Revue du MAUSS
La Découverte

I.S.B.N.2707144630
480 pages

p. 101 à 114
doi: 10.3917/rdm.024.0101

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Dossier / A) qu'il n'y a nullement lieu de regretter l'inexistence d'une théorie sociologique générale / Que « la situation n'est pas si grave que ça ». Vertus de la diversité

no 24 2004/2

2004 Revue du Mauss Dossier: Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? / A. qu’il n’y a nullement lieu de regretter l’inexistence d’une théorie sociologique générale – Que « la situation n’est pas si grave que ça ». Vertus de la diversité

Le nouveau rôle des sciences sociales dans la perspective d’une théorie de l’action  [*]

Hans Joas
Il y a cinq ans, la commission Gulbelkian consacrée à la réorganisation des sciences sociales publiait son rapport sous le titre « Ouvrir les sciences sociales » [Wallerstein et alii, 1996]. Ce rapport, comme chacun sait, proposait de combiner un examen rétrospectif de l’histoire des sciences sociales avec la formulation préliminaire d’une certaine vision de leur avenir. Dans sa partie historique, il mettait fortement l’accent sur les dynamiques de constitution et de différenciation des différentes disciplines. Les auteurs manifestaient une sensibilité très vive aux avantages mais aussi aux inconvénients propres à la formation de disciplines séparées, tout en restant à égale distance d’une foi aveugle dans les progrès constants opérés au sein des différents espaces disciplinaires et d’une tentation postmoderne d’effacer toutes les distinctions entre disciplines, entre haute et basse cultures, savoir professionnel et savoir profane. Selon eux, les disciplines contribuent à « discipliner » le travail intellectuel ainsi que le contrôle empirique de la connaissance et la socialisation de nouveaux producteurs de savoir. Néanmoins, il est important d’avoir toujours à l’esprit qu’un système de disciplines scientifiques ne reflète jamais des structures ontologiques; et bien qu’un tel système ne soit d’aucune façon arbitraire, il existe toujours – comme le montre la diversité des traditions scientifiques nationales – des perspectives alternatives. En ce sens, le débat sur les disciplines peut être considéré comme un exemple typique des controverses si courantes sur la différenciation fonctionnelle en sociologie. Cependant, la critique d’une forme spécifique de différenciation fonctionnelle n’exprime pas pour autant une opposition fondamentale au principe même de cette différenciation. Le rapport s’achève sur une liste de quatre « problématiques » principales pour les sciences sociales, à savoir (je le dis là dans mes propres termes) : 1) une interprétation non cartésienne de la nature humaine; 2) l’abandon de l’identification latente du social avec les processus s’opérant au sein des États-nations; 3) l’articulation entre universalisme et particularisme; et 4) une nouvelle conception de l’objectivité scientifique.
 
