L’amour de l’humanité dans la morale utilitaire
Jean-Marie Guyau
Qu’est-ce que l’amour de l’humanité pour la morale utilitariste, de Bentham
à Spencer ? Guyau montre ici que la théorie utilitariste de la sympathie
s’avère incapable d’articuler de façon féconde amour de soi et amour des
autres. Elle ne conçoit la vie morale que comme « un commerce où rien
ne se donne pour rien » et réduit toute forme de générosité à un mensonge
collectif, voire à un vice. Afin de dépasser cette antinomie, Guyau montre
que l’opposition entre égoïsme et altruisme mérite d’être reformulée dans
des termes nouveaux. Si l’amour de soi ne conduit pas à l’amour des autres,
n’est-ce pas en définitive parce que l’amour de soi trouve son origine dans cet
amour des autres grâce auquel le soi s’élargit, manifeste sa liberté et s’ouvre
à la générosité même de la vie ?
What is love for mankind in utilitarian moral theories from Bentham to
Spencer ? Guyau argues here that utilitarian sympathy is unable to bridge
the gap between self-love and love for others. Moral life is like a business
in which nothing is given for free and generosity a common lie or a vice.
In order to criticize the utilitarian antinomy, Guyau shows that egoism and
altruism have to be studied in a different way. If self-love does not lead to
love for others, the main reason for Guyau is that self-love originates in this
love for others by which the self expands itself, manifests its freedom and
opens itself to the generosity of life.