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Documentaliste-Sciences de l'Information

2014/3 (Vol. 51)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.513.0068
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Depuis une dizaine d’années, le monde médiatique fait un usage sans cesse plus important des données cartographiques. Cette croissance témoigne à la fois du caractère heuristique de la cartographie - un petit dessin vaut mieux qu’un long discours - et de la manière dont les nouvelles technologies de l’information et de la communication se sont appropriées les outils de représentation de l’espace. Cependant, dans le vaste monde des bibliothèques, les départements chargés de la conservation des cartes et des plans sont très en retard en ce qui concerne l’informatisation de leurs catalogues. Au moment où les ressources s’orientent vers la numérisation de masse, les catalogues des cartothèques ne sont pas prêts à aborder cette nouvelle période. En effet, dans la plupart des établissements, on a préféré conserver des outils manuels efficaces plutôt que d’adopter un mode de description numérique mis au point pour les livres et peu adapté aux particularités des documents cartographiques. En outre, ce mode correspond mal aux besoins des usagers car, pour la plupart, rechercher une carte, c’est tout d’abord rechercher la figuration d’un lieu donné. Question géographique s’il en est, à laquelle les catalogues sont mal préparés à répondre dans la mesure où ils enregistrent les données géographiques de manière sommaire et difficile à exploiter.

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Cet article est dédié à l’enregistrement et à l’exploitation des données géographiques dans les catalogues au moment où les technologies récentes permettent de développer de nouvelles fonctionnalités dans ce domaine.

1 - Difficultés et limites de l’exploitation des données géographiques dans les catalogues

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Dans une bibliothèque, un lecteur en quête de cartes recherche tout d’abord la représentation d’un lieu qu’il désigne le plus souvent par son nom. En fonction des réponses qui sont apportées à cette première demande, il peut préciser l’objet de sa recherche par une date ou une période, par un niveau de détail - l’échelle - ou encore par un thème. Pour répondre à sa demande - un nom de lieu -, les interfaces de recherche proposent plusieurs champs. Tout d’abord, le titre propre des cartes n’est pas toujours « parlant ». Pour les monographies, le titre comporte le plus souvent un toponyme qui, par l’étendue de la zone géographique qu’il désigne, rend compte du contenu de la carte. Ainsi, des titres tels que « Plan de Marseille », « Carte de France » ou encore « Routes d’Europe » correspondent bien au contenu des documents qu’ils désignent même si leurs périmètres ou leurs niveaux de détail peuvent varier. Pour les cartes en série, le titre propre de chaque feuille, lorsqu’il ne s’agit pas d’un simple numéro d’ordre, correspond le plus souvent au nom d’un lieu important compris dans le champ de la représentation. Mais ce nom revêt alors le statut d’un point de repère ; plus l’échelle de la carte est petite, plus il est probable que la figuration ne corresponde pas au lieu dont le nom désigne le document. Par exemple, dans la carte du monde à l’échelle un millionième (1 cm représente 10 km), la feuille « Beyrouth-Alexandrie » consacre seulement quelques millimètres carrés à ces deux villes. Cette feuille représente tout d’abord le Proche-Orient. Ainsi, pour les cartes en série, les titres propres des feuilles peuvent être à l’origine d’importantes confusions [1][1] Par exemple, dans la base du Sudoc, pour le sujet « Beyrouth »,... (fig. 1 et 2).

Figure 1 - Tableau d’assemblage d’une carte au un millionième du Proche-Orient Figure 1
Extrait de la feuille : Cairo , Londres, War Office, 1946.
Figure 2 - Extrait de la feuille Cairo au un millionième Figure 2

Cairo , Londres, War Office, 1946. À cette échelle (1 cm figure 10 km), la représentation des villes est très sommaire. De toute évidence, Le Caire ne constitue pas l’objet principal de cette feuille

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La plupart des catalogues proposent aussi un champ Sujet et, plus rarement, un champ Zone géographique représentée. Pour satisfaire les requêtes des lecteurs, il serait nécessaire d’indiquer dans ces champs non seulement tous les toponymes portés sur la carte mais aussi ceux correspondant aux lieux qu’elle figure et dont elle n’indique pas les noms. Un tel programme est évidemment exclu. Quand bien même il serait envisageable, le résultat serait incomplet car il ne tiendrait pas compte des différentes désignations de chaque lieu, en fonction des alphabets, des langues et des périodes historiques. Tout un chacun sait que Byzance est aussi Constantinople et Istanbul, mais qui sait que la ville ukrainienne désignée Bilhorod ou Belhorod sur les cartes les plus récentes a aussi été nommée Mavrocastro en grec, Montcastro en italien, Akkerman en tatar, Cetatea Alba en roumain et Belgorod en russe ? Pour sa part, le Caire, c’est aussi Cairo, Kairo, Qahireh ou Al-Qahira… Les meilleurs gazetteers[2][2] Un gazetteer est un index géographique de noms de lieux.... ignorent la plus grande part de ces noms. À l’inverse, les lieux homonymes sont extrêmement nombreux. En la matière, la question de la langue est cruciale : en fonction du catalogue interrogé - ou de la langue de catalogage dont le lecteur ignore tout a priori -, il est nécessaire de multiplier les requêtes pour épuiser chaque base de données [3][3] Dans le Sudoc, de nombreuses notices sont dérivées.... En fait, dans le meilleur des cas, les catalogueurs qualifient la couverture géographique de chaque document par 5 ou 6 toponymes qui correspondent aux lieux les plus importants qu’il représente. Ainsi, le lecteur qui cherche un lieu-dit ou une petite agglomération n’obtient en général aucune réponse alors que de nombreux documents figurent le lieu recherché.

Enregistrer l’information géographique

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Le mode d’enregistrement de l’information géographique dans les catalogues des bibliothèques, tel qu’il est restitué par les outils de recherche, correspond donc mal aux questions des lecteurs. D’autres méthodes sont plus pertinentes. La plus ancienne, l’enregistrement des coordonnées géographiques, est en train de devenir désuète avant même d’avoir été exploitée. Elle est fortement concurrencée par les systèmes d’information géographiques (SIG), bien plus performants.

• Les coordonnées géographiques

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Dès la fin des années 1970, les rédacteurs de la norme de catalogage des documents cartographiques [4][4]  Catalogage des documents cartographiques - rédaction... ont recherché des solutions plus satisfaisantes que les listes de noms. Ils avaient bien compris que l’exploitation de la toponymie présente trop de problèmes pour constituer la base d’un système partagé de référencement géographique pour les cartes [5][5] Pierre-Yves DUCHEMIN, « Le traitement des cartes et.... La variation des noms en fonction des langues, qui interdit l’échange des notices, était considérée comme rédhibitoire. Par ailleurs, les toponymes désignent des lieux ou bien des territoires dont les limites correspondent rarement aux périmètres effectivement représentés par les documents.

