2001
Économie et Prévision
Comparaison de la formation des salaires dans un panel de pays industrialisés
Stéphanie Guichard
[(*)]
Jean-Pierre Laffargue
[(**)]
Cet article présente une analyse comparée de la formation des salaires dans les pays industrialisés. Une équation de salaire
avec rigidités nominales est estimée sur un panel de 16 pays en recourant à une méthodologie spécifique fondée sur les
moments généralisés et l’analyse factorielle. Nous montrons que le taux d’emploi est un meilleur indicateur des tensions
sur le marché du travail que le taux de chômage. Les principales différences entre pays portent sur les effets de
modifications de la productivité ou du taux d’emploi sur les salaires. Nous mettons en évidence une certaine rigidité
nominale des salaires, et un effet faible, mais positif, du coin salarial sur le coût du travail.
This paper offers a systematic comparison of wage formation in industrialised countries. A wage curve with nominal
rigidities is calculated for a panel of 16 countries according to a specific method based on GMM and factor analysis.
Firstly, we show that the employment rate is a better indicator of labour market tensions than the unemployment rate.
Secondly, we demonstrate that the main difference across countries is the reaction of the wage rate to changes in
productivity and the employment rate. Thirdly, we find evidence of some nominal rigidity in wage behaviour and of a
small but positive effect of the wedge on labour cost.
Nous tenons à remercier A. Bénassy, M. Boutillier, L. Cadiou,
S. Dées, P. Jolivaldt et P. Sevestre pour leurs remarques et
suggestions. Bien sûr les imperfections de ce texte sont de
notre responsabilité.
Les marchés du travail des pays industrialisés ont
des caractéristiques très différentes en termes de
réglementation, de rôle et de poids des partenaires
sociaux, d'indemnisation du chômage, etc. (voir
OCDE, 1994 ; Cadiou et Guichard, 1999). Dans
quelle mesure ces disparités s'accompagnent-elles,
au niveau macro-économique, de comportements
profondément différents d'un pays à l'autre ? Cette
question est importante dans le cadre de l'UEM. Une
crainte est en effet que des différences de
comportement sur le marché du travail ne donnent
des effets asymétriques à un choc initialement
commun. Par ailleurs, la mesure de la capacité des
marchés du travail européens à s'ajuster face à un
choc est importante. Beaucoup d’économistes
estiment en effet que l’intégration monétaire
européenne pourrait connaître des difficultés
sérieuses en présence d’une trop grande rigidité du
marché du travail dans certains ou tous les pays de
l'UEM, par exemple à la suite d’un choc
asymétrique puissant.
Ainsi, la comparaison de la formation des salaires
dans les différents pays européens, aux États-Unis
et au Japon peut être riche d'enseignements pour le
fonctionnement de l'UEM. Nous proposons ici
l'estimation d’une équation des salaires sur un panel
de 16 pays industrialisés, comprenant tous les pays
participant à l'euro. L’intérêt de recourir à un panel
de pays est double. D’abord, dans la mesure où ces
pays présentent certaines similarités structurelles,
l’estimation du comportement de chaque nation
bénéficie de l’information qu’apportent ses 15
partenaires et nous pouvons obtenir ainsi des
résultats plus solides et plus précis. Ensuite, cela
n ous p ermet d'iden tifier des différences
structurelles robustes dans la formation des salaires
entre pays.
Dans une première partie, nous présentons une
modélisation théorique pouvant donner lieu à une
estimation économétrique simple de la formation
des salaires. Celle-ci repose sur une wage curve où
le coût du travail est une fonction de sa productivité,
des prix, du coin salarial et du taux de chômage.
Nous complétons cette équation en introduisant un
élément de rigidité nominale : certains contrats de
salaire fixent celui-ci pour plus d’une année, et sont
donc fonctions du prix courant, mais aussi du prix
futur anticipé.
La seconde partie présente la méthodologie
économétrique. L’équation de salaire est estimée
simultanément sur les 16 pays, en supposant que
certains paramètres ont une valeur commune dans
plusieurs nations. La méthode d’estimation la plus
naturelle est celle des moindres carrés généralisés.
Mais, la présence de variables endogènes et
anticipées nous conduit à recourir à des variables
instrumentales et aux moments généralisés (GMM).
Une nouvelle difficulté apparaît alors : la matrice de
covariance des chocs heurtant les différents pays est
de grande taille et estimée sur relativement peu de
périodes. Pour limiter l’imprécision qui résulterait
d’une estimation directe, nous introduisons un
certain degré de structure dans les covariances entre
chocs en supposant qu’elles peuvent être
modélisées par un petit nombre de facteurs
communs. Un autre aspect économétrique
important est la stratégie de tests emboîtés, allant du
général au particulier, qui permet de déterminer si
les paramètres prennent ou non des valeurs
différentes dans les pays.
La troisième partie présente les résultats. Tous
d'abord, le taux d’emploi est un bien meilleur
indicateur des tensions sur le marché du travail que
le taux de chômage. Ensuite les principales
différences entre pays tiennent à la réponse des
salaires à l'évolution de la productivité et aux
tensions sur le marché du travail. Toutefois, si
l’élasticité du coût du travail à l’emploi varie assez
nettement entre les pays, dans les pays européens
elle reste globalement de l’ordre des résultats de
Blanchflower et Oswald (1995) pour lesquels
l’élasticité du salaire au taux de chômage est
d'environ 0,1. En revanche, le taux d'emploi n'a pas
d'impact significatif sur l'évolution du salaire aux
États-Unis, où les ajustements s'effectuent
davantage par des flux de main-d'œuvre entre États
que par une modification des salaires. Les autres
paramètres de l'équation ont des valeurs communes
dans tous les pays de l'échantillon. On remarque
alors que la durée des contrats de salaire est
relativement longue, ce qui implique une certaine
rigidité nominale, et les anticipations de prix sont
assez statiques. Le coin salarial a un effet positif
mais faible sur le coût du travail : une hausse des
cotisations sociales est donc principalement
supportée par une baisse du salaire touché par le
salarié, conformément aux résultats de Cotis et
Loufir (1990).
Spécification de l'équation de salaire
Chaque année, les entreprises et leurs salariés
signent des contrats fixant le salaire nominal.
Certains contrats expirent durant l'année en cours
(ils ont donc nécessairement une durée inférieure ou
égale à un an), d'autres durant l'année suivante (ils
ont donc nécessairement une durée inférieure ou
égale à deux ans
[1] ). Chaque contrat est donc affecté
d'un double indice :
t qui est l'année où il est signé et
i, qui est égal à 1 si le contrat expire durant l'année
en cours, et à 2 s'il expire durant l'année suivante.
Les différen ts mod èles théo riqu es de la
détermination des salaires (modèles de négociation,
de salaire d'efficience et de
search) permettent de
justifier une équation du type
[2] :
WC est le coût du travail dans le secteur marchand fixé
par le contrat de salaire,
PE représente le niveau de prix moyen anticipé sur la
durée du contrat,
Y la production marchande,
E l'emploi marchand,
UN le taux de chômage
[3] (en pour cent) et
WDG le coin salarial (wedge).
