L’idéal d’égalité appartient-il au passé ?
Homo reciprocans versus Homo œconomicus
Samuel Bowles
Herbert Gintis
Pour comprendre le triste état des politiques égalitaires aujourd’hui, il faut
remettre en cause l’Homo œconomicus, le modèle économique de l’égoïste
impénitent aux tendances asociales qui a servi de point de départ à tous les
débats politiques depuis Thomas Hobbes jusqu’à la discussion actuelle sur
la réforme de l’État-providence. Néanmoins l’État-providence n’est pas en
crise parce que l’égoïsme serait omniprésent. Les expériences et les enquêtes
montrent au contraire que les gens ne sont pas mesquins, mais que leur générosité est conditionnelle. C’est la réciprocité forte, couplée à une générosité
visant à satisfaire les besoins élémentaires, qui bien mieux que l’altruisme
inconditionnel rend compte des motivations à la base des politiques d’égalité.
Nous proposons d’appeler Homo reciprocans celui qui agit ainsi.
Understanding the predicament of egalitarian politics today thus requires
a reconsideration of homo economicus, the unremittingly selfish prototype
whose asocial propensities have provided the starting point for deliberations
on constitutions and policies from Thomas Hobbes to the current debate on
welfare reform. However the welfare state is in trouble not because selfishness is rampant. In experiments and surveys people are not stingy, but their
generosity is conditional. Strong reciprocity and basic needs generosity better
explain the motivations that undergird egalitarian politics than does unconditional altruism. We call a person who acts this way homo reciprocans.
• L’idéal d’égalité appartient-il au passé ?
• L’héritage de cent mille ans de partage
• Homo reciprocans
• Réciprocité forte et révolte contre l’État-providence
• Conclusion
• BIBLIOGRAPHIE