Revue du MAUSS
La Découverte

I.S.B.N.2707144630
480 pages

p. 233 à 254
doi: 10.3917/rdm.024.0233

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Dossier / C) Qu'une théorie sociologique générale est souhaitable, et ni impossible ni impensable

no 24 2004/2

 
LES ENJEUX
 
 
À la question posée par le GÉODE, « Une théorie sociologique générale est-elle possible (et souhaitable) à l’ère de la mondialisation ?», je souhaite répondre par l’affirmative tout en spécifiant à quelles conditions et en émettant de nombreuses réserves.
Le programme que je vais suivre s’appuie d’un côté, sur une reprise de la théorie classique, et de l’autre, sur la construction d’un cadre épistémologique qui m’apparaît comme une condition nécessaire à la mise en place d’une nouvelle théorie sociologique générale adaptée à l’ère de la mondialisation.
Pour moi, le lieu géométrique de la tradition sociologique classique est à la fois implicite et, encore aujourd’hui, mal compris : il s’agit du caractère relationnel des « faits sociaux ».
Tous les sociologues classiques tentent d’identifier et de définir ce qu’est une relation sociale. Pour ce faire, ils mettent en avant différentes perspectives – d’un côté « l’action sociale », de l’autre la structure sociale ou « le système » – qu’ils considèrent généralement comme opposées, ou bien qu’ils fusionnent d’une manière ou d’une autre, alors qu’elles sont en réalité complémentaires l’une de l’autre. Aucun des sociologues classiques ne parvient à saisir ce qu’est une relation sociale, et ce en dépit de tous leurs efforts et de leurs formidables succès dans la compréhension de certaines réalités et/ou dimensions de ce qu’estune relation sociale.
La « théorie générale » de Parsons, qui fut la tentative la plus significative de réconcilier et d’unifier les traditions et approches classiques, a échoué précisément parce qu’elle a essayé d’unifier la « théorie de l’action » et la « théorie des systèmes » sans proposer une théorie générale des relations sociales, c’est-à-dire sans parvenir à ce que j’appelle une « théorie relationnelle » de la société qui soit capable d’aller au-delà de la modernité.
Bien d’autres disciplines – toutes, en principe – s’intéressent aux relations sociales, qu’il s’agisse de la philosophie (du point de vue métaphysique), de la psychologie (du point de vue de la psyché), de l’économie (du point de vue des ressources), du droit (du point de vue du contrôle par la règle) et même de la biologie si l’on pense à la bioéthique, etc. Si la socio-logie est particulière, c’est à cause du regard qu’elle porte sur les relations sociales : dans les termes d’une théorie qui tienne ensemble toutes les dimensions des relations sociales et développe, sur une base empirique, la compréhension de leur différenciation comme de leur conflit et de leur intégration. Seule la sociologie a pour mission d’observer les relations sociales dans leur « relationnalité », notion qui demande évidemment à être approfondie et définie, ce que je vais m’employer à faire.
Bien évidemment, la sociologie contemporaine est dans une relation à la fois de continuité et de rupture par rapport à la théorie sociologique classique, et ce sous bien des aspects. J’aimerais ici mettre l’accent sur le fait que la sociologie contemporaine est toujours bloquée par la dichotomie entre les approches par l’action et les approches par le système. À mon avis, si les théories contemporaines ne sont pas en accord les unes avec les autres, ce n’est pas parce qu’elles sont irréconciliables – au moins en principe –, mais bien parce qu’elles ont décidé de ne pas se donner le domaine des relations sociales comme thème principal et comme terrain de confrontation. Elles ne font qu’observer différents aspects des relations sociales – les symboles, les formes de communication, les structures, l’action, une fonction ou une autre, etc. – et se disputent pour savoir laquelle de ces dimensions peut être considérée comme le facteur principal (variable, explanans, etc.) pour rendre compte de ce qui se passe ( explanandum ). En d’autres termes, la continuité avec les classiques provient fondamentalement du fait que la sociologie contemporaine n’a pas modifié les postulats de base concernant la définition du fait social. Les ruptures, elles, concernent la manière de rendre compte de phénomènes sociaux qui, comme la mondialisation, sont d’une façon ou d’une autre nouveaux ou différents par rapport au passé.
Soucieux de respecter un principe de parcimonie, je distinguerai quatre écoles concurrentes principales : 1) la théorie de l’action – y compris la théorie du choix rationnel – dans ses différentes versions, y compris quand elles s’opposent; 2) le fonctionnalisme systémique, dont les diverses versions comportent toutes les mêmes hypothèses de fond; 3) la théorie critique dans ses nombreuses variantes; 4) la théorie narrative, y compris sous sa forme ethnométhodologique ou linguistique. Selon moi, ces théories divergent parce qu’elles s’intéressent à des dimensions différentes des relations sociales qu’elles tentent de rendre plus importantes que les dimensions prises en compte par les théories rivales. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas d’autres « écoles » ou théories importantes. Ainsi, la théorie réaliste de la morphogenèse développée par Margaret Archer est un très bon exemple d’une théorie remarquable parfaitement compatible avec la perspective qui est la mienne. Mais je préférerais ici souligner les principaux clivages entre les paradigmes, clivages qui gagneraient à être compris dans le cadre plus général d’une « théorie relationnelle de la société [1] ».
Tel qu’il a été utilisé par la sociologie classique, le concept de « société » était fortement lié à la conception moderne de ce qu’était un État-nation – ou un ensemble d’États-nations comme cela est vrai pour la théorie de Parsons. Bien entendu, les processus de mondialisation qui ont suivi ne pouvaient que faire voler cette idée en éclats. Cependant, on répéterait la même erreur que les classiques si l’on imaginait une nouvelle théorie – qu’on l’appelle ainsi ou paradigme ou programme de recherche… – sociologique pour « découvrir » une « nouvelle société », à savoir la « société globale ». Cette attitude conduirait une nouvelle fois, d’une façon ou d’une autre, à réifier la société comme les classiques l’avaient fait. La « société globale », ou la mondialisation comme processus historique dynamique, ne doit pas être entendue comme un « objet », mais comme une configuration des relations sociales selon un mode radicalement différent de ceux du passé. Autrement, on finit par affirmer que la mondialisation a toujours existé, au moins depuis l’Empire romain, ce qui peut être une perspective intéressante pour les historiens mais qui engage la sociologie dans une impasse. La sociologie doit précisément étudier ce mode différent, dans toute la diversité de ses expressions. Il ne peut être identique – ou même similaire – à ceux qui ont existé dans le passé, et ce pour plusieurs raisons : des raisons liées au temps et à l’espace, en plus de raisons culturelles, communicationnelles, technologiques, voire biologiques. Pour moi, la « sociologie globale », au sens que semble donner à cette expression le document du GÉODE, ne peut tout simplement pas être de la sociologie, car ce n’est pas l’objet qui est important dans la théorie sociologique. Parler de « sociologie globale » peut nous conduire à négliger le « véritable défi » que doit relever la sociologie.
À mon avis, les « éléments cruciaux de l’identité de la sociologie », pour reprendre la terminologie du document du GÉODE, sont : 1) sa distinction principielle, c’est-à-dire l’idée de la relationnalité ( relationality) des relations sociales, et 2) la manière dont elle traite des processus de différenciation, de conflit et d’intégration des éléments composant les relations sociales. Aucune autre discipline ne peut accomplir cela. Cet article tente d’expliciter plus avant ces deux affirmations.
 
