2001
Revue du Mauss
Acte I. Enjeux politiques et écologiques de l’idée de nature
Nature, écologie et économie. Une approche anti-utilitariste
Serge Latouche
L’anti-utilitarisme, en s’attaquant aux racines de l’économie
moderne et de l’économisme, ne peut que rencontrer le souci écologiste du
respect de l’environnement. L’élimination de la démesure instituée par un
réenchâssement de l’économique dans le social, voire le retour à un certain
réenchantement du monde ne peuvent qu’entrer en résonance avec une certaine
écologie.
Toutefois, notre redécouverte du politique comme base du
commerce social nous préserve de sombrer tant dans la gestion rationnelle de la
nature et de l’environnement que dans le respect béat de la sauvagerie
mythique.
Dans la production et la satisfaction de nos besoins matériels,
selon la vulgate économique (et utilitariste), le plus grand bonheur pour le
plus grand nombre serait engendré par la concurrence et l’émulation entre les
individus cherchant à maximiser leurs intérêts. Il y aurait une harmonie
naturelle de ces intérêts comme si une main invisible avait créé un ordre
providentiel. Cette main invisible permettrait d’éliminer les conflits et les
antagonismes d’intérêts entre les patrons et les ouvriers, comme entre le Nord
et le Sud. Même s’il en était ainsi, cette main invisible permettrait-elle
d’éliminer aussi les conflits d’intérêts entre les hommes et la nature
?
On sent qu’à vouloir pousser le bouchon trop loin, les libéraux
sapent les bases mêmes de leur propre dogme. L’intégrisme de la religion du
marché se heurte là à un obstacle d’autant plus difficile à nier que les faits
sont têtus et nous reviennent dans le vécu sous la forme de vaches folles, de
changements climatiques et autres pollutions quotidiennes. L’imposture
économique doit donc être dénoncée tant dans ses conséquences pratiques sur
l’environnement que dans ses impasses théoriques.
L’ÉLIMINATION PRATIQUE DE L’ENVIRONNEMENT
L’environnement, pour l’essentiel, se situe hors de la sphère
des échanges marchands. Aucun mécanisme ne s’oppose donc naturellement à sa
destruction. La concurrence et le marché qui nous fourniraient notre dîner aux
meilleures conditions ont des effets désastreux sur la biosphère. Jean-Baptiste
Lamarck notait déjà, dans son Système analytique
des connaissances positives de l’homme ( 1820):
« L’homme, par son égoïsme trop peu clairvoyant pour ses
propres intérêts, par son penchant à jouir de tout ce qui est à sa disposition,
en un mot, par son insouciance pour l’avenir et pour ses semblables, semble
travailler à l’anéantissement de ses moyens de conservation et à la destruction
même de sa propre espèce » [cité in
Passet, 2000, p. 56].
Rien ne vient limiter le pillage des richesses naturelles dont
la gratuité permet d’abaisser les coûts. L’ordre naturel n’a pas plus sauvé le
dodo de l’île Maurice ou les baleines bleues que les Fuégiens (habitants de la
Terre de Feu). Seule l’incroyable fécondité naturelle des morues risque de les
préserver du sort des baleines ! Et encore : si les marées noires ne s’en
mêlent pas… Le pillage des fonds marins et des ressources halieutiques semble
irréversible. Le gaspillage des minéraux se poursuit de façon irresponsable.
Les chercheurs d’or individuels, comme les garimpeiros d’Amazonie ou les grosses sociétés
australiennes en Nouvelle-Guinée, ne reculent devant rien pour se procurer
l’objet de leur convoitise. Or, dans notre système, tout capitaliste, et même
tout homo œconomicus, est une espèce
de chercheur d’or. Cette exploitation de la nature n’est pas moins violente ni
dangereuse quand il s’agit de fourguer
nos ordures et nos déchets dans cette même nature-poubelle. Incidemment, notons
qu’en France un tiers des transports routiers, qui sont déjà un cauchemar en
soi et une source de pollutions multiples, est consacré au déplacement des
déchets.
La crise écologique a bel et bien été engendrée par la
croissance économique, et la poursuite du développement constitue une menace
pour la nature et pour les
naturels.
On connaît les drames de l’Amazonie : incendies sauvages, déforestation
sauvage, prospection minière sauvage, mise en valeur sauvage, avec pour
conséquences l’extermination des Indiens, la disparition des espèces animales
et végétales, des dommages immenses causés aux écosystèmes. Des centaines
d’espèces végétales et animales disparaissent chaque année sous nos yeux
[1] tandis que six millions
d’hectares de la forêt amazonienne partent en fumée pour permettre aux grands
fazendeiros de faire plus de bœufs et
aux petits de survivre
[2]. Au niveau planétaire, ce sont entre 12 et 17
millions d’hectares du poumon de la terre, soit l’équivalent de 1% de la
planète ou d’un tiers de la France, qui disparaissent chaque année. À côté des
désastres réalisés et irréparables, il y a les dangers qui nous guettent
directement : les pollutions globales comme l’effet de serre, la mort des
océans, la radio-activité, le couple infernal inondationssécheresse, sans
parler des biotechnologies et du génie génétique.