UN DIAGNOSTIC IMPARFAIT
 
 
Je partage tout à fait la vision de l’avenir proposée dans ce rapport. Il n’y a qu’un point avec lequel je me trouve clairement en désaccord. C’est à partir de ce désaccord que je développerai, dans le texte qui suit, mes propres propositions concernant l’avenir des sciences sociales – à la fois sur le fond et d’un point de vue institutionnel. Il me semble que c’est seulement ainsi qu’il est possible de faire avancer la discussion. S’il est assez facile d’expliciter mon désaccord, il m’est en revanche très difficile d’expliquer pour quelles raisons je le considère comme si important et si lourd de conséquences.
Le point que j’ai à l’esprit, c’est cette affirmation sans cesse réitérée dans le rapport selon laquelle la distinction entre les approches dites idiographiques et nomothétiques serait une distinction constitutive des disciplines et des perspectives théoriques des sciences sociales depuis la fin du XIXe siècle et tout au long du XXe. Il ne fait pas de doute que cette distinction entre une analyse du singulier en tant que tel (« idiographique ») et une analyse en termes de lois générales sous lesquelles tous les cas singuliers devraient être subsumés constitua, à la fin duXIXe siècle, une position essentielle au sein des débats allemands sur la spécificité de l’histoire et des « sciences de l’esprit » face aux sciences sociales qui prenaient pour modèle les sciences de la nature. Mais une telle position était propre aux débats allemands. Et même en Allemagne, d’autres auteurs influents – comme Wilhelm Dilthey –, qui défendaient également une stricte séparation entre « sciences de l’esprit » et « sciences de la nature », proposaient de fonder cette distinction d’une façon totalement différente, à savoir comme une distinction entre des approches explicatives d’une part, et « descriptives », « compréhensives » ou « herméneutiques » d’autre part. Le rapport Gulbelkian affirme que les sciences sociales ont, tout au long duXXe siècle et plus particulièrement depuis 1945, suivi de plus en plus le modèle dit nomothétique. La physique newtonienne y est fréquemment mentionnée comme le modèle évident d’une telle science nomothétique. Je pense que cela n’est pas exact, même si je peux comprendre l’attitude disons anti-positiviste sous-jacente à cette formulation.
À ce point, vous pourriez légitimement avoir le sentiment que mon insistance sur le caractère inapproprié de cette caractérisation manifeste une certaine mesquinerie et pédanterie, et que je surestime un point de détail dans l’histoire des sciences sociales. Vous pourriez aussi défendre le rapport en rappelant qu’il fait explicitement référence aux soi-disant « sciences de l’État » ( Staatswissenschaften) et montre que ce projet d’une science sociale qui ne soit ni idiographique ni nomothétique était par ailleurs voué à l’échec. Mais je répondrais que ces « sciences de l’État » – terme qui n’est pas traduisible en anglais et en français alors qu’il renaît aujourd’hui en Allemagne – ne constituent pas une exception unique et qu’il y a au contraire de nombreuses exceptions de ce genre, voire même que les sciences sociales auXXe siècle ne peuvent, dans leur grande majorité, être définies comme relevant de cette caractérisation « nomothétique ».
On peut citer ici de nombreux exemples. Pensez tout d’abord à la science économique. Le soi-disant paradigme micro-économique est fondé sur le concept d’action rationnelle ou utilitaire. Il s’agit certes d’une conception unilatérale de l’action humaine mais, néanmoins, cette conception ne peut être dissociée de l’ensemble des connotations propres au libéralisme comme la liberté individuelle, la capacité de choix qu’elle porte en elle. Nous pourrions évidemment discuter des affinités qu’entretient ce paradigme microéconomique avec l’ambition « nomothétique », mais il est extrêmement important de distinguer entre une conception déterministe des processus de causalité d’une part, et une science de l’action humaine d’autre part. Lorsque j’affirme que cela est important, je ne veux pas simplement dire que c’est important pour moi, mais plutôt qu’il a toujours été important pour les économistes eux-mêmes et pour leur propre compréhension des enjeux normatifs de leur discipline d’établir cette distinction. En deuxième lieu, il m’a toujours paru fallacieux de considérer Auguste Comte et Herbert Spencer comme les pères fondateurs de la discipline sociologique. Ils furent bien davantage des prédécesseurs amateurs et mégalomaniaques dont les œuvres furent dédaignées non seulement par les historiens et les chercheurs d’orientation herméneutique, mais aussi par les auteurs classiques de la sociologie, tant en Allemagne qu’aux États-Unis. Pour ces classiques – et ici je suis l’ouvrage fondamental de Talcott Parsons, The Structure of Social Action ( 1937) –, c’était bien, sous une forme ou sous une autre, une certaine conception de l’action qui définissait la sociologie, une conception qui se développa dans un dialogue critique avec l’utilitarisme ou ce que l’on appellerait aujourd’hui le modèle de l’action rationnelle des économistes.
