2004
Revue du Mauss
Dossier: Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? / B. De quelques obstacles à l’élaboration d’une théorie sociologique générale - Sociology in social context
La modernité multiple comme défi à la sociologie
[1]
Shmuel N. Eisenstadt
Dans son processus de cristallisation et de développement en
Europe au XIXe siècle puis plus tard également aux
États-Unis, la sociologie s’est donné pour objet la compréhension de la
modernité telle qu’elle s’était présentée en Europe. Elle a considéré que les
contours fondamentaux de cette modernité européenne constituaient de fait le
modèle de la société moderne.
Elle a également considéré, sans rigoureusement analyser ce
postulat, que l’État-nation moderne, tel qu’il s’était cristallisé en Europe,
représentait le cadre naturel de la société moderne et qu’il donnait
naturellement corps au programme institutionnel et culturel de la
modernité.
Ces postulats ont reçu leur formulation la plus claire dans les
théories de la modernisation et de la convergence des sociétés industrielles,
dont les analyses fortement ancrées dans la sociologie classique supposaient,
fûtce de manière implicite, que les constellations institutionnelles
fondamentales nées de la modernité européenne et le programme culturel de la
modernité seraient en fin de compte « naturellement » adoptés par toutes les
sociétés en voie de modernisation.
La réalité s’est révélée complètement différente. Si la
modernité s’est effectivement répandue presque partout dans le monde, elle n’a
pas donné naissance à une seule civilisation ou à un schéma institutionnel
unique, mais à plusieurs civilisations ou schémas civilisationnels modernes,
c’est-à-dire à des civilisations partageant des caractéristiques communes bien
que développant des dynamiques idéologiques et institutionnelles différentes et
pourtant de même origine; en d’autres termes, ce sont des
modernités multiples. De plus, des
transformations de grande envergure débordant du cadre des prémisses
originelles de la modernité sont également survenues dans les sociétés
occidentales.
LES PROCESSUS DE MONDIALISATION ET DE TRANSFORMATION DU MODÈLE
CLASSIQUE DE L’ÉTAT-NATION
Ces interprétations multiples et divergentes de l’âge «
classique » de la modernité se sont cristallisées, au cours du
XIX
e siècle mais surtout dans les six ou sept premières
décennies du XX
e siècle, en un certain nombre
d’États-nations territoriaux, d’États révolutionnaires et de mouvements sociaux
très différents en Europe, aux Amériques et, après la Seconde Guerre mondiale,
en Asie. Les contours institutionnels, symboliques et idéologiques des États
nationaux et révolutionnaires modernes, dont on pensait qu’ils incarnaient la
modernité, ont été considérablement transformés par la récente intensification
des forces de mondialisation. Cette tendance s’est manifestée en particulier
par l’autonomie grandissante des flux financiers et commerciaux, par
l’intensification des migrations internationales et par le développement
concomitant à l’échelle de la planète de problèmes sociaux tels que les
épidémies, la prostitution, le crime organisé et la violence des jeunes. Tout
cela a contribué à réduire le contrôle de l’État-nation sur ses affaires
économiques et politiques en dépit d’efforts soutenus pour consolider ses
politiques technocratiques, rationnelles et sécularisées dans divers domaines.
Les États-nations ont également cédé une partie du monopole qu’ils avaient
acquis – et qui est resté toujours partiel – sur la violence interne et externe
à des groupes séparatistes ou terroristes, locaux ou internationaux. Enfin ces
processus de globalisation sont visibles dans le domaine culturel avec
l’expansion hégémonique, au travers des principaux médias de nombreux pays, de
programmes et de points de vue culturels qui sont, en apparence, uniformément
occidentaux, mais sont en réalité avant tout américains
[2].
La centralité idéologique et symbolique de l’État-nation comme
son statut charismatique de lieu géométrique des principales composantes du
programme culturel de la modernité et de l’identité collective en ont été
affaiblis; de nouvelles visions politiques, sociales et civilisationnelles, de
nouvelles visions de l’identité collective se développent. Ces visions et ces
identités originales ont été propagées par des nouveaux mouvements sociaux qui,
bien que différents, avaient été jusqu’alors au cœur de la pensée politique et
culturelle.
