2001
Économie et Prévision
Le policy-mix de la zone euro
Une évaluation de l’impact des chocs monétaires et budgétaires
Sophie Garcia
[(*)]
Adrien Verdelhan
[(**)]
Cet article propose l'étude simultanée des chocs budgétaires et monétaires, à l'échelle de la zone euro, à l'aide d'un modèle
VARstructurel regroupant l'activité, les prix, un taux d'intérêt réel de court terme et un solde budgétaire moyens. Les délais
de transmission des impulsions budgétaires et monétaires sur le PIB apparaissent semblables. Une baisse de 100 points de
base du choc de taux d'intérêt réel à 3 mois a un effet comparable à l'effet à court terme d'une augmentation de 0,6 point de
PIB du choc de déficit public moyen.
Le calcul d’un déficit budgétaire structurel, reflétant les mesures budgétaires discrétionnaires passées, et la construction
d'un indicateur du policy-mix permettent de mieux apprécier l'orientation globale des politiques économiques de la zone
euro.
This paper presents a simultaneous study of fiscal and monetary shocks in the euro zone using a structural VAR model
covering line of business, prices, an average real short-term interest rate and an average budget balance.
The time taken for fiscal and monetary changes to affect GDP appears to be similar. The effect of a 100-basis-point cut in
the three-month real interest rate is similar to the short-run effect of a 0.6-point GDP increase in the average government
deficit.
A structural budget deficit reflecting past discretionary fiscal measures is calculated and a policy mix indicator is
constructed to better assess the euro zone’s overall economic policy trend.
Les auteurs tiennent à remercier tout particulièrement P-Y
Hénin (Cepremap), F. Smets (BCE), O. de Bandt,
J.-F. Dauphin, F. Drumetz, P. Jaillet, C. Pfister (Banque de
France) et A. Quinet (Direction de la prévision) ainsi que les
deux rapporteurs anonymes pour leurs précieuses remarques.
Les erreurs et insuffisances qui pourraient subsister sont
naturellement de la seule responsabilité des auteurs et les
opinions exprimées dans cette étude ne reflètent pas
nécessairement celles de la Banque de France.
Politique monétaire et politique budgétaire
interagissent sur l'activité et sur les prix. Or les
études des mécanismes de transmission des
politiques budgétaires et monétaires ont souvent été
conduites distinctement, ne prenant ainsi pas en
compte les effets de rétroaction d’une politique sur
l’autre. Ce problème du bouclage macroéconomique
p eut toutefois être lev é par les modèles
macro-économétriques complexes nécessitant de
nombreuses hypothèses : bâtis à l’échelle nationale,
leur transposition à l’échelle de la zone euro est
cependant longue et délicate. L’étude de
l’interaction entre politique monétaire et budgétaire
à l’échelle de la zone euro peut en revanche être
réalisée plus aisément grâce à un modèle vectoriel
autorégressif (VAR) structurel où le jeu d’hypothèses
est limité.
À la suite des travaux de Bruneau et De Bandt ( 1999)
menés sur la France pour la période 1972 :1-1995 :2,
cet article propose donc une étude simultanée des
chocs monétaires et budgétaires à l’aide d’une
modélisation VAR structurel simple regroupant
l’activité, les prix, un taux d’intérêt réel à court terme
et un ratio de solde budgétaire sur PIB moyens. Si ce
choix conduit à limiter, pour chaque aspect de la
politique économique, le nombre de variables
étudiées, il permet toutefois de prendre en compte
leurs interactions par le jeu des corrélations, mises en
évidence récemment sur données de panel par
Debrun et Wyplosz (1999) pour les pays de la zone
euro, sans nécessiter un ensemble important
d’hypothèses sur les relations entre grandeurs. Cet
enrichissement, qui conduit à mieux apprécier le
policy-mix global de la zone, pourrait éclairer la
coordination des politiques budgétaires et monétaire
en phase III de l'Union économique et monétaire
(UEM).
Depuis le 4 janvier 1999, toute décision de politique
monétaire doit être prise par le Conseil des
Gouverneurs en fonction de l'état global de la zone
euro et non selon des caractéristiques nationales ou
régionales. La méthodologie
VAR structurel,
appliquée à l’échelle de la zone euro, apparaît ainsi
particulièrement adaptée. Comme l'ont souligné
Dornbusch
et alii (1998), ce processus de décision
cond uit naturellemen t à privilég ier les
raisonnements en moyenne sur la zone, même si des
différences nationales subsistent encore, en termes
de délais et d'amplitude des fonctions de réponses à
des chocs budgétaires et monétaires. De nombreux
travaux, notamment ceux menés sous l'égide de la
Banque des Règlements Internationaux (BRI), ont
toutefois montré que les différences entre
mécanismes de transmission de la politique
monétaire au sein de la zone euro ne sont pas toujours
fortement significatives et pourraient s'estomper. Ce
constat laisse espérer que les études menées sur des
données antérieures au 1
er janvier 1999 ne seront pas
totalement invalidées par l'évolution à moyen terme
de l'UEM. Le comportement général de la zone euro
au début de la phase III de l'UEM peut donc être
approché par l'étude du comportement moyen de la
zone au temps du Système monétaire européen
[1]
(SME).
Cette étude propose donc la construction et les tests
de séries agrégées pour la zone euro, nécessaires à
l'élaboration d'un modèle VAR structurel adapté
(première partie), afin de mettre en évidence
l'amplitude et les délais de transmission des réponses
de l'activité à des chocs budgétaires et monétaires
(deuxième partie). Il ressort de cette étude, d’une
part que les délais de transmission des impulsions
monétaires et budgétaires sur le PIB sont proches de
5 trimestres, d’autre part, qu’une baisse de 100
points de base du choc de taux d’intérêt réel à trois
mois a un effet comparable à l’augmentation de 0,6
point de PIB du choc de déficit public de la zone. La
définition de ces chocs et l’évaluation de leurs effets
permet alors le calcul du déficit budgétaire structurel
de la zone et guide la mise au point d’indicateurs du
policy-mix (troisième partie). Il apparaît ainsi que le
déficit structurel de la zone a été nettement réduit
depuis 1995 et que les impulsions monétaires et
budgétaires passées ont aujourd’hui un impact
relativement expansionniste sur la croissance.
Construction et tests de series agregées
pour la zone euro
Choix des variables et construction des séries
Choix des variables et de la période d'étude
L'étude de l'impact des chocs monétaires et
budgétaires sur l'activité et les prix nécessite la prise
en compte d'au moins quatre variables, mesurant
l'activité, les prix, la politique monétaire et la
politiquebudgétaire. L’absence d’objectif dechange
dans la stratégie de politique monétaire de la Banque
Centrale Européenne (BCE) et le faible taux
d’ouverture de la zone euro, comparable à celui des
États-Unis (respectivement 12,1% et 9,4% pour le
marché des biens en 1998), conduisent à raisonner en
première approximation en économie fermée.