LES RELATIONS SOCIALES EN TANT QU’OBJET DE LA SOCIOLOGIE
 
 
Depuis ses débuts, l’attention de la sociologie a porté sur les « relations sociales » et c’est toujours le cas. Pourtant, bien souvent, on ne comprend pas bien les relations sociales. Parfois, on ne fait que les « présupposer », parfois on les considère comme des « structures » ou des expressions d’actions, parfois elles existent tout simplement, parfois enfin, elles sont des « événements » ou des « communications ». La plupart du temps, les sociologues n’en font pas un objet d’analyse, mais la résultante d’autre chose. Tout se passe pour ainsi dire comme si la sociologie n’observait les relations sociales que par instinct et par intuition, en les faisant dériver d’autres facteurs, individuels et/ou collectifs. Même après l’apparition de théories et de méthodes plus rigoureuses, il est très fréquent que les relations sociales demeurent une catégorie dérivée et que le caractère relationnel des phénomènes sociaux reste à l’arrière-plan. Il est donc courant que, les relations apparaissant comme opaques et déformées, elles soient traitées de manière réductionniste. Si d’aventure l’existence des relations fait partie des présupposés ( presupposition [2]), il est rare que les sociologues les observent dans le cadre d’une épistémologie susceptible d’empêcher toute forme de relativisme radical [3].
Pour éviter de confondre le relativisme avec une forme de « contingentisme » ( contingentism ) culturel et scientifique, tant le sens commun que la majeure partie des travaux de sociologie eux-mêmes continuent à penser dans les termes d’un acteurA allant dans le même sens ou à l’encontre de B – et vice versa –, et plus généralement en termes d’individus ou d’acteurs collectifs « en relation » les uns avec les autres. De cette façon, pour éviter l’indétermination totale, l’accent est mis sur A ou B ou sur le lien entre les deux, et non sur la « relationnalité » de leur relation (évoquer « les structures pesant sur eux » ne signifie pas la même chose).
Bien souvent, parler de relations n’est qu’un code formel pour décrire « l’état du système », y compris si ce dernier est dynamique. Dans d’autres circonstances, les relations représentent un mode de compréhension des qualités d’acteurs particuliers. Elles peuvent encore faire référence aux fonctions ou aux activités des sous-systèmes et, en général, aux caractéristiques du terrain étudié. Dans certains cas, la sociologie envisage la « société » qui nous entoure – au lieu d’être « en nous » – et nous conditionne de telle sorte que les relations sociales deviennent une force indéterminée que l’on perçoit sans y réfléchir, voire quelque chose de presque mystérieux. À moins qu’au contraire, elles ne deviennent les « structures » assurant la « consistance » de la société – la plupart du temps sous le nom de « structure » ou de « loi ».
En procédant ainsi, la pensée sociologique évite de se confronter à son objet propre. Quand, sur le terrain, on observe différents acteurs, ils sont parfois en accord, parfois en désaccord; parfois encore, ils s’échelonnent le long d’un continuum entre attraction et répulsion. Dans ce cas, le concept qui s’impose est celui de l’ambivalence de l’identité des acteurs ou des systèmes. Mais la plupart du temps, l’accent n’est pas mis sur les relations en tant que telles. Quand on les évoque, c’est pour en faire un mode de description de la situation et non l’élément même qui « fonde » la situation. Elles ne constituent qu’un élément « additionnel » aidant à la compréhension des sujets. Elles demeurent très souvent un élément dérivé, un sous-produit et un moyen de comparaison. Elles ne sont – ou ne deviennent – qu’un lien établi par l’observateur entre les termes « réels » de l’action, les « sujets » ou les « structures ». Les relations ne deviennent l’objet, voire, au sens strict, un mode de réflexion sociologique approprié et spécifique, que dans certaines circonstances et chez certains auteurs. C’est alors seulement que ces derniers peuvent éviter le réductionnisme. Alors seulement qu’ils peuvent surmonter leurs propres contradictions et leur propre aveuglement quant à la réalité sociale concrète.
Pour étudier les relations sociales, la sociologie n’a qu’à puiser dans ses postulats les mieux ancrés. Tous les grands sociologues ont fourni une contribution fondamentale à la connaissance des relations sociales. Et pourtant, aujourd’hui, les relations sociales demeurent « l’objet inconnu », presque la terra incognita, de la recherche théorique et empirique – pour ne rien dire de la sociologie pratique (sociologie appliquée ou clinique). Et pourtant, la matière même de la sociologie, tout comme le parcours historique qui la caractérise dans et à travers la modernité, se compose au premier chef de relations sociales. Le passage de l’époque prémoderne à l’époque moderne, puis le passage de cette dernière à l’époque postmoderne sont intimement liés, marqués qu’ils sont par des moments critiques sur le plan relationnel. Il nous faut encore comprendre et développer cela plus avant.
Telle est la réalité de notre expérience : tandis que la pensée devient de plus en plus « relationnelle », les relations sociales se perdent. C’est un paradoxe, et derrière ce paradoxe se cache la différenciation réflexive croissante des relations sociales. Si aujourd’hui, en période de mondialisation, on parle de plus en plus des relations sociales, c’est précisément parce que « faire société » est plus problématique, plus incertain et plus instable qu’avant. Plus les relations sociales deviennent contingentes – leur existence et leurs formes implosent et perdent leurs frontières tant internes qu’externes –, plus la sociologie semble entrer dans des états de crise récurrents. Voilà pourquoi la « sociologie relationnelle » semble le meilleur moyen de répondre à la crise de la sociologie à l’ère de la mondialisation.
Mon point de départ est le suivant : l’objet de la sociologie n’est ni le « sujet », ni le système social, ni aucun des couples similaires (action et structure, mondes vécus et système social, etc.), mais la relation sociale.
Pour évident que ce constat puisse paraître, il a d’immenses implications.
Par exemple, contrairement à ce que dit Bruno Latour, il n’implique aucune opposition entre une « sociologie du social » et une « sociologie de l’association », puisque le social est intrinsèquement associationnel (relationnel). De notre point de vue, il n’est pas plausible de penser la société en termes de codes culturels dualistes comme le fait Jeffrey Alexander, puisque la culture est également relationnelle. Pour en finir avec les exemples, lire Max Weber à travers le prisme de l’individualisme méthodologique – ou du choix rationnel – comme le fait Raymond Boudon conduit à une profonde incompréhension du mode de pensée relationnel wébérien.
 
