2004
Revue du Mauss
Dossier: Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? / C. Qu’une théorie sociologique générale est souhaitable, et ni impossible ni impensable
Pourquoi rester « classique »?
François Dubet
La sociologie doit se poser à elle-même des questions
sociologiques en se demandant si le type très particulier de connaissance du
social appelé sociologie peut survivre aux contextes et aux interrogations qui
l’ont vu naître à l’aube des sociétés industrielles et de la formation des
Étatsnations démocratiques. En effet, Aristote, Ibn Khaldoun, Machiavel,
Hobbes, Spinoza et bien d’autres sont incontestablement des penseurs sociaux
exceptionnels et dont on peut admettre qu’ils ont dit l’essentiel; pourtant,
sauf à jouer sur les mots, ils ne sont pas considérés comme des sociologues. En
dépit ou grâce au bric-à-brac des manuels et des programmes d’enseignement de
la sociologie, on doit bien constater qu’il s’est formé un panthéon des
sociologues et une sociologie que l’on peut considérer comme « classique », ne
serait-ce que dans la mesure où les sociologues contemporains y reviennent
constamment
[1].
Je ne suis pas inquiet pour ce qui est de la survie académique
et professionnelle de la sociologie tant l’utilité de l’expertise sociale et
des socio-logies spécialisées s’est imposée dans nos sociétés, tant
l’argumentation de style sociologique participe aujourd’hui de la construction
des décisions et de leur légitimité, tant la réflexivité sociologique est liée
à la modernité, comme le dit Giddens. Mais une discipline peut survivre
académiquement tout en ayant perdu son unité et sa raison d’être
épistémologique; après tout, c’est ce qui est arrivé à la géographie et à la
psychologie qui ont explosé sous les coups de boutoir de disciplines plus
fortes : les sciences de la terre, l’économie, la sociologie pour l’une;
l’éthologie, les neurosciences et les sciences cognitives pour l’autre. La
sociologie peut-elle résister à l’émiettement face à des disciplines plus
formalisées, comme l’économie, mieux établies comme l’histoire et la
philosophie politique, quand le terreau sociologique de sa formation se délite
?
LE « PROGRAMME » DE LA SOCIOLOGIE CLASSIQUE
L’unité des sociologues « classiques » ou des « pères
fondateurs » vient moins de leurs réponses que de leurs questions ou de leur «
programme » :
définir et étudier la société,
c’est-à-dire l’inventer. Si l’on ne veut pas élargir la sociologie à
toutes les manières de comprendre et d’expliquer la vie sociale, à celles de La
Boétie, de Rousseau et d’Adam Smith, il faut accepter de considérer la
tradition sociologique telle qu’elle s’est imposée à nous; comme une
philosophie sociale particulière construisant un ensemble de récits de la
modernité autour de quelques principes infiniment répétés et déclinés depuis :
la rationalisation, l’individualisme, la division du travail… Tous ces récits
s’enchevêtrent chez les grands auteurs et fonctionnent sur le couple opposant
la tradition à la modernité, et tous sont dominés par une attitude sociologique
mêlant le sentiment d’une sorte de fatalité, de « providence » disait
Tocqueville, et d’une inquiétude irrépressible face aux risques de la
modernité. En ce sens, il y a une sorte de conscience tragique aux fondements
de la sociologie, conscience qui peut expliquer l’éternel retour et l’éternelle
fraîcheur de la relecture des classiques. Tous les pères fondateurs perçoivent
la modernité comme le produit d’une évolution, d’une
nécessité à laquelle aucun ne résiste,
sans céder pour autant totalement à ses charmes : peur de l’anomie, peur de
l’aliénation, crainte des masses… Chacun père fondateur porte ainsi son petit «
enfer », sa crainte de voir la modernité se transformer en barbarie
déshumanisée. L’explication la plus « géniale » de la formation et de la nature
du sacré, celle de Durkheim dans les Formes
élémentaires de la vie religieuse, n’est pas dissociable d’une
conception et d’une crainte sourde du désenchantement moderne, pas plus que la
mise en évidence des sources religieuses du capitalisme par Weber n’est
indépendante de la hantise de les voir se dégrader en « compulsion de type
sportif »…
Les sociologues ont sinon inventé, du moins imposé l’idée de
société conçue comme un ensemble plus ou moins fonctionnel et largement
identifié à l’État-nation qui se substituerait aux communautés
traditionnelles.
