Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
188 pages

p. 23 à 40
doi: en cours

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no 148 2001/2

2001 Économie et Prévision

Le policy-mix de la zone euro

Une évaluation de l’impact des chocs monétaires et budgétaires

Sophie Garcia  [(*)] Adrien Verdelhan  [(**)]
Cet article propose l'étude simultanée des chocs budgétaires et monétaires, à l'échelle de la zone euro, à l'aide d'un modèle VARstructurel regroupant l'activité, les prix, un taux d'intérêt réel de court terme et un solde budgétaire moyens. Les délais de transmission des impulsions budgétaires et monétaires sur le PIB apparaissent semblables. Une baisse de 100 points de base du choc de taux d'intérêt réel à 3 mois a un effet comparable à l'effet à court terme d'une augmentation de 0,6 point de PIB du choc de déficit public moyen. Le calcul d’un déficit budgétaire structurel, reflétant les mesures budgétaires discrétionnaires passées, et la construction d'un indicateur du policy-mix permettent de mieux apprécier l'orientation globale des politiques économiques de la zone euro. This paper presents a simultaneous study of fiscal and monetary shocks in the euro zone using a structural VAR model covering line of business, prices, an average real short-term interest rate and an average budget balance. The time taken for fiscal and monetary changes to affect GDP appears to be similar. The effect of a 100-basis-point cut in the three-month real interest rate is similar to the short-run effect of a 0.6-point GDP increase in the average government deficit. A structural budget deficit reflecting past discretionary fiscal measures is calculated and a policy mix indicator is constructed to better assess the euro zone’s overall economic policy trend.
Les auteurs tiennent à remercier tout particulièrement P-Y Hénin (Cepremap), F. Smets (BCE), O. de Bandt, J.-F. Dauphin, F. Drumetz, P. Jaillet, C. Pfister (Banque de France) et A. Quinet (Direction de la prévision) ainsi que les deux rapporteurs anonymes pour leurs précieuses remarques. Les erreurs et insuffisances qui pourraient subsister sont naturellement de la seule responsabilité des auteurs et les opinions exprimées dans cette étude ne reflètent pas nécessairement celles de la Banque de France.
Politique monétaire et politique budgétaire interagissent sur l'activité et sur les prix. Or les études des mécanismes de transmission des politiques budgétaires et monétaires ont souvent été conduites distinctement, ne prenant ainsi pas en compte les effets de rétroaction d’une politique sur l’autre. Ce problème du bouclage macroéconomique p eut toutefois être lev é par les modèles macro-économétriques complexes nécessitant de nombreuses hypothèses : bâtis à l’échelle nationale, leur transposition à l’échelle de la zone euro est cependant longue et délicate. L’étude de l’interaction entre politique monétaire et budgétaire à l’échelle de la zone euro peut en revanche être réalisée plus aisément grâce à un modèle vectoriel autorégressif (VAR) structurel où le jeu d’hypothèses est limité.
À la suite des travaux de Bruneau et De Bandt ( 1999) menés sur la France pour la période 1972 :1-1995 :2, cet article propose donc une étude simultanée des chocs monétaires et budgétaires à l’aide d’une modélisation VAR structurel simple regroupant l’activité, les prix, un taux d’intérêt réel à court terme et un ratio de solde budgétaire sur PIB moyens. Si ce choix conduit à limiter, pour chaque aspect de la politique économique, le nombre de variables étudiées, il permet toutefois de prendre en compte leurs interactions par le jeu des corrélations, mises en évidence récemment sur données de panel par Debrun et Wyplosz (1999) pour les pays de la zone euro, sans nécessiter un ensemble important d’hypothèses sur les relations entre grandeurs. Cet enrichissement, qui conduit à mieux apprécier le policy-mix global de la zone, pourrait éclairer la coordination des politiques budgétaires et monétaire en phase III de l'Union économique et monétaire (UEM).