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Pour la norme, rédigée en France mais internationalisée ensuite, il s’agissait de définir un principe qui transcende les frontières et les langues. Le système de découpage de la sphère terrestre par les méridiens et les parallèles et la possibilité qu’il offre de définir la position de n’importe quel point du globe par ses coordonnées correspondent d’autant mieux à l’exigence d’une norme internationale que les informations sont exprimées par des chiffres suivant un code facile à mettre en œuvre et à partager.

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Sur cette base, la norme propose de décrire l’emprise figurée par chaque document par les coordonnées de ses limites ouest, est, nord et sud. Il était alors envisagé de développer des moteurs de recherche capables d’exploiter ces données à partir de requêtes exprimées, elles aussi, par les coordonnées du lieu recherché. Les gazetteers devaient permettre de transcrire chaque toponyme en coordonnées. La mise en œuvre de ce programme a rencontré plusieurs difficultés.

• Une acquisition difficile

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Jusqu’à une période récente, plusieurs unités de mesure différentes - et concurrentes - ont été utilisées pour indiquer les coordonnées géographiques : les grades (400 grades pour un cercle, chaque grade se partageant en dixièmes, centièmes, etc.) et les degrés décimaux ou hexadécimaux (360° pour un cercle, chaque degré se partageant soit en dixièmes, centièmes, soit en 60 minutes, chaque minute en 60 secondes, chaque seconde en dixièmes, centièmes, etc.). Par ailleurs, chaque pays (ou presque) dispose de son méridien d’origine pour l’évaluation des longitudes ; la liste reste à établir mais on en compte plus d’une centaine. Sur les documents, les coordonnées sont donc indiquées suivant plusieurs variations à la fois en termes d’unité d’expression des valeurs angulaires et d’origine pour les longitudes. Or, la norme prévoit que les emprises des documents doivent être exprimées dans un système unique : en degrés hexadécimaux, depuis le méridien de Greenwich. Les catalogueurs sont donc tenus d’effectuer les conversions et les translations de longitude nécessaires pour documenter les bases de données. Ces opérations ne sont pas simples : non seulement elles sont très chronophages mais encore elles constituent d’importantes sources d’erreurs [6][6] Par exemple, pour la carte d’Espagne à l’échelle 1 :50 000,....

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L’acquisition de ces données est encore plus difficile lorsque les documents ne comportent pas de coordonnées géographiques. Le catalogueur doit alors estimer les coordonnées limites de chaque feuille. Le plus souvent, il utilise des gazetteers qui indiquent les coordonnées de lieux choisis pour leur proximité avec les bordures des documents à décrire. Le résultat obtenu par ce procédé est bien entendu très approximatif.

• Périmètre effectif ou quadrangle circonscrit ?

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Suivant la norme, le périmètre défini pour chaque document correspond à un quadrangle dont les limites suivent deux méridiens (à l’est et à l’ouest) et deux parallèles (au nord et au sud) [7][7] L’enregistrement des coordonnées suivant la norme permet.... Or, les limites des zones effectivement représentées par les cartes ne suivent pas toujours ces lignes. En effet, parmi les trois principaux modes utilisés en cartographie pour découper la sphère terrestre, un seul s’appuie sur la grille des méridiens et des parallèles. Si les découpages basés sur des limites administratives ou topographiques sont d’un usage assez restreint, on évalue à plus du tiers des collections les cartes dont les limites suivent une grille plane et dont les coordonnées ne sont pas angulaires mais linéaires, suivant un système nécessairement local [8][8] Au contraire de la grille des méridiens et des parallèles....

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Une feuille dont les limites sont basées sur un tel mode de découpage représente une zone rectangulaire placée « en biais » par rapport à la grille des méridiens et des parallèles (fig. 3). Son emprise, telle qu’elle est enregistrée suivant la norme, correspond au périmètre circonscrit à son emprise réelle. Ainsi, pour ce type de document, le périmètre enregistré déborde largement la zone qu’il représente effectivement. Ce décalage est encore plus important pour les cartes dont le périmètre compte plus de quatre angles et pour celles qui représentent sur une même planche des zones géographiques non contiguës, telles que des îles par exemple.

Figure 3 - Exemple d’une série cartographique dont les limites des feuilles ne suivent pas la grille des méridiens et des parallèles Figure 3

Pour les documents de ce type, les coordonnées enregistrées suivant la norme correspondent à celles des quadrangles circonscrits à chaque feuille comme le montre le tracé en tiretés violets autour de la feuille 9. Ainsi, ils présentent de larges superpositions alors que les feuilles sont découpées bord à bord.

Dessin de l’auteur.

• L’unité de description en question

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Depuis le milieu du XIXe siècle, la plus grande part de la production cartographique est organisée en séries. Une série cartographique est une carte dont la relation entre l’échelle de réduction et l’étendue du territoire représenté impose son découpage en plusieurs feuilles. Les séries peuvent être à des échelles très différentes : depuis un plan cadastral à l’échelle 1 :500 jusqu’à une carte du monde au 10 millionième. Cette forme de représentation, apparue au milieu du XVIIIe siècle, a rapidement été adoptée par les administrations civiles et militaires pour de multiples usages. On peut considérer qu’elle représente 80 à 90 % des feuilles imprimées depuis le milieu du XIXe siècle. Une série peut comporter entre 2 et plus de 2 000 feuilles. De manière générale, le territoire à représenter est découpé suivant une grille régulière de telle manière que les feuilles ne se superposent pas [9][9] Dans certains cas, les feuilles se superposent, c’est....

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Ainsi, il est assez aisé de rendre compte de l’organisation des feuilles d’une série à travers un document qui figure la grille de découpage sur un fond de carte à petite échelle. Ce document est désigné « tableau d’assemblage ». On en trouve de nombreux exemples dans les catalogues des éditeurs. Ces tableaux permettent d’évaluer la zone effectivement représentée par l’ensemble de la série et le périmètre de chaque feuille ; ils indiquent aussi le titre et/ou le numéro de chaque feuille. Imprimés ou bien manuscrits, ils sont d’un usage courant dans la plupart des cartothèques car ils sont très efficaces.

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Mais ces documents rendent compte de l’ensemble de chaque série alors que le catalogage normalisé, qui considère chaque feuille comme une monographie, découpe la série en autant d’unités qu’elle compte de feuilles. L’abandon du catalogage à niveaux à la fin des années 1980 [10][10] Annick BERNARD, « Sur l’abandon du catalogage à niveaux... ne permet plus d’enregistrer - dans une fiche chapeau - les données relatives à l’ensemble de chaque série, dont le tableau d’assemblage constitue le fondement. Dans ce contexte, la saisie des coordonnées géographiques donne lieu à une démultiplication des enregistrements et à un important surcroît de travail. Ainsi, ce n’est pas un hasard si, dans la plupart des établissements, on préfère utiliser des fiches de suite et des tableaux d’assemblage imprimés pour enregistrer les états de collection des cartes en série, plutôt que de procéder suivant la norme [11][11] À la BnF, le directeur du Département des cartes et....

