Revue du MAUSS
La Découverte

I.S.B.N.2707144630
480 pages

p. 85 à 100
doi: 10.3917/rdm.024.0085

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Dossier / A) qu'il n'y a nullement lieu de regretter l'inexistence d'une théorie sociologique générale / Que « la situation n'est pas si grave que ça ». Vertus de la diversité

no 24 2004/2

2004 Revue du Mauss Dossier: Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? / A. qu’il n’y a nullement lieu de regretter l’inexistence d’une théorie sociologique générale – Que « la situation n’est pas si grave que ça ». Vertus de la diversité

Pour une approche non unitaire de la théorie générale

Ilana Friedrich Silber
L’idée d’une théorie sociologique générale a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? À travers cette question et celles afférentes – chacune indissociable d’un certain diagnostic sur la situation présente de la discipline–, il nous est suggéré que l’absence de paradigme unitaire commun, la prolifération de recherches empiriques sans lien ni entre elles ni avec une quelconque forme de théorie, l’effacement croissant des frontières entre disciplines conduiraient à saper d’une façon générale l’identité disciplinaire de la sociologie et, en particulier, toute perspective d’une théorie sociologique générale.
Il me semble néanmoins possible de brosser un tableau sensiblement différent, plus positif, du paysage théorique actuel [1]. La diversité et la fragmentation ne constituent pas nécessairement des traits négatifs, et si elles rendent l’obtention d’un consensus plus difficile, elles n’annulent ni la nécessité ni la possibilité d’une théorisation générale. Je voudrais au contraire montrer qu’elles peuvent contribuer non pas à réduire, mais à renouveler l’intérêt porté à la théorie générale.
Tout dépend cependant de ce que l’on a en tête lorsque l’on parle de théorie sociologique – comme je tenterai de l’illustrer dans la seconde partie de cet article. Mais commençons tout d’abord par montrer en quoi la situation, bien qu’elle ne soit certainement pas idéale, n’est pas aussi mauvaise et désespérée qu’on le prétend souvent.
 
UN DIAGNOSTIC MOINS NÉGATIF SUR L’« ÉTAT DE L’ART »
 
 
1. Débutons sur ce premier point auquel le texte d’appel fait allusion.
La fragmentation et les effets de l’influence d’autres disciplines ne sont pas des phénomènes nouveaux, et ils ont même marqué la naissance de la sociologie. En témoignent le fameux « silence » mutuel entre Durkheim et Weber d’une part, et les disciplines très différentes dont l’influence traverse leurs œuvres d’autre part (pour l’un, la démographie et la physique, pour l’autre l’histoire). Cela doit nous interdire de fonder des espérances sur l’image idéalisée d’un âge d’or, « pur » et unifié, de la théorie classique. Depuis l’origine, la sociologie n’a jamais été une discipline unifiée, pas plus au regard de ses axiomes et postulats fondamentaux que de ses aspects et implications d’ordre moral et politique. De plus, même si ce n’était pas pour les mêmes raisons, ce sentiment de « crise » a déjà été exprimé il y a plus de trente ans [ cf. Gouldner, 1970]. Depuis lors, cette « crise », cette fragmentation et le scepticisme quant à l’unité et à l’avenir de la discipline semblent constituer autant de caractéristiques durables de la sociologie. Néanmoins, tout cela n’empêche pas d’assez nombreux sociologues de continuer à produire un travail diversifié, à la fois empirique et théorique, que nous – et eux-mêmes tout autant – n’avons aucune réticence à considérer comme de la bonne, voire de l’excellente sociologie – même s’il ne s’agit pas du type de sociologie à laquelle nous nous identifions.
2. Certains des maux évoqués sont en fait assez banals. Ils ne diffèrent guère de ceux qui frappent l’humanité d’une façon très générale : l’intolérance, l’extrémisme et le sectarisme, combinés parfois aux politiques totalitaires et même terroristes des hégémonies sans cesse changeantes au sein du monde académique et/ou des modes intellectuelles, avec leur cortège d’intérêts personnels et institutionnels insidieux. Il est naturellement regrettable que de tels maux soient à ce point endémiques. Néanmoins, plutôt que de conclure qu’ils traduisent une faiblesse intellectuelle insurmontable propre à la sociologie, mieux vaut les considérer comme attestant de la nécessité d’une plus grande tolérance mutuelle et d’une meilleure circulation des idées entre les nombreux et différents sous-champs et sous-ten-dances de la discipline. Si tout cela est juste, ce dont on a aujourd’hui besoin, ce n’est pas d’un nouveau grand paradigme unifié qui supprimerait la diversité, mais davantage (et à l’image de ce que chacun d’entre nous souhaite dans sa « vraie » vie) une bonne dose de dialogue « œcuménique » entre les différentes « confessions » que constituent les divers courants animant la foi sociologique et ses diverses façons de travailler. Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir ce qu’un tel dialogue produira avant de nous y être essayés. Mais dans la mesure où peu et même très peu d’entre nous s’y hasardent vraiment, la question reste ouverte et le restera probablement longtemps [2].