Depuis le 4 janvier 1999, toute décision de politique monétaire doit être prise par le Conseil des Gouverneurs en fonction de l'état global de la zone euro et non selon des caractéristiques nationales ou régionales. La méthodologie VAR structurel, appliquée à l’échelle de la zone euro, apparaît ainsi particulièrement adaptée. Comme l'ont souligné Dornbusch et alii (1998), ce processus de décision cond uit naturellemen t à privilég ier les raisonnements en moyenne sur la zone, même si des différences nationales subsistent encore, en termes de délais et d'amplitude des fonctions de réponses à des chocs budgétaires et monétaires. De nombreux travaux, notamment ceux menés sous l'égide de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), ont toutefois montré que les différences entre mécanismes de transmission de la politique monétaire au sein de la zone euro ne sont pas toujours fortement significatives et pourraient s'estomper. Ce constat laisse espérer que les études menées sur des données antérieures au 1er janvier 1999 ne seront pas totalement invalidées par l'évolution à moyen terme de l'UEM. Le comportement général de la zone euro au début de la phase III de l'UEM peut donc être approché par l'étude du comportement moyen de la zone au temps du Système monétaire européen [1] (SME).
Cette étude propose donc la construction et les tests de séries agrégées pour la zone euro, nécessaires à l'élaboration d'un modèle VAR structurel adapté (première partie), afin de mettre en évidence l'amplitude et les délais de transmission des réponses de l'activité à des chocs budgétaires et monétaires (deuxième partie). Il ressort de cette étude, d’une part que les délais de transmission des impulsions monétaires et budgétaires sur le PIB sont proches de 5 trimestres, d’autre part, qu’une baisse de 100 points de base du choc de taux d’intérêt réel à trois mois a un effet comparable à l’augmentation de 0,6 point de PIB du choc de déficit public de la zone. La définition de ces chocs et l’évaluation de leurs effets permet alors le calcul du déficit budgétaire structurel de la zone et guide la mise au point d’indicateurs du policy-mix (troisième partie). Il apparaît ainsi que le déficit structurel de la zone a été nettement réduit depuis 1995 et que les impulsions monétaires et budgétaires passées ont aujourd’hui un impact relativement expansionniste sur la croissance.
 
Construction et tests de series agregées pour la zone euro
 
 
Choix des variables et construction des séries
Choix des variables et de la période d'étude
L'étude de l'impact des chocs monétaires et budgétaires sur l'activité et les prix nécessite la prise en compte d'au moins quatre variables, mesurant l'activité, les prix, la politique monétaire et la politiquebudgétaire. L’absence d’objectif dechange dans la stratégie de politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE) et le faible taux d’ouverture de la zone euro, comparable à celui des États-Unis (respectivement 12,1% et 9,4% pour le marché des biens en 1998), conduisent à raisonner en première approximation en économie fermée.
L'activité économique est mesurée grâce à un indice de PIB en volume. Il est construit à partir des glissements annuels du PIB en volume pour chaque pays. Ce choix permet d'éviter l'écueil de la saisonnalité de certaines séries de PIB et conduit à une lecture aisée des résultats obtenus, car l'impact des chocs monétaires et budgétaires peut être immédiatement rapproché des taux de croissance économique communément utilisés.
L'évolution des prix est appréhendée à travers le glissement annuel de l'indice des prix à la consommation harmonisé. Cet indicateur est celui retenu par le Système européen de banques centrales (SEBC) dans la définition de son objectif final de stabilité des prix.
Le principal instrument de politique monétaire du SEBC étant le taux d'intérêt à court terme, la politique monétaire commune est caractérisée par le taux d'intérêt à trois mois, fortement influencé par le niveau des taux directeurs fixé par la BCE. Les travaux de Peersman et Smets (1998) montrent en effet que les réponses des économies allemande, française, hollandaise et autrichienne à un choc monétaire commun sont très proches, l'économie italienne apparaissant plus sensible au taux d'intérêt. La spécificité italienne pourrait s'estomper avec le rapprochement des comportements économiques des différents agents de la zone. Le taux réel, pris en compte dans le modèle, est obtenu par soustraction au taux nominal du glissement annuel des prix à la consommation.