La société est la construction théorique et générale de
l’État-nation. Les concepts canoniques de la sociologie ne sont souvent que la
mise en œuvre des récits de la modernité : ils transforment ces récits en
systèmes stables, en société. Socialisation, contrôle social, individu,
institutions, classes sociales, légitimité, action sociale se présentent à la
fois comme des processus d’articulation de l’acteur et du système, de la
synchronie et de la diachronie, de la subjectivité et de l’objectivité… Ils
désignent moins des objets qu’ils ne sont des solutions à la question de la
nature et des mécanismes de l’ordre social. L’unité de cette pensée me paraît
assez forte et souvent, les relectures des sociologues créent des débats et des
tensions – entre holisme et individualisme par exemple – qui semblent largement
reconstitués, convenus, excessifs et scolaires. D’autres « lectures » ont aussi
joué à brouiller les pistes en faisant de Durkheim ou de Marx des
individualistes qui s’ignoraient ou des structuralistes ignorant leur
structuralisme…
La sociologie classique n’a pas pour objet le social ou les
faits sociaux, mais la société conçue comme la manière dont la vie sociale
s’organise dans la modernité. Je suis souvent surpris de l’oubli dans lequel
est tombé le fonctionnalisme spontané de la plupart des sociologues jusqu’aux
années soixante concevant la société comme un système intégré, comme une sorte
de mécanisme global dans lequel la division du travail, les institutions, le
contrôle social, les conflits eux-mêmes participaient à la formation d’un ordre
dont les sociologues pensaient tous qu’il n’était plus soumis aux liens
naturels et aux croyances partagées dans les mêmes dieux.
Qu’ils soient marxistes ou parsoniens, les apprentis
sociologues des années soixante ont appris cela comme une évidence. La force de
cette représentation vient de ce qu’elle pouvait être conservatrice ou critique
sans changer pour autant sa nature profonde. On pouvait avoir le sentiment
d’être confronté à des versions alternatives du même récit ou du même
mythe.
Si l’on peut considérer que la sociologie est la philosophie
sociale ayant porté l’idée de société, elle est aussi une philosophie «
particulière » parce qu’elle a voulu être une science positive. Que l’écriture
et le style participent de la sociologie n’en fait pas pour autant un « art »,
et la plupart des sociologues ont voulu fonder des connaissances objectives,
parfois par des méthodes historiques, parfois par des méthodes statistiques,
parfois par des observations comparées, parfois par des expérimentations… Dans
tous les cas, ce type de philosophie sociale s’est donné des méthodes et a
accepté une critique empirique de ses résultats. Même si l’on n’est pas dans un
univers poppérien, il est clair que l’on ne peut pas dire n’importe quoi en
sociologie. On peut d’ailleurs considérer comme acquis qu’il existe un stock de
méthodes qui ne font sans doute pas de la sociologie une véritable science,
mais qui n’en font pas pour autant une philosophie assise sur sa seule
cohérence conceptuelle, et moins encore un exercice littéraire même s’il existe
une écriture sociologique. Je serais d’ailleurs assez porté à défendre les
méthodes et leurs exigences face au double risque d’une dérive subjective que
les journalistes pratiquent souvent mieux que les sociologues, et d’une hauteur
épistémologique si hautaine parfois que ceux qui appellent de leurs vœux une
sociologie nomologique ne se risquent guère à la mettre en œuvre. On admettra
a minima que la sociologie est une
discipline parce qu’elle impose une discipline, des contraintes de
démonstration et d’établissement de faisceaux de « faits ».
LES TRADITIONS REVISITÉES
Partons d’un constat : la tradition sociologique se porte bien.
Il suffit de parcourir les programmes universitaires et quelques manuels pour
voir qu’elle se constitue même comme une sorte d’Histoire sainte dans laquelle
les paradigmes s’engendrent rationnellement. Plus sérieusement, la plupart des
œuvres théoriques considérées comme essentielles se présentent elles-mêmes
comme des combinatoires et des synthèses de la sociologie classique : Simmel et
Durkheim pour Parks; Durkheim et Weber pour Parsons; Durkheim, Weber et Marx
pour Bourdieu; Weber et Marx pour Touraine; Tocqueville, Simmel et Weber pour
Boudon; Marx, Mead, Parsons et Weber pour Habermas…
Avant de se demander si la théorie sociologique contemporaine
s’inscrit dans une continuité, il faut observer que la tradition sociologique
fonctionne comme une source d’inspiration et surtout comme une ressource
inépuisable de recherche en légitimité. Les arguments d’autorité n’ont pas
disparu et l’on relit sans cesse les classiques pour fonder la légitimité de la
plupart des élaborations théoriques contemporaines. Parfois, on redécouvre un
classique, parfois on en sacre un nouveau comme Simmel en France depuis
quelques années, parfois on en oublie rapidement, comme Marx ou Parsons,
parfois encore on « invente » une tradition comme celle de Chicago… Mais dans
une large mesure, la sociologie ne veut pas rompre avec son histoire car, plus
que les méthodes et les choix théoriques, elle apparaît encore comme le
meilleur garant d’une appartenance à la famille sociologique.
A contrario, quelques travaux se
présentant comme radicalement nouveaux ne font que reprendre les notions les
plus classiques au prix de quelques inventions langagières plus chics que
véritablement nouvelles.