Parmi ces mouvements, les deux premiers qui firent leur
apparition en Occident, les mouvements féministes et écologistes, étaient
étroitement liés – quand ils n’en étaient pas issus – aux mouvements étudiants
et à la mobilisation contre la guerre du Viêt-nam de la fin des années soixante
et du début des annéessoixante-dix. Ils étaient révélateurs d’un changement
plus important survenu dans de nombreux pays, qu’ils soient « capitalistes » ou
« communistes » : le passage de mouvements centralisés et tournés vers l’État à
des mouvements dotés d’un horizon et d’un programme plus locaux. Au lieu de se
concentrer sur la reconstitution des États-nations ou de résoudre des conflits
macro-économiques, ces forces nouvelles – qui se désignaient souvent comme «
postmodernes » ou « multiculturelles » – diffusaient une politique culturelle
ou une politique d’identité généralement présentées sous le nom de
multiculturalisme et se donnaient comme objectif la construction de nouveaux
espaces sociaux, politiques et culturels autonomes
[3]. Un peu plus tard émergèrent au sein des
communautés musulmanes, juives et protestantes des mouvements fondamentalistes
qui parvinrent à occuper une place centrale dans de nombreuses sociétés
nationales et, de temps en temps, sur la scène internationale. De manière
similaire, au sein des cultures hindoues et bouddhistes, des mouvements
religieux communautaires qui avaient en commun de fortes thématiques
antimodernes et/ou anti-occidentales firent leur apparition
[4]. Le troisième grand type de nouveaux
mouvements ayant pris de l’ampleur, surtout au cours des deux dernières
décennies du XX
e siècle, est celui des mouvements et des
identités « ethniques » particularistes. Tout d’abord observés dans les
anciennes républiques d’Union soviétique, ils ont surgi de manière terrifiante
en Afrique et dans certaines régions des Balkans, particulièrement en
ex-Yougoslavie.
Tous ces mouvements se sont développés parallèlement à des
transformations sociales de grande envergure, qu’ils ont d’ailleurs contribué à
accélérer, participant ainsi à la consolidation de nouveaux cadres et de
nouvelles architectures du social. Pour ne citer que deux des plus importants,
le monde connaît désormais de nouvelles diasporas, notamment musulmanes,
chinoises et indiennes. Après l’effondrement de l’Union soviétique, de nouveaux
types de minorités ethniques sont apparus, qui sont devenus des acteurs
importants dans de nombreux États ayant succédé à l’URSS ainsi que dans les
anciens pays communistes d’Europe orientale.
Tous ces processus ont réduit la capacité de contrôle de
l’État-nation sur ses propres affaires économiques, sociales et politiques, et
cela en dépit du renforcement continu des politiques rationnelles, sécularisées
et « technocratiques » dans de nombreux domaines comme l’éducation ou le
planning familial. De manière
concomitante, on estima que le modèle de l’État-nation avait perdu sa
centralité symbolique, car il avait dû concéder une partie de son monopole de
la violence interne et externeà de nombreux groupes séparatistes ou terroristes
– locaux et internationaux – dépourvus d’État-nation; même les actions
concertées de divers États-nations ne parvenaient pas à endiguer les
manifestations récurrentes de cette violence.
L’un des dénominateurs communs de ces nouveaux mouvements est
indiscutablement le fait qu’ils ne se sentent pas liés aux prémisses
culturelles fortement homogénéisantes du modèle classique de l’État-nation, et
moins encore liés par la place qui leur est accordée dans l’espace public de
ces États. Cela ne signifie pas qu’ils ne désirent pas être « domiciliés » dans
leurs pays respectifs. Une partie de leur combat consiste au contraire à
chercher à y élire domicile, mais sur des bases nouvelles par rapport aux
modèles classiques d’assimilation.
Dans ce cadre – et dans bien d’autres – ont émergé de nouvelles
formes d’identité collective dépassant les modèles de l’État-nation et de
l’État révolutionnaire et ne se fondant plus sur eux. Beaucoup de ces identités
jusqu’alors « assujetties » – identités ethniques, locales, régionales,
transnationales – sont devenues centrales, selon des voies tout à fait
inédites, dans leurs sociétés respectives et, bien souvent également, sur la
scène internationale. Elles ont remis en cause l’hégémonie des vieux programmes
d’homogénéisation et revendiqué une place autonome dans les programmes
institutionnels centraux : programmes éducatifs, moyens de communication,
débouchés médiatiques. Étant parvenues, avec un succès grandissant, à avancer
des revendications de grande envergure quant à la redéfinition de la
citoyenneté ainsi que des droits et devoirs afférents, elles sont devenues des
forces avec lesquelles il faut compter. Dans ce cadre, les préoccupations et
les intérêts locaux sont généralement conjugués selon des modalités nouvelles,
au-delà du modèle de l’État-nation classique, à partir d’alliances nouées avec
des entités transnationales comme l’Union européenne ou de vastes identités
collectives enracinées dans des grandes religions comme l’islam, l’hindouisme,
le bouddhisme ou les branches protestantes du christianisme. Qui peut douter
que des transformations significatives et durables soient en train de se
produire dans le rang et l’influence relative de centres de la modernité
distincts, pris dans un mouvement pendulaire entre l’Est et l’Ouest ? Cela ne
peut qu’engendrer une compétition accrue entre ces centres pour asseoir leur
influence dans un monde qui se globalise [Tiryakian, 1991,1996].
