Revue du MAUSS
La Découverte

I.S.B.N.2707141860
448 pages

p. 44 à 50
doi: 10.3917/rdm.022.0044

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Dossier / A) Introït. La religion comme essence ou comme fonction ?

no 22 2003/2

2003 Revue du Mauss Dossier : Qu'est ce que le religieux? / A) Introït. La religion comme essence ou comme fonction ?

Le communisme peut-il être pensé dans le registre de la religion ?

Hannah Arendt publia en 1953 dans la revue Confluence. An International Forum, dirigée à l’époque par HenryA. Kissinger, son article « Religion and politics » ( Confluence, vol. 2, n° 3, sept. 1953). Il s’agissait de la version écrite de la conférence qu’elle avait donnée la même année à l’université de Harvard dans un colloque ayant pour thème « Is the struggle between the Free World and Communism basically religious ?». Elle y critiquait la notion de « religion séculière » en s’en prenant en particulier à EricVoegelin et au sociologue français, Jules Monnerot (auteur de Sociologie du communisme.
Échec d’une tentative religieuse au XXe siècle, Gallimard, 1949). Ce dernier répondit à Arendt dans une « Lettre à l’éditeur », parue la même année, dans la livraison suivante de la revue ( Confluence, vol. 2, n° 4, décembre 1953), et Arendt lui répliqua à son tour l’année suivante ( Confluence, vol. 3, n° 3, sept. 1954). Nous publions cet échange resté inédit en français. (J.D.)
 
