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Documentaliste-Sciences de l'Information

2014/3 (Vol. 51)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.513.0081
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Loi et Internet. Un petit guide civique et juridique, Fabrice Mattatia ; préface d’Alain Bobant, Paris : Eyrolles, 2014. – XVI-232 p. – ISBN 978-2-212-13716-3 : 12,90 €

Un excellent outil sur le droit appliqué à internet

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Vous avez besoin d’une mise en jambe sérieuse ou seulement d’un petit complément d’information sur certains aspects du droit appliqué à lnternet ? Voilà l’ouvrage qu’il vous faut.

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Pour cerner la question, Fabrice Mattatia a choisi sept chapitres consacrés à la liberté d’expression, aux données personnelles, à l’e-réputation, au droit d’auteur, aux transactions en ligne, à l’Internet et la vie professionnelle et à la cybercriminalité. Vous y découvrirez des textes émaillés de définitions, de jurisprudence, de « précisions », d’extraits de jugements, de perspectives, d’éléments « à retenir », de résumés de débats en cours, de points de vue de spécialistes, etc., soit autant d’encadrés didactiques qui rythment l’ouvrage, autant de respirations.

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Vous saurez par exemple s’il faut modérer ou non votre site, le déclarer ou non, si votre employeur peut accéder à votre messagerie, les règles à appliquer lorsque les employés utilisent leur matériel personnel dans l’entreprise. Vous bénéficierez de conseils sur la manière de concilier liberté d’expression et responsabilité sur les réseaux sociaux, de « façonner votre eréputation », de faire de la prospection commerciale, de gérer les droits lorsque vous sous-traitez un site web, d’offrir des produits en ligne, etc. Vous apprécierez les risques pris pour aspirer un site, ne serait-ce qu’à des fins de précaution, ou pour mentir sur les réseaux…

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L’ouvrage sert de référence lorsque, comme pour la notion de vie privée, il donne l’historique de certains concepts. Vous saurez également ce qu’est le droit prétorien, les enjeux de la neutralité du net, de la fuite de données, de l’usurpation d’identité, etc. ; l’Internet recoupe bien des éléments évoqués par les médias. Sur un plan différent, moins médiatisée mais tout aussi importante : la revente de logiciels d’occasion est désormais une possibilité offerte dont vous saurez apprécier l’impact.

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Des références à quelques condamnations portant sur des photos, des bandes dessinées, de la musique ou encore la revue de presse mettent le doigt sur plusieurs règles en matière de droit d’auteur, évoqué également à travers d’autres exemples : le rôle joué par la Hadopi, toujours en activité, les DRM et le téléchargement illégal, un focus sur les logiciels et les noms de domaine, le droit d’auteur des salariés.

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Ce livre de petite dimension n’est pas évidement pas en mesure d’approfondir toutes les facettes du sujet mais le nombre et la variété des éléments abordés, de manière concise et claire, y est remarquable. L’auteur se place tantôt du côté du public - citoyen ou consommateur - tantôt du côté du professionnel : ce n’est pas le moindre des défis, magistralement relevé ici.

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Analyse de Michèle BATTISTI

Opening Science. The Evolving Guide on How the Internet is Changing Research, Collaboration and Scholarly Publishing, Sönke Bartling, Sascha Friesike (eds), Springer, 2014. - 291 p. – ISBN 978-3-319-00025-1 (Print) : 52,74 € ; 978-3-319-00026-8 (Online& open access)

La science ouverte, une autre manière de « faire de la science »

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Open science, la science ouverte, après open society, open access, open data… simplement un autre mot à la mode, un buzzword de plus pour les initiés ? Google ramène pêle-mêle une association en marge du CNRS, une collection de livres, une nouvelle revue canadienne, un blog, puis une interview dans le BBF de… 1984 où il était déjà question de la science ouverte, du projet de la future Cité de la Science, de la vulgarisation scientifique, du besoin de sortir des institutions traditionnelles, etc. Open science, synonyme donc de notre culture scientifique ? Une nouvelle outre pour du vieux vin en quelque sorte ?

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Oui et non. Pour mieux comprendre, pour en savoir davantage, voici un livre en anglais, publié chez Springer, qui pourrait devenir rapidement un ouvrage de référence parce qu’il est bien écrit, abordable et intéressant et, surtout, parce que sa version numérique, en PDF et HTML, est diffusée en libre accès sur la plateforme SpringerLink. Il mérite plus qu’un clic de courtoisie ou de curiosité.