Cependant, cet attachement à la tradition ne provoque pas
nécessairement un pieux ressassement. D’abord, il émerge des combinatoires
nouvelles, de la même manière que l’on peut écrire de nouvelles musiques sans
changer de gammes et d’harmonies. Disons-le tout net : cet attachement à la
tradition est une bonne chose parce qu’il garde vivant le souci de la
sociologie de lier l’acteur et le système, d’expliquer l’un par l’autre, et
l’autre par l’un.
La sociologie veut répondre à la double question du « parce que
» et du « afin que » grâce à l’idée de société. Et c’est cela la véritable
richesse de la socio-logie. De ce point de vue, je crois que l’on peut toujours
accepter la distinction de Lockwood entre intégration systémique et intégration
sociale, à condition d’admettre que le projet de la sociologie classique a
toujours été de lier les deux en montrant que l’une engendrait l’autre, pendant
que l’autre engendrait l’une selon une sorte de boucle elle-même
problématique
[2].
L’appel à la tradition sociologique permet donc de résister au
risque d’une rupture entre le « tout système » dans lequel la société et la
culture fonctionnent comme des mécanismes purement objectifs, et le « tout
acteur » dans lequel l’intentionnalité de l’action se donne quasiment comme une
pure liberté. C’est, à mes yeux, la vocation de la sociologie que de se saisir
de ce problème, de considérer, comme le disait Wright Mills, les épreuves comme
des enjeux, et les enjeux comme des agrégations d’épreuves. Après tout, les
textes canoniques de la tradition socio-logique ne le sont pas devenus pour
rien : le Suicide s’efforce de montrer
que les expériences les plus intimes sont enfermées dans les mécanismes les
plus globaux; par une voie inverse, l’Éthique
protestante montre que les croyances les plus intimes engendrent des
mutations économiques radicales. Et dans cette perspective, peu importe le
chemin choisi puisqu’il s’agit de lier l’action et le système dans une
compréhension commune.
Ce n’est pas sans raison si, aujourd’hui, l’œuvre de Bourdieu
est, en France et dans une large partie du monde, la plus connue, la plus lue,
la plus enseignée et la plus citée. Elle peut être considérée à la fois comme
une synthèse de la sociologie classique et comme sa critique. La tradition est
portée à son apogée et détruite. Apogée parce que jamais, probablement,
l’intégration de l’acteur et du système n’a été présentée de manière aussi
forte, aussi bouclée dans un langage effaçant toutes les failles et tous les
doutes grâce aux projets sans sujet, aux libertés nécessaires, aux intérêts
désintéressés, aux aveuglements lucides, aux exceptions nécessaires… Critique
aussi parce que, en même temps, l’ordre social est celui d’une domination qui
se nie, le changement est une illusion, l’immobilité est une ruse… Durkheim,
Marx et Weber, les trois piliers de l’Esquisse
d’une théorie de la pratique, réduisent à rien l’opposition de
Lévi-Strauss et de Sartre qui dominait les annéessoixante en France, et l’on ne
peut nier que cette force théorique et rhétorique est la balise qui a attiré ou
repoussé toute une génération de sociologues français, de la même manière que
toute une génération de sociologues américains n’a existé que par rapport à
Parsons. Quant à la méthode, l’épistémologie bachelardienne de la rupture
épistémologique permet d’en faire une science qui n’affronte pas véritablement
les critères de validation et qui ne peut démontrer la théorie fausse. Cette
mise à plat de la tradition sociologique signe aussi le déclin de la tradition
sociologique dont les questions ouvertes et angoissées sont annihilées par la
cohérence interne des réponses. Comment résister à cette puissance théorique
?
Beaucoup y ont cédé, surtout ceux qui enseignent la sociologie,
beaucoup moins les chercheurs qui ont trouvé là plus de réponses que de
questions. Quant à la popularité de cette œuvre, celle qui fait que le nom de
Bourdieu apparaît dans les manifestations de rue, je suis tenté de l’expliquer
par le fait que cette théorie reste la plus solide défense de l’idée même de
société, celle qu’agitent les défenseurs de l’État-nation et de ses
institutions
[3].
ENTRE LA RATIONALITÉ, LA CULTURE ET LE SUJET
En France, la sortie de la sociologie classique part d’un
constat que l’on peut définir de la façon suivante : il n’y a pas de continuité
et de réversibilité entre l’acteur et le système, entre la subjectivité et
l’objectivité
[4].
L’action n’est plus perçue comme le versant subjectif du système, elle devient
un problème en soi, et l’écrasante majorité des travaux théoriques des
trentedernières années – après la vague « structuralo-fonctionnalo-marxiste »
des années soixante et soixante-dix – se donne l’action ou, plus exactement,
l’action subjective pour objet. Dès lors, il y a deux manières de participer de
ce
retour de l’acteur et de sortir du
cercle fermé par Bourdieu.
La première est celle de l’individualisme méthodologique, en
tout cas dans sa mouture utilitariste, celle de Coleman et de Gary Becker.
