2003
Revue du Mauss
L’économie solidaire comme radicalisation de la démocratie
[1]
Nancy Neamtan
Pour ceux et celles qui ne le savent pas, le Québec est une
petite société francophone de 7 millions de personnes, qui réussit à vivre en
tant que société distincte dans le vaste océan de langue anglaise que
représentent les États-Unis et le reste du Canada. C’est sans doute en partie à
cause de notre réalité de minorité que nous avons dû, dans notre histoire, nous
serrer les coudes et nous appuyer sur des solidarités internes pour continuer
en tant que peuple à progresser et à nous épanouir. C’est sans doute aussi en
partie à cause de cela que le Québec est aujourd’hui un terreau très fertile
pour le développement de l’économie solidaire.
Mais comme tous les autres peuples du monde, grands et petits,
nous avons aussi goûté durant les dernières décennies au rouleau compresseur de
la mondialisation néolibérale. Comme tous les autres peuples de la planète,
nous nous sommes aussi fait dire que notre désir de nous affirmer
collectivement était chose du passé, que les frontières n’existaient plus, que
la notion de territoire n’était plus pertinente, que la globalisation des
marchés et la financiarisation de l’économie étaient non seulement des faits
inéluctables, mais également des phénomènes souhaitables. Et même si nous
vivons dans un pays du Nord, une société riche, nous avons été témoins, depuis
quelques décennies, du creusement inquiétant de l’écart entre les plus riches
et les plus pauvres. Nous avons aussi été témoins d’une incapacité grandissante
de notre État à répondre aux besoins sociaux, économiques et culturels de la
population, et particulièrement des personnes qui vivent des situations
d’exclusion.
Mais les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. Car comme tous
les autres peuples, nous avons été aussi témoins depuis quelques décennies
d’une résistance de plus en plus forte à la gestion néolibérale de la
mondialisation.
Partout, dans les quartiers urbains, dans les milieux ruraux,
dans les usines et dans les écoles, les jeunes et les moins jeunes ont élevé la
voix, sont sortis dans les rues pour dire non à la mondialisation. À Québec, en
avril 2001, nous étions 60 000 personnes dans la rue et quelques milliers de
participants au Sommet des peuples des Amériques pour dire non à la zone de
libre-échange des Amériques, la ZLEA, qui se négocie présentement. À Porto
Alegre, nous étions quelques centaines de délégués québécois de milieux divers
qui participions au Forum social mondial (FSM). Nous sommes reconnaissants à
nos amis brésiliens de toutes les énergies consacrées à l’organisation de cet
événement extraordinaire.
Mais si au Québec, comme à Seattle, à Gènes ou à Porto Alegre,
nous sommes de plus en plus nombreux à résister à la mondialisation
néolibérale, nous sommes aussi de plus en plus nombreux à travailler
concrètement, quotidiennement et patiemment à la construction d’une autre
mondialisation, une mondialisation fondée sur une démocratie réelle, une
démocratie politique, économique et culturelle, une démocratie
d’inclusion.
C’est dans cette optique que je voudrais aborder ce thème de
l’économie solidaire comme projet de radicalisation de la démocratie.
Je dois vous avertir tout de suite : je ne suis pas une
théoricienne, ni de l’économie ni de la démocratie. J’ai fait mon apprentissage
de la lutte pour une démocratie économique, politique et culturelle sur le
terrain, dans un travail de construction concrète de projets sociaux et
économiques. Depuis quelques années, j’ai participé activement à la création
d’une coalition large qui regroupe à la fois des réseaux québécois
d’entreprises collectives, coopératives et associatives, des organisations de
développement local basées à la fois dans des quartiers urbains et des milieux
ruraux, et les grands mouvements sociaux – syndical, associatif, écologiste,
culturel, féministe – qui partagent les valeurs de l’économie solidaire. Nous
avons regroupé nos forces dans le but de lutter pour une plus grande
reconnaissance de la réalité de l’économie solidaire et surtout pour mieux
soutenir les hommes et les femmes qui œuvrent quotidiennement à construire des
initiatives qui contribuent à la création d’une économie plus solidaire, plus
démocratique, plus humaine. Nous pouvons aujourd’hui constater à quel point ce
regroupement des forces a permis une plus grande reconnaissance de l’économie
solidaire, l’ouverture d’espaces pour des initiatives de plus en plus
nombreuses, l’adoption de politiques publiques favorables à l’économie
solidaire et la création d’outils de formation, de financement, de recherche et
d’innovation adaptés aux réalités et aux valeurs de l’économie
solidaire.