Une exploitation très limitée

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Pour les monographies, faute d’outils plus performants, les cartothécaires documentent les champs de coordonnées avec les approximations évoquées plus haut. Cependant, en dehors de l’étroit cercle de la profession, ces approximations restent totalement ignorées car les champs de coordonnées géographiques ne sont pas exploités par les moteurs de recherche. En France, les interfaces des principaux catalogues - Bibliothèque nationale de France, Catalogue collectif de France et Sudoc - ne sont pas équipées de l’outil qui permettrait de les interroger. C’est la même chose pour tous les catalogues des grandes cartothèques du monde, aussi bien en Europe qu’en Amérique du nord. Pourtant, la mise en place d’un tel outil ne poserait aucun problème en matière de développement informatique, c’est son usage par les lecteurs qui présenterait le plus de difficultés. En effet, le passage entre un toponyme et son expression en coordonnées géographiques n’est pas une opération aisée. Il est nécessaire de faire intervenir une source documentaire intermédiaire : un gazetteer. Or, on en compte plusieurs centaines de volumes pour le monde entier. Avant qu’ils soient disponibles en ligne, une recherche dans un gazetteer était une opération pour le moins fastidieuse. Par ailleurs, les établissements qui en conservent des collections de référence ne sont pas si nombreux. Actuellement, non seulement de multiples gazetteers sont accessibles en ligne mais plusieurs encyclopédies en ligne indiquent les coordonnées des toponymes qu’elles référencent. Sur cette base, il serait envisageable de proposer des moteurs de recherche par coordonnées géographiques. En fait, il en existe un exemple (le seul à notre connaissance) développé dans le cadre du catalogue collectif du ministère italien de la Culture.

L’exemple du catalogue de la Société italienne de géographie

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Ce système héberge en particulier le catalogue de la société italienne de géographie dont la collection cartographique est une des plus importantes d’Italie [12][12] SBN - Catalogo del servizio bibliotecario nazionale :.... Plusieurs dizaines de milliers de cartes ont été cataloguées, principalement des cartes d’Italie. Considérant que les coordonnées utilisées par le principal producteur italien, l’Istituto geografico militare de Florence (IGMI), à partir du méridien de Monte-Mario (Rome), sont les plus fréquentes pour les cartes de la collection, il n’a pas été jugé utile de procéder à la translation requise suivant la norme avant d’enregistrer les coordonnées des documents. Ensuite, avec l’intégration au catalogue de cartes d’autres origines dont les longitudes sont basées sur d’autres méridiens, il s’est avéré nécessaire d’ajouter un champ qui permet de préciser, pour chaque carte, le méridien d’origine de ses coordonnées. Ainsi, pour effectuer une recherche complète pour un lieu donné, il est nécessaire d’interroger la base autant de fois - avec une valeur différente pour la longitude à chaque requête - qu’il existe de méridiens d’origine. Actuellement, la liste n’en propose pas moins de 36 !

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S’il est évident qu’aucune carte d’Albanie n’a pour origine le méridien de Batavia, il n’en reste pas moins que ce pays a été cartographié par les Albanais suivant le méridien de Tirana, par les Grecs suivant le méridien d’Athènes, par les Italiens suivant le méridien de Monte-Mario, par les Autrichiens suivant le méridien de l’île de Fer, par les Français depuis le méridien de Paris et par les Anglais, les Américains et les Russes depuis le méridien de Greenwich. Autrement dit, pas moins de six requêtes, sur la base d’autant de longitudes, sont nécessaires pour dresser la liste des cartes d’Albanie conservées par la société italienne de géographie.

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Par ailleurs, les gazetteers généralistes indiquant les coordonnées à partir du méridien de Greenwich, il faut disposer d’un gazetteer italien pour définir les coordonnées des lieux recherchés à partir du méridien de Rome, d’un gazetteer albanais pour les coordonnées fixées à partir du méridien de Tirana (à notre connaissance, il n’en existe pas en caractères latins), etc. De toute évidence, le système qui permet au catalogueur de faire l’économie de la translation de la longitude au moment de l’acquisition des données a finalement donné lieu à un monstre inexploitable.

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Les indications de coordonnées géographiques ne sont pas réservées aux seuls catalogues locaux. Le format Dublin Core comporte un champ dans lequel ces données trouvent leur place [13][13] Dublin Core, Zone 14 Coverage : ce champ est dédié.... Malgré la multiplicité des formats d’enregistrement envisageables, les aspects géographiques de ce champ restent le plus souvent inexploités. Par exemple, le portail Europeana [14][14]  www.europeana.eu/portal , dédié aux figurations graphiques, ne comporte pas d’outil de recherche par localisation géographique. À notre connaissance, Old maps Online [15][15]  www.oldmapsonline.org , développé par l’université de Portsmouth en 2012, est le seul agrégateur disposant d’un tel outil. Il exploite les coordonnées géographiques stockées en Dublin Core dans les entrepôts OAI-PMH [16][16] Open Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting.....

2 - Les systèmes d’informations géographiques

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On a examiné les limites et les difficultés d’exploitation du géoréférencement basé sur les coordonnées. Depuis quelques dizaines d’années, les logiciels d’informations géographiques (SIG) [17][17] Un SIG (GIS en anglais) est un logiciel qui permet... proposent d’enregistrer le géoréférencement sous une nouvelle forme qui offre des possibilités d’exploitation intéressant directement la recherche des documents cartographiques.

  • Elle permet de définir des périmètres compliqués suivant des systèmes de coordonnées multiples. Ainsi, pour chaque document décrit et quelle que soit la complexité du périmètre qu’il représente, il est envisageable de générer le polygone géoréférencé correspondant à son périmètre.

  • Elle permet de transposer les descriptions de ces périmètres dans différents systèmes de coordonnées ou bien de projection. Sur cette base, quel que soit le système particulier dans lequel chaque polygone a été produit, on peut l’exprimer dans un système normalisé unique de manière à interroger l’ensemble de la base de données à partir d’une seule requête.

  • Elle permet d’afficher ces périmètres en superposition à un fond de carte. Ainsi, on peut rendre compte de manière très concrète de la zone effectivement représentée par chaque document.

  • Elle permet enfin de procéder à des requêtes par localisation géographique à partir d’une carte, par la sélection d’un lieu (point) ou d’un territoire (polygone). Une telle requête retourne la liste des documents qui figurent le lieu ou le territoire défini par l’opérateur, quel que soit le système de projection ou de coordonnées qui a présidé à leur élaboration.

