2001
Revue du Mauss
Acte III. Naturaliser la culture. Faut-il naturaliser l’esprit et le social ?
Le sociologue dans la nature. Pourquoi pas ?
Bernard Conein
« Le matériel comportemental ultime est fait des regards, des
gestes, des postures et des énoncés verbaux que chacun ne cesse d’injecter,
intentionnellement ou non, dans la situation où il se trouve. »
GOFFMAN, Interaction
Ritual.
Mettre le sociologue dans la nature, c’est d’abord l’inviter à
confronter ses travaux et ses modèles avec ceux de sciences comme la biologie,
les neurosciences ou l’éthologie, à concevoir leurs relations avec ses nouveaux
voisins autrement qu’en instaurant un mur où chacun chez soi soigne ses petits.
Pour nous les normes, les collectifs, la politique et l’ordre social; pour eux
l’évolution, les gènes, les neurones et les primates. Or ce mur se lézarde
quand les habitants de l’autre côté s’occupent du social : les sciences de la
nature viennent dans le social. Pourquoi pas faire un tour dans la nature ?
Accepter de faire un tour dans la nature conduit à inverser la
question habituellement posée. Non plus celle de savoir pourquoi la sociologie
devrait regarder vers la nature puisqu’elle s’occupe de la culture, mais
quelles sont les conséquences de l’oubli de la nature pour une sociologie de la
culture.
On peut mentionner trois conséquences de cet oubli.
Une première conséquence est d’instaurer une séparation guère
plausible entre le social et le naturel
[1]. Elle repose sur l’idée que dans l’étude du
comportement humain, la distinction entre ses aspects sociaux et ses aspects
non sociaux recouvre la distinction entre le culturel et le naturel. Ce
recouvrement tient mal depuis que des psychologues cognitifs comme David et Ann
Premack [ 1995] travaillent sur la perception des groupes et du pouvoir; depuis
qu’un chercheur en neurosciences comme Antonio Damasio [ 1999] s’intéresse aux
sentiments sociaux, ou que des éthologues comme Richard Byrne et Andrew Whiten
[ 1988] analysent les formes de l’intelligence sociale. Le comportement social
est susceptible d’être décrit en prenant en compte des processus naturels ou
des mécanismes physiques sans pour autant qu’il s’y réduise.
La deuxième conséquence est de préjuger de la possibilité de
trouver une correspondance entre le social et le naturel. Dans ce pré-jugement,
les événements sociaux sont revêtus de pouvoirs causaux, ou sont traités sans
qu’on établisse aucune relation avec leur existence naturelle ou la réalisation
matérielle.
La troisième conséquence porte sur la genèse des comportements
sociaux et moraux. L’histoire du monde social n’entretient aucun rapport avec
l’histoire naturelle de l’espèce humaine et avec le développement de l’enfant.
Cette dernière conséquence réduit considérablement la portée de l’analyse du
social en la confinant à des territoires réservés. En gros, la partie se joue
toujours avec les mêmes joueurs et le renvoi de balles se fait entre quatre
joueurs : sociologues, anthropologues, économistes et historiens. La variation
du jeu est restreinte car elle ne concerne que la composition des doubles : un
couple qui marche bien associe sociologues et économistes, un autre a eu son
heure de gloire dans les années soixante : anthropologues et
historiens.
La question n’est pas d’inviter le sociologue à se transformer
en primatologue, en théoricien de l’évolution ou en observateur du cerveau
social, mais à établir des relations entre diverses productions scientifiques
de façon à les rendre comparables, à estimer leur convergence et à évaluer leur
compatibilité sans réduire le jeu des associations à une intégration
horizontale à quatre joueurs.
J’opte sans réserve pour cette forme de naturalisme
[2] qui considère qu’une des
tâches des sciences sociales est de confronter leurs modèles avec ceux qui sont
élaborés dans les sciences de la nature et de les rendre compatibles.
ABANDONNER LE TON NORMATIF
Le pari naturaliste n’implique pas de juger la production
scientifique des sciences sociales selon les canons ou les normes des sciences
de la nature.
Le ton normatif pour parler des relations des sciences sociales
aux sciences de la nature doit bien sûr être abandonné aussi bien par les
naturalistes que par les interprétativistes qui prennent les points de vue
naturalistes comme bouc émissaire. L’épistémologie justificationnelle qui a
prédominé en France dans les années soixante a montré ses limites pour des
raisons diverses.
