Revue du MAUSS
La Découverte

I.S.B.N.2707140783
432 pages

p. 47 à 54
doi: 10.3917/rdm.021.0047

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Dossier / A) L'espérance économie solidaire / Principes

no 21 2003/1

2003 Revue du Mauss

L’espérance économie solidaire a principes économie solidaire et mondialisation

Manon Boulianne Laurent Fraisse Humberto Ortiz
Bien que les contextes nationaux et continentaux puissent être fort différents, les pays du Nord comme ceux du Sud, de l’Est et de l’Ouest font aujourd’hui face à des défis communs. Le modèle hégémonique de développement économique, ancré dans la globalisation du capitalisme, semble montrer ses limites. S’il permet des taux modérés de croissance économique, il conduit également à des taux de plus en plus alarmants de chômage et de sous-emploi. On assiste à un accroissement des inégalités sociales et économiques à l’intérieur de chaque pays, entre pays et entre blocs continentaux. La crise des mécanismes de sécurité sociale, le désespoir des jeunes dont les attentes sont déçues et l’exclusion économique et sociale de millions de personnes accompagnent le déploiement du modèle néolibéral [1] de développement. Par ailleurs, ce dernier exerce des pressions croissantes sur la biosphère, menaçant la survie de milliers d’espèces végétales et animales.
Face aux déséquilibres mentionnés précédemment, les innovations socio-économiques solidaires se multiplient sur tous les continents, à l’initiative des classes populaires exclues de la production et de la consommation marchandes ou à celle des classes moyennes soucieuses d’améliorer les services à la vie quotidienne. Au cours des dernières décennies, partout dans le monde, des femmes et des hommes se sont alliés au sein de milliers de réseaux informels, d’associations, d’organisations non gouvernementales ou d’entreprises collectives afin de développer des réponses aux défis posés par le redéploiement des inégalités sociales dans le contexte de la mondialisation, et ce dans le domaine de l’éducation, de la santé, du logement, de l’alimentation, de l’emploi. À quels défis ces initiatives font-elles face aujourd’hui ? Sous quelles conditions peuvent-elles prétendre contribuer à une mondialisation différente ? En quoi peuvent-elles contribuer à la construction théorique et pratique d’un modèle de développement renouvelé ? Dans les pages qui suivent, et qui sont inspirées des réflexions menées au cours des deux dernières années au sein du chantier Économie solidaire du Pôle de socio-économie de solidarité de l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire [2], nous exposerons quelques éléments de réponse à ces questions.
 