L'activité économique est mesurée grâce à un indice
de PIB en volume. Il est construit à partir des
glissements annuels du PIB en volume pour chaque
pays. Ce choix permet d'éviter l'écueil de la
saisonnalité de certaines séries de PIB et conduit à
une lecture aisée des résultats obtenus, car l'impact
des chocs monétaires et budgétaires peut être
immédiatement rapproché des taux de croissance
économique communément utilisés.
L'évolution des prix est appréhendée à travers le
glissement annuel de l'indice des prix à la
consommation harmonisé. Cet indicateur est celui
retenu par le Système européen de banques centrales
(SEBC) dans la définition de son objectif final de
stabilité des prix.
Le principal instrument de politique monétaire du
SEBC étant le taux d'intérêt à court terme, la
politique monétaire commune est caractérisée par le
taux d'intérêt à trois mois, fortement influencé par le
niveau des taux directeurs fixé par la BCE. Les
travaux de Peersman et Smets (1998) montrent en
effet que les réponses des économies allemande,
française, hollandaise et autrichienne à un choc
monétaire commun sont très proches, l'économie
italienne apparaissant plus sensible au taux d'intérêt.
La spécificité italienne pourrait s'estomper avec le
rapprochement des comportements économiques
des différents agents de la zone. Le taux réel, pris en
compte dans le modèle, est obtenu par soustraction
au taux nominal du glissement annuel des prix à la
consommation.
La politique budgétaire est prise en compte à l’aide
du ratio de solde public rapporté au
PIB, calculé
selon le système commun de comptabilité (SEC95).
Ces données sont issues du modèle Nigem développé
par le NIESR. Elles correspondent, pour les pays ne
disposant pas de comptes trimestriels, aux données
de l’OCDE (Perspectives économiques n°66)
trimestrialisées. Le déficit public total n’est pas
forcément le meilleur indicateur de la politique
budgétaire
[2]. Cependant, il permet d’une part
d’appréhender les problèmes liés à la soutenabilité
des finances publiques (Hénin, 1997 et Fève et
Hénin, 2000) pris en compte par les critères de
Maastricht. Il est d’autre part retenu comme variable
de contrôle du pacte de stabilité et de croissance. Cet
instrument est ainsi utilisé par Dalsgaard et De
Serres (1999) qui cherchent à capter les effets sur les
soldes budgétaires des chocs économiques survenus
dans le passé en utilisant une approche
VAR
structurel.
La mise en place du SME s'impose naturellement
comme date de départ de la période d'étude. Ce choix
usuel est également fondé sur les travaux de Clarida
et alii (1998) qui ont révélé un changement de régime
majeur en 1979 dans la conduite des politiques
monétaires de la zone. Le nombre de variables prises
en compte nécessite une période d’observation
relativement longue. L'étude sera donc menée sur la
période 1979-1999 sur des données trimestrielles.
Celle-ci couvre certainement des innovations
financières, une modification des comportements de
demande (plus grande élasticité aux variables de
taux) et une crédibilité accrue des politiques
monétaires. Ces modifications ont cependant été
progressives et échelonnées selon les pays et leur
mise en évidence économétrique n’est pas toujours
robuste par manque de recul. Le choix de la période
1979-1999 suppose l’absence de rupture marquée
des comportements économiques moyens à l’échelle
de la zone euro et présente donc le risque de
minimiser le poids de la politique monétaire dans les
évolutions du PIB et des prix dans les années
récentes.
Construction de séries agrégées pour la zone euro
L'étude des chocs monétaires et budgétaires à
l'échelle de la zone euro nécessite la construction de
séries agrégées à partir des séries nationales
retenues. L'ensemble des séries utilisées dans cette
étude repose sur la méthodologie suivante : la série
globale est obtenue comme somme des séries
nationales, pondérées par le poids du PIB de chaque
pays exprimé en dollars à paritéde pouvoir d'achat.
Le PIB de la zone euro est le plus souvent calculé par
simple sommation des séries Eurostat de PIB de
chaque pays de la zone. Outre des risques de double
compte de certains échanges extérieurs mal
recensés, ce mode de construction pose deux
problèmes :
- les séries Eurostat (en Ecus 1990) débutent
seulement en 1980, ce qui n'offre pas un historique
suffisamment long ;
- l'introduction d'une monnaie extérieure à la zone
(le dollar ou la livre britannique àtravers l'ECU) pour
convertir les séries nationales risque de fausser la
variation du PIB de la zone : ainsi, une hausse
momentanée du dollar supérieure à la parité de
pouvoir d'achat gonflerait artificiellement et
transitoirement le PIB de la zone.
Pour s'affranchir de cette double contrainte, il est
possible de déterminer un indice trimestriel du PIB
de la zone euro en trois étapes :
- d'abord, pour chaque pays et par trimestre, le calcul
du glissement trimestriel du PIB exprimé en
monnaie nationale à prix constants ;
- ensuite, l'obtention de la moyenne de ces
glissements trimestriels, pondérés par le PIB annuel
de chaque pays exprimés en dollars à parité de
pouvoir d'achat ;
- enfin, la construction à partir de ces valeurs
trimestrielles d'un indice de base 100 en 1970
[3].
Caractérisation des séries : tests de stationnarité et
de cointégration
Les graphiques des données utilisées sont
disponibles en annexe 1. L'étude de la stationnarité
des variables et des éventuelles relations de
cointégration est une étape indispensable dans la
mesure où elle conditionne la dynamique du système
en fonction du degré de persistance.
Tests de stationnarité
Compte tenu de l’importance pour la spécification
du modèledu caractère stationnaire (stochastique) et
de la présence éventuelle d’une tendance
déterministe dans les séries, différents tests ont été
effectués : le test usuel de racine unitaire de Dickey et
Fuller (1981), ADF, le test de Kwiatkowski et alii
(1992), KPSS ainsi que le test d’ERS (Elliott et alii,
1996).
En renversant la proposition retenue comme
hypothèse nulle
H (
H « racine unitaire » lors d'un
00 test ADF et
H « stationnarité » lors d'un test de
0 KPSS), le test KPSS permet de conclure dans le cas
du non- rejet de
H par l’ADF
[4]. Ces deux premiers
0 tests sont peu puissants à distance finie (petit
échantillon) et peuvent donc être complétés par le
test d’ERS présentant l’avantage d’opérer un
traitement différent selon la présence d’une
tendance déterministe ou non. Ce dernier test
consiste alors à extraire la constante et/ou la
tendance sur la base d’une quasi-différenciation de
la série brute.
