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Documentaliste-Sciences de l'Information

2013/4 (Vol. 50)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.504.0072
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Les enjeux de l’ouverture des données publiques

Données publiques. Accès et usages / sous la dir. de Joumana Boustany et Jean-Pierre Chamoux, Cachan : Hermès : Lavoisier, 2013. – 171 p. – ISBN 978-2-746-24566-2 : 61 € Numéro de : Les Cahiers du numérique, ISSN 1469-3380, 2013, vol. 9, n? 1

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Cet ouvrage collectif entend apporter sa contribution aux questions qui se posent autour des données publiques : pourquoi les données, détenues au nom de la nation, sont-elles difficiles d’accès et d’emploi ? Pourquoi l’accès libre n’est-il pas la règle et la tarification l’exception ? Pourquoi tant de réticence ? Sans chercher à y répondre précisément, cet ouvrage dresse les nombreux enjeux liés à l’exploitation des données publiques.

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Après une approche reposant largement sur une diffusion contrôlée et une approche d’information générale et de type documentaire, l’accent aujourd’hui porte principalement sur un élargissement des accès et la réutilisation des données publiques. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement concomitant d’open data et d’une administration ouverte. La directive européenne de 2003 [1][1] Directive sur la « valorisation des gisements de données..., en donnant explicitement un double objectif d’information et de transparence (accès citoyens) mais aussi de développement économique (réutilisation y compris commerciale), conduit à une montée en puissance de certaines pratiques et à un revirement de certains fondements des politiques françaises. L’article introductif de J. Boustany propose un panorama général, depuis les années 1970, de la doctrine administrative de la France dans le contexte européen, plus particulièrement sur la thématique de la réutilisation des données publiques. D. Berthault et B. Marx, dans un second article, analysent les conditions de tarification des données depuis la directive européenne de 2003 et l’impact du mouvement des données ouvertes sur le marché potentiel.

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Une part importante de l’ouvrage est ensuite réservée à l’étude de plusieurs cas sectoriels. M. Noucher et P. Gautreau, spécialistes des SIG, définissent les concepts émergents d’enrichissement participatif (crowdsourcing) et de données ouvertes en les replaçant dans un contexte historique de 40 années de déploiement des systèmes d’information géographique. S’appuyant sur une enquête auprès d’experts francophones, ils montrent les débats et les controverses que suscitent ces phénomènes sur la production et l’exploitation des données publiques et sur l’impact de l’ouverture massive de ces données. Dans un second article, J-C Plantin et J. Valentin montrent comment la cellule Données publiques ouvertes de la ville de Montpellier, en construisant et animant une communauté au sein d’OpenStreetMap utilisé à la fois comme système technique de cartographie et soutien à la communauté, permet d’améliorer les services internes de la ville de Montpellier. Dans un autre contexte, un Réseau national de mesure de la radioactivité de l’environnement (RMN) s’est mis en place pour répondre aux enjeux de transparence en matière nucléaire et a ouvert en 2010 un portail offrant la consultation cartographique des mesures de radioactivité sur le territoire national. Le travail organisationnel de constitution du réseau et la technicité des données constituent un réel défi analysé par G. Salzano Un 2e cas concerne les Services publics d’eau et d’assainissement gérés par des entreprises publiques et délégués à des entreprises privées. L’enjeu ici est de regagner la confiance des citoyens en s’appuyant sur une transparence des données, en particulier sur la facture d’eau. M.-J. Kodjovimontre ici les efforts demédiation indispensables entre les données, les producteurs et les citoyens.

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Ces études de cas offrent ainsi l’occasion d’aborder différentes problématiques liées à l’ouverture des données publiques : les nouveaux modes de production pour les services de l’État, la porosité entre données publiques et privées, les enjeux de transparence, la nécessité d’un accompagnement pour la compréhension des données, l’organisation de référentiels de données (géographiques, bibliographiques, sur la radioactivité ambiante), les questions de qualité, etc. Chaque cas exposé montre clairement qu’il ne s’agit plus ici d’une simple mise à disposition d’informations publiques, mais de l’élaboration de véritables dispositifs d’info-communication [2][2] Dispositifs info-communicationnels : questions de médiations... alliant certes des données mais aussi des méthodes et des outils adaptés au contexte, organisés autour de communautés de producteurs et d’utilisateurs aux besoins et contraintes variés, des dispositifs se construisant sur un terrain historique et juridique à chaque fois singulier. C’est ce qui fait la grande richesse et l’intérêt de cet opuscule.

