Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
188 pages

p. 1 à 21
doi: en cours

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no 148 2001/2

2001 Économie et Prévision

Une maquette de moyen terme de l’économie française

Antoine d’Autume  [(*)] Alain Quinet  [(**)]
L’article présente une maquette simple de l’économie française, susceptible d’être utilisée pour des travaux de prévision et d’évaluation des chocs et des politiques macroéconomiques. On se situe dans le cadre d’une petite économie ouverte, en changes fixes, faisant face à un taux d’intérêt réel donné. L’économie comprend un secteur des biens échangeables et un secteur des biens non échangeables. Les comportements sont spécifiés de manière simple et robuste, sans faire intervenir d’anticipations rationnelles et en utilisant systématiquement des représentations à correction d’erreurs. La dynamique des richesses financières est prise en compte, les effets de richesse assurant de manière naturelle la convergence de long terme des niveaux d’actifs et le respect des contraintes de solvabilité des agents. La dynamique de court terme incorpore des éléments keynésiens, liés à la viscosité des prix et salaires. Le long terme de la maquette fait largement appel à la calibration, la dynamique de court terme est estimée This paper presents a simple small-scale model of the French economy, which can be used for forecasting and assessing shocks and macroeconomic policies. We model a small open economy with fixed exchange rates and a given real interest rate. The economy has two sectors, namely tradable and non-tradable goods. Agents’behaviour is described simply and robustly, without the introduction of rational expectations and with the systematic use of error correction mechanisms. The dynamics of financial wealth are taken into account, since wealth effects naturally ensure the long-run convergence of per capita wealth and the satisfaction of solvency constraints. The short-run dynamics incorporate the Keynesian sticky price and wage elements. The model’s long-run aspect is largely calibrated and the short-run dynamics are estimated.
Nous remercions pour leur aide K. Blouet et N. Sobczak qui ont été associés au début de ce projet, ainsi que P. N’Diaye qui a constitué la base de données et réalisé un premier travail économétrique. Nous remercions J.-P. Laffargue pour ses commentaires détaillés. Nous restons naturellement seuls responsables des erreurs et approximations pouvant subsister.
Les modèles qu’utilisent les macro-économistes pour élaborer leurs prévisions et évaluer les politiques économiques se sont considérablement affinés dep uis une v ingtaine d’an nées. Indubitablement, la recherche de fondements microéconomiques a ici porté ses fruits. Les comportements des agents sont maintenant décrits de manière plus satisfaisante. La consommation et l’investissement sont présentés dans une perspective dynamique explicite, articulant de manière cohérente les évolutions des flux et des stocks. Les spécificités du fonctionnement du marché du travail sont mieux comprises et expliquent la persistance d’un chômage élevé. La concurrence monopolistique devient un élément habituel des modèles macro-économiques. De manière plus globale, la recherche de cohérence dans la description de la coordination des comportements a conduit à privilégier l’hypothèse d’anticipations rationnelles. Chaque agent est supposé capable de décrypter et de prendre en compte rationnellement les conséquences ultimes de ses décisions. La démarche économétrique enfin a progressé en tirant les conséquences logiques des progrès théoriques, par exemple en matière de traitement des anticipations ou en mettant au premier plan de l’analyse les propriétés statistiques dynamiques des séries macro-économiques.
Cette recherche de transparence et de cohérence a conduit à développer de nouvelles classes de modèles comme les modèles d’équilibre général calculable, prenant en compte une multiplicité d’agents dans une perspective qui reste a priori statique, ou les modèles de cycle réel, n’intégrant au contraire qu’un unique agent représentatif mais dans un cadre dynamique et stochastique explicite. Ces deux mouvemen ts évid emment complémentaires se sont d’ailleurs influencés mutuellement et tendent à se rejoindre (cf.
Schubert, 1993 ; Hénin, 1989 ; Hairault,1999). De leur côté, les modèles macro-économétriques traditionnels ne sont pas restés à l’écart de cette évolution. La tendance à mettre en oeuvre des maquettes, c’est-à-dire des modèles de taille réduite, est bien établie en France depuis les premiers travaux de Deleau, Malgrange et Muet (1981). Le contenu de ces maquettes s’est progressivement enrichi en intégrant les apports récents de la théorie macro-économique, comme en témoignent par exemple les modèles successifs construits par Laffargue, Malgrange, Pujol (1992) et Laffargue (1996,1997). À l’étranger ou dans les institutions internationales des modèles tels que MULTIMOD, NIGEM ou QUEST incorporent aussi anticipations rationnelles et comportements microéconomiques explicites.
Ce mouvement général vers une macro-économie appliq uée ration nelle et fon dée micro-économiquement, pour lequel plaident par exemple Malgrange (1996) ou Hairault (1999), n’est-il pas d evenu irrévers ible ? Il nous semble personnellement, quelles que soient ses vertus, qu’il ne peut remplir tout le champ de la modélisation macro-économique et que des modèles de facture plus traditionnelle restent utiles et nécessaires. Nous proposons ainsi une maquette simple mais déjà assez riche de l’économie française, qui se rapproche des maquettes de première génération mais présente une vision plus cohérente des évolutions de court, moyen et long terme. Nous nous appliquerons à montrer que notre démarche reste en phase, sur bien des points, avec la recherche macro-écon omique con temporaine. Les comportements introduits dans la maquette restent conformes à la théorie macro-économique, même si les exigences de la simplicité mais aussi du réalisme amènent souvent à choisir des raccourcis.
L’utilité de notre maquette renvoie inévitablement aux insuffisances des modèles alternatifs. Malgré tous leurs progrès, les modèles macro-économiques à fondements micro-économiques échouent encore dans bon nombre de dimensions essentielles. Nul ne saurait prétendre que nous disposons d’une modélisation satisfaisante et générale des imperfections des marchés financiers et de leurs con séqu ences macro-économiques. Les explications du chômage restent multiples et partielles et rendent mal compte du chômage de masse qu’ont connu les économies européennes. Les rigidités nominales, dont la plupart des macro-économistes s’accordent à reconnaître qu’elles sont nécessaires à une description satisfaisante de la dynamique macro-économique, sont toujours dénuées de fondements convaincants. Les intuitions keynésiennes quant au rôle moteur de la demande restent également rebelles aux tentatives d’explication fondées par exemple sur la concurrence monopolistique. La rationalité des anticipations, enfin, dans un monde changeant, devrait plutôt être une propriété de long terme résultant d’un apprentissage. Rien ne justifie donc qu’on en fasse une exigence méthodologique abso lue. L e no uveau p arad igme d e la macro-économie reste donc plus proche du vœu que de la réalité. Il n’a pas, à l’heure actuelle, la consistance requise pour frapper d’interdit des approches alternatives ayant aussi fait leurs preuves.
La fonction de consommation est un bon exemple de nos choix de modélisation. L’approche de référence consiste aujourd’hui à appliquer la théorie du revenu permanent dans un cadre d’anticipations rationnelles et d’agent représentatif. La consommation dépend fondamentalement de la richesse totale, somme de la richesse financière et d’une richesse humaine correspondant à la valeur actualisée des revenus salariaux futurs. Nous retenons grosso modo les mêmes déterminants, sans toutefois supposer les anticipations rationnelles ni les marchés financiers parfaits. La consommation dans notre modèle dépend du revenu disponible et de la richesse financière, un modèle à correction d’erreurs décrivant de manière implicite la révision des anticipations ou les ajustements des niveaux de consommation désirés à leurs cibles. La richesse financière constitue alors très naturellement une force de rappel, ramenant vers une valeur stationnaire le rapport entre richesse financière et revenu national. L’évolution des richesses financières des agents est alors un élément essentiel de la dynamique de moyen et long terme. Le modèle n’est pas néo-ricardien, puisque les agents n’anticipent pas les impôts futurs, mais un déficit public finit bel et bien par être financé par une augmentation des impôts, qui réduit la richesse financière des agents privés et donc leur consommation. La différence avec les modèles à anticipations rationnelles est que ce processus prend du temps.
Cette modélisation se révèle particulièrement utile en économie ouverte, dans le cadre de petit pays où nous nous plaçons. Nous étudions en effet un pays faisant face à un taux d’intérêt mondial donné. Il est bien connu que le modèle de référence, avec agent représentatif à durée de vie infinie, donne naissance à une évolution explosive de la richesse financière. Celle-ci tend vers l’infini si le taux d’intérêt mondial est supérieur au taux de préférence pour le présent et tend vers moins l’infini, c’est-à-dire correspond à un endettement infini, dans le cas contraire. Il existe plusieurs façons d’éviter ce phénomène gênant et peu réaliste. Une possibilité est de mettre en avant l’imperfection des marchés financiers et de supposer que le taux d’intérêt exigé par les prêteurs étrangers augmente avec le niveau de l’endettement, comme dans Malgrange (1996). Une autre possibilité, couramment utilisée aujourd’hui, est de retenir une formulation à la Blanchard (1985) où la probabilité de mort des agents fait disparaître la propriété d’équivalence ricardienne et assure la convergence de la dette ou de la richesse financière. Nous obtenons pour notre part un résultat du même type sans être tributaires des hypothèses précises qui sous-tendent le modèle de Blanchard.
La structure générale de la maquette est simple. Un modèle à la Solow (1956), enrichi par la prise en compte des richesses financières et incorporant un progrès technique autonome portant sur le travail, détermine la croissance tendancielle de l’économie. Un modèle de négociation salariale inspiré de Layard, Jackman et Nickell (1991) et Cotis, Meary et Sobczak (1998) donne un fondement à la fixation des salaires et engendre un taux de chômage d’équilibre de long terme. Des rigidités nominales dans l’évolution des prix ou l’indexation des salaires laissent place à des déséquilibres de court terme et à des mécanismes keynésiens où la demande globale affecte le niveau d’emploi. La présence de coûts d’ajustement des facteurs et le caractère adaptatif des anticipations enrichissent également la dynamique de court terme.
La maquette comprend deux secteurs : un secteur produisant des biens échangeables dans des conditions proches de la concurrence pure et parfaite, et un secteur produisant des biens non échangeables dans un contexte de concurrence monopolistique. Deux prix relatifs jouent donc un rôle important : le prix relatif des biens nationaux par rapport aux biens étrangers, qui reflète la compétitivité-prix de l’économie; le prix relatif des biens échangeables par rapport aux biens non-échangeables. Dans la formulation de référence de la maquette, la loi du prix unique est vérifiée à long terme, si bien que le prix des biens échangeables nationaux s’aligne sur celui des biens échangeables produits par le reste du monde. La compétitivité-prix cesse alors d’être une variable pertinente. Le taux de change réel d’équilibre de long terme se réduit donc au prix relatif des biens échangeables p ar rapp ort aux biens non-échangeables. Ce taux de change dépend du taux d’intérêt. C’est en effet le taux d’intérêt qui fixe l’intensité capitalistique dans chaque secteur, dont découle l’offre et le prix relatif de chaque secteur.
La maquette a été estimée sur données annuelles, mais les cibles de long terme ont été en grande partie calibrées, de manière à garantir la cohérence de la maquette avec le cadre théorique. L’estimation porte donc surtout sur l’ajustement de court terme, c’est-à-dire sur les coefficients de modèles à correction d’erreurs.
La première partie de l’article est consacrée à une présentation générale de la maquette, dont la structure précise fait l’objet d’un encadré. La seconde partie caractérise le sentier de long terme tandis que la troisième partie explicite, dans un cadre analytique, la dynamique de l’endettement. La quatrième partie décrit l’estimation et la calibration. La cinquième partie présente les résultats de variantes portant sur les dépenses publiques, le coin fiscal, le taux d’intérêt mondial et les prix étrangers.
 