Le terme d'erreur ε résume toutes les variables non
observables influençant l'issue de la négociation
salariale. Parmi ces variables, qui jouent
vraisemblablement un rôle important, on peut citer
le pouvoir de négociation des syndicats, le pouvoir
de marché des firmes, la législation sociale, qui
affecte le pouvoir des insiders (par exemple la
difficulté à licencier le personnel), l'indemnisation
du chômage, l'utilité du loisir, etc. Ces variables non
observables ont probablement une forte persistance.
On considère deux prix anticipés. Le premier
correspond aux contrats dont la validité est limitée à
l'année en cours et est égal au prix courant à la
production des biens marchands :
Le second correspond aux contrats qui expirent au
cours de l'année suivante ; il est une moyenne
pondérée des prix courant et anticipé pour l’année
suivante :
Notons par
p p( )0 1≤ ≤ la proportion de contrats de
salaire expirant dans l’année où ils sont signés et
1–
p la proportion de contrats expirant l’année
suivante. Notons par
Wt le coût du travail moyen de
l'année considérée. Nous avons l'identité
comptable
[4] :
Les variables WC et PE n'étant pas observables,
l'estimation nécessite leur élimination grâce aux
équations (1) à (3). On obtient :
Posons : (1-p) / (2- p) = r,
et :
p p r r/ ( ) ( , )2 1 2 0 0 5- = - ≤ ≤. A ppelons η
t t-1, l’erreur sur la prévision de prix faite à la date t - 1
pour la date t : ηtta Log P Log P - = -( ) ( ). En
t tt -1 1, présence d’une hypothèse d’anticipations
rationnelles, cette erreur suit une différence de
martingale. Alors, l’équation (5) peut être réécrite :
Ainsi, le coût nominal du travail à la date t est
fonction d’une moyenne pondérée (avec les mêmes
poids) de la productivité, du coin salarial et du taux
de chômage des années t à t -1. Il est aussi une
fonction plus complexe du prix des années t -1 à
t +1.
Nous avons noté plus haut qu'il était probable que
les termes d'erreur ε et ε suivent des processus
t,1t,2 ayant une très forte persistance. Nous avons
supposé que ceux-ci pouvaient se représenter par un
AR(1) de paramètre ρ que nous avons estimé en
quasi-différenciant l’équation dans les différents
cas de figures présentés dans la deuxième partie.
Nous avons toujours obtenu une valeur de ρ très
proche de 1. On considère donc que le terme
d’erreur de (6) suit un processus intégré d’ordre 1.
Cela revient à dire que les déterminants non
quantifiés du coût du travail (salaire de réservation,
pouvoir de négociation des insiders par exemple)
sont I(1), ce qui semble une hypothèse raisonnable
et de surcroît très commode.
La conséquence est que les variables observables de
l’équation (6) ne sont pas coïntégrées, ce qui
n’empêche pas les valeurs des élasticités qui y
figurent d’avoir un grand intérêt économique. Pour
prendre en compte l'absence de coïntégration, nous
estimons cette équation en différences premières, ce
qui permet également d’éliminer une constante
susceptible de varier d'un pays à l'autre
[5].
La démarche économétrique
Il s'agit de procéder à l’estimation de l'équation (6)
sur un panel de pays. Plus précisément, la
spécification de l’équation est commune à toutes les
nations, mais les valeurs de ses paramètres peuvent
varier. Estimer une équation sur un panel de pays
accroît la taille de l'échantillon et apporte ainsi une
rich ess e d’information importante,
comparativement à celle dont on dispose en
économétrie des séries temporelles
[6].
Cependant, cette estimation soulève un certain
nombre de problèmes.
Les données
L'échantillon de seize pays comprend l'Allemagne,
l'Autriche, la Belgique, le Canada, l'Espagne, les
États-Unis, la Finlande, la France, la Grèce, l'Italie,
l’Irlande, le Japon, les Pays-Bas, le Portugal, le
Royaume-Uni, la Suède, l'Irlande
[7]. Toutes les
données viennent des perspectives de l'OCDE, il
s'agit de données annuelles, exprimées en
logarithmes. On retient la même période de temps
pour tous les pays. De plus, comme la détermination
des salaires est fortement conditionnée par les
institutions intervenant ou réglementant le marché
du travail, et comme celles-ci changent au cours du
temps, il nous a semblé raisonnable d'effectuer nos
estimations sur une période d'une durée assez
réduite, commençant en 1982 et s’achevant en
1996. La principale difficulté résulte de la
réunification allemande, puisqu'en 1991 le champ
s'élargit de l'Allemagne de l'ouest à l'Allemagne
totale. Nous traitons ce problème en introduisant
des variables muettes pour l’Allemagne. Compte
tenu des retards présents dans l'équation cela
équivaut à "supprimer" deux années, 1991 et 1992,
pour ce pays.
WDG, qui mesure l'écart entre le pouvoir d'achat du
salaire net et le coût réel du salarié pour l'entreprise,
est défini de la façon suivante :
(pc/(p (1-sscr) (1-tlr)) (1+vatr90)), où pc est le prix
à la consommation, sscr le taux des cotisations
sociales employeurs et salariées, tlr le taux
d'imposition des revenus du travail, vatr90 le taux
de TVA pour l'année de base. Par ailleurs, comme le
chômage est un indicateur discutable des tensions
sur le marché du travail, nous utilisons également le
taux d'emploi (emploi/population).
Au total, nous disposons donc d'un panel de 16 pays
et nos estimations portent sur 15 ans.
Les problèmes
Le problème d’économétrie des panels auquel nous
sommes confrontés est assez différent des
problèmes usuels pour lesquels cette branche de
l’économétrie a été développée
[8] : un nombre de
périodes plus élevé, un nombre d’individus
beaucoup plus petit, un intérêt particulier pour la
comparaison des valeurs des paramètres entre
individus et une matrice de covariance des termes
d’erreurs des différents pays peu contrainte
a priori.
Enfin, la non-linéarité par rapport aux paramètres et
la présence de variables anticipées et donc non
observées, sont des difficultés supplémentaires.
Ce problème se résume à estimer sur un panel de I
pays, indicés i, et sur une période de T années,
indicées t, le système de I équations :
I et
T sont du même ordre, compris entre 10 et 25.
y
it désigne la variable expliquée, les
x sont les
jit variables explicatives,
f est une fonction
i représentant le comportement étudié associé au
pays
i, et
α sont les paramètres intervenant dans
i cette fonction. Certains de ces paramètres sont
spécifiques au pays
i, d’autres sont communs à
plusieurs pays ou à la totalité d’entre eux.
εit est le
terme d’erreur d’espérance nulle
[9].
Les réponses
Nous faisons l’hypothèse que les erreurs d’une
même date sont corrélées entre elles et notons par
Ω, d’élément générique ω, leur matrice de
ij covariance. Ceci peut se justifier par le fait que les
termes d’erreurs s’interprètent comme des chocs
aléatoires heurtant les économies des différentes
nations et que de tels chocs sont visiblement
corrélés. Nous introduisons plus bas une structure
dans cette corrélation, qui est nécessaire afin que
l'estimation comporte suffisamment de degrés de
liberté. Mais une structure du type de celle que
proposent les modèles à erreurs composés nous
semble trop stricte et trop pauvre pour notre besoin.
