2004
Revue du Mauss
Dossier: Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? / C. Qu’une théorie sociologique générale est souhaitable, et ni impossible ni impensable
La relation comme objet spécifique de la sociologie
Pierpaolo Donati
À la question posée par le GÉODE, « Une théorie sociologique
générale est-elle possible (et souhaitable) à l’ère de la mondialisation ?», je
souhaite répondre par l’affirmative tout en spécifiant à quelles conditions et
en émettant de nombreuses réserves.
Le programme que je vais suivre s’appuie d’un côté, sur une
reprise de la théorie classique, et de l’autre, sur la construction d’un cadre
épistémologique qui m’apparaît comme une condition nécessaire à la mise en
place d’une nouvelle théorie sociologique générale adaptée à l’ère de la
mondialisation.
Pour moi, le lieu géométrique de la tradition sociologique
classique est à la fois implicite et,
encore aujourd’hui, mal compris : il
s’agit du caractère relationnel des « faits sociaux ».
Tous les sociologues classiques tentent d’identifier et de
définir ce qu’est une relation sociale. Pour ce faire, ils mettent en avant
différentes perspectives – d’un côté « l’action sociale », de l’autre la
structure sociale ou « le système » – qu’ils considèrent généralement comme
opposées, ou bien qu’ils fusionnent d’une manière ou d’une autre, alors
qu’elles sont en réalité complémentaires l’une de l’autre. Aucun des
sociologues classiques ne parvient à saisir ce qu’est une relation sociale, et
ce en dépit de tous leurs efforts et de leurs formidables succès dans la
compréhension de certaines réalités et/ou dimensions de ce qu’estune relation
sociale.
La « théorie générale » de Parsons, qui fut la tentative la
plus significative de réconcilier et d’unifier les traditions et approches
classiques, a échoué précisément parce qu’elle a essayé d’unifier la « théorie
de l’action » et la « théorie des systèmes » sans proposer une théorie générale
des relations sociales, c’est-à-dire sans parvenir à ce que j’appelle une «
théorie relationnelle » de la société qui soit capable d’aller au-delà de la
modernité.
Bien d’autres disciplines – toutes, en principe – s’intéressent
aux relations sociales, qu’il s’agisse de la philosophie (du point de vue
métaphysique), de la psychologie (du point de vue de la psyché), de l’économie
(du point de vue des ressources), du droit (du point de vue du contrôle par la
règle) et même de la biologie si l’on pense à la bioéthique, etc. Si la
socio-logie est particulière, c’est à cause du regard qu’elle porte sur les
relations sociales : dans les termes d’une théorie qui tienne ensemble toutes
les dimensions des relations sociales et développe, sur une base empirique, la
compréhension de leur différenciation comme de leur conflit et de leur
intégration. Seule la sociologie a pour mission d’observer les relations
sociales dans leur « relationnalité », notion qui demande évidemment à être
approfondie et définie, ce que je vais m’employer à faire.
Bien évidemment, la sociologie contemporaine est dans une
relation à la fois de continuité et de rupture par rapport à la théorie
sociologique classique, et ce sous bien des aspects. J’aimerais ici mettre
l’accent sur le fait que la sociologie contemporaine est toujours bloquée par
la dichotomie entre les approches par l’action et les approches par le système.
À mon avis, si les théories contemporaines ne sont pas en accord les unes avec
les autres, ce n’est pas parce qu’elles sont irréconciliables – au moins en
principe –, mais bien parce qu’elles ont décidé de ne pas se donner le domaine
des relations sociales comme thème principal et comme terrain de confrontation.
Elles ne font qu’observer différents aspects des relations sociales – les
symboles, les formes de communication, les structures, l’action, une fonction
ou une autre, etc. – et se disputent pour savoir laquelle de ces dimensions
peut être considérée comme le facteur
principal (variable, explanans, etc.)
pour rendre compte de ce qui se passe ( explanandum ). En d’autres termes, la continuité
avec les classiques provient fondamentalement du fait que la sociologie
contemporaine n’a pas modifié les postulats de base concernant la définition du
fait social. Les ruptures, elles, concernent la manière de rendre compte de
phénomènes sociaux qui, comme la mondialisation, sont d’une façon ou d’une
autre nouveaux ou différents par rapport au passé.
Soucieux de respecter un principe de parcimonie, je
distinguerai quatre écoles concurrentes principales : 1) la
théorie de l’action – y compris la
théorie du choix rationnel – dans ses différentes versions, y compris quand
elles s’opposent; 2) le
fonctionnalisme
systémique, dont les diverses versions comportent toutes les mêmes
hypothèses de fond; 3) la
théorie
critique dans ses nombreuses variantes; 4) la
théorie narrative, y compris sous sa
forme ethnométhodologique ou linguistique. Selon moi, ces théories divergent
parce qu’elles s’intéressent à des dimensions différentes des relations
sociales qu’elles tentent de rendre plus importantes que les dimensions prises
en compte par les théories rivales. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas
d’autres « écoles » ou théories importantes. Ainsi, la théorie réaliste de la
morphogenèse développée par Margaret Archer est un très bon exemple d’une
théorie remarquable parfaitement compatible avec la perspective qui est la
mienne. Mais je préférerais ici souligner les principaux clivages entre les
paradigmes, clivages qui gagneraient à être compris dans le cadre plus général
d’une « théorie relationnelle de la société
[1] ».
Tel qu’il a été utilisé par la sociologie classique, le concept
de « société » était fortement lié à la conception moderne de ce qu’était un
État-nation – ou un ensemble d’États-nations comme cela est vrai pour la
théorie de Parsons. Bien entendu, les processus de mondialisation qui ont suivi
ne pouvaient que faire voler cette idée en éclats. Cependant, on répéterait la
même erreur que les classiques si l’on imaginait une nouvelle théorie – qu’on
l’appelle ainsi ou paradigme ou programme de recherche… – sociologique pour «
découvrir » une « nouvelle société », à savoir la « société globale ». Cette
attitude conduirait une nouvelle fois, d’une façon ou d’une autre, à
réifier la société comme les
classiques l’avaient fait. La « société globale », ou la mondialisation comme
processus historique dynamique, ne doit pas être entendue comme un « objet »,
mais comme une configuration des relations sociales selon un mode radicalement
différent de ceux du passé. Autrement, on finit par affirmer que la
mondialisation a toujours existé, au moins depuis l’Empire romain, ce qui peut
être une perspective intéressante pour les historiens mais qui engage la
sociologie dans une impasse. La sociologie doit précisément étudier ce
mode différent, dans toute la
diversité de ses expressions. Il ne peut être identique – ou même similaire – à
ceux qui ont existé dans le passé, et ce pour plusieurs raisons : des raisons
liées au temps et à l’espace, en plus de raisons culturelles,
communicationnelles, technologiques, voire biologiques. Pour moi, la «
sociologie globale », au sens que semble donner à cette expression le document
du GÉODE, ne peut tout simplement pas être de la sociologie, car ce n’est pas
l’objet qui est important dans la théorie sociologique. Parler de « sociologie
globale » peut nous conduire à négliger le « véritable défi » que doit relever
la sociologie.
À mon avis, les « éléments cruciaux de l’identité de la
sociologie », pour reprendre la terminologie du document du GÉODE, sont : 1) sa
distinction principielle, c’est-à-dire l’idée de la relationnalité (
relationality) des relations sociales,
et 2) la manière dont elle traite des processus de différenciation, de conflit
et d’intégration des éléments composant les relations sociales. Aucune autre
discipline ne peut accomplir cela. Cet article tente d’expliciter plus avant
ces deux affirmations.