LETTRE DE JULES MONNEROT À L’ÉDITEUR DE CONFLUENCE
 
 
Cher Monsieur Kissinger,
Je vous adresse ces brèves et rapides remarques qui me sont venues à l’esprit à la lecture de l’article « Religion et politique » de Mme Hannah Arendt, publié dans le n°de Confluence de septembre 1953.
Mme Arendt s’en prend à ceux qui, comme moi, font usage du terme de « religion séculière » au sujet du communisme et nous accuse de confondre idéologie et religion. Il n’existe qu’une seule façon de prouver le bien-fondé d’une telle accusation. Elle consiste à définir l’idéologie et la religion et à montrer qu’elles sont exclusives mutuellement : que le communisme ressortit à l’une ou à l’autre, que s’il ne relève pas de l’une, c’est qu’il relève nécessairement de l’autre. Malheureusement, tout au long de son article, Mme Arendt ne donne aucune définition cohérente ni de la religion ni de l’idéologie. Les deux concepts restant indéfinis, rien ne lui interdit de soustraire à sa guise certains traits afin de caractériser la religion ou à l’inverse d’en ajouter d’autres pour définir l’idéologie. Une telle démarche, au petit bonheur, est tout à fait caractéristique de l’essai comme genre littéraire. Les idées y ressemblent à une monnaie qui n’aurait pas de cours déterminé. Chacun peut lui attribuer la valeur ou les valeurs successives qu’il souhaite. Cette monnaie est naturellement inconvertible étant donné que les faits et les objets ne sont pas exprimés par de telles valeurs fluctuantes.
Conformément à certaines règles invariables du genre, Mme Arendt cite Kierkegaard, Pascal, Dostoïevski et plusieurs auteurs contemporains. Néanmoins, son message implicite doit beaucoup à Marx, en particulier ce concept flottant et bien commode d’idéologie. Les analyses de Marx en la matière sont quelque peu indéfinies et fluctuantes. Ses concepts de superstructure et d’idéologie sont à l’occasion interchangeables. Parfois l’« idéologie » constitue l’un des éléments de la superstructure, au même titre que le droit, l’art et la religion. Parfois « idéologie » et « superstructure » sont synonymes, et l’art et le droit sont désignés comme des « phénomènes idéologiques ». Par rapport à la définition de la religion de Marx, il semblerait que la religion constitue une forme spécifique d’idéologie, dotée de propriétés qui lui seraient propres. On ne trouve nulle part chez Marx de contradiction absolue entre idéologie et religion. C’est Mme Arendt qui a décrété cette contradiction, mais sans jamais la justifier.
Citant un passage de mon ouvrage, Sociologie du communisme (« Non seulement, dans la religion, Dieu est un tard venu, mais encore il n’est pas indispensable qu’il vienne [*] »), Mme Arendt parle de « blasphème ». Le blasphème est un sacrilège dans l’usage des mots. C’est seulement au regard d’un nom sacré, d’une Révélation, d’une Église et de tout ce qui s’inscrit dans cette enceinte invisible et sacrée qu’une proposition peut être jugée blasphématoire. Or, nous en sommes réduits à des conjectures quant à la croyance sacrée au nom de laquelle Mme Arendt réclame un châtiment. Plus encore, on peut se demander s’il ne s’agit pas avant tout d’une extravagance verbale, tout à fait conforme au style qui domine dans les essais littéraires. On ne peut en effet être sensible à une accusation si l’on ne sait ni contre qui ni contre quoi elle est prononcée. Mme Arendt a le sentiment que j’ai proféré un blasphème dans mon livre, Sociologie du communisme. Je sais très bien que les communistes s’offusquent du blasphème contenu dans cet ouvrage, et cela en raison du concept de sacré auquel je m’attaque. Mais j’ignore la raison pour laquelle Mme Arendt s’en offusque elle aussi.