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Dans un chapitre conclusif, J.-P. Chamoux se place à un niveau plus global et pose la question des politiques publiques et de leur nécessaire évolution face à la demande sociale d’ouverture des données publiques : évolution réglementaire et technique certes, mais aussi évolution dans les mentalités face aux « réticences durables à l’accès inconditionnel et gratuit »Ce plaidoyer s’appuie sur un éclairage comparatif avec d’autres pays, en particulier sur l’influence du contexte américain. L’ouvrage se termine par une question en forme de défi : les données publiques, « rente informationnelle ou bien commun ? ».

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Sylvie Dalbin

Un écosystème complexe

The Future of Scholarly Communication / Deborah Shorley, Michael Jubb (dir.), London : Facet Publishing, 2013. – 188 p. – ISBN 978-1-85604-817-9 : 49,95 £

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La communication scientifique a une longue histoire, faite de continuités et de ruptures. Quel est son avenir ? Deux auteurs anglais - Deborah Shorley de la bibliothèque universitaire du Imperial College à Londres et Michael Jubb, directeur du Research Information Network (RIN) – viennent de publier un ouvrage collectif qui fournit une synthèse des changements en cours.

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L’introduction par M. Jubb pose le problème, avec un panorama des mutations de l’écosystème de la communication scientifique. L’approche systémique inclut aussi bien les rôles, comportements et besoins des acteurs en place que leurs relations et décrit quelques évolutions significatives, telles que l’accès aux données de la recherche, l’évaluation, le libre accès à l’information et les infrastructures des services. La première partie du livre est consacrée aux changements du comportement des chercheurs. Six chapitres abordent le partage des résultats en sciences chimiques, l’archivage de la recherche qualitative en sciences humaines et sociales, le comportement des jeunes chercheurs, la « cybertaxonomie » en sciences de la vie (c’est-à-dire l’impact des NTIC sur les classifications scientifiques), le défi des résultats de la recherche (big data) et la valeur des médias sociaux pour la communication scientifique (blogs, wikis, Twitter, Facebook). Deux autres chapitres font le lien entre ces développements et l’édition scientifique, du point de vue des chercheurs (D. Prosser) et de celui des éditeurs (R. Bennett).

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La deuxième partie, plus courte, analyse les rôles et responsabilités de plusieurs acteurs dans cet écosystème de la communication scientifique. M. McGrath, longtemps rédacteur en chef d’une revue chez Emerald, décrit les changements d’activité et de compétence de cette fonction centrale de la sélection et la diffusion de l’information scientifique. Le point de vue d’une agence de moyens est présenté par R. Kiley du Wellcome Trust, l’une des grandes agences fortement engagées dans le mouvement du libre accès. Trois autres chapitres étudient l’avenir de la communication scientifique du point de vue de l’institution, par rapport à la stratégie scientifique de l’organisme, du point de vue de la bibliothèque scientifique et, pour finir, de l’utilisateur de cette bibliothèque. Deux perspectives majeures ressortent de ces études : l’importance croissante du libre accès à l’information (archives institutionnelles, revues en libre accès) et la nécessité de gérer les résultats de la recherche dans leur ensemble, données (data) et publications confondues.

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L’ouvrage collectif met l’accent sur le comportement, les rôles, fonctions et besoins des acteurs majeurs de cet « écosystème complexe ». Cette approche permet au lecteur de mieux comprendre l’interdépendance entre les chercheurs, les institutions et les éditeurs, et les dynamiques disciplinaires, comportementales et technologiques à l’œuvre. Les chapitres sont des travaux originaux, non publiés par ailleurs et mélangent des études de cas (Mass Observation Archive, Wellcome Trust, sciences chimiques, sciences de la vie) avec des synthèses plus larges, afin de faciliter une compréhension globale.