La politique budgétaire est prise en compte à l’aide du ratio de solde public rapporté au PIB, calculé selon le système commun de comptabilité (SEC95). Ces données sont issues du modèle Nigem développé par le NIESR. Elles correspondent, pour les pays ne disposant pas de comptes trimestriels, aux données de l’OCDE (Perspectives économiques n°66) trimestrialisées. Le déficit public total n’est pas forcément le meilleur indicateur de la politique budgétaire [2]. Cependant, il permet d’une part d’appréhender les problèmes liés à la soutenabilité des finances publiques (Hénin, 1997 et Fève et Hénin, 2000) pris en compte par les critères de Maastricht. Il est d’autre part retenu comme variable de contrôle du pacte de stabilité et de croissance. Cet instrument est ainsi utilisé par Dalsgaard et De Serres (1999) qui cherchent à capter les effets sur les soldes budgétaires des chocs économiques survenus dans le passé en utilisant une approche VAR structurel.
La mise en place du SME s'impose naturellement comme date de départ de la période d'étude. Ce choix usuel est également fondé sur les travaux de Clarida et alii (1998) qui ont révélé un changement de régime majeur en 1979 dans la conduite des politiques monétaires de la zone. Le nombre de variables prises en compte nécessite une période d’observation relativement longue. L'étude sera donc menée sur la période 1979-1999 sur des données trimestrielles. Celle-ci couvre certainement des innovations financières, une modification des comportements de demande (plus grande élasticité aux variables de taux) et une crédibilité accrue des politiques monétaires. Ces modifications ont cependant été progressives et échelonnées selon les pays et leur mise en évidence économétrique n’est pas toujours robuste par manque de recul. Le choix de la période 1979-1999 suppose l’absence de rupture marquée des comportements économiques moyens à l’échelle de la zone euro et présente donc le risque de minimiser le poids de la politique monétaire dans les évolutions du PIB et des prix dans les années récentes.
Construction de séries agrégées pour la zone euro
L'étude des chocs monétaires et budgétaires à l'échelle de la zone euro nécessite la construction de séries agrégées à partir des séries nationales retenues. L'ensemble des séries utilisées dans cette étude repose sur la méthodologie suivante : la série globale est obtenue comme somme des séries nationales, pondérées par le poids du PIB de chaque pays exprimé en dollars à paritéde pouvoir d'achat.
Le PIB de la zone euro est le plus souvent calculé par simple sommation des séries Eurostat de PIB de chaque pays de la zone. Outre des risques de double compte de certains échanges extérieurs mal recensés, ce mode de construction pose deux problèmes :
  • les séries Eurostat (en Ecus 1990) débutent seulement en 1980, ce qui n'offre pas un historique suffisamment long ;
  • l'introduction d'une monnaie extérieure à la zone (le dollar ou la livre britannique àtravers l'ECU) pour convertir les séries nationales risque de fausser la variation du PIB de la zone : ainsi, une hausse momentanée du dollar supérieure à la parité de pouvoir d'achat gonflerait artificiellement et transitoirement le PIB de la zone.
Pour s'affranchir de cette double contrainte, il est possible de déterminer un indice trimestriel du PIB de la zone euro en trois étapes :
  • d'abord, pour chaque pays et par trimestre, le calcul du glissement trimestriel du PIB exprimé en monnaie nationale à prix constants ;
  • ensuite, l'obtention de la moyenne de ces glissements trimestriels, pondérés par le PIB annuel de chaque pays exprimés en dollars à parité de pouvoir d'achat ;
  • enfin, la construction à partir de ces valeurs trimestrielles d'un indice de base 100 en 1970 [3].
Caractérisation des séries : tests de stationnarité et de cointégration
Les graphiques des données utilisées sont disponibles en annexe 1. L'étude de la stationnarité des variables et des éventuelles relations de cointégration est une étape indispensable dans la mesure où elle conditionne la dynamique du système en fonction du degré de persistance.