LA CATÉGORIE DE RELATION SOCIALE DANS LA SOCIOLOGIE MODERNE
 
 
En tant que catégorie cognitive explicite et autonome, les relations sociales sont nées avec la modernité. La sociologie est leur science, ou, si l’on préfère, leur « discipline » de référence, celle qui étudie leurs aspects empiriques, factuels et phénoménaux.
La première « méthode moderne » pour l’étude des relations sociales consiste à les envisager comme l’expression du sujet humain individuel ou collectif agissant par l’intermédiaire de rôles et d’institutions sociales. La relation est alors l’émanation, l’expression, la création de quelque chose qui demeure intérieur. En cela, le moderne considère encore que la tradition est un point d’ancrage. Il présuppose que le fait d’avoir des relations est un « besoin » de l’être humain, à moins que ce ne soit sa « seule façon d’être », comme le montre l’idée qu’on se « fait » des relations ou qu’on les « cultive », etc. Le propre de la postmodernité serait précisément d’éliminer cette dimension, c’est-à-dire l’horizon des traditions culturelles.
Nous pouvons dire d’une école sociologique qu’elle est encore moderne si, en dépit de toutes les radicalisations de la modernité (rationalisme, empirisme, relativisme, etc.), elle continue à penser la relation sociale comme le produit ou l’émanation d’un « sujet ». La modernité sait bien que la relation est petit à petit en train de « consumer » son propre sujet, mais elle demeure fidèle à elle-même tant qu’elle estime qu’« il va se passer quelque chose » permettant au sujet – qu’il s’agisse de la classe sociale marxienne, de la personnalité charismatique wébérienne ou de la corporation durkheimienne – de maintenir le contrôle sur les relations sociales. Chacun sait que la sociologie se pose, depuis sa naissance et encore aujourd’hui, comme étant, comme devant être, une science destinée à permettre l’ancrage, l’intégration des relations sociales, bref vouée à leur régulation et à leur contrôle.
Je ne prétends pas ici faire l’inventaire exhaustif des principaux auteurs de référence. Si l’on se fie aux critères que j’ai mentionnés au début, tous ceux qui envisagent les relations sociales comme le produit d’un « facteur » – le fondement matériel de la société, l’individu, la division du travail, la culture comme conscience collective, etc. – sont « modernes ». Cela implique que, si l’on privilégie certains facteurs au détriment des autres, il se peut que les réductions ainsi opérées soient inacceptables. Ainsi, toute sociologie ayant recours, en dernière analyse, à des facteurs matériels – comme la sociologie de Marx – perd de vue le sujet. Toute sociologie ayant recours, en dernière analyse, à des facteurs individuels – comme la sociologie de Weber – perd de vue la dynamique autonome et non individuelle de l’action, avec tout ce qu’elle comporte de déterminations internes (non sub-jectives), de logique collective et d’ordre comme de conséquences non intentionnelles. Toute sociologie faisant appel, en dernière analyse, à des facteurs fonctionnels – comme la division du travail ou la différenciation fonctionnelle chez Durkheim – perd de vue le sens subjectif, tandis que toute sociologie ayant recours, ultimement, à des facteurs culturels – comme chez le second Durkheim – perd de vue tous les aspects structurels indépendants de la représentation ou de la conscience humaines.
La modernité a certes « libéré » la relation sociale, mais cette dernière, au cours de la première phase, est demeurée pour ainsi dire « arrimée » à des théories ou à des facteurs non relationnels comme la théorie de la valeurtravail, ou celle de la correspondance entre utilité et besoins, ou encore la raison ou les règles sociales élémentaires. Plus la sociologie classique se développe, plus elle réalise qu’un tel ancrage est difficile à maintenir.
Longtemps demeuré implicite et comme en gestation, le « tournant relationnel » constitue un thème central de la sociologie de Georg Simmel.
Bien qu’il ne soit pas suffisant et qu’il soit nécessaire de l’amender et de le compléter à l’aide d’autres théories relationnelles comme la théorie maussienne de l’échange [4], on peut considérer ce tournant relationnel simmelien comme l’acte de naissance d’une véritable théorie sociologique relationnelle.
Sur le chemin menant la pensée sociologique du moderne au postmoderne, on trouve des penseurs ayant manifesté une conscience particulièrement profonde, et parfois dramatique, des tournants relationnels qui allaient les consumer. Simmel est l’un d’entre eux, peut-être le plus grand. Avec lui, la sociologie comprend pour la première fois que la réalité de ce que nous appelons « social » est intimement relationnelle et qu’elle ne peut en principe être réduite aux déterminations partielles offertes par les paradigmes précités – marxien, wébérien ou durkheimien. Mais, malheureusement, l’approche théorique de Simmel est essentiellement formelle, selon l’intuition qui était la sienne, que la société est relations (et non qu’elle a des relations).
On sait que la catégorie théorique fondamentale chez Simmel est celle de relation sociale qui, d’après lui, doit être comprise comme interaction.
L’importance de cette théorie, grâce à laquelle Simmel exprima la conscience tragique qu’il avait du drame de la modernité, mérite d’être approfondie.
Pour Simmel, un phénomène est social dans la mesure où il exprime une caractéristique particulière, sui generis, qui le « constitue » : le fait d’être une inter-relation, ou une inter-dépendance ou, mieux, un effet réciproque ou « effet de réciprocité ». Tous ces termes sont compris dans le concept simmelien de Wechselwirkung. Un phénomène social n’est ni une émanation du sujet ni le produit d’un système abstrait qui seraient plus ou moins là a priori. Le social est le relationnel, c’est-à-dire que l’action réciproque, dans la mesure où elle produit de l’interaction, est incorporée et exprimée dans quelque chose qui, tout en étant invisible, a sa propre solidité. Malheureusement, Simmel ne clarifie pas cette notion de solidité. Ce qui est clair, en revanche, c’est que la catégorie de Wechselwirkung devient du coup un principe métaphysique.
Selon moi, le problème fondamental soulevé par la sociologie relationnelle de Simmel tient au fait qu’il envisage les relations comme des « événements » ou de purs « phénomènes émergents ». De plus, il manque de distance critique quand, par exemple, il considère l’argent comme le prototype formel substantiel et fonctionnel des relations sociales généralisées. En tout état de cause, Simmel effectue une opération de très grande importance et de très grande portée en élaborant une théorie relationnelle de la société fondée sur une définition des objets sociaux comme relations sociales « substantialisées », à l’image de l’argent qui constitue pour lui le paradigme élémentaire. En faisant cela, il élève la correspondance entre la modernité et la transformation d’entités concrètes – quelles qu’elles soient– en valeurs pures, abstraites et fonctionnelles, au rang de premier présupposé général de la sociologie.
Une perspective similaire, bien que dans un cadre différent et selon des orientations qui le sont aussi, sera ensuite reprise par Talcott Parsons, sa théorie de l’argent constituant le paradigme des moyens de communication symbolique généralisée, puis par Niklas Luhmann avec sa théorie de la primauté des systèmes monofonctionnels [5]. Volontairement ou non, Parsons et Luhmann sont des continuateurs de Simmel sur ce point précis : s’ils reprennent de manière très différente les hypothèses de Simmel, c’est néanmoins de façon décisive; ils sont même encore plus radicaux que Simmel dans leur vision d’une société moderne « relationnelle » dominée par ce médium symbolique qu’est l’argent.
Simmel cherche encore une « logique » (ou une grammaire) des relations sociales interne au domaine social, pensant que la différenciation sociale ne les rendrait pas « vides » – de forme et de contenu – mais au contraire les rendrait de plus en plus autonomes. Il faut comprendre son formalisme moins – ou pas seulement – comme le fait de séparer la forme et le contenu de la relation que comme un outil heuristique permettant de comprendre que le jeu des relations sociales possède des règles et une dynamique non arbitraire [6]. L’argent, considéré comme une « relation sociale substantialisée », n’est d’une certaine manière qu’un de ses paradigmes.
 