LES RELATIONS SOCIALES EN TANT QU’OBJET DE LA SOCIOLOGIE
Depuis ses débuts, l’attention de la sociologie a porté sur les
« relations sociales » et c’est toujours le cas. Pourtant, bien souvent, on ne
comprend pas bien les relations sociales. Parfois, on ne fait que les «
présupposer », parfois on les considère comme des « structures » ou des
expressions d’actions, parfois elles existent tout simplement, parfois enfin,
elles sont des « événements » ou des « communications ». La plupart du temps,
les sociologues n’en font pas un objet d’analyse, mais la résultante d’autre
chose. Tout se passe pour ainsi dire comme si la sociologie n’observait les
relations sociales que par instinct et par intuition, en les faisant dériver
d’autres facteurs, individuels et/ou collectifs. Même après l’apparition de
théories et de méthodes plus rigoureuses, il est très fréquent que les
relations sociales demeurent une catégorie dérivée et que le caractère
relationnel des phénomènes sociaux reste à l’arrière-plan. Il est donc courant
que, les relations apparaissant comme opaques et déformées, elles soient
traitées de manière réductionniste. Si d’aventure l’existence des relations
fait partie des présupposés (
presupposition
[2]), il est rare que les sociologues les observent dans
le cadre d’une épistémologie susceptible d’empêcher toute forme de relativisme
radical
[3].
Pour éviter de confondre le relativisme avec une forme de «
contingentisme » ( contingentism )
culturel et scientifique, tant le sens commun que la majeure partie des travaux
de sociologie eux-mêmes continuent à penser dans les termes d’un acteurA allant
dans le même sens ou à l’encontre de B – et vice
versa –, et plus généralement en termes d’individus ou d’acteurs
collectifs « en relation » les uns avec les autres. De cette façon, pour éviter
l’indétermination totale, l’accent est mis sur A ou B ou sur le lien entre les
deux, et non sur la « relationnalité » de leur relation (évoquer « les
structures pesant sur eux » ne signifie pas la même chose).
Bien souvent, parler de relations n’est qu’un code formel pour
décrire « l’état du système », y compris si ce dernier est dynamique. Dans
d’autres circonstances, les relations représentent un mode de compréhension des
qualités d’acteurs particuliers. Elles peuvent encore faire référence aux
fonctions ou aux activités des sous-systèmes et, en général, aux
caractéristiques du terrain étudié. Dans certains cas, la sociologie envisage
la « société » qui nous entoure – au lieu d’être « en nous » – et nous
conditionne de telle sorte que les relations sociales deviennent une force
indéterminée que l’on perçoit sans y réfléchir, voire quelque chose de presque
mystérieux. À moins qu’au contraire, elles ne deviennent les « structures »
assurant la « consistance » de la société – la plupart du temps sous le nom de
« structure » ou de « loi ».
En procédant ainsi, la pensée sociologique évite de se
confronter à son objet propre. Quand, sur le terrain, on observe différents
acteurs, ils sont parfois en accord, parfois en désaccord; parfois encore, ils
s’échelonnent le long d’un continuum entre attraction et répulsion. Dans ce
cas, le concept qui s’impose est celui de l’ambivalence de l’identité des
acteurs ou des systèmes. Mais la plupart du temps, l’accent n’est pas mis sur
les relations en tant que telles. Quand on les évoque, c’est pour en faire un
mode de description de la situation et non l’élément même qui « fonde » la
situation. Elles ne constituent qu’un élément « additionnel » aidant à la
compréhension des sujets. Elles demeurent très souvent un élément dérivé, un
sous-produit et un moyen de comparaison. Elles ne sont – ou ne deviennent –
qu’un lien établi par l’observateur entre les termes « réels » de l’action, les
« sujets » ou les « structures ». Les relations ne deviennent l’objet, voire,
au sens strict, un mode de réflexion sociologique approprié et spécifique, que
dans certaines circonstances et chez certains auteurs. C’est alors seulement
que ces derniers peuvent éviter le réductionnisme. Alors seulement qu’ils
peuvent surmonter leurs propres contradictions et leur propre aveuglement quant
à la réalité sociale concrète.
Pour étudier les relations sociales, la sociologie n’a qu’à
puiser dans ses postulats les mieux ancrés. Tous les grands sociologues ont
fourni une contribution fondamentale à la connaissance des relations sociales.
Et pourtant, aujourd’hui, les relations sociales demeurent « l’objet inconnu »,
presque la terra incognita, de la
recherche théorique et empirique – pour ne rien dire de la sociologie pratique
(sociologie appliquée ou clinique). Et pourtant, la matière même de la
sociologie, tout comme le parcours historique qui la caractérise dans et à
travers la modernité, se compose au premier chef de relations sociales. Le
passage de l’époque prémoderne à l’époque moderne, puis le passage de cette
dernière à l’époque postmoderne sont intimement liés, marqués qu’ils sont par
des moments critiques sur le plan relationnel. Il nous faut encore comprendre
et développer cela plus avant.
Telle est la réalité de notre expérience :
tandis que la pensée devient de plus en plus «
relationnelle », les relations sociales se perdent. C’est un
paradoxe, et derrière ce paradoxe se cache la différenciation réflexive
croissante des relations sociales. Si aujourd’hui, en période de
mondialisation, on parle de plus en plus des relations sociales, c’est
précisément parce que « faire société » est plus problématique, plus incertain
et plus instable qu’avant. Plus les relations sociales deviennent contingentes
– leur existence et leurs formes implosent et perdent leurs frontières tant
internes qu’externes –, plus la sociologie semble entrer dans des états de
crise récurrents. Voilà pourquoi la « sociologie relationnelle » semble le
meilleur moyen de répondre à la crise de la sociologie à l’ère de la
mondialisation.
Mon point de départ est le suivant : l’objet de la sociologie
n’est ni le « sujet », ni le système social, ni aucun des couples similaires
(action et structure, mondes vécus et système social, etc.), mais
la relation sociale.
Pour évident que ce constat puisse paraître, il a d’immenses
implications.
Par exemple, contrairement à ce que dit Bruno Latour, il
n’implique aucune opposition entre une « sociologie du social » et une «
sociologie de l’association », puisque le social est intrinsèquement
associationnel (relationnel). De notre point de vue, il n’est pas plausible de
penser la société en termes de codes culturels dualistes comme le fait Jeffrey
Alexander, puisque la culture est également relationnelle. Pour en finir avec
les exemples, lire Max Weber à travers le prisme de l’individualisme
méthodologique – ou du choix rationnel – comme le fait Raymond Boudon conduit à
une profonde incompréhension du mode de pensée relationnel wébérien.
LA CATÉGORIE DE RELATION SOCIALE DANS LA SOCIOLOGIE
MODERNE
En tant que catégorie cognitive explicite et autonome, les
relations sociales sont nées avec la modernité. La sociologie est leur science,
ou, si l’on préfère, leur « discipline » de référence, celle qui étudie leurs
aspects empiriques, factuels et phénoménaux.
La première « méthode moderne » pour l’étude des relations
sociales consiste à les envisager comme l’expression du sujet humain individuel
ou collectif agissant par l’intermédiaire de rôles et d’institutions sociales.
La relation est alors l’émanation, l’expression, la création de quelque chose
qui demeure intérieur. En cela, le moderne considère encore que la tradition
est un point d’ancrage. Il présuppose que le fait d’avoir des relations est un
« besoin » de l’être humain, à moins que ce ne soit sa « seule façon d’être »,
comme le montre l’idée qu’on se « fait » des relations ou qu’on les « cultive
», etc. Le propre de la postmodernité serait précisément d’éliminer cette
dimension, c’est-à-dire l’horizon des traditions culturelles.