3. Il n’est pas nécessaire que nous nous inquiétions outre mesure (du moins en tant que théoriciens) des problèmes posés par la globalisation et le déclin des États-nations. Peut-être en raison de mon appartenance à une tradition de recherche wébérienne, pour laquelle les entités supranationales et internationales – comme les religions mondiales et les civilisations – constituent des cadres de référence majeurs, l’État n’étant qu’un lieu parmi d’autres où se déploient les processus sociaux, je ne vois aucun lien intrinsèque entre la sociologie et l’État-nation. La globalisation – ou, comme elle est aujourd’hui fréquemment réinterprétée en termes de « glocalisation » – ne met pas en échec la perspective d’une pensée sociologique générale. Au contraire, elle lui offre de nouvelles et plus complexes « nourritures intellectuelles » (comme en témoignent, par exemple, les travaux sur les « modernités multiples », sur la pluralisation et l’hybridation des identités, notamment religieuses, et sur les formes nouvelles de gouvernance internationale et d’organisation non gouvernementale).
D’un point de vue théorique, je me réjouis même par avance de la possibilité de rencontres inattendues avec des interprétations des structures et des processus sociaux provenant de traditions de pensée non occidentales, qui pourraient ébranler et enrichir les modes de pensée sociologiques existant, tellement marqués par leurs origines occidentales. (J’espère que de tels développements ne se résumeront pas à la théorie post-coloniale, que je ne considère pas comme le seul fruit possible de la communication et de l’influence mutuelle croissantes entre sociétés occidentales et non occidentales !)
4. Un certain nombre de développements positifs se sont opérés dans le champ de la théorie sociologique et méritent d’être soulignés.
a) Tout d’abord, la tendance quasi sectaire à la fragmentation a cédé le pas, depuis une dizaine d’années, à une sorte de dynamique théorique nouvelle, plus soft. Ce qui n’était, il y a quelques décennies, qu’une succession outrancière d’ismes (marxisme, structuralisme, fonctionnalisme, etc.), suivie par une vague de variantes « néo » ou « post » de ces mêmes « ismes », est devenu aujourd’hui une succession de plus modestes « tournants » théoriques : les tournants linguistique, textuel, narratif, pratique, normatif et, last but not least, le tournant culturel (qui, dans la tradition wébérienne de laquelle je me sens toujours très proche, est évidemment pour le moins bienvenu). De façon significative, ces différents « tournants » montrent déjà des signes annonciateurs (je ne peux résister à cet effet comique) d’une nouvelle vague d’efforts pour aller « au-delà du tournant [3] ».
Chacune de ces vagues d’« au-delàisme » ( beyondism ) tend, d’une façon générale, à faire retour sur des perspectives d’analyse qui avaient été écartées à mesure que l’on se focalisait sur d’autres aspects de l’analyse sociale, dont on avait auparavant estimé qu’ils avaient été négligés et méritaient d’être réaffirmés. Ainsi, tout bien considéré, ces « tournants » théoriques ne sont pas seulement moins totalisants que ne l’étaient les anciens « ismes », mais davantage symptomatiques – dans la mesure où ils sont rapidement suivis par autant d’« au-delà-du-tournant » autocorrectifs – de la quête de modes de pensée en sociologie beaucoup plus complexes et multidimensionnels.
Ces différents tournants ont souvent pris une forme interdisciplinaire.
Ils affectent simultanément et principalement l’histoire, la philosophie et la sociologie. Ils ne sont donc pas propres à la sociologie et à l’anthropologie (pour le présent propos, mais aussi de façon plus générale, je considère ces deux disciplines comme intimement liées). Il importe en effet de souligner que ces récents tournants intellectuels et ce mouvement général ont également affecté l’histoire et la philosophie. Celles-ci n’ont pas davantage que la sociologie résisté au processus de fragmentation et elles ont été traversées et enrichies par l’influence des idées sociologiques – influence peut-être au moins aussi profonde que celle exercée, à l’inverse, par ces deux autres disciplines sur la sociologie.
b) À cet égard, les humanités comme les sciences sociales ont été fortement affectées par l’émergence et la diffusion de nouvelles « métaphores maîtresses » ( masters metaphors), comme je les ai nommées ailleurs.
Il s’agit de métaphores qui ne sont pas simplement utilisées pour embellir ou enjoliver le langage sociologique, mais qui exercent en fait un rôle constitutif dans la mise en forme et la mise en œuvre de la théorie sociologique et de la recherche [Silber, 1995b]. J’ai notamment à l’esprit l’impact de puissantes métaphores littéraires telles que « la culture comme texte » et les notions qui s’y réfèrent (genres, scénarios, récits), mais aussi toute la batterie des métaphores économiques (capital social, ressources, biens), spatiales (espace social, champs), artistiques (répertoires), etc. –, qui se combinent ou s’opposent aux vieilles métaphores telles que celles de l’« organisme », du « système » ou du « code ».
