Revue du MAUSS
La Découverte

I.S.B.N.2707140783
432 pages

p. 128 à 134
doi: 10.3917/rdm.021.0128

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Dossier / A) L'espérance économie solidaire / Expériences

no 21 2003/1

2003 Revue du Mauss

L’économie solidaire comme radicalisation de la démocratie  [1]

Nancy Neamtan
Pour ceux et celles qui ne le savent pas, le Québec est une petite société francophone de 7 millions de personnes, qui réussit à vivre en tant que société distincte dans le vaste océan de langue anglaise que représentent les États-Unis et le reste du Canada. C’est sans doute en partie à cause de notre réalité de minorité que nous avons dû, dans notre histoire, nous serrer les coudes et nous appuyer sur des solidarités internes pour continuer en tant que peuple à progresser et à nous épanouir. C’est sans doute aussi en partie à cause de cela que le Québec est aujourd’hui un terreau très fertile pour le développement de l’économie solidaire.
Mais comme tous les autres peuples du monde, grands et petits, nous avons aussi goûté durant les dernières décennies au rouleau compresseur de la mondialisation néolibérale. Comme tous les autres peuples de la planète, nous nous sommes aussi fait dire que notre désir de nous affirmer collectivement était chose du passé, que les frontières n’existaient plus, que la notion de territoire n’était plus pertinente, que la globalisation des marchés et la financiarisation de l’économie étaient non seulement des faits inéluctables, mais également des phénomènes souhaitables. Et même si nous vivons dans un pays du Nord, une société riche, nous avons été témoins, depuis quelques décennies, du creusement inquiétant de l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Nous avons aussi été témoins d’une incapacité grandissante de notre État à répondre aux besoins sociaux, économiques et culturels de la population, et particulièrement des personnes qui vivent des situations d’exclusion.
Mais les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. Car comme tous les autres peuples, nous avons été aussi témoins depuis quelques décennies d’une résistance de plus en plus forte à la gestion néolibérale de la mondialisation.
Partout, dans les quartiers urbains, dans les milieux ruraux, dans les usines et dans les écoles, les jeunes et les moins jeunes ont élevé la voix, sont sortis dans les rues pour dire non à la mondialisation. À Québec, en avril 2001, nous étions 60 000 personnes dans la rue et quelques milliers de participants au Sommet des peuples des Amériques pour dire non à la zone de libre-échange des Amériques, la ZLEA, qui se négocie présentement. À Porto Alegre, nous étions quelques centaines de délégués québécois de milieux divers qui participions au Forum social mondial (FSM). Nous sommes reconnaissants à nos amis brésiliens de toutes les énergies consacrées à l’organisation de cet événement extraordinaire.
Mais si au Québec, comme à Seattle, à Gènes ou à Porto Alegre, nous sommes de plus en plus nombreux à résister à la mondialisation néolibérale, nous sommes aussi de plus en plus nombreux à travailler concrètement, quotidiennement et patiemment à la construction d’une autre mondialisation, une mondialisation fondée sur une démocratie réelle, une démocratie politique, économique et culturelle, une démocratie d’inclusion.
C’est dans cette optique que je voudrais aborder ce thème de l’économie solidaire comme projet de radicalisation de la démocratie.
Je dois vous avertir tout de suite : je ne suis pas une théoricienne, ni de l’économie ni de la démocratie. J’ai fait mon apprentissage de la lutte pour une démocratie économique, politique et culturelle sur le terrain, dans un travail de construction concrète de projets sociaux et économiques. Depuis quelques années, j’ai participé activement à la création d’une coalition large qui regroupe à la fois des réseaux québécois d’entreprises collectives, coopératives et associatives, des organisations de développement local basées à la fois dans des quartiers urbains et des milieux ruraux, et les grands mouvements sociaux – syndical, associatif, écologiste, culturel, féministe – qui partagent les valeurs de l’économie solidaire. Nous avons regroupé nos forces dans le but de lutter pour une plus grande reconnaissance de la réalité de l’économie solidaire et surtout pour mieux soutenir les hommes et les femmes qui œuvrent quotidiennement à construire des initiatives qui contribuent à la création d’une économie plus solidaire, plus démocratique, plus humaine. Nous pouvons aujourd’hui constater à quel point ce regroupement des forces a permis une plus grande reconnaissance de l’économie solidaire, l’ouverture d’espaces pour des initiatives de plus en plus nombreuses, l’adoption de politiques publiques favorables à l’économie solidaire et la création d’outils de formation, de financement, de recherche et d’innovation adaptés aux réalités et aux valeurs de l’économie solidaire.