Mais nous avons pu constater aussi toutes les difficultés
auxquelles nous sommes confrontés dans la construction de cet espace économique
démocratique et solidaire. Nous commençons à peine à comprendre collectivement
l’ampleur du défi que nous avons choisi de relever, car nous sommes conscients
que le projet économique, politique, social et culturel dans lequel s’inscrit
l’économie solidaire exige une redéfinition, voire une radicalisation de la
démocratie au niveau local, régional et international, et cela non seulement
dans les mots et les discours, mais dans la réalité quotidienne au sein de
laquelle nous évoluons. Nous sommes conscients que la volonté des acteurs de
l’économie solidaire de repenser le modèle de développement de façon à mettre
le social et non le capital aux postes de commande, à faire de l’économie un
instrument de développement et non une fin en soi, à imposer la prise en compte
de l’environnement dans les choix économiques qui s’opèrent, nous sommes
conscients que tout cela exige que nos pratiques et notre compréhension de la
démocratie s’articulent autrement.
Pourtant, et ceci est particulièrement vrai dans les pays du
Nord qui ont une longue tradition de démocratie parlementaire, on peut se
demander pourquoi concevoir ainsi l’économie solidaire comme une forme de
radicalisation de la démocratie. Pourquoi l’économie solidaire ne peut-elle pas
se contenter des formes traditionnelles de démocratie que sont la démocratie
représentative, la démocratie électorale ou la démocratie parlementaire ?
Pourquoi souligner avec tant d’insistance les limites de la démocratie
représentative alors que, encore aujourd’hui, des hommes et des femmes dans
divers pays continuent à sacrifier leur vie pour sa défense ? Je crois qu’il
faut, en effet, être conscient du danger qu’il y a à rejeter d’emblée les
acquis démocratiques gagnés de haute lutte au cours des dernierssiècles. Nous
ne pouvons pas, nous ne devons pas sous-estimer les fruits de la lutte des
peuples à travers le monde pour le droit de choisir leur gouvernement. Car,
malgré tous les défauts de la démocratie représentative, le droit d’élire les
hommes et les femmes qui gouvernent leur pays doit rester un droit fondamental
pour tous les citoyens et citoyennes du monde.
Il n’est pas question non plus de sous-estimer l’importance du
rôle des États-nations dans leurs fonctions de redistribution de la richesse,
de détermination des politiques sociales et économiques, de régulation sociale,
de protection de nos cultures, et j’en passe. Un des plus grands drames qui se
vit présentement dans trop de pays du monde est l’incapacité des États-nations
à offrir à leurs populations des services de base en matière de santé,
d’éducation et de protection sociale. Et pourtant, il s’agit là de certains des
droits démocratiques les plus fondamentaux. Pour prendre un exemple très terre
à terre de l’importance de l’État :
le Forum social mondial n’aurait sans doute pas eu lieu à Porto
Alegre n’eût été le fait que la population du Rio Grande do Sul a élu un
gouvernement dont la volonté est de participer activement à la construction
d’une autre mondialisation, comme l’affirme le mot d’ordre du FSM :
un autre monde est possible.
Mais il est aussi évident, aujourd’hui plus que jamais, que la
démocratie représentative qui se limite à l’exercice du droit de vote une fois
tous les quatre ou cinq ans ne suffit pas. Ces limites ont toujours existé, car
aucun pays au monde n’est à l’abri du détournement du processus électoral par
la force de l’argent, que ce soit par l’achat des votes ou le contrôle des élus
par des lobbies capitalistes ou par la
manipulation de l’opinion publique par des médias à la solde des classes
dominantes. Aujourd’hui, dans le contexte de la mondialisation, ces limites
sont encore plus évidentes. À force de constater à quel point le capitalisme à
prédominance nationale a cédé sa place à un capitalisme sauvage à l’échelle
mondiale dont les vices se font de jour en jour plus évidents avec le
dévoilement des pratiques des Enron et WorldCom, les formes de résistance et la
construction d’alternatives doivent nécessairement dépasser, elles aussi, les
frontières des pays et des continents. Dans les faits, le défi de la démocratie
en contexte de globalisation exige une construction démocratique à tous les
niveaux et dans toutes les sphères de la vie. La démocratie doit être à la fois
politique, économique et culturelle. Elle doit répondre aux aspirations des
hommes et des femmes partout sur la planète en leur permettant de devenir des
acteurs et non pas des spectateurs de leur vie et de leur
environnement.