Nous pouvons dire d’une école sociologique qu’elle est encore
moderne si, en dépit de toutes les radicalisations de la modernité
(rationalisme, empirisme, relativisme, etc.), elle continue à penser la
relation sociale comme le produit ou l’émanation d’un « sujet ». La modernité
sait bien que la relation est petit à petit en train de « consumer » son propre
sujet, mais elle demeure fidèle à elle-même tant qu’elle estime qu’« il va se
passer quelque chose » permettant au sujet – qu’il s’agisse de la classe
sociale marxienne, de la personnalité charismatique wébérienne ou de la
corporation durkheimienne – de maintenir le contrôle sur les relations
sociales. Chacun sait que la sociologie se pose, depuis sa naissance et encore
aujourd’hui, comme étant, comme devant être, une science destinée à permettre
l’ancrage, l’intégration des relations sociales, bref vouée à leur régulation
et à leur contrôle.
Je ne prétends pas ici faire l’inventaire exhaustif des
principaux auteurs de référence. Si l’on se fie aux critères que j’ai
mentionnés au début, tous ceux qui envisagent les relations sociales comme le
produit d’un « facteur » – le fondement matériel de la société, l’individu, la
division du travail, la culture comme conscience collective, etc. – sont «
modernes ». Cela implique que, si l’on privilégie certains facteurs au
détriment des autres, il se peut que les réductions ainsi opérées soient
inacceptables. Ainsi, toute sociologie ayant recours, en dernière analyse, à
des facteurs matériels – comme la sociologie de Marx – perd de vue le sujet.
Toute sociologie ayant recours, en dernière analyse, à des facteurs individuels
– comme la sociologie de Weber – perd de vue la dynamique autonome et non
individuelle de l’action, avec tout ce qu’elle comporte de déterminations
internes (non sub-jectives), de logique collective et d’ordre comme de
conséquences non intentionnelles. Toute sociologie faisant appel, en dernière
analyse, à des facteurs fonctionnels – comme la division du travail ou la
différenciation fonctionnelle chez Durkheim – perd de vue le sens subjectif,
tandis que toute sociologie ayant recours, ultimement, à des facteurs culturels
– comme chez le second Durkheim – perd de vue tous les aspects structurels
indépendants de la représentation ou de la conscience humaines.
La modernité a certes « libéré » la relation sociale, mais
cette dernière, au cours de la première phase, est demeurée pour ainsi dire «
arrimée » à des théories ou à des facteurs non relationnels comme la théorie de
la valeurtravail, ou celle de la correspondance entre utilité et besoins, ou
encore la raison ou les règles sociales élémentaires. Plus la sociologie
classique se développe, plus elle réalise qu’un tel ancrage est difficile à
maintenir.
Longtemps demeuré implicite et comme en gestation, le «
tournant relationnel » constitue un thème central de la sociologie de Georg
Simmel.
Bien qu’il ne soit pas suffisant et qu’il soit nécessaire de
l’amender et de le compléter à l’aide d’autres théories relationnelles comme la
théorie maussienne de l’échange
[4], on peut considérer ce tournant relationnel simmelien
comme l’acte de naissance d’une véritable théorie sociologique
relationnelle.
Sur le chemin menant la pensée sociologique du moderne au
postmoderne, on trouve des penseurs ayant manifesté une conscience
particulièrement profonde, et parfois dramatique, des tournants relationnels
qui allaient les consumer. Simmel est l’un d’entre eux, peut-être le plus
grand. Avec lui, la sociologie comprend pour la première fois que la réalité de
ce que nous appelons « social » est intimement relationnelle et qu’elle ne peut en principe
être réduite aux déterminations partielles offertes par les paradigmes précités
– marxien, wébérien ou durkheimien. Mais, malheureusement, l’approche théorique
de Simmel est essentiellement formelle, selon l’intuition qui était la sienne,
que la société est relations (et non
qu’elle a des relations).
On sait que la catégorie théorique fondamentale chez Simmel est
celle de relation sociale qui, d’après lui, doit être comprise comme
interaction.
L’importance de cette théorie, grâce à laquelle Simmel exprima
la conscience tragique qu’il avait du drame de la modernité, mérite d’être
approfondie.
Pour Simmel, un phénomène est social dans la mesure où il
exprime une caractéristique particulière, sui
generis, qui le « constitue » : le fait d’être une inter-relation,
ou une inter-dépendance ou, mieux, un effet réciproque ou « effet de
réciprocité ». Tous ces termes sont compris dans le concept simmelien de
Wechselwirkung. Un phénomène social
n’est ni une émanation du sujet ni le produit d’un système abstrait qui
seraient plus ou moins là a priori.
Le social est le relationnel,
c’est-à-dire que l’action réciproque, dans la mesure où elle produit de
l’interaction, est incorporée et exprimée dans quelque chose qui, tout en étant
invisible, a sa propre solidité.
Malheureusement, Simmel ne clarifie pas cette notion de solidité. Ce qui est
clair, en revanche, c’est que la catégorie de Wechselwirkung devient du coup un principe
métaphysique.
Selon moi, le problème fondamental soulevé par la sociologie
relationnelle de Simmel tient au fait qu’il envisage les relations comme des «
événements » ou de purs « phénomènes émergents ». De plus, il manque de
distance critique quand, par exemple, il considère
l’argent comme le prototype formel substantiel et
fonctionnel des relations sociales généralisées. En tout état de
cause, Simmel effectue une opération de très grande importance et de très
grande portée en élaborant une théorie relationnelle de la société fondée sur
une définition des objets sociaux comme relations sociales « substantialisées
», à l’image de l’argent qui constitue pour lui le paradigme élémentaire. En
faisant cela, il élève la correspondance entre la modernité et la
transformation d’entités concrètes – quelles qu’elles soient– en valeurs pures,
abstraites et fonctionnelles, au rang de premier présupposé général de la
sociologie.
Une perspective similaire, bien que dans un cadre différent et
selon des orientations qui le sont aussi, sera ensuite reprise par Talcott
Parsons, sa théorie de l’argent constituant le paradigme des moyens de
communication symbolique généralisée, puis par Niklas Luhmann avec sa théorie
de la primauté des systèmes monofonctionnels
[5]. Volontairement ou non, Parsons et Luhmann sont des
continuateurs de Simmel sur ce point précis : s’ils reprennent de manière très
différente les hypothèses de Simmel, c’est néanmoins de façon décisive; ils
sont même encore plus radicaux que Simmel dans leur vision d’une société
moderne « relationnelle » dominée par ce médium symbolique qu’est
l’argent.
Simmel cherche encore une « logique » (ou une grammaire) des
relations sociales interne au domaine social, pensant que la différenciation
sociale ne les rendrait pas « vides » – de forme et de contenu – mais au
contraire les rendrait de plus en plus autonomes. Il faut comprendre son
formalisme moins – ou pas seulement – comme le fait de séparer la forme et le
contenu de la relation que comme un outil heuristique permettant de comprendre
que le jeu des relations sociales possède des règles et une dynamique
non arbitraire
[6]. L’argent, considéré comme une « relation
sociale substantialisée », n’est d’une certaine manière qu’un de ses
paradigmes.
LA TENTATIVE PARSONIENNE DE « SYSTÉMATISATION » DES RELATIONS
SOCIALES
Talcott Parsons représente l’apogée de ce que j’ai appelé la
pensée moderne des relations sociales. Il tenta dans le même temps de
synthétiser les principaux acquis des sociologues classiques et de lutter
contre les germes menaçant de dissoudre la société moderne. Au cours de cette
opération, Parsons « clôture » la relation sociale, au sens où il l’intègre
parmi les éléments du système général de l’action sociale, laissant
volontairement de côté la pensée de Simmel et les problèmes soulevés par ce
dernier.