INITIATIVES CITOYENNES ET ÉTAT SOCIAL
 
 
Dans tous les pays, on trouve aujourd’hui une diversité de pratiques pouvant être qualifiées d’économie solidaire. Certaines renvoient à des « moments » particuliers de la chaîne production-échange-consommation (micro-crédit pour le démarrage de micro-entreprises, finance solidaire, coopératives de travailleurs, systèmes d’échanges locaux, commerce équitable, production familiale de subsistance réalisée par les femmes, cuisines collectives, par exemple), d’autres à des mouvements d’acteurs sociaux spécifiques (associations paysannes, de femmes, de jeunes, de chômeurs, de résidants d’un quartier). Certaines se situent à un premier niveau d’action, tandis que d’autres sont des initiatives qui chapeautent ou relient au deuxième ou au troisième degré les initiatives de la base (regroupements d’organisations locales, d’organisations pour la production de labels commerciaux équitables ou biologiques, réseaux informatiques). Enfin, certaines sont complètement autonomes et auto-gestionnaires, alors que d’autres se réalisent en partenariat avec le secteur public (programmes et entreprises d’insertion, centres de travail adapté, gestion urbaine participative, etc.).
Si plusieurs de ces expériences sont inédites, la plupart reposent plutôt sur le renouvellement ou la redécouverte de pratiques qui ont été marginalisées par la science économique formelle, mais sont néanmoins demeurées bien vivantes malgré un contexte d’expansion du capitalisme. Les pratiques coopératives et mutuelles, par exemple, ont émergé avec le capitalisme industriel au XIXe siècle.
En Europe occidentale et au Québec, elles ont d’abord été désignées par le vocable d’économie sociale; les pratiques développées au cours des dernières décennies pour assurer des services aux personnes, qui répondent à de nouveaux besoins liés à la transformation des économies et de l’État-providence, sont plutôt qualifiées d’économie solidaire ou de nouvelle économie sociale. En Amérique latine et en Afrique, on utilise la notion d’économie populaire pour faire référence aux pratiques monétaires et non monétaires, souvent « informelles », s’inscrivant d’abord dans une logique de subsistance, ainsi que celle d’économie du travail (qui s’oppose à l’économie du capital) qui met en relief les efforts individuels ou collectifs pour créer des activités générant des revenus ou contribuant à réduire le coût des biens et des services de base (aliments, logement, médicaments, etc.). Réalisées sous des modalités misant sur le partage des connaissances, de la technologie ou des marchés, ces pratiques peuvent être qualifiées d’économie solidaire du travail (ou bien, selon la terminologie de Razeto, d’économie de la solidarité et du travail [3]). Différentes conceptions coexistent donc qui reflètent l’ancrage local et culturel des pratiques socio-économiques.
Au Nord, l’économie solidaire interpelle l’État social en répondant à de nouveaux besoins et interroge l’administration publique et privée sur la qualité de ses services et la prise en compte de l’usager. Loin d’impliquer une remise en cause de l’engagement financier de l’État, cette exigence d’anticipation des besoins, de qualité des services et de participation des usagers suppose une ouverture de celui-ci à la négociation et à la gestion partagée avec les réseaux de la société civile. La création d’un secrétariat d’État à l’Économie solidaire en France, le chantier d’Économie sociale au Québec ou en Belgique sont des signes encourageants en ce sens. Au Sud, l’économie solidaire participe à la construction d’un État social défaillant. Pour ses acteurs et actrices, il faut profiter des mouvements de décentralisation économique et politique pour inventer des modalités de régulation et un cadre juridique qui reconnaissent officiellement l’économie solidaire : inscription de l’économie solidaire dans les plans locaux de développement, fiscalité adaptée aux entreprises sociales, ouverture des marchés publics, contractualisation durable avec les collectivités territoriales, budgets participatifs, etc. L’intégration de l’économie solidaire aux programmes publics de développement par certains gouvernements locaux ou régionaux au Brésil, ainsi que celle de la « monnaie sociale » aux mécanismes de gestion de la fiscalité locale, en Argentine, représentent des avancées dans cette direction.
Bref, si la crise est profonde, nous pensons également que la conjoncture internationale indique des ouvertures au sein des gouvernements locaux, des États nationaux et même de certaines organisations internationales (comme le PNUD ou l’OIT), ouvertures à partir desquelles il faut construire. De même, si les initiatives solidaires demeurent marginales et sont souvent méconnues, elles ne sont pas pour autant dénuées de valeur et de puissance heuristique pour imaginer un nouveau modèle de développement. Il importe de les faire valoir et de les partager de manière à en dégager les leçons qui s’imposent pour aller plus loin dans la structuration d’une économie alternative à l’économie capitaliste développée dans un modèle néolibéral.
Évidemment, la mise en place de mécanismes de régulation solidaires suppose une vigilance vis-à-vis des risques d’instrumentalisation des initiatives de l’économie solidaire – par les gouvernements locaux et nationaux, mais également par les institutions multilatérales – qui peuvent devenir les outils d’une gestion à moindre coût des impacts socio-économiques de la mondialisation du capitalisme. Face aux difficultés quotidiennes de survie de leurs activités, les actrices et les acteurs de l’économie solidaire peuvent être tentés d’accepter une stratégie d’adaptation à la globalisation où l’économie solidaire serait réduite à un tiers secteur de survie des plus pauvres sans remettre en cause les logiques dominantes de la globalisation néolibérale que sont le démantèlement des États sociaux et le développement des marchés financiers. En l’absence de projet sociétal commun, le risque d’éparpillement et de banalisation des pratiques de l’économie solidaire est plus grand, chaque personne, chaque « famille » privilégiant des logiques de rattrapage et d’adaptation au marché ou à l’État.
Voilà pourquoi l’économie solidaire doit dépasser le stade de l’expérimentation isolée et se voir inscrire comme élément d’un modèle de développement distinct du modèle néolibéral et porteur de transformations sociales.
 