En revanche, nous supposons que les termes
d’erreur sont temporellement indépendants. Une
hypothèse plus raisonnable serait que le terme
d'erreur suive un processus stationnaire, après
éventuellement une différenciation de l'équation
originale, ce qui est d’ailleurs le cas pour notre
modèle de la première partie. L'estimation sous
l'hypothèse que ce processus est autorégressif pour
chaque pays ne serait pas très difficile (voir
Kmenta, 1986,1997). Mais nous jugeons préférable
de prendre en compte cette possibilité en ajoutant
simplement des variables explicatives et expliquées
retardées. Ceci réduit le nombre de degrés de liberté
dans l’estimation, mais n’introduit pas dans sa
dynamique de contraintes
a priori qui ont beaucoup
de chances d’être injustifiées
[10]. Cependant cette
procédure n’est pas une solution si le processus
suivi par le terme d’erreur a une composante
moyenne mobile, ce qui est d’ailleurs le cas pour
notre modèle théorique
[11]. Nous n’avons pas pu
traiter ce dernier cas, mais des tests que nous
présentons plus bas semblent montrer que cette
lacune n’a pas de conséquence grave.
Si les variables explicatives étaient toutes
prédéterminées, c’est-à-dire si ε était indépendant
it des variables explicatives contemporaines et
passées, et si les fonctions f avaient la propriété
i que le système (7) puisse être réécrit :
celui-ci pourrait être estimé aisément par les
moindres carrés non linéaires généralisés.
Toutefois, dans un souci de généralité, nous
préférons supposer que la variable x est
it2 prédéterminée mais que la variable x ne l’est pas.
it3 Cette endogénéité de
x constitue une source de
it3 non convergence de ces estimateurs. De plus, la
variable
xa désigne la prévision à la date
t de la
i t1 1,+ variable
x pour la date
t + 1. Elle n’est pas
i1 observée et, conformément à la suggestion de
Wickens (1981), nous la remplaçons par son
observation à la date
t + 1 :
x. Nous
i t1 1,+ introduisons ainsi une erreur supplémentaire dans
l’équation, qui porte sur la prévision d’une variable
explicative future
[12]. Le modèle que l’on cherche
alors à estimer est à erreur sur les variables et, dans
ce cas, la méthode des moindres carrés généralisés
conduit à des estimateurs non convergents.
La solution pour surmonter ces difficultés est
d’affecter à chaque équation nationale un ensemble
de variables instrumentales. Par exemple, si la
variable anticipée es t p rédéterminée, les
instruments naturels pour l’équation relative au
pays i sont y x x, , 1 et x. Nous supposons
i t it it, -2 2i t3 1,- par la suite que ces instruments sont au nombre de n.
Ensuite, nous utilisons une méthode de GMM en
deux étapes, présentée en détail dans l'annexe 1.
Une difficulté supplémentaire est que l'estimation
de la matrice de covariance Ω du système
d'équation est très imprécise : on observe $ε pour
it t T= -2 1,...,, soit T – 2 observations. Or I est de
l’ordre de T – 2. Cette matrice est donc presque
sing ulière, voire singulière si le no mb re
d’observations est inférieur à celui de pays.
L'analyse factorielle permet de structurer cette
matrice, donc les liens entre les chocs heurtant les
différents pays, et ce d'une façon qui apparaît
naturelle pour l'économiste. La présentation de cette
méthode en annexe 2 est inspirée de Doz (1998,
pages 85-161) qui en donne une exposition simple
et rigoureuse.
Il serait possible de compléter l'analyse factorielle
de la matrice de covariance des erreurs sur les
équations de chaque pays, par une estimation des
facteurs, ce qui poserait d'ailleurs un problème
d'identification. On pourrait aussi rechercher une
interprétation économique de ces facteurs. Ceci est
cependant en dehors du sujet de notre article.
Les principes des tests
Deux types de tests sont importants et faciles à
mener :
-
Le test des restrictions de suridentification
d'Hansen. Si le modèle et le choix des variables
instrumentales sont valides, la fonction objectif de
deuxième étape des GMM :
- ( $ $ / ( )' '- - ι ι)V VΦ Τ 1 2, où le circonflexe se rapporte
valeurs estimées, suit asymptotiquement un χ2 à
s degrés de liberté
[13].
-
Le test de contraintes sur les paramètres et
notamment d'égalités de ceux-ci entre les pays. Si
représente par un circonflexe les résultats de
l'estimation du modèle non contraint, et par un tilda
résultat de l'estimation du modèle contraint par r
égalités, alors la statistique du rapport de
vraisemblance :
-
LR V V V V= ' '- ' '- - - ( $ $ /( )ι ι ι ι)Φ Φ Τ 1 1 2, suit aussi
asymptotiquement un χ2 à r degrés de liberté
[14].
Quand le test a une p-value inférieur à 5 %, on
l'hypothèse nulle (i.e. le modèle le plus
contraint). Une particularité de la formule est
d'utiliser les deux fois l'estimation de Φ obtenue à
dernière étape des GMM appliquée au modèle
contraint. L'estimation du modèle non contraint est
très simple et s'effectue en une étape. Dans le
où le modèle non contraint est juste identifié, les
statistiques de ces deux tests sont numériquement
égales à celle du test de suridentification d'Hansen
(pour une même valeur de la matrice Φ bien sûr).
Pour tester l’identité ou la différence de chaque
paramètre entre les pays nous avons choisi de
procéder du général au particulier. Dans une
première série d'hypothèses nulles, on suppose que
tous les coefficients du modèle, sauf un, diffèrent
selon le pays. Puis on passe à deux coefficients
communs à tous les pays, et ainsi de suite jusqu’à ce
que les tests nous contraignent à arrêter
[15]. Dans
cette succession de tests emboîtés nous utilisons
toujours les mêmes variables instrumentales.
Nous présentons dans l'encadré la stratégie retenue
dans le cas d'une équation comprenant trois
paramètres à estimer : a b i i, et ci.
Nous retenons la constante, et l’ensemble des
variables expliquée et explicatives en niveau,
retardées de trois périodes comme instruments. En
effet, les variables explicatives, et donc
indirectement la variable expliquée, interviennent
dans l’équation avec un retard de deux périodes. Il y
a donc six variables instrumentales par pays, soit un
total de : 1+5 ×16=81 instruments. En retenir
davantage augmenterait le nombre de degrés de
liberté, mais accroîtrait le risque de biais de petit
échantillon. Un problème supplémentaire est que
cela conduirait à de mauv ais tests de
suridentification d’Hansen.
Résultats de l'estimation et des tests
Dans le cas particulier de notre équation de salaires,
nous avons été confrontés à un problème
particulier : les algorithmes d'estimation par les
GMM ne convergent pas quand tous les paramètres,
ou tous les paramètres sauf un, peuvent prendre des
valeurs différentes selon les pays. Ceci est
probablement dû au fait que le nombre de degrés de
liberté de l'estimation est alors excessivement bas.