Dès le début de l’élaboration de sa théorie, Parsons se
rattacha à ceux qu’il avait lui-même désignés comme étant les « classiques » de
la sociologie parce qu’ils lui étaient utiles pour les faire « converger » dans
sa théorie de l’action
[7]. De ce fait, Parsons était en un sens déjà condamné à
fonder les relations sociales sur des présupposés et des concepts décalés par
rapport aux changements qui se mettaient en place dans la société du
XX
e siècle.
Il n’est pas inutile de rappeler de manière synthétique les
points principaux de la théorie parsonienne des relations sociales. Pour
Parsons, le système social est un ensemble ordonné (
patterned) de rôles de
statutimpliquant certaines lignes d’action (
courses of action). C’est l’unité-acte, et non
la relation entre les atomes, qui est l’élément de base des molécules formant
des organismes sociaux de plus en plus complexes. Après tout, on le sait, les
analogies biologiques et chimico-physiques sont indispensables si l’on veut
comprendre la pensée de cet auteur. Cela signifie que, d’un point de vue
sociologique, la théorie des relations sociales devient un produit de la
théorie de l’action et un corrélat de la théorie des rôles de statut
[8] à l’intérieur d’un cadre
épistémologique fortement influencé par des présupposés à la fois néokantiens
et positivistes. En fin de compte, pour Parsons,
la relation sociale est l’action réciproque des acteurs
dans le système social, mais, dès que l’acteur disparaît de la
scène
[9], la relation
devient un produit du modèle AGIL, c’est-à-dire un produit de la structure
sociale.
Bien que, dans le principe, Parsons aurait pu considérer que
les rôles sont créés par les actions, il n’essaya même pas de creuser cette
idée, car il aurait alors introduit dans sa théorie une circularité difficile à
surmonter.
Chez Parsons, les rôles de statut ont un parfum durkheimien :
ils procèdent de la conscience collective telle qu’elle s’exprime au cours de
la division du travail social. C’est ainsi que les relations sociales qui
constituent le système en arrivent à gagner une connotation
normative dominante chez Parsons.
Les relations sont les actions réciproques
d’individus socialisés selon certaines modalités par des rôles de statut
déterminés.
Les schémas d’analyse parsoniens de l’action sociale – avec ses
composantes : acteur, objectif, moyens, conditions et normes – et des systèmes
sociaux – le schéma AGIL : adaptation, integration, latence, réalisation des
objectifs
[10] –
constituent des instruments heuristiques d’une importance exceptionnelle pour
la théorie relationnelle. Je ne peux pas ici résumer la littérature concernant
ces schémas. Je voudrais simplement montrer que ces schémas et leur « logique
théorique » plus ou moins implicite permettent de comprendre comment les
relations sociales sont présentes au niveau de l’action individuelle en
corrélation avec ce qui se passe au niveau plus large du système social qui
l’englobe. Cette possibilité a été ouverte par Parsons qui ne l’a jamais
explorée en détail.
C’est précisément le fait de ne pas avoir problématisé la
corrélation entre les relations internes à l’action individuelle (au système de
l’action) et les relations entre les différents éléments (ou sous-systèmes)
composant l’action individuelle, sans parler de l’effet transcendant
[11], qui conduit Parsons à
négliger leurs interactions, c’est-à-dire les relations en tant qu’« effets
émergents ». Dans la théorie de Parsons, les relations internes à l’action
individuelle sont considérées par conséquent de manière fortement normative.
Elles apparaissent comme secondaires, et même dérivées, par rapport au «
système » qui les englobe à un plus haut niveau cybernétique. En bref, n’ayant
pas approfondi le thème du sens des relations sociales, Parsons tombe dans le
réductionnisme et dans les amalgames (
conflations), ce qui sera ensuite mis en lumière
par tous les sociologues anti et post-parsoniens.
Il est possible de synthétiser ce qui précède en affirmant que
la tentative théorique de Parsons penche du côté de la « systématisation » des
relations sociales au point qu’elle en vient à rigidifier la logique
relationnelle en tant que telle
[12]. Pour aller au-delà du grand sociologue de Harvard,
il ne suffit pas d’introduire plus de contingence dans le monde social en
évoquant la réalité biface (
two-tired) de l’ordre et de l’action
sociale
[13]. La simple
évocation de la contingence sociale est de peu de conséquences face à la
dénormativisation apparente de la société postmoderne. Il est nécessaire de
pousser l’effort jusqu’à élaborer une théorie sociologique relationnelle. C’est
là précisément l’échec de la théorie parsonienne. Cela est dû au fait que
Parsons a tenté de fonder le succès de la modernité sur l’institutionnalisation
des relations sociales. La modernité elle-même ne peut accepter cela en raison
des limites inhérentes à sa conception, ou au code symbolique, de ces
relations.
LA CATÉGORIE DES RELATIONS SOCIALES DANS LA SOCIOLOGIE
POSTMODERNE
D’un point de vue théorique, la sociologie postmoderne commence
quand on envisage les relations sociales comme étant leur propre produit ou
leur propre fin. Pour moi, cette approche n’est plus
relationnelle. On peut plus exactement
la décrire sous le nom de « relationnisme ».
Marx est indiscutablement un précurseur de cette approche, mais
uniquement sous certains aspects, et toujours dans le cadre de son utopie
matérialiste envisageant les relations capitalistes comme la sortie de la «
préhistoire » devant mener à la fin de la division du travail social ainsi qu’à
la révélation de l’histoire « vraie » au sein de la société communiste, cadre
qui contraste empiriquement avec l’expérience historique post-marxienne
[14]. Une perspective tout
aussi relationniste est au cœur de tous les sociologismes modernes et
contemporains ayant fait de la relation sociale un
eschaton – une fin ultime –, mais
toujours de manière partielle et sans réelle conscience tant des prémisses
épistémologiques que des conséquences qu’un postulat relationnel radical doit
affronter. En d’autres termes, il y a bien des précurseurs de la sociologie
moderne, mais leur pensée manque de l’élaboration et de la conscience
analytique qui caractérisent la socio-logie contemporaine à laquelle je fais
référence.
Aujourd’hui cette perspective est présente chez ceux qui
estiment que la relation peut devenir une fin en soi dans la mesure où, selon
eux, elle peut se passer du sujet, de toutes les entités collectives plus ou
moins institutionnalisées et de la rationalité normative. Mais ce n’est pas
l’essentiel.
Pour les postmodernes, ce ne sont ni la société ni la théorie
qui éliminent le sujet. Au contraire, la société postmoderne met l’accent sur
l’irréductibilité du sujet en tant qu’« âme », « conscience » ou «
environnement » de l’action et du système social. Ce qui signale le postmoderne
est bien plutôt l’exaltation
contemporaine des relations sociales jointe à leur dissolution. Pour autant, cela nous ouvre
de nouveaux horizons pour comprendre les relations sociales, ce concept clé
pour l’explication du sujet et des systèmes sociaux.
Dans la postmodernité, la dialectique du sujet et de
l’institution, de l’action et de la structure, etc., suit le simple déploiement
des relations, conçues en général comme des flux de communication. Le code
symbolique interprétant ce processus est essentiellement communicationnel : les
relations sont englobées en tant que communications et sont de fait réduites à
n’être que cela.
Il n’est pas possible de donner ici un compte rendu détaillé de
ces processus d’absolutisation et de radicalisation des relations sociales à
l’intérieur de leur propre circularité autoréférentielle, ni de la pensée des
nombreux auteurs contemporains pratiquant le « relationnisme », c’est-à-dire
réduisant la relation au point de la faire disparaître. Néanmoins, pour donner
quelques exemples au lecteur, je mentionnerai deux versions de « relationnisme
» qui me semblent particulièrement représentatives ou idéaltypiques de cette
approche sociologique : Jean Baudrillard, ou l’implosion des relations sociales
et leur exaltation comme pure simulation, et Niklas Luhmann, ou l’exaltation
des relations sociales comme pure communication.