ÉCONOMIE SOLIDAIRE ET DÉVELOPPEMENT : POUR UNE AUTRE MONDIALISATION
 
 
L’économie solidaire désigne l’ensemble des activités de production, de distribution et de consommation contribuant à la démocratisation de l’économie à partir d’engagements citoyens tant au niveau local que global. Elle se pratique sous des modalités variées, sur tous les continents. Elle recouvre les différentes formes d’organisation dont se dote la population pour créer ses propres ressources de travail ou accéder à des biens et services de qualité, dans une dynamique réciprocitaire et solidaire qui articule les intérêts individuels à l’intérêt collectif. En ce sens, l’économie solidaire n’est pas un secteur de l’économie mais une démarche globale qui recouvre des initiatives dans la plupart des secteurs de l’économie.
Parce qu’elle s’inscrit dans une autre logique de production, de distribution ou de consommation, elle interroge la représentation dominante de la société de marché. Comme projet à défendre et à promouvoir, elle se veut une alternative au modèle du développement capitaliste axé sur le néolibéralisme. Les notions d’économie solidaire et de développement sont, en effet, intimement liées. L’économie solidaire critique la conception néolibérale dans laquelle le développement est réduit à la croissance du PIB, où la société par capitaux est la seule organisation économique légitime et où l’économie de marché est considérée comme l’unique modèle efficace pour produire, échanger et distribuer les richesses. De plus, les actrices et acteurs de l’économie solidaire considèrent qu’il faut (re)penser le développement en lui reconnaissant plusieurs dimensions : politique, sociale, économique, culturelle, écologique, éthique.
Cette perspective suppose de considérer les activités solidaires non monétaires, dont le travail domestique, comme un des piliers du développement durable et solidaire – il est aussi central pour l’économie capitaliste, mais lui est structurellement subordonné. Elle appelle aussi à une remise en question d’autres catégories économiques établies, telles la notion de valeur qui ne reconnaît que celle des marchandises ayant un prix sur le marché monétaire, ou encore celle de richesse, strictement axée sur le PIB et reposant sur des outils comptables strictement monétaires.
Par ailleurs, relever le défi d’une mondialisation et d’un développement solidaires implique également la recherche de niveaux appropriés de démocratie dans la prise des décisions. Dans ce cas, il s’agit de passer d’une logique selon laquelle « le Nord aide le Sud » (ou l’Est) – parce qu’il a plus ou parce qu’il connaît mieux – à une logique selon laquelle le Nord et le Sud, mais aussi l’Ouest et l’Est se considèrent comme parties prenantes d’un projet commun de transformation à l’échelle planétaire. Un tel engagement implique des changements culturels au Nord et au Sud, à l’Est et à l’Ouest. Le commerce équitable, de même que les projets d’inter-coopération des associations coopératives internationales avec les pays de l’Europe de l’Est indiquent que des initiatives concrètes sont déjà engagées dans cette voie. Cette perspective a donc des implications importantes sur la coopération internationale pour le développement.
Dans une économie mondialisée, le poids des multinationales et des entreprises transnationales qui peuvent mettre en concurrence les territoires et les États exige de nouvelles formes de régulation, ce qui pose notamment la question de la responsabilité sociétale des entreprises vis-à-vis de l’environnement, incluant l’environnement humain. À ce niveau, le souhait des acteurs de l’économie solidaire d’élargir les critères d’évaluation des performances des entreprises rejoint les interpellations de la société civile sur leur responsabilité sociale et environnementale. Travailler à l’élargissement de codes éthiques alternatifs que les entreprises privées à but lucratif comme les entreprises sociales/solidaires s’engageraient à respecter est aussi une manière de faire alliance avec les acteurs économiques qui cherchent à promouvoir dans leurs pratiques d’entreprise le respect des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux dans le cadre général des droits humains.