LA TENTATIVE PARSONIENNE DE « SYSTÉMATISATION » DES RELATIONS SOCIALES
 
 
Talcott Parsons représente l’apogée de ce que j’ai appelé la pensée moderne des relations sociales. Il tenta dans le même temps de synthétiser les principaux acquis des sociologues classiques et de lutter contre les germes menaçant de dissoudre la société moderne. Au cours de cette opération, Parsons « clôture » la relation sociale, au sens où il l’intègre parmi les éléments du système général de l’action sociale, laissant volontairement de côté la pensée de Simmel et les problèmes soulevés par ce dernier.
Dès le début de l’élaboration de sa théorie, Parsons se rattacha à ceux qu’il avait lui-même désignés comme étant les « classiques » de la sociologie parce qu’ils lui étaient utiles pour les faire « converger » dans sa théorie de l’action [7]. De ce fait, Parsons était en un sens déjà condamné à fonder les relations sociales sur des présupposés et des concepts décalés par rapport aux changements qui se mettaient en place dans la société du XXe siècle.
Il n’est pas inutile de rappeler de manière synthétique les points principaux de la théorie parsonienne des relations sociales. Pour Parsons, le système social est un ensemble ordonné ( patterned) de rôles de statutimpliquant certaines lignes d’action ( courses of action). C’est l’unité-acte, et non la relation entre les atomes, qui est l’élément de base des molécules formant des organismes sociaux de plus en plus complexes. Après tout, on le sait, les analogies biologiques et chimico-physiques sont indispensables si l’on veut comprendre la pensée de cet auteur. Cela signifie que, d’un point de vue sociologique, la théorie des relations sociales devient un produit de la théorie de l’action et un corrélat de la théorie des rôles de statut [8] à l’intérieur d’un cadre épistémologique fortement influencé par des présupposés à la fois néokantiens et positivistes. En fin de compte, pour Parsons, la relation sociale est l’action réciproque des acteurs dans le système social, mais, dès que l’acteur disparaît de la scène [9], la relation devient un produit du modèle AGIL, c’est-à-dire un produit de la structure sociale.
Bien que, dans le principe, Parsons aurait pu considérer que les rôles sont créés par les actions, il n’essaya même pas de creuser cette idée, car il aurait alors introduit dans sa théorie une circularité difficile à surmonter.
Chez Parsons, les rôles de statut ont un parfum durkheimien : ils procèdent de la conscience collective telle qu’elle s’exprime au cours de la division du travail social. C’est ainsi que les relations sociales qui constituent le système en arrivent à gagner une connotation normative dominante chez Parsons. Les relations sont les actions réciproques d’individus socialisés selon certaines modalités par des rôles de statut déterminés.
Les schémas d’analyse parsoniens de l’action sociale – avec ses composantes : acteur, objectif, moyens, conditions et normes – et des systèmes sociaux – le schéma AGIL : adaptation, integration, latence, réalisation des objectifs [10] – constituent des instruments heuristiques d’une importance exceptionnelle pour la théorie relationnelle. Je ne peux pas ici résumer la littérature concernant ces schémas. Je voudrais simplement montrer que ces schémas et leur « logique théorique » plus ou moins implicite permettent de comprendre comment les relations sociales sont présentes au niveau de l’action individuelle en corrélation avec ce qui se passe au niveau plus large du système social qui l’englobe. Cette possibilité a été ouverte par Parsons qui ne l’a jamais explorée en détail.
C’est précisément le fait de ne pas avoir problématisé la corrélation entre les relations internes à l’action individuelle (au système de l’action) et les relations entre les différents éléments (ou sous-systèmes) composant l’action individuelle, sans parler de l’effet transcendant [11], qui conduit Parsons à négliger leurs interactions, c’est-à-dire les relations en tant qu’« effets émergents ». Dans la théorie de Parsons, les relations internes à l’action individuelle sont considérées par conséquent de manière fortement normative. Elles apparaissent comme secondaires, et même dérivées, par rapport au « système » qui les englobe à un plus haut niveau cybernétique. En bref, n’ayant pas approfondi le thème du sens des relations sociales, Parsons tombe dans le réductionnisme et dans les amalgames ( conflations), ce qui sera ensuite mis en lumière par tous les sociologues anti et post-parsoniens.
Il est possible de synthétiser ce qui précède en affirmant que la tentative théorique de Parsons penche du côté de la « systématisation » des relations sociales au point qu’elle en vient à rigidifier la logique relationnelle en tant que telle [12]. Pour aller au-delà du grand sociologue de Harvard, il ne suffit pas d’introduire plus de contingence dans le monde social en évoquant la réalité biface ( two-tired) de l’ordre et de l’action sociale [13]. La simple évocation de la contingence sociale est de peu de conséquences face à la dénormativisation apparente de la société postmoderne. Il est nécessaire de pousser l’effort jusqu’à élaborer une théorie sociologique relationnelle. C’est là précisément l’échec de la théorie parsonienne. Cela est dû au fait que Parsons a tenté de fonder le succès de la modernité sur l’institutionnalisation des relations sociales. La modernité elle-même ne peut accepter cela en raison des limites inhérentes à sa conception, ou au code symbolique, de ces relations.
 