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Les auteurs insistent sur les ruptures technologiques et structurelles de la communication scientifique, sur les dynamiques à l’œuvre et sur les intérêts divergents des acteurs. Mais, à travers les ruptures, le lecteur apercevra en filigrane la continuité des fonctions principales de ce système, notamment la production et la diffusion de nouvelles connaissances, toujours en plus grand nombre et toujours plus rapide.

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Rédigé d’une manière compréhensible par des auteurs anglais et engagés, le livre est destiné aux professionnels, chercheurs et étudiants de la documentation et de l’édition et à un public international. Incitation à intervenir dans le système et à anticiper l’avenir, il restera sans doute l’une des contributions majeures de ces dernières années au débat de l’information scientifique.

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Joachim Schöpfel

Les problématiques de la numérisation du patrimoine

Vers un nouvel archiviste numérique / coord. par Valentine Frey et Matteo Treleani, Paris : INA Editions : L’Harmattan, 2013. – 218 p. – ISBN 978-2-336-00174-6 : 22 €

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Les institutions patrimoniales comptent parmi les plus touchées par l’évolution permanente des nouvelles technologies. Ce constat motive les auteurs à prendre ou à reprendre la plume pour approfondir les problématiques scientifiques liées à la numérisation du patrimoine et à sa mise à disposition à travers les médias numériques [3][3] Cet ouvrage trouve son origine dans la journée d’étude.... « Approcher les archives en terme de patrimoine signifie considérer les enjeux mémoriaux dans le cadre de la transmission et par conséquent considérer la possibilité d’en permettre l’accès ». L’ouvrage aborde de façon théorique la nécessité de nouvelles disciplines pour affronter ces nouveaux enjeux puis présente cinq cas d’études relevant de diverses approches disciplinaires et de terrain.

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Écrite en priorité à destination des archivistes et de tous ceux qui travaillent dans des institutions patrimoniales, cette étude collective est intéressante pour tout professionnel de l’information. D’abord parce qu’elle lui apporte une approche originale de concepts familiers, vus d’une autre science, comme celui de document, (à cet égard, la communication de F. Rastier est particulièrement parlante). Le concept de diplomatique, absent du Vocabulaire de la documentation convient très bien - ou devrait très bien convenir - aux documentalistes confrontés aux problématiques de la surinformation, soucieux de démêler le bon grain informationnel de l’ivraie. Ce document est également intéressant par la diversité des exemples proposés dans la seconde partie de l’ouvrage.

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Ce livre insiste sur la nécessité aujourd’hui de sortir de sa ou des ses spécialisations. Les chercheurs, en particulier, sont interpellés en ce sens. Le professionnel de l’information découvre que d’autres scientifiques soulèvent les mêmes interrogations que lui. Il découvre également, à travers certains textes, la bizarre image que se font d’eux certains auteurs, comme s’ils n’avaient jamais entendu parler d’indexation et d’analyse documentaire ou, pire, comme s’ils ignoraient totalement le mot documentation, le métier et les sciences de l’information qui l’accompagnent. Il est frappant de constater, par exemple, que le terme de sciences de l’information est complètement absent de cet ouvrage placé sous le signe des sciences humaines. Pour preuve, l’œuvre d’Otlet est bien analysée mais pas une seule fois ce « bibliographe » n’est présenté comme le « Père de la documentation ». Pas une seule fois ce terme n’apparaît dans l’article de D. Guerra. Il est donc grand temps que les professionnels de l’information s’invitent chez leurs collègues et dans les journées sur les sciences humaines et patrimoine numérique qu’ils pourraient organiser.

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Marie-France Blanquet

Le marché du livre numérique

Le Livre numérique / Bernard Prost, Xavier Maurin, Mehdi Lekehal ; avec la participation de Bruno Anatrella, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2013. – 126 p. – (Pratiques éditoriales). – ISBN 978-2-7654-1389-9 : 25 €

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Au moment où le ministère de la Culture lance le chantier du prêt des e-books dans les bibliothèques et où l’on discute de son taux de TVA, les éditions du Cercle de la Librairie publient un petit ouvrage sur « l’autre côté du miroir ». Il est écrit par trois professionnels de l’édition numérique et avec la participation d’un juriste spécialiste du droit de l’Internet et des TIC. Son public : éditeurs, fabricants, diffuseurs, libraires, auteurs, décideurs et tous ceux qui s’intéressent au marché du livre numérique, en particulier les chercheurs, documentalistes ou bibliothécaires qui s’impliquent dans l’édition scientifique, dans les presses universitaires ou dans la diffusion en libre accès des publications scientifiques.