Si l’on observe quelque ralentissement dans certaines
évolutions, comme celle des trous dans la couche d’ozone, sous l’effet des
accords internationaux (le protocole de Montréal de 1987 sur les
chlorofluorocarbones), eux-mêmes fruits de la sensibilisation croissante de
l’opinion, le nécessaire changement de cap n’est pas encore à l’ordre du jour –
loin de là ! Les échecs à répétition de la mise en œuvre de la convention sur
le changement climatique le montrent bien.
La foi dans le progrès et la technologie a supporté le culte du
développement dans les années soixante. Les économistes ont été les grands
prêtres de cette nouvelle religion qui a accompagné l’expansion économique sans
précédent de l’Occident. En dépit de l’apparition de quelques hérésies, le
dogme reste toujours triomphant, sinon triomphaliste. Le pouvoir
d’autorégénération de la nature a été
occulté, méprisé, détruit au bénéfice de celui du capital et de la technique.
La nature a été réduite à un réservoir de matière inerte et à une poubelle.
Aussi, ce ne sont pas les économistes, mais les physiciens qui ont attiré
l’attention de l’opinion sur les pollutions globales comme l’effet de serre ou
les trous dans la couche d’ozone. La science économique et ses prophètes
restent dans l’ensemble les chantres de la mondialisation des marchés, laquelle
aggrave encore les effets délétères de l’économie sur l’environnement.
Cette mondialisation actuelle est en train de parachever
l’œuvre de destruction de l’oikos
planétaire. Ne serait-ce que parce que la concurrence exacerbée pousse les pays
du Nord à manipuler la nature de façon incontrôlée et les pays du Sud à en
épuiser les ressources non renouvelables. Avec le démantèlement des régulations
nationales, il n’y a plus de limite inférieure à la baisse des coûts et au
cercle vicieux suicidaire. C’est un véritable jeu de massacre entre les hommes,
entre les peuples et au détriment de la nature…
Il se trouve même des prix Nobel pour s’en réjouir. Ainsi,
l’impayable Gary Becker déclare :
« Le droit au travail et la protection de l’environnement
sont devenus excessifs dans la plupart des pays développés. Le libre-échange va
réprimer certains de ces excès en obligeant chacun à rester concurrentiel » [
ibid., p. 148].
On comprend dès lors toutes les réticences des gouvernements
européens à contrôler les pirates des mers responsables des marées noires
récurrentes.
Dans l’agriculture, l’usage intensif d’engrais chimiques, de
pesticides, l’irrigation systématique, le recours aux organismes génétiquement
modifiés ont pour conséquence la destruction des sols, l’assèchement et
l’empoisonnement des nappes phréatiques, la désertification, la dissémination
de parasites indésirables, le risque de ravages microbiens. Sans parler du fait
que la sélection des espèces les plus rentables engendre une inquiétante
réduction des sources de l’alimentation humaine. En France, trois races bovines
constituent 98% du cheptel, une seule variété de pomme, la
golden, représente 75% de l’offre. «
Une certitude donc, conclut René Passet [p. 170] : la maladie de l’homme fou se
transmet bien à la vache. »
Les pays du Sud, pris dans l’étau de la dette, n’ont guère
d’autre choix que d’accroître encore plus l’exploitation des ressources
naturelles et des sols au détriment de l’environnement. Il s’agit de comprimer
d’autant plus les coûts, au mépris de la reconstitution ou de la préservation
des équilibres naturels les plus élémentaires, que l’accroissement des
exportations déprime les prix et réduit les recettes. Tous les pays sans doute
sont pris dans cette spirale infernale et suicidaire; mais dans le cas du Sud,
la survie biologique immédiate étant en jeu, la reproduction des écosystèmes
est totalement sacrifiée. Pour exporter des grumes, la forêt tropicale
disparaît à grande allure (Cameroun, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée) avec
comme conséquences annexes une érosion accélérée des sols (comme au Népal) et
l’aggravation des inondations (comme celles du Mékong).
Les exemples du cacao, de la pêche ou de la banane mériteraient
d’être médités pour éclairer les effets de la mondialisation sur le Sud. Alors
que le cours mondial du cacao était au plus bas dans les années quatre-vingt et
que les économies du Ghana et de la Côte-d’Ivoire subissaient de ce fait une
crise dramatique, les experts de la Banque mondiale ne trouvaient rien de mieux
que d’encourager et de financer la plantation de milliers d’hectares de
cacaoyers en Indonésie, en Malaisie et aux Philippines. En sacrifiant toujours
un peu plus la nature et les hommes, on pouvait encore espérer quelques profits
sur la misère plus productive des travailleurs de ces pays-là. Pour couronner
le tout, à Bruxelles, les Européens, s’alignant sur la seule Angleterre, ont
honteusement capitulé devant le lobby
des grands chocolatiers.