Présentation de la maquette
 
 
Trois biens apparaissent dans la maquette : un bien échangeable produit localement noté par l’indice d, un bien non-échangeable noté n et un bien échangeable produit à l’étranger dénoté e. On définit alors deux prix relatifs q p p= / et n n d q p p= /. Le premier représente le prix relatif e e d des deux biens produits localement et commande la répartition de l’offre entre les deux secteurs. Le second représente la compétitivité externe.
Les agents consomment et investissent les trois biens. On peut donc définir des indices des prix à la consommation, à l’investissement et aux dépenses publiques. Pour simplifier l’analyse, nous supposons que le partage entre les trois biens s’opère dans les trois secteurs selon la même fonction de Cobb-Douglas. Les indices p p c, et k pg sont donc identiques et donnés par la relation 2.
Il serait possible d’utiliser cet indice de prix pour obtenir un indice synthétique de taux de change réel [1], par comparaison avec un indice étranger de prix à la consommation ou plus simplement avec le prix pe. La hausse du taux de change réel peut alors résulter d’un gain de compétitivité externe qe ou d’une baisse du prix relatif qn des biens non-échangeables. En pratique, il nous suffira de mettre l’accent sur les deux prix relatifs q et q, en sans faire intervenir d’indicateur global de taux de change réel.
Le comportement de consommation
Nous retenons une fonction de consommation ayant pour arguments le revenu disponible Ydisp et la richesse B des ménages. L’ajustement de la consommation à sa cible est représenté par un modèle à correction d’erreurs. θc représente le taux d’impositi on de la conso mmation. No us introduisons en outre un effet négatif de l’inflation d ans la dyn amique de co urt terme de la consommation, correspondant à ce qu’il est convenu d’appeler l’effet de reconstitution des encaisses réelles.
La relation 3 donne une fonction de consommation de long terme log-linéaire, qui exprime la consommation comme une fonction homogène du revenu disponible et de la richesse :
U n mod èle à correction d’erreurs décrit l’ajustement de la consommation vers sa cible de long terme. Deux commentaires doivent être faits à propos des contraintes reliant les coefficients. En laissant libres les coefficients portant sur la richesse financière, nous nous écartons de la théorie pure du cycle de vie, qui voudrait que l’influence de la richesse financière sur la consommation joue in stantanémen t, sans mettre en jeu des anticipations. En outre, nous n’imposons pas la contrainte m m m m m 1+ + + + =, qui c c c c c1 2 3 4 5 garantirait que la cible de long terme soit atteinte quel que soit le taux de croissance de l’économie. Nous supposons simplement que la constante de l’équation garantit ce résultat, pour le taux de croissance effectif de l’économie (et non pour toutes les valeurs possibles de ce taux de croissance).
L’équation 4 est la contrainte budgétaire instantanée des ménages, qui détermine l’évolution de leur richesse. L’équation 5 décrit le revenu disponible des ménages qui est constitué des salaires, indemnités-chômage, intérêts, dividendes, diminués des impôts. Toutes ces grandeurs sont déflatées par l’indice des prix à la consommation.
Encadré : les équations de la maquette
Indices de prix
Consommation
Secteur exposé
Secteur abrité
Investissement
Distribution de dividendes ( f = d, n )
Fixation des salaires
Les dépenses publiques
L’extérieur
Évolution des variables exogènes
Équilibre global
L’équation 6 enfin représente le partage de la consommation entre les trois biens.
Le comportement des entreprises
Les deux secteurs sont traités de manières différentes. Le secteur exposé est soumis à des coûts d’ajustement mais dans un environnement concurrentiel. Il produit en utilisant pleinement son capital et ses travailleurs : il est toujours situé “sur” sa fonction de production. Le secteur abrité a un comportement qui relève implicitement de la concurrence monopolistique. Il fixe ses prix et satisfait la demande. Ses quantités de facteurs étant données, il peut connaître une situation de tensions ou de sous-emploi des capacités : il se trouve à court terme en dehors de sa fonction de production.
Cette formulation permet de typer les réactions des deux secteurs aux chocs de demande. Du fait de l’inertie de l’emploi, une relance de la demande se traduit par des gains de productivité du travail. Les deux secteurs connaissent donc le même type de cycle de productivité. Les évolutions des prix, en revanche, sont très différentes. La relance de la demande conduit dans le secteur exposé à une hausse des prix alors que dans le secteur abrité leur comportement de marge conduit les entreprises à répercuter sur les prix la diminution des coûts salariaux unitaires. Dans le secteur abrité, la relance s’effectue donc initialement sans inflation.
La fonction de production (relation 7) indique que le secteur exposé produit la quantité déterminée par ses niveaux de capital K et d’emploi N, ce dernier dd étant affecté par un progrès technique représenté par la variable A. Il est preneur de prix et vend au prix d p qui équilibre le marché. L’entreprise est soumise d à des coûts d’ajustement du travail et du capital.
Selon les relations 8 et 9, elle ajuste ses facteurs en fonction de l’écart entre leur productivité marginale et leur coût, en tenant compte du taux de croissance de la production. Le coût réel du capital est ( ) /r p p+ μ. Il fait intervenir le prix relatif des d k d biens d’équipement, le taux de dépréciation µd et le taux d’intérêt réel r. Le coût réel du travail ( ) /1 + θw w p fait intervenir le salaire nominal w d et θw le taux de prélèvement sur les salaires.
Le secteur abrité est fixeur de prix. Selon l’équation 10, l’entreprise représentative ajuste son prix p n vers un niveau désiré fixé par application d’un facteur de marge Mn sur ses coûts salariaux unitaires. Elle satisfait alors la demande à ce prix. Elle ajuste son niveau d’emploi en fonction de l’écart entre sa production effective et sa production potentielle, déterminée par ses stocks de facteurs (équation 12). Elle ajuste enfin son niveau de capital en fonction de l’écart entre productivité marginale et coût du capital (équation 11). En pratique nous reten ons une fonction de production de Cobb-Douglas et supposerons que le facteur de marge M est égal à l’inverse de l’élasticitéα de la nd production à l’emploi. Nous contraignons ainsi le modèle de manière à ce que les entreprises des deux secteurs se trouvent à long terme dans une situation concurrentielle.