D’abord, elle exprime une vision des sciences peu convaincante.
Concernant l’interprétativisme, elle conduit le plus souvent à un positivisme
inversé bien décrit par Putnam [ 1983] où les sciences sociales fourniraient
les canons de gouvernement pour toutes les sciences. Ce positivisme inversé
aboutit selon Putnam à produire un paradoxe : « une vision naturaliste inspirée
par les sciences sociales ». La dépendance est en effet renversée si les
sciences de la nature sont examinées selon les canons des sciences
sociales.
Ensuite, garder un ton normatif est paradoxal lorsque les
radicaux des deux camps sont eux-mêmes partisans d’une forme de réduction de la
connaissance. Récuser des normes en matière de connaissance justifie autant une
réduction sociale qu’une réduction naturaliste. En effet, pour un naturaliste
radical, les connaissances sont réductibles à des relations informationnelles
causales; et de la même façon, pour un interprétativiste radical, on peut les
réduire à des justifications conclusives (l’argument d’autorité du dernier tour
de parole).
Remplacer le ton normatif par un ton descriptif attentif aux
travaux et aux problèmes plus qu’à l’invocation de principes rouvre un débat
qui avait été essentiel au début dusiècle dans les sciences sociales. En effet
les trois conséquences de l’oubli de la nature tendent à restreindre la
confrontation à une discussion sur les principes.
PRESSION NATURALISTE ET ÉTAT D’ESPRIT INTERPRÉTATIVISTE
Je ne pense pas qu’il existe actuellement une pression
naturaliste dans les sciences sociales, comme le suggère Louis Quéré, mais
plutôt un problème posé aux sciences sociales par l’existence des sciences
cognitives, à la fois par leur modèle du comportement humain et par leur
conception d’une intégration verticale entre les disciplines. L’idée d’une
pression naturaliste ne correspond pas à l’état actuel des sciences sociales,
ni à leur histoire.
Si une pression s’exerce sur les sciences sociales, elle
provient plus de l’option interprétativiste que de l’option naturaliste. Depuis
les années quatrevingt, l’état d’esprit dominant en sociologie est plutôt
spontanément interprétativiste. Cet état d’esprit s’exprime au moyen de
consignes : remplacer l’explication par l’interprétation, abandonner la
recherche des causes et des lois pour la description fine, faire prédominer le
point de vue de l’agent sur tout autre point de vue.
Les sciences cognitives proposent de fait un mode différent de
relation entre les disciplines : une intégration verticale. L’intégration
verticale correspond bien au modèle présenté par Daniel Dennett [ 1990] dans
La stratégie de l’interprète.
L’intégration verticale suppose qu’un phénomène s’analyse à plusieurs niveaux,
qu’il existe une pluralité des échelles de description pour chaque phénomène :
une description intentionnelle, une description au niveau de l’agencement et
une description physique. Comme le soulignait Dennett, à la suite de David
Marr, dans de nombreux cas la description physique n’est pas possible même si
elle est virtuellement possible et souhaitable.
Le point où je veux en venir est donc le suivant :
l’intégration verticale préconisée par Dennett ne rejette pas l’interprétation,
ni l’idée d’une socio-logie interprétative, mais la problématise autrement. En
particulier, elle refuse de limiter la description d’un phénomène social à un
seul niveau et d’endosser cet interdit du « n’allons pas plus loin dans
l’explication puisque nous sommes sociologues ».
OBSERVER L’INTERPRÉTATION
Je voudrais souligner une autre conséquence de l’interdit d’une
confrontation effective : l’exagération de l’opposition entre option
interprétativiste et option naturaliste. La notion d’interprétation est l’objet
d’une appropriation exclusive par une option sans qu’elle soit clarifiée pour
autant. Or rien ne justifie d’instaurer une opposition entre sociologie
interprétative et sociologie naturaliste.
D’abord, une des racines intellectuelles de la sociologie
interprétative est le naturalisme. Aussi bien Dewey
[3], Mead, Morris que Park étaient des
naturalistes zélés. Un élément qui a contribué à occulter l’existence de cette
inspiration naturaliste est la lecture déformante que Blumer [ 1969] a proposée
des écrits de Mead en le présentant comme un interactionniste uniquement
interprétativiste
[4].