Tests de stationnarité
Compte tenu de l’importance pour la spécification du modèledu caractère stationnaire (stochastique) et de la présence éventuelle d’une tendance déterministe dans les séries, différents tests ont été effectués : le test usuel de racine unitaire de Dickey et Fuller (1981), ADF, le test de Kwiatkowski et alii (1992), KPSS ainsi que le test d’ERS (Elliott et alii, 1996).
En renversant la proposition retenue comme hypothèse nulle HH « racine unitaire » lors d'un 00 test ADF et H « stationnarité » lors d'un test de 0 KPSS), le test KPSS permet de conclure dans le cas du non- rejet de H par l’ADF [4]. Ces deux premiers 0 tests sont peu puissants à distance finie (petit échantillon) et peuvent donc être complétés par le test d’ERS présentant l’avantage d’opérer un traitement différent selon la présence d’une tendance déterministe ou non. Ce dernier test consiste alors à extraire la constante et/ou la tendance sur la base d’une quasi-différenciation de la série brute.
Les résultats pour chaque variable sont synthétisés en annexe 2. Les trois tests s’accordent pour conclure à la non-stationnarité du PIB (en logarithme), du taux d’inflation annuelle, du taux d’intérêt réel à court terme et du ratio de solde public sur PIB (tableau 1). L'étude des séries en différence première (tableau 2, annexe 2) permet de s’assurer du caractère stationnaire des séries différenciées. La croissance annuelle du PIB est alors stationnaire ainsi que les différences premières de l’inflation annuelle, du taux d’intérêt réel à court terme et du ratio de solde public sur PIB.
Tests de cointégration
Le caractère non-stationnaire des séries utilisées invite à rechercher la présence d’une ou plusieurs combinaisons linéaires stationnaires entre ces variables. Les tests de Johansen et Juselius (1990), disponibles dans la procédure CATS sous le logiciel RATS version 4.20, fondés sur l’estimation du maximum de vraisemblance, permettent de d éterminer la d imensio n de l’espace de cointégration. Il peut, en effet, exister plusieurs combinaisons linéaires stationnaires entre les variables intégrées d’ordre un. L’avantage de cette méthode est, d’une part, de pouvoir effectuer des tests de restrictions linéaires sur les paramètres du vecteur de cointégration, et, d’autre part, de prendre en compte plusieurs spécifications pour la relation de long terme (présence d’une tendance/constante ou non dans l’espace de cointégration). Cette méthodologie suppose le respect de l’hypothèse de blancheur des résidus, ce qu’il faut vérifier ex-post.
D’après les tests de racine unitaire, le PIB (en logarithme) présente une tendance déterministe. Sa présence éventuelle dans l’espace de cointégration doit donc être envisagée. Les différents résultats sont synthétisés dans les tableaux 3 et 3bis de l’annexe 2. La procédure de Johansen-Juselius conduit à retenir, selon le test de la trace, la présence d’au plus une relation de cointégration, dans le cas particulier de la spécification avec tendance. Le test du λmax, comme le test d’Engle et Granger (1987) concluent à l’absence de relation de cointégration.
Les différents tests effectués conduisent donc à retenir une spécification en différence première. Le modèle retenu sera par conséquent construit à partir de la croissance annuelle du PIB (dy) et des séries en différences premières d'inflation annuelle (d2 p), de taux d'intérêt de court terme (di) et de solde budgétaire (db).
 
Modélisation de chocs monétaires et budgétaires à partir d'un VAR structurel
 
 
Avantages et limites d'une modélisation sous forme d'un VAR structurel
L'impact des chocs budgétaires et monétaires a longtemps été étudié seulement grâce à des variantes élaborées àpartir de modèles macro-économétriques complexes. Ceux-ci présentent l'avantage d'une spécification fine de l'économie combinant de nombreuses équations issues de la théorie économique. En contrepartie, ils supposent le respect de nombreuses contraintes tant théoriques qu’empiriques.
