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S'inscrire Alertes e-mail - Revue du MAUSS Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezQuestions écrites à André Green
- Il y a belle lurette que la psychanalyse n’est plus cantonnée au champ des névroses. La clinique psychanalytique, depuis au moins un demi-siècle, s’est efforcée d’élargir les indications de la psychanalyse aux structures non névrotiques, narcissiques, psychosomatiques, ainsi qu’au vaste continent de la pathologie infantile, qui s’est considérablement étendu ces dernières années. Un tel élargissement n’a pas été sans remaniement concernant les critères des indications de la psychanalyse, avec la proposition de diverses modifications de la technique dans les structures non névrotiques.
- La question des buts de la cure et de son terme est directement reliée à la réponse qui précède. Le caractère d’une guérison « par surcroît », ce qui est probablement le produit d’une citation erronée attribuée à Freud, ne se pose pas aussi simplement qu’autrefois. La véritable question consiste à savoir si la structure de l’analysant lui permet de faire une vraie analyse. Comme le dit Winnicott, « Quand je peux faire une analyse, je le fais ; quand cela m’est impossible, je fais autre chose. » Autrement dit, lorsqu’il s’avère que les possibilités du patient ne lui permettent pas le caractère de la régression attendue pour parvenir à satisfaire aux exigences de la cure, chaque analyste essaye d’adopter les modalités techniques pour appliquer ce qui, à ses yeux, se rapproche le plus de la psychanalyse. Ce qui est recherché, c’est de se rapprocher le plus possible de la technique psychanalytique, en espérant que la procédure utilisée permettra d’atteindre des résultats qui modifient le fonctionnement psychique du patient et, dans le meilleur des cas, de mieux vivre, en espérant éviter l’analyse interminable.
- Sur la question de savoir ce que la psychanalyse produit de spécifique, on peut répondre de diverses manières. À savoir, la possibilité de mettre en œuvre une certaine méthode et, selon certains auteurs, la possibilité pour le patient de parvenir, grâce à l’analyse, à une disposition à l’auto-analyse. Cette spécificité est mise en valeur récemment par des auteurs plus soucieux de parvenir à mettre en œuvre un processus psychanalytique que préoccupés – légitimement par ailleurs – de voir les patients « faire des progrès ». Ce but, respectable en soi, doit se différencier du but de la psychanalyse. L’accession à une position de sujet en découle. Elle consiste d’une part à une meilleure connaissance des positions qui ont déterminé le sujet dans telle ou telle voie et s’associe également à une diminution de sa dépendance vis-à-vis de ses fixations infantiles. La sagesse attendue est certes souhaitable, mais on est obligé de constater qu’elle n’est pas toujours le signe prédominant à la fin d’une analyse. Si déjà le sujet ayant fait une analyse était capable de s’affranchir de ses tendances masochistes, ce serait un avantage non négligeable.
- Les idées de libération, d’émancipation, d’autonomie sont nées d’une époque plus ancienne. Non que ces résultats soient négligeables, mais peut-être faut-il davantage distinguer entre des libérations d’une aliénation intérieure et les buts souvent idéalisés d’émancipation et d’autonomie.
- Il me paraît difficile de limiter les achèvements de la cure à la possibilité de régler les troubles du narcissisme. Si importante que soit cette notion, et quelle que soit la facilité de la mettre au premier plan, voire d’entretenir l’illusion de s’affranchir du narcissisme, d’autres facteurs doivent être pris en considération. Votre question y fait implicitement allusion. Il ne faut pas oublier que le dernier mot de la théorie freudienne repose sur la théorie des pulsions qui oppose les pulsions d’amour et de vie aux pulsions de destruction et de mort. On est amené à reconnaître que la lutte contre les diverses formes de la destructivité occupe aujourd’hui une place tout à fait centrale dans le pronostic de l’analyse, soit sous ses formes sadiques, soit sous ses formes masochistes.
- L’accès à une certaine forme de sagesse est certes un but souhaitable. Souhaiter que les psychanalystes puissent être plus sages est un vœu pieux, tant le bastion des fixations infantiles ne laisse pas toujours la possibilité vers une évolution aussi positive. Un psychanalyste qui se vanterait d’atteindre à une sagesse qui n’est réservée qu’à une minorité ferait sourire ceux qui le lisent, tant l’observation du comportement des psychanalystes ne plaide en rien pour la reconnaissance de cette vérité.
- La question finale de l’éthique a fait couler beaucoup d’encre dernièrement. Cette éthique ne peut être invoquée pour qualifier tous les engagements d’un psychanalyste mais seulement ceux relatifs à son identité professionnelle.
Résumé
Cet article publie les réponses d’André Green aux questions posées par la Revue du MAUSS semestrielle sur l’efficace de la psychanalyse autour de la question plus large de l’émancipation individuelle. À cet exercice, l’auteur se montre pessimiste, sans doute, que la plupart de ses pairs, interrogés à la même occasion. La psychanalyse vise à diminuer la dépendance vis-à-vis des fixations infantiles, affirme-t-il, et pourtant, ajoute-t-il, « si le sujet ayant fait une analyse serait capable de s’affranchir de ses tendances masochistes, ce serait un avantage non négligeable ».
Written Questions to André Green
This article publishes André Green’s answers to the questions put by the Revue du MAUSS semestrielle on the efficacy of the psychoanalysis about individual emancipation as a wider item. In this exercise, the author shows himself pessimistic, doubtless, that most of his peers questioned in the same Review. The psychoanalysis aims at decreasing the dependence towards the infantile fixations, he asserts, and nevertheless, he adds, “if the subject having made an analysis would be capable of freeing itself from its trends masochists, it would be a significant advantage”.
POUR CITER CET ARTICLE
« Questions écrites à André Green », Revue du MAUSS 2/2011 (n° 38), p. 97-99.
URL : www.cairn.info/revue-du-mauss-2011-2-page-97.htm.
DOI : 10.3917/rdm.038.0097.




