spécial ethnotechnologie n° 2, l’empreinte de la technique »

[11]

Lewis MUMFORD, Technique et civilisation, Le Seuil, 1950

[12]

Marc BAROLI, Le train dans la littérature française, Editions N.M., 1969

[13]

Lev S. VYGOTSKY, Mind in society : the development of higher psychological processes, Harvard University Press, 1978

[14]

Joël DE ROSNAY, Surfer la vie : comment survivre dans l a société fluide, Éditions LLL, 2012

[15]

Édouard KLEINPETER E. (dir) L’humain augmenté, CNRS Éditions, 2013

[16]

Voir le cas de Sciences Po qui a créé ses propres modes d’évaluation et utilise l’enseignement assisté par ordinateur

[17]

Voir à ce sujet la récente affaire de la NSA et les interdictions de matériels grand public par le gouvernement français édictées par l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes informatiques (ANSSI)

[18]

Jack GOODY, La Logique de l’écriture : aux origines des sociétés humaines, Armand Colin, 1986

[23]

Technologies NBIC : Nano-Bio-Info-Cogno-technologies.

[24]

Ce type de préférence pour des interactions de bas-niveau est qualifié de « kakonomie » par Gloria Origghi.

[30]

Dominique CARDON, Fabien GRANJON, Mediactistes. Presses de Sciences Po, 2013 (2e éd.)

[31]

Dominique CARDON, « Dans l’esprit du PageRank. Une enquête sur l’algorithme de Google », Réseaux, 2013, vol. 31, n°177, pp. 63-95.

[32]

Cécile MÉADEL, Quantifier le public. Histoire des mesures d’audience à la radio et à la télévision. Economica, 2010

[33]

Eli PARISER, The Filter Bubble. What the Internet is Hiding from You. New York : The Penguin Press, 2011

Résumé

English

Information, keys to the futureThe first part of this dossier offers some keys to understand the future of professional information.
We live in fascinating times, with changes that present not simply the passage from one millenium to another but an unprecedented revolution. As with all profound modifications we cannot yet grasp all the ramifications.

Español

La información, claves para el futuroLa primera parte de este dosier proporciona las claves para conocer y comprender el futuro de la información profesional.
Atravesamos un periodo fascinante. Este cambio no es el simple paso de un milenio a otro, sino que es una revolución sin precedentes. Y como toda modificación profunda, tampoco conocemos todas sus consecuencias.

Deutsch

Die information, der schlüssel zur zukunftDer erste Teil dieses Dossiers gibt die Grundlagen zum Begreifen und Verstehen der Zukunft der Fachinformation.
Wir leben in einer faszinierenden Zeit. Bei den Änderungen handelts es sich nicht um die einfache Passage eines Jahrtausends zum nächsten, sondern um eine so noch nie da gewesene Revolution. Und wie bei allen tifene Veränderungen begreifen wir noch nicht alle Konsequenzen.

Plan de l'article

  1. Homo numeris ou l’homme « augmenté »
    1. De l’homme « réparé » à l’homme « augmenté »
    2. Le « tsunami » numérique
    3. L’organisation et l’utilisation de l’information, un enjeu majeur
  2. Les usages de l’information dans cinquante ans. Éléments de réflexion
    1. L’empreinte de la technique
    2. Une autre attitude à l’égard de l’information
    3. Le phénomène de la banalisation
    4. La technologie : des innovations porteuses d’avenir
    5. Les conditions sociales des usages
  3. Outerweb et infranet : rendez-vous en 2063
    1. World wide wear
    2. Outerweb et infranet
    3. Un nouveau paradigme disruptif de l’interaction
    4. Objectif zéro clic
    5. Après-demain
  4. Intemporel droit d’auteur ? Libre spéculation hétérodoxe sur un futur inconnu
    1. Et dans le futur ?
    2. Choisir la raison
  5. Focus. L’ordre des informations entre algorithmes et subjectivités
    1. Deux critiques. Des gatekeepers
    2. La neutralité procédurale des algorithmes
    3. La subjectivité des internautes comme principe de classement de l’information
    4. Neutralité et subjectivité
  6. Et vous, le futur, vous l’imaginez comment ?
    1. « Du bibliothécaire au mobidocumentaliste augmenté »
    2. « De passeur à connecteur universel »
    3. « Lecture connectée »
    4. « Holodocuments »
    5. « Conte futuriste documentaire »

Pour citer cet article

Siejka Monika, Heudin Jean-Claude, Perriault Jacques, Ertzscheid Olivier, Vivant Michel, Cardon Dominique, « L'information, clés pour le futur », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2013 (Vol. 50) , p. 26-37
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2013-4-page-26.htm.
DOI : 10.3917/docsi.504.0026.


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