Revue du MAUSS
La Découverte

I.S.B.N.2707144630
480 pages

p. 219 à 232
doi: 10.3917/rdm.024.0219

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Dossier / C) Qu'une théorie sociologique générale est souhaitable, et ni impossible ni impensable

no 24 2004/2

2004 Revue du Mauss Dossier: Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? / C. Qu’une théorie sociologique générale est souhaitable, et ni impossible ni impensable

Pourquoi rester « classique »?

François Dubet
La sociologie doit se poser à elle-même des questions sociologiques en se demandant si le type très particulier de connaissance du social appelé sociologie peut survivre aux contextes et aux interrogations qui l’ont vu naître à l’aube des sociétés industrielles et de la formation des Étatsnations démocratiques. En effet, Aristote, Ibn Khaldoun, Machiavel, Hobbes, Spinoza et bien d’autres sont incontestablement des penseurs sociaux exceptionnels et dont on peut admettre qu’ils ont dit l’essentiel; pourtant, sauf à jouer sur les mots, ils ne sont pas considérés comme des sociologues. En dépit ou grâce au bric-à-brac des manuels et des programmes d’enseignement de la sociologie, on doit bien constater qu’il s’est formé un panthéon des sociologues et une sociologie que l’on peut considérer comme « classique », ne serait-ce que dans la mesure où les sociologues contemporains y reviennent constamment [1].
Je ne suis pas inquiet pour ce qui est de la survie académique et professionnelle de la sociologie tant l’utilité de l’expertise sociale et des socio-logies spécialisées s’est imposée dans nos sociétés, tant l’argumentation de style sociologique participe aujourd’hui de la construction des décisions et de leur légitimité, tant la réflexivité sociologique est liée à la modernité, comme le dit Giddens. Mais une discipline peut survivre académiquement tout en ayant perdu son unité et sa raison d’être épistémologique; après tout, c’est ce qui est arrivé à la géographie et à la psychologie qui ont explosé sous les coups de boutoir de disciplines plus fortes : les sciences de la terre, l’économie, la sociologie pour l’une; l’éthologie, les neurosciences et les sciences cognitives pour l’autre. La sociologie peut-elle résister à l’émiettement face à des disciplines plus formalisées, comme l’économie, mieux établies comme l’histoire et la philosophie politique, quand le terreau sociologique de sa formation se délite ?
 