Les résultats pour chaque variable sont synthétisés
en annexe 2. Les trois tests s’accordent pour conclure
à la non-stationnarité du PIB (en logarithme), du taux
d’inflation annuelle, du taux d’intérêt réel à court
terme et du ratio de solde public sur PIB (tableau 1).
L'étude des séries en différence première (tableau 2,
annexe 2) permet de s’assurer du caractère
stationnaire des séries différenciées. La croissance
annuelle du PIB est alors stationnaire ainsi que les
différences premières de l’inflation annuelle, du
taux d’intérêt réel à court terme et du ratio de solde
public sur PIB.
Tests de cointégration
Le caractère non-stationnaire des séries utilisées
invite à rechercher la présence d’une ou plusieurs
combinaisons linéaires stationnaires entre ces
variables. Les tests de Johansen et Juselius (1990),
disponibles dans la procédure CATS sous le logiciel
RATS version 4.20, fondés sur l’estimation du
maximum de vraisemblance, permettent de
d éterminer la d imensio n de l’espace de
cointégration. Il peut, en effet, exister plusieurs
combinaisons linéaires stationnaires entre les
variables intégrées d’ordre un. L’avantage de cette
méthode est, d’une part, de pouvoir effectuer des
tests de restrictions linéaires sur les paramètres du
vecteur de cointégration, et, d’autre part, de prendre
en compte plusieurs spécifications pour la relation de
long terme (présence d’une tendance/constante ou
non dans l’espace de cointégration). Cette
méthodologie suppose le respect de l’hypothèse de
blancheur des résidus, ce qu’il faut vérifier ex-post.
D’après les tests de racine unitaire, le PIB (en
logarithme) présente une tendance déterministe. Sa
présence éventuelle dans l’espace de cointégration
doit donc être envisagée. Les différents résultats sont
synthétisés dans les tableaux 3 et 3bis de l’annexe 2.
La procédure de Johansen-Juselius conduit à retenir,
selon le test de la trace, la présence d’au plus une
relation de cointégration, dans le cas particulier de la
spécification avec tendance. Le test du λmax,
comme le test d’Engle et Granger (1987) concluent à
l’absence de relation de cointégration.
Les différents tests effectués conduisent donc à
retenir une spécification en différence première. Le
modèle retenu sera par conséquent construit à partir
de la croissance annuelle du PIB (dy) et des séries en
différences premières d'inflation annuelle (d2 p), de
taux d'intérêt de court terme (di) et de solde
budgétaire (db).
Modélisation de chocs monétaires et
budgétaires à partir d'un VAR
structurel
Avantages et limites d'une modélisation sous
forme d'un VAR structurel
L'impact des chocs budgétaires et monétaires a
longtemps été étudié seulement grâce à des variantes
élaborées àpartir de modèles macro-économétriques
complexes. Ceux-ci présentent l'avantage d'une
spécification fine de l'économie combinant de
nombreuses équations issues de la théorie
économique. En contrepartie, ils supposent le
respect de nombreuses contraintes tant théoriques
qu’empiriques.
Les modèles VAR permettent de s'affranchir de ces
nombreuses hypothèses puisqu'ils ne contraignent
pas a priori les relations entre variables. En effet,
cette méthodologie permet de résumer les
corrélations entre les variables sans préjuger de la
forme des liens entre celles-ci. Traditionnellement,
ce type de modélisation permet quatre applications
différentes : une analyse en terme de causalité, des
prévisions, des fonctions de réponse traduisant la
propagation des chocs et des décompositions
historiques des chocs (dissociation des parts
respectives de chaque choc dans l’évolution de
chaque série). Cette étude utilis e plus
particulièrement ces deux dernières possibilités.
Chaque variable endogène du modèle (ici
dy,
d2 p,
di,
db) dépend de son propre passé et des valeurs
retardées des trois autres variables. Les modèles
VAR
ne permettent pas de révéler le mécanisme causal
sous-jacent puisque les formes réduites de deux
modèles rendant compte de deux schémas causals
inverses peuvent coïncider
[5]. Cet argument
constitue la principale critique à ce type de
méthodologie (le côté « boîte noire » du
VAR). Si les
modèles
VAR peuvent ainsi saisir toutes les
interactions entre les variables étudiées, ils butent
cependant sur la définition théorique des chocs
appliqués à l'économie, puisqu'aucune théorie
économique ne sous-tend leur calcul.
En réintroduisant de façon limitée les principaux
enseignements de la pensée économique
contemporaine, notamment la neutralité à long terme
de la monnaie, les modèles VAR structurels
permettent l'identification de chocs empiriques tout
en laissant pleinement jouer les interactions entre
variables endogènes. Cette méthodologie est
aujourd'hui utilisée tant pour l'étude des chocs
budgétaires, notamment par Blanchard et Perotti
(1999) que monétaires, notamment par Bernanke et
Blinder (1992), Barran et alii (1994), Gerlach et
Smets (1995).
Hypothèses retenues
Le modèle VAR retenu peut s'écrire sous forme
matricielle, dans laquelle le vecteur colonne de
variables expliquées
X dy d p di db t t t t t T =( , , , ) 2 dépend des n valeurs
retardées de ce même vecteur :
Ou encore sous forme matricielle
où A sont des matrices carrées de n lignes et εt le
i vecteur des résidus de l'estimation. Ce vecteur
ε ε ε ε ε T =( , , , ) représente, à chaque
t dy d p t di db t t t2
instant t, la valeur de Xt qui n'a pu être expliquée par
le comportement passé de X. En ce sens, εt traduit
des impulsions non prévues sur chacune des
variables du modèle.
Il serait dès lors tentant de considérer que le résidu de
la première équation du VAR correspond à un choc
d'activité, le second à un choc de demande, le
troisième à un choc monétaire et le dernier à un choc
budgétaire et donc d'étudier, par exemple, la
variation de l'activité due à une légère modification
de ε ou ε. Cette définition simple des chocs n'est
ditdbt généralement pas possible dans la mesure où les
résidus de l'estimation initiale du VAR sont
fortemen t corrélés : une variation de ε
dit s'accompagne par exemple d'une variation
simultanée de εdpt qui empêche de considérer que la
variation induite de l'activité correspond seulement à
la réponse à un choc monétaire.
On suppose cependant qu'une combinaison linéaire
des résidus précédents permet de définir de
véritables chocs, c'est-à-dire des chocs non corrélés
entre eux et pouvant être liés à l'activité, aux prix, au
taux d'intérêt ou au solde budgétaire
[6]. Soit donc la
matrice
P qui permet de passer de ces chocs
structurels
ut au x résidus
ε ε t t t Pu( )=.