LA CATÉGORIE DES RELATIONS SOCIALES DANS LA SOCIOLOGIE POSTMODERNE
 
 
D’un point de vue théorique, la sociologie postmoderne commence quand on envisage les relations sociales comme étant leur propre produit ou leur propre fin. Pour moi, cette approche n’est plus relationnelle. On peut plus exactement la décrire sous le nom de « relationnisme ».
Marx est indiscutablement un précurseur de cette approche, mais uniquement sous certains aspects, et toujours dans le cadre de son utopie matérialiste envisageant les relations capitalistes comme la sortie de la « préhistoire » devant mener à la fin de la division du travail social ainsi qu’à la révélation de l’histoire « vraie » au sein de la société communiste, cadre qui contraste empiriquement avec l’expérience historique post-marxienne [14]. Une perspective tout aussi relationniste est au cœur de tous les sociologismes modernes et contemporains ayant fait de la relation sociale un eschaton – une fin ultime –, mais toujours de manière partielle et sans réelle conscience tant des prémisses épistémologiques que des conséquences qu’un postulat relationnel radical doit affronter. En d’autres termes, il y a bien des précurseurs de la sociologie moderne, mais leur pensée manque de l’élaboration et de la conscience analytique qui caractérisent la socio-logie contemporaine à laquelle je fais référence.
Aujourd’hui cette perspective est présente chez ceux qui estiment que la relation peut devenir une fin en soi dans la mesure où, selon eux, elle peut se passer du sujet, de toutes les entités collectives plus ou moins institutionnalisées et de la rationalité normative. Mais ce n’est pas l’essentiel.
Pour les postmodernes, ce ne sont ni la société ni la théorie qui éliminent le sujet. Au contraire, la société postmoderne met l’accent sur l’irréductibilité du sujet en tant qu’« âme », « conscience » ou « environnement » de l’action et du système social. Ce qui signale le postmoderne est bien plutôt l’exaltation contemporaine des relations sociales jointe à leur dissolution. Pour autant, cela nous ouvre de nouveaux horizons pour comprendre les relations sociales, ce concept clé pour l’explication du sujet et des systèmes sociaux.
Dans la postmodernité, la dialectique du sujet et de l’institution, de l’action et de la structure, etc., suit le simple déploiement des relations, conçues en général comme des flux de communication. Le code symbolique interprétant ce processus est essentiellement communicationnel : les relations sont englobées en tant que communications et sont de fait réduites à n’être que cela.
Il n’est pas possible de donner ici un compte rendu détaillé de ces processus d’absolutisation et de radicalisation des relations sociales à l’intérieur de leur propre circularité autoréférentielle, ni de la pensée des nombreux auteurs contemporains pratiquant le « relationnisme », c’est-à-dire réduisant la relation au point de la faire disparaître. Néanmoins, pour donner quelques exemples au lecteur, je mentionnerai deux versions de « relationnisme » qui me semblent particulièrement représentatives ou idéaltypiques de cette approche sociologique : Jean Baudrillard, ou l’implosion des relations sociales et leur exaltation comme pure simulation, et Niklas Luhmann, ou l’exaltation des relations sociales comme pure communication.
Il s’ensuit que les relations sociales présentent les caractéristiques suivantes :
  • du point de vue de l’ordre social, elles sont assujetties à une contingence radicale;
  • elles sont soumises au code systémique d’une différenciation fonctionnelle de plus en plus radicale associée à la disparition des références aux institutions et aux structures sociales non processuelles;
  • du point de vue de l’action, elles se réduisent à de la communication;
et on revient au postulat de la non-pertinence de toute tradition culturelle.
Il faut reconnaître que, sur un point au moins, la sociologie de Baudrillard, comme celle de Luhmann et de beaucoup d’autres, contribue fortement à jeter une lumière crue sur l’objet de la sociologie, à savoir l’autonomie croissante des relations sociales dans les jeux de la société ainsi que les produits et les effets d’une telle tendance. Mais il faut aussi bien voir que ces lumières sont aussi partielles que partiales et que, pour subtiles et attirantes qu’elles soient, elles renvoient en fin de compte une image de la réalité sociale qui pourrait sérieusement fausser le sens de la condition humaine, même au sein de la société postmoderne. Il est indubitable qu’aujourd’hui, les relations sociales généralisées sont de plus en plus simulées et qu’elles autonomisent l’aspect communicationnel au-delà de tous les seuils connus.
Mais la réalité sociale ne se limite pas à cela. Ou, plus exactement, elle n’est pas vraiment cela.
 
LES TENTATIVES DE « RECONSTRUCTION »
 
 
Après les théoriciens classiques, il existe dans le grand fleuve postmoderne un large courant sociologique qui, bien que très hétérogène, se donne pour ambition de reconstruire un cadre théorique à l’intérieur et à l’aide duquel il serait possible de produire une vision positive de la relation sociale.
Je n’en citerai ici que quelques-uns, avec pour seul but de souligner et d’étiqueter des voies de recherche paradigmatiques : Jürgen Habermas ou les composantes normatives des relations, Anthony Giddens ou la tendance à la « structuration » des relations sociales, Jeffrey Alexander ou les composantes herméneutiques des relations sociales, Margret Archer ou la morphogenèse des relations sociales. Cependant, tout laisse à penser que ces sociologues demeurent pour ainsi dire focalisés sur un aspect particulier des relations et restent donc en deçà du défi postmoderne anticipé par Simmel et que Luhmann a littéralement fait exploser.
Si l’on souhaite réellement relever le défi et, de là, comprendre la « société relationnelle » en train de naître sous nos yeux, il est nécessaire d’élever la relationnalité au rang deprésupposé général premier dans l’environnement métaphysique de la théorie. Luhmann a bien compris la nécessité d’une telle perspective relationnelle, mais il s’est malheureusement arrêté au paradoxe selon lequel la société actuelle élimine la relation sociale et qu’il est indispensable, par conséquent, de renoncer au pouvoir explicatif de cette catégorie [15]. Selon moi, il se trompe : en hypostasiant ( ontologizing) dans la société le concept de relation, il rend le monde social absolument contingent. Il en tire des conclusions extrêmement réductionnistes, que ce soit la radicalisation du rôle de la différenciation sociale, posée comme moteur de l’histoire, ou l’érection de la méthode fonctionnelle – qui n’est qu’une méthode –au rang de présupposé, c’est-à-dire à la bordure de l’environnement métaphysique de la théorie. Cela produit des effets désastreux sur la théorie et sur la capacité de comprendre les référents empiriques.
Néanmoins il est clair qu’à moins d’élever les relations au rang de présupposés – au sens épistémologique –, il est impossible d’analyser correctement la complexité de la société qui émerge sous la poussée des nouveaux codes communicationnels symboliques et relationnels. Nous savons par exemple, qu’on ne peut ni expliquer ni comprendre l’existence actuelle d’une si grande pathologie sociale et d’une si grande régression culturelle alors que, pour l’essentiel, le « système » est stable et va de l’avant.
Aujourd’hui, ce système n’est capable de tourner en dérision toute demande de régulation des relations sociales généralisées, d’allocation d’un sens sub-jectif à des structures et des institutions sociales, de satisfaction des besoins d’empathie, etc., que parce qu’il développe d’« autres » codes relationnels pouvant se substituer à ces demandes, à ces besoins et à leurs réponses sociales. C’est la raison pour laquelle il existe de moins en moins de place pour le sens empathique ou herméneutique – voire, apparemment, pour tout besoin d’un tel sens –, qu’il soit ou non partagé. C’est ici que se loge le pouvoir manifeste du « système global » et de son propre sens.
Les raisons en sont multiples et complexes mais, en résumé, elles sont liées au fait que la « société globale » ne semble pas capable d’engendrer ou de tolérer des solutions complexes; elle fait donc aussi des ravages chez les sujets et à propos des problèmes nécessitant des solutions complexes qui ne peuvent donc plus être trouvées. Seule une théorie adéquate et une praxis relationnelle permettront d’éclairer cette situation de façon non cynique.
 