LE « PROGRAMME » DE LA SOCIOLOGIE CLASSIQUE
 
 
L’unité des sociologues « classiques » ou des « pères fondateurs » vient moins de leurs réponses que de leurs questions ou de leur « programme » :
définir et étudier la société, c’est-à-dire l’inventer. Si l’on ne veut pas élargir la sociologie à toutes les manières de comprendre et d’expliquer la vie sociale, à celles de La Boétie, de Rousseau et d’Adam Smith, il faut accepter de considérer la tradition sociologique telle qu’elle s’est imposée à nous; comme une philosophie sociale particulière construisant un ensemble de récits de la modernité autour de quelques principes infiniment répétés et déclinés depuis : la rationalisation, l’individualisme, la division du travail… Tous ces récits s’enchevêtrent chez les grands auteurs et fonctionnent sur le couple opposant la tradition à la modernité, et tous sont dominés par une attitude sociologique mêlant le sentiment d’une sorte de fatalité, de « providence » disait Tocqueville, et d’une inquiétude irrépressible face aux risques de la modernité. En ce sens, il y a une sorte de conscience tragique aux fondements de la sociologie, conscience qui peut expliquer l’éternel retour et l’éternelle fraîcheur de la relecture des classiques. Tous les pères fondateurs perçoivent la modernité comme le produit d’une évolution, d’une nécessité à laquelle aucun ne résiste, sans céder pour autant totalement à ses charmes : peur de l’anomie, peur de l’aliénation, crainte des masses… Chacun père fondateur porte ainsi son petit « enfer », sa crainte de voir la modernité se transformer en barbarie déshumanisée. L’explication la plus « géniale » de la formation et de la nature du sacré, celle de Durkheim dans les Formes élémentaires de la vie religieuse, n’est pas dissociable d’une conception et d’une crainte sourde du désenchantement moderne, pas plus que la mise en évidence des sources religieuses du capitalisme par Weber n’est indépendante de la hantise de les voir se dégrader en « compulsion de type sportif »…
Les sociologues ont sinon inventé, du moins imposé l’idée de société conçue comme un ensemble plus ou moins fonctionnel et largement identifié à l’État-nation qui se substituerait aux communautés traditionnelles.
La société est la construction théorique et générale de l’État-nation. Les concepts canoniques de la sociologie ne sont souvent que la mise en œuvre des récits de la modernité : ils transforment ces récits en systèmes stables, en société. Socialisation, contrôle social, individu, institutions, classes sociales, légitimité, action sociale se présentent à la fois comme des processus d’articulation de l’acteur et du système, de la synchronie et de la diachronie, de la subjectivité et de l’objectivité… Ils désignent moins des objets qu’ils ne sont des solutions à la question de la nature et des mécanismes de l’ordre social. L’unité de cette pensée me paraît assez forte et souvent, les relectures des sociologues créent des débats et des tensions – entre holisme et individualisme par exemple – qui semblent largement reconstitués, convenus, excessifs et scolaires. D’autres « lectures » ont aussi joué à brouiller les pistes en faisant de Durkheim ou de Marx des individualistes qui s’ignoraient ou des structuralistes ignorant leur structuralisme…
La sociologie classique n’a pas pour objet le social ou les faits sociaux, mais la société conçue comme la manière dont la vie sociale s’organise dans la modernité. Je suis souvent surpris de l’oubli dans lequel est tombé le fonctionnalisme spontané de la plupart des sociologues jusqu’aux années soixante concevant la société comme un système intégré, comme une sorte de mécanisme global dans lequel la division du travail, les institutions, le contrôle social, les conflits eux-mêmes participaient à la formation d’un ordre dont les sociologues pensaient tous qu’il n’était plus soumis aux liens naturels et aux croyances partagées dans les mêmes dieux.
Qu’ils soient marxistes ou parsoniens, les apprentis sociologues des années soixante ont appris cela comme une évidence. La force de cette représentation vient de ce qu’elle pouvait être conservatrice ou critique sans changer pour autant sa nature profonde. On pouvait avoir le sentiment d’être confronté à des versions alternatives du même récit ou du même mythe.
Si l’on peut considérer que la sociologie est la philosophie sociale ayant porté l’idée de société, elle est aussi une philosophie « particulière » parce qu’elle a voulu être une science positive. Que l’écriture et le style participent de la sociologie n’en fait pas pour autant un « art », et la plupart des sociologues ont voulu fonder des connaissances objectives, parfois par des méthodes historiques, parfois par des méthodes statistiques, parfois par des observations comparées, parfois par des expérimentations… Dans tous les cas, ce type de philosophie sociale s’est donné des méthodes et a accepté une critique empirique de ses résultats. Même si l’on n’est pas dans un univers poppérien, il est clair que l’on ne peut pas dire n’importe quoi en sociologie. On peut d’ailleurs considérer comme acquis qu’il existe un stock de méthodes qui ne font sans doute pas de la sociologie une véritable science, mais qui n’en font pas pour autant une philosophie assise sur sa seule cohérence conceptuelle, et moins encore un exercice littéraire même s’il existe une écriture sociologique. Je serais d’ailleurs assez porté à défendre les méthodes et leurs exigences face au double risque d’une dérive subjective que les journalistes pratiquent souvent mieux que les sociologues, et d’une hauteur épistémologique si hautaine parfois que ceux qui appellent de leurs vœux une sociologie nomologique ne se risquent guère à la mettre en œuvre. On admettra a minima que la sociologie est une discipline parce qu’elle impose une discipline, des contraintes de démonstration et d’établissement de faisceaux de « faits ».
 
