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Documentaliste-Sciences de l'Information

2014/1 (Vol. 51)

  • Pages : 88
  • DOI : 10.3917/docsi.511.0081
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Les Bibliothèques en Europe : organisation, projets, perspectives, sous la dir. de Frédéric Blin, Éditions du Cercle de la librairie, 2013. – 340 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1368-34 : 45 €

Les bibliotheques a l’heure europeenne

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En 1992 paraissait l’ouvrage collectif Les bibliothèques publiques en Europe[1][1] Les bibliothèques publiques en Europe, sous la direction.... Depuis, bouleversements socio-politiques et évolutions technologiques se sont produits, ne pouvant manquer d’influer sur l’institution. Comment, en particulier, vit-elle la construction européenne ? Quelle en est l’influence sur son développement et ses projets et, réciproquement, les bibliothèques ont-elles pu contribuer au processus d’intégration européenne ? C’est un des nouveaux sujets qu’analysent les auteurs de ce nouvel opus, directeurs de bibliothèques, archivistes, enseignants-chercheurs, formateurs. En outre, le champ d’étude est élargi à l’ensemble des bibliothèques d’un pays, à la formation professionnelle et aux associations spécialisées, enfin aux règlementations qui les régissent et dont certaines ne pourront plus fonctionner qu’à l’échelle européenne.

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Pour chacun des 28 pays concernés sont présentés, après un rapide aperçu historique, la typologie des bibliothèques existantes, l’organisation administrative, le système de formation, les associations. Cette présentation factuelle est suivie d’une analyse du contexte socio-politique dans lequel œuvrent les bibliothèques, et qui peut varier considérablement selon les pays. Toutefois, un certain nombre de problèmes sont assez généralement partagés : insuffisance des ressources, vieillissement du cadre juridique et règlementaire, « perte d’identité » de la profession, complexification de la demande. De vastes dilemmes se posent autour de la construction de nouvelles infrastructures, autour de la numérisation et de l’avenir du livre, ou encore de la coopération nationale ou internationale.

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Mais projets et réalisations foisonnent. Constitution de réseaux, développement de la numérisation – déjà largement engagée partout –, internationalisation de la profession et participation aux instances internationales, autant d’activités en cours, à quelque degré que ce soit, dans chaque pays analysé. Un chapitre est consacré à la coopération européenne, « réalité relativement fréquente sur notre continent et ce depuis longtemps », écrit F. Blin. La variété des « projets européens » financés ou parfois initiés par les institutions européennes depuis une vingtaine d’années souligne l’importance qu’y attache la profession.

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En conclusion, F. Blin remarque, « à la lecture des présentations de chacun des pays, [combien] les parallélismes apparaissent frappants : aux mêmes enjeux, les mêmes types de réponse ont été trouvés ». Et si les mêmes restrictions économiques se constatent partout, les bibliothèques restent un espace dynamique, ouvert et créatif.

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Bibliographie par chapitre et notes biographiques sur les auteurs complètent cet ensemble très riche sur un milieu parfois mal connu mais de plus en plus sollicité.

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Analyse de Claire GUINCHAT

Désherber en bibliothèque. Manuel pratique de révision des collections, Françoise Gaudet et Claudine Lieber (dir.), Électre-Éditions du Cercle de la Librairie, 2013. – 160 p. ISBN 978-2-7654-1381-3 : 35 €

Leçons de désherbage

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Combien de livres ont été « victimes » de ce manuel pratique de révision des collections, depuis sa première édition en 1996 ? Combien de refoulements, d’éliminations et de désherbages ont été menés en suivant à la lettre les recommandations des auteurs de cet ouvrage ? Impossible à dire. Mais il est certain que ce livre, comme les manuels de catalogage, Dewey, Rameau etc., n’a plus besoin de prouver son utilité et son impact.

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La bibliothèque est un organisme vivant, disait Ranganathan, et le renouvellement et le désherbage des collections font partie de la vie normale d’une bibliothèque, dès l’origine. On désherbe « parce qu’on ne peut pas faire autrement, […] faute de pouvoir (tout) conserver » (p. 15). Et ce qui se faisait longtemps d’une façon « inavouée et inavouable, honteuse », est devenu aujourd’hui une « pratique rationnelle, appuyée sur des motifs économiques, ou des considérations pratiques » (p. 15), grâce aussi à ce manuel dont la collection Bibliothèques des Éditions du Cercle de la Librairie a le grand mérite de publier une 3e édition.