Simultanément on assiste à une décomposition continue de
l’image plus ou moins ramassée qu’offraient pour la définition de l’« homme
civilisé » les styles de vie et les mondes vécus issus des systèmes
traditionnels de croyances qui avaient accompagné l’émergence et la diffusion
du programme initial de la modernité
[5]. On assiste à la pluralisation et à l’
hétérogénéisation de ces images et de ces
représentations. De nouvelles interprétations des identités collectives
modernes ont vu le jour, sous la forme de réformulations radicales de
l’identité nationale et des espaces sociaux de la modernité ou par exemple, des
villes et des environnements urbains, chacune d’entre elles redéfinissant la
modernité dans ses propres termes.
RÉÉVALUATION DES CONCEPTS FONDAMENTAUX DE L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE :
SOCIÉTÉ CIVILE ET ESPACE PUBLIC
Tous ces développements montrent bien l’affaiblissement, la
transformation et le déclin de l’État-nation « traditionnel », ou classique.
Mais ils témoignent surtout du découplage de ses principaux éléments
constitutifs – la citoyenneté, les identités collectives, la construction des
espaces publics et des modes de participation politique. Ils ont également
entraîné de profondes modifications de l’espace public ainsi que des relations
entre la société civile et la sphère politique, que ce soit au sein des États
ou sur la scène internationale, ouvrant ainsi la voie à la cristallisation de
nombreux espaces publics nouveaux – locaux, translocaux et internationaux. Au
nombre de ces changements de grande ampleur, il faut compter l’apparition de
nouveaux modes de constitution des espaces publics et de la société civile en
relation avec l’État et la revendication d’une redéfinition radicalement
nouvelle de la citoyenneté, ainsi que des droits et des devoirs qui lui sont
associés.
Témoins d’une nouvelle phase dans la cristallisation des
modernités multiples, ces développements obligent donc à réexaminer nombre des
concepts et postulats qui ont orienté jusque-là l’analyse sociologique. Voilà
l’un des plus grands défis que devra affronter la sociologie du
XXIe siècle.
Pour l’illustrer, j’examinerai le destin de deux concepts : le
couple « société civile-espace public », puis le « nationalisme ».
L’élaboration de la notion de « société civile » trouve son
origine dans différents contextes européens au cours des
XVIIe et XVIIIe siècles, et tout
particulièrement dans la tradition intellectuelle connue sous le nom de «
Lumières écossaises » – mais elle est déjà présente chez un auteur comme
Pufendorf.
Cependant, le regain d’intérêt de la science sociale
contemporaine pour ce concept s’est curieusement limité pour l’essentiel à la
conceptualisation particulière de la société civile qui fut esquissée,
principalement chez Hegel, dans le contexte européen – et continental – du
passage des monarchies absolues aux États et aux nations. Cette
conceptualisation ne correspondait certainement pas à d’autres sociétés
européennes telles que les pays scandinaves, la Hollande ou même l’Angleterre,
dans lesquelles les relations entre « État » et « société » étaient
caractérisées par une influence de cette dernière bien plus forte que dans les
États allemands ou même en France [Eisenstadt et Schluchter, 1998].
Quelles que soient ses forces et ses limites, il est
significatif qu’en science sociale, le discours sur la société civile soit
longtemps resté en sommeil avant de retrouver de la vigueur après la chute de
l’empire soviétique et d’être promu au rang de norme pour la reconstruction des
sociétés d’Europe centrale et orientale. Cette renaissance est liée à
l’attention de plus en plus grande portée, après la Seconde Guerre mondiale, au
concept d’« espace public » tel qu’il fut présenté par Jürgen Habermas [ 1989]
dans un ouvrage qui allait marquer le discours contemporain. Dans ce discours,
les concepts d’espace public et de société civile allaient fréquemment de pair,
se recoupant, se confondant presque, au point qu’il était souvent difficile
d’établir une distinction claire entre les deux. On y trouvait de surcroît un
postulat très fort selon lequel le développement de l’espace public et de la
société civile était une condition indispensable à la formation et au
développement de régimes constitutionnels et démocratiques
[6].
Un simple coup d’œil à la documentation historique et
contemporaine disponible suffit pour constater le caractère éminemment
problématique de ce postulat. Et avant tout, parce que les relations entre la
société civile, l’espace public et le domaine politique présentent bien plus de
variantes qu’il ne le laisse à penser.
Le concept d’espace public implique l’existence d’au moins deux
autres espaces dont il se différencie plus ou moins tant institutionnellement
que culturellement : l’espace officiel et l’espace privé. Il s’agit donc d’un
espace situé entre l’espace officiel
et l’espace privé. C’est un espace dans lequel sont en jeu les améliorations
collectives et le bien commun. C’est aussi le cas de l’espace officiel mais,
dans l’espace public, ce travail est accompli par des groupes étrangers aux
groupesdirigeants. L’espace public recrute plutôt ses membres dans l’espace
privé. Comme l’a montré Albert O.Hirschman [1970, 1982] pour l’époque actuelle,
il s’étend ou se contracte au gré des implications changeantes de ses membres.