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« Avec le livre numérique, ce sont tous les maillons, technologiques et humains, de la chaîne du livre […] qui connaissent de profonds changements ». L’ouvrage propose une « vision pragmatique (de) ce qu’il faut connaître, sans pour cela être technicien ». Effectivement, il s’agit d’une introduction technique en amont de la chaîne du livre numérique, de la production à la vente et à la diffusion. Ainsi, il est complémentaire aux études et analyses des besoins et usages en aval, du point de vue des professionnels de la documentation, des lecteurs et usagers.

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Le livre commence par une clarification terminologique. Le terme « livre numérique » désignera uniquement le contenu numérique, indépendant du support de lecture (liseuse, tablette, téléphone, etc.). Par la suite, les auteurs abordent ce contenu numérique sous deux aspects, les formats et la structure.

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Les formats : dès le premier chapitre, le livre met l’accent sur les formats de production et de diffusion (« formats cibles »), en particulier sur HTML, XML, PDF, ePub et Mobipocket, sous les deux aspects de production et de conversion, sans oublier les outils (logiciels de PAO, de conversion, etc.). L’objectif est de faire comprendre les particularités et différences, intérêts et limites des formats et outils.

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La structure : le plus long chapitre fait l’inventaire des éléments essentiels d’un livre afin d’en analyser les contraintes et potentialités techniques. Sur trente pages, le lecteur trouvera l’analyse du « granule de base » (chapitre ? recette ? acte ? etc.) puis des sections dédiées aux notes de bas de page, index, renvois, images, tableaux, etc. Le message est clair : il faut se libérer d’un raisonnement traditionnel « à partir d’un support figé dans sa forme » afin de réaliser toutes les options de navigation et d’enrichissements du livre numérique.

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Un chapitre est consacré à plusieurs types de livres numériques (livre enrichi, livre application, livre mashup, etc.), aux nouveaux usages et modes de consommation et aux nouveaux acteurs de la chaîne du livre.

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Un autre chapitre aborde le marché des livres numériques, la chaîne de distribution et la réglementation (prix unique, TVA, licence) et évoque également le choix d’une mesure technique de protection (DRM), l’importance des métadonnées et le prix de vente.

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Le livre tient sa promesse : même si plusieurs chapitres sont consacrés aux aspects techniques du livre numérique, il reste accessible aux non initiés. Il donne un aperçu réaliste et momentané des questions qui se posent actuellement en amont de la chaîne du livre numérique. Ces développements auront un impact direct sur la médiation et les usages, d’où l’intérêt de ce livre pour les documentalistes et bibliothécaires. Il s’arrête à la vente et à la diffusion. C’est là qu’interviennent les professionnels de l’information. Mais c’est déjà une autre histoire.

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Joachim Schöpfel

Interpréter et ordonner les données du Web

Politique des algorithmes : les métriques du web / Présentation de Dominique Cardon, Paris : La Découverte, 2013. – 281 p. – ISBN 9782707175489 : 25 €, Numéro de : Réseaux. Communication, technologie, société, ISSN 0751-7971, février-avril 2013, vol. 31, n°177

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Le titre donné à ce dossier risque de faire fuir « les littéraires ». Ils auraient grandement tort car ce document est passionnant. Il fait passer le lecteur derrière l’écran et, au contraire des hommes de la caverne de Platon, lui apporte de nombreux éclairages sur de multiples points restés jusqu’alors et, pour beaucoup, dans l’ombre. À l’ère des « big data », où les traces laissées par les internautes se multiplient (souvent à leur insu), certains s’attachent à construire de nouveaux artefacts computationnels destinés à interpréter les mondes de données. Ce numéro de Réseaux, déclare D. Cardon, veut mettre en relation « la prolifération des données publiées sur le Web et la diversité des pratiques mises en œuvre pour les ordonner ». Pour répondre à cette demande, plusieurs auteurs livrent cinq textes complémentaires, très bien coordonnés, documentés et écrits de façon extrêmement claire.