Lorsque l’on étudie la « psychologie » ou la « sociologie » d’une secte ou d’un « mouvement », on adopte un point de vue sociologique qui est tout à la fois profane et profanatoire. Au XIXe siècle, toutes les grandes religions universelles, et même la plus grande d’entre elles, ont subi cette profanation par l’histoire, la psychologie et, lorsque c’était possible, par le recours aux statistiques. Pour ma part, profanant les profanateurs, j’ai appliqué cette méthode au communisme, auquel elle s’applique bien mieux et avec de meilleurs résultats, étant donné que nous en sommes les contemporains. Car les « vies de Jésus » du XIXe et du XXe siècle ont échoué dans leurs tentatives de profanation par l’histoire et la psychologie, elles ne sont pas parvenues à défaire le travail de dix-neufsiècles; en réduisant et en minimisant les causes, elles n’ont réussi qu’à mettre en lumière toute l’étendue des effets. Mais l’application de la vérité historique au moment même de la conception (au sens biologique) du mythe peut réellement aider à sa destruction. Après, il est trop tard. Telle est la signification de mes recherches sur le communisme– et pas seulement des miennes. Nous ne pouvons agir sur l’histoire par l’écriture que dans la mesure où nous ne nous pressons pas trop et n’attendons aucun profit personnel de notre travail. Cela est à l’exact opposé de ce que nous pourrions souhaiter, mais les vérités ne sont jamais agréables à entendre.
C’est bien décevant, mais c’est ainsi.
La sociologie comparative scandalise le fidèle d’une religion révélée. Pour un tel croyant, le mot « religion » n’a pas de forme plurielle : il y a des hommes et des peuples qui connaissent Dieu et d’autres qui ne le connaissent pas. Il est scandaleux et parfaitement inadmissible que Baal et le Vrai Dieu puissent, de quelque point de vue que ce soit, partager des caractéristiques formelles communes. La phrase à laquelle objecte Mme Arendt constitue une sorte d’axiome qui a servi de point de départ aux fondateurs de la « sociologie religieuse des peuples primitifs ». Sans elle, cette sociologie n’aurait jamais pu prendre son essor. Ces fondateurs ont observé chez les peuples primitifs des ensembles plus ou moins cohérents de symboles et de pratiques qui, pour autant que l’on puisse le savoir, remplissent dans ces sociétés la même fonction que les systèmes religieux dans les sociétés historiques. Il est bien connu que ces sociétés ne connaissaient pas toutes une déité personnelle.
Adoptant plus ou moins consciemment un mode de raisonnement évolutionniste, des théoriciens les ont nommés les formes élémentaires, inférieures ou rudimentaires de la religion ou de la vie religieuse. Néanmoins, cet axiome, commun à tous les fondateurs de la sociologie des sociétés primitives, ne s’applique pas directement à nos sociétés. Mme Arendt suggère une interprétation totalement erronée lorsqu’elle écrit que « [… ] le monde où nous vivons n’est plus simplement un monde séculier qui a banni la religion des affaires publiques, mais un monde qui est allé jusqu’à éliminer Dieu de la religion, ce que Marx et Engels continuaient à tenir pour impossible* ». Dans le bouddhisme du Petit Véhicule, et déjà dans le brahmanisme des Upanishad, la pensée devient un agent actif et la connaissance transforme l’initié et lui ouvre le chemin vers la « délivrance ». Il n’y a pas de Dieu, mais il y a des monastères et des pèlerins. Ce mouvement se développe puis décline, il prend naissance, il mûrit, il baisse, mais il subsiste. Les historiens, qu’ils soient ou non croyants, le considèrent généralement comme une religion.
Même si l’on rejette ce modèle évolutionniste que les fondateurs de la sociologie des peuples primitifs avaient à l’esprit, il reste néanmoins que l’idée de rassembler l’ensemble du genre humain dans un même champ d’étude ou d’introduire une certaine continuité entre ses réalisations les plus élevées et les plus modestes, a contribué à stimuler la pensée et la créativité de l’homme occidental. C’est dans une telle perspective qu’une « religion plus élevée », la religion universelle, celle qui dépasse, par définition, les limites de toute race ou de toute « société déterminée », constitue la forme la plus complexe, la plus raffinée, la plus avancée et la plus