Les modèles VAR permettent de s'affranchir de ces nombreuses hypothèses puisqu'ils ne contraignent pas a priori les relations entre variables. En effet, cette méthodologie permet de résumer les corrélations entre les variables sans préjuger de la forme des liens entre celles-ci. Traditionnellement, ce type de modélisation permet quatre applications différentes : une analyse en terme de causalité, des prévisions, des fonctions de réponse traduisant la propagation des chocs et des décompositions historiques des chocs (dissociation des parts respectives de chaque choc dans l’évolution de chaque série). Cette étude utilis e plus particulièrement ces deux dernières possibilités.
Chaque variable endogène du modèle (ici dy, d2 p, di, db) dépend de son propre passé et des valeurs retardées des trois autres variables. Les modèles VAR ne permettent pas de révéler le mécanisme causal sous-jacent puisque les formes réduites de deux modèles rendant compte de deux schémas causals inverses peuvent coïncider [5]. Cet argument constitue la principale critique à ce type de méthodologie (le côté « boîte noire » du VAR). Si les modèles VAR peuvent ainsi saisir toutes les interactions entre les variables étudiées, ils butent cependant sur la définition théorique des chocs appliqués à l'économie, puisqu'aucune théorie économique ne sous-tend leur calcul.
En réintroduisant de façon limitée les principaux enseignements de la pensée économique contemporaine, notamment la neutralité à long terme de la monnaie, les modèles VAR structurels permettent l'identification de chocs empiriques tout en laissant pleinement jouer les interactions entre variables endogènes. Cette méthodologie est aujourd'hui utilisée tant pour l'étude des chocs budgétaires, notamment par Blanchard et Perotti (1999) que monétaires, notamment par Bernanke et Blinder (1992), Barran et alii (1994), Gerlach et Smets (1995).
Hypothèses retenues
Le modèle VAR retenu peut s'écrire sous forme matricielle, dans laquelle le vecteur colonne de variables expliquées X dy d p di db t t t t t T =( , , , ) 2 dépend des n valeurs retardées de ce même vecteur :
Ou encore sous forme matricielle
A sont des matrices carrées de n lignes et εt le i vecteur des résidus de l'estimation. Ce vecteur ε ε ε ε ε T =( , , , ) représente, à chaque t dy d p t di db t t t2 instant t, la valeur de Xt qui n'a pu être expliquée par le comportement passé de X. En ce sens, εt traduit des impulsions non prévues sur chacune des variables du modèle.
Il serait dès lors tentant de considérer que le résidu de la première équation du VAR correspond à un choc d'activité, le second à un choc de demande, le troisième à un choc monétaire et le dernier à un choc budgétaire et donc d'étudier, par exemple, la variation de l'activité due à une légère modification de ε ou ε. Cette définition simple des chocs n'est ditdbt généralement pas possible dans la mesure où les résidus de l'estimation initiale du VAR sont fortemen t corrélés : une variation de ε dit s'accompagne par exemple d'une variation simultanée de εdpt qui empêche de considérer que la variation induite de l'activité correspond seulement à la réponse à un choc monétaire.
On suppose cependant qu'une combinaison linéaire des résidus précédents permet de définir de véritables chocs, c'est-à-dire des chocs non corrélés entre eux et pouvant être liés à l'activité, aux prix, au taux d'intérêt ou au solde budgétaire [6]. Soit donc la matrice P qui permet de passer de ces chocs structurels ut au x résidus ε ε t t t Pu( )=. L'identification des chocs structurels se traduit par le calcul de cette matrice carrée de 4 lignes, soit 16 coefficients.
