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Documentaliste-Sciences de l'Information

2014/3 (Vol. 51)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.513.0060
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Sur la période 1990-1998, le volume d’informations économiques et financières disponibles en Russie était très réduit : pas d’historique de prix de marché pour alimenter les instruments financiers, accès limité à la comptabilité des entreprises, absence d’information marchés, inexactitude des données officielles pour l’appréciation des risques du crédit client. Formaliser des algorithmes d’analyse du risque était un exercice compliqué. Le risk management était surtout intuitif, et la décision de participer ou d’investir dans un projet était prise sans étude approfondie.

Un développement progressif

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Le risk management a commencé toutefois à se former progressivement en tant que fonction analytique bien identifiée, même si la collecte et l’analyse de l’information étaient souvent menées par les parties prenantes des transactions (générant des conflits d’intérêts) ou par les services de sécurité, souvent composés d’anciens collaborateurs des services de sûreté. La base informationnelle de l’analyse des risques était limitée à des enquêtes sur les affaires au pénal, le patrimoine immobilier ou sur la participation à une activité illégale, etc. Ces services étaient incompétents pour analyser l’information financière et les quelques « analystes du risque » (le terme de risk manager n’était pas utilisé) travaillaient dans un vide absolu d’informations et de bases capitalisant les données de l’organisation. Leur travail ressemblait plutôt à la lecture du marc de café, avec pour corollaires une faible confiance dans leurs résultats et une faible influence sur la prise de décision - les directions s’efforçaient seulement de développer le business à n’importe quel prix, rappelant en permanence aux analystes le sort de Cassandre. Toutefois, l’accroissement des contraintes économiques et le niveau de formation très élevé en Russie ont favorisé l’émergence de risks managers de haut vol.

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Le management des risques s’est formé tout d’abord dans les banques, qui devaient calculer le capital et les réserves du point de vue risque, et c’est dans le secteur bancaire que le risk management est aujourd’hui pratiqué au meilleur niveau, traitant d’énormes quantités de données qualitatives et quantitatives. Les assureurs, contraints de développer de nouveaux modèles d’assurances, s’y sont mis également. Les autres acteurs du secteur financier (brokers, fonds de pension, sociétés de leasing et de factoring, etc.) sont, malgré les risques, les moins disciplinés en raison d’une régulation trop faible. Les entreprises du secteur non financier ont commencé à développer leur propre système en raison des exigences liées aux émissions d’actions sur les marchés étrangers. Globalement, dans les grandes entreprises, le système d’analyse du risque remonte à une dizaine d’années.

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En un quart de siècle de réformes de marché en Russie, le risk management a fait un bond en avant gigantesque. Les organisations les plus « avancées » collectent et traitent les données internes, y compris celles des ERP [1][1] Enterprise resource planning et CRM [2][2] Consumer relationship management, et les données externes : les prix du marché, l’information financière et comptable, les données de marché, l’information sur les dirigeants, les concurrents et partenaires, etc.

De meilleures ressources

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Les bases de données presse (papier et électronique, agences de presse, etc.) permettent de construire un dossier d’information aussi bien sur les acteurs de marché, leurs actionnaires et dirigeants que sur les secteurs et régions. Public.ru, l’un des grands agrégateurs de presse, contient plus de 88 millions d’articles publiés depuis 1990 et provenant de 10 000 journaux russes et étrangers, avec la possibilité de faire des recherches simples ou de la veille, mais aussi de classer les articles par « tonalité », « importance », tags, etc.

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Les bases de données crédit contiennent des données sur une partie très significative de la population active et les fournisseurs de ces bases proposent des services complémentaires tels que le traçage des liens sociaux des emprunteurs, à grande échelle. Les banques peuvent aussi alimenter leurs systèmes de scoring avec de nombreuses données personnelles et les indices économiques et sociaux en Russie.