haute. Un coup d’œil vers le passé nous apprendra que de telles formes complexes apparaissent assez tardivement. Elles se développent à travers une succession d’essais et d’erreurs, qui ne relèvent ni de calculs savants ni d’expériences en laboratoire, mais du jeu même des affaires humaines tel qu’il se joue sur la scène de l’histoire. Lorsqu’une forme aussi complexe et raffinée a été atteinte, l’histoire montre qu’elle reste exposée à des régressions, des résurgences et au retour agressif de formes inférieures. C’est dans cette perspective que l’expression « religion séculière » – l’adjectif séculière caractérisant le substantif religion – peut être utilisée à propos du communisme, aussi bien que de l’hitlérisme. Cela est absurde d’un point de vue théologique, mais non d’un point de vue sociologique.
Le militant communiste typique menant son action au sein des classes moyennes en Europe ou aux États-Unis se réfère toujours implicitement à une force d’attraction collective et irrationnelle. Il dérobe de l’énergie à son milieu social, la transforme et l’utilise ensuite contre ce même milieu. Le communiste est un agent d’autodestruction du réel au nom de l’irréel. Le type de croyances qu’il entretient au sujet de l’Armée rouge ou du NKVD n’est pas d’un genre très réaliste. Toute critique adressée à l’encontre de ces institutions est écartée au nom du fameux argument de la ruse de la Raison. Dès lors, tout mal peut se retourner en bien. Ce que de tels marxistes placent au-dessus de tout, ils ne le nomment pas Dieu (d’ailleurs ils le nomment le moins possible, car il n’est pas sain de parler de telles choses). Néanmoins, si l’on analysait leur pensée, il apparaîtrait qu’il s’agit de l’Espèce humaine, mais d’une espèce humaine élevée au rang d’une abstraction mystificatrice et source d’aliénation (comme pourraient le dire les marxistes s’ils appliquaient à eux-mêmes leur propre critique). Cette notion joue le rôle fonctionnel d’une sorte de divinité : elle est l’Histoire – telle est la contribution personnelle de Hegel –, une sorte de Providence certes débaptisée mais facile à reconnaître.
Le système russo-communiste, ou si l’on préfère le système russosinocommuniste, est une « machine à faire l’histoire ». L’homme souffre d’être aliéné lui-même. Le mouvement historique le guérira, mais seulement en tant que membre de l’Espèce. L’homme singulier, l’individu qui est ceci ou cela, vous ou moi, est dans ce système, comme je l’ai écrit, un « rebut de l’histoire ». Chaque croyant doit nourrir de sa propre substance – et certainement aussi de la nôtre – ce futur mythique. Tous les communistes et les non-com-munistes savent que dans la vie ordinaire, les preuves, les faits et même la perception ont perdu beaucoup de leur valeur intrinsèque. Les communistes ont une réponse pour tout. C’est une caractéristique de toutes les orthodoxies :
un système d’idées qui rejette tout ce qui lui est étranger mais qui assimile le reste, en le rendant par là même totalement méconnaissable. En se nommant lui-même scientifique, ce système totalitaire usurpe le prestige dont la science bénéficie aux yeux des masses.
Le terme d’« idéologie » est inadéquat pour définir correctement une telle réalité. L’idéologie ne constitue qu’un élément du communisme que l’on peut isoler analytiquement. Selon la pensée marxiste, l’idéologie n’est que la justification d’une certaine conduite, une manière de penser engendrée par l’action afin d’assurer son efficacité. Dans le communisme, il existe, cela ne fait aucun doute, une tentative d’atténuer la tension entre le sentiment et l’action en domestiquant et en rabaissant l’intelligence.
Si le communisme n’avait rien en commun avec la religion, il ne constituerait pas un problème, pas plus qu’il ne pourrait conduire à la guerre ou à la paix. Le gouvernement russe ne pourrait compter sur aucun allié dans les autres pays, sauf ceux qu’il a été capable d’acheter en payant comptant.
(Traduit par Philippe Chanial)
* **
 