Dans ce cas, même si les algorithmes d'estimation
convergeaient, les résultats obtenus seraient
probablement trop fragiles pour constituer un bon
départ d'estimation. Nous commençons notre
stratégie de tests emboîtés en supposant au début
que, sous l'hypothèse alternative, deux paramètres
ont une valeur commune pour tous les pays, et que
sous l'hypothèse nulle un paramètre de plus est
commun à tous les pays. Cette démarche empêche
l'examen des cas où le nombre de paramètres
spécifiques serait de quatre ou cinq. Mais comme
in
fine on retiendra un nombre plus petit de paramètres
dont les valeurs diffèrent avec le pays, ce défaut ne
semble pas très gênant. Au terme du processus de
test emboîtés, la spécification retenue est celle où
chaque paramètre a la même valeur, quel que soit le
pays
[16].
Les résultats de l'estimation sont présentés dans le
tableau 1. Ils sont décevants à plusieurs égards. En
particulier, q est supérieur à 1 (même si un test ne
rejette pas son égalité à 1) et surtout le taux de
chômage n'est pas significatif. Ces conclusions peu
convaincantes peuvent contaminer les autres
résultats et laisser un doute sur le fait que les
paramètres structurels auraient les mêmes valeurs
dans tous les pays. Cela nous a menés à reconduire
nos estimations en retenant le taux d'emploi (calculé
sur les personnes dont l’âge est compris entre 15 et
64 ans) comme indicateur des tensions sur le
marché du travail. On considère en effet
fréquemment que le taux d’emploi est un meilleur
indicateur. En particulier, il permet de prendre en
compte les chômeurs découragés qui se retirent du
marché du travail mais seraient prêts à travailler si
on leur offrait un emploi, dont la part peut varier de
façon importante au cours du cycle économique et
est significativement différente entre pays. Il prend
aussi en compte d'autres catégories de personnes qui
sortent du chômage sans rentrer dans l'emploi (via
les systèmes de formation) ou encore les jeunes qui
prolongent la durée de leurs études faute de
perspectives d'emploi. De même, les personnes qui
sortent de l'emploi sans entrer dans le chômage, via
notamment les système de préretraite ou de
formation, sont prises en comptes.
Encadré : stratégie de tests emboîtés d’identité ou de différence des paramètres entre pays
Nous nous plaçons dans le cas où l’équation du pays i comprend trois paramètres à estimer : a b i i, et ci. Les hypothèses que
nous testons concernent l'égalité des valeurs que prend l'un de ces paramètres sur la totalité des pays (ce qui est noté par
exemple : c c i j = ), contre l'alternative que ce paramètre prend des valeurs différentes dans chacun des pays (c c i j ≠ ). Pour que
l'hypothèse nulle soit retenue, nous exigeons que le test du rapport de vraisemblance contre l'hypothèse alternative et le test de
Hansen sous l'hypothèse nulle aient tous deux une p-value supérieure à 5%. La stratégie de tests imbriqués est représentée dans
les diagrammes suivants. À chaque étape d'une série de tests, une hypothèse nulle est retenue, si elle n'est pas rejetée contre
aucune des hypothèses alternatives qui lui est associée. Si, pour une hypothèse alternative donnée, une des hypothèses nulles
qui lui sont associées n'est pas rejetée, cette hypothèse alternative n'est pas retenue. Ce second critère peut être critiqué. En
effet, une hypothèse alternative H1 peut conduire au non rejet de l'hypothèse nulle H0, mais H0 est rejeté relativement à une
autre hypothèse alternative H1'. En rejetant H1, nous supposons implicitement que cette hypothèse contient des incorrections
qui ne figurent pas dans H1' .
À la fin de la succession de tests imbriqués, il est possible que plusieurs configurations d'égalités et de différences de
paramètres entre pays aient été retenues. On peut essayer de trancher entre elles par des tests non emboîtés, du type test J (voir
Davidson et MacKinnon (1993), chapitre 11), ou par des arguments économiques.
Première étape
L'hypothèse alternative H1 est que chacun des trois paramètres diffère entre les pays. Les trois hypothèses nulles H0#, H0## et
H0### sont que l'un de ces paramètres prend la même valeur dans l'ensemble des pays. Si les tests de ces hypothèses nulles les
rejettent toutes les trois, on retient l'hypothèse alternative H1. Sinon on passe à la seconde étape.
Deuxième étape
Dans le diagramme, nous supposons que les trois hypothèses nulles de l'étape précédente n'ont pas été rejetées, et constituent
autant d'hypothèses alternatives notées maintenant H1#, H1## et H1###. Dans le cas contraire certaines de ces hypothèses
alternatives n'ont pas à figurer dans le diagramme. Chaque hypothèse alternative considère que deux paramètres prennent des
valeurs différentes avec les pays. Il lui est relié deux hypothèses nulles, où seul un de ces paramètres varie avec le pays. Les
hypothèses nulles possibles sont au nombre de trois : H0*, H0** et H0***. Chacune d'entre elles est attachée à deux
hypothèses alternatives.
Troisième étape
Le diagramme correspond au cas où les trois hypothèses nulles de l'étape précédente n'ont pas été rejetées. Alors elle
deviennent maintenant autant d'hypothèses alternatives notées H1*, H1** et H1***. Il n'y a plus maintenant qu'une hypothèse
nulle, H0, correspondant au cas où les trois paramètres prennent les mêmes valeurs dans tous les pays. Si H0 est rejeté contre
une ou plusieurs hypothèses alternatives, on retient cette (ces) hypothèse(s). Sinon on retient l'hypothèse nulle H0.
Dans cette succession de tests emboîtés, afin de déterminer si les différents paramètres changent ou non avec les pays, nous
utilisons toujours les mêmes variables instrumentales.
Dans ce cas, le modèle retenu, au terme de la
procédure de tests emboîtés, est un modèle dans
lequel le taux d'emploi et la productivité ont des
effets spécifiques dans chaque pays (tableau 2). Ce
modèle n’est pas rejeté contre des modèles plus
libres (
p-values de 5,5 à 20%
[17] ). Des modèles plus
contraints sont rejetés contre ce modèle (
p-values de
l'ordre de seulement 1 %), ce qui nous conduit à ne
pas les retenir. Nous avons également testé si les
coefficients des taux d’emploi ou de la productivité
prenaient une même valeur pour l’ensemble des
pays membres de l’UEM. Ces hypothèses ont été
rejetées.
Tableau 1
résultats de l'estimation avec le taux
de chômage comme indicateur des tensions
sur le marché du travail
Tableau 1 : résultats de l'estimation avec le taux
de chômage comme indicateur des tensions
sur le marché du travail
Coeff Student
w1 0,60 33
r 0,28 3,0
w2 0,32 8,1
w3-0,004-0,9
q 1,1 4,5
p-value du test de Hansen 30%.