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Cette nouvelle édition est de moitié plus courte que l’édition précédente (de 1999). Elle est moins riche et moins théorique (il y manque notamment l’état de l’art, les alternatives au désherbage et l’anthologie littéraire). Mais elle est recentrée sur la pratique, plus synthétique, plus lisible, plus appliqué et applicable en quelque sorte.

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Au cœur de l’ouvrage se trouvent toujours les dix leçons du désherbage qui guideront le lecteur dans sa propre démarche. Il y trouvera les réponses à toutes les questions : comment intégrer le désherbage à la politique des collections, comment préciser les objectifs de l’opération, comment motiver le personnel et informer les tutelles, rechercher des solutions et estimer leur faisabilité, comment programmer l’opération, en définir les critères, lancer l’opération. Mais il apprendra aussi ce qu’il faut faire après le travail en rayons, comment mettre en valeur les collections et surtout, comment évaluer l’opération.

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Le chapitre sur la littérature pour la jeunesse fait toujours partie du sommaire, car le « désherbage en bibliothèque jeunesse (…) doit faire l’objet d’une attention toute particulière pour tenir compte des caractéristiques propres à l’édition et au public jeunesse ».

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« L’élimination de documents sortis des collections des bibliothèques publiques est soumise à des règles juridiques qu’il faut connaître » (p. 111). Le chapitre sur le désherbage et la domanialité, autrement dit, sur l’aspect juridique de l’opération, a été mis à jour et élargi. Rédigé par Yves Alix, ce chapitre contient notamment une section sur le domaine privé (cessions, dons, ventes, etc.), sur la numérisation et l’évaluation permanente du statut domanial des fonds.

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Le livre s’adresse en premier lieu aux professionnels dans les bibliothèques publiques et aux enseignants et étudiants dans les filières de bibliothéconomie. On ne peut que féliciter Françoise Gaudet (BPI) et Claudine Lieber (IGB) pour leur travail rigoureux. La cure d’amaigrissement de la 3e édition a fait du bien à ce manuel, qui en sort rajeuni et revigoré. Il fera sans doute encore beaucoup d’autres « victimes » dans les collections de nos bibliothèques…

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Analyse de Joachim SCHÖPFEL

Les Missions des bibliothèques publiques. Témoignages d’élus municipaux québécois, Dominique Gazo, Montréal : Les Éditions ASTED, 2012. – 166 p. ISBN 978-2-923563-35-0 : 38,95 CAD$

Des pistes de réflexion sur l’évolution des bibliothèques

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Comment les élus municipaux voient-ils « leur » bibliothèque ? Quelle est l’image de la bibliothèque publique auprès des femmes et hommes politiques et comment définissent-ils ses missions ? Avec le soutien du ministère de la Culture, de la Communication et de la Condition féminine du Québec, les éditions de l’Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED) [2][2] http://www.asted.org. On peut commander le livre sur... ont publié une enquête sur le terrain des municipalités québécoises. L’étude a été menée entre 2006 et 2009 dans le cadre d’une thèse de doctorat dirigée par Réjean Savard de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI), de l’université de Montréal. Sorti fin 2012, le livre présente une synthèse de cette recherche.

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Les six chapitres du livre présentent le concept de la mission des bibliothèques publiques et analysent leurs valeurs, leurs champs d’activité, leurs rôles et leurs publics, avant d’aborder le contenu des entretiens avec les élus québécois. Leur discours n’est pas uniforme et reflète leur expérience tantôt comme élu, tantôt comme citoyen ou comme usager réel ou imaginé. D’une manière globale, ils sont satisfaits de « leur » bibliothèque et ne la mettent pas en cause, sans avoir pour autant une vision claire sur son potentiel ou sur son développement. Ils ont une vision « passive » et non proactive de la bibliothèque, une vision où l’affectation des ressources compte davantage que l’offre de service et l’action des professionnels dont l’impact est par ailleurs peu reconnu. De même, l’évolution actuelle – les nouvelles technologies, la société de l’information, etc. – est quelque peu « hors champ de vision », et l’image véhiculée est celle de l’ancienne bibliothèque publique, avec ses collections de livres à emprunter ou lire sur place.

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Données empiriques à l’appui, ce livre contribuera ainsi au débat sur le développement des bibliothèques publiques en France et ailleurs, mené notamment par Claude Poissenot, Jean-Pierre Vosgin et Anne-Marie Bertrand.

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L’auteure, Dominique Gazo, a été bibliothécaire en France avant de s’installer à Montréal. Après le doctorat, elle a été chargée de cours à l’EBSI et travaille depuis 2011 à la ville de Montréal, comme chef de section de la bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent.