LES TRADITIONS REVISITÉES
 
 
Partons d’un constat : la tradition sociologique se porte bien. Il suffit de parcourir les programmes universitaires et quelques manuels pour voir qu’elle se constitue même comme une sorte d’Histoire sainte dans laquelle les paradigmes s’engendrent rationnellement. Plus sérieusement, la plupart des œuvres théoriques considérées comme essentielles se présentent elles-mêmes comme des combinatoires et des synthèses de la sociologie classique : Simmel et Durkheim pour Parks; Durkheim et Weber pour Parsons; Durkheim, Weber et Marx pour Bourdieu; Weber et Marx pour Touraine; Tocqueville, Simmel et Weber pour Boudon; Marx, Mead, Parsons et Weber pour Habermas…
Avant de se demander si la théorie sociologique contemporaine s’inscrit dans une continuité, il faut observer que la tradition sociologique fonctionne comme une source d’inspiration et surtout comme une ressource inépuisable de recherche en légitimité. Les arguments d’autorité n’ont pas disparu et l’on relit sans cesse les classiques pour fonder la légitimité de la plupart des élaborations théoriques contemporaines. Parfois, on redécouvre un classique, parfois on en sacre un nouveau comme Simmel en France depuis quelques années, parfois on en oublie rapidement, comme Marx ou Parsons, parfois encore on « invente » une tradition comme celle de Chicago… Mais dans une large mesure, la sociologie ne veut pas rompre avec son histoire car, plus que les méthodes et les choix théoriques, elle apparaît encore comme le meilleur garant d’une appartenance à la famille sociologique. A contrario, quelques travaux se présentant comme radicalement nouveaux ne font que reprendre les notions les plus classiques au prix de quelques inventions langagières plus chics que véritablement nouvelles.
Cependant, cet attachement à la tradition ne provoque pas nécessairement un pieux ressassement. D’abord, il émerge des combinatoires nouvelles, de la même manière que l’on peut écrire de nouvelles musiques sans changer de gammes et d’harmonies. Disons-le tout net : cet attachement à la tradition est une bonne chose parce qu’il garde vivant le souci de la sociologie de lier l’acteur et le système, d’expliquer l’un par l’autre, et l’autre par l’un.
La sociologie veut répondre à la double question du « parce que » et du « afin que » grâce à l’idée de société. Et c’est cela la véritable richesse de la socio-logie. De ce point de vue, je crois que l’on peut toujours accepter la distinction de Lockwood entre intégration systémique et intégration sociale, à condition d’admettre que le projet de la sociologie classique a toujours été de lier les deux en montrant que l’une engendrait l’autre, pendant que l’autre engendrait l’une selon une sorte de boucle elle-même problématique [2].
L’appel à la tradition sociologique permet donc de résister au risque d’une rupture entre le « tout système » dans lequel la société et la culture fonctionnent comme des mécanismes purement objectifs, et le « tout acteur » dans lequel l’intentionnalité de l’action se donne quasiment comme une pure liberté. C’est, à mes yeux, la vocation de la sociologie que de se saisir de ce problème, de considérer, comme le disait Wright Mills, les épreuves comme des enjeux, et les enjeux comme des agrégations d’épreuves. Après tout, les textes canoniques de la tradition socio-logique ne le sont pas devenus pour rien : le Suicide s’efforce de montrer que les expériences les plus intimes sont enfermées dans les mécanismes les plus globaux; par une voie inverse, l’Éthique protestante montre que les croyances les plus intimes engendrent des mutations économiques radicales. Et dans cette perspective, peu importe le chemin choisi puisqu’il s’agit de lier l’action et le système dans une compréhension commune.
Ce n’est pas sans raison si, aujourd’hui, l’œuvre de Bourdieu est, en France et dans une large partie du monde, la plus connue, la plus lue, la plus enseignée et la plus citée. Elle peut être considérée à la fois comme une synthèse de la sociologie classique et comme sa critique. La tradition est portée à son apogée et détruite. Apogée parce que jamais, probablement, l’intégration de l’acteur et du système n’a été présentée de manière aussi forte, aussi bouclée dans un langage effaçant toutes les failles et tous les doutes grâce aux projets sans sujet, aux libertés nécessaires, aux intérêts désintéressés, aux aveuglements lucides, aux exceptions nécessaires… Critique aussi parce que, en même temps, l’ordre social est celui d’une domination qui se nie, le changement est une illusion, l’immobilité est une ruse… Durkheim, Marx et Weber, les trois piliers de l’Esquisse d’une théorie de la pratique, réduisent à rien l’opposition de Lévi-Strauss et de Sartre qui dominait les annéessoixante en France, et l’on ne peut nier que cette force théorique et rhétorique est la balise qui a attiré ou repoussé toute une génération de sociologues français, de la même manière que toute une génération de sociologues américains n’a existé que par rapport à Parsons. Quant à la méthode, l’épistémologie bachelardienne de la rupture épistémologique permet d’en faire une science qui n’affronte pas véritablement les critères de validation et qui ne peut démontrer la théorie fausse. Cette mise à plat de la tradition sociologique signe aussi le déclin de la tradition sociologique dont les questions ouvertes et angoissées sont annihilées par la cohérence interne des réponses. Comment résister à cette puissance théorique ?
Beaucoup y ont cédé, surtout ceux qui enseignent la sociologie, beaucoup moins les chercheurs qui ont trouvé là plus de réponses que de questions. Quant à la popularité de cette œuvre, celle qui fait que le nom de Bourdieu apparaît dans les manifestations de rue, je suis tenté de l’expliquer par le fait que cette théorie reste la plus solide défense de l’idée même de société, celle qu’agitent les défenseurs de l’État-nation et de ses institutions [3].
 