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Jusqu’à une période récente, ces fonctionnalités étaient exploitables de manière locale seulement. Depuis quelques années, grâce à la publication de planisphères en ligne d’une part et au développement de la technique du mashup d’autre part, il est envisageable d’utiliser ces outils en ligne. La technique du mashup permet d’afficher, simultanément et de manière superposée sur un seul écran, des contenus cartographiques et/ou des fonctionnalités extraits de serveurs différents et distants. Par exemple, il est possible de composer un écran ayant pour fond un planisphère issu d’un serveur donné sur lequel on nappe, depuis un second serveur, le périmètre représenté par un document cartographique. Ce périmètre n’est pas seulement une image, il encadre une zone active dans laquelle il est possible de cliquer pour déclencher une fonctionnalité : mise en exergue, requête, affichage d’une notice, etc.

Expérimentations récentes

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De toute évidence, les fonctionnalités des systèmes d’information géographiques constituent une bonne solution pour développer des outils de recherche et de visualisation par localisation géographique en ligne. Plusieurs expériences récentes témoignent de l’intérêt de ces outils. On a évoqué plus haut Old maps online mais il s’agit tout d’abord d’un agrégateur. Cependant, la manière dont il a permis de valoriser la collection David Rumsey est remarquable [18][18] David Rumsey Map Collection, www.davidrumsey.com . Suivant le modèle de publication adopté par ce système, tous les documents sont traités comme des monographies alors que, pour un bon nombre, ils appartiennent à des séries en plusieurs feuilles dont le système ne rend pas compte. Il s’agit d’un modèle de collectionneur, d’abord intéressé par l’ancienneté et la facture des documents, plus que d’un modèle de recherche qui traite plus volontiers des processus de production, de construction des territoires ou encore d’organisation des savoirs.

• Géoportail, le portail des territoires français

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Le Géoportail, développé par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), constitue aussi une expérience très avancée en ce sens qu’il permet de naviguer avec fluidité dans l’équivalent de plusieurs milliers de documents [19][19]  www.geoportail.gouv.fr/accueil . Pour les cartes récentes, le continuum cartographique du géoportail correspond bien à la production numérique des vingt dernières années. En effet, actuellement, les feuilles ne sont plus des unités de production mais seulement des unités d’impression, leur périmètre peut varier à la demande comme en témoigne le service « La carte à la carte » proposé par le site de l’IGN [20][20]  http://loisirs.ign.fr/carte-a-la-carte-randonnee.... Pour sa part, la production ancienne est exposée de deux manières différentes : soit sous la forme d’une mosaïque continue construite par assemblage des feuilles - alors unité de production -, soit, pour pallier les défauts de ce principe, feuille par feuille avec les métadonnées correspondantes. Pour le moment, le géoportail présente seulement deux couvertures historiques de la France mais il est prévu d’intégrer d’autres documents au cours des prochaines années. Par contre, il n’est pas dans sa mission de dépasser les limites du territoire national.

• Bibliothèque nationale d’Écosse

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La bibliothèque nationale d’Écosse a été l’un des premiers établissements de conservation à mettre en cause le système de localisation préconisé par la norme. Son responsable, C. Fleet, poursuit ses recherches et ses expériences de publication en ligne en intégrant les évolutions récentes des fonctionnalités proposées par les SIG [21][21] Dès 2008, C. Fleet présentait les résultats de ses.... Actuellement, le site de la cartothèque propose plusieurs dizaines de milliers de documents en ligne qui constituent en quelque sorte le pendant écossais du géoportail français [22][22] Cartothèque en ligne de la Bibliothèque nationale d’Ecosse.... L’intérêt de cette expérience est qu’elle a été mise en place dans le cadre d’une cartothèque par des professionnels de la bibliothéconomie et du traitement des métadonnées. En ce sens, elle est transférable à d’autres établissements de la même catégorie.

• Le projet CartoMundi

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En France à nouveau, l’université d’Aix-Marseille développe depuis quelques années, avec la collaboration de l’IGN et de la BnF, CartoMundi [23][23]  http://cartomundi.eu., un site dédié à la valorisation du patrimoine cartographique. Ce catalogue collectif référence des cartes et permet de visualiser celles qui sont numérisées, pour n’importe quelle région du monde à n’importe quelle échelle. Il exploite les fonctionnalités des SIG et du mashup pour rechercher les documents, pour visualiser leur emprise et pour gérer les séries à travers des tableaux d’assemblage.

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Cette liste n’est pas exhaustive mais elle rend compte des principales expériences récentes [24][24] On peut y ajouter, par exemple, le site de le Deutschen.... En tout état de cause, la majeure partie des sites de documentation cartographique fondés sur des SIG présentent un point commun : ils traitent tout d’abord des séries cartographiques et ils les exposent à travers des tableaux d’assemblage [25][25] Le site Alexandria Digital Library, développé par l’université.... Un tableau d’assemblage est la grille de découpage du territoire représenté par une carte partagée en plusieurs feuilles ; chaque case du tableau correspond à une feuille de la carte. Cette grille est tracée sur un fond cartographique dont l’échelle de réduction permet d’indiquer les détails nécessaires au repérage de la zone représentée par chaque feuille. Cet outil a tout d’abord été développé par les producteurs et les utilisateurs des documents ; on en trouve les premiers exemples avec la naissance des cartes en série, au début de la seconde moitié du XVIIIe siècle [26][26] Avant de se généraliser à partir du milieu du XVIIIe.... Les tableaux d’assemblage constituent aussi un instrument efficace pour gérer les collections. Les cases qui correspondent aux documents conservés sont cochées ; dans certains établissements, chaque case est annotée avec la date d’édition de la feuille correspondante, ce qui permettait aux cartothécaires de rendre compte de leur collection. Ces tableaux présentent plusieurs avantages. Tout d’abord, ils donnent une vue d’ensemble du périmètre géographique couvert par chaque série. Ensuite, le tableau d’assemblage permet de « naviguer » dans la série qu’il représente. En effet, si le territoire est représenté par plusieurs feuilles d’une série, le tableau d’assemblage en dresse la liste. Cet usage est d’autant plus précieux que, dans beaucoup de bibliothèques, le nombre de documents qu’il est possible de consulter au cours d’une séance de travail est limité [27][27] Dans la plupart des grandes cartothèques, le nombre.... Il est aussi indispensable pour les séries dont les feuilles ne portent pas de titre « parlant » mais seulement un numéro, parfois difficile à décoder.

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Pour ces multiples raisons, les tableaux d’assemblage sont complémentaires des listes enregistrées sous la forme de fiches de suite. Ce n’est pas un hasard si, au dos de certaines de ces fiches, les catalogueurs ont parfois dressé un tableau d’assemblage manuscrit pour rendre compte de l’organisation de la série correspondante. Dans toutes les cartothèques, ces tableaux rendent encore beaucoup de services, que les collections soient cataloguées ou non. Les responsables de la Staatsbibliotek de Berlin l’ont bien compris lorsqu’ils ont décidé de mettre des reproductions de ces tableaux en ligne en annexe des fiches descriptives des séries [28][28] Le principe adopté à Berlin a le mérite d’être simple,.... Le principal problème posé par ces documents est celui de leur informatisation. Les reproductions sous forme d’images fixes, telles qu’elles ont été effectuées à Berlin par exemple, sont assez efficaces pour un catalogue local mais elles ne se partagent pas et leur mise à jour est nécessairement artisanale.