Les paramètres communs ont le signe attendu et des
valeurs raisonnables. En premier lieu, nous
obtenons une valeur de r égale à 0,4, ce qui signifie
que seulement 25% des contrats de salaire expirent
l'année où ils sont signés. Les prix futurs anticipés
jouent modérément dans le prix servant de référence
aux contrats les plus longs (30% contre 70% pour
les prix courants). L’élasticité du coût du travail par
rapport au coin salarial w est égale à 0,16. Cela
2 implique qu’une élévation des cotisations sociales
employeurs ou employés ne conduit qu’à une faible
hausse du coût du travail et est principalement
supportée par les employés dont le salaire net
baisse. Nous retrouvons ainsi un résultat déjà
obtenu pour la France par Cotis et Loufir (1990).
La productivité a une influence positive et
significative sur la formation des salaires dans tous
les pays, sauf en Grèce et en Espagne (où elle
négative mais non significative) et au Portugal (où
elle est positive mais non significative). Parmi les
pays de la zone Euro, on note que les chocs de
productivité sont faiblement répercutés sur le coût
salarial en France, en Italie et au Pays-Bas, plus
nettement en Allemagne, en Finlande et surtout en
Autriche. Les États-Unis et le Japon ne se
distinguent pas de la moyenne de la zone euro, le
Royaume-Uni est caractérisé par une répercussion
plus forte.
L'impact du taux d'emploi est très significatif en
Italie, au Royaume Uni, aux Pays-Bas, en Autriche,
en Grèce et en Allemagne, faiblement significatif en
France. On retrouve une nouvelle fois une
flexibilité salariale élevée en Italie (Layard, Nickell
et Jackman, 1991 ; Tyrvaïnen, 1995 ; Mc Morrow,
1996 ; Sinclair et Horsewood, 1997 ; Roeger et In’t
Veld, 1997, Cadiou, Guichard et Maurel, 1999). Le
résultat pour le Royaume-Uni diffère de ceux de la
littérature empirique existante, où le salaire réel est
généralement considéré comme peu flexible. De
même l'Allemagne apparaît comme l'un des pays les
plus flexibles de la zone euro, alors qu'elle est
généralement considérée comme étant dans une
position intermédiaire. En Grèce, cette flexibilité
est particulièrement forte, ce qui doit masquer un
problème dans l'équation.
Il est plus traditionnel de mesurer la flexibilité
salariale par l'élasticité du coût du travail par
rapport au taux de chômage et non par rapport au
taux d’emploi. Cette élasticité pour le pays i, toutes
choses égales par ailleurs, est égale à -w u, où u
i i3i est le taux de chômage moyen pour le pays étudié.
Dans le cas où on retient le taux d'emploi comme
indicateur des tensions sur le marché du travail, on
peut faire ce calcul sous l'hypothèse de travail que
les taux de participation sont stables. Le résultat de
ce calcul est représenté dans la troisième colonne du
tableau 2. Les ordres de grandeurs semblent
raisonnables au regard par exemple des résultats
obtenus par Blanchflower et Oswald (1995) sur des
panels d'individus au sein de chaque pays (à savoir
des élasticités du coût du travail par rapport au taux
de chômage proche de-0,1 dans la plupart des
pays)
[18].
Le taux d'emploi n'a pas d'impact significatif sur
l'évolution du salaire en Belgique, au Canada, en
Suède, en Irlande et aux États-Unis. Dans ce dernier
pays, les flux de main-d'œuvre entre États sont
importants et très sensibles aux conditions locales
du marché du travail (Blanchard et Katz, 1992).
Ainsi, le taux d’emploi moyen sur le pays est un
indicateur peu significatif, qui n’influence que
faiblement le salaire moyen (Thomas, 1994). Il est
en outre important de noter que les deux marchés du
trav ail les plus libéraux (É tats-Un is et
Royaume-Uni) présentent des degrés de flexibilité
opposés alors que les marchés du travail allemand et
italien, réputés moins libéraux, présentent un degré
de flexibilité élevé, proche du Royaume-Uni.
Enfin, en Finlande et surtout en Espagne, l'impact
des tensions sur le marché du travail est
significativement négatif. Dans ces deux cas, des
éléments d'explications, liés aux particularités du
marché du travail ou de la conjoncture économique,
peuvent être apportés.
Tout d'abord la Finlande a connu un cycle
économique très marqué à la fin des années
q uatre-ving t et au d ébu t des années
quatre-vingt-dix. Après une période d'expansion
très rapide la Finlande connaît une grave crise
financière et une récession profonde de 1990 à 1993
durant laquelle l'emploi baisse très fortement (le
taux d'emploi baisse de 10 points et le taux de
chômage passe de 4 à 20 % en 1994, avant de
redescendre à plus de 10 %). Honkapohja et
Koskela (1999) analysent cette récession et
estiment sur données annuelles une équation de
salaire voisine de la nôtre mais comprenant des
variables supplémentaires. Ils obtiennent ainsi des
résultats plus acceptables, mais sans doute assez
fragiles par suite du peu de degrés de liberté de leur
estimation. Ils n’examinent pas hélas la
cont ributio n de chacune des variab les à
l’explication de l’évolution du coût du travail, et
notamment de sa rigidité face à la forte détérioration
de l’emploi. La discussion qui suit leur article
montre qu’il n’existe pas de réponse faisant l’objet
d’un consensus à ce problème. Dans la mesure où le
cycle économique des années quatre-vingt-dix est
très particulier, nos résultats ne doivent pas être
interprétés comme signifiant qu'à l'avenir le marché
du travail finlandais réagira différemment des
autres pays de la zone euro en cas de choc commun.
Le résultat que nous trouvons dans le cas espagnol est
également obtenu par Franks (1994). Des
estimations portant sur ce seul pays de 1976 à 1992
font apparaître un effet négatif et significatif de la
productivité et positif (et significatif) du taux de
chômage. L’interprétation de cet auteur est que ces
résultats traduisent la très forte rigidité du marché du
travail espagnol et sa profonde dualité. Les deux
dernières décennies ont été marquées par une
libéralisation du marché de l'emploi, principalement
par l'introduction des contrats à durée déterminée.
L’objectif de cette mesure était d’améliorer la
flexibilité du marché du travail. En fait, ces contrats
ont connu un vif succès et représentent aujourd'hui
30% de l'emploi. Toutefois, l’introduction de ces
contrats, en réduisant le risque de se retrouver au
chômage pour les salariés ayant un contrat à durée
indéterminée, a augmenté le pouvoir de négociation
de ces derniers
[19] et déconnecté ce pouvoir des
valeurs prises par les taux de chômage ou d’emploi.
Le pouvoir des
insiders, particulièrement important
sur la période d’estimation, explique
vraisemblablement que l'accroissement des tensions
sur le marché de l'emploi ne s’est pas traduite par une
baisse des salaires réels. En revanche, la forte baisse
du chômage au cours de ces dernières années n’a pas
été accompagnée par une flambée des salaires. Le cas
espagnol est donc plus problématique que le cas
finlandais. Si elle perdure, la particularité du
fonctionnement du marché du travail espagnol
empêchera les salaires de fournir un mécanisme
d'ajustement face à des chocs macro- économiques;
de plus, elle risque de conduire à une réaction très
différente des autres pays de la zone euro en cas de
choc commun.
Les estimations ont été reconduites en contraignant
les coefficients qui avaient le mauvais signe à zéro.