Par ailleurs, l’ONU, l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, le BIT doivent revoir leur paradigme néolibéral de développement et leurs politiques financières de manière à intégrer l’économie solidaire comme une composante incontournable du développement durable. Cette interpellation doit être relayée au niveau continental où l’intégration des économies passe, comme dans l’Union européenne ou la future ALCA, par la création de zones de libre-échange qui ne font aucune place ni à l’économie publique ni à l’économie solidaire.
Au plan des pratiques, il importe pour les actrices et les acteurs de l’économie solidaire deconsolider les expériences réussies et de mettre en place des systèmes de production-distribution-consommation durables entre les différentes composantes de l’économie solidaire au plan local, national et international. En effet, la capacité de l’économie solidaire à peser sur un modèle de développement alternatif au modèle néolibéral dépend largement de sa capacité à renforcer ses réseaux et à consolider son assise économique. Aujourd’hui, les activités de l’économie solidaire sont en un certain sens sectorisées :
finance solidaire, commerce équitable, services de proximité, cuisines collectives, systèmes d’échanges locaux, monnaies sociales, etc. Si la connaissance des pratiques de chacune de ces composantes progresse rapidement, les échanges économiques de services et de savoir-faire entre ces mêmes composantes demeurent insuffisamment développés. C’est pourquoi il faut développer les synergies entre consommation, production, technologies, financement, échanges de services et commercialisation solidaires. Les actrices et acteurs de l’économie solidaire de l’Amérique latine appellent de leurs vœux la création d’un « marché solidaire » là où l’unité d’un tiers secteur en Europe passerait plus aujourd’hui par des aménagements législatifs et juridiques visant à la reconnaissance des spécificités de l’économie solidaire.
Dans une perspective où les différents étages (local, régional, national et international) d’une économie solidaire mondialisée se construisent et s’appuient les uns sur les autres, la production, l’échange et la consommation réalisés dans une dynamique de proximité revêtent une importance particulière. En effet, de manière générale, l’économie solidaire est considérée comme l’élément moteur d’une dynamique économique selon laquelle la consommation (réalisée localement) doit déterminer la production (organisée globalement), et non l’inverse comme le veut la dynamique liée à la globalisation capitaliste.
Cependant, pour prétendre contribuer à la démocratisation de l’économie par des initiatives citoyennes, les acteurs et les réseaux de l’économie solidaire ne peuvent se contenter de peser sur les régulations territoriales de proximité et doivent investir les nouveaux espaces publics en construction à l’échelle nationale, sous-continentale, continentale et internationale. En ce sens, le développement de l’économie solidaire passe autant par la re-connaissance entre acteurs et réseaux, en tant qu’acteur politique collectif, que par le développement des échanges économiques. Il existe déjà des associations ou des réseaux qui regroupent certaines expériences ou entreprises solidaires dans certaines régions du monde : par exemple, le Groupe réseau d’économie solidaire (GRESP) au Pérou, le Groupe d’économie solidaire (GESQ) au Québec, le Mouvement d’économie solidaire (MES) en France, le Réseau brésilien de socio-économie de solidarité (RBSES), le Réseau espagnol d’économie alternative et solidaire (REAS).
À Québec, en octobre 2001, à l’occasion de la IIe Rencontre internationale pour la globalisation de la solidarité, une commission de liaison formée d’animateurs et d’animatrices provenant de quatre continents a été créée dans le but de faciliter l’arrimage entre les réseaux continentaux en vue de la tenue d’une troisième rencontre internationale, qui aura lieu à Dakar. L’inscription de l’économie solidaire comme thème de conférence au Forum mondial social de Porto Alegre en 2002 [4] est le signe d’une émergence progressive de l’économie solidaire dans les débats sur la construction d’une autre mondialisation.
 