LA « PENSÉE RELATIONNELLE » EN SOCIOLOGIE : UNE ÉPISTÉMOLOGIE, UN PARADIGME ET UNE PRAGMATIQUE
 
 
En sociologie, le passage d’un paradigme simple à un paradigme « complexe », tel que le définit Edgar Morin, représente une transformation radicale du statut épistémologique, ontologique et phénoménologique de la relation sociale en science et dans la société. S’exprimer de manière relationnellement adéquate implique a) avant tout, que les relations sociales soient placées au niveau d’une réalité sui generis incarnée dans des « faits sociaux » et b) que tout objet sociologique doit être défini comme une relation sociale de manière sensible, sachant que l’objet de la sociologie est la relation sociale « incarnée » dans l’objet lui-même dans la mesure où cet objet est un phénomène social, qui est socialement construit et transformé, et qui existe socialement.
Ces points méritent d’être approfondis car, à travers eux, nous pouvons espérer pénétrer un peu mieux ce que j’appelle la « pensée relationnelle ».
La réalité propre et sui generis des relations sociales
Dire que les relations sociales possèdent leur réalité propre ( sui generis) signifie simplement qu’elles ne proviennent de rien d’autre; elles reflètent leur propre ordre de réalité doté de dynamiques internes requérant une attention spécifique et un encadrement théorico-pratique. En retour, on ne peut faire dériver cet ordre de réalité de tel ou tel facteur particulier – comme le pouvoir, à en croire Elias –, ou l’y réduire, car l’objet est en soi la relationnalité du social.
Tout cela a un fondement pour ainsi dire expérienciel et empirique. Dans le système de référence organique qu’est le corps, une personne ne peut pas vivre sans air et sans nourriture, de même qu’elle ne peut pas se contenter de l’un ou de l’autre. Dans le système de référence social que sont les formes sociales, l’être humain ne peut exister sans relations avec les autres. Les relations le « constituent » en tant que personne, tout comme l’air et la nourriture pour le corps. Si l’on suspendait la relation avec l’autre, on suspendrait la relation avec soi. C’est cela l’objet de la sociologie, et rien d’autre.
Il est certain que nous ne pouvons pas voir les relations « partir en promenade ». Nous savons pourtant qu’elles existent et qu’elles possèdent une consistance qui leur est propre, non seulement parce qu’elles se concrétisent en mouvements et en institutions sociales, mais parce que nous avons d’elles une expérience directe et intérieure. Qu’elles soient de l’ordre de la contingence ne suffit pas pour affirmer qu’elles n’ont aucune réalité. La couleur des yeux est aussi une caractéristique contingente, elle n’en est pas moins réelle. Parfois, les caractéristiques contingentes se révèlent plus décisives que celles qui ne le sont pas.
Qu’est-ce que la réalité alors ? C’est la réalité d’une relation dansl’objet – ce que la sociologie appelle le « fait social » – qui n’est pas simplement psychique ou limitée à l’esprit de l’observateur, une réalité qui requiert une théorie adéquate du système d’observation dans la mesure où l’observateur peut se placer dans différents systèmes de référence, qui sont constitués symboliquement et selon le cheminement du sens ( pathways of meaning) (voir l’Euryalistik dont parle Luhmann [16]) mais qui doivent substituer à la réalité son image ou sa représentation.
La conclusion que j’en tire est la suivante : adopter un regard relationnel signifie se placer à un niveau de réalité invisible, mais bien réel dans lequel la relation est le tertium. Il faut se trouver dans ce système de référence pour éviter de transformer cette relativité – irréductible en soi – en relativisme. Ce tertium possède la même réalité que ce qui nous constitue en tant que communauté, plurielle et pragmatique. Même si cela est difficile à comprendre, la relationnalité n’existe pas seulement au niveau social, mais aussi dans les connexions entre les différents niveaux de réalité (biologique, éthique, politique, économique, etc.).
La sociologie en tant que définition relationnelle des objets
Les relations ne sont pas seulement un medium. Elles sont le point de vue à partir duquel la sociologie peut saisir ses objets dans leur nature sociale. Tout objet sociologique peut et doit être défini en termes relationnels. Il est faux de dire que la sociologie étudie les relations entre les réalités sociales, pour reprendre l’expression, devenue classique, utilisée par Vilfredo Pareto au début de son Traité de sociologie générale. Elle étudie plutôt les réalités sociales en tant que relations. Pour accomplir cela, elle doit redéfinir ses objets, et donc ses concepts, comme des relations.
Il ne faut jamais oublier qu’au début d’une étude, quand nous posons le problème – « comment se fait-il que… ? » – l’objet-phénomène étudié vient d’un contexte relationnel, est immergé dans un contexte relationnel et génère un contexte relationnel. La grande erreur de l’approche phénoménologique est de mettre les relations sociales entre parenthèses et de tenter ensuite de les reconstruire comme produits de l’intersubjectivité – ce que l’on ne peut que rarement faire.
L’approche sociologique se distingue de la pure approche phénoménologique parce qu’elle assume pleinement le fait que les relations sociales sont des points de départ. La phénoménologie met les relations sociales entre parenthèses afin de permettre l’émergence des opérations de conscience transcendantale (ou ego). Nous ne nions pas le caractère fructueux de l’approche phénoménologique et de l’analyse critique en tant que moment de suspension ou en tant qu’indice de la récursivité méthodologique ( recursivness).
Mais, d’un point de vue sociologique, il faut fermement soutenir que c’est la relation sociale qui, en sociologie, est la « clé » tant pour entrer dans le sujet que pour en sortir. En sociologie, l’objet que nous voulons connaître est la relation sociale, et non le sujet ou l’ego en tant que tel. J’ai tenté ailleurs de fournir quelques exemples de cette procédure en l’appliquant à des thèmes tels que la santé, la famille, la maladie chronique, l’État-providence, la citoyenneté, la société civile, le tiers secteur [17] et, plus récemment, le don gratuit [18].
Afin de comprendre la réalité sociale, puis d’intervenir sur elle ou en elle, il est important d’avoir les idées claires sur le code symbolique spécifique utilisé et sur le type ou le niveau de relationnalité implicite.
Plus généralement, il est nécessaire, pour comprendre et contenir une complexité sociale croissante, qu’il existe des codes capables de laisser cette complexité ouverte à un cadre sélectif – c’est-à-dire à des choix, voire à des réductions – plus large que celui qu’offrent les codes binaires du type ou… ou. Ce qui requiert au minimum les éléments suivants :
a) au niveau épistémologique, un code symbolique qui se concentre non seulement sur les pôles de la relation ( relata), mais aussi sur la relation elle-même en tant que médiation ou médiatrice irréductible aux termes qu’elle connecte ou auxquels elle réfère;