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Les auteurs - scientifiques, bibliothécaires et documentalistes surtout des pays germanophones et des États-Unis - ont voulu faire le point sur ce concept d’open science, avec différentes approches et points de vue. Pari gagné. À travers ses courants théoriques, ses applications, développements et réalisations, ils réussissent à dégager un concept moderne de la science, un concept multiple et parfois contradictoire, certes, mais marqué surtout par les nouvelles technologies et la responsabilité sociale vis-à-vis de la société civile.

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La première partie du livre, composée de cinq chapitres, dresse le cadre. L’introduction place ce concept dans le contexte historique de la recherche scientifique. Les auteurs vont jusqu’à parler d’une deuxième révolution scientifique dont la science ouverte serait le paradigme, pour ne pas dire la bannière… Le deuxième chapitre aide à faire comprendre les différents courants et facettes du concept. « Science ouverte » désigne en même temps l’architecture des systèmes d’information, la production et la gestion des connaissances, leur communication libre sur Internet et en réseau, sans oublier la science citoyenne, une nouvelle forme de participation et d’interaction avec la société civile. Un autre chapitre met l’accent sur l’émergence d’une nouvelle « bureaucratie de la recherche » autour du financement, de l’évaluation (ranking) et des programmes européens. C’est lucide et quelque peu frustrant - le « open » a ses effets pervers et inattendus, pas seulement outre-Rhin ou aux États-Unis.

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La seconde partie, « Tools », réunit six chapitres sur des applications-clés de la science ouverte, notamment dans le domaine du Web 2.0. On y trouve donc les blogs, les réseaux sociaux, les gestionnaires de références, mais également le libre accès, les revues innovantes (PeerJ, etc.) et les logiciels libres (Public Knowledge Project). Chaque chapitre est aussi bien synthèse que mise à jour des développements récents. Pour ceux qui s’y connaissent un peu, c’est sans doute moins pertinent. Les sept chapitres de la troisième partie, « Vision », analysent et expliquent plusieurs nouveaux concepts et thématiques au cœur de la science ouverte. Dans l’ordre : les nouveaux indicateurs de performance (altmetrics), l’écriture collaborative, les données de la recherche, la propriété intellectuelle du point de vue américain, le financement de la recherche (funding), le crowdsourcing comme nouveau mode de gestion des connaissances et de participation, et la question de la visibilité sur Internet, avec de nouvelles formes de marketing de la science.

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L’ouvrage se termine par cinq petites contributions, de deux à trois pages chacune, sur des aspects pratiques en lien avec la production scientifique : les licences Creative Commons, l’organisation de la rédaction collective d’un article, les identifiants uniques pour les chercheurs (ORCID et autres) et pour les données de la recherche (DOI, via DataCite) et, d’une façon surprenante, une analyse critique de la préparation de cet ouvrage.

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Le livre se présente un peu comme un numéro spécial de revue. Inutile de résumer toutes les contributions. Elles sont toutes intéressantes et de qualité. On peut le lire d’un trait ou avancer chapitre par chapitre, en fonction des intérêts et du temps. Cela reste instructif, qu’on soit bibliothécaire, documentaliste, formateur, enseignant ou chercheur. La science ouverte a en quelque sorte trouvé ici son ouvrage de référence. Alors, effet de mode ou fait pour durer ? Pour les auteurs, aucun doute : non seulement la science ouverte n’est pas un phénomène éphémère dont on parle aujourd’hui pour passer à autre chose demain mais, de plus, elle sera sans doute tout simplement la manière de « faire la science ». Plus qu’un outil de communication, elle sera le garant de la qualité de la recherche de demain.

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Analyse de Joachim SCHÖPFEL

Digital Curation of Research Data. Experiences of a Baseline Study in Germany, Heike Neuroth, Stefan Strathmann, Achim Oßwald, Jens Ludwig (Eds.), Glückstadt : Verlag Werner Hülsbusch,, 2013. – 92 p. - ISBN 978 -3-86488-054-4 : 12,80 €. (Téléchargeable en ligne)

Enquête sur l’accessibilité à long terme des résultats de la recherche

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Les données de la recherche sont à l’ordre du jour dans le milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les bibliothécaires et documentalistes y auront un rôle à jouer. Le Ministère le leur a rappelé, lors des journées des directeurs des BU et autres services d’IST, début juin à Paris. Mais quel rôle exactement ? Et comment le jouer ?