Il faut reconnaître que les métaphores tendent souvent à obscurcir plutôt qu’à aiguiser les enjeux analytiques et pourraient même sembler mettre en cause les modes de conceptualisation typologiques-analytiques que l’on associe habituellement aux concepts proprement sociologiques.
Pourtant, les métaphores présentent un aspect positif tant elles opèrent comme des paradigmes théoriques étonnamment productifs et créatifs. Leur usage fécond pourrait ainsi exprimer non pas tant un déclin de la théorie, mais bien davantage la recherche d’une pensée théorique renouvelée, plus souple et plus complexe, moins linéaire et moins totalisante. De plus, elles offrent souvent un lieu de rencontre et un langage théorique commun entre des styles de travail sociologique par ailleurs fort différents [4].
c) On trouve une quête comparable – et pour moi de grande valeur – de formes de théorisation plus souples et plus complexes dans les travaux qui continuent avec une certaine persévérance à s’intéresser aux enjeux et aux débats fondamentaux de la théorie sociologique depuis son origine.
Par exemple, les relations facteurs « matériels » versus facteurs « idéels », consensus versus conflit, le micro et le macro, liberté versus contrainte, culture et structure sociale, structure et action, etc. En elle-même, cette persévérance, soit dit en passant, doit être considérée comme une bonne chose dans la mesure où l’introduction de nouvelles questions ne signifie pas – au moins au regard des développements actuels en théorie sociologique – que ces questions que l’on considérait auparavant comme essentielles, voire même presque insolubles, auraient été désormais parfaitement réglées. Mais ce qui est ici plus important, c’est que nous pouvons y déceler les bases d’un consensus élargi : de nombreux sociologues de différentes sensibilités théoriques tentent aujourd’hui d’éviter ou de dépasser les dichotomies les plus simplistes et les plus rigides, et mettent l’accent sur la nécessité de développer des analyses multidimensionnelles – même s’il leur est difficile de se défaire de catégories analytiques si profondément enracinées [5].
Par ailleurs, quelques-uns se présentent ouvertement aujourd’hui comme des « matérialistes » ou des « institutionnalistes »; en regard, non seulement le constructivisme ( constructionism ) sociologique, mais plus spécifiquement une bonne dose de constructivisme culturel a été instillée dans la plupart des domaines de la théorie sociologique, de manière certes plus ou moins explicite mais qui affecte désormais des champs auparavant dominés par des postulats théoriques plus matérialistes et économicistes ou positivistes, comme la théorie des réseaux et la sociologie des organisations [6].
Tout cela ne doit pas conduire à nier la persistance des conflits entre les différentes écoles théoriques (comme l’indiquent mes dernières remarques !) ou, pire encore, à nier les phénomènes de surdité et d’ignorance mutuelle. Mais il me semble que nous assistons à la fois à l’épanouissement de toute une série de croisements et de recoupements entre diverses façons de traiter les dilemmes théoriques classiques et à la multiplication des mouvements « néo », des « tournants » et des métaphores clefs que j’ai évoqués : tout cela ouvre des champs de possibilités théoriques nouveaux qui ne sont pas totalement dépourvus de points de convergence sous-jacents. Et si nous nous sentons toujours fragilisés, c’est avant tout parce que nous avons besoin de trouver les moyens de traiter une telle abondance de richesse et de diversité – une tâche qui est particulièrement difficile à assurer individuellement – et non en raison d’un quelconque manque d’intérêt pour une théorisation sociologique générale.
 
COMMENT FAIRE LE CHOIX DE LA DIVERSITÉ THÉORIQUE SANS RENONCER À LA PERSPECTIVE D’UNE GRANDE THÉORIE GÉNÉRALE ?
 
 
La face « diagnostic » et la face « générale-analytique » de la théorie
Comme nous le comprenons désormais très bien, les grands classiques eux-mêmes n’ont pas développé des théories systématiques et totalement cohérentes, et leurs théories présentent toutes des contradictions internes et des tensions qui en font aussi bien la force que la faiblesse. Ils ont eux aussi fait un usage théorique très fréquent de métaphores bien souvent empruntées à d’autres disciplines. Et ils ont également réagi très fortement à ce qui était alors ressenti comme des changements massifs et intenses dans leur environnement, tentant de donner un sens à tout cela en établissant une évaluation globale ou un diagnostic de ses tendances principales en les représentant sous la forme d’une image « plus large » et en les inscrivant dans une perspective à long terme.