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Les fonctionnalités des SIG, telles qu’elles ont été exposées plus haut, offrent des solutions plus satisfaisantes. Non seulement elles permettent de prendre le relais des tableaux sur papier mais elles offrent l’opportunité de développer de nouveaux outils plus performants. De ce point de vue, le site CartoMundi est le plus avancé dans la mesure où il s’agit d’un catalogue collectif. Par exemple, pour chaque série, il permet de visualiser successivement les états de collections de chaque établissement participant à son catalogue sur un tableau d’assemblage interactif. Il permet aussi aux cartothécaires d’enregistrer chaque état de collection en « cochant » en ligne les cases de ce tableau.

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Malgré leur intérêt évident, ces systèmes rencontrent pourtant les plus grandes difficultés à être adoptés par les cartothécaires.

Un savoir-faire étranger à la bibliothéconomie

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Pour faire fonctionner les systèmes présentés plus haut, plusieurs conditions sont nécessaires. Tout d’abord, le principe du mashup et les requêtes par localisation géographique à partir d’une carte sont pilotés par des systèmes informatiques assez différents de ceux habituellement exploités par les catalogues de bibliothèques. Ensuite, les informations relatives au périmètre représenté par chaque document ne peuvent pas être enregistrées sous forme de texte comme c’est le cas pour les indications de coordonnées. Chaque polygone doit être généré, dans un format particulier, à l’aide d’un logiciel dédié, manipulé par un géomaticien.

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Cette opération ne va pas de soi. Dans la mesure où la terre est à peu près sphérique, sa représentation sur un document imprimé à plat passe par des transformations géométriques contrôlées par plusieurs variables : le mode de projection, l’ellipsoïde (modélisation de la sphéricité de la Terre), le méridien d’origine [29][29] Le méridien d’origine est celui à partir duquel on..., etc. Pour définir l’emprise d’un document sur la sphère terrestre, le géomaticien procède en quelque sorte à l’inverse du cartographe ; pour y parvenir, il doit disposer de la valeur de chaque variable. Or, ces informations sont rarement indiquées sur les documents eux-mêmes (pour la plupart des documents antérieurs au milieu du XXe siècle) et sont partielles, voire inexistantes, pour de nombreux documents plus récents.

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Lorsqu’elles existent, ces données ne sont pas toujours facilement accessibles. La plus grande part de la cartographie publiée depuis 1850 a été produite par des organismes militaires. Or, ces organismes n’ont pas pour mission de partager leur savoir-faire, au contraire. Pour un militaire, les informations recherchées pour le géoréférencement sont stratégiques : on ne tire pas un obus avec une carte dont on ne connait pas les principes de construction. Des travaux de recherche en archives seraient trop longs et trop coûteux et ils ne seraient pas toujours couronnés de succès. Pour les documents plus anciens, les difficultés sont multiples : les auteurs des cartes ont souvent utilisé des méthodes approximatives plus bricolées que calculées ; certaines méthodes ont échappé à la postérité et aux archives (c’est le cas par exemple pour la célèbre carte de France de Cassini, de toute évidence construite sur la base d’un ellipsoïde mais dont on n’a pas retrouvé les paramètres. Les ingénieurs de l’IGN français, d’une part, et leurs homologues belges, d’autre part, ne sont pas parvenus à restituer son mode de construction).

Des innovations difficiles à s’approprier

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Dans ce contexte, c’est dans des établissements qui produisent des cartes que les premières expériences de géoréférencement de documents cartographiques ont été conduites car ils disposent de ressources internes pour l’expertise en matière de géomatique. C’est le cas de l’IGN et de son géoportail, c’est aussi le cas à l’Institut cartographique de Catalogne [30][30] Institut Cartogràfic de Catalunya, www.icc.cat où la cartothèque bénéficie du savoir-faire des services de production. D’autres expériences ont été conduites dans des établissements de taille moyenne dont les promoteurs sont assez jeunes [31][31] Comme c’était le cas à Glasgow (NLS) ou à Berlin (Staatsbibliothek),.... Dans les grandes collections, on adopte moins facilement les nouvelles technologies. Par ailleurs, le monde de la bibliothéconomie et celui de la géomatique sont totalement étrangers l’un à l’autre. À la BnF, le Département des cartes et plans, le moins important de la bibliothèque, conserve un million de documents. Mais, alors qu’une expertise en matière d’information géographique permettrait de réfléchir au développement de nouvelles formes de référencement, on ne compte pas un seul géomaticien parmi les 2 600 employés de l’établissement.

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Les difficultés à s’approprier les nouvelles technologies du référencement géographique semblent aussi très liées à la formation des cadres. Actuellement, les deux principaux établissements français de formation des conservateurs, l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib) et l’École des chartes, ne proposent aucun enseignement spécifique dédié au traitement des documents cartographiques. Les cartothécaires sont tout d’abord des bibliothécaires, formés sur le tas au traitement de la cartographie ; les questions relatives au géoréférencement des documents leur étaient totalement étrangères jusqu’à une période récente [32][32] Cela n’a pas toujours été le cas. Si, depuis plusieurs....

Proposer des outils simples

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Dans ce contexte, si l’on considère qu’il est nécessaire d’exploiter les ressources du géoréférencement pour mettre en valeur le patrimoine des cartothèques, il semble urgent de proposer des outils facilement appropriables par les cartothécaires sans chercher à les transformer en spécialistes de géomatique. Le travail du géomaticien tel qu’il a été présenté plus haut est non seulement complexe, il est aussi coûteux. Il l’est d’autant plus que la précision souhaitée est importante. Or, il n’est pas nécessaire de produire un référencement géographique aussi précis pour un catalogue de bibliothèque que pour tracer une ligne de TGV. Par ailleurs, le traitement des documents anciens, même lorsqu’il est effectué par les meilleurs spécialistes, donne lieu à des résultats souvent approximatifs [33][33] Plus les documents sont anciens, plus ils résultent.... Ainsi, le développement d’outils simples, même s’ils donnent parfois des résultats inférieurs à ceux qui seraient obtenus suivant les règles de l’art, constitue la solution la plus réaliste.