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Voici un petit rapport financé par le réseau Nestor des services d’archivage pérenne des ressources numériques en Allemagne, qui s’ajoute au nombre grandissant d’analyses de besoin, d’articles et d’événements à ce sujet. Son intérêt est double : il s’agit d’une étude de benchmarking, et le document de synthèse - dans un anglais assez facile à lire - est diffusé gratuitement en ligne, sous licence Creative Commons Attribution CC-BY 3.0.

Des réalisations en matière d’archivage des données

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Le terme benchmarking désigne ici l’analyse des bonnes pratiques de ceux qui sont déjà expérimentés dans la gestion et la conservation à long terme de ces données. À la différence avec d’autres publications sur le même sujet, les auteurs - des enseignants-chercheurs et bibliothécaires de Göttingen, Cologne, Dortmund et Leipzig --ne s’attellent pas à évaluer les besoins sur le terrain, mais s’intéressent à la gestion et à l’archivage des données de la recherche là où cela fonctionne déjà et où cela fonctionne bien.

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Le maître mot est digital curation, c’est-à-dire l’accessibilité à long terme des résultats de la recherche et de leurs métadonnées. Le premier chapitre explique la signification de tous ces termes, mais ne cache pas que, dans certains cas, il n’y a pas (encore) de définition acceptée et reconnue.

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Les chapitres deux et trois décrivent comment plusieurs organismes de recherche et d’infrastructure allemands et internationaux, dont l’UNESCO, l’OCDE, l’Union Européenne et l’OMS, abordent cette thématique, comment ils ont mis en place une politique en matière de données, avec quel genre de recommandations, etc. Deux réalisations exemplaires sont citées, celles de la National Science Foundation (NSF) aux États-Unis et de l’Australian National Data Service (ANDS).

Le succès des collaborations collectives

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Tout cela est instructif et permet de mieux comprendre un paysage complexe et dynamique. Mais la partie la plus intéressante vient après, là où les auteurs font la synthèse de leur enquête (chapitres 4 à 6). L’approche était d’identifier les bonnes pratiques et les facteurs de succès, et ceci dans onze disciplines scientifiques, y compris la médecine et les sciences humaines et sociales.

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Parmi les résultats, citons trois aspects : tout d’abord, les réalisations réussies sont en règle générale collaboratives, fédérant plusieurs institutions et organismes autour d’un domaine, d’un équipement ou d’un objet d’investigation. Certes, certains établissements optent pour une approche isolée, mais les auteurs posent la question de l’efficacité et de l’efficience de telles solutions. Un deuxième résultat est la grande diversité de formats de données et surtout, de métadonnées - chaque discipline a ses propres métadonnées, souvent peu normalisées, ce qui ne pose pas de problème pour la gestion au quotidien, mais devient un obstacle pour la conservation à plus long terme. Ici, l’application d’identifiants uniques et pérennes, en premier lieu le DOI attribué par le réseau DataCite (en France, par l’INIST), joue un rôle important. Un troisième résultat est l’organisation centralisée de la gestion des données dans les institutions qui fonctionnent bien, avec une certaine sécurité et une stabilité en matière de financement (interne ou sur projet) et de ressources humaines, avec une qualification le plus souvent acquise « sur le tas ».

Des recommandations pour mener un projet

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À l’issue de cette enquête et à partir des expériences réussies, les auteurs formulent 34 observations et recommandations pour une politique de gestion, de diffusion et de conservation des données de la recherche, allant du général au plus précis, par rapport à la formation des personnels, aux formats de métadonnées, au financement, etc. Il s’agit d’une sorte de référentiel ou de check-list pour tout projet dans ce domaine. Rien que pour ces huit dernières pages, ce texte mérite d’être lu. Les résultats de l’enquête ont été publiés en intégralité en 2012 en allemand, ce qui en limite la diffusion. Ce petit rapport en anglais s’adresse donc à un public international, avec une version abrégée et synthétique. Voir comment font les autres pour réussir est toujours intéressant, même si les conditions ne sont pas nécessairement les mêmes. Aussi, il ne faut pas prendre les bonnes pratiques comme une recette à suivre à la lettre, mais plutôt comme une option, une contribution au débat qui s’annonce sur l’évolution des services et métiers en matière de données de la recherche.