L'identification des chocs structurels se traduit par le
calcul de cette matrice carrée de 4 lignes, soit 16
coefficients.
Nous avons utilisé pour identifier les chocs
structurels la méthodologie de Gali (1992) qui
permet de distinguer des contraintes de court et long
terme
[7]. Gali reprend l’hypothèse de Blanchard et
Quah (1989) selon laquelle le seul choc a avoir un
impact à long terme sur le niveau du
PIB est
considéré comme étant un choc d’offre (par
exemple, un choc de progrès technique). Dans notre
cas, cela équivaut à 3 contraintes de long terme, car ni
le choc d’inflation, ni les chocs monétaires ou
budgétaires ne peuvent avoir d’effet permanent sur
le niveau du
PIB (cf. encadré). Gali utilise de plus des
restrictions dites de court terme qui traduisent
l’absence d’effet instantané d’un choc structurel sur
une variable. Ces restrictions de court terme
conduisent à annuler certains coefficients de la
matrice de passage
P (cf. encadré). La théorie
économique est cependant plus consensuelle sur les
propriétés de long terme que sur celles de court terme
(par exemple, si la neutralité à long terme de la
monnaie est largement acceptée, les propriétés de
court terme de la monnaie sont sujettes à
controverse). Les contraintes de « court terme »
peuvent se justifier par l’existence de coûts
d’ajustement
[8] ou de délais de transmission. En
effet, l’impact de court terme n’est pas nul, seul
l’impact instantané est nul. Ces restrictions,
nécessaires à l’identification du modèle, ne peuvent
être testées puisqu’elles sont imposées
a priori. En
cela, elles peuvent paraître arbitraires et discutables,
mais la validation du modèle
VAR structurel
s’effectue aussi
ex-post par l’analyse des fonctions
de réponse.
Encadré : hypothèses d’identification du VAR structurel, méthode de Gali
S oi t X dy d p di db t t t t t T =( , , , ) 2 un vec teu r de 4 séries
stationnaires. La représentation VAR s’écrit alors :
Où A(L) est un polynôme retard tel que
Le VAR permet de décrire les liens dynamiques entre les
variables puisqu’il constitue un résumé des corrélations.
Les fonctions de réponse sont obtenues à l’aide de
l’écriture sous forme de moyenne mobile infinie
[9] telle
que :
Le multiplicateur dynamique Cijs, élément de la ligne i et de
la colonne j de la matrice Cs, décrit l’effet d’un choc de la
variable j sur la variable i pour un horizon s. Mais si les
résidus εt sont bien non corrélés dans le temps, ils sont
corrélés deux à deux. C’est pourquoi l’estimation directe
ne permet pas une interprétation économique des
différentes équations et coefficients. Les résidus ne
peuvent pas être interprétés comme des chocs structurels.
Si l’on suppose qu’il existe une forme structurelle réduite
du modèle telle que : X B X B X Pu t t p t p t = + + + - -1 1..... où les
ut sont des innovations structurelles, le passage de la forme
VAR à la forme structurelle consiste alors à exprimer les
liens entre les résidus du VAR εt et les chocs structurels ut.
L’identification se limite donc à déterminer les éléments de
cette matrice de passage tels que :
Si l’on reprend l’écriture sous forme de moyenne mobile
infinie (VMA), on a X C L C L Pu R L u t t t t = = =( ) ( ) ( )ε où
les ut sont indépendants.
L’égalité (1) PP '=Σ fournit n(n+1)/2 contraintes (où n est
le nombre de variables ici égal à 4) comme Σ est
symétrique. La matrice P contient n2 éléments, il faut donc
imposer n(n-1)/2 restrictions supplémentaires a priori (ici
6) pour pouvoir juste identifier la matrice P. La méthode de
Gali (1992) suppose qu’il existe des contraintes de long
terme à la Blanchard-Quah (1989) et des contraintes de
court terme.
Les contraintes de long terme : Blanchard et Quah
considèrent que certains chocs doivent avoir un impact à
long terme nul sur le niveau de certaines variables (les
restrictions de long terme se traduisent par la nullité des
éléments des multiplicateurs canoniques i. e les Rij (1)). Ils
identifient alors le choc d’offre comme étant le seul choc à
avoir un effet permanent sur le niveau du PIB. Cette
propriété s’inscrit aisément dans un modèle de croissance à
la Solow.
Concrètement on obtient :
ou encore
Les contraintes de « court terme » traduisent l’absence de
réponse instantanée d’une variable à un choc structurel et
correspondent à la nullité de certains coefficients Pij.
D’une part, l’étude des délais de transmission de la
politique monétaire sur la croissance conduit à rejeter la
possibilité d’un effet instantané d’un choc monétaire sur la
croissance. D’autre part, si les travaux sur les liens entre
taux d’intérêt et politique budgétaire ont mis en évidence,
dans certains cas, un lien entre taux à long terme et chocs
budgétaires, ces derniers n’affectent immédiatement ni le
taux d’inflation ni le taux d’intérêt à court terme.
Concrètement :
P13 0= : le choc monétaire n’a pas d’effet instantané sur le
PIB.
P24 0= et P34 0= : pas d’effet instantané du choc budgétaire
sur l’inflation et sur le taux d’intérêt.
Résultats
L'estimation d'un
VAR structurel sur la période
1979 :1-1999 :4
[10] contenant quatre variables permet
la simulation de 16 fonctions de réponses, la
croissance, les différences premières de l’inflation,
du taux d'intérêt et du solde budgétaire réagissant à
des chocs d'activité et de demande ainsi qu’à des
chocs monétaires et budgétaires
[11].
Détermination d'un intervalle de confiance
Les 16 fonctions de réponse obtenues sont
naturellement dépendantes de l'estimation du VAR
initial. La sensibilité aux séries initiales des résultats
obtenus peut être appréhendée à travers le calcul d'un
intervalle de confiance à l'intérieur duquel la
fonction de réponse a 90 %de chances de se trouver.
La construction d'un intervalle de confiance pour les
réponses aux chocs structurels indépendants repose
ici sur la méthod e stochas tique dite du
"
bootstrapping", recommandée lorsque les
innovations ne suivent
a priori pas une loi normale.