Définissant le chocolat comme un produit pouvant contenir
jusqu’à 15% de graisse végétale bon marché autre que du beurre de cacao (sans
vérification vraiment fiable), ils ont fait perdre à la Côte-d’Ivoire et au
Ghana quelques milliards de plus. Faut-il se scandaliser si, dans ces
conditions, certains planteurs ont arraché leurs plants pour faire du haschich
?
Le long des côtes de l’Afrique, les bateaux-usines et les
chalutiers exsoviétiques, espagnols, bretons, japonais ruinent les systèmes
locaux de pêche à la pirogue et contribuent ainsi à affamer l’Afrique à court
terme et à détruire son écosystème à long terme. On ne sait pas assez qu’en
supprimant le pillage des fonds marins sur les côtes de l’Afrique, on ferait
plus pour aider celle-ci, en assurant la survie des pêcheurs traditionnels et
l’approvisionnement en poisson, que par toute l’aide alimentaire.
Le cas de la banane est lié au
stabex, ce mécanisme de garantie des recettes
d’exportation octroyée par les pays du marché commun aux pays ACP (Afrique,
Caraïbe, Pacifique). Ce système, instauré par les conventions de Lomé, avait
été salué un peu hâtivement comme la mise en œuvre d’un nouvel ordre économique
international. Le prix de la banane achetée en Guadeloupe, en Martinique, aux
Canaries ou en Afrique noire permet aux producteurs locaux de survivre (avec
bien sûr de grandes inégalités de situation… ). Sans être nuls, les résultats
ont été médiocres avec certains effets pervers. De toute façon, c’était encore
trop pour les intégristes du libre-échange. Poussés par les multinationales
nord-américaines comme Chiquita Brands (ex-United Fruit) et Castel & Cooke,
qui contrôlent l’essentiel de la production et de la distribution des
républiques bananières et des plantations de Colombie, les pays d’Amérique
centrale ont traîné l’Europe devant les
panels du GATT puis de l’ORD (Organisation de
règlement des conflits), l’instance d’arbitrage de l’OMC. Ils dénoncent les
barrières et les entraves au libre jeu du marché. Ils veulent à tout prix
accroître leur part de marché grâce aux salaires de misère des ouvriers
agricoles, dont des centaines ont succombé à l’emploi inconsidéré de pesticides
(contre les nématodes). L’OMC leur a donné raison. « Vous menez la pire des
guerres économiques contre un peuple sans défense. Vous emportez nos bananes et
vous nous laissez dans la misère, les conflits et la souffrance », a déclaré le
président des planteurs de bananes de la petite île Sainte-Lucie, en commentant
le verdict, fustigeant au passage la campagne « diabolique » de
l’administration Clinton
[3]. Évidemment, les Allemands, gros consommateurs, qui
rechignaient à payer leurs bananes un peu plus cher que celles de Colombie,
n’ont pas été des alliés à toute épreuve dans cette affaire. À Jacques Chirac
reprochant cette trahison à son ami Kohl et dénonçant les conditions « pires
encore que l’esclavage » de la production sur les plantations américaines, le
chancelier allemand a répliqué : « La morale est une chose, les affaires en
sont une autre
[4]. » Tout
est là, en effet : les affaires ne se soucient pas de l’environnement, sauf à
exploiter les niches rentables créées par les législations protectrices que la
pression de l’opinion publique réussit parfois à imposer. Les industriels de
l’écologie, dont Bouygues avec la SAUR ou Vivendi sont de bons représentants,
ne manquent jamais une occasion de souligner la compatibilité fondamentale des
intérêts bien compris de l’environnement et des affaires…
Légitimée par la théorie économique, la mondialisation réalise
de fait la plus superbe ignorance de la nature sinon pour l’exploiter sans
limite.
L’IMPOSSIBLE PRISE EN COMPTE THÉORIQUE
La science économique a très largement cautionné les dégâts
provoqués par la vie économique. Inconsciente hier, elle a éliminé
progressivement mais radicalement la nature, en accord avec la foi de la
modernité dans le destin de l’homme d’en devenir « maître et dominateur », et
convaincue qu’elle était inépuisable. Forcée d’en voir aujourd’hui les limites,
elle s’avère impuissante à l’intégrer pleinement dans son mode de
raisonnement.
Les rapports entre l’économie et l’écologie se nouent ainsi
sous le signe du paradoxe. Dans leur sens étymologique, les deux mots sont, en
effet, quasiment synonymes. Tous deux sont issus de l’oikos (la maison, le patrimoine, la niche), ce
qui est de bon augure. On sait pourtant que les écologistes conséquents sont
devenus les plus farouches critiques de l’économie comme théorie (Marx lui-même
ne trouve pas grâce à leurs yeux) et les plus violents adversaires de
l’économie comme pratique. C’est que, en intitulant en l6l5,
Traité d’économie politique ce
qu’Aristote eût dénommé avec horreur « la science de l’accumulation nationale »
ou chrématistique, Antoine de
Montchrétien a embrouillé durablement l’affaire. Cette désignation d’une chose
par son contraire n’était peut-être pas innocente et explique le succès et la
persistance du malentendu…
L’économie politique des Mercantilistes et des Physiocrates
accorde cependant à la nature une place centrale. « Le travail est le père, et
la nature est la mère de la valeur », dit William Petty. Le docteur François
Quesnay et ses disciples mettent la terre et les forces naturelles au centre de
leur analyse. La fécondité naturelle est la source du
produit net et le point de départ du
circuit de la richesse. Malheureusement, confondant fécondité naturelle et
productivité de l’activité humaine, les Physiocrates échouent à rendre compte
de la part qui revient à la nature à côté de celle qui revient au travail. Au
lieu d’inscrire l’économique dans la biosphère et d’étudier les contraintes que
celle-ci fait peser sur celui-là, ils poseront définitivement l’autonomie de la
sphère économique en la pensant abusivement comme un organisme
naturel.