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Analyse de Joachim SCHÖPFEL

Vos recherches avec Google, Bruno-Bernard Simon, Paris : Éditions Klog, 2014. - 162 p. – ISBN 979-10-92272-01-7 : 18 €

Un ouvrage indispensable, complément de net recherche

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À l’heure où la pieuvre de Montain View étend sur le monde contemporain ses tentacules toujours plus nombreuses, toujours à la fois plus massives et plus affinées, il est bien vu de revenir au cœur d’activité de Google : la recherche d’information. C’est ce que propose Bruno-Bernard Simon avec cet ouvrage appelé à connaître un grand succès. Sans que son propos ne se dilue de quelque façon que ce soit, l’auteur s’adresse dans le même mouvement aux internautes, aux professionnels de l’information, de la documentation et des bibliothèques, mais aussi aux formateurs.

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Après une contextualisation rapide, l’auteur commence par expliquer le fonctionnement du moteur de recherche après avoir campé le décor historique. Dans le même mouvement, la stratégie de la firme Google est exposée tant sa compréhension est capitale : « Google, sans être directement opposé aux professionnels de l’information, ne les aide pas pour autant. Le constat est sans appel et il faut le garder à l’esprit. Cette assertion ne reflète pas un réflexe anti-Google basé sur de mauvaises raisons émotionnelles : Google est un outil puissant et pertinent mais il n’est pas neutre. Il est donc aussi important d’en connaître le fonctionnement technique que la stratégie pour mieux l’utiliser. » (p. 54).

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Le chapitre suivant consiste en un passage en revue systématique de tous les gestes qui permettront au lecteur de « maîtriser » l’outil, c’est-à-dire de profiter à plein régime de la puissance de ce moteur hors norme. Cela va de l’agencement des mots dans la requête à l’analyse statistique des requêtes (Google Trends), en passant par la syntaxe propre à Google, l’utilisation du Googles, le décryptage de la page de résultats (la fameuse SERP), etc. Les différents « services » proposés par Google sont ensuite rapidement présentés (Livres, Actualités, Alertes et Scholar).

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Fort de l’idée qu’il est inconcevable d’enseigner la recherche d’information sans en passer par Google, l’auteur, formateur lui-même, propose quelques éléments de réflexion pédagogique ainsi que quelques « pistes de formation ». Que l’auteur soit formateur, on le devine à la lecture ! Pas moins de 77 figures illustrent un propos tout didactique.

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Reste que la force pédagogique de la démarche de l’auteur réside peut-être surtout dans le fonctionnement de l’attelage maîtrise technique/vigilance stratégique évoqué plus haut : précision technique sans perception stratégique (la sienne propre mais aussi celle de l’outil) n’est que ruine…

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Écrit d’une plume trempée dans la même encre que l’ouvrage de Véronique Mesguich et Armelle Thomas, l’ouvrage de Bruno-Bernard Simon est un très utile et tout à fait indispensable complément à Net recherche 2013 - bien évidemment présent dans la bibliographie ramassée (34 réf.) qui clôt l’ouvrage.

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Analyse de Bruno RICHARDOT

Guide historique des classifications de savoirs : enseignement, encyclopédies, bibliothèques, Claude-Michel Viry, Paris : L’Harmattan, 2013. – 256 p. – ISBN 978-2-343-01730-3 : 27 €

Un excellent outil pour aborder les problématiques de la classification

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Aborder l’histoire des classifications est chose fort délicate et peut se faire de différentes façons tant cette histoire est complexe et la problématique qu’elle véhicule, protéiforme.

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On peut commencer par s’assurer des fondements humains - trop humains - de cette activité classificatoire, sur autant de registres qu’on veut.

Une obsession humaine

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Le vieux texte mythologique de l’humanité, la Genèse, permet de comprendre la fonction discriminante, c’est-à-dire la force classificatoire du langage [1][1]  Genèse, 2, p. 19 et suiv.. Le fameux « catalogue des vaisseaux » de la Grèce homérique [2][2]  L’Iliade, II, p. 484 et suiv. montre comment la classification est liée, dès l’aube de l’histoire, à la comparaison et au catalogage (inventaire structuré). Les travaux de Jean Piaget [3][3]  La psychologie de l’intelligence (1947), par exe..., quant à eux, permettent de voir comment l’activité classificatoire vient à l’enfant, comme pour résoudre les problèmes que lui pose son environnement immédiat. Enfin, une étude ancienne et fondatrice d’Émile Durkheim et Marcel Mauss met en avant la détermination de la classification des choses par l’organisation sociale [4][4] « De quelques formes de classification - contribution.... Quatre registres différents (entre autres) sur lesquels se contextualise ostensiblement cette sorte d’obsession humaine qu’est la classification. On peut en effet prétendre, avec Claude-Michel Viry, que l’homme est immédiatement homo ordonator.