Nous avons utilisé pour identifier les chocs structurels la méthodologie de Gali (1992) qui permet de distinguer des contraintes de court et long terme [7]. Gali reprend l’hypothèse de Blanchard et Quah (1989) selon laquelle le seul choc a avoir un impact à long terme sur le niveau du PIB est considéré comme étant un choc d’offre (par exemple, un choc de progrès technique). Dans notre cas, cela équivaut à 3 contraintes de long terme, car ni le choc d’inflation, ni les chocs monétaires ou budgétaires ne peuvent avoir d’effet permanent sur le niveau du PIB (cf. encadré). Gali utilise de plus des restrictions dites de court terme qui traduisent l’absence d’effet instantané d’un choc structurel sur une variable. Ces restrictions de court terme conduisent à annuler certains coefficients de la matrice de passage P (cf. encadré). La théorie économique est cependant plus consensuelle sur les propriétés de long terme que sur celles de court terme (par exemple, si la neutralité à long terme de la monnaie est largement acceptée, les propriétés de court terme de la monnaie sont sujettes à controverse). Les contraintes de « court terme » peuvent se justifier par l’existence de coûts d’ajustement [8] ou de délais de transmission. En effet, l’impact de court terme n’est pas nul, seul l’impact instantané est nul. Ces restrictions, nécessaires à l’identification du modèle, ne peuvent être testées puisqu’elles sont imposées a priori. En cela, elles peuvent paraître arbitraires et discutables, mais la validation du modèle VAR structurel s’effectue aussi ex-post par l’analyse des fonctions de réponse.
Encadré : hypothèses d’identification du VAR structurel, méthode de Gali
S oi t X dy d p di db t t t t t T =( , , , ) 2 un vec teu r de 4 séries stationnaires. La représentation VAR s’écrit alors :
A(L) est un polynôme retard tel que
Le VAR permet de décrire les liens dynamiques entre les variables puisqu’il constitue un résumé des corrélations.
Les fonctions de réponse sont obtenues à l’aide de l’écriture sous forme de moyenne mobile infinie [9] telle que :
Le multiplicateur dynamique Cijs, élément de la ligne i et de la colonne j de la matrice Cs, décrit l’effet d’un choc de la variable j sur la variable i pour un horizon s. Mais si les résidus εt sont bien non corrélés dans le temps, ils sont corrélés deux à deux. C’est pourquoi l’estimation directe ne permet pas une interprétation économique des différentes équations et coefficients. Les résidus ne peuvent pas être interprétés comme des chocs structurels.
Si l’on suppose qu’il existe une forme structurelle réduite du modèle telle que : X B X B X Pu t t p t p t = + + + - -1 1..... où les ut sont des innovations structurelles, le passage de la forme VAR à la forme structurelle consiste alors à exprimer les liens entre les résidus du VAR εt et les chocs structurels ut.
L’identification se limite donc à déterminer les éléments de cette matrice de passage tels que :
Si l’on reprend l’écriture sous forme de moyenne mobile infinie (VMA), on a X C L C L Pu R L u t t t t = = =( ) ( ) ( )ε où les ut sont indépendants.
L’égalité (1) PP '=Σ fournit n(n+1)/2 contraintes (où n est le nombre de variables ici égal à 4) comme Σ est symétrique. La matrice P contient n2 éléments, il faut donc imposer n(n-1)/2 restrictions supplémentaires a priori (ici 6) pour pouvoir juste identifier la matrice P. La méthode de Gali (1992) suppose qu’il existe des contraintes de long terme à la Blanchard-Quah (1989) et des contraintes de court terme.
Les contraintes de long terme : Blanchard et Quah considèrent que certains chocs doivent avoir un impact à long terme nul sur le niveau de certaines variables (les restrictions de long terme se traduisent par la nullité des éléments des multiplicateurs canoniques i. e les Rij (1)). Ils identifient alors le choc d’offre comme étant le seul choc à avoir un effet permanent sur le niveau du PIB. Cette propriété s’inscrit aisément dans un modèle de croissance à la Solow.
Concrètement on obtient :
ou encore
Les contraintes de « court terme » traduisent l’absence de réponse instantanée d’une variable à un choc structurel et correspondent à la nullité de certains coefficients Pij.
D’une part, l’étude des délais de transmission de la politique monétaire sur la croissance conduit à rejeter la possibilité d’un effet instantané d’un choc monétaire sur la croissance. D’autre part, si les travaux sur les liens entre taux d’intérêt et politique budgétaire ont mis en évidence, dans certains cas, un lien entre taux à long terme et chocs budgétaires, ces derniers n’affectent immédiatement ni le taux d’inflation ni le taux d’intérêt à court terme.