Les espaces publics ont tendance à développer des dynamiques propres qui, bien
qu’étroitement liées à celles du domaine politique, ne se confondent pas avec
elles et n’en dépendent pas non plus. Selon les sociétés, ils évoluent de
manière différente selon des rapports différents avec les dirigeants, mais
aussi avec ce que l’on a l’habitude de désigner sous le nom de société
civile.
Cela a pour conséquence que ces deux concepts – espace public
et société civile – ne devraient pas être confondus. Il faut considérer
l’espace public comme un espace intermédiaire entre l’officiel et le privé, qui
s’étend et se contracte selon le recrutement et la force des secteurs de la
société qui ne relèvent pas des cercles dirigeants. L’existence de la société
civile implique celle d’un espace public, mais tous les espaces publics
n’impliquent pas l’existence d’une société civile, économique ou politique,
telle qu’elle est définie dans le discours contemporain et telle qu’elle s’est
développée en Europe au début de l’ère moderne par l’intermédiaire de la
participation directe – à travers les corps constitués ou par un droit de vote
plus ou moins étendu – selon un processus dans lequel les intérêts privés
jouent un rôle essentiel. Même si l’on s’attend effectivement à ce qu’un espace
public prenne forme dans toute civilisation complexe et disposant de
l’écriture, ce n’est pas pour autant qu’il correspondra nécessairement à une
société civile de type européen [Eisenstadt, 1987,2000].
Quelles que soient les différences dans les rapports
qu’entretiennent l’espace public, la société civile et le domaine politique,
ils entraînent dans toutes les sociétés une contestation permanente du pouvoir,
de l’autorité, de sa légitimation et de sa responsabilité. C’est ainsi que
s’est développé dans les sociétés musulmanes un espace public autonome très
dynamique, constitué par les écoles de droit – les nombreuses institutions et
organisations du
waqf – et les ordres
soufis, donc uniquement des institutions islamiques, c’est-à-dire un ensemble
construit par le regroupement des différents secteurs ulema de la communauté
auxquels les dirigeants participaient, mais où ils n’étaient pas prédominants.
L’élément central de ces coalitions a été l’
ulema en tant que défenseur de la
sharia – la loi islamique – et
incarnation d’une vision originelle de l’islam
[7].
L’autonomie des ulema, l’hégémonie de la sharia et la vitalité
permanente, quoique d’intensité variable, des espaces publics dans la société
musulmane, n’impliquent pourtant pas – comme on pourrait le déduire de
certaines discussions récentes sur la société civile – une participation
autonome à l’espace politique central. Ces différents facteurs n’ont pas
entraîné un accès autonome et direct à l’espace politique ou, pour être plus
précis, à l’espace du pouvoir, ni au processus de désignation des dirigeants,
contrairement à ce qui s’est produit en Europe dans les parlements et les
corporations des villes, même s’il va sans dire que de nombreuses sociétés
musulmanes ont connu des tentatives – parfois très fortes – d’aller dans ce
sens. En matière de politique concrète, et en particulier en ce qui concerne
les affaires étrangères et la défense, mais aussi les questions intérieures
telles que la collecte des impôts, le maintien de l’ordre public ou le contrôle
des employés d’État, les dirigeants sont restés tout à fait indépendants des
différents acteurs composant l’espace public.
Face à la figure du chef masculin des temps anciens prit forme
une vision transcendantale de l’islam originel, qui est devenue l’élément
idéologique central dans la défense de l’ordre moral et de la cohésion de la
communauté, même si concrètement, sur un plan pratique, c’était là une
condition nécessaire à la mise en œuvre de la sharia. Par conséquent, il se mit
en place dans les sociétés musulmanes, particulièrement quand elles étaient
sunnites, un découplage tout à fait intéressant entre la construction de
l’espace public et l’accès aux sphères décisionnelles. Ou encore, et pour être
plus précis, la relation entre un espace public autonome et plein de passion,
et la sphère politique, entre cet espace et les dirigeants, a évolué dans les
sociétés musulmanes selon des directions tout à fait différentes de celles
constatées en Europe occidentale et centrale. Et distinctes également des
directions prises dans les sociétés asiatiques, qu’il s’agisse de l’Inde – où
l’ordre politique ne constituait pas un espace primordial pour la mise en œuvre
dela vision morale et transcendante dominante, où la souveraineté était
fortement fragmentée et où le pouvoir était dans une très large mesure enchâssé
dans le cadre très souple du système de castes
[8], ce qui permit l’émergence d’un espace public très
dynamique assez fortement lié aux dirigeants – ou de la Chine au sein de
laquelle, en revanche, l’ordre politique était fondamental pour la mise en
œuvre des visions transcendantes et où les dirigeants eux-mêmes, avec les
lettrés confucéens, étaient les gardiens de cet ordre qui ne laissait que peu
de place pour un espace public autonome
[9].