Cette technique permet d’obtenir les trajectoires
simulées à partir de la fonction de répartition
empirique estimée (pour plus de détails, se référer à
Efron et Tibshirani (1993)). Chaque tirage aléatoire
fournit un vecteur de résidus
ε ayant des propriétés
t comparables aux résidus du
VAR initial et permettant
de construire une nouvelle série (appelée
pseudo-échantillon) de croissance, d'inflation, de
taux ou de budget légèrement différente de la série
initiale. À partir de ce nouveau jeu de variables, une
nouvelle matrice
P est calculée et permet la
simulation des fonctions de réponse aux chocs
structurels identifiés. Chacune des 16 fonctions de
réponse est ainsi simulée 200 fois
[12] sur des jeux de
données différentes. On peut alors construire, dans
chaque cas, la moyenne des fonctions de réponse
obtenues et un intervalle de confiance correspondant
à 90% des simulations. Ces simulations ainsi que
l’estimation du
VAR structurel ont été réalisées sous
RATS 4.20.
Réponses de l’activité économique
La significativité de l'ensemble des fonctions de
réponse obtenues, présentées en annexe 3, indique
que les chocs sont bien identifiés. Deux résultats
méritent d'être ici particulièrement mis en exergue :
les réponses de l'activité, en termes de délais et
d'amplitude, à des chocs monétaires et budgétaires
(hausse d'un écart-type du taux d'intérêt réel et du
solde budgétaire).
Les délais de transmission, définis comme le temps
écoulé avant l'impact récessif maximal sur le PIB,
sont semblables pour ces deux chocs et proches de 5
trimestres. Les délais mesurés à partir de chocs
nominaux sont légèrement plus importants. Deux
arguments militent pour des délais de réaction plus
courts en présence de chocs réels : d’une part,
l’économie est censée être plus sensible aux
variables réelles qu’aux variables nominales en
raison des rigidités ; d’autre part, un choc de taux
d’intérêt nominal provoque souvent dans un modèle
VAR une légère augmentation à court terme de
l’inflation (« price puzzle ») qui réduit l’impact du
choc sur le taux réel. Gerlach et Smets (1995)
obtiennent ainsi en réponse à des chocs nominaux
des délais de réaction de 4 à 6 trimestres à l’aide de
mod èles VAR structu rels po ur la France,
l’Allemagne et l’Italie.
Les amplitudes récessives maximales de ces chocs
sont respectivement de–0,11 point de
PIB pour une
hausse de 44 points de base du choc de taux court réel
et de–0,075 pour une hausse du choc de solde
budgétaire de 0,18 point de pourcentage. Ces
résultats sont proches de ceux constatés lors
d’expériences récentes de redressement budgétaire
et de ceux iss us de mod èles macroéconométriques
[13].
Ces résultats conduisent à retenir en première
approximation l'équivalence suivante :
une hausse de 100 points de base du choc de taux
d'intérêt réel de court terme a un effet récessif à court
terme sur le PIB comparable à une réduction de 0,6
point du choc de déficit budgétaire moyen de la zone
euro exprimé en points de PIB.
Selon le modèle, une hausse du taux d’intérêt réel,
comme une diminution du déficit budgétaire, a
d’abord un impact récessifpendant 6 trimestres sur la
croissance puis un impact expansionniste pendant
deux ans, ce qui est conforme à l’hypothèse de la
synthèse néo-classique selon laquelle la politique
économique n’a pas d’impact à long terme sur le
niveau du PIB (cf annexe 3). Le graphique 1 suivant
présente l’impact sur le PIB en niveau des chocs
monétaires et budgétaires. Le PIB retrouve son
niveau initial au bout de 3 ans et l’impact du choc a
totalement disparu après 6 ans.
Le modèle tient de plus compte de l’interaction des
instruments monétaire et budgétaire : la hausse du
taux d’intérêt s’accompagne d’une augmentation
immédiate du déficit budgétaire, qui a un impact
expansionniste décalé. De la même façon, une
diminution du déficit budgétaire entraîne une baisse
du taux d’intérêt qui soutient ensuite l’activité.
Graphique 1
réponses moyennes du PIB en niveau à
des chocs monétaire et budgétaire
Deux applications : calcul du déficit
budgetaire structurel et étude du
policy-mix pour la zone euro
L'étude des interactions entre instruments
budgétaire et monétaire permet de mieux apprécier
l'orientation des politiques économiques de la zone
euro, à travers le calcul du déficit budgétaire
structurel de la zone et la construction d’indicateurs
du policy-mix.
Déficit budgétaire structurel de la zone euro
Deux méthodes
La variation du solde effectif des finances publiques
dépend de choix politiques mais aussi de l'activité
économique, les recettes et les dépenses publiques
étant sensibles à l'évolution de la conjoncture. Le
déficit global est ainsi traditionnellement scindé en
deux composantes, le déficit structurel d'une part,
censé refléter les conséquences des choix de
politique économique, le déficit conjoncturel d'autre
part, lié à la position de l'économie dans le cycle.
Bouthevillain et Garcia (2000) offre une synthèse
des différentes méthodes d’évaluation du déficit
structurel existantes.
Cette étude s’intéresse principalement à deux
méthodes de détermination du déficit structurel :
soit, de façon usuelle, à partir de l’estimation d’un
écart de production, soit grâce à l’exploitation du
VAR structurel en suivant les travaux de Bac et alii
(1997).
De façon usuelle, le déficit structurel est obtenu par
différence entre le déficit total et le déficit
conjoncturel qui est déterminé à partir de la
sensibilité des comptes publics à la croissance, en
étudiant l'élasticité de chaque recette et dépense à
l'activité économique. En première approximation,
celle-ci peut être globalement approchée par la part
des prélèvements obligatoires dans le PIB (environ
40% pour la zone euro). Cette approximation conduit
à estimer une sensibilité du déficit conjoncturel à
l’écart de production de l’ordre de 0,4. Cette
méthode souffre donc, comme l’ont montré Cette et
Jaillet (1998), des incertitudes pesant sur le calcul de
l'output gap et de la non-prise en compte de
l'influence réciproque du déficit sur l'activité : un
supplément de croissance se traduit par une
réduction du déficit et davantage de déficit conduit à
davantage de croissance via l’effet multiplicateur.
Ainsi une impulsion budgétaire discrétionnaire, qui
devrait être analysée comme une augmentation du
déficit structurel, entraînerait une diminution de
l’écart de production (en valeur absolue) par l’effet
de relance, lequ el diminuerait le déficit
conjoncturel. Par conséquent, dans ce type
d’approche, une relance discrétionnaire risque
d’être identifiée comme une diminution du déficit
conjoncturel.
Grâce à l’approche VAR, le déficit structurel peut
être calculé comme la résultante des chocs
budgétaires discrétionnaires sur le déficit budgétaire
(contribution historique du choc budgétaire au
déficit public). Cette méthode permet de s'affranchir
des contraintes précédentes, le modèle VAR
structurel présenté dans la section précédente
distinguant les chocs budgétaires des chocs
monétaires, d’offre et de prix. Dès lors, la variation
du déficit structurel s'écrit sous la forme :
où u représente le choc budgétaire, C la matrice
db caractéristique du VAR sous forme moyenne mobile
et P la matrice de passage des résidus de l’estimation
aux chocs structurels.