J’appellerai cette facette de la sociologie – celle qui se donne pour objet d’interpréter et de réagir aux événements et aux tendances du moment– son penchant au « diagnostic social » et à la production de « concepts diagnostics » généraux et structurants. Au regard de cette facette importante de la sociologie classique, la « modernité », comme chacun sait, est devenue un concept de ce type, à l’instar de l’expansion des bureaucraties et du capitalisme marchand. Il faut d’ailleurs reconnaître que ces auteurs se focalisaient sur des préoccupations qui ne sont pas fondamentalement différentes de celles qui sont les nôtres lorsque nous tentons d’établir un « diagnostic » sur la globalisation et ses facteurs économiques et politiques. De ce point de vue, il y a effectivement une grande continuité entre nous et les classiques ainsi qu’avec d’autres générations antérieures de sociologues [7].
Le point important est que, même s’il est essentiel, ce penchant au diagnostic social n’épuise pas et ne doit pas épuiser l’imagination sociologique dans le domaine théorique [8]. Ce qui distingue les grands sociologues classiques, ce n’est pas avant tout ou seulement leur confrontation avec la société qui leur était contemporaine et l’interprétation qu’ils en ont donnée, et leurs choix personnels, moraux ou politiques. C’est aussi, et selon moi davantage, leur perspective systématique, analytique et typologique, souvent bien sûr intimement mêlée à leurs « travaux de diagnostic », mais tout autant développée dans des textes séparés ou en tension avec les premiers. Et c’est précisément via cette perspective purement typologique et analytique que les générations antérieures de théoriciens ont transcendé le besoin qu’ils éprouvaient de donner sens à leur environnement social immédiat, ou même à la société « moderne » en général, et ont pu exprimer des idées dotées d’un sens plus large et plus général, en bref susceptibles d’aider à la compréhension d’autres périodes historiques, d’autres régions du monde et d’autres civilisations.
Donner sens aux tendances contemporaines est quelque chose que nous, sociologues contemporains, devons absolument continuer à faire, comme cela a été fait aux stades antérieurs du développement de la discipline. Mais cela ne suffit pas pour définir une bonne sociologie, dans la mesure où l’on pourrait dire la même chose du journalisme ou même des hommes politiques et de leurs consultants ou de n’importe quel « commentateur des faits de société ». De mon point de vue, ce n’est que lorsqu’elle s’efforce d’atteindre un niveau de compréhension plus général, qu’elle vise à une pertinence universelle – et donc qu’elle se départit dans une certaine mesure de sa focalisation exclusive et obsessionnelle sur les enjeux « modernes » ou contemporains – que la sociologie remplit sa vocation propre en tant que discipline [9].
Cette perspective plus générale et analytique est, il est vrai, aujourd’hui souvent considérée comme radicalement remise en cause par l’attention toujours plus aiguisée au caractère relatif et « situé » de toutes les propositions théoriques – conduisant ainsi à nier la possibilité même de distinguer entre proposition descriptive et proposition normative, et donc toute prétention à établir des propositions dotées d’une pertinence générale et fondamentale (cela ne s’appliquant pas à ceux-là mêmes qui récusent cette prétention !). Il me semble ainsi que la rupture avec la théorie sociologique comme perspective analytique et générale ressortit en définitive et avant toute chose d’un problème de forme bien plus que de principe. Tout simplement, très peu de théoriciens aujourd’hui en sociologie osent ou souhaitent s’embarquer dans des distinctions typologiques bien tranchées – qui, pour la plupart d’entre nous, seraient ressenties comme relevant d’un style d’écriture timoré et fastidieux, incapable de faire face aux flux accélérés d’information qui aujourd’hui nous assaillent via la multiplicité des médias audiovisuels.
Réaliser un travail théorique doté d’une pertinence générale, universelle, n’exige en aucun cas d’en revenir à des formes de théorisation universalistes, essentialistes ou fondationnalistes. Une telle ambition ne s’oppose pas non plus à l’inclination courante de nombreux sociologues contemporains en faveur d’un tournant « normatif » ou « critique » et/ou à un style de travail politiquement engagé [10]. Quels que soient les engagements normatifs et politiques spécifiques choisis, ce qu’elle exige, c’est qu’il en résulte au final des élaborations conceptuelles, des distinctions et des connexions dignes d’intérêt d’un point de vue général et analytique – quelque chose qui ressemblerait aux bons vieux « concepts sensibilisateurs » ( sensitizing concepts) de C. Wright Mills – et qui pourraient être utilisées (empruntées, appliquées ou transformées) par des sociologues travaillant sur d’autres domaines ou poursuivant un engagement normatif ou politique différent.