L’acteur individuel est rationnel et poursuit ses intérêts en fonction des
situations dans lesquelles il se trouve et des informations dont il dispose. Il
s’agit de déplacer le raisonnement micro-économique vers des conduites
a priori non économiques comme le
vote, le mariage, les choix scolaires, la délinquance, les mobilisations
collectives, les organisations, la mobilité… Je voudrais dire que je n’ai
aucune répugnance « morale » à l’égard de ce raisonnement étant donné que mes
propres travaux empiriques m’ont largement démontré qu’une grande part des
conduites sociales s’expliquent aisément de cette façon et qu’il est même
souvent troublant de voir que les individus qui les accomplissent plongent dans
des abîmes de justification essayant de transformer ces intérêts honorables en
vertus désintéressées; chacun est un peu parétien.
Mes réserves sont d’un autre ordre. D’une part, on ne peut pas
considérer aisément que le « système social » entendu comme l’articulation
d’une culture et d’une structure sociale soit un simple effet d’agrégation des
conduites individuelles. Mieux vaut parler, dans ce cas, de conjoncture ou de
situation que de « société ». En fait, les travaux qui s’inspirent de cette
orientation considèrent le plus souvent les cultures et les structures sociales
comme des faits déjà là et qui ne sauraient être expliqués autrement que comme
des contraintes et des cadres de l’action. Par exemple, il est légitime de
considérer l’école comme un marché, mais quid des programmes et des formes scolaires ?
Une conception trop étroite de la rationalité limite drastiquement la portée du
modèle, et la sociologie peut devenir un champ de la micro-économie. D’autre
part, pour résister à ce danger, le jeu des « bonnes raisons » élargit
tellement la notion de rationalité que le modèle finit par recouvrir toutes les
familles de motivations et d’actions : la rationalité est alors tellement
étendue qu’elle fonctionne à tous les coups.
D’ailleurs, l’exemple célèbre du paradoxe d’Olson sur l’action
collective est surtout paradoxal parce qu’il montre que la seule agrégation des
intérêts ne peut produire une mobilisation collective. Pour que la mobilisation
rationnelle se réalise, il faut que se conjuguent toute une série d’éléments «
irrationnels » comme des croyances, des sentiments d’appartenance, de honte…,
qui deviennent alors des composants non rationnels de la rationalité élargie.
Dès lors, le modèle avale tout et la sociologie compréhensive étudie moins les
bonnes raisons subjectives telles que les acteurs les énoncent qu’elle ne les
déduit des choix. Cette sociologie exige une socio-logie en amont d’elle-même,
celle qui peut expliquer les cadres de l’action et fait que le système, ou « la
société », ne saurait être un pur effet d’agrégation, alors que sa pente la
conduit vers des « grains » de plus en plus fins pour expliquer les
conduites.
Face à cette famille théorique s’en développent d’autres qui ne
sont pas nécessairement « holistes », mais qui affirment que l’objet de la
socio-logie est aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler l’individualisme éthique
ou moral. On parlera alors de « lien social » (mot que je ne comprends pas très
bien), de don, d’individu, d’identité, de sujet… Mais de manière beaucoup plus
radicale que dans la sociologie classique, on insistera sur la tension entre le
système, perçu comme un ensemble de flux et de forces objectives, et l’individu
perçu comme un sujet soucieux de son autoréalisation. Alors que
l’individualisme méthodologique est sans doute un rappel à l’économie politique
du XVIIIe siècle, cet individualisme moral s’inscrit dans
une filiation hégélienne et phénoménologique. La pensée de Touraine illustre
bien ce chemin en affirmant de plus en plus nettement le caractère « non social
» d’un sujet moins défini par la société que contre elle, ce qui suppose que
tout ne soit pas social dans la sociologie.
Même si je me sens proche de cette famille, je serais tenté de
lui adresser les mêmes reproches qu’à sa concurrente. Elle construit la vie
sociale contre l’utilité et le marché et tend donc à réduire le système à une
mécanique aveugle, purement objective, et finit par réintroduire une série de
dualismes opposant l’acteur à la société : la solidarité au marché, la
communauté à la rationalité, le sujet à l’individu… Dualismes que la pensée
sociologique classique a justement voulu surmonter.
À terme, tel qu’il se donne à voir en France, l’espace
théorique de la sociologie contemporaine paraît structuré par troisgrands
pôles. Le premier, A, réduit l’action au système; le deuxième, B, fait du
système un produit de l’action rationnelle; le troisième, C, oppose les deux
termes. Évidemment, ce qui se joue là est l’affaiblissement de l’idée même de
société comme intégration improbable et problématique de l’intégration sociale
et de l’intégration systémique, et l’on peut considérer qu’en dépit des
révérences adressées aux classiques, il y a une véritable rupture avec l’âge
classique de la sociologie considérée comme la philosophie sociale qui a «
inventé » l’idée de société. On sait que Habermas propose de séparer totalement
les problèmes du système de ceux de l’action. Un sociologue comme Touraine
assure parfaitement cette position en affirmant que la sociologie doit se «
débarrasser » de l’idée de société, alors qu’un autre, tel Boudon, dissout la
plupart des concepts classiques de la société dans une syntaxe élémentaire de
l’action rationnelle qui devient une grammaire cognitive. Les uns et les
autres, pour opposés que soient leurs choix, ont le mérite d’aller au terme de
leur raisonnement. Mais la plupart des sociologues, ceux qui ne font pas de la
théorie mais qui utilisent les théories, ne vont pas aussi loin et reviennent
même très en deçà des ambitions de la sociologie classique.