La science économique des classiques sera certes encore
naturaliste. La nature qu’ils se sont
donnée est même plus contraignante que celle des écologistes contemporains.
Toutefois, elle est construite par l’économie capitaliste comme une mère avare.
La rareté occupe, en effet, une place centrale dans le dispositif économique.
Seulement, cette nature hostile est dénuée de
valeur. L’avarice de la nature ne porte pas tant sur les limites des
matières premières que sur la nécessité de leur transformation par un travail
pénible.
La rareté des « utilités » marchandes se combine ainsi à
l’abondance des ressources brutes. La nature est hors de l’économie. En
adoptant le modèle de la mécanique classique newtonienne, l’économie exclut
l’irréversibilité du temps. Les modèles économiques se passent dans un temps
mécanique et réversible. Ils ignorent l’entropie, c’est-à-dire la
non-réversibilité des transformations de l’énergie et de la matière. Toute
référence à un quelconque substrat biophysique ayant disparu, la production
économique telle qu’elle est conçue par la plupart des théoriciens
néoclassiques, ne semble confrontée à aucune limite écologique [
cf. Vivien, 1995, p. 43]. La
conséquence en est un gaspillage inconscient des ressources rares disponibles
et une sous-utilisation du flux d’énergie solaire abondant. Comme le note
Nicholas Georgescu-Roegen, les déchets et la pollution, pourtant produits par
l’activité économique, n’entrent pas dans les fonctions de production standard.
Ainsi, rien ne s’oppose plus à la réalisation par la technique et l’économie du
programme de la modernité de maîtrise et d’exploitation totale de
l’univers.
Certes, la poussée écologique a obligé les économistes à un
aggiornamento de leur discipline et à
inclure l’impact de l’environnement dans leurs modèles. L’économie écologique
prétend ainsi prendre en compte la nature. Seulement, l’économie écologique est
loin de remettre en question la logique marchande qui est la source véritable
de la négation de la nature.
La dette à l’égard de la nature et la troublante et mystérieuse
solidarité des espèces, en particulier, sont réduites à des dispositifs
techniques permettant la transformation de l’environnement en
quasi-marchandise. Il en résulte que cette économie écologique est très
largement mystificatrice, et le développement durable qui en découle une
imposture
[5].
La tendance dominante dans l’économie standard à considérer le
capital naturel comme totalement ou au moins largement substituable aboutit à
évacuer
de facto le problème.
L’enquête menée par Carla Ravaioli [ 1992] auprès des trente-cinq plus grands
économistes de la planète est révélatrice de l’extraordinaire cécité de la
profession. L’expert ignore l’environnement et ne s’en sent pas responsable !
Pour l’économiste Wilfrid Beckerman, adversaire résolu de l’écologie, « le
problème de la pollution de l’environnement n’est qu’une simple question de
correction d’un léger défaut d’allocation de ressources au moyen de redevances
de pollution
[6] » [cité
par Vivien, 1995, p. 58]. « Le système des prix et le progrès technique,
assurent les économistes, doivent ainsi permettre des prises de relais entre
les ressources et la poursuite de la croissance économique dans un univers
physique pourtant limité » [
ibid., p.
74]. Seulement, la croyance en l’inépuisabilité des ressources naturelles sur
laquelle reposait le modèle industriel de développement soutenu par les
économistes s’est effondrée, tandis que les sous-produits délétères de
l’activité économique menacent la survie même de notre espèce. Quel que soit
l’arbitraire des évaluations faites dans les comptabilités écologiques, on ne
peut plus ignorer que le massacre de la nature limite sérieusement les
bienfaits du développement. Si on ne
le prend pas en compte, on aboutit à des absurdités. Comme le note Robert
Repetto [ 1989], « un pays pourrait épuiser ses ressources minérales, couper
ses forêts, éroder ses sols, polluer ses nappes phréatiques, conduire sa faune
sauvage à l’extinction, la disparition de ce capital n’affecterait pas son
revenu mesuré ».
C’est en gros le cas de l’Indonésie, dont la croissance
annuelle du PIB entre 1971 et 1984 devrait être ramenée de 7 à 4% si l’on
tenait compte de la perte la plus visible du capital naturel
(Repetto).