37

Le site CartoMundi, déjà cité, propose à ses partenaires un générateur de tableaux d’assemblage. Son utilisation est aussi simple qu’un jeu de bataille navale. L’opérateur enregistre la latitude de chaque ligne et la longitude de chaque colonne puis il détermine le périmètre du tableau d’assemblage en cochant des cases. Avec ces données, le système génère autant de polygones que le tableau comporte de cases et, pour en permettre le contrôle, il les affiche sur un planisphère. Ce générateur permet aussi de définir le méridien d’origine des longitudes et de saisir les coordonnées dans l’unité portée sur les documents. Ainsi, il permet aux cartothécaires de faire l’économie des opérations qu’ils détestent le plus : la conversion des coordonnées en « degrés, minutes, secondes » et la translation des longitudes vers le méridien de Greenwich. Cet outil est le plus avancé qui soit disponible mais, en contrepartie de sa simplicité d’utilisation, il permet de traiter seulement certaines séries cartographiques. Il ne fonctionne pas pour celles dont le mode de découpage suit une grille de mesures linéaires. Si l’on considère le verre à moitié vide, c’est encore un tiers des séries qui doit être traité par des géomaticiens ; si l’on considère qu’il est à moitié plein, cet outil permettra de générer à moindre frais des centaines de milliers de polygones, correspondant pour la plus grande part à des cartes topographiques publiées depuis la fin de la première guerre mondiale.

38

Cet outil (en service depuis quelques mois seulement) devrait permettre de gagner beaucoup de temps dans le traitement des séries cartographiques. En effet, pour une série de 100 feuilles, organisées dans un tableau d’assemblage de 10 cases de côté, il est nécessaire suivant la norme de saisir 400 coordonnées géographiques. Par ailleurs, si ces coordonnées ne sont pas exprimées en « degrés, minutes, secondes », il faut auparavant les convertir et, si le méridien d’origine du découpage n’est pas celui de Greenwich, on doit calculer la translation des 200 valeurs de longitude [34][34] Pour les catalogueurs qui suivent la norme, le temps.... Avec le générateur de tableau d’assemblage, il faut moins d’une demi-heure pour cocher les cases du tableau et saisir 22 coordonnées, telles qu’elles sont exprimées sur le document, quel que soit le méridien d’origine. On peut espérer que le temps gagné permettra d’accélérer les opérations de catalogage initial et/ou de dégager des moyens pour mobiliser les géomaticiens requis pour le référencement géographique des autres séries.

39

Par ailleurs, on peut aussi penser que la facilité avec laquelle cet outil peut être exploité par les catalogueurs contribuera à lever la défiance des conservateurs quant aux budgets nécessaires au référencement géographique des documents complexes. Enfin, l’introduction du référencement géographique devrait constituer un nouveau vecteur de promotion du partage des données.

Un enjeu de normalisation

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Dans un article publié aux États-Unis à la fin de l’année 2007, Jorge A. Gonzalez note que les techniques de référencement géographique sont en forte évolution et appelle à la mise en place de nouvelles normes d’enregistrement des données pour le catalogage des cartes [35][35] J. A. GONZALEZ, « Problems That Arise When Provinding.... Sept ans plus tard, le groupe Map & Geospatial Information Round Table (Magirt) de l’Association des bibliothèques américaines (ALA) poursuit ses activités en la matière mais aucune modification n’a encore été adoptée. C’est cependant de ce groupe, fort de plus de 300 membres, qu’il faut attendre les prochaines décisions. Cela d’autant plus que les autres associations professionnelles internationales susceptibles de proposer une évolution de la norme ont été récemment démantelées [36][36] La section des Bibliothèques de géographie et des cartothèques.... Cette situation ne facilite pas la coopération et les échanges entre les établissements.

3 - Étendre l’usage des informations géographiques

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Cependant, depuis la présentation des travaux pionniers de C. Fleet en 2008, les expériences se multiplient et la position des conservateurs évolue : on assiste depuis quelques années à une multiplication des initiatives. Plus localement, en France, un rapport récent de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes) quant au programme de rétroconversion des années à venir note que le Sudoc et le format Unimarc ne sont pas pertinents pour les documents cartographiques car ils ne permettent pas d’en visualiser les zones géographiques [37][37] « Politique de rétroconversion dans le Sudoc - Axes.... Pour sa part, le Département des cartes et plans de la BnF réfléchit à une collaboration avec le système CartoMundi [38][38] Voir « Une politique de recherche innovante ». Chroniques.... De toute évidence, on se dirige vers un abandon des coordonnées au profit des outils proposés par le monde de l’information géographique et de la technique du mashup. Les interfaces graphiques correspondantes sont à la fois plus intuitives et plus informatives que les zones d’un bordereau de recherche ou qu’une liste de résultats sous forme textuelle (fig. 4). Ainsi, ces nouveaux outils ne vont pas seulement améliorer l’accès aux catalogues pour les spécialistes, ils vont aussi en ouvrir l’usage à un public plus large, moins averti et qui ne fréquente pas les cartothèques. Le succès rencontré par le géoportail témoigne de l’intérêt de ce public pour les représentations des lieux qu’ils connaissent, où ils ont vécu, etc. Cette ouverture sera d’autant plus large que le catalogage est une étape préliminaire à la numérisation. Or, les enjeux portés par cette technologie constituent une véritable opportunité de renouvellement des méthodes de recherche et des problématiques en matière d’analyse de l’organisation et de l’occupation de l’espace. Dans la mesure où on ne lit pas une carte in extenso mais qu’on la consulte avec des questions et que chaque nouvelle question engage une nouvelle consultation, la numérisation et la mise à disposition des cartes en ligne auraient de toute évidence pour effet d’en régénérer et d’en multiplier les usages.

Figure 4 - Écran du site CartoMundi Figure 4

Partagé en plusieurs fenêtres, l’écran permet de visualiser à la fois une notice de série, un tableau d’assemblage et la notice de la feuille qui correspond à la case repérée en couleur sur le tableau.

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Il reste cependant à transcrire cette évolution dans la norme, ce qui est toujours une affaire de longue durée. Enfin, l’information géographique constitue un outil suffisamment puissant en matière de sélection des informations pour que l’on envisage d’en étendre l’usage, non seulement aux autres figurations graphiques - estampes et photographies - mais aussi aux documents imprimés qui traitent d’un territoire particulier ; ils sont abondants.

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Juillet 2014

Notes

[1]

Par exemple, dans la base du Sudoc, pour le sujet « Beyrouth », le système retourne plusieurs réponses dont la notice d’une carte à l’échelle un millionième intitulée Beyrouth-Alexandrie. Or, sur cette carte, la ville recherchée est figurée par un simple point. Il ne s’agit pas d’une erreur, mais Beyrouth et Alexandrie sont les villes les plus importantes comprises dans le champ de la représentation. De toute évidence, le catalogueur a travaillé en aveugle, à partir du titre du document seulement. Cet exemple n’est pas une exception.

[2]

Un gazetteer est un index géographique de noms de lieux. Pour chaque entrée, il indique ses coordonnées et parfois aussi des données statistiques. Les principaux gazetteers mondiaux en ligne sont Geonames et le Getty Thesaurus of Geographic Names (TGN).