LA DISPERSION DANS LES INTERACTIONS
Si l’on se place dans l’espace d’une génération, force est de
constater que le programme de la sociologie classique s’est progressivement
décomposé en une série de sociologies spécialisées dont les fondements
théoriques sont souvent « locaux » et résultent d’une accumulation de travaux
marquants.
Cette dispersion résulte de la professionnalisation et de la
massification relative de la sociologie
[5]. Tout un ensemble de sociologies spécialisées s’est
constitué dont chacune compose un univers relativement autonome avec ses
revues, ses jeux de références et de révérences, comme s’il y avait une sorte
d’adéquation des théories et des objets. Ne cachons pas que, bien souvent, les
jeunes chercheurs s’orientent de cette manière dans l’espace disciplinaire :
c’est parce qu’ils choisissent tel ou tel objet empirique qu’ils prennent le
package théorique associé. Ainsi
s’est-il créé de multiples traditions théoriques régionales dont témoignent les
thèses au fil des bibliographies et des citations tenues pour obligées. Pour ce
qui est de ces traditions régionales, il serait bien difficile d’y voir autre
chose que des sédimentations et des effets de mode dont les ouvrages de
synthèse, les multiples
Sociologie de…
(la famille, l’éducation, les professions… ) établissent des traditions comme
autant de patchworks puisqu’ils doivent, justement, faire des synthèses.
Généralement, le plan de l’ouvrage va du macro au micro, de l’objectif au
subjectif, du culturalisme au rationalisme, selon un ordre convenu et équilibré
de critique du fonctionnalisme réduit à l’état d’homme de paille et d’imbécile
nécessaire, jusqu’aux finesses de l’interactionnisme symbolique et du «
constructivisme ». Chaque sociologie spécialisée recompose sa propre tradition
et sa propre dramaturgie paisible, signant ainsi un éclatement de la sociologie
qui correspond assez bien à la demande sociale et académique. J’accorde une
grande importance à ces ouvrages destinés aux étudiants, à ces articles et à
ces thèses, parce qu’ils constituent, « objectivement », l’écrasante majorité
de la production sociologique. À terme, la sociologie devient une science des
problèmes sociaux, comme c’est déjà le cas sur les étagères de certaines
librairies où les livres de sociologie sont rangés dans les rayons « école », «
travail social », « immigration », « organisation », « santé », « genre
»…
Cette forme d’éclatement de la sociologie explique le véritable
« triomphe pratique » réservé à l’interactionnisme et confère une certaine
légitimité théorique aux descriptions et aux analyses à moyenne, voire à faible
portée, en alignant quelques truismes bien sentis : les situations et les
données sont construites, les individus agissent dans des contextes, ils
veulent se débarrasser du « sale boulot », les normes se discutent et la
déviance s’apprend, l’identité est produite par le regard d’autrui, mais l’on y
résiste avec un mélange de ruse et de cynisme, il faut bien « calmer le jobard
»… Tous ces micro-mécanismes, fort importants d’ailleurs, acquièrent ainsi une
sorte de dignité théorique. Et l’on vantera la finesse des observations. On
pouvait sans doute comprendre cette passion pour le « micro » après les orgies
« fonctionnalistes » des années soixante-dix; mais le risque encouru est celui
de faire de la sociologie un exercice qui ne soit plus commandé que par le
génie ou l’insignifiance. Le génie, c’est celui de Goffman et de quelques
autres. L’insignifiance serait que cette sociologie ne nous dise rien en dehors
de ce qu’elle dit et qui n’est que ce que les acteurs disent eux-mêmes assez
spontanément : ils s’arrangent et se débrouillent. On peut alors préférer bien
des romanciers, à commencer par Proust, ou des cinéastes, comme Altman, auteur
de films goffmaniens.