Ils sont également présentés dans le tableau 2. Cela
ne change pas beaucoup les résultats précédents.
Tableau 2
résultats de l'estimation avec le taux
d'emploi comme indicateur des tensions
sur le marché du travail
Tableau 2 : résultats de l'estimation avec le taux
d'emploi comme indicateur des tensions
sur le marché du travail
Estimation où les
Estimation non coefficients
contrainte non-significatifs ont
été contraints à 0
Coefficient Student - w u i i3 Coefficient Student
Paramètres communs
Q 0,69 5,66 0,53 5,59
R 0,43 5,08 0,49 7,35
W2 0,16 2,46 0,24 5,20
W1
Autriche 0,75 9,09 0,61 8,71
Belgique 0,46 2,36 0,52 2,89
Canada 0,89 9,72 0,81 11,47
Finlande 0,66 17,70 0,67 19,91
France 0,36 3,51 0,37 4,17
Allemagne 0,57 6,25 0,49 5,86
Grèce-1,22-1,54 0 Const
Irlande 0,61 5,63 0,67 6,85
Italie 0,27 2,83 0,38 5,15
Japon 0,51 4,16 0,39 3,34
Pays-Bas 0,29 1,98 0,18 1,19
Portugal 0,19 0,86 0,31 1,49
Espagne-0,08-0,35 0 Const
Suède 0,54 2,20 0,53 2,31
Royaume-Uni 0,91 4,97 1,03 5,79
États-Unis 0,62 2,37 0,75 2,7
W3
Autriche 2,16 6,42-0,11 1,86 6,07
Belgique 0,41 1,00-0,05 0,51 1,34
Canada-0,57-0,96 0,06 0 Const
Finlande-0,12-1,85 0,01 0 Const
France 0,48 1,50-0,05 0,60 2,12
Allemagne 0,80 3,53-0,06 0,77 3,82
Grèce 4,00 2,20-0,33 5,87 3,84
Irlande 0,03 0,19 0 0 Const
Italie 0,70 3,28-0,07 1,00 5,35
Japon 0,46 1,30-0,01 0,52 1,52
Pays-Bas 0,64 4,05-0,05 0,42 2,53
Portugal-0,42-1,30 0,03 0 Const
Espagne-0,84-2,94 0,16 0 Const
Suède 0,09 0,30 0 0,09 0,32
Royaume-Uni 0,98 4,19-0,09 0,94 4,23
États-Unis 0,06 0,21 0 0 Const.
p- value du test de Hansen 8%.
La comparaison des résultats de l’estimation des
comportements de salaires dans les pays
industrialisés fait apparaître un certain nombre de
points communs (durée moyenne des contrats,
rigidité nominale, effet du coin salarial). Les
principales différences résident dans l'impact des
tensions sur le marché du travail (taux d'emploi) et
de la productivité. Pour autant, il ne semble pas y
avoir de liens simples entre ces différences et les
caractéristiques institutionnelles des pays. À
première vue, à quelques exceptions près, ces
différences semblent insuffisamment importantes
pour condu ire à d es aju stements macro -
économiques très différents entre pays. Pour
véritablement conclure sur ce point, il faudrait
intégrer les hétérogénéités des comportements de
fixation des salaires d ans u n mo dèle
macro-économique multinational complet, ce qui
dépasse largement l'objet de ce papier.
Annexe 1 : estimation du système d’équations
par les GMM
Notons par Wi la matrice des observations sur les
instruments associés au pays i, dont la dimension est : (T - 2,
n). Soit Wit sa ligne générique. Nous définissons alors :
V W W t t t It It =( ... )ε ε 1 1 le vecteur ligne de dimension In, et V la
matrice dont la ligne générique estVt et la dimension :
(T - 2, In). La condition des moments est :
On approxime les moments théoriques par les moments
empiriques et on obtient :
où ιest un vecteur colonne constitué de 1, de dimension T - 2.
Cette condition ne peut pas être exactement vérifiée dans la
plupart des cas, où le nombre total d’instruments est
supérieur à celui de paramètres à estimer. L’écart entre le
nombre d’instruments et celui de paramètres, noté s, est
appelé le degré de suridentification de la méthode
d’estimation. On cherche donc à minimiser la distance de
'V ι à 0, en utilisant une matrice de distance A, de
dimension : (In, In), qui est symétrique, définie et positive.
On minimise donc par rapport aux paramètres l’expression :
Le choix efficient de la matrice A est : A =- Φ1, avec :
où
pl désigne la limite en probabilité. Nous avons supposé
que les erreurs d’une même date ont pour matrice de
covariance
Ω, indépendant du temps (homoscédasticité
temporelle), d’élément générique
ωij. Alors
Φ a pour bloc
générique :
ωij i j W W T '/ ( )-2. Pour calculer
A, on doit
inverser cette matrice de dimension (
In, In)
[20].
Pratiquement on opère en deux étapes. Dans la première on
suppose que la matrice Ω est proportionnelle à la matrice
unité. Alors A est la matrice diagonale par blocs, dont le bloc
générique est : ( ) 'W W i i -1. On minimise le critère (A1.3) et
l'on obtient ainsi une première valeur des paramètres et des
résidus. On calcule ensuite un estimateur des ωij, notés $ωij,
comme la covariance empirique entre les résidus $εit attachés
au pays i et ceux $εjt reliés au pays j. Dans la seconde étape on
estime Φ par son bloc générique $ / ( ) 'ωij i j W W T -2. On
estime A par Φ-1 et on effectue la minimisation ci-dessus. La
seconde étape peut être itérée.
La matrice de covariance des paramètres estimés (multipliée
par ( )/ T -21 2 ) est asymptotiquement égale à : ( '- - Δ Φ Δ 1 1 ), où
Δ est la matrice des dérivées partielles de '-V Tι/ ( )2 par
rapport aux paramètres.
Annexe 2 : estimation de la matrice de
covariance
Dans cet encadré εt désigne le vecteur des termes d'erreur de
l'ensemble des nations (de dimension I), pour : t =2, ..., T-1.
On ne distinguera pas ici le vecteur aléatoire, sa réalisation
et son estimation. On fait les hypothèses suivantes en
supposant f facteurs :
avec :
Ft vecteur colonne de dimension f et ut vecteur colonne de
dimension I, aléatoires.
Λmatrice de dimension (I, f) certaine.
On déduit alors :
Au lieu d'estimer les I (I + 1)/2 paramètres de Ω, on n'a plus
besoin d'estimer que les (f +1) I paramètres de Λet D (en fait
le gain n'est significatif que si le nombre de facteurs retenus
est nettement inférieur à la moitié du nombre de pays). On
peut établir que l'estimateur du maximum de vraisemblance
de Λet D, noté $Λet $D, est donné par les conditions :
, o ù m est le v ecteu r
moyenne arithmétique des εt sur la période d’observation.
1 1+ +γ γ,..., sont les valeurs propres réelles positives et
1I supposées distinctes de AD$-1, classées par valeurs
décroissantes (en fait il faut que les f premiers γi soient
positifs pour que le calcul soit possible), Γ est la matrice
diagonale de dimension (f, f) de termes diagonaux γ γ,....