Le déficit structurel est calculé comme étant
l’accumulation de la composante due aux chocs
budgétaires dans l’évolution du ratio de déficit
public sur
PIB
[14]. Le déficit structurel ainsi calculé
ne correspond donc pas au concept de déficit
structurel déduit de la méthode en deux étapes qui est
seulement un déficit corrigé du cycle.
Résultats
L'écart de production de la zone euro est ici
déterminé à partir d'une production tendancielle de
4,8 % avant le premier choc pétrolier et égale à 2,3%
par an depuis le quatrième trimestre de 1974. Le
déficit corrigé du cycle calculé à partir de l’approche
en deux étapes est disponible en annexe 4.
Le graphique 2 présente en données annuelles les
résultats obtenus à partir du modèle VAR.
Graphique 2
déficit structurel et déficit conjoncturel
Cette estimation du déficit structurel peut être
comparée au déficit structurel de l’OCDE, en fait un
déficit corrigé du cycle (cf. annexe 4, graphique B).
Le secrétariat de l’OCDE estime ainsi que le déficit
structurel a diminué de 4,4% en 1995 à 1,1% en 1999
(Perspectives économiques de décembre 1999,
annexes, tableau 31). Une réduction aussi rapide et
importante du déficit structurel de la zone euro peut
paraître surprenante compte tenu de l’inertie des
dépenses budgétaires. Cette estimation repose sur
l’hypothèse d’une quasi-stabilité de l’écart de
production (de–1,0% en 1995 à –1,1% en 1999),
d’où une faible diminution du déficit conjoncturel,
ce qui conduit le secrétariat à analyser la forte baisse
du déficit total comme une baisse du déficit
structurel. Au contraire, le calcul du déficit structurel
à partir des chocs budgétaires passés permet de
prendre en compte les interactions entre la politique
budgétaire, l’activité, les prix et la politique
monétaire. Ainsi l’impact de la baisse depuis 1995
du taux d’intérêt réel sur le solde budgétaire (via la
charge de la dette) n’est plus alors assimilé à une
diminution du déficit structurel mais à une évolution
conjoncturelle.
Des indicateurs du policy-mix
L'appréhension du caractère plus ou moins
expansionniste des politiques économiques de la
zone euro nécessite le découpage de l'analyse selon
l'instrument, monétaire ou budgétaire, retenu : d'une
part, l'indicateur des conditions monétaires, par
exemple, synthétise les effets du taux d'intérêt réel de
court terme et du taux de change effectif réel sur
l'activité (Freedman, 1994), d'autre part, le solde
budgétaire structurel traduit l'aspect discrétionnaire
des mesures budgétaires. L'analyse des interactions
entre politique budgétaire et monétaire conduit à
rechercher un indicateur global du policy-mix.
Limites d’un indicateur des conditions économiques
Un indicateur des conditions budgétaires et
monétaires pourrait être construit en première
approximation sur le principe de l'Indicateur des
conditions monétaires (ICM), à partir du taux
d'intérêt réel de court terme et du solde budgétaire.
Ces deux instruments pourraient être pondérés selon
leur effet maximal sur le PIB :
où α représente l'impact maximal d'une hausse de
100 points de base du taux d'intérêt (soit, d’après les
fonctions de réponse, 0,3), βl'impact maximal d'une
hausse de 1 point de pourcentage du déficit
budgétaire (soit, de la même façon, 0,4), i un taux
réf. d’intérêt neutre et budréf. un déficit budgétaire
neutre.
Ces deux valeurs de référence devraient idéalement
correspondre à des conditions monétaires et
budgétaires neutres. Celles-ci étant difficiles à
définir, on retiendra en première approximation,
comme dans le cas de l’ICM, les valeurs moyennes
sur la période 1979-1999 du taux d’intérêt réel de
court terme (4,5%) et du solde budgétaire (-4,3%).
Le niveau de l’indicateur ainsi construit est donc
sensible à ce choix et seules ses variations peuvent
être analysées (Verdelhan, 1998).
De la fin de 1993 au début de 1998, les conditions
économiques se sont nettement durcies, devenant,
dès 1997, plus restrictives que leur moyenne de long
période (cf graphiques C et D, annexe 4). Ce
mouvement est essentiellement dû à la réduction du
déficit budgétaire. Depuis le premier trimestre de
1998, les conditions économiques se sont
légèrement assouplies, grâce à la baisse du taux
d’intérêt réel dans un contexte de moindre réduction
du déficit budgétaire.
Cet indicateur pose toutefois deux problèmes
fondamentaux :
- d'une part, l’incertitude pesant sur les valeurs de
référence iréf. et budréf. empêche une lecture en
niveau ;
- d'autre part, un tel indicateur reflète la situation
économique de la période t, en "oubliant" les
conséquences des variations antérieures des
instruments monétaires et budgétaires.
Un indicateur des impulsions budgétaires et
monétaires
Afin de s'affranchir de cette double limite, il apparaît
donc largement préférable de définir un indicateur
complémentaire à partir de l'ensemble des chocs
budgétaires et monétaires qui ont pu affecter
l'économie au cours des périodes précédentes (part
des chocs monétaires et budgétaires dans la
décomposition historique de l’activité). La variation
de l’indicateur des impulsions budgétaires et
monétaires peut s'écrire sous la forme (où udi
représente les chocs monétaires, u représente les
db chocs budgétaires, C la matrice caractéristique du
VAR sous forme moyenne mobile et P la matrice de
passage des résidus de l’estimation aux chocs
structurels) :
La variation de l’indicateur correspond donc à la
somme des composantes dues aux chocs monétaires
et aux chocs budgétaires dans l’évolution de la
croissance. Cette variation ne traduit donc que
l’impact des chocs discrétionnaires des politiques
budgétaires et monétaires sur la croissance. Une
valeur positive de l'indicateur signifie que
l'en semble des chocs pas sés a u n effet
expansionniste à court terme sur la croissance.
Les graphiques 3 et 4 présentent les variations de cet
indicateur et ses composantes sur la période
1979-1999, c’est-à-dire l’impact des politiques
budgétaires et monétaires sur l’activité. Le
policy-mix semble avoir eu une évolution assez
heurtée, presque pro-cyclique, sauf à la fin des
années quatre-vingt. Ce caractère est partiellement
dû aux hypothèses économiques définissant les
chocs budgétaires et monétaires discrétionnaires
[15].
