2003
Revue du Mauss
PEKEA (Political and Ethical Knowledge on Economics Activities
[1])
PEKEA, c’est déjà la volonté de plus de 500 chercheurs et intellectuels
en sciences humaines et sociales venant de 45 pays de s’associer pour
mener des recherches et construire un savoir politique et éthique sur les
activités économiques.
PEKEA, c’est
-
une mobilisation transdisciplinaire des compétences, i.e. une mobilisation des chercheurs, des expérimentateurs et des enseignants de toutes
les sciences humaines et sociales;
-
une mobilisation mondiale des personnes et des idées. Les personnes, quelles que soient leurs compétences venant de partout dans le
monde, qui souhaitent que nos sociétés ne soient plus des « écocraties »
sont invitées à rejoindre l’ONG internationale PEKEA; les institutions,
centres de recherche, ONG et toutes sortes d’associations qui prennent en
charge des actions économiques collectives, en particulier les groupes
d’économie sociale et solidaire, sont elles aussi invitées à devenir partenaires de PEKEA;
-
la construction collective d’une pensée alternative pertinente sur les
activités économiques. PEKEA entend mener des recherches en mettant les
personnes et la société à la place centrale, comme finalité des activités
économiques. C’est un renversement par rapport à des recherches qui poursuivent l’adaptation à des impératifs économiques qui tendent à faire de
nos sociétés des écocraties. Ces recherches d’un type nouveau sont menées
en conformité avec l’« Argument » et les « Fondements généraux » qui ont
été élaborés à la suite d’un premier colloque qui a réuni plus de 150 participants à Santiago, au siège de la CEPAL du 10 au 13 septembre 2002;
-
une diffusion mondiale de ce savoir. Pour construire une planète
humaine et solidaire, l’opinion publique mondiale doit être convaincue
qu’une alternative solide existe de telle sorte que tout un chacun et pas
seulement les décideurs changent leur façon de voir et de faire. Pour cela
des informations sont largement diffusées, discutées et commentées partout, en particulier à travers des groupes de discussion sur Internet, et en
direct en autant d’endroits que possible, grâce à des associations PEKEA
locales.
Pour plus d’information et pour rejoindre PEKEA, consulter http :// www. pekea. org
* **
La pensée économique réputée dominante se dit encore l’héritière de
l’économie politique classique bien qu’elle soit issue d’un éloignement
progressif et d’une autonomisation vis-à-vis des autres formes de pensée
et de production de connaissances sur l’homme et la société. Ces dissidents des sciences de l’homme et de la société en sont venus à soutenir
l’idée que peut être identifiée dans le champ des activités humaines et
sociales une catégorie d’événements spécifiques du domaine de l’économie. Les économistes se prenant pour les spécialistes de l’étude de cette
catégorie d’événements se sont persuadés alors que les comportements
économiques, productifs de ces événements, ne dépendent que de faits
économiques. Cette croyance partagée a amené les adeptes de la discipline
à chercher les « lois naturelles » de l’économie, en repérant des invariants
qui guideraient les comportements économiques, quelles que soient les
circonstances de lieu et de temps.
S’efforçant de développer une analyse rigoureuse et indépendante de
la philosophie, de la morale, de la politique, des doctrines et des idéologies, s’est constituée une pensée économique qui a prétendu à la scientificité en s’organisant en théorie axiomatique du fonctionnement des activités
économiques. L’économie axiomatique s’est progressivement érigée en
raison pratique pour tenter d’imposer ses implications normatives, sommant notre société bien réelle de s’adapter aux jugements des experts scientifiques fondés sur la théorie formelle. Bien qu’ayant rejeté l’homme et la
société hors de son champ d’étude, cette science économique prétend enfin
leur imposer sa doctrine économique bien au-delà du champ économique
qu’elle avait cru pouvoir délimiter quand elle en était à se constituer. En
effet, l’axiomatique des comportements qu’elle a élaborée se cristallise
dans l’emploi d’une méthodologie indifférente à l’objet des comportements individuels théorisés, qui sont supposés utilitaristes rationnels, et
que des sociologues, des politologues, des psychologues, etc., se sont
empressés de reprendre à leur compte. Rien des comportements humains
et sociaux ne semble devoir résister à leur outil.