Troisièmement, bien que Parsons lui-même l’ignorât, la philosophie des sciences qui dominait aux États-Unis dans la première moitié du XXe siècle – le pragmatisme – constituait également un mode de pensée qui privilégiait la question de l’action et qui se trouvait bien éloigné de toute conception nomothétique. À travers l’école de Chicago, le pragmatisme a étendu son influence sur tout un ensemble de disciplines relevant des sciences sociales. S’il fut marginalisé à partir de 1945, il survécut néanmoins dans des écoles non nomothétiques comme l’interactionnisme symbolique ou l’économie institutionnaliste [1]. Quatrièmement, après 1945, les deux paradigmes dominants en sciences sociales furent la théorie de la modernisation et le marxisme. Bien que les représentants officiels du marxisme-léninisme aient souvent présenté le marxisme comme relevant d’une approche nomothétique, des interprétations alternatives ne manquèrent pas de se développer, même dans les pays de l’Est, et cette interprétation ne fut jamais acceptée au sein du marxisme occidental. De même, le paradigme théorique de la modernisation n’était pas non plus nomothétique. Il était pour partie basé sur l’œuvre de Parsons et pour partie sur d’autres tentatives de compréhension des origines de la spécificité historique de l’Occident afin d’en dégager quelques lignes directrices pour orienter les politiques de développement [2]. Enfin, dans l’après-guerre, le structuralisme constitua une forte impulsion dans le sens d’une perspective scientiste. Mais il serait nécessaire ici de bien marquer les différences entre des approches prenant comme modèle le langage et les travaux de Saussure, et celles qui s’orientent davantage à partir du modèle de la nature et de la perspective newtonienne.
Je clos ici cette liste, car j’espère avoir déjà montré qu’il est nécessaire de reconstruire l’histoire des sciences sociales au regard de leur compréhension de l’action et que, de ce point de vue, un modèle newtonien n’est d’aucun secours. Mais pourquoi tout cela est-il si important aujourd’hui ?
Pour deux raisons. La première, c’est qu’une telle démarche modifie notre conception de la relation entre l’histoire des sciences sociales et les acteurs sociaux dans des sociétés pour lesquelles la connaissance apportée par ces sciences est pertinente. La seconde raison est qu’il est possible d’en déduire un nouveau programme tant à un niveau intellectuel qu’institutionnel. Développons ces deux aspects.
Dans la science sociale classique de la fin du XIXe siècle, par exemple chez Durkheim, la tension entre d’une part, les postulats normatifs sur la liberté et l’autonomie individuelle, et d’autre part, l’analyse scientifique des processus macro-sociaux, n’a jamais été traduite sous la forme d’une réponse réflexive à la question de savoir au profit de qui le savoir propre aux sciences sociales est produit : pour un État réformiste, pour une société civile éclairée, pour les mouvements sociaux, pour les individus, etc. ? Si nous suivons la magistrale histoire des sciences sociales de PeterWagner, c’est la Première Guerre mondiale qui a conduit à l’introduction effective d’une planification sociale fondée sur la connaissance scientifique.
Cette guerre fut, parmi bien d’autres aspects, une gigantesque expérimentation de planification sociale. Sa durée imprévue ainsi que l’implication également inattendue de larges segments de la population – tout cela résultant en partie de l’interruption des activités commerciales et de la pénurie d’approvisionnement – favorisa chez les gouvernements le développement de tentatives de prise en charge des activités économiques et sociales, le plus souvent avec le consentement des salariés, des syndicats et d’autres groupes sociaux – mais parfois aussi en son absence. Au regard des débats d’avantguerre, l’impression la plus répandue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale était qu’une telle planification avait démontré sa supériorité sur les formes libérales et