ENTRE LA RATIONALITÉ, LA CULTURE ET LE SUJET
 
 
En France, la sortie de la sociologie classique part d’un constat que l’on peut définir de la façon suivante : il n’y a pas de continuité et de réversibilité entre l’acteur et le système, entre la subjectivité et l’objectivité [4]. L’action n’est plus perçue comme le versant subjectif du système, elle devient un problème en soi, et l’écrasante majorité des travaux théoriques des trentedernières années – après la vague « structuralo-fonctionnalo-marxiste » des années soixante et soixante-dix – se donne l’action ou, plus exactement, l’action subjective pour objet. Dès lors, il y a deux manières de participer de ce retour de l’acteur et de sortir du cercle fermé par Bourdieu.
La première est celle de l’individualisme méthodologique, en tout cas dans sa mouture utilitariste, celle de Coleman et de Gary Becker. L’acteur individuel est rationnel et poursuit ses intérêts en fonction des situations dans lesquelles il se trouve et des informations dont il dispose. Il s’agit de déplacer le raisonnement micro-économique vers des conduites a priori non économiques comme le vote, le mariage, les choix scolaires, la délinquance, les mobilisations collectives, les organisations, la mobilité… Je voudrais dire que je n’ai aucune répugnance « morale » à l’égard de ce raisonnement étant donné que mes propres travaux empiriques m’ont largement démontré qu’une grande part des conduites sociales s’expliquent aisément de cette façon et qu’il est même souvent troublant de voir que les individus qui les accomplissent plongent dans des abîmes de justification essayant de transformer ces intérêts honorables en vertus désintéressées; chacun est un peu parétien.
Mes réserves sont d’un autre ordre. D’une part, on ne peut pas considérer aisément que le « système social » entendu comme l’articulation d’une culture et d’une structure sociale soit un simple effet d’agrégation des conduites individuelles. Mieux vaut parler, dans ce cas, de conjoncture ou de situation que de « société ». En fait, les travaux qui s’inspirent de cette orientation considèrent le plus souvent les cultures et les structures sociales comme des faits déjà là et qui ne sauraient être expliqués autrement que comme des contraintes et des cadres de l’action. Par exemple, il est légitime de considérer l’école comme un marché, mais quid des programmes et des formes scolaires ? Une conception trop étroite de la rationalité limite drastiquement la portée du modèle, et la sociologie peut devenir un champ de la micro-économie. D’autre part, pour résister à ce danger, le jeu des « bonnes raisons » élargit tellement la notion de rationalité que le modèle finit par recouvrir toutes les familles de motivations et d’actions : la rationalité est alors tellement étendue qu’elle fonctionne à tous les coups.
D’ailleurs, l’exemple célèbre du paradoxe d’Olson sur l’action collective est surtout paradoxal parce qu’il montre que la seule agrégation des intérêts ne peut produire une mobilisation collective. Pour que la mobilisation rationnelle se réalise, il faut que se conjuguent toute une série d’éléments « irrationnels » comme des croyances, des sentiments d’appartenance, de honte…, qui deviennent alors des composants non rationnels de la rationalité élargie. Dès lors, le modèle avale tout et la sociologie compréhensive étudie moins les bonnes raisons subjectives telles que les acteurs les énoncent qu’elle ne les déduit des choix. Cette sociologie exige une socio-logie en amont d’elle-même, celle qui peut expliquer les cadres de l’action et fait que le système, ou « la société », ne saurait être un pur effet d’agrégation, alors que sa pente la conduit vers des « grains » de plus en plus fins pour expliquer les conduites.
Face à cette famille théorique s’en développent d’autres qui ne sont pas nécessairement « holistes », mais qui affirment que l’objet de la socio-logie est aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler l’individualisme éthique ou moral. On parlera alors de « lien social » (mot que je ne comprends pas très bien), de don, d’individu, d’identité, de sujet… Mais de manière beaucoup plus radicale que dans la sociologie classique, on insistera sur la tension entre le système, perçu comme un ensemble de flux et de forces objectives, et l’individu perçu comme un sujet soucieux de son autoréalisation. Alors que l’individualisme méthodologique est sans doute un rappel à l’économie politique du XVIIIe siècle, cet individualisme moral s’inscrit dans une filiation hégélienne et phénoménologique. La pensée de Touraine illustre bien ce chemin en affirmant de plus en plus nettement le caractère « non social » d’un sujet moins défini par la société que contre elle, ce qui suppose que tout ne soit pas social dans la sociologie.
Même si je me sens proche de cette famille, je serais tenté de lui adresser les mêmes reproches qu’à sa concurrente. Elle construit la vie sociale contre l’utilité et le marché et tend donc à réduire le système à une mécanique aveugle, purement objective, et finit par réintroduire une série de dualismes opposant l’acteur à la société : la solidarité au marché, la communauté à la rationalité, le sujet à l’individu… Dualismes que la pensée sociologique classique a justement voulu surmonter.
À terme, tel qu’il se donne à voir en France, l’espace théorique de la sociologie contemporaine paraît structuré par troisgrands pôles. Le premier, A, réduit l’action au système; le deuxième, B, fait du système un produit de l’action rationnelle; le troisième, C, oppose les deux termes. Évidemment, ce qui se joue là est l’affaiblissement de l’idée même de société comme intégration improbable et problématique de l’intégration sociale et de l’intégration systémique, et l’on peut considérer qu’en dépit des révérences adressées aux classiques, il y a une véritable rupture avec l’âge classique de la sociologie considérée comme la philosophie sociale qui a « inventé » l’idée de société. On sait que Habermas propose de séparer totalement les problèmes du système de ceux de l’action. Un sociologue comme Touraine assure parfaitement cette position en affirmant que la sociologie doit se « débarrasser » de l’idée de société, alors qu’un autre, tel Boudon, dissout la plupart des concepts classiques de la société dans une syntaxe élémentaire de l’action rationnelle qui devient une grammaire cognitive. Les uns et les autres, pour opposés que soient leurs choix, ont le mérite d’aller au terme de leur raisonnement. Mais la plupart des sociologues, ceux qui ne font pas de la théorie mais qui utilisent les théories, ne vont pas aussi loin et reviennent même très en deçà des ambitions de la sociologie classique.
 