Il s’ensuit que les relations sociales présentent les
caractéristiques suivantes :
- du point de vue de l’ordre social, elles sont assujetties à
une contingence radicale;
- elles sont soumises au code systémique d’une
différenciation fonctionnelle de plus en plus radicale associée à la
disparition des références aux institutions et aux structures sociales non
processuelles;
- du point de vue de l’action, elles se réduisent à de la
communication;
et on revient au postulat de la non-pertinence de toute
tradition culturelle.
Il faut reconnaître que, sur un point au moins, la sociologie
de Baudrillard, comme celle de Luhmann et de beaucoup d’autres, contribue
fortement à jeter une lumière crue sur l’objet de la sociologie, à savoir
l’autonomie croissante des relations sociales dans les jeux de la société ainsi
que les produits et les effets d’une telle tendance. Mais il faut aussi bien
voir que ces lumières sont aussi partielles que partiales et que, pour subtiles
et attirantes qu’elles soient, elles renvoient en fin de compte une image de la
réalité sociale qui pourrait sérieusement fausser le sens de la condition
humaine, même au sein de la société postmoderne. Il est indubitable
qu’aujourd’hui, les relations sociales généralisées sont de plus en plus
simulées et qu’elles autonomisent l’aspect communicationnel au-delà de tous les
seuils connus.
Mais la réalité sociale ne se limite pas à cela. Ou, plus
exactement, elle n’est pas vraiment cela.
LES TENTATIVES DE « RECONSTRUCTION »
Après les théoriciens classiques, il existe dans le grand
fleuve postmoderne un large courant sociologique qui, bien que très hétérogène,
se donne pour ambition de reconstruire un cadre théorique à l’intérieur et à
l’aide duquel il serait possible de produire une vision positive de la relation
sociale.
Je n’en citerai ici que quelques-uns, avec pour seul but de
souligner et d’étiqueter des voies de recherche paradigmatiques : Jürgen
Habermas ou les composantes normatives des relations, Anthony Giddens ou la
tendance à la « structuration » des relations sociales, Jeffrey Alexander ou
les composantes herméneutiques des relations sociales, Margret Archer ou la
morphogenèse des relations sociales. Cependant, tout laisse à penser que ces
sociologues demeurent pour ainsi dire focalisés sur un aspect particulier des
relations et restent donc en deçà du défi postmoderne anticipé par Simmel et
que Luhmann a littéralement fait exploser.
Si l’on souhaite réellement relever le défi et, de là,
comprendre la « société relationnelle » en train de naître sous nos yeux,
il est nécessaire d’élever la relationnalité au
rang deprésupposé général premier dans l’environnement métaphysique de la
théorie. Luhmann a bien compris la nécessité d’une telle perspective
relationnelle, mais il s’est malheureusement arrêté au paradoxe selon lequel la
société actuelle élimine la relation
sociale et qu’il est indispensable, par
conséquent, de renoncer au pouvoir explicatif de cette catégorie
[15]. Selon moi, il se trompe
: en hypostasiant (
ontologizing) dans
la société le concept de relation, il rend le monde social
absolument contingent. Il en tire des
conclusions extrêmement réductionnistes, que ce soit la radicalisation du rôle
de la différenciation sociale, posée comme moteur de l’histoire, ou l’érection
de la méthode fonctionnelle – qui n’est qu’une méthode –au rang de présupposé,
c’est-à-dire à la bordure de l’environnement métaphysique de la théorie. Cela
produit des effets désastreux sur la théorie et sur la capacité de comprendre
les référents empiriques.
Néanmoins il est clair qu’à moins d’élever les relations au
rang de présupposés – au sens épistémologique –, il est impossible d’analyser
correctement la complexité de la société qui émerge sous la poussée des
nouveaux codes communicationnels symboliques et relationnels. Nous savons par
exemple, qu’on ne peut ni expliquer ni comprendre l’existence actuelle d’une si
grande pathologie sociale et d’une si grande régression culturelle alors que,
pour l’essentiel, le « système » est stable et va de l’avant.
Aujourd’hui, ce système n’est capable de tourner en dérision
toute demande de régulation des relations sociales généralisées, d’allocation
d’un sens sub-jectif à des structures et des institutions sociales, de
satisfaction des besoins d’empathie, etc., que parce qu’il développe d’« autres
» codes relationnels pouvant se substituer à ces demandes, à ces besoins et à
leurs réponses sociales. C’est la raison pour laquelle il existe de moins en
moins de place pour le sens empathique ou herméneutique – voire, apparemment,
pour tout besoin d’un tel sens –, qu’il soit ou non partagé. C’est ici que se
loge le pouvoir manifeste du « système global » et de son
propre sens.
Les raisons en sont multiples et complexes mais, en résumé,
elles sont liées au fait que la « société globale » ne semble pas capable
d’engendrer ou de tolérer des solutions complexes; elle fait donc aussi des
ravages chez les sujets et à propos des problèmes nécessitant des solutions
complexes qui ne peuvent donc plus être trouvées. Seule une théorie adéquate et
une praxis relationnelle permettront
d’éclairer cette situation de façon non cynique.
LA « PENSÉE RELATIONNELLE » EN SOCIOLOGIE : UNE ÉPISTÉMOLOGIE, UN
PARADIGME ET UNE PRAGMATIQUE
En sociologie, le passage d’un paradigme simple à un paradigme
« complexe », tel que le définit Edgar Morin, représente une transformation
radicale du statut épistémologique, ontologique et phénoménologique de la
relation sociale en science et dans la société. S’exprimer de manière
relationnellement adéquate implique a) avant tout, que les relations sociales
soient placées au niveau d’une réalité sui
generis incarnée dans des « faits sociaux » et b) que tout objet
sociologique doit être défini comme une relation sociale de manière sensible,
sachant que l’objet de la sociologie est la relation sociale « incarnée » dans
l’objet lui-même dans la mesure où cet objet est un phénomène social, qui est
socialement construit et transformé, et qui existe socialement.
Ces points méritent d’être approfondis car, à travers eux, nous
pouvons espérer pénétrer un peu mieux ce que j’appelle la « pensée
relationnelle ».
La réalité propre et
sui generis des relations
sociales
Dire que les relations sociales possèdent leur réalité propre
( sui generis) signifie simplement
qu’elles ne proviennent de rien d’autre; elles reflètent leur propre ordre de
réalité doté de dynamiques internes requérant une attention spécifique et un
encadrement théorico-pratique. En retour, on ne peut faire dériver cet ordre de
réalité de tel ou tel facteur particulier – comme le pouvoir, à en croire Elias
–, ou l’y réduire, car l’objet est en soi la relationnalité du social.
Tout cela a un fondement pour ainsi dire expérienciel et
empirique. Dans le système de référence organique qu’est le corps, une personne
ne peut pas vivre sans air et sans nourriture, de même qu’elle ne peut pas se
contenter de l’un ou de l’autre. Dans le système de référence social que sont
les formes sociales, l’être humain ne peut exister sans relations avec les
autres. Les relations le « constituent » en tant que
personne, tout comme l’air et la
nourriture pour le corps. Si l’on suspendait la
relation avec l’autre, on suspendrait la relation avec soi. C’est
cela l’objet de la sociologie, et rien d’autre.
Il est certain que nous ne pouvons pas
voir les relations « partir en
promenade ». Nous savons pourtant qu’elles existent et qu’elles possèdent une
consistance qui leur est propre, non seulement parce qu’elles se concrétisent
en mouvements et en institutions sociales, mais parce que nous avons d’elles
une expérience directe et intérieure. Qu’elles soient de l’ordre de la
contingence ne suffit pas pour affirmer qu’elles n’ont aucune réalité. La
couleur des yeux est aussi une caractéristique contingente, elle n’en est pas
moins réelle. Parfois, les caractéristiques contingentes se révèlent plus
décisives que celles qui ne le sont pas.