1f Les f colonnes de $Λ sont les f premiers vecteurs propres de
AD$ -1 (associés aux f plus grandes valeurs propres) qu'on
norme pour vérifier la condition d'identification :
Λ Λ=- $ $ $D1.
La procédure d'estimation est itérative. On fixe d'abord une
valeur initiale pour $
D :
D0. On calcule alors les valeurs
propres et les vecteurs propres de
AD01
-, et en conséquence
Λ0. On calcule ensuite
D1 qui est la matrice diagonale dont
les éléments diagonaux sont les mêmes que pour
A - '
Λ Λ 0 0,
et on recommence. Dans les applications, il s’avère que cette
p rocédure converg e faci lement, bien qu’à no tre
connaissance il n’y ait pas de résultat mathématique
établissant cette propriété. Des méthodes plus sophistiquées
existent et sont présentées par Doz
[24].
Le choix de la valeur initiale D0 est un problème
supplémentaire. On note par Ri2 le carré du coefficient de
corrélation multiple entre la ième composante de εt et les
I - 1 autres composantes, et par aij l'élément générique de la
matrice A. Alors on choisit : d a R i ii i0 2 1= -( ).
Une autre difficulté réside dans le choix du nombre de
facteurs f à retenir. Une méthode simple est de calculer une
matrice de la même dimension que A, dont les termes non
diagonaux représentent les corrélations entre composantes
du vecteur εt et dont les termes diagonaux sont les Ri2. On
effectue alors une analyse en composante principale de cette
matrice et on retient autant de facteurs qu'il existe de valeurs
propres positives et non négligeables.
Ce test a priori suffit au début d'une succession d'itérations
des GMM, où il n'est pas trop grave que la matrice Φ soit un
peu inexacte. Cependant un test a posteriori de la validité du
choix du nombre de facteurs, plus rigoureux, doit être
effectué après la dernière étape des GMM. Ce test, du
rapport de vraisemblance, a pour hypothèse nulle que le
nombre de facteurs est égal à f. L'hypothèse alternative est
qu'il n'existe pas de contrainte sur la matrice de covariance
Ω. La statistique du test est :
Cette statistique suit asymptotiquement un χ2 dont le
nombre de degrés de liberté est : [( ) ( )]/I p I p- - + 2 2.
Bartlett suggère de remplacer dans l'expression de ξ le
nombre d'observations T -2 par : T - 2 - (2I +5) -2p /3, quand
le nombre d'observations n'est pas très élevé, ce qui est le cas
ici.
Annexe 3 : autocorrélation des erreurs
La méthodologie économétrique présentée dans la
deuxième partie, et sa mise en œuvre dans la troisième
partie, négligent toute dépendance intertemporelle des
erreurs. Cette dépendance a deux conséquences
défavorables. D’abord notre choix de variables
instrumentales peut être injustifié, c’est-à-dire que la
condition des moments (A1.1) de l’annexe 1 peut ne pas
être vérifiée. Ensuite, notre choix de la matrice distance
A =- Φ1 n’est plus efficient, et la matrice de covariance des
paramètres estimés ainsi que la statistique de Hansen ne
sont plus convenablement calculées. Pour les raisons que
nous avons données dans la note 11, il nous semble difficile
de trouver une solution satisfaisante au second problème.
En revanche, en prenant comme variables instrumentales la
variable expliquée et les variables explicatives du modèle,
retardées de trois années, nous avons limité les
conséquences du premier problème. Il reste encore à
évaluer si le choix d'un retard de trois périodes pour les
variables instrumentales est suffisant. Pour cela nous avons
réestimé la dernière équation avec pour variables
instrumentales la constante et les variables expliquée et
explicatives retardées de 4 périodes. Nous avons alors
calculé la statistique de Hansen et vérifié que sa p-value
était élevée (elle est égale à 14,7%). Puis nous avons ajouté
comme instrument la variable expliquée retardée de
seulement 3 années. La p-value du test de Hansen reste
élevée (19%). Nous avons alors calculé la différence des
deux statistiques d'Hansen. Si le nouvel instrument est
valide elle suit un χ2 à 16 degrés de liberté (le nombre de
variables supplémentaires multiplié par le nombre de
pays). Nous obtenons alors une p-value de 51%. Il nous
semble donc justifié d'utiliser la variable expliquée
retardée de seulement trois périodes comme instrument.
Nous avons effectué le même test avec chaque variable
explicative tour à tour, et nous avons obtenu chaque fois
une p-value élevée (plus de 20%), sauf avec le prix P pour
lequel la p-value est basse (0,04%). Une interprétation est
que l'inertie nominale est plus longue que ce que suppose
notre spécification. Ainsi l'équation (6) omettrait une
variable prix retardée de deux années, et cela invaliderait
notre choix du prix retardé de trois périodes comme
instrument (on rappelle que l'équation estimée est la
différence première de (6)). La justification théorique ou
factuelle de la présence d'un prix retardé de deux ans pour
expliquer la détermination du salaire moyen de l'année
nous semble cependant difficile à établir.
Nous n’avons pas effectué ce test avec la totalité des
variables simultanément. En effet dans ce cas le nombre
d’instruments devient égal à 11 par pays, soit un total de :
1+10×16=161. Avec un nombre aussi élevé d’instruments,
le test de Hansen donne des p-values très basses.
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[(1)]
Ils peuvent aussi être relativement courts, puisqu'un
contrat signé au dernier trimestre de l'année t et expirant au
premier trimestre de l'année suivante entre dans cette
catégorie. En moyenne, ils ont toutefois une durée plus longue
que les premiers.
[(2)]
Voir notamment Layard, Nickel et Jackman (1991),
Blanchflower et Oswald (1994), Pissarides (1998).
[(3)]
Comme on le verra plus loin, le taux de chômage nous
semble être un indicateur insatisfaisant des tensions sur le
marché du travail. Nous le remplacerons par le taux d'emploi.
[(4)]
Il serait plus en accord avec les pratiques comptables de
calculer une moyenne arithmétique des coûts du travail
contractés, au lieu d’une moyenne géométrique. Ce mode de
calcul différent peut avoir des conséquences sur les premières
années de l’estimation, où l’inflation était forte dans la plupart
des pays. Aussi, nous avons refait une partie de nos estimations
sous cette condition. Les résultats n’ont presque pas été
changés.
[(5)]
Dans la nouvelle équation ainsi spécifiée, le terme d’erreur
suit un
ARMA d’ordre probablement assez faible. D’autre part,
il aurait été plus rigoureux de faire des tests de non
coïntégration des variables de l’équation (6), ce qui n’aurait été
possible, par suite du faible nombre d’années retenues, qu’en
exploitant la dimension panel. De tels tests, qui n’ont été
développés que récemment, nous ont semblé inutiles compte
tenu des constations précédentes.