On peut constater la même variabilité dans la constructionde la
société civile et de l’espace public, ainsi que de leurs relations avec la
sphère politique, dans d’autres États-nations, pourtant très différents, au
cours de la période classique de la modernité et encore plus à l’époque
contemporaine.
RÉÉVALUATION DES CONCEPTS FONDAMENTAUX DE L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE :
HÉTÉRODOXIE ET CONSTRUCTION DE L’IDENTITÉ COLLECTIVE
Des conclusions identiques s’appliquent à l’analyse du
nationalisme.
Quelles que soient l’importance et l’urgence des problèmes
posés par le nationalisme en Europe orientale, par les conflits et les
différends communautaires en Inde ou par les guerres civiles dans divers États
africains, la question de la nation et du nationalisme est d’un intérêt
scientifique limité aussi longtemps qu’on ne la rapporte pas au thème plus
général de l’identité nationale, conçue comme n’étant qu’une version possible
de l’identité collective, qui n’apparaît dans l’histoire que relativement
tardivement et qui n’est en aucune façon omniprésente [Eisenstadt et
Schluchter, 1998].
De nombreuses théories récentes du nationalisme considèrent la
nation soit comme la manifestation pérenne d’une primordialité, soit comme une
communauté « imaginée » qui s’est développée à l’époque moderne en réponse à
l’expansion du capitalisme, de l’industrialisation et de l’impérialisme. Une
étude plus précise des faits historiques et contemporains montre que les
identités collectives en général ne sont pas des « donnés » naturels mais des
constructions culturelles, et que de telles constructions ont toujours été une
dimension fondamentale de la constitution de la société.
Cette approche va également à l’encontre des postulats
implicites de la plupart des théories sociologiques et anthropologiques
classiques pour lesquelles ces constructions sont éphémères ou secondaires au
regard des rapports de pouvoir ou des rapports économiques.
Les identités collectives se forgent dans la construction
culturelle de frontières permettant de distinguer ceux qui sont inclus de ceux
qui ne le sont pas. Mais le maintien de la frontière exige des efforts
constants d’interprétation au cours desquels se créent de la solidarité et de
la confiance entre les membres de la collectivité. Un aspect crucial de cette
construction est la promulgation et la définition de l’attribut de « similarité
» entre ses membres. Cette distinction pose aussi une autre question : comment
gérer le franchissement des frontières établies ? L’étranger peut devenir un
membre de la collectivité et vice
versa. La conversion religieuse et l’excommunication sont de
parfaites illustrations de ces éventualités.
La construction des identités collectives est influencée ou
façonnée par des codes à travers lesquels des prémisses ontologiques ou
cosmologiques de même que des conceptions de l’ordre social dominant
définissent les arènes principales. Les codes fondamentaux de la construction
de l’identité collective sont la primordialité ( primordiality), la civilité (
civility) et le sacré.
Cette construction des identités collectives s’est poursuivie
dans toutes les sociétés humaines au fil de leur histoire par l’interaction
d’acteurs sociaux spécifiques. Elle s’est déroulée continûment dans des
contextes historiques différents, y compris pour les civilisations axiales ou
non axiales comme le Japon [Eisenstadt, 1995]. Cependant, seules les
civilisations axiales ont mis en place des identités collectives universelles
et « religieuses » distinctes des identités politiques etprimordiales. Dans
l’histoire de ces civilisations, des changements incessants dans la composition
de l’élite donnèrent naissance à de très importantes modifications dans la
constitution des identités collectives. Pour nombre d’entre elles, l’une des
évolutions les plus importantes a été liée à la vernacularisation de conceptions auparavant plus
œcuméniques. Ailleurs qu’en Europe, cela ne s’est pas produit entre le
XVIe et le XVIIIe siècle, mais
parfois bien plus tôt et parfois bien plus tard.
S’il est évident que la construction des identités collectives
qui s’est cristallisée au cours de la période moderne et que l’on désigne sous
le nom de nations ou d’États-nations présente des caractéristiques propres, il
est capital, pour comprendre cette spécificité, d’analyser les traits qu’elle
peut avoir en commun avec d’autres modes de construction des identités
collectives, et de la comparer avec d’autres modes relevant de périodes et de
cadres historiques différents.