marchandes de régulation. Des conclusions comparables furent tirées au lendemain de la révolution bolchevique et, avec moins de force, par certains fonctionnaires de l’administration de la Première République de Weimar. D’une façon générale, l’impact de cette expérience fut ressenti dans l’ensemble du monde occidental. Même si cette tendance planificatrice s’est ralentie – du moins sous la forme de la planification d’État lorsque la démocratie libérale de marché sembla reprendre de la vigueur dans les années vingt –, elle retrouva un second souffle après la crise de 1929. Les sciences sociales furent à ce moment directement engagées dans ce processus de planification [Wagner, 1999, p. 25].
Néanmoins, au sein de ces sciences sociales, un courant important d’orientation planificatrice ne relevait pas d’un modèle newtonien ou nomothétique. Au contraire, des auteurs comme Keynes mettaient l’accent sur l’incertitude, critiquaient le déterminisme et déduisaient d’une telle critique les conditions de possibilité d’une action politique volontariste et planifiée.
Cette perspective est similaire à celle du pragmatisme. William James avait déjà souligné avant-guerre que l’idée selon laquelle d’une part, le monde serait un univers déterministe, et que d’autre part, nous pourrions faire usage de notre connaissance de ce monde pour agir sur lui, était très contradictoire, au point qu’il proposa de développer une métaphysique antidéterministe comme préalable à tout réformisme ou à ce qu’il appelait le « méliorisme ». Les auteurs du rapport ont probablement à l’esprit une autre école, celle qui a développé dans l’entre-deux-guerres une épistémologie radicalement positiviste : le positivisme logique de l’école de Vienne et le mouvement en faveur de l’unité des sciences. Il est possible effectivement de déceler dans les travaux d’OttoNeurath et de PaulLazarsfeld cette ambition « nomothétique » – même si elle s’articule d’une étrange façon à des objectifs socialistes. Je ne saurais nier que ce mode de pensée exerça une influence énorme sur la philosophie des sciences et sur la méthodologie des sciences sociales dans l’après-guerre. Néanmoins, il me semble fallacieux d’en déduire que l’hégémonie relative de certains traités de méthodologie ou de certains recueils de textes ait conduit à l’hégémonie comparable d’une certaine démarche dans les pratiques de recherche. Certes, durant l’âge d’or de l’optimisme réformiste à l’Ouest, à la fin des annéessoixante et au début des années soixante-dix, on ne peut manquer de relever l’influence de cette perspective néopositiviste, bien que sous la version amendée et assouplie défendue par Karl Popper. Mais il n’est guère surprenant que cette phase ait été de courte durée – du moins si nous avons à l’esprit le fait que cette perspective reposait en totalité sur un certain nombre de postulats au sujet de l’État et des sciences sociales ainsi que sur le type de société dans lequel tous deux étaient insérés. En effet, l’État devait être considéré comme unitaire, cohérent et capable d’agir; les sciences sociales comme des sciences reposant sur une méthodologie et une épistémologie parfaitement fiables, capables de produire un savoir exact et objectif; enfin la société devait être perçue comme un ensemble organisé, caractérisé par une structure déterminée et identifiable [Wagner, 1999, p. 29].
Depuis la fin des annéessoixante-dix au moins, tous ces postulats sont devenus hautement problématiques et nous ne pouvons, en Europe, décider naïvement d’y faire retour. Dans ce contexte, c’est l’ensemble des questions dont la sociologie classique avait déjà débattu – à la fois en termes d’organisation disciplinaire et de définition de l’espace des problèmes de fond à traiter – qui se trouve à nouveau ouvert à la discussion. Sur la question de l’organisation disciplinaire, je limiterai mes remarques à la socio-logie. Et cela non seulement dans la mesure où il s’agit de la discipline que je connais le mieux, mais aussi parce que la sociologie a, plus que toute autre discipline, toujours réfléchi sur la fragilité de son fondement disciplinaire, tant celui-ci n’entretient pas une relation claire avec une profession ou une abstraction constitutive et incontestée sur laquelle il pourrait reposer. Pour cette raison, on aurait tort de blâmer les ambitions « métadisciplinaires » de la sociologie, car elle offre ainsi un espace institutionnel à partir duquel il est possible de réfléchir sur des questions qui, sans elle, ne trouveraient aucune place dans la compétition entre les disciplines.
 