La raison d’être de ce programme de recherche n’est pas de prendre
acte des multiples difficultés d’interprétation auxquelles se heurte la science
économique, et encore moins de se livrer à un questionnement d’ordre
épistémologique sur le statut et la pertinence des méthodes et outils de formalisation utilisés dans le cadre de la discipline. Elle n’est pas non plus
de passer en revue toutes les tentatives menées au bord du corpus dominant de l’intérieur ou de l’extérieur pour y réintégrer certains aspects négligés. Il n’y a plus de temps à perdre à critiquer l’inanité de la science
économique sur telle ou telle question concrète ou discuter ou raccommoder telle ou telle hypothèse ou élément de méthode. Il est devenu impératif de reconstruire un savoir concernant les activités économiques sur
l’hypothèse que toute activité économique est politique : une analyse pertinente de la richesse des nations, de la production et de la répartition de
ces richesses.
Face à la rareté, la production efficace et la répartition équitable pour
satisfaire les besoins matériels des hommes sont inséparables et liées à des
comportements indissociables. La production ne peut être organisée ex
ante par l’économie, la politique se chargeant ex post de rendre équitable
la répartition. En outre, la question de ce qu’il faut produire ne saurait
être laissée de côté devant l’immensité des besoins et des tâches à mener
par et pour les sociétés. La finalité de l’économie demeure entièrement
attachée à la morale et à l’éthique : les hommes pensent et leurs actes ont
un sens et produisent du sens avant même de faire naître un objet matériel, et leurs comportements dépendent de ces significations.
L’économie politique qui doit permettre de comprendre la nature et les
causes de la richesse et de la pauvreté des nations ne peut donc être fondée sur un corpus économique séparé des autres modes de connaissance
de l’homme et de la société : l’ensemble des disciplines rangées sous
l’appellation de sciences humaines et sociales ont la responsabilité de
réécrire les fondements de l’économie politique. Ce projet est une première tentative pour mettre à travailler tous ensemble les spécialistes de
ces différentes disciplines qui veulent bien accepter de dépasser les hésitations ou les interdits qui les ont empêchés de disputer entre eux des questions qui influencent ce que sont les richesses ou les pauvretés des nations,
la manière dont on les produit, la manière dont on les répartit. Ce faisant
ils sont donc conviés à penser la construction d’un nouveau savoir sur les
activités économiques qui ne peut être fondé sans s’appuyer sur une réflexion
éthique et politique.
FONDEMENTS GÉNÉRAUX
POUR CONSTRUIRE UNE PLANÈTE HUMAINE ET SOLIDAIRE
Au cours de notre colloque de lancement (Santiago 11-13 septembre
2002), lors des sessions plénières, nous avons développé quelques éléments importants qui peuvent être considérés comme des hypothèses de
base que nous partageons. Si nous pouvons atteindre un accord assez large
sur une version finale après discussion, critiques, commentaires et corrections, nous aurons les « fondements généraux » sur lesquels des projets de recherche PEKEA pourraient être définis et conduits. Ceci est un
pas en avant de notre « argument » général.
Certains de ces éléments sont tirés de notre vision commune d’économies concrètes, d’autres sont des choix ou des principes éthiques, tous
sont cohérents avec notre effort pour contribuer à la construction d’une
planète humaine et solidaire. Ils sont présentés en trois points.
1. À propos des marchés, des entreprises, des politiques publiques, de
la coopération, de la démocratie
1.1. Nous sommes convaincus que le fonctionnement et l’évolution des
activités économiques et par conséquent des économies « locales » ou
« nationales » ne sont pas gouvernés de manière principale par les marchés et par les soi-disant « lois du marché »; au moins depuis la révolution industrielle, les forces motrices ont été les entreprises et les politiques
publiques.
1.2. Les entreprises créent « leur » marché; depuis le milieu du XIXe siècle,
dans les nouveaux domaines de production industrielle, dans les nouvelles
technologies, quelques entreprises ont constitué des oligopoles (l’acier, le
pétrole, puis la chimie, puis l’automobile, l’informatique, l’électronique,
les télécommunications, la pharmacie, l’aéronautique, etc.). Dans le même
temps, des politiques publiques ont essayé d’établir des règles du jeu, ont
offert des stimulants et des subventions et ont défini des politiques stratégiques de commerce extérieur principalement dans tous les pays industrialisés. Pas un seul pays industrialisé n’a simplement suivi les marchés
et les lois du marché.