Mais nous avons pu constater aussi toutes les difficultés auxquelles nous sommes confrontés dans la construction de cet espace économique démocratique et solidaire. Nous commençons à peine à comprendre collectivement l’ampleur du défi que nous avons choisi de relever, car nous sommes conscients que le projet économique, politique, social et culturel dans lequel s’inscrit l’économie solidaire exige une redéfinition, voire une radicalisation de la démocratie au niveau local, régional et international, et cela non seulement dans les mots et les discours, mais dans la réalité quotidienne au sein de laquelle nous évoluons. Nous sommes conscients que la volonté des acteurs de l’économie solidaire de repenser le modèle de développement de façon à mettre le social et non le capital aux postes de commande, à faire de l’économie un instrument de développement et non une fin en soi, à imposer la prise en compte de l’environnement dans les choix économiques qui s’opèrent, nous sommes conscients que tout cela exige que nos pratiques et notre compréhension de la démocratie s’articulent autrement.
Pourtant, et ceci est particulièrement vrai dans les pays du Nord qui ont une longue tradition de démocratie parlementaire, on peut se demander pourquoi concevoir ainsi l’économie solidaire comme une forme de radicalisation de la démocratie. Pourquoi l’économie solidaire ne peut-elle pas se contenter des formes traditionnelles de démocratie que sont la démocratie représentative, la démocratie électorale ou la démocratie parlementaire ? Pourquoi souligner avec tant d’insistance les limites de la démocratie représentative alors que, encore aujourd’hui, des hommes et des femmes dans divers pays continuent à sacrifier leur vie pour sa défense ? Je crois qu’il faut, en effet, être conscient du danger qu’il y a à rejeter d’emblée les acquis démocratiques gagnés de haute lutte au cours des dernierssiècles. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas sous-estimer les fruits de la lutte des peuples à travers le monde pour le droit de choisir leur gouvernement. Car, malgré tous les défauts de la démocratie représentative, le droit d’élire les hommes et les femmes qui gouvernent leur pays doit rester un droit fondamental pour tous les citoyens et citoyennes du monde.
Il n’est pas question non plus de sous-estimer l’importance du rôle des États-nations dans leurs fonctions de redistribution de la richesse, de détermination des politiques sociales et économiques, de régulation sociale, de protection de nos cultures, et j’en passe. Un des plus grands drames qui se vit présentement dans trop de pays du monde est l’incapacité des États-nations à offrir à leurs populations des services de base en matière de santé, d’éducation et de protection sociale. Et pourtant, il s’agit là de certains des droits démocratiques les plus fondamentaux. Pour prendre un exemple très terre à terre de l’importance de l’État :
le Forum social mondial n’aurait sans doute pas eu lieu à Porto Alegre n’eût été le fait que la population du Rio Grande do Sul a élu un gouvernement dont la volonté est de participer activement à la construction d’une autre mondialisation, comme l’affirme le mot d’ordre du FSM : un autre monde est possible.