LE NIVEAU INSTITUTIONNEL
 
 
Depuis son origine, il y a presque deuxsiècles, la sociologie a toujours constitué, en partie au moins, une tentative de dépassement de la fragmentation intellectuelle. Dans la France des années1830, Auguste Comte, dans ses Cours de philosophie positive ( 1830-1842), a le premier fait appel à la sociologie comme un moyen propre à endiguer « l’anarchie profonde et largement répandue au sein de l’ensemble du système intellectuel » dans l’Europe contemporaine. Et ce désir d’instaurer une plus grande unité au sein du large éventail d’idées, de doctrines, de perspectives et de théories du monde social existantes n’était pas loin d’être au cœur de l’attention de tous les penseurs européens et américains qui, au XIXe et au début du XXe siècle, contribuèrent à fonder la nouvelle discipline sociologique.
Il est symptomatique des défis sociaux et intellectuels auxquels cette aspiration à l’unité a dû faire face que ces pionniers et leurs successeurs ne s’accordèrent guère au-delà de l’objectif lui-même. Parce qu’il n’était pas satisfait par le cadre théorique que Comte avait construit pour mettre fin à cette fragmentation intellectuelle, HerbertSpencer en suggéra immédiatement un autre, tandis qu’au début du XXe siècle, ses compatriotes anglais ne proposaient pas moins d’une soixantaine d’autres conceptions de la nature et des buts de la sociologie [Abrams, 1968, p. 3]. Mais retour sur le continent : à la même période, en France, Émile Durkheim rejetait avec vigueur toute la panoplie de suggestions des Anglais – ainsi que les propositions de ses contemporains français et celles de Comte – pour formuler une synthèse intellectuelle personnelle, et cela au moment même où les différents pionniers de la sociologie allemande offraient eux aussi d’autres perspectives d’unification. Et il y en avait encore davantage en réserve notamment aux États-Unis. Alors qu’ils tentaient d’adapter les idées européennes à leur système universitaire naissant, les sociologues américains s’attachèrent immédiatement à élaborer une pléthore de synthèses rivales, chacune se distinguant, à son tour, des modèles d’unification émanant des autres sciences sociales qui commençaient à prendre conscience d’elles-mêmes – l’économie, la science politique, la psychologie et l’anthropologie –, mais aussi d’autres sources, internes ou externes au monde académique.
Dans les annéestrente, lorsque Karl Mannheim fit le bilan de la situation du monde intellectuel, il dressa le même état des lieux que Comte unsiècle plus tôt, soulignant « la “mauvaise passe” dans laquelle se trouve la pensée contemporaine », le développement d’« opinions divergentes » et la « multiplicité des modes de pensée », ainsi que « le fait alarmant qu’un même monde peut apparaître de façon si dissemblable à des observateurs différents » [Mannheim, 1936, p. 5-6]. Ce sentiment répandu selon lequel les sociologues n’auraient pas réussi, à ce moment de l’histoire de la discipline, à concrétiser cette promesse d’unité intellectuelle, Parsons l’a fait sien jusqu’à le conduire à proposer une synthèse encore supérieure : « On nous dit qu’il y a autant de systèmes théoriques en sociologie qu’il y a de sociologues, qu’il n’y a aucune base commune, que tout est arbitraire et subjectif » [Parsons, 1937, p. 774]. Quarante ans plus tard, Robert Merton – qui fut l’un de ces nombreux sociologues à mettre en cause la synthèse parsonienne – soulignait encore la « pluralité des orientations théoriques », au point de caractériser toute l’histoire de la sociologie comme une « crise chronique marquée par la diversité, la compétition et le conflit des doctrines » [Merton, 1975, p. 28 et 51].
De telles descriptions du passé anticipent déjà la situation qui semble être la nôtre en cette fin desiècle, dans cette décennie durant laquelle s’est fortement exacerbé ce processus de fragmentation intellectuelle en socio-logie et au-delà. Commentant les récents développements intervenus dans cette discipline, Randal Collins écrivait au début des années quatre-vingt-dix : « Nous avons perdu toute cohérence en tant que discipline, nous avons éclaté en une multitude de spécialités, chacune suivant son chemin, sans attention aucune des unes à l’égard des autres » [Collins, 1990, p. 311].
Depuis lors ont émergé des domaines de spécialité encore plus balkanisés, chacun d’entre eux ciselant de nouveaux thèmes de recherche empirique (et se dotant de niches organisationnelles dans les associations de sociologie nationales et internationales) et se subdivisant rapidement en une myriade de factions. Dans le même temps, la théorie sociologique – dont on avait pu imaginer, de Comte à Merton, qu’elle pourrait donner une cohérence aux divers champs de recherche empiriques – a eu tendance à devenir elle-même un champ de spécialité autonome, un champ déconnecté, d’un point de vue organisationnel, des autres spécialités et à ce titre incapable d’« offrir une perspective unifiée pour l’ensemble de la discipline » [Crane et Small, 1992, p. 229-230]. Cette situation s’est accompagnée de tendances comparables dans d’autres sciences sociales ainsi que d’une mise en cause croissante des frontières disciplinaires elles-mêmes sous la pression centrifuge de divers développements post-disciplinaires, qu’ils se soient opérés à l’intérieur même des disciplines ( cf. l’essor des champs de spécialités insulaires déjà évoqué) ou à un niveau interdisciplinaire (je fais référence ici aux contacts intellectuels qui se sont noués aux confins des frontières disciplinaires traditionnelles ou au sein des nouvelles structures supra-disciplinaires).