Nous l’avons mentionné, cette construction des identités
collectives s’est effectuée à travers l’interaction d’acteurs sociaux
spécifiques – les porteurs ( carriers)
de la solidarité collective, d’autres élites et des secteurs plus larges de la
société. Dans l’histoire de l’humanité, cette construction est continue et se
déroule dans des cadres historiques différents, y compris au sein des
principales civilisations axiales – comme les Chinois ou les Indiens – et d’une
société, ou civilisation, comme le Japon qui se trouva toujours sous
l’influence de ces civilisations axiales. C’est au sein de ces dernières, en
lien étroit avec leur tendance à l’expansionnisme, que se déve-loppèrent de
nouvelles collectivités « civilisationnelles » ou « religieuses », distinctes
des identités politiques ou primordiales, mais qui, sans cesse empiétant sur
elles et interagissant avec elles, donnèrent lieu à une reconstruction
permanente de leurs identités collectives respectives. Ces processus de
reconstruction étaient mis en branle par la lutte, la compétition et les
interactions continuelles entre les nouvelles élites culturelles autonomes
porteuses de la vision axiale et les divers porteurs de la solidarité – ou
élites politiques – des différentes communautés « locales » et politiques sans
cesse reconstruites.
Les changements dans la composition de ces différentes élites
donnèrent lieu à de grandes transformations des identités collectives
correspondant aux sociétés évoluant au sein de ces civilisations. Comme nous
l’avons signalé plus haut, l’une de ces évolutions les plus importantes fut le
passage d’une conception œcuménique de la collectivité civilisationnelle à des
conceptions plus territoriales. L’histoire de la construction de ce type
d’identité ou de conscience collective en Europe à partir du
XVIe siècle, qui devait déboucher sur la cristallisation
d’États territoriaux puis d’États-nations, a été étudiée en détail. Cette
importance de la territorialité se manifesta de façon parallèle en terre
d’Islam au sein de l’Empire ottoman safavide et de l’Empire mongol; en Chine
sous les Ming et les Ching, ainsi qu’au Viêtnam; au Japon sous les Tokugawa, et
même en Asie du Sud-Est. Cependant, ce développement parallèle n’implique pas
nécessairement – contrairement à ce qu’affirment beaucoup d’études
contemporaines – que le schéma des relations entre cette territorialisation et
les autres composantes de l’identité collective – surtout les identités
primordiales –, ainsi que leurs relations avec le centre des sociétés, suivait
la même direction qu’en Europe. Des schémas distincts d’identité collective –
c’est-à-dire les relations entre les composantes de base de l’identité
collective (civile, primordiale, culturelle-universelle) et le territoire – se
mirent en place en Inde, en Chine ou en Asie du Sud-Est au cours de ces
périodes. Ces sociétés montraient aussi de grandes différences quant à la façon
dont le centre diffusait de puissants engagements symboliques et affectifs, et
des programmes culturels spécifiques.
Dans toutes ces sociétés, ces évolutions impliquaient des
relations différentes selon la dynamique des espaces publics qui s’y
développaient.
LES IDENTITÉS COLLECTIVES DANS LE CONTEXTE INTERNATIONAL
Telle qu’elle s’effectue, par combinaisons multiples et
spécifications concrètes des codes et des sous-codes principaux, la
construction des identités collectives s’est poursuivie tout au long de
l’histoire et dans toutes les sociétés humaines. Entrelacée avec les processus
économiques et politiques, elle se déroule dans différents espaces
institutionnels, qu’ils soient territoriaux, communautaires ou religieux, ainsi
que dans différents cadres économiques ou politico-écologiques, que ce soit
dans des petites citésÉtats ou des grands royaumes.
Dans la construction des identités collectives, les contacts
intersociétaux et intercivilisationnels sont d’une importance cruciale. Aucune
« société » n’est un système clos et isolé. Les populations vivant à
l’intérieur des limites de ce que l’on désigne comme une « société », ou un
ordre macro-social, ne s’organisent jamais en un seul mais bien en plusieurs «
systèmes », ce qui inclut les systèmes politiques, les formations économiques,
les différentes collectivités ascriptives comme les cadres civilisationnels.
Chacun de ces « systèmes » ou de ces cadres, doté de frontières flexibles, est
porté par des coalitions spécifiques. Ces différentes structures font montre de
schémas d’organisation, de continuité et de changement différents. Ils peuvent
varier au sein de la « même » société selon des formes ou à des degrés
différents dans divers domaines de la vie sociale. De plus, il est très rare
que les membres d’une population soient confinés à une seule « société », et ce
même si cette « société » semble être leur ordre macrosocial; ils vivent
généralement dans une multiplicité de cadres et de contextes.
L’importance de ces forces « internationales » ou de ces
interactions intersociétales pour le processus de construction des identités
collectives est particulièrement visible dans le cas de la désintégration de
petites unités tribales ou territoriales parallèlement à la cristallisation des
grands empires archaïques – égyptien, assyrien et méso-américain – puis des
civilisations de l’âge axial. Dans tous les cas, ces processus de
désintégration et de reconstruction des identités collectives furent liés à des
progrès technologiques dans l’agriculture et les transports, à l’imbrication
mutuelle grandissante de populations économiques (nomades, sédentaires, etc.)
et ethniques hétérogènes, à une certaine instabilité politico-écologique
internationale en général, et en particulier à des processus d’immigration
et/ou de conquête. La différenciation structurelle interne progressive
impliquait la cristallisation concomitante de nouvelles collectivités plus
larges, ainsi que de nouveaux schémas d’identité collective.