Même s’il n’y a pas de recette miracle pour ce faire, il me semble clair que d’autres disciplines – peut-être sous l’influence de la sociologie elle-même – s’y essaient, enrichissant d’une dimension sociologique générale ce qui sinon ne serait écrit que de leur seul point de vue. Pour faire une bonne sociologie, une telle démarche, idéalement du moins, ne doit pas être occasionnelle ou opportuniste, mais centrale et constitutive. Et c’est d’ailleurs, je crois, ce que les chercheurs d’autres disciplines – en histoire, en science politique, en philosophie – aiment tant importer de la sociologie, permettant ainsi de réaliser un véritable partage, grâce à la diffusion d’un langage, de métaphores et de concepts.
En définitive, le fait que la production de tels concepts, qu’il s’agisse de concepts analytiques, de concepts sensibilisateurs, ou de telles métaphores, ne se fige pas dans une grande théorie unifiante – i.e. un système de propositions générales articulant chacun de ces concepts dans un ensemble ordonné et systématique – n’est peut-être pas seulement ou avant tout quelque chose d’« acceptable », à quoi il faudrait nous résigner. Il nous faut plutôt commencer à envisager cet état de fait de façon plus positive et en termes de principe. Je voudrais maintenant tenter de suggérer brièvement une façon de considérer cette absence d’unification et de systématisation non comme une caractéristique contingente, propre à un certain « moment » politique ou culturel, mais comme une caractéristique qui mérite d’être systématiquement enrichie et problématisée dans la perspective de ce que je nommerai un mode de théorisation générale « systématiquement éclectique » et non unitaire.
Vers un mode de théorisation sociologique non unitaire
Adopter une approche « systématiquement éclectique » et non unitaire en théorie sociologique, comme je le suggère, signifie qu’il faut accepter l’idée qu’aucune théorie ne peut à elle seule s’appliquer à tous les aspects de la vie sociale, à toutes les situations et configurations historiques. Les écoles théoriques existantes ont développé des perspectives différentes avec des accentuations spécifiques; par conséquent, elles peuvent induire des modes d’appréhension rivaux ou complémentaires des mêmes ensembles de phénomènes sociaux. Et certaines mettent mieux que d’autres en lumière certains aspects de la vie sociale ou certaines situations historiques [11].
Nous devons donc être attentifs à la spécificité des contributions propres à chacune de ces théories (anciennes ou récentes) et être prêts à les appliquer ou à les combiner de façon créative quels que soient les problèmes empiriques auxquels nous avons choisi de nous attaquer (ce choix lui-même dépendant de nos « lunettes théoriques »). Cela pourrait, idéalement, conduire non seulement à de constants aller-retour entre théorie et recherche – comme cela est déjà communément recommandé –, mais aussi au développement d’une véritable aptitude à « jongler » avec les théories, c’est-à-dire avec des façons alternatives (théoriques, mais tout autant normatives et politiques) d’appréhender des problèmes identiques.
En tant que tel, ce mode de théorisation non unitaire est tout à fait dans le ton du post-fondationnalisme ou, du moins, avec cette dimension du post-fondationnalisme qui en appelle à une théorisation complexe s’opérant à de multiples niveaux et dimensions [12]. La seule différence – mais elle m’apparaît cruciale – étant que je définirais ma propre posture non unitaire comme le résultat d’un choix provisoire plutôt que définitif ou « ontologique ». Une posture qui s’autorise à dialoguer avec les approches fondationnalistes existantes et qui n’exclut pas automatiquement la recherche de fondements théoriques nouveaux, plus solides, et donc peut-être susceptibles d’être plus largement partagés [13].
En guise de conclusion, je crois qu’il pourrait être utile de tenter d’illustrer brièvement les implications d’une telle démarche dans un champ qui rejoint mes intérêts, celui de la théorie culturelle. De fait, très peu de théoriciens de la culture ont donné des signes d’engagement dans une telle perspective non unitaire, comme on peut aisément s’en rendre compte dans le traitement qui est consacré à l’enjeu le plus fondamental de ce champ et plus généralement en théorie sociologique : la relation entre « culture » et « structure sociale ». Lorsqu’ils l’ont fait, c’était le plus souvent sous la forme de remarques éparses et incidentes, glissées dans les marges de leurs travaux et à l’ombre de leurs arguments principaux. Pour cette raison, tout cela est passé largement inaperçu. Néanmoins, aujourd’hui, de tels arguments non unitaires sont suffisamment fréquents pour que l’on cesse d’y voir de simples propos « incidents ». Il faut y voir plutôt le signe d’un changement conceptuel très profond, et selon moi potentiellement fécond : la tendance croissante à rejeter toute prétention à poser, ou à rechercher, une forme unique, éternelle et universellement applicable, de relation entre culture et structure sociale et, en contraste, à appréhender cette relation comme une variable empirique.