Mais il est aussi évident, aujourd’hui plus que jamais, que la démocratie représentative qui se limite à l’exercice du droit de vote une fois tous les quatre ou cinq ans ne suffit pas. Ces limites ont toujours existé, car aucun pays au monde n’est à l’abri du détournement du processus électoral par la force de l’argent, que ce soit par l’achat des votes ou le contrôle des élus par des lobbies capitalistes ou par la manipulation de l’opinion publique par des médias à la solde des classes dominantes. Aujourd’hui, dans le contexte de la mondialisation, ces limites sont encore plus évidentes. À force de constater à quel point le capitalisme à prédominance nationale a cédé sa place à un capitalisme sauvage à l’échelle mondiale dont les vices se font de jour en jour plus évidents avec le dévoilement des pratiques des Enron et WorldCom, les formes de résistance et la construction d’alternatives doivent nécessairement dépasser, elles aussi, les frontières des pays et des continents. Dans les faits, le défi de la démocratie en contexte de globalisation exige une construction démocratique à tous les niveaux et dans toutes les sphères de la vie. La démocratie doit être à la fois politique, économique et culturelle. Elle doit répondre aux aspirations des hommes et des femmes partout sur la planète en leur permettant de devenir des acteurs et non pas des spectateurs de leur vie et de leur environnement.
La véritable démocratie doit permettre à tout le monde d’avoir accès à des outils de transformation du quotidien. Elle doit être porteuse de l’inclusion dans l’exercice de la citoyenneté en permettant à tous et à toutes – indépendamment de leur lieu de résidence, de leur statut social, de leur revenu ou de leur formation – de débattre et de participer activement aux décisions. Une véritable démocratie doit permettre aux individus et surtout aux groupes d’individus liés par la défense de l’intérêt collectif – et non par des intérêts corporatistes – d’agir ensemble, et surtout d’interagir et de négocier en position de force avec les puissances qui dictent aujourd’hui les règles du jeu tant sur le plan local et national que sur le plan international. C’est ainsi qu’il faut reconnaître que la démocratie ne peut pas se limiter à un niveau, celui d’une nation, ni à une forme, celle de la représentation. La démocratie doit vivre et s’épanouir au sein de l’entreprise où l’on travaille, au sein du quartier ou du village où l’on vit, à l’échelle de la planète où nous vivons tous et toutes. Ainsi, dans cette perpective, l’économie solidaire se situe dans les faits au cœur d’un projet de renouvellement de la démocratie sur le plan économique, politique et culturel.
Pourquoi et surtout comment se vit ce renouvellement ? Comment ces milliers d’initiatives d’économie solidaire à travers la planète – les micro-initiatives de femmes dans certains villages d’Afrique, les expérience d’autogestion menées par des travailleurs au sein de coopératives de production au Brésil, la création d’outils d’épargne et de financement solidaires en France, les initiatives de revitalisation des quartiers pauvres de Montréal, les cuisines collectives au Pérou, les projets de commerce équitable entre pays du Nord et du Sud, les « recycleries » en Belgique, les coopératives sociales en Italie – contribuent-elles concrètement à un renouveau, voire à une radicalisation de la démocratie ?
En premier lieu, je crois que ces initiatives permettent à des hommes et à des femmes à travers le monde, à des collectivités entières, de se développer et de répondre à leurs besoins propres sans pour autant rejeter les valeurs de solidarité et de justice sociale. En soi, devant l’omniprésence d’une économie libérale sans âme, il s’agit d’un exploit. Ce faisant, l’économie solidaire contribue au renouvellement de la démocratie en permettant aux personnes, qui sont souvent des exclus, d’agir sur leur quotidien, aux femmes d’acquérir leur autonomie économique, aux collectivités locales de se développer en misant sur des valeurs et des pratiques de solidarité. Mais l’économie solidaire ne sera qu’un rêve ou une illusion si nos ambitions se limitent à permettre aux exclus de répondre à des besoins non satisfaits, même à travers des pratiques solidaires et démocratiques. L’économie solidaire n’aura pas d’avenir si elle se limite à créer de petits espaces démocratiques complètement isolés du quotidien de la majorité de la population.
Le mouvement d’économie solidaire en construction à travers la planète a une fonction encore plus fondamentale dans le contexte actuel. Par la multiplication des pratiques, par les innovations qui en découlent, par les découvertes qui sont faites collectivement, l’économie solidaire nous permet de prendre acte collectivement de la possibilité de faire de l’économie autrement. Elle nous aide à briser le fatalisme auquel l’idéologie néolibérale nous confronte, en prétendant être le seul mode de développement possible. Elle nous permet d’affronter concrètement et en connaissance de cause les stratégies basées uniquement sur la financiarisation de l’économie, en lesquelles les investisseurs commencent d’ailleurs à perdre confiance. Ce faisant, elle s’attaque aux fondements mêmes de l’économie néolibérale. Elle nous donne confiance en notre capacité d’entreprendre collectivement. Elle nous permet d’imaginer d’autres stratégies, plus larges, plus complètes, pour développer une économie mondiale qui soit à la fois globale et solidaire.