Qu’est-ce que la réalité alors ? C’est la réalité d’une
relation dansl’objet – ce que la sociologie appelle le « fait social » – qui
n’est pas simplement psychique ou limitée à l’esprit de l’observateur, une
réalité qui requiert une théorie adéquate du système d’observation dans la
mesure où l’observateur peut se placer dans différents systèmes de référence,
qui sont constitués symboliquement et selon le cheminement du sens (
pathways of meaning) (voir l’
Euryalistik dont parle Luhmann
[16]) mais qui doivent
substituer à la réalité son image ou sa représentation.
La conclusion que j’en tire est la suivante : adopter un
regard relationnel signifie se placer à un niveau de réalité invisible, mais
bien réel dans lequel la relation est le tertium. Il faut se trouver dans ce système de
référence pour éviter de transformer cette relativité – irréductible en soi –
en relativisme. Ce tertium possède la
même réalité que ce qui nous constitue en tant que communauté, plurielle et
pragmatique. Même si cela est difficile à comprendre, la relationnalité
n’existe pas seulement au niveau social, mais aussi dans les connexions entre
les différents niveaux de réalité (biologique, éthique, politique, économique,
etc.).
La sociologie en tant que
définition relationnelle des objets
Les relations ne sont pas seulement un
medium. Elles sont le point de vue à
partir duquel la sociologie peut saisir ses objets dans leur nature sociale.
Tout objet sociologique peut et doit être défini en termes relationnels. Il est
faux de dire que la sociologie étudie les relations entre les réalités
sociales, pour reprendre l’expression, devenue classique, utilisée par Vilfredo
Pareto au début de son Traité de sociologie
générale. Elle étudie plutôt les réalités sociales
en tant que relations. Pour accomplir
cela, elle doit redéfinir ses objets, et donc ses concepts, comme des
relations.
Il ne faut jamais oublier qu’au début d’une étude, quand nous
posons le problème – « comment se fait-il que… ? » – l’objet-phénomène étudié
vient d’un contexte relationnel, est immergé dans un contexte relationnel et
génère un contexte relationnel. La grande erreur de l’approche phénoménologique
est de mettre les relations sociales entre parenthèses et de tenter ensuite de
les reconstruire comme produits de l’intersubjectivité – ce que l’on ne peut
que rarement faire.
L’approche sociologique se distingue de la pure approche
phénoménologique parce qu’elle assume pleinement le fait que les relations
sociales sont des points de départ. La phénoménologie met les relations
sociales entre parenthèses afin de permettre l’émergence des opérations de
conscience transcendantale (ou ego).
Nous ne nions pas le caractère fructueux de l’approche phénoménologique et de
l’analyse critique en tant que moment de suspension ou en tant qu’indice de la
récursivité méthodologique ( recursivness).
Mais, d’un point de vue sociologique, il faut fermement
soutenir que c’est la relation sociale qui, en sociologie, est la « clé » tant
pour entrer dans le sujet que pour en sortir. En sociologie, l’objet que nous
voulons connaître est la relation sociale, et non le sujet ou l’
ego en tant que tel. J’ai tenté ailleurs de
fournir quelques exemples de cette procédure en l’appliquant à des thèmes tels
que la santé, la famille, la maladie chronique, l’État-providence, la
citoyenneté, la société civile, le tiers secteur
[17] et, plus récemment, le don
gratuit
[18].
Afin de comprendre la réalité sociale, puis d’intervenir sur
elle ou en elle, il est important d’avoir les idées claires sur le code
symbolique spécifique utilisé et sur le type ou le niveau de relationnalité
implicite.
Plus généralement, il est nécessaire, pour comprendre et
contenir une complexité sociale croissante, qu’il existe des codes capables de
laisser cette complexité ouverte à un cadre sélectif – c’est-à-dire à des
choix, voire à des réductions – plus large que celui qu’offrent les codes
binaires du type ou… ou. Ce qui
requiert au minimum les éléments suivants :
a) au niveau épistémologique, un
code symbolique qui se concentre non
seulement sur les pôles de la relation ( relata), mais aussi sur la relation elle-même en
tant que médiation ou médiatrice irréductible aux termes qu’elle connecte ou
auxquels elle réfère;
b) au niveau paradigmatique et pragmatique, des
modèles de réseau adaptés à l’analyse
ainsi que des interventions sociales capables de montrer non seulement la
contribution apportée par les éléments individuels de la relation, mais aussi
celle de la relation elle-même, considérée comme « effet émergent
[19] », cela afin d’observer
et d’analyser le système social en question comme une forme de « condensation »
du réseau social sous-jacent
[20].
Un exemple pourrait nous permettre d’y voir plus clair. Nous
avons choisi le problème, si souvent posé, de la réalité sociale de la famille
: « Qu’est-ce que la famille du point de vue sociologique ?» La seule issue
possible à l’actuelle désorientation des sociologues sur cette question
consiste à comprendre la réalité propre et sui
generisdes relations familiales en leur donnant une formulation
pleinement relationnelle. Cette définition doit permettre de les comprendre
comme une forme spécifique d’échange symbolique ou un « phénomène social total
» institué en même temps entre les
sexes et entre les générations.
Cela dit, en quoi consiste la « réalité relationnelle » de la
famille ?
Pouvons-nous voir la
famille « partir en promenade »? Certainement pas.
En revanche, nous pouvons voir le père, la mère et les
enfants partir en promenade. Si nous les connaissons déjà sous le nom de «
famille White », nous pouvons dire que la famille White part en promenade. Si
ce n’est pas le cas, il existe un nombre fini de relations biologiques et
sociales possibles entre ces personnes partant en promenade. Il est impossible
de décider si c’est une famille ou non et il faut suspendre tout jugement. Mais
est-ce cela, la famille ? S’il manque
un des fils, ou la grand-mère, ou toute personne vivant habituellement sous le
même toit, est-ce aussi le cas ?
En réalité, nous ne voyons que des personnes et,
après avoir posé ou supposé certaines relations
entre eux, nous pouvons dire que la famille White, complète ou
incomplète, part en promenade. La présupposition concerne donc l’existence
d’une certaine relation entre les éléments observés.
Nous voyons des personnes, mais nous pensons par
relations et nous parlons en supposant des relations. Le mot «
famille » signale des relations : il est une relation, non un lieu, une niche
ou quelque chose qui y ressemble. L’essentiel du vocabulaire que nous utilisons
pour décrire ce que nous observons audelà des personnes individuelles est
relationnel. Les mots n’ont un sens que s’ils font référence à des relations :
d’une certaine façon, les mots sont
des relations. Tous nos processus cognitifs sont des relations : ils ne lient
et ne font référence que par relation, et cela dans la mesure où ils profitent
de la médiation du langage qui est une grande image relationnelle collective et
symbolique.
D’un autre côté, on sait par expérience que le langage ne
contient pas toute la réalité. Si je vois John et Clara White partir en
promenade accompagnés d’un de leurs enfants et si je dis que la famille White
part en promenade, cela ne signifie pas que ce que je prétends être la famille
White se limite, maintenant ou généralement, à être ce que j’observe, pense et
décris linguistiquement. En réalité, outre le fait qu’il y a un membre de la
famille qui ne se trouve pas avec eux, ce que j’observe n’englobe certainement
pas tout ce qu’est la famille White. En d’autres termes, ma perception de la
réalité est construite et exprimée comme une relation, mais ne se réduit pas au
langage : le langage ne peut exprimer toute la réalité des relations
existantes. Les relations présentent la particularité de toujours faire
référence à d’autres relations. Le sens d’un sens (
meaning of a meaning) est une
relation. C’est le cas parce que les relations ne peuvent exister que par
l’intermédiaire d’« images collectives ».