Je suis donc tenté de prendre au sérieux la nébuleuse
interactionniste parce qu’elle participe de l’éloignement de la sociologie
classique. L’idée de société devient inutile sans que cela soit perçu comme un
problème, et l’on s’interrogera longtemps pour savoir comment on passe des
interactions individuelles à des faits collectifs. Il est utile d’étudier les
interactions dans la classe, mais on saute malaisément de ces interactions aux
régularités statistiques enregistrées sur des cohortes d’élèves ; or, bien
souvent « on fait comme si ». On comprend bien comment on devient fumeur de
marijuana sans expliquer pour autant pourquoi une « société » fume plus ou
moins. Si je considère avec sérieux le succès pratique de l’interactionnisme,
c’est parce que, comme enseignant, je vois bien le charme qu’il exerce sur les
étudiants de sociologie et, semble-t-il, pour une raison fort simple : la
société n’est plus la société, elle se réduit à ce que les individus en voient
et en disent. Le travail est accompli quand on a décrit ce que font les acteurs
et quand on dit ce qu’ils disent. Pour le reste, tout est possible et comme
déconnecté de la vie sociale. Il y aurait d’un côté, des mécanismes objectifs
et réifiés dont on ne sait plus rien, sinon que c’est « le marché », et de
l’autre, le « vécu » des acteurs dont les sociologues seraient les spécialistes
et les experts selon les familles de problèmes sociaux. En fait, jamais la
dissociation de l’objectivité et de la subjectivité, celle que refusait
justement la sociologie classique, n’est apparue aussi forte. Quelques bons
sentiments démocratiques et respectueux des identités peuvent donner à ce style
sociologique un substrat normatif honorable et vaguement critique. Chapitre 1,
on pose le décor grâce aux connaissances générales accumulées sur une situation
et sur un groupe; chapitre 2, on décrit « finement » les conduites et les
comportements de quelques individus; chapitre3, en disant que les catégories de
l’analyse et de l’action sont elles-mêmes construites et sociales, la partie «
épistémologique » est réglée.
En fait, l’interactionnisme évite de choisir pour autant qu’il
ne considère pas que les interactions ne sont pas simplement un niveau de la
vie sociale ne pouvant être expliqué que par d’autres, comme le permettait au
moins la notion de rôle, mais qu’il est la « réalité sociale » elle-même. Il
est donc parfaitement plastique et se marie aisément avec toutes les
conceptions possibles du système, y compris les plus critiques. Le retour de «
la nouvelle sociologie de l’éducation » britannique vers un marxisme de bon
aloi illustre assez bien ces méandres. Évidemment, ma « charge » contre
l’interactionnisme ne vise pas à dire que ce courant ne nous apprend rien et
que l’œuvre de Lemert est insignifiante; mais elle consiste à dire que cette
orientation se débarrasse de trop de problèmes, comme le disait avec ironie
Goffman rappelant que les systèmes sociaux sont sans doute très importants,
mais qu’il n’en traitera pas. Au fond, c’est le statut théorique de cette
famille théorique qui pose problème.
L’espace intellectuel de la sociologie française me semble
ainsi dessiné :
- la théorie critique de la reproduction est à la fois la
cristallisation et le retournement désenchanté de la sociologie
classique;
- L’individualisme méthodologique tente une reconstruction
sous le règne de l’utilité et de la rationalité élargie;
- Un retour de l’acteur construit sur un individualisme
éthique, réflexif, auto-constitué…
- La plupart des théories sociologiques se sont spécialisées
et trouvent souvent dans un interactionnisme « mou » une manière de sortir de
la sociologie classique sans choisir et sans en avoir l’air.
On peut considérer que les théories
a, b et c
sont de « grandes théories » en raison de leur ambition de se construire
véritablement comme des théories générales et, quoi qu’elles en disent, comme
des visions du monde choisissant leurs pierres dans le panthéon des pères
fondateurs dont j’admets volontiers que l’unité est une pure construction, mais
qui fonctionne dans la tête des sociologues. La théorie
a mise tout sur le système et réduit
l’action à une programmation ou à un effet des « contradictions » du système;
b fait de l’action la manifestation
des « raisons » individuelles; c,
enfin, souligne sans cesse les tensions entre le système et l’acteur tout en
les séparant radicalement. Tout ce que la tradition sociologique s’était
efforcée de tenir ensemble se sépare.
L’historien de la sociologie pourra considérer que cette
séparation n’est pas nouvelle et qu’il y a toujours eu plusieurs intelligences
du social. Mais comment résister aux plaisirs opposés du « toujours nouveau »
et du « rien de neuf »? On peut aussi raisonnablement penser que la sociologie
a quelque chose à voir avec la société et que cet éclatement des paradigmes
s’explique par quelques mutations de ce que l’on est bien encore obligé de
considérer comme « la société ». Et cela d’autant plus que la plupart de ces
mutations étaient inscrites dans la sociologie classique déjà considérée comme
un assemblage de « récits » de la modernité
[6].
Comment les idées de système et de structure sociale, l’idée de
société elle-même auraient-elles pu résister aux transformations de
l’État-nation défini comme l’intégration d’une culture, d’une économie et d’une
souveraineté politique ? Comment croire que la promotion de la souveraineté
individuelle n’aurait pas affecté les mécanismes d’engendrement des acteurs et
ceux de la régulation sociale ? Comment penser que l’accentuation de la
division du travail n’aurait pas atteint l’idée même de système stable et
intégré ? Si la sociologie est devenue si évidemment plurielle, c’est parce que
le monde social est lui-même devenu pluriel et qu’aucun principe central ne
paraît plus en mesure de l’expliquer. Ce n’est pas tout à fait sans de « bonnes
raisons » que Weber est aujourd’hui le père fondateur le plus souvent appelé à
la rescousse : il est probablement celui qui a le plus résisté au « pathos » de
l’unité de la vie sociale. Weber est un théoricien « pur » qui n’a jamais
proposé une théorie unifiée, d’où la pluralité de ses filiations entre
nietzschéisme, phénoménologie et individualisme méthodologique…, entre
autres.