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Ce livre s’adresse avant tout aux responsables des bibliothèques publiques ainsi qu’aux enseignants et étudiants des formations en bibliothéconomie. Dominique Gazo leur propose trois pistes de réflexion : utiliser les méthodes du marketing relationnel vis-à-vis des élus et baser la relation avec eux sur les valeurs à partager et sur la confiance ; démontrer l’impact des professionnels et mesurer la valeur ajoutée par la médiation ; développer une image active et sans jargon de la bibliothèque et rendre son action plus visible.

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Analyse de Joachim SCHÖPFEL

La Science de l’information : origines, théories et paradigmes, Fidelia Ibekwe-SanJuan, Lavoisier, 2012. – 261 p. (Traitement de l’information) ISBN 978-2-7462-3912-8 : 55 €

Une étude dense et originale

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La liste est longue des ouvrages sur la ou les science(s) de l’information, qu’ils soient orientés plutôt « tech », « info-comm » ou « info-doc », qu’ils visent un objectif pédagogique, informatif ou polémique. Fidélia Ibekwe-SanJuan, maître de conférence et chercheuse en SIC à Lyon 3 (équipe de recherche ELI-CO), nous livre ici un ouvrage dense et original à plusieurs titres.

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En premier lieu et en décalage avec la majorité des chercheurs français des SIC, l’auteure cherche à démontrer que la conception française de la science de l’information (SI) ne diffère pas sensiblement de la conception anglophone, tant sur les plans conceptuel, épistémologique ou méthodologique. S’il y a spécificités, celles-ci viendraient plus d’éléments externes à l’objet de cette science, qu’ils soient institutionnels (modalités de prise en compte de l’interdisciplinarité de la SI) ou structurels (« déséquilibre entre la science de l’information et la science de la communication réunies au sein d’une même interdiscipline en France », p. 231).

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Deuxième particularité de l’ouvrage : pour asseoir son analyse, l’auteure a établi une synthèse de l’évolution de la SI depuis les années 1950 entre les aires anglo-saxonnes et francophones (première partie), et à analyser les travaux scientifiques sur la base des paradigmes et courants épistémologiques qui les sous-tendent : le rationalisme et le positivisme sur la normalisation et les classifications (hiérarchiques ou à facettes), l’empirisme en recherche d’information et en bibliométrie, le paradigme cognitiviste sur l’étude du comportement des usagers (users studies), l’influence des thèses socio-constructivistes sur l’approche par l’analyse de domaines, ou encore l’influence du pragmaticisme ou du paradigme linguistique ou social. Chaque chapitre se structure autour de quatre axes : une présentation de la théorie ou du courant abordés, son influence sur la science de l’information, les limites de ces présupposés et, en conclusion, un apport personnel de l’auteure sur la théorie et son usage en SI. Cette structuration permet à la fois de constituer une synthèse documentée des théories elles-mêmes, et de se doter par ailleurs d’une carte de la position des travaux de recherche en SI sélectionnés sur la base d’une analyse comparative.

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Attendons des retours d’autres chercheurs, plus à même de faire une analyse argumentée des propositions très intéressantes de l’auteure et – sans remettre en question ni le projet, ni les thèses invoquées, encore moins l’intérêt d’un tel résultat –, concentrons nous sur la méthode. La valeur et la validité de ce type d’étude à la fois historique, comparative et de synthèse analytique reposent en grande partie sur le choix des sujets faisant l’objet d’une comparaison et sur la pertinence des sources utilisées. L’usage de sources « de seconde main » est rendu ici indispensable mais, par contrecoup, fait reposer la qualité des données sur lesquelles s’appuie l’analyse sur des tiers-auteurs, eux-mêmes impliqués dans ces recherches. Ceci est d’autant plus délicat lorsque les pratiques de publication, mais également les pratiques scientifiques, diffèrent comme ici d’un pays à un autre. Ainsi, quel impact sur les théories mises en œuvre et sur l’ampleur ou la diversité des travaux menés en l’absence dans cette étude de champs d’étude comme « l’informatique documentaire » (en discipline « informatique ») ou l’organisation des connaissances telles qu’elles sont menées au sein des différentes disciplines (chimie, médecine, etc.) par exemple. L’ouvrage de Boubée et Tricot [3][3] Nicole BOUBÉE et André TRICOT, Qu’est-ce que rechercher... – non répertorié dans la bibliographie – sur l’approche de la recherche d’information à travers deux disciplines (SI et psychologie cognitive) et deux aires géographiques répondait à ces mêmes exigences. La prise en compte des travaux d’historiens de l’information comme Toni Weller (UK), nouvelle discipline qui ne se confond pas avec celle de la communication, aurait également permis d’enrichir l’étude, en particulier sur le « regard communicationnel dont souffre la SI » en France (p. 231). Pour aider historiens et chercheurs, les professionnels de l’information et du document devraient davantage se pencher, non pas sur la forme éditoriale du document (livre, article), mais sur le genre et sur la nature de l’étude…

