2002
Droit et société
Ross, Kelsen et la validité
Michel Troper
Alf Ross a vigoureusement critiqué la conception de la validité de Hans Kelsen. Il s’agirait d’une qualité de ce qui est obligatoire non seulement juridiquement, mais aussi moralement. Kelsen ne serait donc pas, aux termes de cette analyse, un véritable positiviste, mais simplement un quasi-positiviste. On tente de montrer que cette critique est injuste : si Kelsen assimile bien validité et caractère obligatoire, l’obligation dont il s’agit n’est pas absolue, mais relative à une norme supérieure. Il existe donc une obligation juridique d’obéir à telle norme particulière, mais aucune obligation d’obéir au droit pris globalement. La critique de Ross a néanmoins le mérite d’attirer l’attention sur la difficulté de définir l’objet d’une science empirique du droit.
Ross, Kelsen, and Validity
Alf Ross has strongly criticized Kelsen’s conception of validity. According to Ross, Kelsen’s validity is the quality of a norm that is not only legally, but also morally binding. Thus, according to this analysis, Kelsen is not a true positivist but simply a quasi-positivist. The purpose of this paper is to show that this critique is unfair : it is true that Kelsen identifies validity and bindingness, but for him the binding character of the norm is not absolute, but only relative to a higher norm. We are therefore under a legal obligation to obey a particular norm ; but under no obligation to obey the law, taken globally. Nevertheless, Ross’s critique has the merit of drawing our attention to the difficulty in defining the object of an empirical legal science.