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D. Pontille et D. Torny proposent d’abord une approche historique pour présenter les outils de mesure destinés à l’évaluation de la recherche scientifique. Cela les conduit à rappeler l’importance de l’analyse des citations ainsi que les circonstances de la publication du Journal of citation reports. D’autres producteurs d’outils naissent par la suite, tels le Scopus d’Elsevier ou Google Scholar. Ils ouvrent des pistes sur de « nouveaux algorithmes » qui conduisent vers des outils alternatifs liés au mouvement de l’Open Access. L’objectif de D. Cardon ensuite est de comprendre « ce que Google a fait au Web et du Web ». Ceci en ranimant les principes qui fondent le Pagerank, « machine morale ». Pour cela, il retrace l’historique de son invention pour mieux expliciter les justifications qui le nourrissent et déboucher ainsi sur les raisons de la crise qui, aujourd’hui, l’agite. Cosignée par A.-S. Pharabod, V. Nikolski et F. Granjon, une contribution permet au lecteur de comprendre l’idéologie du « self-tracking » et de découvrir les outils destinés à parfaire la connaissance de soi par les chiffres, dans les multiples facettes de la vie quotidienne. À partir d’exemples concrets, les auteurs s’interrogent sur la possibilité d’une standardisation des activités privées. Ils démontrent l’écart qui sépare les discours qui portent sur ces nouveaux services et la réalité de leurs pratiques par les individus. T. Beauvisage, J.-S. Beuscart, V. Cardon, K. Mellet et M. Trespeuch les suivent en explicitant les résultats d’une enquête menée sur les « Notes et avis des consommateurs sur le web : les marchés à l’épreuve de l’évaluation profane ». Ils montrent que les dispositifs de qualification profanes entrent très différemment en jeu dans la composition des marchés et dans l’expérience des évaluateurs. Enfin, dans un texte un peu abstrait, A. Rouvroy et T. Berns s’interrogent : les usages algorithmiques de la statistique permettent-ils de saisir en toute objectivité la réalité sociale « comme telle » ? ». Les auteurs ouvrent le débat sur les menaces qui pèsent sur la vie privée et sur les risques d’aliénation des individus.

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« Vu depuis une histoire sociale des techniques, une lecture sociologique, une ethnographie des usages, une approche socio-économique ou philosophique, les différents regards portés sur les métriques du web dans ce numéro voudraient témoigner de l’importance de ce sujet pour les sciences du Web », écrit D. Cardon. Ce témoignage est totalement réussi. Nous y ajoutons son importance pour les sciences en général et pour les sciences de l’information en particulier. Tous les professionnels de l’information devraient prendre connaissance de ce document qui ouvre, en plus de la riche documentation apportée, des portes sur les réflexions que doivent ou devraient avoir tous les citoyens.

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Marie-France Blanquet

« Un lien nouveau doit être créé »

L’Avenir des bibliothèques : l’exemple des bibliothèques universitaires / Florence Roche et Frédéric Saby (dir.), Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2013. – 224 p. – (Papiers).-ISBN 978-10-91281-13-3 : 34 €

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Woody Allen disait un jour : « L’avenir est la seule chose qui m’intéresse, car je compte bien y passer les prochaines années ». Les Presses de l’Enssib viennent de publier une approche théorique de l’avenir des bibliothèques universitaires, « centrée sur les enjeux, les causes et origines du problème, permettant à chacun de tirer les conclusions opérationnelles qu’il souhaite » (p. 10).

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La question de fond est de savoir « comment la bibliothèque peut-elle concourir à l’excellence universitaire » (p. 9). Quelle est sa valeur ajoutée pour l’offre de formation et la recherche sur un campus ? Le livre se limite d’emblée à interroger surtout le rôle et la qualité de l’accueil d’un public - étudiants, enseignants et chercheurs - qui n’est plus captif comme auparavant. « Un lien nouveau doit être créé » (p. 10), ce postulat constitue le fil rouge du livre.

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Écrit par un collectif grenoblois, l’ouvrage s’adresse en premier lieu aux professionnels des bibliothèques universitaires, puis à tous ceux - chercheurs, enseignants, étudiants - qui s’intéressent à la bibliothéconomie.