Il a donc fallu tenter d’inclure la nature et l’environnement
dans la « rationalité économique », et en particulier dans le modèle
d’équilibre général de Walras et dans celui de l’optimum de Pareto. Cette prise en compte se
situe principalement à deux niveaux : celui de l’épuisement des ressources et
celui des pollutions. Les deux supposent des traitements raffinés : modèles à
soutenabilité forte ou faible pour le premier, internalisation des effets
externes pour le second. L’intégration du problème des ressources non
renouvelables a été inaugurée par Hotelling en 1931 et a trouvé plus récemment
son aboutissement avec la règle de compensation énoncée par Harwick en l977. Il
s’agit d’assurer l’équité entre les générations actuelles et futures.
Les rentes prélevées au fur et à mesure de l’épuisement des
ressources, qui sont égales à la différence entre le prix de marché et le coût
marginal desdites ressources, devraient être réinvesties pour produire un
capital de sub-stitution au capital naturel détruit. Ces rentes croissant de
période en période d’un taux égal au taux d’actualisation, il n’y aurait aucun
avantage à reporter d’une période sur l’autre l’utilisation de la ressource. Il
est en effet, en théorie, indifférent de placer au taux d’actualisation
r les bénéfices provenant de la vente
d’une unité de la ressource (par exemple du pétrole) ou bien d’attendre la
période suivante pour l’exploiter sachant qu’elle rapportera alors un bénéfice
augmenté d’un taux r.
On reste dans l’idée que le capital artificiel peut se
substituer au patrimoine naturel; simplement, il convient de lui donner un prix
pour assurer la reconstitution de son équivalent. À partir de là, les
économistes divergent sur le degré de substituabilité à accorder et donc sur
les exigences à imposer à l’économie. Si l’on considère le capital naturel et
le capital artificiel comme totalement substituables, la soutenabilité est dite
« faible »;
si on les considère comme complémentaires, la soutenabilité est
dite forte.
Mais est-il légitime de considérer la nature comme un capital ?
En toute rigueur, la valeur des ressources naturelles est inestimable en termes
économiques. Si ces ressources sont une condition de la survie humaine, elles
n’ont pas de prix au sens propre. Leur prix ne peut qu’être infini. Ce ne sont
donc pas les ressources en tant que telles dont les économistes s’occupent
mais, dans le meilleur des cas, de la valeur économique créée ou détruite dans
le cours de leur exploitation.
Pour les pollutions, les économistes doivent s’efforcer de
donner un prix aux atteintes à l’environnement, c’est-à-dire traduire celles-ci
en termes monétaires. Cette introduction a été réalisée avec le concept de coût
externe ou « déséconomie externe »
défini par l’économiste britannique Arthur Cecil Pigou dans les années vingt.
Il s’agit d’un coût social engendré par l’activité d’un agent mais qui n’est
pas supporté par lui. Les exemples abondent (l’usine qui pollue une rivière,
obligeant les utilisateurs en aval à épurer l’eau pour s’en servir, ou toute
autre nuisance). Symétriquement, il y a des économies externes ou externalités
positives. Malheureusement, ces dernières ont tendance à se raréfier avec le
développement tandis que les premières croissent de façon inquiétante. Ainsi,
l’entretien de la nature et des paysages assumé gratuitement pendant des
siècles par la paysannerie doit désormais être financé de multiples façons
(protection contre les feux de forêts, les glissements de terrain, les
inondations, etc.), comme le retour à la plantation de haies vives ou la
réintroduction de la transhumance des troupeaux, etc.
La prise en compte des externalités négatives par les économistes est
une bonne chose. Mais le concept même
indique bien qu’il s’agit de nuisances qui sont normalement ignorées par la
logique marchande. La mise en œuvre des réparations ne résulte pas du jeu
normal des forces
économiques;
il faut une intervention extérieure, c’est-à-dire le plus
souvent celle de l’État.
Or, par ces temps de mondialisation libérale, sous l’empire de
la pensée unique, les grands de ce monde y sont peu favorables. Les deux
modalités proposées de l’internalisation des externalités sont, en effet, la
tarification et l’émission de droits à polluer. Dans le premier cas, se posent
deux problèmes : celui de l’évaluation monétaire des dommages et celui de
l’exécution des mesures prises. D’abord, il est difficile de prendre en
considération ces effets avant que le tort ne se soit manifesté : or les dégâts
peuvent être irréparables. Il en est ainsi dans le cas de la disparition des
variétés végétales, animales et… humaines, voire même avec la pollution
nucléaire vu les délais de décontamination. Il faut donc avoir recours à des
prix « fictifs » correspondant au coût marginal des mesures de protection ou de
reconstitution. On tente alors de définir une valeur économique de la nature
comme la somme des valeurs liées à son usage effectif ou potentiel (valeur
d’option, de quasi-option, de legs, d’existence ou valeur écologique
[7]). Ainsi, une équipe
d’économistes, au prix d’un effort gigantesque, a évalué en l997 l’apport
annuel de la nature à un montant situé entre 16000 et 54 000 milliards de
dollars 94, à partir du montant que les populations sont prêtes à payer pour la
conserver (consentement à payer). Il s’agit là de chiffres astronomiques qui
remettent en cause toute croissance… Toutefois, que peuvent signifier de tels
chiffres qui additionnent l’éthique, l’esthétique et l’économique à partir des
seules activités économiques ayant la nature pour support ?