b) au niveau paradigmatique et pragmatique, des modèles de réseau adaptés à l’analyse ainsi que des interventions sociales capables de montrer non seulement la contribution apportée par les éléments individuels de la relation, mais aussi celle de la relation elle-même, considérée comme « effet émergent [19] », cela afin d’observer et d’analyser le système social en question comme une forme de « condensation » du réseau social sous-jacent [20].
Un exemple pourrait nous permettre d’y voir plus clair. Nous avons choisi le problème, si souvent posé, de la réalité sociale de la famille : « Qu’est-ce que la famille du point de vue sociologique ?» La seule issue possible à l’actuelle désorientation des sociologues sur cette question consiste à comprendre la réalité propre et sui generisdes relations familiales en leur donnant une formulation pleinement relationnelle. Cette définition doit permettre de les comprendre comme une forme spécifique d’échange symbolique ou un « phénomène social total » institué en même temps entre les sexes et entre les générations.
Cela dit, en quoi consiste la « réalité relationnelle » de la famille ?
Pouvons-nous voir la famille « partir en promenade »? Certainement pas.
En revanche, nous pouvons voir le père, la mère et les enfants partir en promenade. Si nous les connaissons déjà sous le nom de « famille White », nous pouvons dire que la famille White part en promenade. Si ce n’est pas le cas, il existe un nombre fini de relations biologiques et sociales possibles entre ces personnes partant en promenade. Il est impossible de décider si c’est une famille ou non et il faut suspendre tout jugement. Mais est-ce cela, la famille ? S’il manque un des fils, ou la grand-mère, ou toute personne vivant habituellement sous le même toit, est-ce aussi le cas ?
En réalité, nous ne voyons que des personnes et, après avoir posé ou supposé certaines relations entre eux, nous pouvons dire que la famille White, complète ou incomplète, part en promenade. La présupposition concerne donc l’existence d’une certaine relation entre les éléments observés. Nous voyons des personnes, mais nous pensons par relations et nous parlons en supposant des relations. Le mot « famille » signale des relations : il est une relation, non un lieu, une niche ou quelque chose qui y ressemble. L’essentiel du vocabulaire que nous utilisons pour décrire ce que nous observons audelà des personnes individuelles est relationnel. Les mots n’ont un sens que s’ils font référence à des relations : d’une certaine façon, les mots sont des relations. Tous nos processus cognitifs sont des relations : ils ne lient et ne font référence que par relation, et cela dans la mesure où ils profitent de la médiation du langage qui est une grande image relationnelle collective et symbolique.
D’un autre côté, on sait par expérience que le langage ne contient pas toute la réalité. Si je vois John et Clara White partir en promenade accompagnés d’un de leurs enfants et si je dis que la famille White part en promenade, cela ne signifie pas que ce que je prétends être la famille White se limite, maintenant ou généralement, à être ce que j’observe, pense et décris linguistiquement. En réalité, outre le fait qu’il y a un membre de la famille qui ne se trouve pas avec eux, ce que j’observe n’englobe certainement pas tout ce qu’est la famille White. En d’autres termes, ma perception de la réalité est construite et exprimée comme une relation, mais ne se réduit pas au langage : le langage ne peut exprimer toute la réalité des relations existantes. Les relations présentent la particularité de toujours faire référence à d’autres relations. Le sens d’un sens ( meaning of a meaning) est une relation. C’est le cas parce que les relations ne peuvent exister que par l’intermédiaire d’« images collectives ».
Cependant, nous n’avons toujours pas répondu aux questions posées :
en quoi consiste la relation que nous appelons « famille »? Comment nommer les groupes de gens X que nous observons ? Pour répondre à la première, cette relation consiste dans le fait que les termes symboliquement reliés au cours de l’observation (= relata) sont ou représentent « quelque chose » les uns pour les autres. Ce « quelque chose » n’est pas fixé une fois pour toutes, mais il est nécessaire pour qu’il existe une relation. Si ce n’est pas « cette famille », ce serait « une autre », mais cela ne doit pas nous empêcher de nous demander qui ils sont. On peut se demander si ce « quelque chose » n’est qu’une interprétation subjective. Ou encore, si une entité objective est établie par un accord intersubjectif.
Par conséquent, la relation que nous appelons « famille » n’est pas uniquement le produit de sentiments ou de perceptions, d’un état mental plus ou moins empathique, mais un fait à la fois symbolique (« une référence à » : re-fero) et structurel (« un lien entre » : re-ligo). En tant que tel, il ne dépend pas du sujet, même s’il ne peut s’actualiser que dans les sujets. C’est en cela que cette relation suppose une sensibilité particulière.
Mais l’individualisation des processus perçus, sensibles, imaginatifs et mentaux, ne peut commencer qu’avec l’aide de ce que nous partageons avec les autres.
La définition de la famille, et donc la fin de la circularité du cercle herméneutique, est ancrée dans les exigences de la relation elle-même. Elle ne devient compréhensible que si la relation est envisagée par les sujets comme une relation sui generis et rien d’autre. D’un point de vue sociologique, la famille n’est pas en dernière analyse ce que les sujets dans l’interaction ou une culture héritée définissent comme étant une famille. Ce n’est pas non plus un présupposé. Elle est ce qui correspond aux exigences d’un type particulier d’interactions, ou système relationnel, devant permettre la réciprocité complète d’un monde vécu entre les sexes et entre les générations. La famille est une relation sui generis; elle doit être rendue recevable et adéquate en accord avec sa signification et son contexte propres.
Par rapport à ces exigences, l’indétermination tout comme la régression à l’infini sont exclues. La circularité est interrompue par la relation elle-même quand elle se sait être une relation et rien d’autre. Être dans une relation familiale n’est pas la même chose qu’être un patient en relation avec un médecin, un employé en relation avec un employeur, un ami en relation avec un ami, un client en relation avec un vendeur, etc.
De nos jours, résoudre les deux problèmes posés plus haut – à savoir identifier la réalité sociale comme un niveau de réalité sui generis et définir l’objet en termes relationnels – demande un tournant épistémologique auquel correspond un paradigme et la pragmatique qui en découle. Je m’en tiendrai pour des raisons de place à quelques propositions visant seulement à délimiter un cadre conceptuel plus général et utile à l’élaboration d’une sociologie relationnelle.
 