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Un point historique sur les associations professionnelles : l’Aslib, l’Association of Special Libraries and Information Bureau des praticiens anglais créée en 1924 ne peut être comparée à l’Americain Documentation Institute (ADI), celui-ci étant une structure de recherche et de développement (technologiques), mais bien plutôt à la SLA, curieusement ignorée dans cette étude. La SLA, toujours active, représente pourtant les Special Librarians américains depuis 1909, soit quelques années avant l’Aslib et non l’inverse (p. 76). L’histoire non pas de la SI mais de la documentation et des bibliothèques spécialisées entre 1940 et aujourd’hui reste à faire.

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Pour revenir à la SI en France, les praticiens seront étonnés de voir une ressemblance forte avec leurs propres vécus : les difficultés à faire valoir les spécificités de leurs fonctions, l’impact (souvent funeste) de leur assimilation au service de communication, les tensions entre le global et le local, le générique ou encyclopédique et le spécifique…

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Un ouvrage riche et polémique qui devrait faire réagir d’autres points de vue, au moins au niveau des SIC en France.

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Analyse de Sylvie DALBIN

Sciences de l’information et de la communication : objets, savoirs, discipline, Stéphane Olivési (dir.), Presses universitaires de Grenoble, 2013 (2e édition). – 303 p. – ISBN 978-2-7061-1819-7 : 20 €

Mieux faire connaître les domaines des SIC

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Au fil du temps, cet ouvrage collectif, dirigé par Stéphane Olivési, est devenu une référence dans l’enseignement des sciences de l’information et de la communication. En septembre 2013, sept ans après sa sortie, les Presses universitaires de Grenoble ont publié une deuxième édition, légèrement augmentée, dans la continuité plus que dans la rupture.

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Commençons par la continuité. L’objectif du livre est toujours le même : « Dresser un tableau qui offre une image du territoire actuel de ces sciences, […] présenter les principales matières enseignées » (p. 5), vulgariser sans dénaturer la connaissance scientifique en essayant de la rendre accessible. Il s’adresse ainsi en premier lieu aux étudiants et enseignants des SIC mais, au-delà, à un public plus large, afin de faire mieux connaître les domaines des SIC.

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La structure globale du livre n’a pas changé. Il contient trois parties, consacrées aux objets, aux savoirs et à la discipline des SIC. À quelques rares exceptions près, le collectif des auteurs est demeuré le même : on ne change pas une équipe qui gagne…

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La première partie – « Les objets » – est avec neuf chapitres et 170 pages la plus importante. Elle dresse un panorama des thématiques structurantes. Le lecteur y trouve des introductions aux médias et à leurs publics, aux pratiques culturelles et à la médiation, à l’information-documentation ; au journalisme vu par les pairs, les sources et publics ; enfin à la communication politique, à la communication publique, à la communication des collectivités territoriales, à la communication des organisations, et au Web comme outil de communication et objet de connaissance.

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La deuxième partie – « Les savoirs » – contient cinq chapitres sur environ 80 pages et présente une synthèse des principaux courants scientifiques : l’approche socio-économique des industries culturelles et médiatiques, l’anthropologie de la communication, une perspective historique des moyens de communication, l’analyse du discours et une introduction à la sémiotique et sémiologie de la communication.

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Pour finir, les deux chapitres de la troisième partie (50 pages) – « La discipline » – analysent l’histoire et la communauté actuelle des SIC, y compris sur l’aspect des relations avec d’autres disciplines.

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Le style est toujours aussi clair et lisible, avec une volonté didactique affichée et efficace. Les bibliographies se limitent à l’essentiel : quelques livres de référence, peu d’articles ou autres ressources.

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Voyons pour les changements. Plusieurs chapitres ont été mis à jour, en ajoutant quelques nouvelles références, en augmentant le texte, en mettant à jour les chiffres. C’est le cas notamment pour les chapitres sur le journalisme, la communauté des SIC et l’analyse des discours. Ainsi, le livre a gagné une quinzaine de pages. Le changement le plus important est le remplacement du chapitre sur les technologies de l’information et de la communication (1re édition) par celui sur le Web (2e édition), rédigé par Christine Barats [4][4] Qui vient de publier un manuel d’analyse du web en...