C’est ainsi que l’économie solidaire vient ajouter un volet essentiel au mouvement politique pour une autre mondialisation. Elle élargit le mouvement de résistance et l’invite à construire. Elle contribue à cette construction d’une autre mondialisation, au renouvellement de la démocratie en l’élargissant à la démocratie économique, enracinée dans l’entreprise, dans le territoire, dans le village, dans le quartier, dans les différentes formes d’échange commercial, dans l’utilisation du capital à des fins de solidarité et non pas d’enrichissement individuel. Elle permet la reconnaissance du fait qu’une autre mondialisation ne peut être qu’un acte politique, qu’elle doit se baser sur une vision plus globale qui arrime toutes ensemble les dimensions politique, sociale, économique et culturelle. Elle nous rappelle qu’il ne suffit pas de manifester pour que la société civile soit reconnue et participe aux discussions concernant les échanges commerciaux et les accords entre les nations. Il faut également que les acteurs et actrices de l’économie solidaire accèdent à la reconnaissance économique et occupent un espace important et reconnu dans la vie économique aux niveaux local, national et bientôt, espérons-le, international.
Bien sûr, comme toujours, c’est plus facile à dire qu’à faire. Même dans les lieux soit-disant les plus démocratiques de la planète, la possibilité de construire une économie plus solidaire, plus démocratique, basée sur des valeurs de justice sociale et de développement durable, est encore considérée par la majorité soit comme un rêve irréalisable, soit comme un projet dépassé et démodé.
Comment pouvons-nous travailler pour qu’il en soit autrement ? Comment faire en sorte que l’économie solidaire contribue au renouvellement de la démocratie en offrant la possibilité à des hommes et à des femmes à travers toute la planète de choisir une économie solidaire et un modèle de développement démocratique plutôt qu’une économie capitaliste et un modèle de développement néolibéral ?
Pour y arriver, les défis sont nombreux.
Je crois que notre premier défi collectif est de faire reconnaître notre existence et notre droit à exister. Car la force de notre réalité – celle d’une multitude d’initiatives enracinées localement – est aussi une faiblesse quand il s’agit de la traduire en reconnaissance. Nous ne représentons pas des multinationales dont la présence domine les médias et les lobbies politiques. Nos entreprises ne sont pas cotées en Bourse et, en conséquence, elles sont absentes des pages économiques. Nous ne promettons pas de gros rendements à des actionnaires obsédés par la maximisation des profits. Notre recherche de reconnaissance doit se poursuivre par d’autres voies, par des actions qui nous rendent visibles auprès de nos communautés, par la construction de réseaux nationaux et internationaux pour faire connaître nos actions et nos options, par un débat ouvert et large sur l’importance d’une économie solidaire et démocratique au sein d’un nouveau modèle de développement. L’organisation d’une conférence et d’un séminaire sur l’économie solidaire au sein du Forum social mondial constitue un acquis important pour nous, les acteurs de l’économie solidaire. Dans notre quête de reconnaissance, il faudra également renforcer nos liens avec tous les autres mouvements sociaux qui partagent notre désir profond de voir s’installer une autre mondialisation.