Ensuite, l’intérêt de la position interprétativiste est
l’attention qu’elle prête aux processus de compréhension des agents. Or une
sociologie interprétative peut se justifier aussi bien par des arguments
naturalistes que par des arguments hostiles au naturalisme. Car une bonne
sociologie interprétative est d’abord une sociologie qui décrit les mécanismes
interprétatifs de la façon la plus complète et la plus précise possible. Elle
ne s’intéresse pas à l’interprétation per
se mais à l’interprétation sociale, c’est-à-dire à la compréhension
commune des relations sociales. Elle s’intéresse à ce que Ray Jackendoff [
1992] appelle la « sociologie interne ».
La conséquence de cette conception d’une sociologie
interprétative est que l’opposition entre sociologie interprétative et
sociologie d’inspiration naturaliste s’estompe grandement.
INTERPRÉTATION SOCIALE ET MISE EN CORRESPONDANCE DES
PROPRIÉTÉS
Une des voies permettant d’atténuer le fossé entre ces deux
options se trouve tracée par des travaux récents sur les processus
d’interprétation sociale. L’éthologie cognitive et certains pyschologues comme
Simon Baron-Cohen, Alan Leslie et les Premack tentent de construire cette
correspondance entre les deux genres de propriétés en proposant une sorte de
théorie de l’interprétation sociale. L’idée d’interprétation sociale repose sur
l’argument suivant : pour qu’un comportement social se développe, il faut que
les informations reçues sur le monde naturel puissent être traitées en termes
sociaux. Ce qui veut dire qu’une partie des informations portant sur des
congénères est représentée de façon séparée et distincte.
Une partie des informations provenant de la vision a en effet
pour source le regard, le visage et les gestes d’autrui
[5]. Or les hypothèses qui nous parviennent
au moyen de la perception ont plus d’impact que les hypothèses qui proviennent
des dires d’autrui. Pour David Premack, une partie de cette information est
classée à part car elle reçoit des interprétations sociales en termes de
groupe, de possession et de pouvoir à côté des interprétations intentionnelles
en termes de but et d’agentivité. Les informations visuelles socialement les
plus sensibles seraient celles qui proviennent de la perception du
mouvement.
Rapporter certaines propriétés sociales à des propriétés
naturelles vise à résoudre un problème : faire une place au social dans un
monde dépourvu de propriétés sociales sans créer un fossé entre les deux
aspects
[6].
LA NÉCESSITÉ D’UNE DESCRIPTION INTERMÉDIAIRE
Comme il est important d’être précis, je vais entrer dans le
détail du raisonnement préconisé par les éthologues et les psychologues qui
s’intéressent aux comportements sociaux. Une façon d’établir une correspondance
entre les propriétés, sociales et naturelles, est de passer par des propriétés
proto-sociales. Des propriétés proto-sociales sont des précurseurs de la
socialité, c’est-à-dire des ingrédients qui peuvent être recherchés soit en
observant des formes primitives de la vie en groupe chez des espèces
apparentées, soit en partant de mécanismes simples liés au mouvement ou au
contrôle de l’attention. Dans les deux cas, des critères sont isolés pour
caractériser l’interaction sociale tout en évitant d’instaurer un gouffre avec
les autres formes d’interaction causale avec l’environnement : interaction avec
les objets physiques ou interaction avec les artefacts.
Deux descriptions sont alors possibles.
Une observation des formes
primitives de la vie sociale
L’éthologie se consacre à l’observation de propriétés
sociales (groupe, domination, possession) présentes sous une forme élémentaire
chez des espèces proches. Elle poursuit ce faisant une idée déjà présente chez
Mead
[7].
Les primates supérieurs ainsi que les singes sociaux de
l’ancien monde (babouins, macaques) sont des espèces dotées de capacités à
former des coalitions, ou à se rassembler en groupes, à hiérarchiser les
membres du groupe et à être réactives à la possession. Ces capacités auraient
été acquises sous l’effet de pressions adaptatives provenant d’un environnement
social issu de la vie en groupe
[8].