La véritable démocratie doit permettre à tout le monde d’avoir
accès à des outils de transformation du quotidien. Elle doit être porteuse de
l’inclusion dans l’exercice de la citoyenneté en permettant à tous et à toutes
– indépendamment de leur lieu de résidence, de leur statut social, de leur
revenu ou de leur formation – de débattre et de participer activement aux
décisions. Une véritable démocratie doit permettre aux individus et surtout aux
groupes d’individus liés par la défense de l’intérêt collectif – et non par des
intérêts corporatistes – d’agir ensemble, et surtout d’interagir et de négocier
en position de force avec les puissances qui dictent aujourd’hui les règles du
jeu tant sur le plan local et national que sur le plan international. C’est
ainsi qu’il faut reconnaître que la démocratie ne peut pas se limiter à un
niveau, celui d’une nation, ni à une forme, celle de la représentation. La
démocratie doit vivre et s’épanouir au sein de l’entreprise où l’on travaille,
au sein du quartier ou du village où l’on vit, à l’échelle de la planète où
nous vivons tous et toutes. Ainsi, dans cette perpective, l’économie solidaire
se situe dans les faits au cœur d’un projet de renouvellement de la démocratie
sur le plan économique, politique et culturel.
Pourquoi et surtout comment se vit ce renouvellement ? Comment
ces milliers d’initiatives d’économie solidaire à travers la planète – les
micro-initiatives de femmes dans certains villages d’Afrique, les expérience
d’autogestion menées par des travailleurs au sein de coopératives de production
au Brésil, la création d’outils d’épargne et de financement solidaires en
France, les initiatives de revitalisation des quartiers pauvres de Montréal,
les cuisines collectives au Pérou, les projets de commerce équitable entre pays
du Nord et du Sud, les « recycleries » en Belgique, les coopératives sociales
en Italie – contribuent-elles concrètement à un renouveau, voire à une
radicalisation de la démocratie ?
En premier lieu, je crois que ces initiatives permettent à des
hommes et à des femmes à travers le monde, à des collectivités entières, de se
développer et de répondre à leurs besoins propres sans pour autant rejeter les
valeurs de solidarité et de justice sociale. En soi, devant l’omniprésence
d’une économie libérale sans âme, il s’agit d’un exploit. Ce faisant,
l’économie solidaire contribue au renouvellement de la démocratie en permettant
aux personnes, qui sont souvent des exclus, d’agir sur leur quotidien, aux
femmes d’acquérir leur autonomie économique, aux collectivités locales de se
développer en misant sur des valeurs et des pratiques de solidarité. Mais
l’économie solidaire ne sera qu’un rêve ou une illusion si nos ambitions se
limitent à permettre aux exclus de répondre à des besoins non satisfaits, même
à travers des pratiques solidaires et démocratiques. L’économie solidaire
n’aura pas d’avenir si elle se limite à créer de petits espaces démocratiques
complètement isolés du quotidien de la majorité de la population.
Le mouvement d’économie solidaire en construction à travers la
planète a une fonction encore plus fondamentale dans le contexte actuel. Par la
multiplication des pratiques, par les innovations qui en découlent, par les
découvertes qui sont faites collectivement, l’économie solidaire nous permet de
prendre acte collectivement de la possibilité de
faire de l’économie autrement. Elle nous aide à briser le fatalisme
auquel l’idéologie néolibérale nous confronte, en prétendant être le seul mode
de développement possible. Elle nous permet d’affronter concrètement et en
connaissance de cause les stratégies basées uniquement sur la financiarisation
de l’économie, en lesquelles les investisseurs commencent d’ailleurs à perdre
confiance. Ce faisant, elle s’attaque aux fondements mêmes de l’économie
néolibérale. Elle nous donne confiance en notre capacité d’entreprendre
collectivement. Elle nous permet d’imaginer d’autres stratégies, plus larges,
plus complètes, pour développer une économie mondiale qui soit à la fois
globale et solidaire.