Les équations 13,14 et 15 représentent la manière dont l’investissement se répartit entre les différents biens. Le capital utilisé dans les deux secteurs est un agrégat des trois biens de l’économie, que l’on suppose pour simplifier identique à l’agrégat de consommation. Enfin la politique de distribution des dividendes D détermine l’évolution de la dette f réelle B des entreprises. Nous supposons l’identité f des agrégats de consommation et de capital et donc l’égalité des indices de prix p p c /. La contrainte k budgétaire de la firme représentative du secteur f s’écrit a priori :
E n tenant compte de la défin ition 1 3 de l’investissement, et en définissant le profit instantané par la relation 17, on peut la mettre sous la forme 16 qui décrit l’évolution de la valeur nette de l’entreprise en fonction des profits qu’elle réalise et des dividendes qu’elle distribue.
Pour éviter que la valeur nette de la firme n’explose, il convient que l’entreprise distribue en moyenne des dividendes égaux aux profits qu’elle réalise. Nous supposons en outre que la firme ajuste ses dividendes de manière à ramener à zéro une éventuelle valeur initiale non nulle. La politique de distribution des dividendes est alors représentée par l’équation 18. La formulation se rapproche de celle retenue pour les consommateurs. Tout se passe comme si l’entreprise avait un revenu disponible Πf r K B+ -( ) et était caractérisée par une f f propension nulle à épargner les profits et une propension a à dépenser sa richesse. On notera en f outre que la constance des rendements assure la nullité à long terme des profits et donc des dividendes distribués.
Les salaires
L’équation 19 représente la détermination des salaires. En adoptant une approche WS- PS (Wage Setting-Price Setting), on suppose que les négociations salariales, menées au niveau global, conduisent à un salaire réel fixé par application d’un taux de marge aux indemnités de chômage. Ce taux de marge, qui traduit le niveau d’exigence des travailleurs, décroît quand le taux de chômage augmente. Notre parti pris général de ne pas introduire d’anticipations rationnelles nous empêche évidemment d’utiliser une version dynamique du modèle WS-PS, où la dépendance précise du taux de marge par rapport au niveau d’utilité espérée des chômeurs et donc au taux de chômage pourrait être explicitée (voir Cahuc et Zylberberg, 1996 et 1999).
Par ailleurs, nous supposons que les indemnités de chômage suivent le rythme tendanciel de la productivité, hypothèse évidemment nécessaire pour qu’apparaisse un taux de chômage d’équilibre de long terme. Mais nous ne supposons pas pour autant que ces indemnités sont indexées sur les salaires effectifs. La courbe WS n’est donc pas verticale et un arbitrage entre niveau des salaires et chômage subsiste à long terme.
Formellement, les relations de long terme sont donc :
u désigne le taux de chômage, A la productivité moyenne du travail, wu le montant nominal des indemnités de chômage et su un paramètre constant qui fixe en niveau la tendance temporelle de ces allocations. En pratique, nous retenons une fonction Ψ ( )u à élasticité constante φ et nous ne faisons pas apparaître explicitement les allocations-chômage. On représen te alo rs l’ajustement vers ce salaire-cible par un processus à correction d’erreurs tenant compte de l’inflation et des gains de productivité anticipés. On obtient ainsi la relation :
qui, en intégrant la croissance de A dans la constante, donne la relation 19.
Les dépenses publiques
L’État fixe les niveaux de ses dépenses et des impôts et cotisations qu’il prélève. La relation 20 décrit la composition de ses dépenses publiques qui sont constituées d’achats de biens et services G, des salaires versés aux travailleurs, en nombre Ng, employés par l’État et des allocations-chômage versées au taux w. L’État prélève des taxes et u cotisations sur les salaires, au taux θw et des impôts sur la consommation au taux θc. On suppose également qu’il prélève sur les agents un impôt forfaitaire T. Cet impôt incorpore notamment, en négatif, les prestations sociales. Le déficit primaire Def et l’évolution de la dette publique Bg sont donnés par les relations 21 et 22.
Nous considérons dans la relation 23 que l’État utilise l’instrument T pour réguler l’évolution de la dette publique. Le niveau de T s’ajuste de manière à assurer à long terme un niveau de dette publique Bg*. En pratique, et comme le précise l’équation 35, ce niveau de long terme correspondra à une proportion fixe λ du revenu national, qui pourra être prise, par B exemple, égale à 60 % du PIB [2]. La dépense directe G, enfin, se répartit entre les trois biens, selon les mêmes clés de répartition que la consommation et l’investissement.
L’extérieur
Les relations 25 et 26 décrivent la demande d’exportations. Nous partons de la formulation habituelle d’une fonction de demande ayant pour arguments la compétitivité qe et la demande étrangère Y*, en retenant une élasticité unitaire par rapport à la demande étrangère de façon à garantir la constance à long terme de la part de marché X Y/*.
Nous enrichissons cette formulation pour prendre en compte l’inertie des parts de marché, qui ne réagissent qu’avec retard aux variations de la compétitivité. Nous interprétons donc le terme “constant” h de la fonction d’exportations comme un indicateur de la capacité courante à satisfaire la demande extérieure et nous admettons qu’il évolue de manière retardée en fonction de la compétitivité, selon l’équation 26. Nous autorisons ainsi l’élasticité-prix de long terme des exportations à être supérieure à l’élasticité de court terme. Si ρ < 1, on obtient implicitement la fonction h d’exportations suivante :
L’élasticité-prix de long terme est ε β ρ+ - h / ( )1. h Elle est supérieure à l’élasticité de court terme.
Nous considérerons également le cas-limite ρ =1, h où les niveaux de compétitivité exercent un effet permanent sur les exportations. La variable h ne peut alors se stabiliser que si la compétitivité q e prend la valeur unité et les niveaux de long terme de h et de X/Y sont a priori indéterminés. Notre formulation nous permet donc de retrouver comme cas particulier celui où l’hypothèse du petit pays joue à long terme. Le bloc extérieur est complété par la définition 27 des importations M et par l’équation 28 d’évolution de la dette extérieure Be.
L’évolution des variables exogènes
L’offre de travail N0, les termes de progrès technique A et A ainsi que la demande étrangère dn Y* et les prix étrangers pe croissent à des taux exogènes. Formellement, nous prenons comme référence le progrès technique A dans le secteur d exposé et nous définissons le second terme de progrès technique et la croissance étrangère en écart par rapport à cette référence en posant z A A= / et n d y Y A N d* * / ( )=0. Les cinq taux de croissance g g g n e z, , ,τ et g sont exo gèn es, mais Ady* éventuellement variables.
 