L’ambition aristotélicienne

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À un tel inventaire des registres, on pourra préférer la recherche du moment originel où se nouent les fils majeurs de la problématique de la classification, c’est-à-dire, en l’occurrence, revenir une fois encore à ce bon vieil Aristote. Parvenir à la connaissance de « ce qui est », sous le triple prisme de la définition, de la description et de la classification, telle est l’ambition aristotélicienne. Au Lycée s’élaborent dans le même mouvement trois types de classifications : classification scientifique, classification des sciences et classification des savoirs enseignés. Et, à bien observer la suite des événements, ces trois types de classifications vont certes prendre des chemins distincts, mais en se croisant à plusieurs reprises, en se mêlant parfois, par exemple lorsque le principe de la classification des sciences relèvera, comme chez Ampère, d’une analyse des faits et objets étudiés. De ces entremêlements naîtront pas mal d’ambiguïtés, notamment sur le statut des classifications bibliographiques (CDD, CDU) : ces classifications pointent-elles des objets scientifiquement élaborés (classification scientifique) ou bien articulent-elles des thèmes d’enseignement (classification des savoirs enseignés) ou encore déplientelles les divisions des sciences constituées (classification des sciences) ? La question n’est ni simple ni factice.

L’« attitude catégorielle »

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On pourra, troisième approche, étudier scientifiquement la classification « comme activité et pratique humaine - pas seulement humaine d’ailleurs : tout être vivant exerce une activité classificatoire, et l’?attitude catégorielle? lui est indispensable pour orienter son action dans son environnement » [5][5] Éric de Grolier, « Taxilogie et classification. Un.... Nous entrerions alors dans les voies parfois difficilement praticables de la taxinomie ou taxonomie, ou systématique ou encore classologie (Joseph-Pierre Durand, 1899) voire taxilogie (Éric de Grolier, 1988 - terme repris par Claude-Michel Viry). Les pratiques électroniques de classement et de lecture socialisant et banalisant en quelque sorte l’« attitude catégorielle », cette approche prend aujourd’hui des dimensions nouvelles, par exemple avec l’apparition de classifications ouvertes (folksonomies), les classifications étudiées par l’auteur étant caractérisées notamment par leur clôture.

L’approche chronologique

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On peut, enfin, simplement passer en revue les différentes formes de classification élaborées tout au long de l’histoire de la pensée selon l’ordre chronologique. C’est ce que propose Claude-Michel Viry dans cet ouvrage. Quel voyage ! Que d’escales ! Certes, celles-ci sont plutôt courtes, rapides, mais elles sont toutes contextualisées au fil de la traversée sinueuse quoique globalement rectiligne, passant l’un après l’autre les quatre temps que l’auteur prend soin de délimiter.

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Une classification, rappelle l’auteur après Viviane Couzinet [6][6] Viviane Couzinet. « Organisation de la connaissance :..., révèle toujours la Weltanschauung de son concepteur, c’est-àdire sa vision du monde, son idéologie. D’où l’extrême importance de la contextualisation, même en termes généraux. Les quatre périodes que délimite l’auteur sont classiquement celle d’un monde clos cadencé par un temps cyclique (jusqu’à l’antiquité gréco-latine), celle d’un monde toujours clos mais rythmé par un temps linéaire et messianique (Ve-XVIe siècles), celle d’un monde infini rythmé par un temps linéaire ouvert (XVIIe-XIXe siècles) puis celle d’un monde infini rythmé en accélération par un temps linéaire asservi par la technique (depuis le XIXe siècle). Un chapitre propose une incursion dans les civilisations « extra-occidentales », balayant la période qui va du IXe jusqu’au XVIIIe siècle (Byzance, monde arabo-persan, monde juif, mais aussi Chine, Inde et Japon). Bref, tout le monde est convoqué, pour une analyse ou juste une présentation, voire une simple mention [7][7] L’index des noms permet d’évaluer le nombre d’auteurs....