C’est ainsi que l’économie solidaire vient ajouter un volet
essentiel au mouvement politique pour une autre mondialisation. Elle élargit le
mouvement de résistance et l’invite à construire. Elle contribue à cette
construction d’une autre mondialisation, au renouvellement de la démocratie en
l’élargissant à la démocratie économique, enracinée dans l’entreprise, dans le
territoire, dans le village, dans le quartier, dans les différentes formes
d’échange commercial, dans l’utilisation du capital à des fins de solidarité et
non pas d’enrichissement individuel. Elle permet la reconnaissance du fait
qu’une autre mondialisation ne peut être qu’un acte politique, qu’elle doit se
baser sur une vision plus globale qui arrime toutes ensemble les dimensions
politique, sociale, économique et culturelle. Elle nous rappelle qu’il ne
suffit pas de manifester pour que la société civile soit reconnue et participe
aux discussions concernant les échanges commerciaux et les accords entre les
nations. Il faut également que les acteurs et actrices de l’économie solidaire
accèdent à la reconnaissance économique et occupent un espace important et
reconnu dans la vie économique aux niveaux local, national et bientôt,
espérons-le, international.
Bien sûr, comme toujours, c’est plus facile à dire qu’à faire.
Même dans les lieux soit-disant les plus démocratiques de la planète, la
possibilité de construire une économie plus solidaire, plus démocratique, basée
sur des valeurs de justice sociale et de développement durable, est encore
considérée par la majorité soit comme un rêve irréalisable, soit comme un
projet dépassé et démodé.
Comment pouvons-nous travailler pour qu’il en soit autrement ?
Comment faire en sorte que l’économie solidaire contribue au renouvellement de
la démocratie en offrant la possibilité à des hommes et à des femmes à travers
toute la planète de choisir une économie solidaire et un modèle de
développement démocratique plutôt qu’une économie capitaliste et un modèle de
développement néolibéral ?
Pour y arriver, les défis sont nombreux.
Je crois que notre premier défi collectif est de faire
reconnaître notre existence et notre droit à exister. Car la force de notre
réalité – celle d’une multitude d’initiatives enracinées localement – est aussi
une faiblesse quand il s’agit de la traduire en reconnaissance. Nous ne
représentons pas des multinationales dont la présence domine les médias et les
lobbies politiques. Nos entreprises ne
sont pas cotées en Bourse et, en conséquence, elles sont absentes des pages
économiques. Nous ne promettons pas de gros rendements à des actionnaires
obsédés par la maximisation des profits. Notre recherche de reconnaissance doit
se poursuivre par d’autres voies, par des actions qui nous rendent visibles
auprès de nos communautés, par la construction de réseaux nationaux et
internationaux pour faire connaître nos actions et nos options, par un débat
ouvert et large sur l’importance d’une économie solidaire et démocratique au
sein d’un nouveau modèle de développement. L’organisation d’une conférence et
d’un séminaire sur l’économie solidaire au sein du Forum social mondial
constitue un acquis important pour nous, les acteurs de l’économie solidaire.
Dans notre quête de reconnaissance, il faudra également renforcer nos liens
avec tous les autres mouvements sociaux qui partagent notre désir profond de
voir s’installer une autre mondialisation.