En face des dommages difficilement réparables, il n’y a que la
prévention. Celle-ci repose sur la notion d’acceptabilité des risques. Mais à quelles
conditions, se demande Simon Charbonneau [ 1992], un risque technique
pourra-t-il être réputé acceptable ? On connaît le difficile débat sur
l’amiante.
Même des doses infimes peuvent être cancérigènes. Le coût de la
réparation d’un dommage ou, symétriquement, le coût pour éviter ce dommage sont
difficiles à évaluer, et les experts jouent avec les millions de dollars quand
on parle de l’effet de serre, des trous dans la couche d’ozone, de la
destruction de la biodiversité. On ne connaît pas encore à combien se monte la
facture de Tchernobyl ! Le problème devient clairement un problème politique et
pas seulement de politique; mais on se garde bien d’en débattre sur la place
publique.
Comme une logique unique est supposée gouverner la totalité du
réel, on croit ou on fait mine de croire que les mécanismes du marché sont
capables de résoudre les problèmes des atteintes à l’environnement. Les
économistes partisans du tout-marché en sont presque à déplorer l’existence de
ressources naturelles et de biens communs. Confondant propriété collective et
absence de propriété, ils ont réussi le tour de force de renverser les leçons
de l’histoire des
enclosures
[8]. C’est ce qu’ils ont appelé « la tragédie des
commons » [
cf. Hardin, 1968, p. 1243-1248].
Logiques jusqu’à l’absurde, ces libertariens souhaitent que toutes les
ressources naturelles aient des propriétaires identifiables et responsables. Le
consentement à payer, c’est-à-dire le prix maximum qu’un agent est disposé à
payer pour continuer à jouir d’un bien environnemental, et le consentement à
recevoir, c’est-à-dire la somme symétrique pour qu’il y renonce, résoudraient
la question. Selon Ronald Coase, l’internalisation des effets externes,
c’est-à-dire leur prise en compte par les agents, pourrait être obtenue sans
intervention de l’État autre que l’établissement de droits de propriété et par
la seule négociation marchande entre les pollués et les pollueurs quelle que
soit la répartition initiale des droits entre eux. C’est sur cette base que
pour éliminer l’essence au plomb et limiter les émissions de dioxyde de soufre,
les États-Unis ont créé en l974 des marchés de droits à polluer. Toutefois,
comme on n’a pas osé attribuer nommément la propriété de l’air aux industriels,
le système fonctionne grâce aux sanctions pénales en cas de dépassement des
normes fixées par l’État.
Le recours aux normes et au débat politique est donc
inévitable. Seulement se pose le problème de leur application. Les instruments
ne manquent pas : fiscalité, péage, subventions ou même échanges
dette-nature
[9].
Toute-fois, les taxes sur la pollution ou même les amendes comme celles sur
l’émission de fumées toxiques risquent de se transformer finalement en
véritables « droits à polluer », les entreprises préférant payer les pénalités
plutôt que de faire les investissements nécessaires.
On constate encore une fois que la logique économique ne va pas
dans le sens d’une approche positive
des rapports de l’activité humaine vis-à-vis de l’environnement.
« Quand par exemple, interroge Simon Charbonneau [ 1992],
a-t-on entendu poser préalablement à une décision d’implantation, une question
comme celle-ci : la construction de telle usine de dérivés azotés
représente-t-elle un intérêt collectif compte tenu et de la contamination
croissante des milieux naturels et de l’existence d’excédents agricoles ?
»
Le droit de l’environnement de son côté pèche à la fois par son
laxisme dans des domaines importants et par son abondance tâtillonne et sa
complexité dans d’autres. Tout cela le rend inefficace et hors de portée du
contrôle des citoyens. Ainsi en France, la réglementation du transport des
matières dangereuses comprenait déjà à elle seule 7000 pages en l992 !
Finalement, pour la plupart des économistes, la nature n’étant
pas structurée conformément aux lois du marché peut et doit être pillée et
détruite pour être éventuellement reconstruite et fabriquée par l’homme
conformément à ces lois. Alors, l’offre de « nature » artificielle (eau
synthétique, air en bouteille, semences transgéniques, espèces animales
génétiquement modifiées et nourries en usine, etc.) sera payée à son juste prix
et engendrera des profits légitimes pour ses producteurs – et non plus des
rentes abusives pour des indigènes oisifs qui en étaient les gardiens de fait.