En supposant que ceux-ci n'ont pas d'effet à long
terme sur le niveau du
PIB, on suppose que leurs
effets expansionnistes et récessifs se compensent,
d'où l'aspect ondulatoire de l'indicateur.
Quelques sous-périodes marquantes peuvent être
identifiées :
- 1988-1991 est pratiquement la seule période où les
deux composantes de la politique économique
jouent en sens opposé (politique budgétaire souple,
politique monétaire restrictive) ;
- de la fin de 1 993 au déb ut de 1 995,
l'assouplissement du policy-mix est clairement lié à
l’assouplissement des conditions monétaires ;
- de 1995 à 1997, la composante budgétaire est
nettement restrictive, ce qui reflète les efforts des
États membres pour respecter les critères
budgétaires d’entrée dans l’UEM ;
- depuis 1998, le policy-mix semble être redevenu
favorable à la croissance.
Graphique 3
variation de l'indicateur du policy-mix
et croissance de la zone euro
Graphique 4
effets des chocs budgétaires et
monétaires sur la croissance
À partir de cette décomposition de la croissance, il
est possible de représenter l’impact cumulé des
impulsions monétaires et budgétaires passées sur le
PIB en niveau.
Il apparaît nettement que la réduction du déficit
budgétaire amorcée en 1995, après avoir eu un
impact restrictif maximal sur le PIB au début de
1998, pèse de moins en moins sur l’activité (et
soutient donc la croissance). Par ailleurs, les effets
expansionnistes des chocs monétaires de la période
1995-1996 se sont estompés et la récente baisse du
taux d’intérêt réel n’a encore qu’un impact limité sur
l’activité. Globalement, l’impact sur le PIB des
politiques économiques de la seconde moitié des
années 1990 semble aujourd’hui s’atténuer. Un
éventuel resserrement des conditions monétaires,
dans l’hypothèse d’une forte croissance et d’un
moindre effort de réduction du déficit public en
2000, s’inscrirait alors dans un contexte de
« quasi-neutralité » des politiques économiques sur
l’activité, concomitante du retour du PIB vers son
niveau potentiel.
Graphique 5
indicateur du policy-mix et écart de
production de la zone euro
L’utilisation de la modélisation VAR permet de
prendre en compte les effets simultanés de la
politique budgétaire et monétaire. D’application
rapide et ne nécessitant pas de nombreuses
hypothèses économiques, cette méthodologie est
particulièrement appropriée pour réaliser des études
sur la zone euro.
L’étude simultanée des chocs budgétaire et
monétaire à l’échelle de la zone euro permet
d’obtenir trois résultats importants :
- un ratio d’équivalence entre ces deux instruments
de politique économique. Une hausse de 100 points
de base du choc de taux d'intérêt réel de court terme a
un effet récessif à court terme sur le PIB comparable
à une réduction de 0,6 point du choc de déficit
budgétaire moyen de la zone euro exprimé en points
de PIB;
- une estimation du déficit structurel prenant en
compte les interactions entre solde budgétaire, taux
d’intérêt, activité et prix ;
- des indicateurs complémentaires du policy-mix
permettant d’apprécier le caractère plus ou moins
restrictif ou expansif de la combinaison des
politiques économiques.
Ces résultats pourraient faciliter une meilleure
coordination des instruments de politique
économique. Celle-ci est particulièrement
problématique en UEM où la BCE doit déterminer la
politique monétaire de la zone euro face à 11
politiques budgétaires
[16]. L’indicateur du
policymix proposé dans cette étude fournit un premier
aperçu des conditions économiques de la zone. Une
analyse plus détaillée doit se fonder sur une batterie
complète d’indicateurs et des enseignements tirés
des modèles macro-économiques nationaux.
Annexe 1 : graphiques des séries utilisées
dans l’estimation VAR
Annexe 2 : tests de racine unitaire et de cointégration (période d’estimation 1979 :1-1999 :4)
Tableau 1
tests sur les séries en niveau
Tableau 1 : tests sur les séries en niveau
LPIB
Tests Retards Constant et/ouTendance Statistiques Conclusions
ADF 4 C+T-3.26 I(1)
KPSS 1 C+T 5.08*
2 3.53* I(1)
3 2,75*
4 2,29*
ERS 4 T-0,178 I(1)
D4LCPI
ADF 1 C-1.98 I(1)
KPSS 1 C 2.88*
2 1.96* I(1)
3 1.49*
4 1.22*
ERS 1 C-1.99 I(1)
TXR
DF 0 C-1.72 I(1)
KPSS 1 C 1.05*
2 0.74* I(1)
3 0.59*
4 0.49*
ERS 2 C-2.41 I(1)
BUD
ADF 1 C+T-2.74 I(1)
KPSS 1 C+T 1.06*
2 0.71* I(1)
3 0.55*
4 0.47*
ERS 1 C+T-1.70 I(1)
* indique le rejet de l'hypothèse nulle à 5%.
** à 10%.
Les valeurs critiques utilisées pour les tests ADF sont celles tabulées
par MacKinnon (1991).
Tableau 2
tests sur les séries différenciées
Tableau 2 : tests sur les séries différenciées
D4LPIB
Tests Retards Constant et/ouTendance Statistiques Conclusion
ADF 3 C-3.77* I(0)
KPSS 1 C 0.349
2 0.250 I(0)
3 0.200
4 0.177
ERS 2 C-4.40* I(0)
DD4LCPI
DF 0 C-5.37* I(0)
KPSS 1 C 0.346
2 0.290 I(0)
3 0.254
4 0.240
ERS 3 C-6.71* I(0)
DTXR
ADF 1 C-7.80* I(0)
KPSS 1 C 0.178
2 0.190 I(0)
3 0.220
4 0.230
ERS 4 C-6.59* I(0)
DBUD
ADF 2 C-4.08* I(0)
KPSS 1 C 0.134
2 0.102 I(0)
3 0.088
4 0.081
ERS 2 C-5.57* I(0)
* indique le rejet de l'hypothèse nulle à 5%
** à 10%.
Les valeurs critiques utilisées pour les tests ADF sont celles tabulées
par MacKinnon (1991).
Tests de cointégration :
La présence de relation de cointégration a donc été testée
entre le PIB (en logarithme), le taux d’inflation annuel, le
taux d’intérêt réel à court terme et le ratio de solde public
total sur PIB.