Cependant, nous n’avons toujours pas répondu aux questions
posées :
en quoi consiste la relation que nous appelons « famille »?
Comment nommer les groupes de gens X que nous observons ? Pour répondre à la
première, cette relation consiste dans le fait que
les termes symboliquement reliés au cours de
l’observation (= relata) sont ou
représentent « quelque chose » les uns pour les autres. Ce « quelque
chose » n’est pas fixé une fois pour toutes, mais il est nécessaire pour qu’il
existe une relation. Si ce n’est pas « cette famille », ce serait « une autre
», mais cela ne doit pas nous empêcher de nous demander qui ils sont. On peut
se demander si ce « quelque chose » n’est qu’une interprétation subjective. Ou
encore, si une entité objective est établie par un accord
intersubjectif.
Par conséquent, la relation que nous appelons « famille »
n’est pas uniquement le produit de sentiments ou de perceptions, d’un état
mental plus ou moins empathique, mais un fait à la fois symbolique (« une
référence à » : re-fero) et structurel
(« un lien entre » : re-ligo). En tant
que tel, il ne dépend pas du sujet, même s’il ne
peut s’actualiser que dans les sujets. C’est en cela que cette
relation suppose une sensibilité particulière.
Mais l’individualisation des processus perçus, sensibles,
imaginatifs et mentaux, ne peut commencer qu’avec l’aide de ce que nous
partageons avec les autres.
La définition de la famille, et
donc la fin de la circularité du cercle herméneutique, est ancrée dans les
exigences de la relation elle-même. Elle ne devient compréhensible
que si la relation est envisagée par les sujets comme une relation
sui generis et rien d’autre. D’un
point de vue sociologique, la famille n’est pas en dernière analyse ce que les
sujets dans l’interaction ou une culture héritée définissent comme étant une
famille. Ce n’est pas non plus un présupposé. Elle est ce qui correspond aux
exigences d’un type particulier d’interactions, ou système relationnel, devant
permettre la réciprocité complète d’un monde vécu entre les sexes et entre les
générations. La famille est une relation sui
generis; elle doit être rendue recevable et adéquate en accord avec
sa signification et son contexte propres.
Par rapport à ces exigences, l’indétermination tout comme la
régression à l’infini sont exclues. La
circularité est interrompue par la relation elle-même quand elle se sait être
une relation et rien d’autre. Être dans une relation familiale n’est
pas la même chose qu’être un patient en relation avec un médecin, un employé en
relation avec un employeur, un ami en relation avec un ami, un client en
relation avec un vendeur, etc.
De nos jours, résoudre les deux problèmes posés plus haut – à
savoir identifier la réalité sociale comme un niveau de réalité
sui generis et définir l’objet en
termes relationnels – demande un tournant épistémologique auquel correspond un
paradigme et la pragmatique qui en découle. Je m’en tiendrai pour des raisons
de place à quelques propositions visant seulement à délimiter un cadre
conceptuel plus général et utile à l’élaboration d’une sociologie
relationnelle.
L’épistémologie
relationnelle
Le présupposé le plus général de la pensée sociologique peut
être résumé dans une formule non relativiste : au
commencement est la relation. Les processus sociaux, avec toutes
leurs caractéristiques propres, se réalisent dans les relations, avec les
relations et par les relations. On peut en dire autant de la réalité sociale et
de la théorie. En d’autres termes, le relationnel est le devenir de la réalité
sociale, en théorie comme en pratique. Il est possible de développer une
perspective relationnelle tout au long du continuum scientifique, de la
dimension théorique aux faits empiriques et vice
versa, selon un processus continu de réflexivité à travers
différentes phases et étapes méthodologiques qui demeurent relativement
autonomes.
Élever la relation au rang de présupposé premier et général
dans l’environnement métaphysique de la connaissance n’implique absolument pas
de faire l’hypothèse d’une absolue contingence du monde social.
Parallèlement, cela n’implique pas non plus de se tourner
vers une forme d’ontologie niant l’humain ou le sujet social. Au contraire,
cela implique d’assumer le fait que la relation possède sa propre « racine »
non contingente alors même qu’elle se déploie dans la contingence. De toute
évidence, cette « racine » ne se trouve pas dans une société donnée. Elle va
au-delà d’une phénoménologie sociale concrète.
Le paradigme méthodologique
relationnel
Selon cette perspective, on ne peut comprendre la société
qu’à partir d’un paradigme qui n’est pas celui du tout et des parties, ni celui
du système et de l’environnement, ni celui de l’autopoïèse, mais celui du
réseau social. La société est comprise comme un
réseau ou un tissu de relations.
La société est une relation de relations se déployant chacune
selon son code symbolique relationnel, que l’on peut aussi interpréter comme
une « logique » bien qu’elle ne soit pas toujours nécessairement
rationnelle.
Il est fondamental de comprendre la relation entre le concept
de réseau social et celui de système social. C’est le premier qui est plus
large que le second, et non le contraire. Les systèmes sont une sorte de «
condensation » de réseaux en ce sens que les réseaux sont conducteurs de plus
de réalité que nous ne pourrions en voir grâce aux réseaux communicationnels,
avec leurs nœuds, leur densité, leur fonctionnalité, leur connectivité et
toutes les autres caractéristiques « systémiques ».
La division actuelle entre les analyses de réseaux de type
structuraliste et les analyses culturalo-communicationnelles doit être
repensée, et précisément en termes relationnels. Les paradigmes qui, jusqu’ici,
étaient ambivalents, dualistes, et qui fonctionnaient sur le principe de
l’opposition ou de la complémentarité, etc., doivent être reformulés selon la
logique relationnelle des réseaux sociaux.
La pragmatique
relationnelle
Les implications réelles de cette sociologie relationnelle
peuvent être envisagées et structurées en accord avec l’analyse des réseaux,
selon des approches que l’on peut englober sous le terme large d’«
interventions de mise en réseau » ( networking
interventions). L’idée générale est qu’une sociologie pouvant servir
de soutien à une action pratique ou clinique, par exemple dans le domaine des
politiques sociales ou des services sociaux, doit tout d’abord mettre en
évidence que :
- les sujets et les objets n’existent pas à l’état isolé, mais sous la
forme de toiles relationnelles complexes dans lesquelles les sujets et les
objets sont définis relationnellement, de manière à la fois auto et
allopoïétique. Il ne s’ensuit pas qu’ils sont définis de façon relativiste
comme si chacun pouvait comprendre et modifier ce qu’il souhaite selon son bon
plaisir. On résoud le problème de la relativité en spécifiant les relations
entre les différents systèmes de référence utilisés pour l’analyse ou bien en
spécifiant les variables correspondant à l’état non trivial du système
utilisées pour l’analyse;
- celui qui intervient sur un sujet ou un objet doit
travailler sur la toile relationnelle
dans laquelle est inséré ce qu’il observe, c’est-à-dire qu’il doit prendre en
compte, car ils sont toujours importants, les autres sujets et les objets
environnants comme les « effets de réseaux » impliqués dans les
actions;
- tout cela doit se dérouler en gardant à l’esprit qu’il
existe une relation entre l’observateur et
l’observé, comme entre l’acteur et ce sur quoi il agit, relation qui
a la connotation d’un cercle herméneutique, mais celui-ci n’est pas indéterminé
ad infinitum.
Évidemment, il existe de multiples niveaux auxquels les
éléments précédents doivent être connus, pris en considération, mesurés et mis
en pratique. Un point important : les options a
priori réductionnistes, ou de nature réductionniste, ne devraient
pas être considérées comme légitimes.