Sans pouvoir prétendre ici présenter l’exposé exhaustif et approfondi qu’il mériterait, je voudrais illustrer ce changement en dressant simplement la liste de quelques exemples représentatifs de cette nouvelle posture, non ou anti-unitaire, chez des sociologues par ailleurs identifiés à divers positionnements théoriques totalisants. Je commencerai par le milieu des années quatre-vingt et poursuivrai ensuite de façon chronologique :
– la distinction suggérée par Ann Swidler entre d’une part, la relation culture-comportement telle qu’elle s’établit en période routinière et stabilisée, et d’autre part, celle qui est propre à des périodes incertaines de crise et de changement, et son argument plus fondamental et plus général encore selon lequel « il n’est pas, ou ne devrait pas être, nécessaire de considérer que la culture opère toujours d’une seule et unique façon et s’inscrit toujours dans le même type de relation à l’action et aux structures sociales » [Swindler, 1986];
  • la notion de « méta-culture », proposée par Roland Robertson [ 1985, p. 5] pour analyser les liens variables entre culture et structure sociale, et entre culture et action individuelle;
  • le travail d’histoire comparée de Robert Wuthnow [ 1989] consacré à la variabilité des degrés d’« articulation » entre idéologies et structure sociale;
  • l’argument de Sherry Ortner [ 1990] selon lequel les schèmes culturels peuvent être suivis soit dans leur globalité soit en partie, l’impact de la culture, plus généralement, variant selon les situations et les contextes, tantôt en programmant de façon rigide les comportements individuels dans certains d’entre eux, tantôt en permettant aux individus, dans d’autres situations ou contextes, de se mettre à distance des consignes culturelles;
  • la distinction de Jeffrey Alexander entre trois types principaux de relations entre culture et structure sociale (« consensus », « réfraction », columnisation) et son affirmation, dans son travail en collaboration avec Philip Smith, que « la culture constitue toujours une ressource générale ( generalized input), mais [que] c’est seulement à travers un “processus decombinaison” avec des exigences plus concrètes et plus matérielles qu’elle affecte effectivement la vie sociale. Pour élucider tout problème de causalité particulier – par exemple, lorsque l’on étudie les formes d’engendrement et de résolution des crises sociales –, il est nécessaire de développer des modèles de structure sociale, d’action et de culture spécifiques et détaillés » [Alexander et Smith, 1993, p. 159];
  • le refus de Mustafa Emirbayer [ 1996, p. 110] de placer les trois environnements et contextes d’action de base (culturel, structurel, psychologique) dans une quelconque hiérarchie, cybernétique ou autre;
  • la suggestion de Tiryakian [ 1996] selon laquelle l’infrastructure culturelle peut varier en termes de degré d’extensivité, d’institutionnalisation, de perception collective et selon l’articulation du sacré et du profane; une suggestion proche de celle de Paul DiMaggio dans son approche des systèmes de classification culturels et de leurs variations en termes de différenciation interne, de hiérarchisation, d’universalité et de force symbolique;
  • et plus récemment (et de façon plus problématique), la conception des actions et des agents de Stephen Fuchs définis comme des dispositifs d’observation et d’attribution choisis par certains observateurs pour accomplir certaines formes de « travail culturel » à certaines occasions déterminées [14].
Enfin, j’ai moi-même tenté de montrer quelles pourraient être les implications d’une telle posture non unitaire en passant en revue les récents travaux consacrés aux « répertoires culturels » [Silber, 2003 et à paraître].
Très brièvement : la notion de répertoire culturel – encore un bon exemple de métaphore théorique en plein essor – présente d’importants avantages théoriques. Elle porte en elle cette image d’une structure à la fois contraignante et « capacitante », limitative mais aussi flexible, relativement stable sans être pour autant jamais totalement statique ou close. En ce sens, cette notion permet de ménager une place au choix, à la liberté et à la créativité de l’action. À ce titre, elle entre en résonance avec la tendance actuelle à analyser les structures d’un point de vue processuel et dialectique et, sous bien des aspects, avec ce que l’on a pu nommer le « tournant pratique » qui constitue une figure centrale dans la théorie sociologique et anthropologique depuis les années quatre-vingt [15].
Les études consacrées aux répertoires culturels ont ainsi permis de mettre en relief la pluralité des options ouvertes au sein des différents domaines ou niveaux spécifiques des répertoires culturels que ces travaux ont choisi d’explorer – bien que ces options soient toujours circonscrites et inégalement mises en œuvre. Mais par ailleurs, elles n’ont guère montré d’intérêt pour la mise en ordre de cette diversité ni pour la théorisation des structures internes des répertoires culturels.
Je suggérerai une façon de combler cette lacune. Elle consiste à combiner la théorie du répertoire avec certaines des idées ou concepts sensibilisateurs qui ont émergé au sein d’autres traditions – y compris des traditions opposées – d’analyse culturelle. Parmi ces conceptions fécondes que l’on pourrait mobiliser, j’inclurai : la variété des couches constitutivesde la réalité sociale, « les provinces limitées de signification » délimitées par la sociologie d’inspiration phénoménologique dans la tradition schützienne; la diversité, selon Geertz, des « systèmes culturels » (religion, idéologie, sens commun, art), chacun ayant sa logique propre tout en étant capable de coexister avec les autres; les systèmes de codes de facture symboliquestructuraliste; les analyses d’inspiration néo et post-marxiste du caractère fluctuant, divisé et négocié des hégémonies idéologiques; les structures discursives du post-structuralisme; les notions de récit, de genre et de scénario, empruntées à la critique littéraire; ou même les « logiques » et les « schémas » institutionnels de la théorie néo-institutionnaliste [16].