[3]

Dans le Sudoc, de nombreuses notices sont dérivées de catalogues étrangers et leurs qualifications dans le champ Sujet n’ont pas été francisées. Ainsi, par exemple, on trouve une carte du nord de l’Egypte dont les descripteurs géographiques sont Unterägypten, Sueskanal, Halbinsel Sinai. Sachant que le Sudoc est surtout utilisé dans le monde francophone, il est peu probable que cette notice apparaisse souvent dans les résultats des requêtes.

[4]

Catalogage des documents cartographiques - rédaction de la description bibliographique, norme Afnor Z44-067, 1991 ; Catalogues de documents cartographiques - manuel d’application du fascicule de documentation Z44-067 et de la norme NF Z 44-081, norme Afnor Z44-068, 1992 ; Catalogage des documents cartographiques - forme et structure des vedettes noms géographiques, norme Afnor, NF Z 44-081, 1993.

[5]

Pierre-Yves DUCHEMIN, « Le traitement des cartes et plans à la Bibliothèque nationale », Documentaliste-Sciences de l’information, mars 1990, vol. 27, n° 2, p. 56-62.

[6]

Par exemple, pour la carte d’Espagne à l’échelle 1 :50 000, qui compte un millier de feuilles, un test effectué sur les coordonnées enregistrées dans le catalogue de la BnF a montré qu’il comportait des erreurs de saisie pour 47 feuilles. Le taux d’erreur atteint pratiquement 5 pour cent des feuilles.

[7]

L’enregistrement des coordonnées suivant la norme permet de produire deux modèles géométriques différents : - un rectangle circonscrit qui est déterminé par les coordonnées de deux angles diamétralement opposés. Il présente l’avantage d’être très simple pour effectuer des calculs mais sa visualisation graphique peut donner lieu à de fortes incohérences (voir Douglas R. CALDWELL, « Unlocking the Mysteries of the Bounding Box », Coordinates, 2005, Series A, n° 2 [en ligne]) ; - un polygone dont le périmètre suit les lignes des méridiens et les parallèles. Ce modèle géométrique est plus précis que le précédent ; il peut être visualisé suivant n’importe quel mode de projection mais il impose des logiciels d’informations géographiques aussi bien pour sa génération que pour son exploitation.

[8]

Au contraire de la grille des méridiens et des parallèles qui découpe directement la surface de la terre suivant des coordonnées angulaires, les grilles planes sont construites sur la base d’une figuration projetée sur une surface plane. Les coordonnées sont alors exprimées en mesures linéaires depuis un point d’origine déterminé de manière arbitraire. Ce principe ne présente aucune cohérence avec celui de la grille des coordonnées angulaires et le passage d’un système à l’autre mobilise des algorithmes complexes (voir l’article « Converting back-and-forth from spherical to Cartesian coordinates » [en ligne sur plusieurs sites web]).

[9]

Dans certains cas, les feuilles se superposent, c’est le cas par exemple des cartes routières ou des cartes touristiques. Par ailleurs, le découpage de certaines séries peut suivre des limites administratives ou de juridiction. C’est le cas par exemple avec la carte de France par départements (chaque feuille représente un département) ou avec les plans cadastraux dont les limites entre les feuilles suivent le tracé des routes et des rues.

[10]

Annick BERNARD, « Sur l’abandon du catalogage à niveaux par la Bibliothèque nationale », Bulletin d’informations de l’ABF, 1988, n° 141, p. 26-27.

[11]

À la BnF, le directeur du Département des cartes et plans estimait fin 2011 que son fichier de suites correspondait à 300 000 à 400 000 documents, soit environ le tiers de la collection, www.univ-provence.fr/webtv/?x=cartomundi_2012.

[12]

SBN - Catalogo del servizio bibliotecario nazionale : http://opac.sbn.it/opacsbn/opac/iccu/free.jsp, onglet Cartografia

[13]

Dublin Core, Zone 14 Coverage : ce champ est dédié à la fois à la couverture temporelle et à la couverture géographique des documents décrits, www.bnf.fr/fr/professionnels/formats_catalogage/a.f_dublin_core.html.

[16]

Open Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting. L’OAI-PMH est un protocole d’échange de métadonnées entre les pourvoyeurs d’informations et les moteurs de recherche.

[17]

Un SIG (GIS en anglais) est un logiciel qui permet de relier des unités spatiales, localisées dans un système de coordonnées, avec des données chiffrées ou textuelles qui qualifient ces unités. Les interfaces des SIG comportent d’un côté une carte, de l’autre un tableau. Chaque ligne du tableau correspond à une unité spatiale sur la carte.

[18]

David Rumsey Map Collection, www.davidrumsey.com

[21]

Dès 2008, C. Fleet présentait les résultats de ses premières expériences et réflexions. Congrès Liber - Groupe des cartothécaires, Amsterdam, 1 juillet 2008. Powerpoint à télécharger : https://sites.google.com/site/libergdc2008/conferenceprogrammetuesday.

[22]

Cartothèque en ligne de la Bibliothèque nationale d’Ecosse (NLS) : http://maps.nls.uk

[24]

On peut y ajouter, par exemple, le site de le Deutschen Fototek (www.deutschefotothek.de/cms/kartenforum-sachsen-koenigreich.xml) et celui de l’Institut cartographique de catalogne (ICC) qui propose un signalement par points dont on remarquera les limites dans les zones de forte densité. Par ailleurs, dans la mesure où chaque point figure un lieu sans « épaisseur » ce système est incapable de rendre compte de la cartographie à petite échelle, http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/Georeferenciacio.

[25]

Le site Alexandria Digital Library, développé par l’université de Santa Barbara (Californie) dès le milieu des années 1990 et l’une des premières expériences d’utilisation des SIG en matière de documentation cartographique, fait exception à la règle. Il ne prend pas en charge les séries cartographiques. www.alexandria.ucsb.edu.

[26]

Avant de se généraliser à partir du milieu du XVIIIe siècle, les premiers tableaux d’assemblage semblent avoir été dressés par les hydrographes pour servir de guide à leurs recueils de cartes. Ainsi, la première planche de l’atlas des côtes de France, publiée par Christophe Tassin en 1634, est un tableau d’assemblage (C. TASSIN, Cartes générales et particulières de toutes les costes de France, tant de la mer Océane que Méditerranée, où sont remarquées toutes les isles […], Paris : Sébastien Cramoisy, 1634, pl. 1.).

[27]

Dans la plupart des grandes cartothèques, le nombre de documents qu’il est possible de consulter au cours d’une séance de travail est plafonné entre 8 et 15. Dans ce contexte, les séries de plus de 25 feuilles, pour lesquelles il n’existe pas de tableau d’assemblage, sont condamnées à dormir sur leurs étagères. H. COSTE, Conserver et mettre en valeur des cartes et plans en bibliothèque municipale : l’exemple de la collection Chardey au Havre. Mémoire d’étude, diplôme de conservateur de bibliothèque, Enssib, 2006.