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Les grandes agences (Prime Tass, Interfax) fournissent en temps réel les données de 100 000 indicateurs économiques et macroéconomiques sur les 89 régions de Russie ainsi que sur les foyers russes. De nombreux services se développent sur les différents segments de marché, ainsi que des bases de données sur les différents instruments du marché financier de Russie, de la Communauté des États indépendants (CEI) et des pays émergents (obligations, crédits syndiqués, actions, cotations, etc.). L’automatisation des process du risk management est menée en interne en faisant appel aussi bien aux logiciels russes qu’étrangers [3][3] Par exemple, deux des plus gros fournisseurs russes....

Des incitations en dépit des obstacles

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Il est clair que la collecte et l’achat d’informations, de même que leur analyse, représentent des dépenses considérables. C’est l’un des obstacles à l’établissement d’un système avancé de risk management dans les divisions opérationnelles, qui ne voient pas la rentabilité de ces investissements. Les petites structures se heurtent aussi à ce problème. Les entreprises du secteur non financier, confrontées elles aussi aux risques partenaires, gestion de devises, etc., devraient, dans l’idéal, s’équiper en moyens d’analyse de risque, mais cela est loin d’être toujours le cas. De façon générale, le besoin de risk managers de haut niveau émane surtout des banques et des grandes entreprises.

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Ces derniers temps, les pressions de régulateurs se sont renforcées, qui incitent en particulier les banques et globalement le secteur financier à perfectionner leur système de gestion des risques, leurs bases d’informations et leurs méthodologies d’analyse. Et cela surtout en raison de l’élargissement de la sphère de responsabilité de la Banque centrale de la Fédération de Russie. Tous les types de risques doivent être mesurés : risque opérationnel, réputationnel, juridique, risque pays et même, plus complexe, risques relatifs à la concentration et à la continuité du business. S’y ajoute le contrôle sous « tests-stress » (tests sous contrainte extrême) des méthodologies d’analyse des données et de la base informationnelle qui doit contenir les données produits, clients, secteurs, mais être également exhaustive en matière de données macro et micro-économiques sur de longues périodes.

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Le risk management a donc perdu tout caractère intuitif : formalisation des algorithmes d’analyse des données, vérification des modèles utilisés, documentation des avis émis. Le défaut d’informations telles que définies par le régulateur devient lui-même un risque au nom duquel celui-ci peut demander l’augmentation des réserves et reconsidérer les indicateurs liés au capital. Tout cela a conduit à une restructuration sévère du milieu bancaire depuis la fin de l’année 2013.

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Pour autant, les contradictions sont encore nombreuses : le méga-régulateur qu’est la banque centrale russe a durci le contrôle sur le dispositif de travail des banques mais les exigences sur la fourniture de l’information des emprunteurs potentiels auprès des organes gouvernementaux ont diminué. Par exemple, les entreprises ne sont plus obligées au dépot trimestriel de leurs comptes alors que l’on demande aux banques une analyse trimestrielle de l’emprunteur. Les banques doivent également fournir des analyses requérant des contrôles judiciaires, alors que la réforme du système judiciaire a rendu les informations beaucoup plus difficilement accessibles.

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Néanmoins, la fonction de risk management en Russie a émergé et s’étoffe rapidement tous les jours de modèles avancés d’analyse des risques, permettant de prendre des décisions économiques fondées.

Notes

[1]

Enterprise resource planning

[2]

Consumer relationship management

[3]

Par exemple, deux des plus gros fournisseurs russes de logiciels d’analyse de risque pour le secteur financier sont le groupe Inek (http://inec.ru/eng) et la société Prognoz (www.prognoz.com).

Résumé

Français

[Russie] PEn Russie, le niveau de développement de la gestion des risques est différent d’un secteur d’activité à l’autre, les « meilleures pratiques » revenant, pour des raisons historiques, au secteur bancaire. L’analyse des risques financiers est véritablement apparue peu de temps après les réformes de marché.

Plan de l'article

  1. Un développement progressif
  2. De meilleures ressources
  3. Des incitations en dépit des obstacles

Pour citer cet article

Rozanova Elena, TraductionLibmann Anne-Marie, « Le risk management en Russie : développement et tendances », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2014 (Vol. 51), p. 60-61.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2014-3-page-60.htm
DOI : 10.3917/docsi.513.0060


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