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On pourrait regretter l’absence d’une mise à jour plus poussée, en intégrant davantage les changements dans l’environnement culturel, technologique et économique. Cependant, cela n’enlève rien à l’intérêt de cet ouvrage qui restera une référence sans doute encore pendant des années car, comme l’écrit Jean-Paul Metzger, « la technologie numérique, en évolution permanente et rapide, bouscule sans cesse les pratiques et les usages, sans pour autant remettre en cause les fondamentaux ».

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Analyse de Joachim SCHÖPFEL

Droit à l’image et droit de faire des images, Joëlle Verbrugge, Éditions Knowware, 2013. – (Guide compétence Photo). – 476 p. – 29 €

Des réponses détaillées à un sujet complexe

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Voilà une de ces bibles à garder dans sa bibliothèque pour la consulter lorsqu’une question se pose. En effet, le dernier ouvrage de Joëlle Verbrugge, dont le cumul d’activités – avocate, photographe et blogueuse [5][5] Droit & Photographie http://blog.droit-et-photogra... – lui permet une approche alliant théorie et pratique, est apte à répondre de manière pertinente aux attentes d’un large public.

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Ce droit à l’image, le titre principal, est un droit des personnes (et des biens) qui met en jeu le droit à la vie privée et le droit de propriété, mais qui met tout autant en lice le droit d’auteur. Voici des couches de droits qui annoncent une complexité intéressante ! Rassurez-vous : les notions fondamentales présentées dans un chapitre introductif posent clairement toutes les données du problème, sans éluder pour autant les passionnants conflits de normes qui opposent le droit à l’image au droit à l’information ou à la liberté d’expression artistique.

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Ce sont neuf chapitres qui déclinent ainsi un droit à l’image polysémique. Que faire, en effet, face à des enfants, des salariés, des mannequins, des sosies, des animaux, etc. ? Peut-il y avoir une autorisation tacite ? Le droit, à défaut de s’effacer, s’atténue-t-il lorsqu’il s’agit d’une foule et d’une manifestation sur la voie publique ? Peut-on photographier dans un musée, un cimetière, un aéroport, une gare, etc. ? Qu’en-est-il des marques, du street art, de la prise de vue aérienne, etc. ? Peut-on retoucher une photographie ? Qu’en est-il de la caricature ? Une interdiction pèse sur certaines images, d’autres sont réglementées : lesquelles ? Dispose-t-on de marges de manœuvre plus larges lorsque la photographie est utilisée à des fins non commerciales ? Voilà une dernière question plus que jamais d’actualité dans un monde où le partage est de mise !

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Lois, jurisprudence, « analyse de cas concrets, exercices pratiques, modèles d’autorisation, schémas synthétiques », mais aussi témoignages, toutes les questions sont bien cernées et si, d’aventure, vous êtes perplexe face à une circonstance inédite, on vous propose même de poser votre question. Par ailleurs – et ce n’est pas le moindre des points forts de l’ouvrage –, on y rappelle fort justement que les zones grises persistent et que, bien souvent, la gageure consiste surtout à limiter les risques. N’est-ce pas là le sel de ce sujet tout à fait captivant ? Des autorisations peuvent, il est vrai, pallier certains aléas. Plusieurs modèles – à adapter, bien sûr, à vos propres situations – vous sont présentés. Votre intérêt pour l’ouvrage va certainement redoubler…

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Un procès vous est fait ou vous songez à en faire un ? La procédure est détaillée, tout comme la très délicate question de droit à l’image appliqué dans plusieurs pays et du droit du pays à le mettre en œuvre. De quoi être armé pour répondre à la plupart des situations !

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Analyse de Michèle BATTISTI

Visiteurs photographes au musée, Sous la dir. de Serge Chaumier, Anne Krebs, Mélanie Roustan, Paris : La Documentation française, 2013. – 317 p. – (Musées-Mondes). – ISBN : 978-2-11-009212-0 : 24 €

Le musée, bien plus qu’un simple lieu d’exposition

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Les musées ont-ils le droit d’interdire que l’on photographie leurs œuvres ? Est-ce même opportun alors que la « pratique photographique est un moyen d’action culturelle » ? Le musée est, en effet, bien plus qu’un simple lieu d’exposition.

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Face à la valse-hésitation des choix selon les pays, selon les établissements, voire même selon les différentes œuvres d’un même musée, voici un ouvrage qui permettra de se forger une opinion sur un sujet qui fait débat, surtout depuis l’interdiction de photographier, largement médiatisée, au musée d’Orsay.