Ce que nous voulons connaître, ce sont les « faits » sociaux
dans la mesure où ils sont réels. Pourtant, nous ne pouvons les connaître que
dans et à travers des relations :
- la relation est la clé pour entrer dans la réalité et
pour la quitter;
- la relation n’élimine pas les termes qu’elle met en
connexion; au contraire, elle les met en valeur, les explore et les
exprime;
- la relation n’est pas une pure abstraction, pure forme ou
pure communication, mais une réalité concrète :
- il va sans dire qu’on ne peut envisager cette entité
concrète relationnelle comme étant dichotomique, c’est-à-dire ambivalente et
duelle, ou confuse, qu’en dernière extrémité ( in
extremis); normalement, elle a une structure en réseau; elle
connecte, met en relation et crée des interdépendances; les tensions, les
conflits et les contradictions proviennent de cela;
- les normes et les règles constituent un mode
indispensable et inévitable afin de réguler en situation normale, c’est-à-dire
pas dans des conditions extrêmes, la contingence de situations qui, dans le
monde social, ne sont pas déterminées a
priori.
En résumé : c’est la relation, et non la dualité ou
l’ambivalence ou quoi que ce soit d’autre, qui est le « jeu des jeux ». Il est
curieux de voir la sociologie continuer à débattre d’elle-même dans sa
recherche de solutions aux problèmes sans se rendre compte à quel point, à des
niveaux différents et selon des modalités variées, elle affecte l’objet qu’elle
se donne pour mission de connaître. Pour atteindre une telle capacité de
réflexivité et d’auto-observation, il est nécessaire de promouvoir une option
non réductionniste, c’est-à-dire une option relationnelle.
( Traduit par Stéphane
Dufoix)
·
ALEXANDER J. C., 1982, Theoretical Logic in Sociology, vol. I,
Positivism, Presuppositions, and Current
Controversies, The University of California Press,
Berkeley-Los
·
Angeles.
·
– 1984, Theoretical Logic in
Sociology, vol. IV, Routledge & Kegan Paul, Londres.
·
– 1987, Twenty Lectures.
Sociological Theory Since World War II, Columbia University
·
Press, New York.
·
BARTELSON J., 2000, « Three Concepts of Globalization »,
in THERBORN G. (sous la dir. de), «
Globalizations Are Plural », numéro spécial, International Sociology, vol. 15, n° 2, juin, p.
180-196.
·
CAILLÉ Alain, 1993, La Démission
des clercs. La crise des sciences sociales et l’oubli du politique,
La Découverte, Paris.
·
– 1996, « Ni holisme ni individualisme méthodologiques. Marcel
Mauss et le paradigme du don », La Revue du MAUSS
semestrielle, n° 8,2e semestre, « L’obligation de donner. La
découverte sociologique capitale de Marcel Mauss », p. 12-58.
·
COOK W., DREYER A., 1984, « The Social Relations Models »,
Journal of Marriage and the Family, 46
( 3), p. 679-687.
·
DONATI P., 1988, « Zwischen “Gemeinschaft” und “Gesellschaft” :
Die informellen
·
Netze in der gegenwärtigen Gesellschaft »,
Soziologisches Jahrbuch, 4 (I), p.
249-276.
·
– 1991, Teoria relazionale della
società, Angeli, Milan.
·
– 1999, Lezioni di
sociologia, Cedam, Padoue.
·
– 2000, « Freedom vs. Control in Post-Modern Society : A
Relational Approach », in
·
SCHEUCH E. K., SCIULLI D. (sous la dir. de), Societies,
Corporations and the Nation
·
State, Brill, Leiden, Annales de l’Institut international de
sociologie, vol. 7, p. 47-76.
·
– 2003, « Giving and Social Relations : The Culture of Free
Giving and its Differentiation
·
Today », International Review of
Sociology, 13 ( 2), p. 243-272.
·
EMIRBAYER Mustafa, 1997, « Manifesto for a Relational Sociology
», American Journal of Sociology, vol.
103, n°2, septembre, p. 281-317.
·
LUHMANN Niklas, 1987, « The Evolutionary Differentiation
between Society and
·
Interaction », in
ALEXANDER J. C. et alii,
The Micro-Macro Link, University
of
·
California Press, Berkeley.
·
– 1991, « Sthenographie und Euryalistik »,
in GUMBRECHT H. U., PFEIFFER K. I.
(sous la dir. de), Paradoxen/Zusammenbrücke/Kognitive Dissonanzen,
Francfort,
·
Suhrkamp.
·
MOSCOVICI Serge, 1988, La Machine
à faire des dieux, Fayard, Paris.
·
PARSONS Talcott, 1937, The
Structure of Social Action, Free Press, New York.
·
RUDDOCK R., 1969, Roles and
Relationships, Routledge & Kegan Paul, Londres.
·
SAVAGE S. P., 1981, The Theories
of Talcott Parsons : The Social Relations of Action,
·
Macmillan, Londres.
·
TEUBNER G., 2001, « The Economics of Gift – Positivity of
Justice : The Mutual Paranoia of Jacques Derrida and Niklas Luhmann »,
Theory, Culture and Society, 18 ( 1),
février, p. 29-47.
·
WACQUANT Loïc J. D., 1985, « Heuristic Models in Marxian Theory
», Social Forces, 64 ( 1),
septembre.
[1]
Voir P. Donati [ 1991].
[2]
Je me réfère ici à la signification de
presupposition telle que suggérée par
J.C.Alexander [ 1982].
[3]
La perspective récemment proposée par Mustafa Emirbayer [ 1997]
est d’évidence enfermée dans un relativisme total.
[4]
Voir ici même la contribution d’Alain Caillé, et son ouvrage,
La Démission des clercs. La crise des sciences
sociales et l’oubli du politique [ 1993].
[5]
Voir Niklas Luhmann [ 1987, p. 116].
[6]
Voir Serge Moscovici [ 1988].
[7]
Voir Talcott Parsons [ 1937].
[8]
Voir R. Ruddock [ 1969] et S. P. Savage [ 1981]. Il est bon de
noter que les termes de « relation sociale » n’apparaissent jamais en tant que
tels dans les index analytiques des œuvres de Parsons ou de ses
commentateurs.
[9]
Voir P. Donati [ 1991, chap. 4].
[10]
Pour une présentation à la fois critique et bienveillante de
ces schémas, voir J. C.Alexander [ 1984 et 1987, chap. 2-6].
[11]
Voir J. Bartelson [ 2000].
[12]
Je me distingue en cela de théoriciens comme Jeffrey Alexander
qui ne retiennent de la théorie parsonienne que l’idée d’une augmentation de la
contingence du monde social (ordre et action) sans insister sur le thème
analytiquement central des relations sociales en tant que telles.
[13]
Voir J.C. Alexander [ 1987].
[14]
Il va sans dire que, pour la construction de sa théorie
sociale, Marx a utilisé non pas un, mais trois modèles heuristiques :
infrastructure/superstructure, totalité organique et développement dialectique
[voir Wacquant, 1985]. Bien entendu, le statut épistémologique de ce que
j’appelle « relation sociale » est différent dans chacun de ces modèles [voir
Donati, 1999].
[15]
Voir G. Teubner [ 2001].
[16]
Cf. Luhmann [
1991].
[17]
Pour plus de détails sur ces études, voir P. Donati [
2000].
[18]
Voir P. Donati [ 2003]. Cet article est un prolongement du
paradigme du don élaboré par Alain Caillé dans « Ni holisme ni individualisme
méthodologiques. Marcel Mauss et le paradigme du don » [ 1996].
[19]
Voir W. Cook et A. Dreyer [ 1984].
[20]
J’ai tenté d’éclaircir dans quelle mesure on peut parler de «
systèmes sociaux condensés dans le réseau » dans « Zwischen “Gemeinschaft” und
“Gesellschaft”: Die informellen Netze in der gegenwärtigen Gesellschaft » [
1988].