Jean-Baptiste Say déjà l’avait bien dit : « Les seules espèces animales qui
survivront seront celles que l’industrie multipliera » [Say, 1843,
I
re partie, p. 74]. Déjà, à
Manhattan, comme le remarque Jacques Prades, dans les cafés bruyants où
vocifèrent les
juke-boxes, le silence
peut s’acheter pour un dollar contre une cassette vierge de trois minutes. Dans
les carrefours pollués des plus grandes avenues de Mexico, l’air dans les
masques à oxygène s’échange contre quelques pièces. Cet achat du silence et de
l’air, après l’eau en bouteille, la vente d’organe et la location d’utérus,
illustre la transformation de la planète en un vaste supermarché. Pourtant, la
matière première de toutes ces manipulations reste encore un insupportable don
de la nature, dotée de propriétés
naturelles non produites par la technoscience et
le marché
[10]. La
disparition des espèces sauvages ne mettra pas fin à la
biopiraterie et aux comportements
prédateurs. Là est le paradoxe auquel se heurtent les trusts agro-alimentaires
et pharmaceutiques dans leur entreprise de
colonisation intégrale du vivant. Ils détruisent
la biodiversité en ne développant et ne propageant que les gènes utiles (et si
possible fabriqués en laboratoire); mais ils ont besoin d’accéder au stock
disponible, voire même de le protéger, pour trouver leur indispensable matière
première [
cf. Aubertin, Vivien,
1997].
On peut, certes, voir là une limite naturelle à la prédation,
mais celle-ci n’in-terviendra-t-elle pas trop tard ? Quelle garantie a-t-on que
l’on réalise l’optimum ?
Saisie par l’économie, la crise de l’environnement aboutit
ainsi à renforcer le productivisme de la société technicienne. La brochure
publiée en 1992 par l’ONU pour le sommet de la Planète Terre de Rio parle de
gérer l’environnement par des « techniques écologiquement rationnelles
[11] ». La divulgation, au
même moment, de la note interne de l’éminent expert de la Banque mondiale,
Lawrence Summers, vient à point pour donner une illustration prémonitoire de ce
que les libéraux entendent par soutenabilité avec « substituabilité forte »
dans l’optique du développement durable
[12]. Cet économiste distingué (devenu depuis
sous-secrétaire d’État au Trésor) préconise une migration des industries
polluantes vers les pays les moins avancés. Cela résulte d’un calcul économique
implacable. Les coûts de la dépollution sont beaucoup plus faibles au Sud
compte tenu des salaires. Les coûts de la pollution y sont aussi très
inférieurs parce que le degré de pollution y est moindre :
« Les pays sous-peuplés d’Afrique, lit-on dans le rapport,
sont largement sous-pollués; la
qualité de l’air y est probablement d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou
Mexico » (souligné par nous).
En outre, le prix de la vie humaine (calculé par des indices
économiques, espérance de vie et salaires), en cas de catastrophe, y est très
nettement plus bas. La vie d’un Anglais vaut davantage que celle de cent
Indiens. À cela s’ajoute que l’exigence d’un environnement propre croît avec le
niveau de vie :
« On se préoccupera évidemment beaucoup plus d’un facteur qui
augmente de manière infinitésimale les risques de cancer de la prostate dans un
pays où les gens vivent assez longtemps pour avoir cette maladie que dans un
autre où deux cents enfants sur mille meurent avant l’âge de cinq ans.
»
Cette exportation massive de la pollution vers le Sud stimulera
son développement
[13].
L’argumentation est imparable. Mieux vaut vivre pollué que de mourir
d’inanition ! Quand on rationalise l’écologie, c’est nécessairement l’économie
qui impose sa loi
[14].
En prétendant qu’une humanité, composée d’atomes individuels
mus par leurs seuls intérêts égoïstes et s’attribuant tous les droits sur la
nature et les autres espèces vivantes, devait atteindre le plus grand bonheur
pour le plus grand nombre, sous l’effet d’une « main invisible », la science
économique a soutenu et encouragé la plus extraordinaire entreprise de
destruction de la planète. En mettant en œuvre ce programme et en se lançant
dans une accumulation illimitée, stimulée par une compétition sans frein,
l’économie marchande et capitaliste, désormais totalement mondialisée,
s’évertue à éliminer tout souci de l’oikos, toute forme environnementale ou
culturelle qui échapperait à la marchandisation et à la logique du
profit.
Il y a fort heureusement de plus en plus d’économistes
écologistes. Mais force est de reconnaître que la science économique dans son
essence, par son histoire et sa logique, ignore superbement la nature et que le
système économique demeure hostile à l’environnement. Ce n’est que sous la
pression constante de l’opinion que des interventions ont lieu et que les
experts et les théoriciens consentent à prendre en compte marginalement le fait
que le marché se déroule dans une biosphère. L’intégration dans le calcul
économique des éléments de l’environnement comptabilisés artificiellement ne
modifie pas la nature du développement ni la logique de la modernité. Il est
bien par exemple, de tenir compte du rendement en calories de l’agriculture et
de réduire le gaspillage d’énergie fossile
[15]. Mais la prise en compte de ces données ne change
pas la recherche obsessionnelle de maximisation des rendements et des profits
ni la réduction du social à un objet de calcul. C’est par la fuite en avant
dans la technique que l’on pense résoudre les problèmes posés par le système
technicien. La pression pour
contourner l’impératif écologique est
permanente. On peut se demander si le politique sera toujours en mesure dans
l’avenir de jouer le rôle nécessaire pour la contrebalancer.