À l’intérieur de ces différents cadres, la construction de
l’identité collective d’une société ou d’un groupe entraîne généralement la
sélection et la redéfinition de certains de leurs thèmes et codes plus larges
comme de leurs différentes combinaisons. Cette sélection se fait au travers
d’un processus de contestation et de lutte entre différents acteurs sociaux
agissant dans une situation sociale particulière et à l’intérieur d’un certain
cadre d’actes symboliques. La sélection et la reconstruction des thèmes et des
codes se font selon les diverses coalitions d’acteurs.
Ces processus de construction des identités collectives dans un
contexte international plus large entraînent également la cristallisation de
multiples collectivités ou identités collectives, aussi bien entre les
différentes collectivités qu’au sein d’une macro-collectivité pourtant définie
de manière assez étroite. La nature de cette pluralité et de cette
hétérogénéité diffère grandement selon la constellation des codes et des thèmes
constituant les collectivités, en particulier les macro-collectivités
respectives, mais aussi selon la nature du contexte international plus large
dans lequel elles se développent et l’interaction entre ce contexte et les
divers groupes et élites internes – en particulier l’interaction entre les
porteurs respectifs de ces orientations et les autres acteurs politiques et
économiques.
SUR L’APPLICABILITÉ DES CONCEPTS FONDAMENTAUX DE L’ANALYSE
SOCIOLOGIQUE À LA SCÈNE CONTEMPORAINE
L’analyse qui précède a des implications en ce qui concerne la
question de savoir dans quelle mesure l’analyse sociologique contemporaine est
encore liée aux thèmes généraux de la grande tradition sociologique, aux
diverses « grandes théories » des XIXe et
XXe siècles, ou si nous sommes désormais au-delà de ces
thèmes.
Il me semble qu’à plusieurs points de vue, il existe une forte
continuité du discours sociologique. Cette continuité se manifeste
premièrement, dans son objectif de compréhension des principales dimensions de
la vie sociale, de l’ordre social et du désordre social ainsi que des
principaux schémas de la formation de la sociététels qu’ils se manifestent dans
le monde moderne et contemporain, mais aussi dans toute l’histoire humaine,
comme en témoigne l’émergence de nombreuses écoles de sociologie historique et
comparée. Deuxièmement, comme nous l’avons montré plus haut, il existe une
forte continuité dans les concepts utilisés pour l’analyse et les
problématiques théoriques fondamentales guidant cette dernière : relations
entre culture et structure sociale, action ( agency) et institution, etc.
Naturellement, il y a aussi de grandes discontinuités. La
première d’entre elles concerne l’étude des institutions concrètes et la
reconnaissance grandissante de la multiplicité des schémas sociaux et culturels
possibles, l’une comme l’autre allant beaucoup plus loin que la plupart des
études classiques – sinon toutes –, à l’exception notable de Weber, ce dernier
point expliquant dans une certaine mesure la résurgence des approches
wébériennes dans la sociologie contemporaine. On reconnaît de même la
difficulté qu’il y a à subsumer cette multiplicité des formes de vie et
d’institutions dans un simple et grand récit ou dans un schéma en surplomb,
qu’il soit historique ou évolutionniste – ce qui implique par ailleurs la
nécessité d’analyser ces multiples formations selon leurs propres termes.
Deuxièmement, il existe une rupture très sensible dans l’utilisation des
principaux concepts et des problématiques théoriques. Contre le postulat d’une
sorte de relation fixe entre les concepts, on a vu émerger une approche plus
ouverte et plus diversifiée – illustrée ici même par le papier d’Ilana Silber –
de l’analyse de ces relations entre structure sociale et structure culturelle
ou entre institution et action. À bien des égards, on peut considérer ces
discontinuités comme une évolution constructive et incessante des paradigmes
sociologiques de base, car si elles vont certainement au-delà des plus anciens
d’entre eux, elles partagent leur problématique théorique fondamentale
[Eisenstadt et Curelaru, 1976].
Par ailleurs, les analyses précédentes ont également des
implications importantes en ce qui concerne l’examen de l’applicabilité des
concepts sociologiques au-delà du monde – ou des mondes – occidental.
CADRES OCCIDENTAUX ET CADRES NON OCCIDENTAUX
La pluralité et la multiplicité des collectivités et des
identités collectives construites de manière différente dans différentes
civilisations et dans différents contextes historiques – dans les anciens
royaumes comme dans les cités-États, dans les diverses civilisations axiales,
dans les États territoriaux et les États-nations à l’époque moderne et
contemporaine – exigent la réévaluation des postulats de l’analyse sociologique
et des concepts qu’elle utilise [Eisenstadt et Schluchter, 1998]. Cette
réévaluation doit fournir des éléments relatifs à l’applicabilité des concepts
sociaux occidentaux à des contextes non occidentaux. Si on ne peut les
remplacer, on peut les rendre pour ainsi dire « souples » par la
différenciation et la contextualisation. Une telle tentative implique de mettre
en œuvre plusieurs perspectives pour l’analyse de ces civilisations, mais aussi
d’encourager le dialogue interculturel entre elles.