1.3. Partout les populations vivent dans des économies dominées par
les entreprises et les politiques publiques. Mais cela ne signifie pas que
nous devons accepter la soi-disant efficience et légitimité de l’échange
de marché ou un État planificateur centralisé. De multiples échanges de
divers « objets » matériels et immatériels doivent avoir lieu entre acteurs
pour que la vie économique se poursuive et cela requiert l’existence et
l’inter-fonctionnement de différentes sortes de marché. Nous rejetons
l’hypothèse qu’une autorité centrale puisse décider du transfert de ces
« objets » d’un acteur à l’autre et dicte la plupart des comportements en
matière économique.
1.4. Cela ne signifie pas que la soi-disant loi de l’offre et de la demande
doive être révérée. Ce n’est pas une loi divine ou naturelle et elle conduit
souvent à une concurrence à couteaux tirés quand la coopération produirait des résultats meilleurs pour tous. Notre idée à propos des marchés et
des échanges est de se centrer sur la rareté sociétale au lieu de la rareté
économique.
1.5. Quand huit personnes viennent prendre un repas et que la table
est préparée pour cinq seulement, la « loi » de l’offre et de la demande
élèverait le prix du repas jusqu’au niveau où trois des personnes abandonneraient la partie parce qu’il serait devenu trop cher pour eux. La concurrence et les lois du marché enrichissent les riches et appauvrissent les
pauvres. Que devons-nous faire ? Coopérer et négocier, de sorte que les
huit personnes puissent partager au mieux les cinq repas.
1.6. Un cas empirique concerne l’agriculture au niveau mondial.
Nous ne pouvons pas imaginer que les pays industrialisés (tels que l’Union
européenne, le Japon et les États-Unis) abandonnent totalement leurs
paysans, mais il est urgent, dans le même temps, d’aider les centaines de
millions de paysans des pays du Sud à vivre de leurs activités agricoles en
exportant une part de leur production et que les affamés puissent se nourrir. Dans ce cas, comme dans la plupart des autres, des solutions doivent
être cherchées par la négociation, et c’est une absurdité de chercher seulement
à restaurer les lois du marché.
1.7. Bref, nous rejetons l’idée que n’importe laquelle de nos communautés (locale, nationale, mondiale) doive être une « écocratie » dominée
par la logique du marché et ses agents. Le fonctionnement des communautés doit être gouverné par la poursuite collective de leur intérêt commun, définie et stimulée par leurs engagements éthiques. L’économie
doit être subordonnée à cet intérêt commun, et la vie sociale ainsi que les
ressources matérielles doivent être organisées pour atteindre les objectifs
collectifs.
1.8. Cela signifie également que la main invisible du marché où les individus sont supposés se rencontrer comme des égaux ne peut être assimilée
à la démocratie. La démocratie est coopération et non pas concurrence sans
merci; la démocratie est négociation et délibération, et non subordination
à des lois supposées naturelles; la démocratie est échange entre égaux et
coopération. Les buts collectifs doivent être dessinés démocratiquement et
cela s’applique en particulier à ceux concernant les activités économiques :
que produire et comment pour le bien collectif présent et futur ?
2. À propos de l’individualisme/du holisme, de la rationalité/d’un
comportement approprié, de la confiance/du pouvoir, du travail, des
communautés entreprenantes, de la valeur sociétale
2.1. Nous sommes convaincus que chaque individu et chaque groupe
impliqués dans des activités économiques a sa propre stratégie. Même s’ils
rencontrent des contraintes fortes et réelles, ils ont encore un degré de liberté
de telle sorte qu’ils peuvent réellement faire des choix; les groupes et les
communautés peuvent concevoir et mettre en œuvre des politiques. Ce
fait largement reconnu amène à considérer à la fois l’individualisme méthodologique et le holisme méthodologique. En d’autres mots, alors que la vie
sociale est toujours dépendante du sentier, il y a toujours des opportunités
pour façonner un nouveau et meilleur chemin pour faire face aux besoins,
désirs, aspirations, à la fois individuels et collectifs.