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Une telle interdiction peut-elle se fonder sur le droit d’auteur ? Le domaine public et la copie privée s’invitent alors. Sur le droit du propriétaire ? Seul le propriétaire privé peut s’appuyer sur le « trouble anormal » causé par la diffusion du cliché. L’occupation du domaine public ? Cet argument serait réservé aux lourdes installations. En revanche, lorsque l’œuvre est reproduite sur le site web du musée, c’est le droit des photographes ou celui des bases de données qui entreraient en lice. Il y a aussi les droits des architectures, des scénographies, tous ces éléments susceptibles d’être photographiés. Mais tous les arguments juridiques (ou presque) peuvent être balayés. Et si certains, fondés sur la sécurité des œuvres, peuvent être quelquefois avancés, exit cependant le flash, argument technique souvent avancé, qui n’abîme pas les œuvres. Ne restent plus que le confort des visiteurs, le souci de « fluidifier les parcours », voire (surtout ?) d’inciter à l’achat de produits dérivés vendus par le musée.

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L’architecture, la scénographie du musée sont-elles protégées ? Ne privatiserait-on pas ainsi l’espace public, un bien commun ? Les visiteurs photographes, une gêne ? Peut-être, mais l’interdiction peut alors devenir un jeu, comme pour les visiteurs adeptes d’OrsayCommons. L’ouvrage propose aussi une réflexion sur la gamme des usages professionnels (enseignement, recherche, création), mais aussi sur une gamme de profils et d’usages pas toujours artistiques imaginés par le public. Pourquoi, en effet, se contenter des clichés standardisés proposés par les musées alors que photographier dans un musée a des dimensions toutes autres, tout aussi créatives ?

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Au-delà du droit, cet ouvrage collectif offre une approche sociologique, anthropologique, esthétique, muséologique des pratiques et des représentations des utilisateurs. Quand photographier construit du sens, tout comme la mise en ligne sur les réseaux, c’est la mission de service public qui s’invite alors. Sans parler des processus collaboratifs de documentation, des wikis, du crowdsourcing, de l’alimentation de bases de données et d’animations variées prises à titre d’exemples qui convoquent les sciences de l’information et de la communication. Bien loin de l’optique de la vente d’objets terriblement réductrice, on se positionne ainsi sur ce qui redonnera au musée « son autorité, son expertise et sa légitimité scientifique par l’encadrement des documents photographiques produits ». Ne négligeant aucun angle, l’ouvrage présente les politiques et les actions adoptées par un grand nombre de musées en France et ailleurs dans le monde, et s’interroge sur les possibles évolutions dans l’avenir.

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Analyse de Michèle BATTISTI

Réseaux sociaux : 101 questions juridiques, ADIJ ; sous la dir.de Cédric Manara, Éditions Diateino, 2013. – 241 p. – (101 questions). – ISBN 978-2-35456-083-6 : 12,90 €

Des pièges juridiques clairement décryptés

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Qu’une responsabilité juridique soit engagée sur les réseaux sociaux, sans doute le saviez-vous. Quelques affaires vous avaient déjà alerté. Oui, mais quelle responsabilité et pour quels agissements ? Voici un livre qui, en 101 questions, fait le tour du sujet. Rassurez-vous : nous sommes loin, très loin, de la somme juridique aride. Le livre, d’un petit format, se lit aisément et les réponses à chaque question tiennent en deux pages. Un pari, sans doute, mais parfaitement tenu.

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Saviez-vous qu’il suffit de créer un compte sur les réseaux sociaux pour mettre le droit en œuvre ? Et qu’il en est de même du devenir de celui-ci après sa fermeture ? Comment, en effet, récupérer ses données ? Que devient le compte d’une personne décédée ? Comment accéder aux comptes d’une personne malade ? Et que dire des nombreux pièges qui émaillent la vie d’un compte ? Sur les réseaux sociaux, on peut facilement être victime d’une atteinte à la vie privée, au droit d’auteur ou de propos répréhensibles, mais tout aussi bien en être l’auteur. Un simple retweet, reblog ou autre moyen de republication peut être pernicieux, tout comme un simple hashtag, que l’on soit dans un cadre privé ou professionnel, voire commercial, aspect important qui n’a pas été oublié. La frontière public/privé n’est-elle pas de plus en plus brouillée ? Ce n’est pas le moindre des défis.