Combiner ainsi les perspectives attachées à cet ensemble riche et diversifié de traditions analytiques (et cette liste n’est pas exhaustive) pourrait sans aucun doute nous aider à conceptualiser les effets produits par la culture d’une façon qui tienne compte de la souplesse et du pluralisme de la théorie de base des répertoires, tout en explorant – que ce soit dans des termes phénoménologiques, structuralistes, littéraires, etc. – la tendance des répertoires culturels à développer des formes de structure à la fois différenciées, pertinentes pour la pratique et dotées d’une certaine influence sociale.
Néanmoins, du point de vue d’une perspective non unitaire, le point essentiel est de reconnaître que, quels que soient les éléments sur lesquels on met l’accent à l’aide de ces diverses traditions de pensée, ce ne sont pas seulement ces éléments mais aussi les relations entre les différents éléments constitutifs d’une culture qui varient. Théoriser les structures internes de la culture n’exige donc pas que l’on recherche un seul type de matériaux, de composants ou d’assemblages ou une seule forme de relations ou de liaisons entre ces différents éléments [17].
La tâche à accomplir est donc double : d’abord identifier et délimiter tous les éléments et les registres des répertoires culturels, ensuite explorer comment ces différents niveaux se combinent afin d’identifier les formes possibles de liaison et d’interaction entre eux dans des contextes historiques et culturels spécifiques.
Si l’on étendait cette approche à un autre champ d’analyse, il faudrait de la même façon s’efforcer de délimiter les différents niveaux, aspects et domaines sans préjuger d’aucune façon – et sans théoriser sous une perspective unique – ni de la nature des relations ou des modes d’interaction entre ceux-ci ni de leur influence sur d’autres aspects et domaines de la vie sociale, de telles questions devant être laissées à l’étude empirique de cas ou de contextes spécifiques [18]. Une telle posture non unitaire n’est certainement pas sans faiblesses et se présente sous une forme simplement provisoire, et non en termes ontologiques « absolus ». Cepndant, elle présente des potentialités appréciables pour la recherche empirique. De plus, comme mode de théorisation, elle apporte une réponse (même si elle n’est pas facile) à un besoin pressant : pas tant celui d’une nouvelle grande théorie socio-logique, mais plutôt celui d’une posture théorique souple, éclectique et « pluraliste ». Une posture qui soit aussi capable de nourrir une sensibilité soutenue à la diversité et à la possibilité de mondes humains alternatifs, plus complexes, et peut-être même meilleurs.
( Traduit par Philippe Chanial)
 
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NOTES
 
[1] Bien que ce texte se consacre à la sociologie en tant que telle, l’état de la discipline est très variable selon les pays. Je ne doute pas que cela pourrait fournir la matière d’un intéressant travail de sociologie de la connaissance comparée.
[2] Ce type de démarche est très proche de la forme de relation dialogique entre les écoles théoriques proposée par Donald Levine [ 1995], précisément comme antidote à l’état de fragmentation de la sociologie.
[3] Cf. le recueil, excellent par ailleurs, de Bonnel et Hunt, Beyond the Cultural Turn [ 1999].
[4] J’ai récemment illustré certains aspects de cette dynamique en étudiant la notion de répertoire culturel, point sur lequel je reviendrai plus loin [ cf. Silber, 2001,2003].
[5] De ce point de vue, je perçois de sérieuses convergences entre les efforts de synthèse théorique, par ailleurs très différents voire même opposés, de Giddens, Bourdieu, Alexander d’une part, et des auteurs développant des approches néo-institutionnalistes, néowébériennes ou ce que l’on pourrait peut-être appeler néomaussiennes (je pense ici naturellement à Alain Caillé et à ses collaborateurs de laRevue du MAUSS).
[6] Une conséquence heureuse et indirecte de telles tendances est, par exemple, la réincorporation par le néo-institutionnalisme de la notion un peu « vieux jeu » ( sic) de « valeurs », même s’il ne lui est pas donné une autonomie analytique suffisante.
[7] Cette hypothèse de continuité s’applique également aux théorie post-modernes – plus particulièrement à celles qui considèrent la post-modernité comme la configuration propre à notre temps – en tant qu’elles constituent elles-mêmes une façon spécifique d’« observer la grande image ».
[8] Je joue ici avec la notion bien connue d’« imagination sociologique » de C.WrightMills en lui ajoutant une dimension théorique plus marquée.