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Les six premiers chapitres posent le contexte. Quels sont les grands changements à l’œuvre dans l’université, l’évolution des publics sur le campus et l’évolution de la relation des étudiants à l’enseignement et à la connaissance ? Quels sont leurs pratiques et besoins par rapport à l’offre documentaire de la bibliothèque ? Comment définir une politique de services au public, comment l’évaluer et communiquer à son sujet, comment aménager l’espace de la bibliothèque ?

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Trois autres chapitres proposent des scénarios d’évolution sous trois angles différents : l’avenir de la bibliothèque en tant que lieu, l’avenir des bibliothécaires, l’avenir de la bibliothéconomie. Le livre met l’accent sur le concept du learning center, « lieu de convergence et d’ancrage », sur la capacité du professionnel à « comprendre et vivre la relation au public comme élément constitutif » de son métier, et sur le développement de la bibliothèque vers un lieu de service au public.

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La conclusion fait la synthèse : « [Les] bibliothèques locales continueront d’exister, mais au prix d’une modification radicale de leur fonction, orientée fondamentalement autour de l’accueil du public… C’est bien ce dépassement de la seule fonction de réservoir de documents qui, aujourd’hui et dans le futur proche, va s’affirmer, prendre le dessus sur les autres fonctions » (p. 207). Les auteurs du livre ont le mérite de dessiner l’avenir des bibliothèques autour de leurs usagers (et non usagers), avec des services centrés sur les besoins des étudiants, enseignants et chercheurs.

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Mais certains pourront trouver qu’il manque une approche plus politique, plus économique aussi. La bibliothèque universitaire a d’autres rôles à jouer, aussi bien dans l’évaluation et le pilotage de la recherche (scientométrie) que dans la diffusion de la production scientifique (édition, libre accès) et dans les relations avec la société civique et associative. Niels Bohr, prix Nobel de physique en 1922, disait un jour que « la prévision est très difficile, particulièrement au sujet du futur ».

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Plus fort dans l’analyse que dans la prospective, l’ouvrage de l’Enssib apporte néanmoins un point de vue original au débat sur l’avenir des bibliothèques.

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Joachim Schöpfel

Une boîte à outils complète et documentée

Intelligence économique, mode d’emploi : maîtrisez l’information stratégique de votre entreprise / Arnaud Pelletier, Patrick Cuénot, Montreuil : Pearson France, 2013. - XII-276 p. - (Management en action). - ISBN 978-2-7440-7581-0 : 29 € (existe en version PDF et ePub)

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Il y a 15 ans, alors que le rapport Martre n’avait que 4 ans, l’ADBS publiait l’un des premiers ouvrages importants sur l’intelligence économique (IE) [4][4] Intelligence économique : mode d’emploi. Pierre Achard,.... Il présentait les diverses facettes (stratégiques, informationnelles, organisationnelles, humaines) de l’IE comprise comme méthode managériale. La démarche était dans le même mouvement descriptive et analytique. L’IE était à l’époque une pratique relativement nouvelle : il s’agissait pour la collectivité (Gouvernement, ADBS, etc.) de promouvoir cette pratique auprès des entreprises. De fait, l’objectif a été partiellement atteint pour ce qui concerne les entreprises d’une certaine taille.

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Leur bibliographie ne remontant pas au-delà de l’année 2000 à quelques très rares exceptions près, les auteurs du présent ouvrage, des praticiens eux aussi, ne mentionnent pas le travail ancien, quand bien même ils en reprennent le titre, quand bien même ils reprennent à leur compte l’objectif de 1998. L’objet est bien le même, sauf que l’on vise aujourd’hui une cible plus précise quoique vaste : les PME/TPE et leurs dirigeants. Le concept d’IE est connu maintenant et le terrain en est relativement balisé. Encore faut-il expliquer encore et encore à ceux qui tireront profit de sa mise en œuvre. Les dernières pages du Rapport d’information Urvoas-Verchère[5][5] http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/... (mai 2013) sont de ce point de vue très éloquentes…

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L’intérêt pratique de l’ouvrage est indéniable : les pistes méthodologiques et les outils abondent, sur un fond théorique assuré. Prenez cette grille d’audit proposée en annexe ! Prenez ce « Pour aller plus loin » bibliographique qui clôt chaque chapitre (à l’exception du chapitre 8) ! Bref, le propos éclairera tout lecteur, y compris les non spécialistes de l’information. Quant au formateur, il trouvera là une série de chapitres à haute valeur didactique…

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Prévention, maintien et prospective : telles sont les trois catégories où se distribuent les 14 « facettes » de l’IE. La veille, objet du premier chapitre, constitue l’une des postures essentielles de l’IE, posture nécessaire mais non suffisante, comme le rappellent justement les auteurs.