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Hacker un compte, usurper une identité, créer un faux CV, être face à des contenus choquants, offensants ou contrefaisants, critiquer un concurrent ou un employeur, ne pas respecter les CGU, livetweeter une réunion de travail confidentielle, etc. Voici quelques cas abordés dans cet ouvrage.. Hors de l’image rebattue de la soirée arrosée et de l’achat d’« amis » ou, plus récente, de l’espionnage par les États, bien d’autres situations se présentent auxquelles vous n’auriez probablement pas songé, tel que l’usage des réseaux sociaux lors d’une procédure de divorce, la proposition d’argent pour écrire sur Facebook ou Twitter, la vente de données, la diffusion de la photographie du plat d’un restaurant, etc. Et ouvrir un compte à un bébé, est-ce, tout compte fait, légal ? Peut-on interdire l’usage des réseaux sociaux à un salarié ? Une entreprise peut-elle se servir de cookies et y faire de la publicité ? Quel encadrement pour la géolocalisation ? Quelle articulation entre réseau social d’entreprise, droit du travail et Cnil, entre liberté d’expression, dénigrement et censure ? Autant de pièges juridiques décryptés ici. Bien paramétrer son profil, disposer d’une charte informatique, notifier une violation des droits, disposer d’un community manager, etc. ; des solutions existent, même si la plus efficace reste une vigilance permanente.

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L’ouvrage ne fera pas de vous un spécialiste du sujet, celui-ci restant complexe, ne serait-ce que parce que le droit applicable aux réseaux sociaux est susceptible d’évoluer rapidement, mais il le dédramatise en présentant des questions qui auraient pu être épineuses parfaitement accessibles. Bravo aux quinze contributeurs de cet ouvrage !

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Analyse de Michèle BATTISTI

Nouveaux métiers de l’infodoc. Guide, réalisé par Archimag, Serda, 2013. – 88 p. – (Archimag Guide pratique, ISSN 1242-1367 ; 48). – 97 €

Un guide qui croit en l’avenir des métiers de l’information

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La sociologie française du travail est née de l’analyse de l’activité des ateliers industriels de l’après-guerre. Ce faisant, elle semblait ignorer la vieille dichotomie anglo-américaine entre occupation et profession, qui distingue entre l’activité évaluée sur ce qu’elle produit et celle qui est évaluée à l’aune de ce qu’elle engage de qualification (connaissance, savoir-faire, expertise). Les travaux successifs de l’ADBS visant à construire le référentiel des compétences (depuis le milieu des années 90) voulaient tenir les deux bouts de la dichotomie anglo-américaine, proposant un continuum de « niveaux de compétences », du « professionnel [capable] d’exécuter quelques tâches sans complexité » au « professionnel [capable] de concevoir des systèmes nouveaux, d’auditer », etc.

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Reste que l’approche des « métiers de l’info-doc » est délicate et complexe et ce, pour deux raisons essentielles : une raison liée à la problématique métier en elle-même, et une raison liée à l’ambiguïté du terme « information » et, partant, à l’extrême difficulté, voire l’impossibilité, de dessiner le contour précis de ce que ce terme recouvre.

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La problématique métier, d’une part, propose au moins cinq approches : l’approche fonctionnelle valorise l’utilité socio-économique, l’approche organisationnelle analyse la place dans l’organisation, l’approche socio-économique s’intéresse au « marché » du travail, l’approche technicienne centre la réflexion sur les outils et les procédures techniques, l’approche référentielle tente de structurer les diplômes (offre de formation et système de certification lato sensu) et/ou d’organiser le discours sur les compétences (analyse de l’activité). Chacune de ces approches est pertinente mais seulement du point de vue qui est le sien. Chacune de ces approches construit son propre objet, met au point sa propre méthode. Et si l’on souhaite un regard global voire systémique sur les « métiers de l’info-doc », la difficulté consiste à articuler ces approches comme autant de paramétrages possibles d’une réalité que l’on rêverait unique.

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Le rêve s’interrompt vite quand on constate seulement l’ambitus de l’information. Le registre est large, trop large pour un seul professionnel et parler des « métiers de l’info-doc » au pluriel n’est pas une coquetterie rhétorique. Si l’on continue de parler de l’information au singulier, comme Loïc Lebigre et Véronique Mesguich lorsqu’ils évoquent la « fonction Information », c’est bien au pluriel ou dans la particularité singulière (rédacteur technique, archiviste, bibliothécaire notamment) que les métiers apparaissent dans le guide pratique Archimag.

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Ces difficultés quasi épistémologiques font mine de s’évanouir quand on saisit la constellation des métiers de l’info-doc par l’un de leur « accident » récurrent et comme obligé depuis quelques décennies : la « nouveauté ». Depuis l’avènement documentaire des NTIC, on ne peut éviter de commencer le discours sur les métiers de l’info-doc par l’incantation de la nouveauté, au risque de forcer l’attention vers les nouveaux outils et les nouvelles techniques. Le présent guide pratique n’y échappe pas qui, après y avoir payé son tribut, déroule une série de propos intéressants sur les métiers selon un itinéraire balisé (état de l’art, stratégie, méthodologie, formation, profils), itinéraire passant d’une approche de la problématique métiers à l’autre, au gré des contributeurs.