LA DISPERSION DANS LES INTERACTIONS
 
 
Si l’on se place dans l’espace d’une génération, force est de constater que le programme de la sociologie classique s’est progressivement décomposé en une série de sociologies spécialisées dont les fondements théoriques sont souvent « locaux » et résultent d’une accumulation de travaux marquants.
Cette dispersion résulte de la professionnalisation et de la massification relative de la sociologie [5]. Tout un ensemble de sociologies spécialisées s’est constitué dont chacune compose un univers relativement autonome avec ses revues, ses jeux de références et de révérences, comme s’il y avait une sorte d’adéquation des théories et des objets. Ne cachons pas que, bien souvent, les jeunes chercheurs s’orientent de cette manière dans l’espace disciplinaire : c’est parce qu’ils choisissent tel ou tel objet empirique qu’ils prennent le package théorique associé. Ainsi s’est-il créé de multiples traditions théoriques régionales dont témoignent les thèses au fil des bibliographies et des citations tenues pour obligées. Pour ce qui est de ces traditions régionales, il serait bien difficile d’y voir autre chose que des sédimentations et des effets de mode dont les ouvrages de synthèse, les multiples Sociologie de… (la famille, l’éducation, les professions… ) établissent des traditions comme autant de patchworks puisqu’ils doivent, justement, faire des synthèses. Généralement, le plan de l’ouvrage va du macro au micro, de l’objectif au subjectif, du culturalisme au rationalisme, selon un ordre convenu et équilibré de critique du fonctionnalisme réduit à l’état d’homme de paille et d’imbécile nécessaire, jusqu’aux finesses de l’interactionnisme symbolique et du « constructivisme ». Chaque sociologie spécialisée recompose sa propre tradition et sa propre dramaturgie paisible, signant ainsi un éclatement de la sociologie qui correspond assez bien à la demande sociale et académique. J’accorde une grande importance à ces ouvrages destinés aux étudiants, à ces articles et à ces thèses, parce qu’ils constituent, « objectivement », l’écrasante majorité de la production sociologique. À terme, la sociologie devient une science des problèmes sociaux, comme c’est déjà le cas sur les étagères de certaines librairies où les livres de sociologie sont rangés dans les rayons « école », « travail social », « immigration », « organisation », « santé », « genre »…
Cette forme d’éclatement de la sociologie explique le véritable « triomphe pratique » réservé à l’interactionnisme et confère une certaine légitimité théorique aux descriptions et aux analyses à moyenne, voire à faible portée, en alignant quelques truismes bien sentis : les situations et les données sont construites, les individus agissent dans des contextes, ils veulent se débarrasser du « sale boulot », les normes se discutent et la déviance s’apprend, l’identité est produite par le regard d’autrui, mais l’on y résiste avec un mélange de ruse et de cynisme, il faut bien « calmer le jobard »… Tous ces micro-mécanismes, fort importants d’ailleurs, acquièrent ainsi une sorte de dignité théorique. Et l’on vantera la finesse des observations. On pouvait sans doute comprendre cette passion pour le « micro » après les orgies « fonctionnalistes » des années soixante-dix; mais le risque encouru est celui de faire de la sociologie un exercice qui ne soit plus commandé que par le génie ou l’insignifiance. Le génie, c’est celui de Goffman et de quelques autres. L’insignifiance serait que cette sociologie ne nous dise rien en dehors de ce qu’elle dit et qui n’est que ce que les acteurs disent eux-mêmes assez spontanément : ils s’arrangent et se débrouillent. On peut alors préférer bien des romanciers, à commencer par Proust, ou des cinéastes, comme Altman, auteur de films goffmaniens.
Je suis donc tenté de prendre au sérieux la nébuleuse interactionniste parce qu’elle participe de l’éloignement de la sociologie classique. L’idée de société devient inutile sans que cela soit perçu comme un problème, et l’on s’interrogera longtemps pour savoir comment on passe des interactions individuelles à des faits collectifs. Il est utile d’étudier les interactions dans la classe, mais on saute malaisément de ces interactions aux régularités statistiques enregistrées sur des cohortes d’élèves ; or, bien souvent « on fait comme si ». On comprend bien comment on devient fumeur de marijuana sans expliquer pour autant pourquoi une « société » fume plus ou moins. Si je considère avec sérieux le succès pratique de l’interactionnisme, c’est parce que, comme enseignant, je vois bien le charme qu’il exerce sur les étudiants de sociologie et, semble-t-il, pour une raison fort simple : la société n’est plus la société, elle se réduit à ce que les individus en voient et en disent. Le travail est accompli quand on a décrit ce que font les acteurs et quand on dit ce qu’ils disent. Pour le reste, tout est possible et comme déconnecté de la vie sociale. Il y aurait d’un côté, des mécanismes objectifs et réifiés dont on ne sait plus rien, sinon que c’est « le marché », et de l’autre, le « vécu » des acteurs dont les sociologues seraient les spécialistes et les experts selon les familles de problèmes sociaux. En fait, jamais la dissociation de l’objectivité et de la subjectivité, celle que refusait justement la sociologie classique, n’est apparue aussi forte. Quelques bons sentiments démocratiques et respectueux des identités peuvent donner à ce style sociologique un substrat normatif honorable et vaguement critique. Chapitre 1, on pose le décor grâce aux connaissances générales accumulées sur une situation et sur un groupe; chapitre 2, on décrit « finement » les conduites et les comportements de quelques individus; chapitre3, en disant que les catégories de l’analyse et de l’action sont elles-mêmes construites et sociales, la partie « épistémologique » est réglée.
En fait, l’interactionnisme évite de choisir pour autant qu’il ne considère pas que les interactions ne sont pas simplement un niveau de la vie sociale ne pouvant être expliqué que par d’autres, comme le permettait au moins la notion de rôle, mais qu’il est la « réalité sociale » elle-même. Il est donc parfaitement plastique et se marie aisément avec toutes les conceptions possibles du système, y compris les plus critiques. Le retour de « la nouvelle sociologie de l’éducation » britannique vers un marxisme de bon aloi illustre assez bien ces méandres. Évidemment, ma « charge » contre l’interactionnisme ne vise pas à dire que ce courant ne nous apprend rien et que l’œuvre de Lemert est insignifiante; mais elle consiste à dire que cette orientation se débarrasse de trop de problèmes, comme le disait avec ironie Goffman rappelant que les systèmes sociaux sont sans doute très importants, mais qu’il n’en traitera pas. Au fond, c’est le statut théorique de cette famille théorique qui pose problème.
 