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La prévention se décline en veille, donc, mais aussi protection de l’information, identification des risques et audit d’IE, maintien en renseignement d’entreprise, visibilité et présence sur Internet, réseaux, gestion de projet, normalisation/innovation et KM, prospective en lobbying, benchmarking/qualiting, stratégie et gestion de crise.

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Présentant de nombreux outils, ce livre court le risque de l’obsolescence et/ou de la nécessité de la mise à jour (Google Reader n’est-il pas mentionné p.16, par exemple ?). Mais, construit sur une distribution méthodique claire et riche, il permettra au lecteur de faire évoluer sa boîte à outils par lui-même, surtout s’il est devenu grâce à cette lecture… un bon veilleur !

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Bruno Richardot

Notes

[1]

Directive sur la « valorisation des gisements de données dont dispose l’administration »

[2]

Dispositifs info-communicationnels : questions de médiations documentaires, sous la dir. de Viviane Couzinet. – Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2009. Analyse publiée à l’adresse http://www.adbs.fr/dispositifs-info-communicationnels-questions-demediations-documentaires-98774.htm

[3]

Cet ouvrage trouve son origine dans la journée d’étude « Sciences humaines et patrimoine numérique » co-organisée par l’INA et l’université Paris Diderot en novembre 2010.

[4]

Intelligence économique : mode d’emploi. Pierre Achard, Jean-Pierre Bernat. ADBS, 1998

Titres recensés

  1. Les enjeux de l’ouverture des données publiques
    1. Données publiques. Accès et usages / sous la dir. de Joumana Boustany et Jean-Pierre Chamoux, Cachan : Hermès : Lavoisier, 2013. – 171 p. – ISBN 978-2-746-24566-2 : 61 € Numéro de : Les Cahiers du numérique, ISSN 1469-3380, 2013, vol. 9, n? 1
  2. Un écosystème complexe
    1. The Future of Scholarly Communication / Deborah Shorley, Michael Jubb (dir.), London : Facet Publishing, 2013. – 188 p. – ISBN 978-1-85604-817-9 : 49,95 £
  3. Les problématiques de la numérisation du patrimoine
    1. Vers un nouvel archiviste numérique / coord. par Valentine Frey et Matteo Treleani, Paris : INA Editions : L’Harmattan, 2013. – 218 p. – ISBN 978-2-336-00174-6 : 22 €
  4. Le marché du livre numérique
    1. Le Livre numérique / Bernard Prost, Xavier Maurin, Mehdi Lekehal ; avec la participation de Bruno Anatrella, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2013. – 126 p. – (Pratiques éditoriales). – ISBN 978-2-7654-1389-9 : 25 €
  5. Interpréter et ordonner les données du Web
    1. Politique des algorithmes : les métriques du web / Présentation de Dominique Cardon, Paris : La Découverte, 2013. – 281 p. – ISBN 9782707175489 : 25 €, Numéro de : Réseaux. Communication, technologie, société, ISSN 0751-7971, février-avril 2013, vol. 31, n°177
  6. « Un lien nouveau doit être créé »
    1. L’Avenir des bibliothèques : l’exemple des bibliothèques universitaires / Florence Roche et Frédéric Saby (dir.), Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2013. – 224 p. – (Papiers).-ISBN 978-10-91281-13-3 : 34 €
  7. Une boîte à outils complète et documentée
    1. Intelligence économique, mode d’emploi : maîtrisez l’information stratégique de votre entreprise / Arnaud Pelletier, Patrick Cuénot, Montreuil : Pearson France, 2013. - XII-276 p. - (Management en action). - ISBN 978-2-7440-7581-0 : 29 € (existe en version PDF et ePub)

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2013 (Vol. 50) , p. 72-77
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2013-4-page-72.htm.
DOI : 10.3917/docsi.504.0072.


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