Le long terme
 
 
Pour assurer l’existence d’une croissance régulière à long terme, il faut faire les hypothèses très restrictives que le progrès technique affecte à long terme de manière identique les deux secteurs et que la demande étrangère croît à long terme au taux naturel de l’économie, égal à la somme des taux de croissance de la population et du progrès technique. Nous supposons donc que les taux de croissance gz et gy tendent vers zéro quand t tend vers l’infini. Les taux de croissance de la population et du progrès technique g et g seront en pratique pris nAd comme des constantes. Ils déterminent le taux de croissance naturel νde l’économie, selon la relation 36. L’ancrage nominal du modèle est fourni par les prix extérieurs et l’inflation nationale sera égale à long terme au taux d’inflation extérieurτe, que nous supposons également constant.
L’hypothèse d’égalité des taux de progrès technique dans les deux secteurs est évidemment irréaliste puisqu’en pratique ce taux est proche de zéro dans le secteur abrité et de l’ordre de 2,5 % dans le secteur exposé. Une possibilité est alors d’utiliser la variable d’écart gz pour prendre en compte cette divergence, tout en imposant à long terme un retour vers l’égalité des taux de progrès technique. Ceci permet d’avoir des évolutions réalistes à court-moyen terme tout en bénéficiant des avantages d’une cohérence des évolutions de très long terme.
La distribution des revenus à long terme
Il est utile de commencer l’analyse du sentier de long terme en examinant la distribution des revenus. La constance des rendements d’échelle et l’égalité des coûts des facteurs et des productivités marginales assure la nullité des profits. La règle de distribution des dividendes assure que les dividendes distribués soient égaux aux profits et donc nuls. La valeur nette des entreprises s’annule alors, ce qui signifie que leur endettement est égal à leur stock de capital. Enfin la force de rappel introduite à travers le prélèvement forfaitaire T assure la convergence du niveau d’endettement public vers son niveau-cible Bg*. Un excédent budgétaire primaire doit alors être dégagé pour financer les intérêts versés sur la dette publique. Le montant permanent des impôts s’en déduit.
Le revenu disponible des ménages de long terme est égal au produit agrégé net, diminué de la valeur des dépenses publiques et des intérêts à verser sur la dette extérieure et augmenté du déficit public que la croissance autorisée de la dette publique permet de financer :
On peut souligner que les impôts et la richesse financière des ménages ont disparu et sont remplacés par les dépenses ultimes que représentent la consommation publique et les intérêts à verser sur la dette extérieure. On retrouve ici la logique néo-ricardienne qui joue inévitablement à long terme : une augmentation de la consommation publique devra bien être financée un jour et se traduira alors par une baisse du revenu disponible des ménages. La différence avec les modèles à anticipations rationnelles est que ces effets ne jouent pas de manière anticipée et qu’il faut donc du temps pour qu’ils se fassent sentir.
Le côté offre
Il est commode de l’étudier en définissant les fonctions de production en termes intensifs. Nous posons donc :
À long terme, les quantités de facteurs sont adaptées à leurs coûts et ceux-ci s’égalisent donc aux productivités marginales :
La relation 2, définissant l’indice du prix des biens d’équipements peut également s’écrire en termes intensifs :
Pour chaque secteur, les deux relations de productivités marginales définissent implicitement une frontière des prix des facteurs Γi reliant le salaire réel au coût du capital, soit
On en déduit la relation reliant le prix relatif des biens non-échangeables au taux d’intérêt :
où les seules variables endogènes sont qn et qe.
Plaçons-nous dans le cas ρ =1 où, comme nous h l’avons vu dans notre discussion de l’équation 26, la valeur d’équilibre de long terme de la compétitivité est l’unité. La loi du prix unique joue donc à long terme et l’on a :
L’équation 43 détermine alors qn. La valeur de long terme du prix des biens non-échangeables est ainsi déterminée uniquement par le côté offre du modèle. En d’autres termes, un changement des préférences des consommateurs n’affecte pas la valeur de long terme du taux de change réel.
Si l’on fait l’hypothèse vraisemblable selon laquelle le secteur exposé est plus capitalistique que le secteur abrité, soit α α n <, une hausse du taux d d’intérêt implique une baisse du prix relatif q p p= / des biens non-échangeables. Cette n n d hausse du coût du capital a en effet un impact moins important sur le prix des biens du secteur abrité, qui subit donc une baisse relative.
La détermination du taux de chômage d’équilibre
Comme nous l’avons vu dans la présentation du modèle, la courbe WS de long terme prend la forme formule w Ap s u c u / ( ) ( )= Ψ soit :
On peut considérer que la courbe PS est représentée par la frontière des prix des facteurs du secteur d (étant entendu que le prix relatif qn traduit implicitement l’influence de la frontière des prix des facteurs du secteur n) :
Comme qe =1, le prix relatif qn des biens non-échangeables est déterminé par la relation 43. On dispose donc de deux relations pour déterminer le taux de chômage d’équilibre et le salaire réel en termes de production domestique.
Le premier déterminant du taux de chômage d’équilibre est le taux d’intérêt réel, qui intervient directement mais aussi à travers le prix relatif qn. Les relations mettent aussi en évidence l’influence du coin fiscal et social et des termes de progrès technique. La constance à long terme du taux de chômage d’équilibre requiert la constance du rapport A A/ entre le progrès technique moyen d dans l’économie et le progrès technique du secteur d, c’est-à-dire l’identité des taux de progrès technique dans les deux secteurs. Le niveau de ce taux commun n’affecte pas le taux de chômage d’équilibre. Un choc global en niveau, affectant les deux secteurs de manière identique, n’a pas non plus d’influence. Un choc sectoriel en niveau, en revanche, déplace la courbe WS puisqu’il modifie le prix relatif des biens de consommation ainsi que le prix relatif qn et donc le coût du capital.
L’influence négative du taux d’intérêt sur le taux de chômage repose sur l’hypothèse d’exogénéité du niveau des indemnités de chômage. Il est possible de supposer alternativement que celles-ci sont indexées à long terme sur le niveau de salaire. On pose alors w p p u c c / /= τ, avec un taux de R remplacement τ, à la place de la relation R w p As u c u / =. La courbe WS de long terme devient :
Elle est verticale puisque l’exogénéité du taux de remplacement implique celle du taux de chômage d’équilibre. Le taux d’intérêt et le coin fiscal perdent alors toute influence sur le niveau de chômage d’équilibre. A contrario, dans notre configuration, la baisse du taux d’intérêt réel permet une hausse du salaire réel qui ne s’accompagne d’aucune hausse des allocations-chômage. Le taux de remplacement diminue donc, ce qui explique l’effet positif sur l’emploi.
La demande et la répartition sectorielle de la production
Comme l’a montré la section précédente, les conditions de l’offre déterminent entièrement, à long terme, les prix relatifs ainsi que les intensités capitalistiques sectorielles k et kn et les d productions sectorielles par tête y f k d = ( ) et d d y f k n = ( ). Le taux d’emploi global n u= -1 est n n également déterminé par les caractéristiques du marché du travail. Il reste à déterminer la répartition sectorielle de l’emploi, c’est-à-dire les valeurs de n N N d d = /0 et n N N n n = /0, où N0 représente l’offre de travail, supposée exogène.
C’est l’équ ilibre du march é des bien s non-échangeables qui détermine ce partage. À long terme, en effet, l’équilibre du marché des biens échangeables nationaux ne détermine que le niveau des exportations, puisque selon l’hypothèse du petit pays l’étranger est prêt à absorber n’importe quelle quantité d’exportations au prix relatif qe =1.
La répartition sectorielle de l’emploi est déterminée comme suit. Nous continuons à désigner par des minuscules les variables par tête, mesurées en unités efficaces. Le salaire réel est s w A p c d c = / ( ).
Le revenu disponible des ménages de long terme prend la forme
tandis que leur consommation et leur contrainte budgétaire sont
L’investissement de long terme est dicté par la dépréciation et le taux de croissance ν de l’emploi efficace, soit
L’équilibre du marché des biens non-échangeables et celui de l’emploi s’écrivent de la manière suivante :
Pour des valeurs données de qn et des variables d’offre, on dispose ainsi de six équations pour déterminer c i b y n disp d, , , , et nn.
Le cas d’une compétitivité endogène à long terme
L’analyse précédente suppose que le prix unique joue à long terme et que le prix relatif qe des biens échangeables est alors égal à l’unité. Nous pouvons supposer alternativement que la compétitivité externe reste endogène à long terme. Il suffit pour cela d’admettre que l’élasticité-prix de long terme des exportations reste finie.
Les exportations sont maintenant déterminées, à long terme, par la relation :
ε ε β ρ= + -/ ( )1 désigne l'élasticité de LT h h long terme, y* le niveau mondial de production et ah une constante.
L’équation du marché des biens échangeables produits domestiquement prend la forme :
Les coefficients de partage de la demande, ainsi que le prix relatif du capital, dépendent maintenant des deux prix relatifs qn et qe. Il est impossible de séparer les facteurs d’offre et les facteurs de demande dans la détermination de l’équilibre de long terme et il nous faut analyser simultanément l’équilibre des marchés des biens échangeables et non-échangeables.
 