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On notera le grand intérêt de la série de profils proposée par Quentin Cezard et Michel Remize. Sa lecture donne à comprendre cette variété que nous évoquions plus haut, pointant notamment des centres d’intérêt que d’aucuns avaient peut-être oubliés, telle la terminologie.

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Que retenir de ce guide ? Qu’il convient inlassablement de situer et resituer le professionnel dans son système professionnel ? Que l’unité des métiers de l’info-doc est un fantasme qu’il faut dissiper sans relâche ? Qu’un groupe professionnel fonctionne toujours en dynamique ? Que la communication et les ajustements existent toujours entre biographies individuelles, organisation professionnelle, formation et travail ?

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En tous les cas, le parti pris de la nouveauté, s’il risque souvent de brouiller l’analyse qu’on pourrait construire de l’introuvable unité des métiers de l’info-doc, a un énorme mérite : on ressent à la lecture de ce guide une volonté d’optimisme qui nous aidera utilement à toujours mieux faire évoluer ces techniques intellectuelles qui sont les nôtres, à toujours mieux organiser et mettre en place des formations de haut niveau et à toujours mieux valoriser l’efficacité des services rendus par les professionnels de l’info-doc au sein des organisations et des collectivités.

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Analyse de Bruno RICHARDOT

Notes

[1]

Les bibliothèques publiques en Europe, sous la direction de Martine Poulain. Cercle de la librairie, 1992.

[2]

http://www.asted.org. On peut commander le livre sur le site de l’ASTED.

[3]

Nicole BOUBÉE et André TRICOT, Qu’est-ce que rechercher de l’information ?, Presses de l’Enssib, 2010 http://www.adbs.fr/qu-est-ce-que-rechercher-de-l-information--101173.htm.

[4]

Qui vient de publier un manuel d’analyse du web en sciences humaines et sociales chez A. Colin.

Titres recensés

  1. Les Bibliothèques en Europe : organisation, projets, perspectives, sous la dir. de Frédéric Blin, Éditions du Cercle de la librairie, 2013. – 340 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1368-34 : 45 €
    1. Les bibliotheques a l’heure europeenne
  2. Désherber en bibliothèque. Manuel pratique de révision des collections, Françoise Gaudet et Claudine Lieber (dir.), Électre-Éditions du Cercle de la Librairie, 2013. – 160 p. ISBN 978-2-7654-1381-3 : 35 €
    1. Leçons de désherbage
  3. Les Missions des bibliothèques publiques. Témoignages d’élus municipaux québécois, Dominique Gazo, Montréal : Les Éditions ASTED, 2012. – 166 p. ISBN 978-2-923563-35-0 : 38,95 CAD$
    1. Des pistes de réflexion sur l’évolution des bibliothèques
  4. La Science de l’information : origines, théories et paradigmes, Fidelia Ibekwe-SanJuan, Lavoisier, 2012. – 261 p. (Traitement de l’information) ISBN 978-2-7462-3912-8 : 55 €
    1. Une étude dense et originale
  5. Sciences de l’information et de la communication : objets, savoirs, discipline, Stéphane Olivési (dir.), Presses universitaires de Grenoble, 2013 (2e édition). – 303 p. – ISBN 978-2-7061-1819-7 : 20 €
    1. Mieux faire connaître les domaines des SIC
  6. Droit à l’image et droit de faire des images, Joëlle Verbrugge, Éditions Knowware, 2013. – (Guide compétence Photo). – 476 p. – 29 €
    1. Des réponses détaillées à un sujet complexe
  7. Visiteurs photographes au musée, Sous la dir. de Serge Chaumier, Anne Krebs, Mélanie Roustan, Paris : La Documentation française, 2013. – 317 p. – (Musées-Mondes). – ISBN : 978-2-11-009212-0 : 24 €
    1. Le musée, bien plus qu’un simple lieu d’exposition
  8. Réseaux sociaux : 101 questions juridiques, ADIJ ; sous la dir.de Cédric Manara, Éditions Diateino, 2013. – 241 p. – (101 questions). – ISBN 978-2-35456-083-6 : 12,90 €
    1. Des pièges juridiques clairement décryptés
  9. Nouveaux métiers de l’infodoc. Guide, réalisé par Archimag, Serda, 2013. – 88 p. – (Archimag Guide pratique, ISSN 1242-1367 ; 48). – 97 €
    1. Un guide qui croit en l’avenir des métiers de l’information

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2014 (Vol. 51), p. 81-89.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2014-1-page-81.htm
DOI : 10.3917/docsi.511.0081


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