Face à un tel contexte, tant en Amérique qu’en Europe, des chercheurs de premier plan ont une nouvelle fois lancé des appels en faveur d’une nouvelle synthèse intellectuelle comme antidote à cette fragmentation. Ces appels ont émané de nombreux secteurs de la discipline, et ils ont donné lieu à de nouvelles propositions ambitieuses d’unification théorique [3].
Il y a naturellement quelque chose de passablement comique dans ces propositions réitérées de synthèse intellectuelle. Dans ce dernier round d’aspiration synthétique, comme dans la phase précédente, fin de siècle, on retrouve ce même appel unanime à l’unification et l’absence tout aussi remarquable d’un quelconque accord sur le fond quant à la réponse à lui donner. En effet, si de nombreux sociologues contemporains s’accordent à considérer qu’une synthèse à venir mettra fin à la fragmentation intellectuelle, il n’existe toujours pas entre eux de consensus sur ce en quoi consiste ou pourrait consister cette synthèse. Qu’il en soit ainsi ne conduit en aucune façon à remettre en cause l’objectif lui-même ou la valeur des efforts déployés pour l’atteindre. Aujourd’hui comme hier, la cause de la synthèse a enrôlé beaucoup des penseurs majeurs de la discipline – et, à de rares exceptions, ce qui définit en grande partie le caractère majeur de leur travail renvoie directement aux idées qu’ils ont développées à ce sujet.
Néanmoins, malgré leur consistance intellectuelle et leur importance historique, ces analyses en sont encore à lutter contre des courants contraires, centrifuges, qui favorisent la fragmentation intellectuelle.
Si cette quête de synthèse constitue encore aujourd’hui, à l’âge post-disciplinaire, la réaction dominante face à la fragmentation, une autre réponse peut cependant être repérée. Au lieu de déplorer la multiplicité des théories, des méthodes et des résultats de recherche pour ensuite viser leur intégration dans un cadre unifié, l’originalité de cette réponse est de valoriser cette pluralité des orientations et des approches comme une opportunité pour un dialogue intellectuel productif. On pourrait qualifier la récente émergence et le développement d’une telle réponse en sociologie de « tournant dialogique ».
D’un point de vue institutionnel, un tel « tournant dialogique » conduit à ce que j’ai appelé dans un autre contexte une compréhension post-disci-plinaire du rôle des disciplines [Joas, 1999b]. La douce mélancolie de notre époque présente recèle une vigueur scientifique qui me paraît bien plus appropriée pour faire face à la réalité que ces tentatives intransigeantes visant à imposer de force une démarche en termes purement disciplinaires, en dépit des doutes émis et des oppositions rencontrées. Il y a aujourd’hui, en socio-logie mais plus largement dans l’ensemble des sciences sociales, un sentiment très répandu de crise des frontières disciplinaires. Parmi les raisons qui expliquent ce « sentiment de malaise », Donald Levine souligne le fait que les disciplines scientifiques sont de moins en moins capables de fournir le cadre institutionnel nécessaire aux débats intellectuels essentiels du présent.
Ces débats prennent place dans les « spécialités sous-disciplinaires, les initiatives transdisciplinaires et les synthèses supra-disciplinaires » [Levine, 1995, p. 292]. Levine espère ainsi frayer une voie de sortie à ce malaise de la sociologie en lui attribuant « un rôle nouveau et enthousiasmant : devenir, en raison de sa tradition classique, le lieu d’accueil privilégié du dialogue en sciences sociales » [ ibid., p. 299]. Cela pourrait transformer le problème identitaire qui a tant pesé sur la sociologie en une opportunité. Dans cette perspective, ce n’est pas en rompant avec toutes les relations supra et transdisciplinaires et en s’arc-boutant sur une conception scientiste que l’on pourra défendre la sociologie, mais bien davantage en prolongeant les discussions initiées par les classiques avec les moyens qui sont les nôtres aujourd’hui tant dans la recherche que dans la théorie sociale. En effet, Levine ne défend en aucune manière une dissolution irréfléchie de l’identité propre à cette discipline. Toutes les expériences institutionnelles d’interdisciplinarité menées à ce jour invalident, selon moi, une telle stratégie. Levine trace un parallèle entre l’identité des disciplines et celle des États-nations. Le renoncement aux États-nations ne conduit pas non plus nécessairement à un meilleur avenir. Mais, à la différence de la période classique, l’intégration de ceux-ci dans des réseaux supranationaux peut modifier considérablement la donne.
Comme les États-nations, les disciplines sont appelées à rester, mais sous des formes davantage circonscrites que dans le passé. Elles garderont leur valeur en offrant des éléments favorisant la constitution d’une identité professionnelle permettant de transmettre certains aspects d’une tradition partagée et d’assurer la certification de compétences. Elles continueront à constituer les canaux par lesquels les chercheurs pourront trouver un accès à des ressources, à un soutien collégial et aux bénéfices qui leur sont liés.
Mais, à supposer qu’elles l’aient fait avant, on ne peut plus et on ne doit plus attendre d’elles qu’elles offrent les voies d’accès à ce qui fait l’excellence académique : l’élaboration des programmes de recherche et la définition des cursus de formation. Bien des sources d’incertitude subsisteront avant que nous ne réussissions à définir quelles pourraient être les voies d’accès les plus appropriées, et à reconstruire de nouveaux récits qui puissent valoriser ceux qui les suivent [ ibid., p. 294].
 