Un second défi nous attend pour que l’économie solidaire devienne un choix réel pour la population de la planète et contribue concrètement à la construction démocratique; celui de renforcer notre capacité collective à faire de l’économie solidairement. Comme dans toute forme de développement économique, nous ne pouvons pas agir sans moyens. Nous avons besoin d’accès au capital, d’accès à la formation, d’accès à des réseaux, d’accès à des outils de recherche et de développement. À travers la planète, il y a de plus en plus d’expériences réussies, d’innovations, de leçons à apprendre des uns et des autres, et nous avons énormément de travail à faire pour nous renforcer mutuellement. Nous allons devoir, au cours des prochaines années, nous mettre en régime accéléré. Nous ne pouvons plus nous contenter de rester toujours dans les marges, cantonnés dans des initiatives de petite taille, sans lien les unes avec les autres. Il ne faut pas avoir peur de ratisser large, de réclamer des moyens costauds et d’obtenir l’accès à un capital considérable, tout en restant solidaires. Il ne faut pas nous contenter de nous emparer de l’espace économique dont les autres ne veulent pas. Nous devons apprendre à affronter le privé sur son propre terrain et à convaincre nos gouvernements et nos populations de faire le choix de l’économie solidaire. C’est la voie incontournable que nous devons prendre pour enfin assumer pleinement notre prétention à influencer les modèles de développement.
Gagner la reconnaissance et l’accès à des outils de développement ne se fera pas facilement. Pour y arriver, nous allons devoir renforcer nos propres réseaux et surtout créer des réseaux de plus en plus forts au niveau international. La construction de ces réseaux globaux ne peut pas se faire simplement sur la base de rêves ou de discours. Elle ne peut pas non plus être l’œuvre de quelques individus bien intentionnés. L’économie solidaire comme forme de radicalisation de la démocratie ne se réalisera pas si elle n’est pas bien enracinée dans des pratiques concrètes, dans des mobilisations locales, dans des réseaux nationaux et continentaux de mieux en mieux structurés et respectueux des réalités propres à chaque continent, à chaque pays. Elle ne peut pas se construire sur des processus d’exclusion, dans le rejet de l’autre. Ce processus d’inclusion, de respect des différences, de construction à partir de la base est d’ailleurs l’un des fondements mêmes d’une véritable démocratie.
Bien sûr, nous n’avons pas toutes les solutions. Nous sommes au début de quelque chose de grandiose et non pas à la fin. Nous avons tout un monde à inventer. Nous avons des leçons à tirer de l’expérience d’organisations collectives plus anciennes pour apprendre à grandir sans perdre de vue notre mission et ce qui la fonde. Il est normal, dans ce vaste travail de démocratisation économique, que nous puissions nous tromper dans nos apprentissages ou que nous progressions plus lentement que nous ne le souhaitons.
L’important est de pouvoir continuer à progresser tout en apprenant de nos erreurs et en accélérant le pas au fur et à mesure que nos capacités internes se consolident. Il faut donc assurer une grande transparence dans toutes nos démarches tout en refusant de sombrer dans un doute paralysant devant les difficultés rencontrées.
En même temps, nous avons un travail à faire ensemble afin d’approfondir notre réflexion sur des questions fondamentales telles que le rôle des Étatsnations, le rôle du marché, les rapports entre le Sud et le Nord, les rapports hommes-femmes et le respect de la diversité. Notre capacité à construire une autre mondialisation dépend aussi de notre capacité à nous donner une vision commune, malgré nos réalités si diverses. Qui aurait pensé, il y a dix ou quinze ans, alors que nous n’étions que quelques-uns dans des pays divers à travers le monde à commencer, isolés les uns des autres, à initier de nouvelles activités économiques basées sur des valeurs de solidarité et de démocratie, que nous serions en 2002 à Porto Alegre, cette ville si accueillante, pour parler ensemble de l’économie solidaire non seulement entre nous, acteurs de l’économie solidaire, mais bien dans le cadre de cet événement incroyable qu’est le Forum social mondial ? Et pourtant, nous voilà à Porto Alegre ! Et pourtant nous y serons encore, ou ailleurs, en 2003, nous serons partout où il faut être pour continuer à échanger et à apprendre les uns des autres.
Si tout cela est possible, si nous sommes plus nombreux et plus forts que jamais, il n’y a aucun doute dans mon esprit : oui, une autre mondialisation est possible; et oui, l’économie solidaire est partie intégrante de cet autre monde, ce monde solidaire, équitable et démocratique que nous sommes en train de construire ensemble.
 
NOTES
 
[1] Ce texte reprend une intervention faite à Porto Alegre lors du Séminaire sur l’économie solidaire le 1er février 2002.
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