[(6)]
Quand on travaille sur un seul pays avec des données
trimestrielles, le nombre d'observations est certes multiplié par
quatre. Mais si cela nous apporte une information précieuse
pour la dynamique de court terme, ce n'est pas d'un apport
considérable pour l'estimation des paramètres de long terme,
qui sont en général ceux qui intéressent le plus l’économiste
(élasticité du salaire au chômage ou au coin salarial). D'autre
part, les données trimestrielles dont l'économètre dispose sont
le plus souvent désaisonnalisées. Cela en réduit le contenu
informatif, mais plus problématique encore est la source de
biais notables dans l'estimation de l'équation et les tests qui s'y
rapportent (voir par exemple Hendry, 1995, p. 559-565)).
[(7)]
Deux pays de l'Union Européenne sont absents de notre
base de données, le Danemark et le Luxembourg, parce que les
données nécessaires à notre estimation n'étaient pas toutes
disponibles. La méthode d'estimation, développée dans la
section 2 et appliquée à l'équation des salaires, a été
programmée sous TSP 4.4 et le programme commenté en
détails est disponible auprès des auteurs.
[(8)]
Voir par exemple l’excellent manuel de Baltagi (1995).
[(9)]
Notre problème est assez différent de celui de Pesaran et
Smith (1995). Nous estimons directement les différentes
valeurs que prend éventuellement un même paramètre dans les
divers pays, sans hypothèse supplémentaire. Pour Pesaran et
Smith, ces écarts sont aléatoires et ils estiment l’espérance et la
variance d’un même coefficient sur l’ensemble des pays. Ils
pourraient aussi calculer dans ce cadre la prévision optimale
des valeurs de ces coefficients pour les différents pays. Ainsi,
pour utiliser la terminologie de l’économétrie des panels, notre
logique est celle des modèles à effets fixes, et la logique de
Pesaran et Smith est celle des modèles à erreurs composées.
Cette dernière conduit à des estimations plus précises, si les
hypothèses plus fortes qu’elle nécessite sont vérifiées. Une
extension très intéressante de l’approche de Pesaran et Smith,
avec une application, est donnée par Li, Maddala et Trost
(1996).
[(10)]
Notre expérience avec les tests de racine commune
(COMFAC) est qu’ils conduisent dans la quasi totalité des cas
au rejet de l’hypothèse nulle.
[(11)]
L’approximation d’une moyenne mobile par
l’adjonction de variables retardées dans l’équation ne serait
possible que si nous introduisions un nombre très élevé de
retards, ce qui rendrait l’estimation impossible ou imprécise.
La méthode des GMM, que nous présentons dans l’annexe 1,
traite habituellement ce cas en remplaçant dans la définition
de
Φ la covariance empirique du vecteur
Vt par une moyenne
pondérée de ses autocovariances empiriques pour les retards
et les avances les plus proches, en utilisant par exemple une
méthode introduite par Newey et West. La difficulté est que
nous devons alors estimer les autocovariances associées des
erreurs du système d’équation (7), soit plusieurs matrices de
format (
I, I) sur un échantillon de taille
T - 2. Comme
T est de
l’ordre de
I, ces estimations ne peuvent être que très
imprécises et la méthode des GMM apparaît alors peu fiable.
Nous développons dans l’annexe 2 un moyen pratique, fondé
sur l’analyse factorielle, pour surmonter cette difficulté pour
le cas de la covariance des erreurs. Mais nous n’avons pas
trouvé de moyen pour adapter cette méthode aux
autocovariances.
[(12)]
Et qui donc suit une différence de martingale,
indépendante des variables explicatives et expliquées à la date
et aux dates antérieures.
[(13)]
s est l'écart entre le nombre d'instruments et de
paramètres (voir annexe 1).
[(14)]
Un autre solution aurait été d'utiliser un test de Lagrange :
LM V V= ' ' ' '- - - - -
ι ιΦ Δ ΔΦ Δ ΔΦ Τ 1 1 1 1 2( ) / ( ), où
Δ est la
matrice des dérivées partielles de '-
V Tι/ ( )2 par rapport aux
paramètres du système d'équations non contraintes. Sous
l’hypothèse nulle,
LM suit un
χ2 à
r degrés de liberté, où
r est
le nombre de contraintes testées sur les paramètres.
Cependant, un test du rapport de vraisemblance nous semble
un peu plus facile à mettre en œuvre.
[(15)]
Turner et Seghezza (1999) répondent d’une manière un
peu différente à ce problème. D’abord les équations sont
estimées pays par pays en testant les ruptures de manière
systématique. Des variables muettes correspondant à ces
ruptures sont ensuite introduites dans les équations.
Finalement, celles-ci sont estimées simultanément sur
l’ensemble des pays, et des tests d’égalité des différents
paramètres entre les pays sont effectués de façon
systématique. Pour être plus précis considérons un paramètre.
Les auteurs commencent par supposer qu’il prend des valeurs
différentes pour chaque pays et testent l’égalité de cette valeur
pour les deux pays situés le plus près de la moyenne par un test
de Wald. Puis s’ils retiennent cette égalité, ils refont leur
estimation sous cette contrainte et ils testent l’égalité à la
valeur commune aux deux pays de la valeur la plus proche
d’un autre pays, et ainsi de suite.
[(16)]
Pour éviter les biais dus à l'incapacité d'estimer certains
modèles, on a testé ce modèle contre tous les modèles où un
seul coefficient était spécifique. L'hypothèse nulle (tous les
paramètres sont communs) n'est jamais rejetée.
[(17)]
Lorsqu'on teste ce modèle contre l'hypothèse alternative
qu'un coefficient supplémentaire doit être relâché pour un
seul pays, il n'est fortement rejeté que dans le cas de
q aux
Pays-Bas (
p-value de 0,6%) ; mais la valeur élevée du
coefficient obtenu nous a conduit à négliger ce résultat.
[(18)]
La hiérarchie des pays apparaît relativement différente de
celle de Blanchflower et Oswald (la diversité des périodes
d'estimation retenues dans cette cette étude rend de toute façon
délicat le classement des coefficients obtenus).
[(19)]
Voir Bentolila et Dolado (1994).
[(20)]
Pour le calcul de
Φ on pourrait penser obtenir des
estimateurs des paramètres et de leur matrice de covariance
robustes à l’hétéroscédasticité en remplaçant dans la seconde
étape, pour le calcul de
Φ, $ / ( ) '
ωij i j W W T -2 par
Le problème est que ce nouvel
estimateur de
Φ est la somme de
T - 2 matrices de dimensions
(
In,
In), mais de rang 1. En effet la matrice indicée
t est le
produit du vecteur colonne
Vt'par son transposé. En
conséquence le rang de l’estimateur de
Φ est au plus égal à
T - 2. Pour la plupart des applications il sera inférieur à
In et la
matrice
Φ sera une matrice singulière donc non invertible. Il
ne semble donc pas possible de construire des estimateurs
robustes à l’hétéroscédasticité pour notre problème.
[(21)]
diag signifie matrice diagonale dont les éléments
diagonaux suivent.
[(22)]
U désigne la matrice unité, qui est ici de dimension (
f, f).
[(23)]
La matrice de covariance empirique
A et son
approximation estimée $
Ω ont la même diagonale. Cela est dû à
ce que la représentation factorielle n'altère pas les variances
mais simplifie la structure des covariances en supposant qu'elle
résulte d'un petit nombre de facteurs communs.