LETTRE DE HANNAH ARENDT À L’ÉDITEUR DE CONFLUENCE EN RÉPONSE À JULES MONNEROT ( 1954)
 
 
Cher Monsieur Kissinger,
Le point crucial dans l’argumentation de M. Monnerot est qu’il néglige la différence entre l’énoncé de Marx selon lequel les religions sont des idéologies et sa propre théorie selon laquelle les idéologies sont des religions.
Pour Marx, la religion, parmi bien d’autres choses, résidait dans le domaine des superstructures idéologiques, mais toutes les choses de ce domaine n’étaient pas les mêmes – une idéologie religieuse n’était pas la même chose qu’une idéologie non religieuse. La distinction de contenu entre religion et non-reli-gion était préservée. M.Monnerot et d’autres défenseurs des « religions séculières » disent que, quel que soit le contenu d’une idéologie, toutes les idéologies sont des religions. Dans cette théorie, mais pas dans la doctrine de Marx, la religion et l’idéologie sont devenues identiques.
La raison donnée pour cette identification est que les idéologies jouent le même rôle que les religions. Avec la même justice, on pourrait identifier l’idéologie avec la science, comme M. Monnerot est sur le point de le faire lorsqu’il déclare que l’idéologie communiste « usurpe le prestige dont la science bénéficie aux yeux des masses ». Bien sûr, ce serait une erreur d’identifier la science avec l’idéologie communiste pour cette raison, mais cette erreur, en fait, contiendrait davantage de vérité que l’identification logiquement similaire avec la religion, dans la mesure où le communisme prétend être « scientifique », mais non être religieux, et argumente dans un style scientifique; autrement dit, il répond à des questions scientifiques bien plus qu’à des questions religieuses. En ce qui concerne l’argumentation de M.Monnerot, c’est seulement le respect qu’il a pour la science (à distinguer de la religion) qui a pu l’empêcher de voir que, conformément à son argumentation, il n’y avait aucune raison à ce qu’il n’identifie pas l’idéologie communiste avec la science plutôt qu’avec la religion.
La confusion sous-jacente est simple et elle apparaît très clairement dans l’énoncé de M. Monnerot selon lequel « les communistes ont une réponse pour tout. Cela est caractéristique de toutes les orthodoxies », impliquant, par conséquent, que le communisme est une orthodoxie. Le sophisme de ce raisonnement est familier depuis que les Grecs se sont amusés à des paralogismes et, suivant un processus logique similaire, en sont arrivés, à leur grande joie, à définir l’homme comme un poulet déplumé. À présent, malheureusement, ce genre de choses n’est plus simplement drôle.
M. Monnerot déplore que je ne suive pas les méthodes d’équation courantes et ne « définisse » pas la religion et l’idéologie. (La question de ce qu’est une idéologie ne peut recevoir de réponse qu’historique, étant donné que les idéologies ne sont apparues pour la première fois qu’au début du dixneuvième siècle. J’ai tenté de donner une telle réponse, mais pas une définition, dans l’article « Idéologie et terreur : une nouvelle forme de gouvernement », The Review of Politics, juillet 1953.) Je ne puis aborder ici la question de savoir ce qu’est une définition et dans quelle mesure nous pouvons, par une enquête sur la nature des choses, arriver à des définitions. Une chose est claire : je ne puis définir que ce qui est distinct et ne puis arriver à des définitions, pour autant que ce soit possible, qu’en faisant des distinctions. En disant que les idéologies sont des religions, on ne définit ni les unes ni les autres mais, au contraire, on va jusqu’à détruire la part de différenciation vaguement éprouvée qui est inhérente à notre langage quotidien et que les enquêtes scientifiques sont supposées affiner et éclairer.
Pourtant, alors qu’il devrait être possible de définir un phénomène relativement récent tel que l’idéologie, quelle arrogance n’aurait pas été la mienne si je m’étais risquée à définir la religion ! Non pas parce que tant de savants ont essayé et échoué avant moi, mais parce que la richesse et le trésor du matériau historique devraient véritablement paralyser quiconque garde le moindre respect pour l’histoire et la pensée du passé. Supposons que j’ai défini la religion et que quelque grand penseur religieux – non pas évidemment l’adorateur du kangourou que je pourrais facilement prendre en compte – ait échappé à mon attention ! Dans les enquêtes historiques, l’important n’est pas d’arriver à des définitions toutes faites, mais de faire constamment des distinctions, et celles-ci doivent suivre le langage que nous adoptons et le type d’objet auquel nous avons affaire. Si tel n’était pas le cas, nous déboucherions bientôt sur une situation dans laquelle chacun parlerait son propre langage et annoncerait fièrement avant de commencer : « Moi, j’entends par… » tout ce qui peut me servir et frapper mon imagination à un moment donné.
La confusion provient en partie du point de vue particulier des sociologues qui – ignorant méthodologiquement l’ordre chronologique, la localisation des faits, l’impact et l’unicité des événements, le contenu substantiel des sources et la réalité historique en général – se concentrent sur les « rôles fonctionnels » en eux-mêmes et par eux-mêmes, faisant ainsi de la société l’Absolu auquel tout se rapporte. Leur prémisse fondamentale peut être résumée en une phrase : toute chose a une fonction et son essence équivaut au rôle fonctionnel qu’elle se trouve jouer.
Aujourd’hui, dans certains cercles, cette prémisse a acquis la dignité douteuse d’un lieu commun et certains sociologues, comme M. Monnerot, ne peuvent tout simplement pas en croire leurs yeux ou leurs oreilles s’ils rencontrent quelqu’un qui ne la partage pas. Pour ma part, bien sûr, je ne crois pas que toute chose ait une fonction, ni que la fonction ou l’essence soient la même chose; et pas davantage que deux choses complètement différentes – comme la croyance à une Loi de l’Histoire et la croyance en Dieu – remplissent la même fonction. Et même si, dans certaines circonstances particulières, il devait arriver que deux choses singulières jouent le même « rôle fonctionnel », je ne les tiendrais pas davantage pour identiques que je ne crois que le talon de ma chaussure est un marteau lorsque je l’utilise pour enfoncer un clou dans le mur.
(Traduit par Jacques Dewitte)
 
NOTES
 
[*] La citation concernant le « blasphème » de Monnerot se trouve dans Arendt, « Religion et politique », in La Nature du totalitarisme, Payot, 1990, p. 155, de même que la citation d’Arendt par Monnerot concernant son « interprétation tout à fait erronée » ( Ndt).
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