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Documentaliste-Sciences de l'Information

2014/3 (Vol. 51)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.513.0050
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Il se montre préférable d’informer, de développer des actes de prévention plutôt que de se confronter trop tardivement aux risques polymorphes qui se présentent à tout un chacun. Si elle s’abandonne volontairement à cette fonction de prévention depuis fort longtemps, l’information doit également tenter de renforcer ses propres atouts pour évoluer de façon plus performante. La problématique actuelle implique donc de savoir de quelle façon l’information elle-même peut progresser pour mieux prévenir des risques.

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Nul ne peut nier qu’au fil du temps, la circulation de l’information s’est améliorée. La méthodologie traditionnellement appliquée consistait à diffuser de l’information oralement, puis elle s’est enrichie de supports variés. Les professionnels de l’information et de la communication et ceux d’autres disciplines parviennent aussi à orienter les préventeurs vers des techniques plus abouties afin que les messages soient reçus de façon plus notable. Par ailleurs, les recherches en sémiologie (visuels, effets subliminaux, etc.) et d’autres outils communicationnels servent non seulement l’amélioration des contenus mais encore leur diffusion et permettent notamment de convenir d’un progrès important dans ce sens. Ainsi, les chercheurs ont prouvé qu’arrêter le choix d’une période de l’année se montre parfois plus pertinent pour informer avec succès. Sélectionner un lieu de diffusion autorise tout autant une distribution de l’information plus ciblée. En hiver, au cœur des salles d’attente des professionnels de la santé, les tables emplies de brochures pour pallier les risques de contagion en sont un témoignage éclairant.

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Il est pareillement un domaine de recherche dans lequel l’information au service de la prévention continue de progresser : celui de la connaissance du sujet récepteur. Les analyses démographiques et psychographiques comme les derniers instruments de nouvelles technologies (NTIC) utilisés pour le traitement et la transmission de l’information se renforcent pour absorber toutes les données possibles sur une cible. De nos jours, envisager la possibilité de recevoir des informations privées de récepteurs sans qu’ils en prennent conscience est concevable techniquement mais il est toutefois un espace qu’il est plus complexe de pénétrer : celui de la compréhension individuelle que le sujet se fait sur le monde qui l’entoure ; celui de la mise en conscience de ses propres paradigmes.

Une information paradigmatique

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L’information au service de la prévention d’un risque stimule le système de représentation d’un sujet. Celui-ci peut donc parfois se montrer perturbé par les messages énonçant un autre paradigme - une autre façon de concevoir la société qui l’entoure. En effet, par les nombreux échanges d’information à l’échelle mondiale, le sujet récepteur d’une information se confronte plus facilement à d’autres notions. Sa représentation du monde est brouillée par de nouvelles formes de pensée qui se présentent à lui. À titre d’exemple, lors de son séjour sur le territoire français et à l’énoncé des risques encourus en cas de non-respect des limites de vitesse sur l’autoroute, un sujet germanique, habitué dans son pays à ne pas généralement subir la contrainte d’une limitation de vitesse sur ce même type de voie, sera confronté à un nouveau paradigme présenté par le préventeur. Subséquemment, l’information, si elle ne tient pas compte de ce paradigme spécifique à cette cible, peut difficilement impacter le sujet. Sans pénétrer le débat de la positivité et/ou la négativité des risques [1][1] Mary DOUGLAS. Risk and Blame, Essays in cultural theory.... ni celui des normes excessives [2][2] Patrick CAPLAN. Risk Revisited. Pluto Press, 2000., pour quelles raisons le non-respect de la vitesse serait-elle un risque en France et non en Allemagne ?