2.2. Aucun comportement individuel n’est dicté par la rationalité pure
ou par la rationalité limitée. Les comportements sont le plus souvent liés
à la façon dont les individus sont insérés dans divers contextes sociétaux
et à leur compréhension de ce qui est approprié dans ces contextes. Parfois,
c’est de continuer avec un comportement de routine, parfois c’est du
nouveau; mais ce n’est jamais le simple résultat d’un calcul explicite ou
implicite du meilleur intérêt personnel.
2.3. Ce n’est pas pour dire que chacun est toujours dans un esprit philanthropique : les relations entre les gens ne sont pas une abstraction,
elles sont faites de confiance et/ou de pouvoir, en raison de leur place et
de leur rôle dans la communauté et de leurs aspirations.
2.4. Le travail est au centre des activités économiques et implique habituellement de multiples relations. Il y a travail chaque fois que quelqu’un
contribue à l’amélioration directe ou indirecte du bien-être d’une communauté, et tout travail de ce type doit être reconnu. Par conséquent, le concept
de travail ne doit pas être réduit à la force de travail vendue sur un marché
pour un salaire. Tandis que toute communauté doit partager le bien-être
amélioré entre ses membres, elle doit aussi rétribuer les membres qui contribuent à ce bien-être et fournir à ses membres la possibilité de faire de
telles contributions. La nature et les modalités de rétribution ou de rémunération et les conditions dans lesquelles les contributions sont organisées,
ou peuvent être offertes, sont toutes deux des questions importantes.
2.5. L’organisation du travail dans des lieux dédiés à la production
d’« objets » se fait habituellement dans une « entreprise ». Les entreprises
devraient être conduites comme des communautés entreprenantes où les
membres sont engagés à coopérer pour produire des ressources qui ont
une valeur sociétale réelle pour une communauté plus large.
2.6. La valeur sociétale du travail est un concept cohérent avec celui
de rareté sociétale introduit dans le premier point. La valeur sociétale est
aussi la mesure de la vraie richesse et le moyen d’apprécier comment les
activités productives y contribuent – à travers le travail.
3. À propos du non-disciplinaire, d’équipes mondiales, de théorie, de
preuves solides, de slogans, d’innovations sociétales, d’éthique, d’enseignement en sciences humaines et sociales
3.1. Tout ce qui a été dit plus haut implique que les activités économiques doivent être observées et comprises d’une manière étendue qui inclut
tous les autres composants entrelacés de la vie des communautés – sociaux,
politiques et éthiques. Cela constitue une exigence forte pour les intellectuels qui veulent produire un savoir pertinent sur les activités économiques.
Nous devons aller bien au-delà de nos approches disciplinaires actuelles
même si nous avons été habituellement formés comme spécialistes d’une
discipline. Nous sommes convaincus que les savoirs disciplinaires ne suffisent pas et que nous avons besoin de rejoindre des collègues de différentes
disciplines pour dépasser les limitations des approches disciplinaires étroites.
3.2. De même, nous sommes convaincus que nos points de vue sont
biaisés par les contextes sociétaux dans lesquels nous travaillons; nous
avons vraiment besoin de faire équipe avec des collègues venant d’environnements sociétaux différents de par le monde. Par conséquent, nous
essaierons toujours d’organiser des équipes avec des collègues formés dans
au moins deux disciplines et originaires d’au moins deux continents.
3.3. Bien que notre approche soit clairement orientée vers l’action et
que nos analyses soient fondées sur des observations de terrain, notre
projet général est principalement intellectuel. Cela implique des dimensions nécessairement théoriques et conceptuelles : nous avons pour
objectif de construire un savoir nouveau, rigoureux et pertinent. C’est une
illusion de croire qu’il y a de pures observations des faits : les observations sont toujours façonnées par les outils employés et leur interprétation
dépend des dimensions théoriques et conceptuelles qui sont rarement définies explicitement. Par conséquent, il nous faut coopérer pour développer
des concepts et des outils d’observation qui nous rendent capables de nous
déplacer au-delà des frontières étroitement disciplinaires et comprendre
comment fonctionnent les économies réelles dans des contextes sociétaux réels. Appuyés sur une re-construction intellectuelle rigoureuse du
monde concret, nous pourrons voir que le monde est tout à fait différent
de sa représentation en termes d’économie de marché.