PROPOSITIONS
 
 
L’épistémologie relationnelle
Le présupposé le plus général de la pensée sociologique peut être résumé dans une formule non relativiste : au commencement est la relation. Les processus sociaux, avec toutes leurs caractéristiques propres, se réalisent dans les relations, avec les relations et par les relations. On peut en dire autant de la réalité sociale et de la théorie. En d’autres termes, le relationnel est le devenir de la réalité sociale, en théorie comme en pratique. Il est possible de développer une perspective relationnelle tout au long du continuum scientifique, de la dimension théorique aux faits empiriques et vice versa, selon un processus continu de réflexivité à travers différentes phases et étapes méthodologiques qui demeurent relativement autonomes.
Élever la relation au rang de présupposé premier et général dans l’environnement métaphysique de la connaissance n’implique absolument pas de faire l’hypothèse d’une absolue contingence du monde social.
Parallèlement, cela n’implique pas non plus de se tourner vers une forme d’ontologie niant l’humain ou le sujet social. Au contraire, cela implique d’assumer le fait que la relation possède sa propre « racine » non contingente alors même qu’elle se déploie dans la contingence. De toute évidence, cette « racine » ne se trouve pas dans une société donnée. Elle va au-delà d’une phénoménologie sociale concrète.
Le paradigme méthodologique relationnel
Selon cette perspective, on ne peut comprendre la société qu’à partir d’un paradigme qui n’est pas celui du tout et des parties, ni celui du système et de l’environnement, ni celui de l’autopoïèse, mais celui du réseau social. La société est comprise comme un réseau ou un tissu de relations.
La société est une relation de relations se déployant chacune selon son code symbolique relationnel, que l’on peut aussi interpréter comme une « logique » bien qu’elle ne soit pas toujours nécessairement rationnelle.
Il est fondamental de comprendre la relation entre le concept de réseau social et celui de système social. C’est le premier qui est plus large que le second, et non le contraire. Les systèmes sont une sorte de « condensation » de réseaux en ce sens que les réseaux sont conducteurs de plus de réalité que nous ne pourrions en voir grâce aux réseaux communicationnels, avec leurs nœuds, leur densité, leur fonctionnalité, leur connectivité et toutes les autres caractéristiques « systémiques ».
La division actuelle entre les analyses de réseaux de type structuraliste et les analyses culturalo-communicationnelles doit être repensée, et précisément en termes relationnels. Les paradigmes qui, jusqu’ici, étaient ambivalents, dualistes, et qui fonctionnaient sur le principe de l’opposition ou de la complémentarité, etc., doivent être reformulés selon la logique relationnelle des réseaux sociaux.
La pragmatique relationnelle
Les implications réelles de cette sociologie relationnelle peuvent être envisagées et structurées en accord avec l’analyse des réseaux, selon des approches que l’on peut englober sous le terme large d’« interventions de mise en réseau » ( networking interventions). L’idée générale est qu’une sociologie pouvant servir de soutien à une action pratique ou clinique, par exemple dans le domaine des politiques sociales ou des services sociaux, doit tout d’abord mettre en évidence que :
  1. les sujets et les objets n’existent pas à l’état isolé, mais sous la forme de toiles relationnelles complexes dans lesquelles les sujets et les objets sont définis relationnellement, de manière à la fois auto et allopoïétique. Il ne s’ensuit pas qu’ils sont définis de façon relativiste comme si chacun pouvait comprendre et modifier ce qu’il souhaite selon son bon plaisir. On résoud le problème de la relativité en spécifiant les relations entre les différents systèmes de référence utilisés pour l’analyse ou bien en spécifiant les variables correspondant à l’état non trivial du système utilisées pour l’analyse;
  2. celui qui intervient sur un sujet ou un objet doit travailler sur la toile relationnelle dans laquelle est inséré ce qu’il observe, c’est-à-dire qu’il doit prendre en compte, car ils sont toujours importants, les autres sujets et les objets environnants comme les « effets de réseaux » impliqués dans les actions;
  3. tout cela doit se dérouler en gardant à l’esprit qu’il existe une relation entre l’observateur et l’observé, comme entre l’acteur et ce sur quoi il agit, relation qui a la connotation d’un cercle herméneutique, mais celui-ci n’est pas indéterminé ad infinitum.
Évidemment, il existe de multiples niveaux auxquels les éléments précédents doivent être connus, pris en considération, mesurés et mis en pratique. Un point important : les options a priori réductionnistes, ou de nature réductionniste, ne devraient pas être considérées comme légitimes.
Ce que nous voulons connaître, ce sont les « faits » sociaux dans la mesure où ils sont réels. Pourtant, nous ne pouvons les connaître que dans et à travers des relations :
  • la relation est la clé pour entrer dans la réalité et pour la quitter;
  • la relation n’élimine pas les termes qu’elle met en connexion; au contraire, elle les met en valeur, les explore et les exprime;
  • la relation n’est pas une pure abstraction, pure forme ou pure communication, mais une réalité concrète :
  • il va sans dire qu’on ne peut envisager cette entité concrète relationnelle comme étant dichotomique, c’est-à-dire ambivalente et duelle, ou confuse, qu’en dernière extrémité ( in extremis); normalement, elle a une structure en réseau; elle connecte, met en relation et crée des interdépendances; les tensions, les conflits et les contradictions proviennent de cela;
  • les normes et les règles constituent un mode indispensable et inévitable afin de réguler en situation normale, c’est-à-dire pas dans des conditions extrêmes, la contingence de situations qui, dans le monde social, ne sont pas déterminées a priori.
En résumé : c’est la relation, et non la dualité ou l’ambivalence ou quoi que ce soit d’autre, qui est le « jeu des jeux ». Il est curieux de voir la sociologie continuer à débattre d’elle-même dans sa recherche de solutions aux problèmes sans se rendre compte à quel point, à des niveaux différents et selon des modalités variées, elle affecte l’objet qu’elle se donne pour mission de connaître. Pour atteindre une telle capacité de réflexivité et d’auto-observation, il est nécessaire de promouvoir une option non réductionniste, c’est-à-dire une option relationnelle.
( Traduit par Stéphane Dufoix)
 
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NOTES
 
[1] Voir P. Donati [ 1991].
[2] Je me réfère ici à la signification de presupposition telle que suggérée par J.C.Alexander [ 1982].
[3] La perspective récemment proposée par Mustafa Emirbayer [ 1997] est d’évidence enfermée dans un relativisme total.
[4] Voir ici même la contribution d’Alain Caillé, et son ouvrage, La Démission des clercs. La crise des sciences sociales et l’oubli du politique [ 1993].
[5] Voir Niklas Luhmann [ 1987, p. 116].
[6] Voir Serge Moscovici [ 1988].
[7] Voir Talcott Parsons [ 1937].
[8] Voir R. Ruddock [ 1969] et S. P. Savage [ 1981]. Il est bon de noter que les termes de « relation sociale » n’apparaissent jamais en tant que tels dans les index analytiques des œuvres de Parsons ou de ses commentateurs.
[9] Voir P. Donati [ 1991, chap. 4].
[10] Pour une présentation à la fois critique et bienveillante de ces schémas, voir J. C.Alexander [ 1984 et 1987, chap. 2-6].
[11] Voir J. Bartelson [ 2000].
[12] Je me distingue en cela de théoriciens comme Jeffrey Alexander qui ne retiennent de la théorie parsonienne que l’idée d’une augmentation de la contingence du monde social (ordre et action) sans insister sur le thème analytiquement central des relations sociales en tant que telles.
[13] Voir J.C. Alexander [ 1987].
[14] Il va sans dire que, pour la construction de sa théorie sociale, Marx a utilisé non pas un, mais trois modèles heuristiques : infrastructure/superstructure, totalité organique et développement dialectique [voir Wacquant, 1985]. Bien entendu, le statut épistémologique de ce que j’appelle « relation sociale » est différent dans chacun de ces modèles [voir Donati, 1999].
[15] Voir G. Teubner [ 2001].
[16] Cf. Luhmann [ 1991].
[17] Pour plus de détails sur ces études, voir P. Donati [ 2000].
[18] Voir P. Donati [ 2003]. Cet article est un prolongement du paradigme du don élaboré par Alain Caillé dans « Ni holisme ni individualisme méthodologiques. Marcel Mauss et le paradigme du don » [ 1996].
[19] Voir W. Cook et A. Dreyer [ 1984].
[20] J’ai tenté d’éclaircir dans quelle mesure on peut parler de « systèmes sociaux condensés dans le réseau » dans « Zwischen “Gemeinschaft” und “Gesellschaft”: Die informellen Netze in der gegenwärtigen Gesellschaft » [ 1988].
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Voir P. Donati [ 1991]. Suite de la note...
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La perspective récemment proposée par Mustafa Emirbayer [ 1...
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Voir ici même la contribution d’Alain Caillé, et son ouvrag...
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[5]
Voir Niklas Luhmann [ 1987, p. 116]. Suite de la note...
[6]
Voir Serge Moscovici [ 1988]. Suite de la note...
[7]
Voir Talcott Parsons [ 1937]. Suite de la note...
[8]
Voir R. Ruddock [ 1969] et S. P. Savage [ 1981]. Il est bon...
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[9]
Voir P. Donati [ 1991, chap. 4]. Suite de la note...
[10]
Pour une présentation à la fois critique et bienveillante d...
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Voir J. Bartelson [ 2000]. Suite de la note...
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Je me distingue en cela de théoriciens comme Jeffrey Alexan...
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Voir J.C. Alexander [ 1987]. Suite de la note...
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Il va sans dire que, pour la construction de sa théorie ...
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[15]
Voir G. Teubner [ 2001]. Suite de la note...
[16]
Cf. Luhmann [ 1991]. Suite de la note...
[17]
Pour plus de détails sur ces études, voir P. Donati [ 2...
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Voir P. Donati [ 2003]. Cet article est un prolongement du ...
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Voir W. Cook et A. Dreyer [ 1984]. Suite de la note...
[20]
J’ai tenté d’éclaircir dans quelle mesure on peut parler de...
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