RÉSUMONS-NOUS…
 
 
L’espace intellectuel de la sociologie française me semble ainsi dessiné :
  1. la théorie critique de la reproduction est à la fois la cristallisation et le retournement désenchanté de la sociologie classique;
  2. L’individualisme méthodologique tente une reconstruction sous le règne de l’utilité et de la rationalité élargie;
  3. Un retour de l’acteur construit sur un individualisme éthique, réflexif, auto-constitué…
  4. La plupart des théories sociologiques se sont spécialisées et trouvent souvent dans un interactionnisme « mou » une manière de sortir de la sociologie classique sans choisir et sans en avoir l’air.
On peut considérer que les théories a, b et c sont de « grandes théories » en raison de leur ambition de se construire véritablement comme des théories générales et, quoi qu’elles en disent, comme des visions du monde choisissant leurs pierres dans le panthéon des pères fondateurs dont j’admets volontiers que l’unité est une pure construction, mais qui fonctionne dans la tête des sociologues. La théorie a mise tout sur le système et réduit l’action à une programmation ou à un effet des « contradictions » du système; b fait de l’action la manifestation des « raisons » individuelles; c, enfin, souligne sans cesse les tensions entre le système et l’acteur tout en les séparant radicalement. Tout ce que la tradition sociologique s’était efforcée de tenir ensemble se sépare.
L’historien de la sociologie pourra considérer que cette séparation n’est pas nouvelle et qu’il y a toujours eu plusieurs intelligences du social. Mais comment résister aux plaisirs opposés du « toujours nouveau » et du « rien de neuf »? On peut aussi raisonnablement penser que la sociologie a quelque chose à voir avec la société et que cet éclatement des paradigmes s’explique par quelques mutations de ce que l’on est bien encore obligé de considérer comme « la société ». Et cela d’autant plus que la plupart de ces mutations étaient inscrites dans la sociologie classique déjà considérée comme un assemblage de « récits » de la modernité [6].
Comment les idées de système et de structure sociale, l’idée de société elle-même auraient-elles pu résister aux transformations de l’État-nation défini comme l’intégration d’une culture, d’une économie et d’une souveraineté politique ? Comment croire que la promotion de la souveraineté individuelle n’aurait pas affecté les mécanismes d’engendrement des acteurs et ceux de la régulation sociale ? Comment penser que l’accentuation de la division du travail n’aurait pas atteint l’idée même de système stable et intégré ? Si la sociologie est devenue si évidemment plurielle, c’est parce que le monde social est lui-même devenu pluriel et qu’aucun principe central ne paraît plus en mesure de l’expliquer. Ce n’est pas tout à fait sans de « bonnes raisons » que Weber est aujourd’hui le père fondateur le plus souvent appelé à la rescousse : il est probablement celui qui a le plus résisté au « pathos » de l’unité de la vie sociale. Weber est un théoricien « pur » qui n’a jamais proposé une théorie unifiée, d’où la pluralité de ses filiations entre nietzschéisme, phénoménologie et individualisme méthodologique…, entre autres.
Est-ce parce que le monde a changé, est-ce parce que le programme de la sociologie classique s’est épuisé de lui-même ? Peu importe ici. Si cette analyse est crédible, la position la plus raisonnable devient celle que je partage avec quelques autres : la théorie sociologique doit partir d’un double principe d’hétérogénéité de l’action et du système. C’est une manière d’être à la fois fidèle au programme de la sociologie classique et de défendre des théories à moyenne portée, ce qui ne veut pas dire des théories régionales [7].
C’est défendre l’idée selon laquelle la théorie sociologique doit mettre en évidence des mécanismes empruntés à a, b et c, et non pas des « lois » socio-logiques. Mais toutes les sciences ne sont pas la physique théorique; la plupart établissent des « mécanismes », et c’est déjà beaucoup.
 