UN PROGRAMME POUR L’AVENIR
 
 
De telles discussions ne peuvent être menées dans le vide.
L’interdisciplinarité en tant que telle, en l’absence de questions substantielles, ne vaut souvent guère mieux qu’un tel vide. Les six points suivants, qui selon moi sont prioritaires pour les sciences sociales de demain, constituent un possible foyer d’intérêt commun pour une interdisciplinarité authentique. Et aucun d’entre eux ne peut être traité adéquatement au sein des différentes disciplines actuellement existantes en sciences sociales.
1. Comme vous pouvez vous y attendre au regard de ce que j’ai déjà évoqué, un travail de conceptualisation et de compréhension adéquat de l’action humaine constitue pour moi un axe crucial du travail interdisciplinaire en science sociale. Cela ne relève en aucun cas d’un biais « volontariste » ou « activiste ». L’accent mis sur l’action ne constitue pas une contre-proposition qui s’opposerait à l’accent mis sur le poids des contraintes ou la force des structures. Je partage avec Parsons et AlainTouraine l’idée selon laquelle toutes les théories sociales contiennent, implicitement ou explicitement, des postulats à la fois sur l’action humaine et sur l’ordre social. Je ne plaide pas en faveur de l’un contre l’autre, mais en faveur d’une conception adéquate de l’action qui puisse servir de fondement à l’élaboration de conceptions elles-mêmes adéquates de la socialité, des types d’ordre social, des structures et systèmes ainsi que des dynamiques du changement social. Ce n’est pas la « société », mais l’« action sociale » et les formes émergentes d’ordre social qui constituent l’objet de la sociologie.
Néanmoins, en philosophie, en psychologie et en économie, l’« action » constitue aujourd’hui également un concept central. Mais dans l’ensemble, aucune de ces disciplines ne s’intéresse véritablement aux arguments développés dans chacun des autres champs.
2. Au regard de l’un des points de l’agenda proposé par la commission – la critique des dichotomies cartésiennes et du réductionnisme biologique ou du déterminisme génétique –, l’élaboration d’une conception anthropologique adéquate de l’action est absolument essentielle. La notion d’« action » en tant que telle échappe au dualisme cartésien : elle intègre à la fois des dimensions « physiques » et « mentales ». Cette notion, si nous la considérons sérieusement comme la catégorie de base des sciences sociales, rend le déterminisme génétique inconcevable. Afin d’élaborer une telle approche, nous disposons déjà de ressources précieuses tant chez les pragmatistes du XIXe siècle que dans la phénoménologie sociale et l’anthropologie philosophique du milieu du XXe et parmi les penseurs contemporains. Néanmoins, il est aujourd’hui temps de réarticuler cette position au regard des récents développements qui se sont opérés dans le champ de la biologie [ cf. Honneth et Joas, 1988]. Un dialogue avec les neurologues, qui aujourd’hui renouent avec ces affirmations du XIXe siècle selon lesquelles la « volonté libre » ne serait qu’illusion, s’impose de toute urgence.
En effet, ceux-ci prennent souvent pour cible une philosophie mentaliste qui a depuis longtemps déjà été dépassée en sciences sociales. Il faudrait également placer en priorité l’intérêt renouvelé pour une sociologie de la sexualité, pour la dimension corporelle de toute action humaine (par exemple, la violence) et pour les contraintes écologiques et leurs répercussions sur la vie sociale.
3. Alors que les approches rationalistes soit excluent toute dimension normative de leur propre domaine d’investigation scientifique, soit restreignent la signification de notions qui sont originellement de nature normative (telle la notion de « rationalité » dans l’« action rationnelle »), je pense au contraire que les sciences sociales doivent intégrer à nouveau cette dimension normative dans leur propre champ. Si elles ne le font pas, elles abandonneront à une philosophie morale et à une théorie politique en plein essor, mais dépourvues de base empirique, ce qui fut à l’origine l’une des motivations essentielles sous-jacentes au projet même des sciences sociales. Cette réinterprétation de la dimension normative renvoie à la rubrique « universalisme et particularisme » de l’agenda de la commission Gubelkian ou aux débats sur le libéralisme et le communautarisme au sein de la théorie politique (principalement américaine). Les questions normatives peuvent aussi être traduites en termes de programmes de recherche empirique applicables à différents aspects des sociétés contemporaines.
Des questions comme celles de l’« émergence des normes » et de la « genèse des valeurs » constituent des problèmes fondamentaux pour une théorie sociologique de l’action. De même, l’analyse socio-historique de l’émergence de systèmes spécifiques de valeurs tels que les droits de l’homme et la reconnaissance universelle de la dignité humaine ou celle des idéologies totalitaires est bien loin d’être achevée.
4. Durant les vingt dernières années, les sciences sociales ont partiellement été remplacées par un complexe interdisciplinaire (voire non disciplinaire) : les cultural studies. Qui plus est, ces études culturelles sont devenues l’espace d’une orientation intellectuelle spécifique, à savoir une sorte de « constructivisme social » radical et généralisé. Je pense qu’il est temps de mener, du côté des sciences sociales, une contre-offensive. Dans cette contre-offensive, la perspective « constructiviste » et « discursive » ne saurait être dénigrée. C’est au contraire l’un des points forts de la tradition des sciences sociales de n’avoir cessé de contribuer à l’analyse des processus de construction sociale. Néanmoins, cette tradition, à la différence des études culturelles d’inspiration post-structuraliste, n’a jamais mené une telle analyse d’une façon relativiste ou irrationaliste. Pour mener cette contre-offensive, il nous faut intégrer la dimension discursive à une analyse scientifique des processus macro-sociaux, et donc porter un intérêt fondamental à l’histoire intellectuelle sans pour autant dissoudre l’analyse sociale dans l’analyse de discours [Wittrock, 2000].