Delphine DUROCHER

Anticiper les paradigmes par une information adaptée

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Une recherche initiée par l’International University of Monaco (Principauté de Monaco) énonce qu’à la confrontation d’un nouveau paradigme peut succéder soit l’acceptation entière de cette perception, soit le refus total de considérer une nouvelle représentation de l’environnement, mais que ces deux axes opposés se complètent encore d’une série de perceptions caractérisées par des appréhensions plus subtiles. Ces différents modes de perception sont définis au sein d’une échelle communicationnelle paradigmatique. Afin de mieux prévenir les risques, l’information doit donc penser les possibles paradigmes et, au préalable, considérer le degré de potentialité d’acceptation du message par le récepteur auquel elle s’adresse. Le risque « coïncide avec les perceptions perçues » [3][3] Brian WYNNE. « Risk and Social Learning : Reification... et, en filigrane, « avec la culture » [4][4] Steve RAYNER. « Learning from the blind men and the.... À titre d’illustration, si un sujet non soumis aux mouvements des plaques tectoniques pense inexistants les risques de tremblements de terre sur son territoire, il en maîtrisera sans doute moins la prévention qu’un sujet qui, par des informations ciblées ou son vécu personnel, comprend qu’un mouvement de terrain peut devenir réel, et qui entendra donc l’information différemment et suivra les recommandations des préventeurs.

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L’action d’anticiper les paradigmes de la cible par une information adaptée s’avère essentielle et responsable. Au moment où le préventeur sélectionne son objet et maîtrise tous les outils pour que le sujet puisse mieux saisir les risques dont il faut le prévenir, une part majeure du travail informationnel est achevée. Ainsi, durant ses cours, un futur bachelier peut être informé de certains risques, par exemple le tabagisme, à l’aide de divers supports d’information (article, témoignage, vidéo). Mais de quelle manière l’élève reçoit-il cette information si, au sein même de sa famille, la forte consommation de tabac est banalisée ? Confronté à un nouveau paradigme contrant sa propre vision du monde qui l’entoure, le lycéen risque de ne pas considérer l’action préventive. Certes, soucieux de sa notation, il répétera peut-être les règles édictées par son enseignant(e) mais, en dehors de ce cadre éducatif, que restera t-il de ce message et, surtout, de son application post-pratique éducative ? La prise en compte de l’analyse pré-informationnelle considérant sa potentialité à recevoir un nouveau paradigme permettrait donc d’améliorer l’information au service de la prévention des risques.

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Fondé sur l’idée qu’« il n’existe rien de constant excepté le changement », le savoir-être de l’information doit aussi s’appuyer, pour rendre plus performante la prévention des risques, sur son savoir-faire. En amont donc de toute émission d’information, il est nécessaire de se rappeler que l’être humain est constitué d’émotions immanentes. Pour ne pas confronter violemment la cible de l’information à un nouveau paradigme, il est donc parfois utile - par anticipation - de l’amener à sa propre conscience des éléments et à sa capacité d’acceptation des paradigmes pour qu’il progresse vers l’assimilation des risques présentés. Cette connaissance de l’alter par lui-même et par le préventeur permet alors la valorisation de l’information pour impacter le récepteur et continuer à prévenir plutôt que guérir.

Notes

[1]

Mary DOUGLAS. Risk and Blame, Essays in cultural theory. London, Routledge, 1992

[2]

Patrick CAPLAN. Risk Revisited. Pluto Press, 2000.

[3]

Brian WYNNE. « Risk and Social Learning : Reification to Engagement ». In : Social Theories of Risk. Sheldon Krimsky, Dominic Golding (eds). Greenwood Press, 1992, p. 275-297

[4]

Steve RAYNER. « Learning from the blind men and the elephant, or seeing things whole in risk management ». In : Uncertainty in risk assessment, risk management and decision making. Springer, 1987, volume 4, p 207-212

Résumé

Français

[Communication] Pour rendre plus performante l’information sur la prévention des risques, il convient d’accroître la connaissance sur le sujet récepteur. En effet, le regard individuel que porte un individu sur son environnement peut être influencé par une information parfois source de nouveaux paradigmes.

Plan de l'article

  1. Une information paradigmatique
  2. Anticiper les paradigmes par une information adaptée

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