Est-ce parce que le monde a changé, est-ce parce que le
programme de la sociologie classique s’est épuisé de lui-même ? Peu importe
ici. Si cette analyse est crédible, la position la plus raisonnable devient
celle que je partage avec quelques autres : la théorie sociologique doit partir
d’un double principe d’hétérogénéité de l’action et du système. C’est une
manière d’être à la fois fidèle au programme de la sociologie classique et de
défendre des théories à moyenne portée, ce qui ne veut pas dire des théories
régionales
[7].
C’est défendre l’idée selon laquelle la théorie sociologique
doit mettre en évidence des mécanismes empruntés à
a, b et c,
et non pas des « lois » socio-logiques. Mais toutes les sciences ne sont pas la
physique théorique; la plupart établissent des « mécanismes », et c’est déjà
beaucoup.
DES THÉORIES À MOYENNE PORTÉE POUR « TENIR ENSEMBLE »
Si la culture, la société et l’économie tendent à se séparer en
sous-sys-tèmes de plus en plus autonomes, on comprend que tout un ensemble de
théories se donnent pour tâche essentielle de construire des modes
d’articulation de ces divers ensembles. La théorie de la régulation de J. D.
Reynaud et, dans une tout autre direction, la théorie des conventions sont, à
ce propos, exemplaires. Les théories à moyenne portée ne sont pas des théories
locales adaptées à un type particulier de problème et d’objet – comme la
délinquance ou l’inégalité scolaire par exemple; ce sont des théories qui
essaient d’expliquer certains mécanismes tout en ayant besoin d’autres théories
qu’elles-mêmes pour y parvenir. Elles ont besoin de « grains » plus petits et
de « grains » plus gros. Ce sont des assemblages qui ne prétendent pas produire
une vision générale de la « société », mais qui ne peuvent pour autant se
passer d’une représentation de cette « société » et des concepts qu’elle
implique : institution, rôle, classes, pouvoir, domination,
changement…
En France, les travaux de Latour ou ceux de Boltanski et
Thévenot, par exemple, participent de cette famille de théories. Ils offrent un
point de vue sur l’action sociale, sans prétendre pour autant tout tenir dans
leurs mains, puisque la plupart de ces constructions partent du postulat que
l’action se développe dans un monde pluriel, qu’il existe plusieurs registres
de l’action, plusieurs grammaires ou plusieurs modes de justification. Les uns
radicalisent ce point de vue et s’orientent vers une sociologie qui devient une
« pragmatique de l’action » plus ou moins directement inspirée de la critique
ethnométhodologique qui est sans doute la rupture la plus radicale et la plus
fascinante avec la sociologie classique
[8]. D’autres restent plus attachés à la sociologie
classique et se situent résolument dans une combinatoire.
Mon propre travail participe de cette dernière orientation,
courant ainsi le risque de ne pas « rompre » et de manquer de visibilité en
choisissant une posture que je qualifierai de « néoclassique ». Cela vient
probablement d’un mode d’élaboration théorique moins constitué par des
discussions théoriques que par la tentative de résoudre des problèmes
empiriques et somme toute assez pratiques : pourquoi les motivations des élèves
au travail scolaire sont-elles faibles ? Pourquoi le travail est-il de plus en
plus stressant alors qu’il est, objectivement, moins lourd ? Pourquoi les
jeunes des quartiers populaires manifestent-ils une violence « irrationnelle »…
? Quelques principes guident ce type de pratique théorique impure parce
qu’enchâssée dans une recherche empirique qui n’a pas pour vocation première de
démontrer ou de produire une théorie, mais de résoudre des énigmes. Mais le
style « caméraliste » n’est pas forcément le plus facile.
Évoquons les quelques principes qui m’ont conduit à proposer
une théorie de l’expérience sociale
[9].
- Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la figure centrale
de la société élaborée par la sociologie classique, l’action sociale est portée
par plusieurs logiques : l’une est définie par des mécanismes d’intégration,
l’autre est définie par une rationalité stratégique, la dernière est définie
par un rapport à soi, une subjectivation.
- Chacune de ces logiques renvoie à un processus de
séparation des « sous-systèmes » sociaux : celui des normes et des identités,
celui des « marchés » et celui de la culture. « La société » n’est pas
structurée autour d’un principe central
[10].
- Chacune de ces logiques peut être expliquée de manière «
objective » par son lien au « sous-système » auquel il renvoie selon des
processus dont les théories sociologiques classiques ont établi la nature :
socialisation, rationalité limitée, subjectivation.