5. Contre l’évolutionnisme et le paradigme théorique de la modernisation, mais aussi contre le caractère téléologique, latent ou manifeste, du marxisme, nous avons besoin de développer une conception du changement social plus sensible à la contingence. Une telle conception constituerait le complément macro-sociologique d’une démarche mettant l’accent sur la créativité de l’action. Dans une telle perspective, l’État-nation n’apparaît plus comme la réalité sociale à laquelle le terme abstrait de « société » devrait se rapporter ou comme l’aboutissement naturel de longs processus de changement social. Il constitue au contraire en lui-même un phénomène hautement contingent. La guerre, la violence et le totalitarisme au XXe siècle, par exemple, ne sauraient être interprétés comme autant de déviations par rapport à un processus de modernisation presque linéaire et vertueux. La violence conduit souvent à des cycles de vengeance, les guerres instituent de nouvelles formes d’orientation et d’ordre social; et le totalitarisme n’appartient pas au passé, il constitue une menace constante [4].
6. Pour la première fois, nous avons fait l’expérience de processus de modernisation réussis hors du monde judéo-chrétien. La notion de « globalisation » n’est pas à mes yeux d’un grand secours pour éclairer ces processus. Ce dont nous avons plutôt besoin, c’est d’une analyse sérieuse des « modernités multiples », c’est-à-dire de la relation entre les religions anciennes et les traditions culturelles qui se sont développées hors de l’Europe et de l’Amérique et les traits spécifiques que prend la modernité dans ces régions du monde. Cela conduit à ouvrir de nouvelles perspectives sur la modernisation occidentale. Nous reconnaissons aujourd’hui plus facilement combien les penseurs européens et américains en sciences sociales ont souvent et abusivement généralisé les spécificités propres à l’Europe et aux États-Unis. Le thème de la sécularisation constitue à ce sujet un exemple particulièrement intéressant. Il y a eu très longtemps un quasi-consensus en sociologie sur le fait que la « sécularisation », au sens du déclin de la religion, accompagnait mécaniquement la « modernisation ».
L’Amérique, en raison de son intense vitalité religieuse, étant considérée comme l’exception à ce processus général. Cela est en train de changer en raison du rôle que joue la religion dans le processus de globalisation et de modernisation. À la lumière de cette multiplicité de modernités, il est possible désormais de parvenir à une interprétation renouvelée de la modernité européenne, à la fois au regard de son histoire et au regard de ces tentatives récentes de mise en œuvre d’un nouveau type d’ordre social, que Philipp Schmitter désigne sous le terme d’ordre « post-hobbesien ».
Cette notion permet de pointer le fait que l’Europe ne peut plus être décrite en termes de co-existence d’États-nations séparés avec des intérêts divergents. Néanmoins, ce serait une erreur de projeter une nouvelle téléologie et de considérer que l’Europe évoluerait en direction d’un nouveau super-État.
Au risque de n’être guère intelligible – pour cause de brièveté –, je dois arrêter là cette énumération des thèmes propres à définir un programme théoriquement fondé pour les sciences sociales d’aujourd’hui. Néanmoins, je crois que les différents points que j’ai listés dessinent les contours d’une science sociale « ré-humanisée ». J’emprunte ce terme à l’ouvrage de François Dosse, L’empire du sens, consacré aux développements récents d’une perspective anti-structuraliste dans les sciences humaines en France. Ce qu’il dit de ces tendances peut résumer mon propos : un intérêt pour le sens sans téléologie, un intérêt pour l’histoire sans historicisme, un intérêt pour l’action sans activisme [Dosse, 1997, p. 15].
( Traduit par Philippe Chanial)
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ABRAMS P., 1968, The Origins of British Sociology, 1834-1914, Chicago.
·  CAMIC C., JOAS H. (à paraître), « Introduction » à The Dialogical Turn. New Roles for Sociology in the Post-Disciplinary Age.
·  COLLINS R., 1990, « The Organizational Politics of the ASA », American Sociologist 21.
·  CRANE D., SMALL H., 1992, « American Sociology since the Seventies : The Emerging
·  Crisis in the Discipline », in HALLIDAY T. C., JANOWITZ M. (sous la dir. de),
·  Sociology and its Publics, Chicago, p. 197-234.
·  DOSSE F., 1997, L’Empire du sens. L’humanisation des sciences sociales, Paris, La
·  Découverte.
·  HONNETH A., JOAS H., 1988, Social Action and Human Nature, Cambridge.
·  JOAS H., 1999a, La Créativité de l’agir, Cerf, Paris.
·  – 1999b, « A Post-Disciplinary History of Disciplines », European Journal of Social
·  Theory 2, p. 109-122.
·  KNÖBL W., 2001, Spielräume der Modernisierung. Das Ende der Eindeutigkeit,
·  Weilerswist.
·  LEVINE D., 1995, Visions of the Sociological Tradition, Chicago.
·  MANNHEIM K., 1936, Ideology and Utopia, New York.
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·  PARSONS T., 1957, The Structure of Social Action, New York.
·  WAGNER P., 1999, « The 20th Century – the Century of the Social Sciences ? », in
·  UNESCO, World Science Report, Paris, p. 16-41.
·  WALLERSTEIN I. et alii, 1996, Open the Social Sciences, Stanford.
·  WITTROCK B., 2000, « Social Theory and Intellectual History : Towards a Rethinking of the Formation of Modernity », in ENGELSTAD E., KALLEBERG R. (sous la dir. de), Social Time and Social Change. Perspectives on Sociology and History,
·  Oslo, p. 188-232.
 
NOTES
 
[*] Ce texte a été à l’origine rédigé pour un atelier de l’OCDE consacré à l’avenir des sciences sociales et qui s’est tenu à Lisbonne en novembre 2001. Je remercie les participants à cet atelier, et Peter Wagner (Florence) et Bénédicte Zimmermann (Paris) pour leurs remarques critiques.
[1] Pour une tentative de développement d’une théorie néopragmatiste de l’action, cf. Joas [ 1999a].
[2] Voir désormais l’excellente histoire des théories de la modernisation de WolfgandKnöbl [ 2001].
[3] Pour un aperçu de ces propositions, voir Camic et Joas (à paraître). Un court passage de mon texte est repris de l’introduction de cet ouvrage. Je remercie Charles Camic de m’y avoir autorisé.
[4] Il y a quelques années, lorsque j’écrivais que le XXIe siècle connaîtrait de nouvelles formes de totalitarisme, tout aussi imprévisibles en 2000 que le fascisme et le nazisme l’étaient en 1900, cette suggestion pouvait sembler relever d’un pessimisme historique assez abstrait; mais l’idéologie anti-occidentale pleine d’assurance d’un Ben Laden n’en constitue-t-elle pas une expression ?
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