La dynamique de l’endettement
 
 
L’analyse du long terme nous a permis de déterminer les niveaux des stocks d’actifs des ménages, des entreprises et de l’État. Le niveau de la dette extérieure Be s’en déduit par solde, en utilisant la relation 42 d’équilibre des marchés financiers. Une propriété importante de la maquette est que le pays est débiteur net à long terme si et seulement si le taux d’intérêt mondial est inférieur à celui qui prévaudrait en économie fermée. Cette caractéristique naturelle peut être explicitée en comparant la dynamique de la dette en économie ouverte avec celle que l’on aurait observée en économie fermée. Cette analyse est également l’occasion de mettre en évidence les propriétés de la fonction de consommation que nous avons retenue et ses conséquences pour la dynamique de l’endettement.
Pour mener cette analyse, nous simplifions la maquette en ne considérant qu’un seul secteur productif, en supposant le salaire flexible et donc le plein emploi et en négligeant impôts et dépenses publiques. Nous éclairons ainsi la dynamique tendancielle de l’économie en faisant abstraction des déséquilibres de court terme. Le modèle devient alors un modèle de Solow, en économie ouverte, enrichi par l’introduction d’effets de richesse dans la fonction de consommation.
Une formulation simple des choix d’épargne
L’hypothèse fondamentale est que la consommation C dépend du revenu disponible Ydisp et de la richesse B. La prise en compte d’une influence positive de la richesse sur la consommation introduit une force de rappel qui empêche les agents d’accumuler une richesse infinie bien qu’ils aient une propension positive à épargner leur revenu. Comme nous l’avons vu dans la présentation de la maquette, la consommation, lorsque l’on fait abstraction des ajustements de court terme, peut être représentée comme une fonction linéaire
s représente le taux d’épargne et la richesse financière des ménages. Le revenu disponible des ménages est la somme de leurs revenus salariaux et des revenus de leur richesse.
Nous utilisons toujours des minuscules pour désigner des variables par tête, mesurées en unités efficaces. La notation w désigne, dans cette partie, le salaire réel par unité efficace de travail. Si l’offre de travail efficace croît au taux naturel ν, on obtient donc :
L’évolution de la richesse est alors décrite par la relation suivante :
Lorsque le salaire et le taux d’intérêt réel sont constants, la richesse de l’agent tend vers une valeur constante positive dès lors que le terme de richesse joue suffisamment dan s la fon ction de consommation des ménages. Il suffit que a soit supérieur à sr - ν, ce que l’on supposera [3]. On a alors :
En d’autres termes, les agents souhaitent à long terme respecter une proportion donnée entre leur reven u disponib le et leur riches se. L’endogénisation de la richesse de long terme conduit alors à une fonction de consommation de long terme, caractérisée par un taux d’épargne s dont il convient de noter qu’il peut être négatif. C’est le cas si le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance. Une hausse du revenu salarial se traduit alors, à long terme, par une hausse supérieure de la consommation.
Cette fonction de consommation garantit implicitement que les agents saturent leur contrainte de budget intertemporelle. Le problème ne se pose pas si le taux de croissance est supérieur au taux d’intérêt, puisque la richesse anticipée des agents est alors infinie. Dans le cas contraire, le fait que la dette par tête tende vers une constante implique que la dette en niveau croît au taux ν, inférieur au taux d’intérêt. Ceci assure la convergence de la valeur actualisée de la dette.
En économie fermée la richesse des ménages se réduit au stock de capital physique, soit b = k. Le taux d’intérêt est déterminé par la productivité marginale du capital et il prend à long terme la valeur r f k S S = '-( ) μ. En économie ouverte, la chaîne de détermination est inverse. Le taux d’intérêt réel n’est plus dicté par les conditions de l’équilibre épargne-investissement domestique mais imposé par le taux d’intérêt étranger r. On suppose que le capital s’ajuste instantanément à ce taux d’intérêt. L’intensité capitalistique se fixe donc à la valeur constante k* telle que :
ce qui donne dans le cas Cobb-Douglas :
Par ailleurs, l’accumulation de capital peut être financée en partie par une dette externe be. La richesse des ménages est maintenant b k be = - et le revenu disp onible des ménages w rb w rk rb f k k rb e e + = + - = - -( ) μ. La dette externe exerce donc un effet-richesse négatif sur la consommation des ménages. Ceci introduit une force de rappel qui stabilise la dynamique de l’endettement.
L’évolution de la richesse des ménages prend la forme :
soit :
La stabilité est de nouveau assurée si a sr> - ν. La richesse des ménages et le niveau de dette externe qui lui est associée tendent alors vers les valeurs de long terme
La richesse du pays bLT est positive. La dette externe beLT est positive si s f k k a k[ ( ) ] ( ) * * * - - +μ ν est négatif, c’est-à-dire si k kS* > ou encore si r rS <. Elle est négative dans le cas contraire [4]. Ce résultat est naturel. Lorsque le taux d’intérêt mondial est inférieur à celui impliqué par les conditions domestiques d’épargne et d’investissement, l’économie met en œuvre plus de capital que ce qu’autoriserait sa capacité domestique d’épargne. Elle s’endette donc de manière permanente. Au contraire, un taux d’intérêt mondial élevé amène l’économie à accumuler des créances sur le reste du monde.
Dans le cas d’une fonction de Cobb-Douglas, on obtient plus précisément :
Ces résultats peuvent être rapprochés de ceux qui seraient obtenus dans un modèle à la Ramsey, où les comportements de consommation découlent d’une maximisation d’utilité sur un horizon infini. Le taux de croissance de la consommation dépend de l’écart entre le taux d’intérêt réel et le taux de préférence pour le présent. En économie fermée, c’est ce dernier qui détermine le niveau de long terme du taux d’intérêt réel. En économie ouverte, tout écart entre le taux d’intérêt mondial et le taux de préférence pour le présent se traduit par une exportation ou une importation permanente de capitaux, s’accompagnant d’un niveau de dette par tête qui tend vers plus ou moins l’infini.
Dans la maquette le taux d’intérêt de long terme qui prévaudrait en économie fermée, qui dépend notamment des comportements d’épargne, joue le rôle du taux de préférence pour le présent. La différence avec le modèle à la Ramsey est que le niveau de la dette se stabilise au lieu de tendre vers l’infini. Une autre manière d’assurer ce résultat consiste à retenir une formulation des choix d’épargne à la Blanchard (1985), comme le font de nombreux modèles actuels. Notre point de vue est que cette formulation cohérente mais exigeante n’est pas si éloignée de la nôtre, à la dimension forward près évidemment [5].
Quoi qu’il en soit, cette analyse nous montre comment la maquette prend en compte la dynamique des stocks de dette ou de richesse qui résulte des comportements d’épargne. En économie ouverte, cette dynamique n’affecte pas la tendance générale de l’accumulation du capital qui reste dictée par le taux d’intérêt mondial. Elle n’influence que les profils temporels de la consommation et du patrimoine financier des ménages. Cette déconnexion ne vaut pourtant que pour une version classique du modèle avec prix flexibles et plein-emploi. Dans la version complète de la maquette avec rigidités nominales, la dynamique des stocks exerce un effet de retour sur la consommation et la demande et affecte ainsi toute la dynamique de court terme de l’économie, accumulation du capital y comprise.
 