[9] De fait, j’ai tenté de montrer ailleurs que même la sociologie classique s’était focalisée de façon excessive sur l’enjeu de la « modernité », ce qui a conduit à exclure de nombreuses autres questions qui n’avaient pas moins d’importance théorique et analytique potentielle [Silber, 1995, p. 1 sq.].
[10] Même si cet aspect est souvent associé à la facette « diagnostic » de la sociologie, il s’en distingue analytiquement dans la mesure où tous les diagnostics sociologiques ne sont pas explicitement et consciemment normatifs ou critiques.
[11] Les exemples abondent. Pour n’en prendre qu’un, et faire ainsi œuvre de modestie wébérienne, la sociologie de Weber s’est révélée moins féconde dans son traitement des questions du symbolisme et des classifications symboliques que celle de Durkheim ou des travaux qui en ont découlé en sociologie et en anthropologie.
[12] Alexander et Seidman le définissent en ces termes : « Le post-fondationnalisme est une conception de la connaissance sociale qui pose que tout travail de théorisation ou de recherche repose sur un point de vue socialement situé, que les intérêts sociaux et les valeurs donnent forme à nos idées, que notre compréhension sociale est en partie constitutive de la vie sociale elle-même. En ce sens, le post-fondationnalisme n’est pas une réfutation de toute théorie ou d’une analyse sociale rigoureuse, mais définit une position qui défend un type d’argument plus complexe et multidimensionnel [… ] Plutôt que de parler de vérités indubitables et évidentes, les post-fondationnalistes parlent d’arguments crédibles et convaincants; au lieu de parler de théorie falsifiable ( research testing theory), ils préféreront parler de la façon dont l’analyse sociale exige un type d’argumentation à plusieurs niveaux, articulant raisonnement analytique, données empiriques, clarification normative, et qui adopte une perspective réflexive sur ses propres implications sociales pratiques. » Il faut ici noter que cette définition tend néanmoins à mêler trois enjeux distincts : le caractère relatif et socialement situé de toute proposition théorique; le besoin d’une théorisation multidimensionnelle et complexe; la mise en valeur de la nécessité d’un mouvement constant entre les différents niveaux, analytique, empirique, normatif et pratique, de l’analyse sociologique.
[13] Paradoxalement, écarter une telle possibilité en s’appuyant sur des arguments post-fondationnalistes serait autoréfutant, dans la mesure où cela renverrait à une décision fondationnaliste; c’est la raison pour laquelle je préfère qualifier mon approche de « non unitaire » plutôt que d’« anti-unitaire ».
[14] [Fuchs, 2001, p. 4]. L’approche de Fuchs présente néanmoins un aspect plus unitaire et fondamental dans la mesure où il attribue une primauté ontologique et causale aux différents modes d’association et aux réseaux (même si, par ailleurs, il distingue quatremodes d’association et les considèrent en eux-mêmes comme des variables).
[15] Voir par exemple, Ortner [ 1986].
[16] La théorie néo-institutionnaliste met l’accent sur la logique distinctive de certaines institutions spécifiques en termes d’« ensembles de pratiques matérielles et de constructions symboliques qui constituent les principes d’organisation d’un ordre institutionnel » et qui sont « susceptibles d’être élaborés par les organisations et les individus » [Friedland et Alford, 1991, p. 248-249].
[17] Alors que la variabilité culturelle des contenus idéologiques et symboliques constitue un objet évident et bien connu de l’analyse culturelle, une attention bien moindre est accordée aux formes de variabilité plus complexes, de nature analytique, tant l’accent a été mis sur les formes d’organisation ou sur les assemblages de contenus symboliques.
[18] Au risque de passer moi-même pour une « sectaire », il est nécessaire ici de souligner l’importance de l’héritage de Max Weber, dont on peut montrer qu’il avait semé, il y a longtemps déjà, les graines d’une telle approche non unitaire pour l’analyse culturelle. Il suffit ici de noter l’importance que Weber avait donné non seulement à un, mais à toute une batterie de concepts culturels, tels que les visions du monde, les intérêts idéels, les motivations stériologiques, l’éthique. De plus, la relation entre ceux-ci et l’action sociale apparaît dans ses travaux sous la forme d’un processus complexe et jalonné d’étapes multiples. Elle est de plus fortement dépendante des contingences historiques et de la configuration particulière des facteurs macro-sociétaux, et résiste fondamentalement à toute conception résolument déterministe, systémique et holiste des relations entre les diverses sphères et niveaux de la vie sociale. Il y a de plus, à cet égard, d’importantes convergences avec Marcel Mauss que je ne peux aborder ici. Une question importante et qu’il serait intéressant, d’un point de vue non unitaire tout particulièrement, de creuser est celle des contributions respectives de Weber et de Mauss aux aspects factoriels versus interprétatifs de l’analyse multidimensionnelle.
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