[28]

Le principe adopté à Berlin a le mérite d’être simple, facile à mettre en œuvre et peu dispendieux. Les tableaux d’assemblage sont simplement publiés en ligne sous la forme d’images fixes mais ils sont cependant très utiles (voir : http://staatsbibliothek-berlin.de).

[29]

Le méridien d’origine est celui à partir duquel on a décidé de partager la sphère terrestre pour mesurer la longitude. Depuis 1884, le méridien de Greenwich est considéré comme la référence internationale mais, jusqu’à une période récente, de nombreux autres méridiens ont été utilisés par les ateliers de cartographie.

[30]

Institut Cartogràfic de Catalunya, www.icc.cat

[31]

Comme c’était le cas à Glasgow (NLS) ou à Berlin (Staatsbibliothek), exemples cités plus haut.

[32]

Cela n’a pas toujours été le cas. Si, depuis plusieurs décennies, le Département des cartes et plans de la BnF est dirigé par des chartistes, des archivistes et/ou des historiens, il a été fondé au début du XIXe siècle par Edme Jomard, ingénieur polytechnicien. Comme en témoignent ses travaux, il disposait d’une forte compétence à s’approprier les nouvelles techniques de cartographie.

[33]

Plus les documents sont anciens, plus ils résultent de bricolages en ce qui concerne leur géodésie. Pour en construire le référencement géographique, les solutions bricolées se révèlent souvent aussi efficaces que les calculs interminables.

[34]

Pour les catalogueurs qui suivent la norme, le temps consacré au référencement géographique de chaque document (feuille) varie en fonction des difficultés entre 3 à 45 minutes. Sur la base d’une moyenne de 6 minutes, le temps consacré à une série de 100 feuilles correspond à plus de 10 heures de travail (résultats d’une enquête sur les usages du référencement géographique conduite auprès des membres du géo-réseau en février 2013 par l’auteur).

[35]

J. A. GONZALEZ, « Problems That Arise When Provinding Geographic Coordinate Information for Catalogued Maps », Coordinates, 2007, Series B, n° 8 [en ligne]

[36]

La section des Bibliothèques de géographie et des cartothèques de l’International Federation of Library Associations (IFLA) a été fermée à la fin de l’année 2009. Pour sa part, le Groupe des cartothécaires de la Ligue de bibliothèques européennes de recherche (LIBER) a été démantelé au printemps 2012.

[37]

« Politique de rétroconversion dans le Sudoc - Axes 2012-2015 », www.abes.fr/Sudoc/Retroconversion/Un-enjeu-national

[38]

Voir « Une politique de recherche innovante ». Chroniques de la Bibliothèque nationale de France, 59, juillet-sept 2011, p. 17 [en ligne]

Résumé

Français

Cet article est consacré aux méthodes d’enregistrement et d’exploitation des données de référencement géographique des cartes et plans dans les catalogues des bibliothèques. Après un bilan des pratiques qui suivent la norme et l’exposé des difficultés relatives à leur mise en œuvre, Jean-Luc Arnaud présente les possibilités offertes par les nouveaux outils de l’information géographique et du géoréférencement à travers quelques exemples. Le constat est sans appel, ces outils ont des performances sans commune mesure avec ceux préconisés par la norme. Les pratiques évoluent assez rapidement et, de toute évidence, la cartothéconomie est à un tournant de son histoire. Cependant, plusieurs années sont encore nécessaires pour évaluer avec un recul suffisant les résultats proposés par des outils eux-mêmes en évolution rapide.

English

Map cataloging and retrieval. Geographical indexing in question The topic of this article is methods of registering and exploiting geographical reference data related to maps indexed in library catalogues. Following his assessment of practices that follow the norm and his description of the problems related to their implementation, Jean-Luc Arnaud describes several new geographic information and geo-indexing tools and their possibilities. Indisputably, these tools outperform those favored by the norm. Practice evolves rapidly and clearly the science of map retrieval is at a crossroads. That said, several years will pass before we have the necessary distance to assess these rapidly evolving tools.

Español

Catalogar, investigar los mapas. La georreferenciación en cuestión Este artículo está dedicado los métodos de registro y explotación de datos de referenciación geográfica de mapas y planos en los catálogos de bibliotecas. Después de hacer un balance de prácticas que siguen la norma y exponer las dificultades relativas a su puesta en marcha, Jean-Luc Arnaud presenta las posibilidades ofrecidas por las nuevas herramientas de información geográfica y de georreferenciación a través de algunos ejemplos. La constatación es categórica, estas herramientas tienen un desempeño sin parangón respecto a aquellos preconizados por la norma. Las prácticas evolucionan bastante rápidamente y, sin duda alguna, la economía de mapas se encuentra en un momento crucial de su historia. Sin embargo, todavía es necesario que pasen muchos años para evaluar con una perspectiva suficiente los resultados propuestos por las mismas herramientas en rápida evolución.

Deutsch

Karten katalogisieren und recherchieren: Die geographische Referenzierung in Frage gestellt Dieser Aufsatz behandelt die Methoden zur Erfassung und Erschliessung der Daten geographischer Referenzen von Karten in Bibliothekskatalogen. Nach einer Darstellung der Praktiken, die der Norm folgen, und der Schwierigkeit ihrer Umsetzung, stellt Jean-Luc Arnaud anhand einiger Beispiele die Möglichkeiten vor, die von den neuen Tools der geographischen Information und Referenzierung angeboten werden. Der Befund ist eindeutig: Diese Tools sind deutlich leistungsfähiger als diejenigen, die von der Norm vorgeschrieben werden. Die Praktiken ändern sich schnell, und zweifellos steht das Management der Kartographie an einem historischen Wendepunkt. Es wird jedoch noch einige Jahre erfordern, um mit genügend Erfahrung beurteilen zu können, welche Ergebnisse die Tools anbieten können, die selbst einem raschen Wandel unterliegen.

Plan de l'article

  1. 1 - Difficultés et limites de l’exploitation des données géographiques dans les catalogues
    1. Enregistrer l’information géographique
      1. • Les coordonnées géographiques
      2. • Une acquisition difficile
      3. • Périmètre effectif ou quadrangle circonscrit ?
      4. • L’unité de description en question
    2. Une exploitation très limitée
    3. L’exemple du catalogue de la Société italienne de géographie
  2. 2 - Les systèmes d’informations géographiques
    1. Expérimentations récentes
      1. • Géoportail, le portail des territoires français
      2. • Bibliothèque nationale d’Écosse
      3. • Le projet CartoMundi
    2. Un savoir-faire étranger à la bibliothéconomie
    3. Des innovations difficiles à s’approprier
    4. Proposer des outils simples
    5. Un enjeu de normalisation
  3. 3 - Étendre l’usage des informations géographiques

Pour citer cet article

Arnaud Jean-Luc, « Cataloguer, rechercher des cartes. Le référencement géographique en question », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2014 (Vol. 51), p. 68-79.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2014-3-page-68.htm
DOI : 10.3917/docsi.513.0068


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