Estimation et calibration
 
 
Estimation
La maquette a été estimée sur données annuelles portant sur la période 1970-1996 et provenant des comptes nationaux de l’Insee. On pourra se reporter pour la construction des variables à d’Autume et Quinet (1999). Rappelons ici que les quatorze branches marchandes ont été regroupées pour constituer les secteurs de biens échangeables et non-échangeables qui interviennent dans la maquette. Ces données agrégées ont été utilisées pour calculer les parts du travail dans les deux secteurs ainsi que les proportions dans lesquelles la demande globale se répartit entre les trois biens de la maquette.
Le calcul du résidu de Solow dans les deux secteurs a fourni une estimation des taux de progrès technique qui s’élèvent respectivement à 2,5 % dans le secteur des biens échangeables et 0 % dans le secteur des biens non-échangeables. Une variable d’écart g permet d’annuler à long terme ce z différentiel et ainsi d’assurer une croissance régulière.
Nous avons ainsi pu évaluer de manière cohérente les principaux paramètres structurels de la maquette. La dynamique de court terme de la maquette a alors été estimée, conditionnellement à ces valeurs de long terme. L’estimation a été menée équation par équation, par les moindres carrés ordinaires. Les annexes 1 et 2 donnent les résultats d’estimation.
Résolution et simulation
La maquette est résolue en termes de variables intensives. Celles-ci sont obtenues en déflatant typiquement les variables en quantité par l’offre de travail et le progrès technique du secteur échangeable, et les variables nominales par les prix étrangers. Les variables intensives sont constantes le long du sentier de long terme.
La résolution et la simulation ont été effectuées en utilisant le logiciel Dynare, conçu par Juillard (1994), qui fournit les valeurs propres du système et permet de vérifier sa stabilité à long terme. Il n’a pas été si facile d’assurer celle-ci pour une gamme assez large de paramètres, ce qui ne surprendra pas les constructeurs de modèles du même type qui ont souvent été amenés à conserver des versions instables de leurs modèles. D’un côté, la maquette comprend peu de variables nominales et ne fait pas intervenir de taux d’intérêt nominal endogène, ce qui réduit les risques d’instabilité. D’un autre côté, l’articulation entre les dynamiques de court terme et de long terme accroît les difficultés. On peut par exemple remarquer q ue la dyn amiqu e de l’endettement des ménages introduit a priori une valeur propre proche de ( ) / ( )1 1+ - +sr a ν, soit 0,977 avec notre paramétrage. On conçoit alors que les mécanismes du modèle peuvent facilement amener cette valeur propre du mauvais côté de l’unité.
Notre stratégie a consisté à nous assurer du caractère stable et satisfaisant des différents blocs du modèle et des fonctions de réponse qu’ils engendrent, avant d’examiner la stabilité d’ensemble du modèle. Nous avons dû néanmoins, comme nous l’avons vu, nous affranchir de la contrainte assurant la compatibilité des modèles à correction d’erreurs avec n’importe quel taux de croissance. Nous obtenons ainsi dans la version de base du modèle, à compétitivité de long terme exogène, une valeur propre de module 0,992.
Le sentier de long terme
Nous retenons pour notre simulation de base un emploi public représentant 20 % de la population active (et rémunéré à 90 % du salaire du secteur privé), un taux de prélèvement sur les salaires θw = 65%, un taux d’impositio n sur la consommation θc =13%. Nous ne considérons pas explicitement l’impôt sur le revenu, qui est intégré avec les prestations sociales dans le poste T que nous traitons de manière forfaitaire. Les indemnités de chômage représentent 50 % du salaire moyen. Les dépenses publiques sont alors constituées des achats de biens et des rémunérations versées à l’emploi public et aux chômeurs. Leur montant de référence représente 26 % du produit agrégé.
La répartition de la production et de l’emploi est alors donnée par le tableau suivant :
Ces valeurs correspondent au cas où la loi du prix unique joue à long terme. Les valeurs correspondant au cas d’une compétitivité de long terme endogène sont peu différentes. Nous pouvons alors examiner plus précisément l’équilibre de long terme et la manière dont il est influencé par une baisse du taux d’intérêt ou par une hausse des dépenses publiques.

Tableau 1
répartition de long terme de la production et de l’emploi
IMGIMGTableau 1 : répartition de long term...IMGIMF
Tableau 1 : répartition de long terme de la production et de l’emploi C I G Exp Imp Nd Nn Ng U 63 % 30 % 7 % 30 % 30 % 35 % 38 % 20 % 7 %

Comme nous l’avons vu, la baisse du taux d’intérêt diminue relativement moins le coût de production des biens du secteur non-échangeable, moins cap italistiq ue que le secteur des bien s non-échangeables. Elle se traduit donc par une hausse de leur prix relatif. Elle augmente les intensités capitalistiques, rend possible un salaire plus élevé tout en diminuant le chômage de deux points. Ces effets positifs procèdent d’une courbe WS non-verticale, caractérisée par une élasticité de l’emploi au salaire réel φ =12,.
Les effets sur la répartition sectorielle de la production sont plus délicats à interpréter, car la baisse du taux d’intérêt affecte à la fois les offres et les demandes dans les deux secteurs. La hausse du prix relatif des biens non-échangeables diminue la demande adressée à ce secteur. Mais elle conduit également à substituer du capital au travail dans les deux secteurs. L’investissement global augmente. La baisse du chômage augmente le revenu et la consommation. Ces effets de demande globaux l’emportent sur les effets sectoriels et l'on constate en définitive que l’emploi augmente dans les deux secteurs, mais de manière plus marquée dans le secteur échangeable. La baisse d’un demi-point du taux d’intérêt réel se traduit, à long terme, par une hausse de l’emploi de 2 points et par une hausse du produit national ( )ynat de 5 %. (tableau 2).

Tableau 2
effets de long terme d’une baisse du taux d’intérêt réel. Cas de la loi du prix unique
IMGIMGTableau 2 : effets de long terme d’u...IMGIMF
Tableau 2 : effets de long terme d’une baisse du taux d’intérêt réel. Cas de la loi du prix unique r qn p p k d / kd kn w Apd / n 3,5 % 1,125 1,061 6,252 4,583 0,754 0,932 3 % 1,130 1,063 6,691 4,905 0,774 0,952 r c inv x ynat nd nn n 3,5 % 0,821 0,394 0,423 1,312 0,349 0,384 0,932 3 % 0,848 0,433 0,446 1,379 0,358 0,394 0,952

Le tableau 3 montre les effets d’une hausse de 10 % des dépenses publiques. Comme nous l’avons vu, celle-ci n’affecte pas le prix relatif qn qui est déterminé par l’offre. Le produit agrégé baisse très légèrement, et le principal résultat est une éviction de la consommation.

Tableau 3
effets de long terme d’une hausse des dépenses publiques. Cas de la loi du prix unique
IMGIMGTableau 3 : effets de long terme d’u...IMGIMF
Tableau 3 : effets de long terme d’une hausse des dépenses publiques. Cas de la loi du prix unique g qn c inv x ynat nd nn n 0,09 1,125 0,821 0,394 0,423 1,312 0,349 0,384 0,932 0,099 1,125 0,811 0,394 0,424 1,312 0,349 0,383 0,932

Les tableaux 4 et 5 réexaminent ces résultats dans le cas d’une compétitivité restant endogène à long terme. L’élasticité-prix de long terme des exports n’est plus égale à l’infini mais prend la valeur εLT = 0 46,.
On constate que la baisse du taux d’intérêt a maintenant un effet très faible sur le PIB. Le prix relatif des biens échangés absorbe le choc et une baisse de la consommation vient compenser la hausse des exports et de l’investissement. Cette baisse est due à l’influence positive que le taux d’intérêt exerce sur la propension à consommer de long terme. Cet effet tient au désir des consommateurs de maintenir un rapport constant entre leur revenu disponible et leur richesse. Par définition, la baisse de r signifie une baisse du rapport entre les intérêts reçus et la richesse. Il faut donc que le rapport entre le revenu du travail net et la richesse augmente. Les ménages voudront donc atteindre un niveau plus faible de richesse, ce qui les amènera à consommer moins. La hausse des dépenses publiques a très peu d’effets, exception faite de l’éviction de la consommation.
 