DES THÉORIES À MOYENNE PORTÉE POUR « TENIR ENSEMBLE »
 
 
Si la culture, la société et l’économie tendent à se séparer en sous-sys-tèmes de plus en plus autonomes, on comprend que tout un ensemble de théories se donnent pour tâche essentielle de construire des modes d’articulation de ces divers ensembles. La théorie de la régulation de J. D. Reynaud et, dans une tout autre direction, la théorie des conventions sont, à ce propos, exemplaires. Les théories à moyenne portée ne sont pas des théories locales adaptées à un type particulier de problème et d’objet – comme la délinquance ou l’inégalité scolaire par exemple; ce sont des théories qui essaient d’expliquer certains mécanismes tout en ayant besoin d’autres théories qu’elles-mêmes pour y parvenir. Elles ont besoin de « grains » plus petits et de « grains » plus gros. Ce sont des assemblages qui ne prétendent pas produire une vision générale de la « société », mais qui ne peuvent pour autant se passer d’une représentation de cette « société » et des concepts qu’elle implique : institution, rôle, classes, pouvoir, domination, changement…
En France, les travaux de Latour ou ceux de Boltanski et Thévenot, par exemple, participent de cette famille de théories. Ils offrent un point de vue sur l’action sociale, sans prétendre pour autant tout tenir dans leurs mains, puisque la plupart de ces constructions partent du postulat que l’action se développe dans un monde pluriel, qu’il existe plusieurs registres de l’action, plusieurs grammaires ou plusieurs modes de justification. Les uns radicalisent ce point de vue et s’orientent vers une sociologie qui devient une « pragmatique de l’action » plus ou moins directement inspirée de la critique ethnométhodologique qui est sans doute la rupture la plus radicale et la plus fascinante avec la sociologie classique [8]. D’autres restent plus attachés à la sociologie classique et se situent résolument dans une combinatoire.
Mon propre travail participe de cette dernière orientation, courant ainsi le risque de ne pas « rompre » et de manquer de visibilité en choisissant une posture que je qualifierai de « néoclassique ». Cela vient probablement d’un mode d’élaboration théorique moins constitué par des discussions théoriques que par la tentative de résoudre des problèmes empiriques et somme toute assez pratiques : pourquoi les motivations des élèves au travail scolaire sont-elles faibles ? Pourquoi le travail est-il de plus en plus stressant alors qu’il est, objectivement, moins lourd ? Pourquoi les jeunes des quartiers populaires manifestent-ils une violence « irrationnelle »… ? Quelques principes guident ce type de pratique théorique impure parce qu’enchâssée dans une recherche empirique qui n’a pas pour vocation première de démontrer ou de produire une théorie, mais de résoudre des énigmes. Mais le style « caméraliste » n’est pas forcément le plus facile.
Évoquons les quelques principes qui m’ont conduit à proposer une théorie de l’expérience sociale [9].
  1. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la figure centrale de la société élaborée par la sociologie classique, l’action sociale est portée par plusieurs logiques : l’une est définie par des mécanismes d’intégration, l’autre est définie par une rationalité stratégique, la dernière est définie par un rapport à soi, une subjectivation.
  2. Chacune de ces logiques renvoie à un processus de séparation des « sous-systèmes » sociaux : celui des normes et des identités, celui des « marchés » et celui de la culture. « La société » n’est pas structurée autour d’un principe central [10].
  3. Chacune de ces logiques peut être expliquée de manière « objective » par son lien au « sous-système » auquel il renvoie selon des processus dont les théories sociologiques classiques ont établi la nature : socialisation, rationalité limitée, subjectivation.
  4. La sociologie étudie à la fois les mécanismes de formation des conditions de l’activité et la nature de cette activité qui élabore une unité là où « la société » s’efface. Ce qui fait que l’expérience sociale est nécessairement un travail cognitif et normatif comme le montrent les conceptions pratiques de la justice.
  5. À terme, cette orientation sociologique vise moins à décrire la société qu’à montrer comment elle se produit.
Cette élaboration théorique est redevable à d’autres théories qu’à elle-même. Par exemple, elle admet que des régularités statistiques puissent révéler des mécanismes de formation « holistes » de détermination des conduites et des opinions, et l’hypothèse d’une structure sociale est nécessaire. Cela étant entendu, elle admet aussi que les conduites s’expliquent en termes de jeux et de matrices de choix au sein de ces cadres structuraux. Elle admet enfin que les acteurs ne se réduisent à aucune de ces deux logiques et qu’ils ont les capacités de les critiquer et de les transformer parce qu’ils doivent faire avec, produire de l’unité là où la « société » n’en donne pas ou plus.
On pourrait parler de programme A, B et C, à condition de considérer que ces trois matrices tracent aujourd’hui l’espace de la sociologie quand l’idée classique de société se dérobe. Mais cette dérobade, cette fin de l’illusion fonctionnaliste, ne doit pas invalider certaines des questions de la sociologie classique, elle ne dispense pas de répondre aux questions qu’elle posait sur la nature de l’ordre social, de la domination, de la légitimité, des conflits…
Pourquoi maintenir une position aussi limitée et aussi peu éclatante quand on peut penser que la théorie sociologique doit construire une théorie générale conçue comme un engendrement de propositions déductives ?
D’abord, il y a plusieurs manières de faire de la théorie, plusieurs tempéraments intellectuels. L’un d’eux consiste à partir d’un ensemble de problèmes empiriques et donc des apories et des impasses laissées par les théories précédentes. La théorie ne se fait pas seulement au tableau noir, elle se fait aussi « à la paillasse »; la théorie sociologique se développe en répondant à de nouvelles questions ou en apportant de nouvelles réponses à de vieilles questions sans qu’il soit chaque fois nécessaire de redéfinir toutes les prémisses de l’édifice. Ensuite, je crois qu’il ne faut pas rompre avec la sociologie classique afin de « tenir ensemble » ce que le déclin de l’idée de société tend à séparer, non pour répéter indéfiniment les classiques dans une geste pieuse, mais pour en garder la vocation : construire une représentation raisonnée de la vie sociale et de ce que l’on continuera, faute de mieux, à appeler la société, même quand celle-ci n’est plus identifiable à l’État-nation. La sociologie est apparue quand la modernité a détruit les mondes sociaux traditionnels et quand elle a pu recomposer une image intégrée de la vie sociale; au moment où cette première modernité paraît se défaire, il est d’autant plus important d’affirmer la vocation de la sociologie si l’on ne veut pas que le monde social se réduise à l’opposition de la rationalité des marchés et des subjectivités ineffables des individus ou du caractère irréductible des cultures. La sociologie se construit dans le double refus de la « fin de l’histoire » et du « conflit des civilisations ».
 