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L’ordre chronologique est en lui-même contextualisateur. Reste qu’il faut quelquefois pratiquer des raccourcis historiques pour la bonne compréhension du sujet. Aussi l’auteur n’hésite-t-il pas à enjamber les siècles, comme lorsqu’il marque la reprise - inversée - de Bacon par Dewey. L’auteur ne se contente pas de présenter dans l’ordre les classifications qui ont marqué l’histoire de la pensée. Une riche réflexion de fond sur les nombreux problèmes que pose la classification en général et des classifications particulières s’active sous la revue historique.

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La seconde partie de l’ouvrage constitue une grande annexe, exposant 55 classifications, du plan d’études propédeutiques de Thierry de Chartres (XIIe) à la liste des sections du Conseil national des universités (1995). Nous saurons gré à l’auteur d’avoir rassemblé et de mettre ainsi à disposition des étudiants et des professionnels de tels documents. Suivent une bibliographie, l’index des noms de personnes puis celui des titres d’œuvres [8][8] Plus de quatre-cent œuvres sont citées..

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L’ouvrage de Claude-Michel Viry représente sans conteste un excellent outil de travail pour qui veut s’attacher à la problématique de la classification et fouiller l’histoire des classifications des savoirs, du point de vue de l’organisation de l’enseignement aussi bien que de celui de la bibliothéconomie.

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Analyse de Bruno RICHARDOT

Notes

[1]

Genèse, 2, p. 19 et suiv.

[2]

L’Iliade, II, p. 484 et suiv.

[3]

La psychologie de l’intelligence (1947), par exemple

[4]

« De quelques formes de classification - contribution à l’étude des représentations collectives ». Année sociologique, 6, (1901-1902), p. 1-72.

[5]

Éric de Grolier, « Taxilogie et classification. Un essai de mise au point et quelques notes de prospective », Bulletin des Bibliothécaires de France, 33, 6 (1988), p. 468-489.

[6]

Viviane Couzinet. « Organisation de la connaissance : dimensions idéologiques des classifications », 2006, École d’été GDR Tic et société [document non publié]

[7]

L’index des noms permet d’évaluer le nombre d’auteurs présentés (environ 500) et, surtout, complète utilement, avec l’index des titres d’œuvres citées, l’ordre chronologique qui préside au déroulement de ce Guide. On regrettera seulement que cet index des noms ne pointe que l’entrée principale concernant chaque auteur. On sait en effet que les accès secondaires et les chemins de traverses sont souvent semés d’indications significatives…

[8]

Plus de quatre-cent œuvres sont citées.

Titres recensés

  1. Loi et Internet. Un petit guide civique et juridique, Fabrice Mattatia ; préface d’Alain Bobant, Paris : Eyrolles, 2014. – XVI-232 p. – ISBN 978-2-212-13716-3 : 12,90 €
    1. Un excellent outil sur le droit appliqué à internet
  2. Opening Science. The Evolving Guide on How the Internet is Changing Research, Collaboration and Scholarly Publishing, Sönke Bartling, Sascha Friesike (eds), Springer, 2014. - 291 p. – ISBN 978-3-319-00025-1 (Print) : 52,74 € ; 978-3-319-00026-8 (Online& open access)
    1. La science ouverte, une autre manière de « faire de la science »
  3. Digital Curation of Research Data. Experiences of a Baseline Study in Germany, Heike Neuroth, Stefan Strathmann, Achim Oßwald, Jens Ludwig (Eds.), Glückstadt : Verlag Werner Hülsbusch,, 2013. – 92 p. - ISBN 978 -3-86488-054-4 : 12,80 €. (Téléchargeable en ligne)
    1. Enquête sur l’accessibilité à long terme des résultats de la recherche
      1. Des réalisations en matière d’archivage des données
      2. Le succès des collaborations collectives
      3. Des recommandations pour mener un projet
  4. Vos recherches avec Google, Bruno-Bernard Simon, Paris : Éditions Klog, 2014. - 162 p. – ISBN 979-10-92272-01-7 : 18 €
    1. Un ouvrage indispensable, complément de net recherche
  5. Guide historique des classifications de savoirs : enseignement, encyclopédies, bibliothèques, Claude-Michel Viry, Paris : L’Harmattan, 2013. – 256 p. – ISBN 978-2-343-01730-3 : 27 €
    1. Un excellent outil pour aborder les problématiques de la classification
      1. Une obsession humaine
      2. L’ambition aristotélicienne
      3. L’« attitude catégorielle »
      4. L’approche chronologique

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 3/2014 (Vol. 51) , p. 81-86
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2014-3-page-81.htm.
DOI : 10.3917/docsi.513.0081.


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