Face à la corruption marchande et technique du politique, il
est plus que jamais nécessaire de restaurer la délibération démocratique à tous
les niveaux, du local au global et d’en revenir à une forme renouvelée de la
raison raisonnable. Autrement dit, il devient urgent que les hommes, redevenus
citoyens, reprennent en main la question de leur survie, dès lors que celle-ci
est de plus en plus menacée par le jeu de mécanisme pseudo-rationnels garantis
par des arguments pseudo-scientifiques.
·
AUBERTIN Catherine, VIVIEN Franck-Dominique, 1997,
Les Enjeux de la
biodiversité,
·
Economica, Paris.
·
CHARBONNEAU Simon, 1992, La
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général : éléments de critique », Économie et
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·
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Natür. Zür ökologischen Reform von Wirschaft und Gesellschaft,
Westdeutscher Verlag, Opladen.
·
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janvier-mars. (Repris dans La Mégamachine. Raison
techno-scientifique, raison économique et mythe du progrès, La
Découverte/MAUSS, 1995.)
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·
VIVIEN Frank-Dominique, 1995, Économie et Écologie, La
Découverte-Repères.
[1]
Selon le rapport de la Banque mondiale l992 [p. 63-64], « le
taux d’extinction des espèces est très largement supérieur de 50 à l 000 fois à
ce que serait un taux naturel en l’absence de toute influence humaine. Il
disparaîtrait une ou deux espèces par jour, en moyenne, mais des centaines de
milliers d’espèces restent à découvrir ».
[2]
Patrice van Eersel [ 1991]. Si ces chiffres qui traînent
partout et qui sont très approximatifs ne permettent pas de cerner la réalité
d’une menace comme l’effet de serre qui résulte de causes infiniment complexes
et controversées, ils donnent une mesure de notre insouciance.
[3]
Janette Habel, « L’OMC ou la déraison du plus fort »,
Le Monde du 23 mai 1997.
[4]
« Mangez des bananes ! »,
Le
Canard enchaîné du 23 août l995.
[5]
Nous ne reviendrons pas sur ce sujet, longuement abordé
in Latouche [ 1994].
[6]
Beckerman, en l972, taxa, dans un article intitulé « Les
limites au malentendu », le rapport Meadows (
Les
limites de la croissance) d’« échantillon effronté et impudent de
non-sens émanant d’une équipe d’hurluberlus du MIT » [Georgescu-Roegen, l995,
p. l03].
[7]
La valeur d’
option est
celle que pourrait avoir un bien naturel inutilisé aujourd’hui lors d’une
utilisation future. La valeur de
quasi-option est celle dont la société
bénéficiera grâce à la collecte d’informations nouvelles lorsque la
consommation d’un bien naturel est différée. La valeur de
legsest liée au désir de transmettre
un élément du patrimoine naturel aux générations futures. La valeur
d’existence est celle qu’on peut
attribuer à la nature en dehors de toute utilisation. La valeur
écologique est celle attribuée à la
préservation des écosystèmes [voir Harribey, l997].
[8]
Rappelons que la clôture des « communaux » et la suppression du
droit de libre paturage des jachères, déjà dénoncé par Thomas More, a été le
point de départ de la naissance de la rareté en Occident et la ruine de
millions de journaliers agricoles.
[9]
Il s’agit d’une création originale récente ( 1987). Une
organisation (ONG), parfois un État (Pays-Bas, Suède), rachète une partie de la
dette d’un État en échange d’une action de protection de l’environnement
(création d’un parc, programme de protection, renonciation à l’implantation
d’une centrale nucléaire… ).
[10]
Ce point est bien mis en évidence par Hans Immler dans ses
différents livres [voir par exemple Immler, 1989].
[11]
« In Brundtland, ecology is merely a search for managerial
efficiency » [Visvanathan, l99l, p. 381].
[12]
Voir « Dernière trouvaille de la Banque mondiale : polluer les
pays pauvres »,
Courrier international
n° 68,1992.
[13]
On estimait à 10 millions de tonnes en l992 les exportations de
déchets toxiques au cours des cinq dernières années.
[14]
Le gouvernement américain donne l’exemple : il a fait
bénéficier les entreprises confrontées au problème des normes de pollution de
dispositions favorables leur permettant de localiser à l’étranger les unités
polluantes pour leur éviter le coût des équipements nécessaires. En ont ainsi
profité : Motorola, General Instrument, Texas Instrument, Westinghouse,
Cincinatti Electric [voir Masini, Pourdanay, l993].
[15]
Bien que la consommation d’énergie ne soit pas le seul
paramètre à prendre en compte, rappelons que la fourchette extrême pour
produire une calorie va de 0,01 calorie pour l’agriculture archaïque à 500 pour
les formes les plus modernes [voir D. et M. Pimentel, 1977].