Présentation de quelques variantes
 
 
Les variantes présentées ci-après permettent d’illustrer l’apport de la maquette par rapport à un modèle macro-économique traditionnel : on peut en effet, au-delà des effets sur la demande globale, mettre en évidence l’incidence de différents chocs sur le potentiel de production, les prix relatifs et l’allocation des ressources entre secteurs exposé et abrité de la concurrence internationale. À court terme, les effets de demande sont très proches de ceux fournis par un modèle macro-économique de facture néo-keynésienne, ce qui constitue une propriété agréable. Cette proximité trouve son origine dans la spécification retenue, qui prend la forme de modèle à correction d’erreur. Les coefficients des termes de rappel sont relativement faibles, si bien que le long terme n’a qu’une incidence modeste les deux ou trois premières années. C’est le cas en particulier des effets de richesse.
Cette proximité des effets de demande ne joue cependant pas dans le cas d’un choc sur les prix étrangers dans la mesure où les prix des biens échangeables domestiques sont parfaitement flexibles : alors que dans un modèle traditionnel une hausse des prix étrangers permet aux entreprises d omestiq ues d’engranger d es gain s de compétitivité, la maquette décrit un comportement de “preneur de prix” dans lequel la hausse de prix étrangers est rapidement absorbée par une dilatation des marges (les gains de compétitivité présentant un caractère transitoire et résiduel).
Effet d’une augmentation de la dépense publique
La hausse de la dépense publique en biens et services vient alimenter la demande globale. En effet, l’augmentation de la dette publique qui finance cette hausse est perçue par les ménages comme une amélioration de leur richesse financière (l’équivalence néo-ricardienne ne joue pas). De plus, elle n’entraîne aucun effet d’éviction puisque la variante est réalisée à taux de change fixe et que le taux d’intérêt réel, fixé au niveau mondial, n’incorpore pas de prime de risque nationale spécifique. Dans un tel contexte, la hausse de la dépense publique en biens et services stimule à court terme l’activité et l’emploi, le multiplicateur d’activité s’élevant à 1 au bout de 3 ans, soit un ordre de grandeur conforme à ce que donnent les modèles macro-économiques traditionnels (annexe 3).
Pour satisfaire ce supplément de demande globale, l’offre de biens échangeables est a priori plus élastique que l’offre de biens non-échangeables, si bien que l’on s’attend à voir le prix relatif des biens non-échangeables augmenter. Cependant, les prix des biens non-échangeables restent stables à court terme, pour deux raisons :
  • l’emploi s’ajuste avec un certain délai aux inflexions de la production. Les entreprises tirent donc parti du supplément d’activité pour étaler leurs coûts fixes de production ;
  • les prix de ce secteur sont affectés d’une certaine inertie.

Tableau 4
effets de long terme d’une baisse du taux d’intérêt réel. Cas d’une compétitivité endogène à long terme
IMGIMGTableau 4 : effets de long terme d’u...IMGIMF
Tableau 4 : effets de long terme d’une baisse du taux d’intérêt réel. Cas d’une compétitivité endogène à long terme r qn qe c inv x ynat nd nn n 3,5 % 1,125 1 0,821 0,394 0,423 1,312 0,349 0,384 0,932 3 % 1,129 1,047 0,807 0,414 0,432 1,319 0,350 0,385 0,935


Tableau 5
effets de long terme d’une hausse de g. Cas d’une compétitivité endogène à long terme
IMGIMGTableau 5 : effets de long terme d’u...IMGIMF
Tableau 5 : effets de long terme d’une hausse de g. Cas d’une compétitivité endogène à long terme r qn qe c inv x ynat nd nn n 0,9 1,125 1 0,821 0,394 0,423 1,312 0,349 0,384 0,932 0,099 1,129 1,001 0,810 0,394 0,424 1,311 0,349 0,383 0,935

Dans un tel contexte, l’activité augmente davantage dans le secteur des biens non échangeables. Au-delà de cet horizon de court terme, l’augmentation initiale d’activité est progressivement “mangée” par :
  • les pertes de compétitivité du secteur exposé, dans la mesure où les prix des biens échangeables domestiques peuvent s’écarter à court terme du prix mondial ;
  • l’incidence défavorable sur la consommation des ménages de l’augmentation des prix et de la dette extérieure. Cet effet de richesse reste cependant relativement lent, en raison notamment du faible niveau du taux d’épargne et du niveau élevé de la richesse relativement au revenu.
À long terme, l’augmentation de la dépense publique n’affecte pas l’offre potentielle, si bien que la production et l’emploi revienn ent progressivement à leur niveau initial. Le prix du secteur exposé est fixé par l’étranger. Le prix relatif des biens non-échangeables augmente, reflétant l’appréciation du taux de change réel de long terme de l’économie.
Effet d’une baisse du coin fiscal et social
Une baisse du coin fiscal et social affecte le chômage d’équilibre dans la mesure où l’offre de travail n’est pas parfaitement flexible (ou, plus précisément, dans la mesure où la courbe de formation des salaires n’est pas verticale). L’emploi est stimulé à un double titre : via la substitution capital-travail et, surtout, via la baisse induite des prix des produits.
Une baisse du coin fiscal et social de 5 points induit une augmentation de l’emploi proche de 1,5 point à horizon de 5 ans (annexe 4). Les prix baissent dans les deux secteurs, cette baisse étant plus prononcée dans le secteur des biens non-échangeables, plus riche en emploi. Ce mouvement de prix relatif rétroagit favorablement sur la production relative de biens non-échangeables : à horizon de 5 ans la production du secteur n augmente de 4 points; celle du secteur d de 1 point.
Effet d’une baisse du taux d’intérêt réel
Une baisse du taux d’intérêt réel s’analyse à court terme comme un choc favorable de demande. La consommation n’est pas directement affectée dans la mesu re où la riches se ne dépend pas explicitement du taux d’intérêt dans le modèle estimé. L’investissement en revanche augmente de 3% au bout de 3 ans pour une baisse de 100 points de base. A plus long terme, la baisse du taux d’intérêt réel s’apparente à un choc d’offre : l’augmentation de l’intensité capitalistique et de la productivité marginale du travail permettent d’accroître le salaire réel que les entreprises sont prêtes à verser. Cette hausse du salaire réel ne s’accompagne d’aucun changement au niveau des revenus de remplacement, si bien que le taux de remplacement diminue : l’emploi augmente à terme de près de 2 points (annexe 5).
Le prix relatif des biens non-échangeables, représentatif du taux de change réel de l’économie, augmente dans la mesure où le secteur des biens non-échangeables est moins capitalistique et tire donc moins profit de la baisse du coût du capital. L’offre relative du secteur des biens échangeables augmente corrélativement.
Effet d’une hausse des prix étrangers
Dans un modèle traditionnel, une hausse des prix étrangers se traduit (partiellement au moins) par des gains de compétitivité-prix. En effet, les prix d’export sont partiellement indexés sur les coûts unitaires de production domestiques et la loi du prix unique ne joue pas. Dans la maquette, en revanche, une hausse des prix étrangers induit, dans la mesure où les prix des biens échangeables domestiques sont parfaitement flexibles, une hausse de ces derniers. L’écon omie n’en grange p as de gains de compétitivité-prix significatifs, même à court terme, les entreprises exposées à la concurrence internationale tirant profit de la hausse des prix étrangers pour dilater leurs marges. De fait, la variation des prix étrangers n’affecte l’économie que dans la mesure à celle-ci est sujette à des rigidités nominales, ce qui est le cas des prix des biens non-échangeables et du salaire par tête.
La baisse initiale du coût réel du travail permise par la dilatation des marges ne stimule l’offre que de manière très modeste, en raison des coûts d’ajustement des facteurs de production. Par ailleurs, la hausse des prix des biens échangeables importés et produits localement vient contaminer les prix de consommation et amputer, en raison de l’indexation des salaires, la baisse initiale du coût réel du travail. Parallèlement, la hausse des prix intérieurs déprime, via l’effet d’encaisses réelles, la demande intérieure. Au total, compte tenu de la spécification de la maquette, une variation du change ou des prix étrangers n’a que peu d’effets réels (annexe 6).
 