Un second défi nous attend pour que l’économie solidaire
devienne un choix réel pour la population de la planète et contribue
concrètement à la construction démocratique; celui de renforcer notre capacité
collective à faire de l’économie solidairement. Comme dans toute forme de
développement économique, nous ne pouvons pas agir sans moyens. Nous avons
besoin d’accès au capital, d’accès à la formation, d’accès à des réseaux,
d’accès à des outils de recherche et de développement. À travers la planète, il
y a de plus en plus d’expériences réussies, d’innovations, de leçons à
apprendre des uns et des autres, et nous avons énormément de travail à faire
pour nous renforcer mutuellement. Nous allons devoir, au cours des prochaines
années, nous mettre en régime accéléré. Nous ne pouvons plus nous contenter de
rester toujours dans les marges, cantonnés dans des initiatives de petite
taille, sans lien les unes avec les autres. Il ne faut pas avoir peur de
ratisser large, de réclamer des moyens costauds et d’obtenir l’accès à un
capital considérable, tout en restant solidaires. Il ne faut pas nous contenter
de nous emparer de l’espace économique dont les autres ne veulent pas. Nous
devons apprendre à affronter le privé sur son propre terrain et à convaincre
nos gouvernements et nos populations de faire le choix de l’économie solidaire.
C’est la voie incontournable que nous devons prendre pour enfin assumer
pleinement notre prétention à influencer les modèles de développement.
Gagner la reconnaissance et l’accès à des outils de
développement ne se fera pas facilement. Pour y arriver, nous allons devoir
renforcer nos propres réseaux et surtout créer des réseaux de plus en plus
forts au niveau international. La construction de ces réseaux globaux ne peut
pas se faire simplement sur la base de rêves ou de discours. Elle ne peut pas
non plus être l’œuvre de quelques individus bien intentionnés. L’économie
solidaire comme forme de radicalisation de la démocratie ne se réalisera pas si
elle n’est pas bien enracinée dans des pratiques concrètes, dans des
mobilisations locales, dans des réseaux nationaux et continentaux de mieux en
mieux structurés et respectueux des réalités propres à chaque continent, à
chaque pays. Elle ne peut pas se construire sur des processus d’exclusion, dans
le rejet de l’autre. Ce processus d’inclusion, de respect des différences, de
construction à partir de la base est d’ailleurs l’un des fondements mêmes d’une
véritable démocratie.
Bien sûr, nous n’avons pas toutes les solutions. Nous sommes au
début de quelque chose de grandiose et non pas à la fin. Nous avons tout un
monde à inventer. Nous avons des leçons à tirer de l’expérience d’organisations
collectives plus anciennes pour apprendre à grandir sans perdre de vue notre
mission et ce qui la fonde. Il est normal, dans ce vaste travail de
démocratisation économique, que nous puissions nous tromper dans nos
apprentissages ou que nous progressions plus lentement que nous ne le
souhaitons.
L’important est de pouvoir continuer à progresser tout en
apprenant de nos erreurs et en accélérant le pas au fur et à mesure que nos
capacités internes se consolident. Il faut donc assurer une grande transparence
dans toutes nos démarches tout en refusant de sombrer dans un doute paralysant
devant les difficultés rencontrées.
En même temps, nous avons un travail à faire ensemble afin
d’approfondir notre réflexion sur des questions fondamentales telles que le
rôle des Étatsnations, le rôle du marché, les rapports entre le Sud et le Nord,
les rapports hommes-femmes et le respect de la diversité. Notre capacité à
construire une autre mondialisation dépend aussi de notre capacité à nous
donner une vision commune, malgré nos réalités si diverses. Qui aurait pensé,
il y a dix ou quinze ans, alors que nous n’étions que quelques-uns dans des
pays divers à travers le monde à commencer, isolés les uns des autres, à
initier de nouvelles activités économiques basées sur des valeurs de solidarité
et de démocratie, que nous serions en 2002 à Porto Alegre, cette ville si
accueillante, pour parler ensemble de l’économie solidaire non seulement entre
nous, acteurs de l’économie solidaire, mais bien dans le cadre de cet événement
incroyable qu’est le Forum social mondial ? Et pourtant, nous voilà à Porto
Alegre ! Et pourtant nous y serons encore, ou ailleurs, en 2003, nous serons
partout où il faut être pour continuer à échanger et à apprendre les uns des
autres.
Si tout cela est possible, si nous sommes plus nombreux et plus
forts que jamais, il n’y a aucun doute dans mon esprit : oui, une autre
mondialisation est possible; et oui, l’économie solidaire est partie intégrante
de cet autre monde, ce monde solidaire, équitable et démocratique que nous
sommes en train de construire ensemble.
[1]
Ce texte reprend une intervention faite à Porto Alegre lors du
Séminaire sur l’économie solidaire le
1
er février 2002.