Une analyse des représentations
intermédiaires
Mais ce sont les psychologues du développement qui
s’intéressent à la genèse des aptitudes sociales chez l’enfant [Baron-Cohen,
1995; Leslie, 1995; Premack A. et D., 1995] qui vont proposer un véritable
modèle de l’interprétation sociale. Le processus d’interprétation sociale passe
par plusieurs types de description : d’abord une description mécanique ou
physique, puis une description intentionnelle et ensuite une description
sociale en considérant que la première est le début d’un processus qui génère
la dernière. La première description considère des objets animés qui se
déplacent par eux-mêmes
[9]. Ces objets possèdent à la fois des propriétés
mécaniques liées au mouvement (mouvement libre) et des propriétés actionnelles
(mouvement orienté vers un but, réactif). Cette description est véritablement
intermédiaire car elle assure la mise en correspondance des deux types de
propriétés. Ce qui la distingue de la première description, c’est qu’avant de
considérer l’interaction sociale, les unités coordonnées sont déjà interprétées
d’une certaine manière puisqu’on leur assigne des propriétés d’agentivité.
Premack [ 1995] parle d’objets intentionnels et Leslie [ 1995] d’agent; dans
les deux cas, ces objets se présentent comme un type d’objets physiques : « Les
agents sont une classe d’objets physiques possédant un ensemble de propriétés
causales qui les distinguent des autres objets physiques. » Ce sont ces
propriétés, intentionnelles ou agentives, qui transforment les relations
informationnelles que nous entretenons avec lui.
LES MÉCANISMES DE L’INTERPRÉTATION SOCIALE
Des propriétés naturelles (mouvement d’un certain type, regard
orienté) sont d’abord détectées et interprétées comme intentionnelles (orienté
vers un but, agentif), et ensuite ces propriétés intentionnelles sont
interprétées en termes de propriété sociale.
Or cette intervention de l’interprétation comme passage obligé
nous rapproche de l’hypothèse interprétative. En effet, le constat qu’on ne
détecte pas (ou ne catégorise pas) les propriétes sociales comme on détecte (ou
catégorise) les objets physiques, ou les genres naturels, peut conduire aussi
bien au constat que ces propriétés sociales ne préexistent pas à leur
interprétation ou qu’elles existent indépendamment de ces capacités
interprétatives.
Cette intervention de la perception visuelle et de
l’interprétation peut se faire de deux manières :
- en localisant dans la perception du visage et des yeux
l’essentiel des processus d’interprétation sociale, on fait de l’interaction en
face à face la manifestation première de cet ajustement immédiat. Les yeux sont
à la fois des producteurs (regard) et des récepteurs de l’information sociale.
Les humains, beaucoup plus que les primates supérieurs, semblent traiter le
visage et le regard comme support privilégié de l’information sociale. On
retrouve cette l’hypothèse dans l’idée d’une intersubjectivité primaire
[10] : l’enfant est une
créature sociale qui, dès la naissance, réagit à l’information qu’il reçoit du
visage de l’adulte qui prend soin de lui.
- en distinguant plusieurs mécanismes interprétatifs de façon
à instaurer des passages ou des ponts entre les différentes informations. C’est
ce que propose Baron-Cohen [ 1995] en distinguant trois mécanismes non
conceptuels d’interprétation sociale :
-
la détection de
l’intention. Ce mécanisme serait basique, il utiliserait toutes les
modalités perceptuelles. Pour l’essentiel, Baron-Cohen reprend les analyses de
Leslie et Premack en faisant de la perception du mouvement des objets
auto-propulsés une première étape de l’interprétation sociale.
-
la détection de la
direction des regards. Ce mécanisme, uniquement visuel, est plus
complexe car c’est un embryon de lecture mentale propre au système visuel : il
sélectionne ou privilégie les stimuli
visuels sur le visage, interprète l’orientation du regard et attribue des états
perceptuels lorsqu’il y a contact mutuel (X me voit)
-
l’attention
conjointe. Ce mécanisme également visuel d’attention partagée est
plus complexe car il porte directement sur des états perceptuels et compare
l’état perceptuel d’autrui avec mon propre état perceptuel [
cf. Conein, 1998].
L’interprétation de l’information sociale possèderait ainsi
deux caractéristiques : elle reçoit ses informations de base à travers la
perception et elle interprète cette information visuelle comme une information
sociale.
L’interprétation mentale ( mindreading) devient soit une partie du
processus interprétatif, soit elle s’identifie avec lui en se réalisant par
étapes (regard mutuel, puis attention conjointe, puis théorie de
l’esprit).