Tableau 3
tests de cointegration : cas où la tendance
linéaire peut être présente dans les variables mais pas
dans l’espace de cointégration
Tableau 3 : tests de cointegration : cas où la tendance
linéaire peut être présente dans les variables mais pas
dans l’espace de cointégration
r = 0 r = 1 r = 2 r = 3
λ - max 17.51 9.61 6.20 1.54
Trace 34.86 17.35 7.74 1.54
Test de Normalité(Jarque-Bera) P-val 0.00
Niveau à 5 %
λ - max 27.07 20.97 14.07 3.76
Trace 47.21 29.68 15.41 3.76
Niveau à 10 %
λ - max 24.73 18.60 12.07 2.69
Trace 43.95 26.79 13.33 2.69
* rejet à 5 %, ** à 10%. D’après les critères, on retient 4 retards. Les
tables sont issues de Osterwald-Lenum (1992).
Tableau 3bis
tests de cointégration : cas où la
tendance est présente dans l’espace de cointégration
Tableau 3bis : tests de cointégration : cas où la
tendance est présente dans l’espace de cointégration
r = 0 r = 1 r = 2 r = 3
λ- max 26.41 16.01 9.47 3.52
Trace 55.41* 29.00 12.99 3.52
Test de Normalité(Jarque-Bera) P-val 0.00
Niveau à 5 %
λ - max 31.46 25.54 18.96 12.25
Trace 62.99 42.44 25.32 12.25
Niveau à 10 %
λ - max 29.12 23.11 16.85 10.49
Trace 59.14 39.06 22.76 10.49
* rejet à 5 %, ** à 10%. Ces tests sont effectués avec un modèle
retenant 4 retards.
Annexe 3 : fonctions de réponses aux
différents chocs
Réponse de la croissance à un choc d'offre
Réponse de l'inflation (en différence première) à un Réponse du taux d'intérêt (en différence première) à
choc d'offre un choc d'offre
Réponse du solde budgétaire(en différence première)
à un choc d'offre
Graphique A
deux méthodes d'évaluation du déficit
structurel (données trimestrielles)
Graphique B
déficit structurel de la zone euro :
comparaison VAR - OCDE (moyennes annuelles)
Graphique C
croissance du PIB et indicateur
des conditions économiques de la zone euro
Graphique D
contributions respectives des
instruments budgétaire et monétaire (1979:1 - 1999:4)
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[(*)]
EUREQua, université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne,
Banque de France, Direction Générale des Études,
DEER-SEMEF.
E-mail : s
sgarcia@ univ-paris1. fr.
[(**)]
Banque de France, Direction Générale des Études,
DESM-SEPM.
E-mail : a
adrien. verdelhan@ banque-france. fr
[(1)]
Tout travail d’inférence économétrique n’est valable que
lorsque les règles comportementales sont stables, comme le
souligne Lucas dans sa fameuse critique. La préparation par
étapes de la monnaie unique, qui a permis la relative
convergence des économies des pays membres de la zone euro,
a assuré une transition souple dans la phase III de l’UEM.
Ainsi, le comportement moyen de la zone euro à court et
moyen terme ne devrait pas fondamentalement différer de
l’évolution récente.
[(2)]
L’évaluation de la politique budgétaire est beaucoup plus
précise lorsque l’on analyse séparément les recettes et
dépenses publiques comme l’ont fait Blanchard et Perotti
(1999). Cette approche permet alors de s’affranchir de la
controverse sur l’équivalence ricardienne.
[(3)]
Le manque de données conduit pour certains pays à
quelques approximations :
– pour la Belgique (1977-1985), l'Autriche (1996-1997) et
l'Irlande, des données trimestrielles de
PIB sont obtenues par
interpolation des données annuelles du FMI;
– pour la Finlande (1971-1975), le Portugal (1978-1986), le
glissement trimestriel de la série FMI est raccordé à celui de la
série nationale.
[(4)]
Le test KPSS repose sur la décomposition de la série
étudiée en une partie déterministe, une marche aléatoire et un
bruit blanc. Il s’agit donc d’un test de nullité de la variance du
résidu de la marche aléatoire.
[(5)]
Si le déficit budgétaire cause le revenu, celui-ci affecte en
retour le déficit (causalité bilatérale).
[(6)]
La matrice de variance-covariance des chocs structurels est
diagonale. Après normalisation, elle correspond donc à la
matrice identité.
[(7)]
La méthode Choleski couramment utilisée suppose que la
matrice de passage
P est triangulaire inférieure. Elle implique
alors une structure récursive entre les chocs. On parle
d’approche semi-structurelle à court terme et les résultats
dépendent alors de l’ordre des variables.
[(8)]
La Nouvelle Économie Keynésienne explique la lenteur
des ajustements à partir des comportements
microéconomiques rationnels dans un contexte de rigidités
technologiques et organisationnelles. Le keynésianisme
informationnel met en avant le rôle des asymétries et des
carences de marchés.
[(9)]
Cette écriture n’est licite que si les racines de
Det (
A(
Z))
sont à l’extérieur du disque unité. En d’autres termes, les séries
utilisées doivent être stationnaires.
[(10)]
Pour l’année 1999, les projections de l’OCDE ont été
utilisées, en tenant compte d’une révision à la baisse du déficit
public français.
[(11)]
Les critères d’information usuels (B.I.C. et A.I.C.)
conduisent à retenir seulement les cinq premières valeurs
retardées de
Xt. Les tests de rapport de vraisemblance
confirment ce résultat. Le choc de réunification allemande est
pris en compte à l’aide d’une indicatrice.
[(12)]
Le nombre de tirages doit être suffisamment élevé pour
respecter la théorie asymptotique.
[(13)]
Selon les modèles nationaux, l’impact d’une hausse de
100 points de base du taux d’intérêt maintenue pendant deux
ans est, au bout de deux ans, de 0,37 point en Allemagne, 0,36
en France, 0,53 en Italie, 0,14 en Autriche, 0,12 en Belgique et
0,18 aux Pays-Bas, (cf. Banque des Règlements
Internationaux, B.R.I, 1995). L’exercice peut paraître a priori
différent. Cependant, un choc ponctuel sur la variation du taux
d’intérêt correspond à un choc entretenu sur cette variable en
niveau, et compte tenu du délai de transmission du choc
monétaire, l’impact sur la croissance au bout de 2 ans est
comparable.
[(14)]
La somme des variations débute en 1979 :2, lorsque les
conditions économiques peuvent être supposées
approximativement neutres car égales à leur moyenne de
longue période (cf. valeur nulle de l’indicateur des conditions
économiques, annexe 4).
[(15)]
La contribution des chocs monétaires et budgétaires est
relativement faible par rapport au choc d’offre qui, par
hypothèse, est prépondérant dans la dynamique du
PIB.
[(16)]
Il existe une importante littérature sur les problèmes de
jeux coopératifs ou non appliqués à la zone euro. Le risque
majeur est d’obtenir un équilibre de Nash de
policy-mix
déséquilibré, combinant une politique fiscale laxiste et une
politique monétaire excessivement restrictive.