ÉCONOMIE SOLIDAIRE ET MOUVEMENTS SOCIAUX
 
 
Proposer un autre modèle de l’économie, du développement et de la mondialisation suppose que l’économie solidaire s’inscrive dans une vision large de la société, qui facilite et reconnaisse l’expansion des dynamiques solidaires qui conjuguent redistribution et réciprocité. La diversité des initiatives de l’économie solidaire et de leurs conceptualisations rend difficile la reconnaissance de cette autre manière de définir et de faire de l’économie et n’est pas à l’abri d’une certaine concurrence entre acteurs et réseaux vis-à-vis des institutions et de l’opinion publique – qui ont souvent le sentiment d’avoir davantage affaire à une constellation qu’à un mouvement social visible. Si, au Nord, les critères de l’autonomie de gestion et de non-lucrativité ou de réinvestissement dans un patrimoine collectif semblent délimiter relativement bien le champ de l’économie sociale et solidaire [5], les critères sont plus larges au Sud où une partie des micro-entreprises individuelles et familiales et des associations de micro-entrepreneurs sont intégrées dans ce vaste ensemble du solidaire. L’économie domestique est également englobée dans l’économie solidaire au sens le plus large, mais certaines approches l’en excluent pour se centrer sur la production marchande.
Faire connaître les expériences existantes et le modèle de développement solidaire aux mouvements sociaux et plus largement à la société civile est indispensable pour qu’ils considèrent l’économie solidaire comme un facteur essentiel de construction d’un modèle alternatif à la globalisation néolibérale. Sur les territoires, mieux articuler l’invention de pratiques économiques responsables et solidaires et la résistance politique à la globalisation du capitalisme passe par unrapprochement avec les mouvements sociaux (syndicalistes, consommateurs/citoyens, femmes, écologistes, paysans… ) qui, parfois, méconnaissent les pratiques d’économie solidaire. Leur contribution critique est indispensable pour promouvoir ses activités et éviter ses dérives.
L’économie solidaire commence à être perçue comme une force de transformation sociale porteuse d’un projet de société alternatif à la mondialisation néolibérale. Pourtant, force est de constater que les acteurs de la mondialisation – États, institutions internationales, multinationales, mouvements anti~mondialisation, ONG – méconnaissent, voire ignorent le potentiel de l’économie solidaire. Les représentations d’une économie limitée au couple État/marché demeurent encore largement dominantes tant au niveau des décideurs internationaux que des actrices et acteurs de la société civile.
Plus généralement, il s’agit de faire alliance avec la « société civile mondiale » en construction. Le mouvement critique de la mondialisation libérale tel qu’il s’est exprimé à Seattle en décembre 1999, à Prague en septembre 2000ou à Québec en mars 2001 intègre plus ou moins l’économie solidaire à ses multiples voix. La conjoncture se prête à un dialogue, en particulier avec les mouvements antimondialisation néolibérale qui se posent la question du passage d’un discours uniquement critique à un discours articulant critiques et propositions pour une autre mondialisation.
En Afrique comme en Amérique du Sud, les promoteurs de l’économie sociale et solidaire sont souvent impliqués dans les mouvements de protestation contre les politiques des institutions multilatérales ou pour l’annulation de la dette. Les alliances entre acteurs sont fréquentes. Au Nord, la distance entre mouvements protestataires et mouvements de l’économie solidaire est plus forte.
Les antimondialistes se méfient d’une économie solidaire qu’ils assimilent à des « services sociaux de misère » dans lesquels les salariés sont sous-payés et sous-professionnalisés. Leur priorité est de défendre et de restaurer les capacités de l’État à réguler et à redistribuer face à l’autonomisation des firmes multinationales et l’extension du libre-échange.
Pour les actrices et acteurs de l’économie solidaire, la protestation et l’agitation sans propositions qui s’appuyent sur des pratiques et des expérimentations socio-économiques semblent parfois stériles et contre-productives. Réduire la distance suppose d’abord de mieux se connaître afin de lever les malentendus. Le rapprochement devrait ensuite aboutir à la reconnaissance de la contribution majeure de l’économie solidaire à la résistance à la marchandisation de la vie sociale d’une part, et à la construction et la démocratisation de nouveaux droits et de nouvelles formes de régulation publique au niveau international d’autre part. La construction d’une autre mondialisation passe à la fois par une mobilisation politique et par un comportement citoyen et solidaire dans les actes économiques quotidiens de travail, d’échange, de consommation, d’épargne…
Participer à la création et à la gestion de services de proximité, consommer de manière responsable, épargner solidairement, réduire et recycler ses déchets tout en créant de l’emploi… sont également des moyens de contester l’économie dominante et de participer à une autre mondialisation.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BOULIANNE Manon, VAN KEMENADE Solange, 2000, Coopération Nord-Sud, économie sociale et développement local : les organisations de coopération internationale (OCI) et l’économie sociale, colloque Économie sociale, coopération internationale et développement : enjeux et perspectives, université du Québec à Hull, 2 novembre.
·  BOULIANNE Manon, FRAISSE Laurent, ORTIZ ROCA Humberto, 2001, Économie solidaire,
·  Cahier de propositions pour le XXIe siècle, Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire.
·  FAVREAU Louis, 2000, « Économie sociale et développement dans les sociétés du Sud », Économie et Solidarités, 31,2, p. 45-63.
·  FAVEREAU Louis, LACHAPELLE René, 2001, Une autre mondialisation : résister et construire, document de travail sur la conjoncture internationale, préparatoire à la IIe Rencontre internationale sur la globalisation de la solidarité, Québec, 9-12 octobre.
·  LAVILLE Jean-Louis (sous la dir.), 2000, L’Économie solidaire, une perspective internationale, Desclée de Brouwer.
·  ORTIZ ROCA Humberto, MUÑOZ Ismael (sous la dir. de), 1998, Globalización de la solidaridad. Un reto para todos, Lima, GES/CEP.
 
NOTES
 
[1] Par modèle néolibéral, nous entendons une idéologie et une politique qui considèrent comme bénéfique et irréversible la financiarisation de l’économie, le libre-échange étendu à un nombre toujours croissant de biens, de services et de pays, l’affirmation du principe de concurrence comme principe central de régulation économique, en particulier dans la création de zones commerciales régionales (UE, Alena) et la systématisation des plans d’ajustement structurel pour les pays du Sud.
[2] http ://ecosol. socioeco. org/fr/index. html
[3] Razeto propose que le vocable solidarité ne soit pas employé comme adjectif (économie solidaire) mais comme substantif (économie de la solidarité).
[4] hhttp :// www. forumsocialmundial. org. br/
[5] L’approche anglo-saxonne recourt à la notion de tiers secteur ou de secteur sans but lucratif, dont les coopératives sont exclues.
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Par modèle néolibéral, nous entendons une idéologie et une ...
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[3]
Razeto propose que le vocable solidarité ne soit pas employ...
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[5]
L’approche anglo-saxonne recourt à la notion de tiers secte...
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