Loin de s’opposer, interprétativisme et naturalisme convergent
vers une solution d’économie dans l’analyse puisqu’ils se proposent de décrire
les mécanismes interprétatifs réels des agents. Ces deux approches du social
sont confrontées à des problèmes similaires dès qu’elles doivent caractériser
les propriétés sociales comme produites par les capacités interprétatives. Le
pari naturaliste en sciences sociales vise à surmonter l’inconvénient d’une
séparation radicale entre les propriétés sociales et les propriétés naturelles.
Il ne vise pas à réduire l’un des ordres à l’autre, mais plutôt à construire un
cadre qui reformule la relation entre eux. Le naturalisme refuse deux solutions
classiques à ce problème : le dualisme épistémique qui oppose l’explication
interprétative à l’explication causale et le dualisme ontologique qui sépare
les faits sociaux des faits physiques.
Je plaide donc pour un naturalisme modeste fondé sur deux
principes :
1) accepter une forme de dépendance des propriétés sociales
vis-à-vis des propriétés naturelles/physiques; 2) rendre compatible l’analyse
sociologique avec les analyses du comportement social qui proviennent des
sciences naturelles. Cette approche du social poursuit un objectif ambitieux :
rendre compatible l’idée d’une spécificité du domaine social avec l’ancrage
naturel et physique de ce domaine. Elle ne fait cependant que renouer avec le
programme meadien d’un ancrage naturel des comportements sociaux.
·
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cit., 211-223.
[1]
Accepter une séparation forte entre les processus sociaux et
les processus naturels conduit à endosser un dualisme ontologique avec un monde
composé de deux réalités : une réalité naturelle et une réalité
sociale.
[2]
Il est compatible sans s’y réduire avec le naturalisme
ontologique (monisme); il ne conduit pas non plus à accepter toutes les
implications du naturalisme épistémique qui considère les processus de
connaissance comme des processus naturels.
[3]
Quine [ 1969] voit dans Dewey un des inspirateurs de la
naturalisation de l’épistémologie : « Philosophiquement, ce qui me lie à Dewey,
c’est le naturalisme. Avec Dewey, je pense que la connaissance, l’esprit et la
signification font partie du même univers auquel ils se rapportent, et qu’on
doit l’étudier dans le même esprit empirique qui anime les sciences de la
nature. »
[4]
Trop souvent on s’en tient au point de vue de Blumer sur Mead
et à l’opposition entre interaction symbolique et interaction non symbolique [
cf. McPhail, Rexroat, 1979]. Or Blumer
gomme systématiquement la genèse naturaliste que Mead fait de l’acte social et
présente la théorie meadienne de la coordination sociale comme une théorie de
l’interprétation de l’action.
[5]
Nous avons présenté en détail ces travaux en éthologie et en
psychologie du développement dans Conein [ 1998].
[6]
Pierre Jacob [ 1997] parle de perplexité naturaliste (« réduire
le sens à ce qui n’a pas de sens ou le mental au non-mental »).
[7]
« Si le cortex est devenu un organe de la conduite sociale et a
rendu possible l’existence des objets sociaux, cela provient du fait que
l’individu est devenu un
soi,
c’est-à-dire un individu qui organise sa propre réponse en fonction de la
manière dont l’autre répond à son acte. Il ne peut le faire que parce que les
mécanismes du cerveau des vertébrés permettent à cet individu de varier ses
attitudes dans la construction de son acte. Mais les
soi sont apparus tardivement dans
l’évolution des vertébrés » [Mead, 1932].
[8]
Pour les primatologues, la vie en groupe sous la forme de
coalitions et d’alliances entre pairs est propre aux primates [Byrne, Whiten,
1988; Cheney, Seyfarth, 1990].
[9]
Premack suggère qu’il existe chez les humains un mode
d’appréhension (perceptuel) distinct entre deux types de mouvements : ceux des
objets physiques et des objets intentionnels (auto-propulsés), et qu’à chaque
type d’objets correspond un type particulier d’attentes.
[10]
Selon Tomasello [ 1993], la découverte de l’intersubjectivité
primaire serait une révolution dans l’étude de la cognition sociale : « Les
enfants sont des créatures sociales dès l’origine. »