NOTES
 
[1] Évidemment, je parle là de la sociologie telle qu’elle existe en France et qui n’est pas seulement la sociologie française. D’autres traditions existent ailleurs.
[2] Le texte de Margaret Archer présenté dans ce volume part explicitement de ce problème de la double face de l’intégration.
[3] « Bourdieu, reviens ! » faisait partie des slogans des manifestations de fonctionnaires du printemps 2003 en France, identifiant ainsi leur combat à la défense de la société ellemême.
[4] J’en reste ici à la sociologie française, plus exactement à la sociologie que lisent la plupart des sociologues français, trop conscient de mes lacunes et du caractère somme toute artificiel d’une sociologie mondiale, même à l’heure de la mondialisation.
[5] Entre les annéessoixante et aujourd’hui, le nombre de sociologues professionnels est passé de quelques dizaines à près de mille, plus encore si l’on compte les docteurs en sociologie qui n’ont pas trouvé d’emploi.
[6] C’est pour cette raison que la notion de « post-modernité » ne me semble pas très utile; nous sommes simplement encore plus modernes.
[7] Notons que les théories à moyenne portée de Merton semblent avoir mieux surmonté les épreuves du temps que la « suprême » théorie de Parsons.
[8] Cette perception peut être refusée quand on pense au fait que Garfinkel a voulu reprendre à son compte les grands enjeux de la sociologie parsonienne.
[9] Cf. F. Dubet, Sociologie de l’expérience (Paris, Seuil, 1994).
[10] Je poursuis ici le raisonnement proposé par D. Bell dans les Contradictions culturelles du capitalisme (Paris, PUF, 1978).
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