- La sociologie étudie à la fois les mécanismes de formation
des conditions de l’activité et la nature de cette activité qui élabore une
unité là où « la société » s’efface. Ce qui fait que l’expérience sociale est
nécessairement un travail cognitif et normatif comme le montrent les
conceptions pratiques de la justice.
- À terme, cette orientation sociologique vise moins à
décrire la société qu’à montrer comment elle se produit.
Cette élaboration théorique est redevable à d’autres théories
qu’à elle-même. Par exemple, elle admet que des régularités statistiques
puissent révéler des mécanismes de formation « holistes » de détermination des
conduites et des opinions, et l’hypothèse d’une structure sociale est
nécessaire. Cela étant entendu, elle admet aussi que les conduites s’expliquent
en termes de jeux et de matrices de choix au sein de ces cadres structuraux.
Elle admet enfin que les acteurs ne se réduisent à aucune de ces deux logiques
et qu’ils ont les capacités de les critiquer et de les transformer parce qu’ils
doivent faire avec, produire de l’unité là où la « société » n’en donne pas ou
plus.
On pourrait parler de programme A, B et C, à condition de
considérer que ces trois matrices tracent aujourd’hui l’espace de la sociologie
quand l’idée classique de société se dérobe. Mais cette dérobade, cette fin de
l’illusion fonctionnaliste, ne doit pas invalider certaines des questions de la
sociologie classique, elle ne dispense pas de répondre aux questions qu’elle
posait sur la nature de l’ordre social, de la domination, de la légitimité, des
conflits…
Pourquoi maintenir une position aussi limitée et aussi peu
éclatante quand on peut penser que la théorie sociologique doit construire une
théorie générale conçue comme un engendrement de propositions déductives
?
D’abord, il y a plusieurs manières de faire de la théorie,
plusieurs tempéraments intellectuels. L’un d’eux consiste à partir d’un
ensemble de problèmes empiriques et donc des apories et des impasses laissées
par les théories précédentes. La théorie ne se fait pas seulement au tableau
noir, elle se fait aussi « à la paillasse »; la théorie sociologique se
développe en répondant à de nouvelles questions ou en apportant de nouvelles
réponses à de vieilles questions sans qu’il soit chaque fois nécessaire de
redéfinir toutes les prémisses de l’édifice. Ensuite, je crois qu’il ne faut
pas rompre avec la sociologie classique afin de « tenir ensemble » ce que le
déclin de l’idée de société tend à séparer, non pour répéter indéfiniment les
classiques dans une geste pieuse, mais pour en garder la vocation : construire
une représentation raisonnée de la vie sociale et de ce que l’on continuera,
faute de mieux, à appeler la société, même quand celle-ci n’est plus
identifiable à l’État-nation. La sociologie est apparue quand la modernité a
détruit les mondes sociaux traditionnels et quand elle a pu recomposer une
image intégrée de la vie sociale; au moment où cette première modernité paraît
se défaire, il est d’autant plus important d’affirmer la vocation de la
sociologie si l’on ne veut pas que le monde social se réduise à l’opposition de
la rationalité des marchés et des subjectivités ineffables des individus ou du
caractère irréductible des cultures. La sociologie se construit dans le double
refus de la « fin de l’histoire » et du « conflit des civilisations ».
[1]
Évidemment, je parle là de la sociologie telle qu’elle existe
en France et qui n’est pas seulement la sociologie française. D’autres
traditions existent ailleurs.
[2]
Le texte de Margaret Archer présenté dans ce volume part
explicitement de ce problème de la double face de l’intégration.
[3]
« Bourdieu, reviens ! » faisait partie des slogans des
manifestations de fonctionnaires du printemps 2003 en France, identifiant ainsi
leur combat à la défense de la société ellemême.
[4]
J’en reste ici à la sociologie française, plus exactement à la
sociologie que lisent la plupart des sociologues français, trop conscient de
mes lacunes et du caractère somme toute artificiel d’une sociologie mondiale,
même à l’heure de la mondialisation.
[5]
Entre les annéessoixante et aujourd’hui, le nombre de
sociologues professionnels est passé de quelques dizaines à près de mille, plus
encore si l’on compte les docteurs en sociologie qui n’ont pas trouvé
d’emploi.
[6]
C’est pour cette raison que la notion de « post-modernité » ne
me semble pas très utile; nous sommes simplement encore plus modernes.
[7]
Notons que les théories à moyenne portée de Merton semblent
avoir mieux surmonté les épreuves du temps que la « suprême » théorie de
Parsons.
[8]
Cette perception peut être refusée quand on pense au fait que
Garfinkel a voulu reprendre à son compte les grands enjeux de la sociologie
parsonienne.
[9]
Cf. F. Dubet,
Sociologie de l’expérience (Paris,
Seuil, 1994).
[10]
Je poursuis ici le raisonnement proposé par D. Bell dans
les Contradictions culturelles du
capitalisme (Paris, PUF, 1978).