Conclusion
 
 
Nous avons présenté une maquette de moyen terme de l’économie française. Celle-ci répond à une double préoccupation : fonder la représentation de l’économie française sur un cadre théorique cohérent - celui d’un modèle de croissance en économie ouverte, enrichi d’une représentation complète du marché du travail et de rigidités nominales à court terme - ; élaborer un outil relativement parcimonieux et simple d’emploi.
La présentation de la maquette a permis de souligner le rôle joué par la richesse et le taux d’intérêt dans la dynamique de court terme et de long terme d’une petite économie ouverte : en économie ouverte, la dynamique des stocks de dette ou de richesse qui résulte des comportements d’épargne n’affecte pas la tendance générale de l’accumulation du capital qui reste dictée par le taux d’intérêt mondial. Elle n’influence que les profils temporels de la consommation et du patrimoine financier des ménages. Une telle déconnexion ne vaut cependant que pour une version classique du modèle à prix flexibles. Dans la version complète de la maquette, la dynamique des stocks exerce un effet de retour sur la consommation et la demande et affecte ainsi toute la dynamique de court terme de l’économie.
Comme l’illustrent les variantes, les multiplicateurs de court-moyen terme de la maquette sont proches de ceux fo urnis par les mo dèles macro-économiques de facture néo-keynésienne, ce qui constitue une propriété agréable. Cette proximité trouve son origine dans la spécification retenue, qui prend la forme de modèle à correction d’erreur. Les coefficients des termes de rappel sont relativement faibles, si bien que la dynamique des actifs financiers et de l’endettement n’a qu’une incidence modeste les premières années. Plusieurs extensions de la maquette sont envisageables. La prise en compte de plusieurs qualifications en particulier permettrait une description plus fine des processus d’enrichissement de la croissance en emploi.
 
Annexe 1 : calibrage de la maquette
 
 


Paramètres Calculés gz-0,025 αd 0,62 αn 0,69 λe 0,3 λn 0,5 λd 0,2 Imposés Estimés Demandes de facteurs Kd (DW = 1,42, SER =0,003 U-Theil =0,0026) mKd1 0,9 mKd2 0,12 γKd 0,013 Nd (DW = 1,68 SER = 0,0075 U-Theil= 0,0022) mNd1 0,54 mNd2 0,32 γNd 0,1(*) Kn (DW = 1,55 SER =0,001 U-Theil= 0,002) mKn1 0,74 mKn2 0,11 γKn 0,013(*) Nn (DW = 1,58 SER = 0,009 U-Theil=0,00078 ) mNn1 0,14 mNn2 0,37 γNn 0,1(*) Consommation (DW= 1,85 SER = 0,011U-Theil=0,00057) mc1 0,28 mc2 0,28 mc3 0 mc4 0,96 ( )15 - mc 0,04 mc6-144 mcπ -0,22 γc 0,26 Exports (DW=1,43 SER =0,018 U-Theil=0,0036 ) ( )1 - ρh 0,63 ( )* 1 - ρ ε h 0,2 ah-1,05 βh 0,1 Salaires (DW=2,65 SER = 0,02 U-Theil=0,00069 ) mw 0,8 ( )1 - mw 0,2(*) γw-0,46 ψu-1,2 constw 0,33 Solde public ag 0,02 ρg1 0,3 ρg2 0,3 ρg3 0,3 (*) restriction acceptée ( p- value du test de Wald (chi-2) supérieure à 5 %).

 
Annexe 2 : simulations dynamiques
 
 
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Annexe 3 : variante dépenses publiques en biens et services (+ 10 %)
 
 
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Annexe 4 : variante taux d'intérêt (100 points de base)
 
 
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Annexe 5 : variante coin fiscalo-social (5 points)
 
 
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Annexe 6 : variante prix étrangers (5%)
 
 
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BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Deleau M., Le Van C. et Malgrange P. (1990). “The Long-Run of Macro-econometric Models”, Essays in Honor of E. Malinvaud, vol. 2, MIT Press, pp. 205-225.
·  Deleau M., Malgrange P. et Muet P.A. (1981). “Une maquette représentative de modèles macro-économiques”, Annales de l’Insee, 42, pp. 53-92.
·  Hairault J.-O. (1999). “Vers une nouvelle synthèse néo-classique ? La théorie des cycles réels n’est pas ce que l’on croît”, Revue d’Économie Politique, 109 (5), pp. 613-670.
·  Hénin P.-Y. (1989). “Une macro-économie sans monnaie pour les années 90”, Revue d’Économie Politique, 99 (4), pp. 531-596.
·  Juillard M. (1994). “Dynare : A Program for the Resolution of Nonlinear Models with Forward-Looking Variables”, document de travail, Cepremap.
·  Laffargue J.-P., Malgrange P. et Pujol T. (1992). “Une maquette trimestrielle de l’économie française avec anticipations rationnelles et concurrence monopolistique”, Actualité Économique, vol. 92, pp. 225-261.
·  Laffargue J.-P. (1996). “Fiscalité, charges sociales, qualifications et emploi. Étude à l’aide du modèle d’équilibre général calculable de l’économie française Julien”, Économie et Prévision, n° 125,1996-4.
·  Laffargue J.-P. (1997). “Chômage des non qualifiés et progrès technique. Le modèle Charlotte”, Revue Économique, vol 48, n° 5.
·  Layard R., Nickell S., Jackman R. (1991). “Unemployment : Macroeconomic Performance and the Labour Market”, Oxford University Press.
·  Malgrange P. (1996). “Vers une modélisation macro-économique rationnelle”, Économie et Prévision, n°125,4.
·  Schubert K. (1993). “Les modèles d’équilibre général calculable : une revue de la littérature”, Revue d’Économie Politique, novembre-décembre.
·  Solow R. (1956). “A Contribution to the Theory of Economic growth", Quarterly Journal of Economics, 70, n° 1, pp. 56-94.
 
NOTES
 
[(*)]Professeur à l’Université Paris 1, membre d'EUREQua, unité mixte de recherche CNRS-Paris 1. EE-mail :dautume@ univ-paris1. fr.
[(**)]Sous-directeur des synthèses macro-économiques et financières à la Direction de la Prévision.
[(1)]Cet indice prendrait la forme
[(2)]Nous supposons implicitement que les autorités connaissent le taux de croissance tendanciel de l’économie et qu’elles en tiennent compte dans leurs ajustements.
[(3)]La condition de stabilité est - < + - + <1 1 1 1( )/ ( )sr a ν, soit 2 + - > > -sr a srν ν. La première inégalité est très largement vérifiée et nous ne mentionnons dans le texte que la seconde.
[(4)]La fonction s f k k a k[ ( ) ] )- - +μ ν s’annule pour k kS =; elle est positive pour k kS < et négative pour k kS >.
[(5)]La fonction de consommation de Blanchard est C B H= +( ) / ΔH représente la valeur actualisée des salaires futurs et où la propension à consommer la richesse 1 / Δ est une seconde variable forward dépendant des taux d’intérêt futurs. Les salaires sont actualisés en tenant compte de la probabilité de décès θ. Dans un environnement constant, on a H w r= +/ ( )θ. Dans le cas d’une fonction d’utilité logarithmique la propension 1/ Δ se réduit à ρ θ+ où ρ est le taux de préférence pour le présent. On peut alors faire apparaître le revenu disponible et mettre la fonction de consommation sous la forme : On retrouve bien une forme très proche de celle que nous utilisons.
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La fonction s f k k a k[ ( ) ] )- - +μ ν s’annule pour k k...
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La fonction de consommation de Blanchard est C B H= +( ) /...
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