3.4. Cela nous aidera aussi à éviter de procéder à des affirmations infondées. Même s’il nous paraît clair que certaines affirmations de tel courant
théorique sont des absurdités, il nous faut pourtant donner des preuves
solides pour nos propres propositions alternatives. Nos assertions doivent
être documentées et testées. Par exemple, nous devons montrer que des
communautés entreprenantes peuvent fonctionner et mieux que les entreprises gouvernées par les marchés ou qu’il est faisable et raisonnable
d’annuler les dettes de tous les pays du tiers monde.
3.5. C’est ici que nous différons des mouvements de protestation : ils
organisent des manifestations et des réunions avec une liste d’exigences
et d’affirmations. Nous pouvons être d’accord avec certaines d’entre elles.
En tant que groupe PEKEA, nous les prenons cependant en compte seulement quand elles sont pertinentes pour nos projets de recherche, soit
comme des hypothèses soit comme des conclusions probables. Dans le
cadre de PEKEA, notre tâche est d’organiser la recherche nécessaire.
3.6. Par exemple, « effacer les dettes du tiers monde » n’est pas pour
nous un slogan, mais un thème important et difficile pour un projet de
recherche. Nous avons à en expliquer la nécessité et à prouver sa faisabilité. Cela nous amène à analyser et à intégrer beaucoup d’éléments : il y
a des expériences du succès de suppression de la dette pour les pays les
plus pauvres avec principalement une dette extérieure publique vis-à-vis
de prêteurs publics; il y a des expériences, dans l’après-crise de 1982, de
la chute de la valeur des dettes publiques et privées vis-à-vis des banques
privées sur les marchés financiers; il y a différentes histoires présentes,
de l’Argentine au Cameroun, à considérer. En outre, tout autant que
l’examen de la suppression des dettes, nous devons considérer une future
organisation possible de transfert de ressources financières de pays à surplus
vers les pays à déficit.
3.7. Notre posture intellectuelle ne doit pas nous éloigner du monde
réel; au contraire nous voulons et nous devons être au service des populations
de nos communautés. Cela signifie tout d’abord de les écouter et de tirer
des enseignements de leurs innovations sociétales. Nous devons aussi aider
à transformer des savoirs tacites en connaissances explicites et mettre en
lumière des connaissances codifiées que PEKEA construira. Cela offrira
une meilleure lecture de leurs activités, y compris de ces innovations
sociétales – par exemple, dans le domaine de l’économie solidaire – et
éclairera les choix entre les comportements appropriés pour les individus
comme pour les décideurs de politiques.
3.8. Nos efforts doivent être conçus en accord avec l’éthique de nos
communautés. Rappelons qu’aucune taxinomie n’est neutre et que la plupart des catégorisations de personnes impliquent habituellement un jugement de valeur qui doit être explicite et se réfèrent à l’éthique. Notre travail
de recherche est mû par nos efforts pour aider nos communautés et leurs
membres à atteindre leurs buts et à faire des progrès pour transformer le
monde en une planète humaine et solidaire. Par conséquent, PEKEA est
impliqué, partout dans le monde, quand des populations luttent contre la
« mauvaise » économie et s’efforcent d’établir une organisation locale pour
mettre les activités économiques au service de l’humanité.
3.9. Assurément, pour le moment, nous ne pouvons nous mobiliser
sur tous ces cas qui nous interpellent. Cependant notre contribution intellectuelle a deux intérêts. En premier lieu, elle offrira une alternative
scientifique pour inspirer ceux qui subissent des pressions pour abandonner leurs expériences ou leurs pratiques au nom des rationalités et des principes des courants dominants. En second lieu, elle offrira des indications
explicites pour tous ceux qui sont déjà impliqués dans des activités économiques et qui veulent « étudier » l’économie plus avant, qu’ils soient
ou non des étudiants formels. Nous devons organiser entre les membres
actifs de notre réseau des groupes de travail et, avec des membres associés, des enseignements de diverses formes – en particulier sur Internet –
sur différents aspects des activités économiques à partir de nos travaux de
recherche. Ce faisant, nous progresserons vers un nouveau type de formation en sciences humaines et sociales, en cohérence avec les fondements
généraux de PEKEA.
[1]
Un savoir politique et éthique sur les activités économiques.