De la sorte, l’usage de concepts tels que les trois dimensions
des identités collectives (primordialité, civilité, sacré) n’est utile qu’à
condition de ne pas présupposer que la façon dont ces composantes se sont
construites et combinées en Europe constituerait le mètre étalon de la
modernisation des autres civilisations et des autres sociétés. La construction
des identités collectives peut prendre bien des directions différentes selon,
notamment, les principaux symboles disponibles, et en particulier :
l’importance relative des composantes religieuse, idéologique, primordiale et
historique parmi ces symboles; la conception de l’ordre politique et la
relation entre cet ordre et les autres ordres sociétaux; la conception de
l’autorité politique et de sa responsabilité; les caractéristiques de l’espace
public; la conception du sujet; enfin, la modalité des relations entre le
centre et la périphérie.
Si nous comparons les civilisations historiques et modernes à
l’aide de concepts comme ceux d’ordre politique, d’identité collective et
d’espace public, nous devons éviter les chausse-trappes de l’ethnocentrisme
occidental ou oriental. On trouve un exemple de ce dernier dans la littérature
nihonjinron qui revendique l’exceptionnalité incomparable du Japon.
L’exceptionnalité ne peut se mesurer sans comparaison. Or, la
posture de l’« orientalisme inversé », que l’on peut retrouver chez les
chercheurs occidentaux et japonais les plus critiques et qui s’est développée
en réaction à la littérature nihonjinron, a conduit à refuser de considérer que
certaines catégories de pensée japonaises puissent servir à l’analyse de
l’expérience historique et contemporaine du Japon. Cette approche se montre
paradoxale, puisqu’elle empêche d’explorer des catégories qui avaient pourtant
été mises en avant par les critiques de l’approche « orientaliste ».
L’existence de débats sur ces questions atteste de la
complexité de la recherche comparative et témoigne des principaux défis que
doit relever l’analyse sociologique au XXIe siècle. Le
fond du problème ne provient pas seulement du fait que, jusqu’à une période
récente, la plupart des chercheurs traitant de ces questions ont été des
Occidentaux, mais aussi de ce que cette forme de recherche s’est presque
entièrement développée – si l’on excepte Ibn Khaldun – à l’intérieur du
discours occidental moderne.
L’émergence de prises de position critiques à l’égard de
l’ancienne littérature « orientaliste » – en Occident, en Inde, au Japon, et
ailleurs – est restée interne à ce discours. La reconstruction permanente de ce
dernier par des intellectuels venant de pays non occidentaux l’a beaucoup
transformé.
Cependant, la plupart de ces interventions n’en ont pas
repoussé les limites.
Savoir s’il est possible de les dépasser constitue l’un des
plus grands défis que doit relever la sociologie du XXIe
siècle.
( Traduit par Stéphane
Dufoix)
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[1]
Ce texte est la version remaniée d’un chapitre de
New Horizons in Sociological Theory and Research.
The Frontiers of Sociology at the Beginning of the Twenty-First
Century, publié sous la direction de Luigi Tomasi chez Ashgate
Publishing Ltd, Aldershot (p. 99-124).
[2]
Dans l’immense littérature consacrée à la globalisation, on
peut consulter : J. Friedman [ 1994], U. Hannerz [ 1992], G. Marcus [ 1993], J.
Smolicz [ 1998].
[3]
Voir G. Marcus [ 1993], S. N. Eisenstadt [ 2000], notamment le
chap. 4, et 2000a].
[4]
Voir S. N. Eisenstadt [ 2000], Martin E. Marty et R. Scott
Appleby [ 1991,1993a, 1993b, 1994,1995].
[5]
Voir D. Eickelman [ 1983,1993], D. Eickelman et J. Piscatori [
1996], R. Hefner [ 1998].
[6]
Pour un examen critique, voir J. Cohen [ 1999], R. Marsden [
1999], B. Barber [ 1999].
[7]
Ces réflexions s’appuient sur les résultats d’une journée
d’études consacrée à « l’espace public et l’islam » qui s’est déroulée à
l’institut Van Leer de Jérusalem.
[8]
Voir par exemple, Gloria Goodwin Raheja [ 1988], S. Rudolph et
L. Rudolph [ 1967, 1987], A. Wink [ 1994].
[9]
Voir E. Balazs [ 1968], Chang Chuyng-li [ 1955], B. O. Van der
Sprenkel [ 1956], F. Wakeman Jr. [ 1998], A. Woodside [ 1998], S. N. Eisenstadt
[ 1992].