Concrètement :
P13 0= : le choc monétaire n’a pas d’effet instantané sur le PIB.
P24 0= et P34 0= : pas d’effet instantané du choc budgétaire sur l’inflation et sur le taux d’intérêt.
Résultats
L'estimation d'un VAR structurel sur la période 1979 :1-1999 :4 [10] contenant quatre variables permet la simulation de 16 fonctions de réponses, la croissance, les différences premières de l’inflation, du taux d'intérêt et du solde budgétaire réagissant à des chocs d'activité et de demande ainsi qu’à des chocs monétaires et budgétaires [11].
Détermination d'un intervalle de confiance
Les 16 fonctions de réponse obtenues sont naturellement dépendantes de l'estimation du VAR initial. La sensibilité aux séries initiales des résultats obtenus peut être appréhendée à travers le calcul d'un intervalle de confiance à l'intérieur duquel la fonction de réponse a 90 %de chances de se trouver.
La construction d'un intervalle de confiance pour les réponses aux chocs structurels indépendants repose ici sur la méthod e stochas tique dite du "bootstrapping", recommandée lorsque les innovations ne suivent a priori pas une loi normale. Cette technique permet d’obtenir les trajectoires simulées à partir de la fonction de répartition empirique estimée (pour plus de détails, se référer à Efron et Tibshirani (1993)). Chaque tirage aléatoire fournit un vecteur de résidus ε ayant des propriétés t comparables aux résidus du VAR initial et permettant de construire une nouvelle série (appelée pseudo-échantillon) de croissance, d'inflation, de taux ou de budget légèrement différente de la série initiale. À partir de ce nouveau jeu de variables, une nouvelle matrice P est calculée et permet la simulation des fonctions de réponse aux chocs structurels identifiés. Chacune des 16 fonctions de réponse est ainsi simulée 200 fois [12] sur des jeux de données différentes. On peut alors construire, dans chaque cas, la moyenne des fonctions de réponse obtenues et un intervalle de confiance correspondant à 90% des simulations. Ces simulations ainsi que l’estimation du VAR structurel ont été réalisées sous RATS 4.20.
Réponses de l’activité économique
La significativité de l'ensemble des fonctions de réponse obtenues, présentées en annexe 3, indique que les chocs sont bien identifiés. Deux résultats méritent d'être ici particulièrement mis en exergue : les réponses de l'activité, en termes de délais et d'amplitude, à des chocs monétaires et budgétaires (hausse d'un écart-type du taux d'intérêt réel et du solde budgétaire).
Les délais de transmission, définis comme le temps écoulé avant l'impact récessif maximal sur le PIB, sont semblables pour ces deux chocs et proches de 5 trimestres. Les délais mesurés à partir de chocs nominaux sont légèrement plus importants. Deux arguments militent pour des délais de réaction plus courts en présence de chocs réels : d’une part, l’économie est censée être plus sensible aux variables réelles qu’aux variables nominales en raison des rigidités ; d’autre part, un choc de taux d’intérêt nominal provoque souvent dans un modèle VAR une légère augmentation à court terme de l’inflation (« price puzzle ») qui réduit l’impact du choc sur le taux réel. Gerlach et Smets (1995) obtiennent ainsi en réponse à des chocs nominaux des délais de réaction de 4 à 6 trimestres à l’aide de mod èles VAR structu rels po ur la France, l’Allemagne et l’Italie.
Les amplitudes récessives maximales de ces chocs sont respectivement de–0,11 point de PIB pour une hausse de 44 points de base du choc de taux court réel et de–0,075 pour une hausse du choc de solde budgétaire de 0,18 point de pourcentage. Ces résultats sont proches de ceux constatés lors d’expériences récentes de redressement budgétaire et de ceux iss us de mod èles macroéconométriques [13].
Ces résultats conduisent à retenir en première approximation l'équivalence suivante :
une hausse de 100 points de base du choc de taux d'intérêt réel de court terme a un effet récessif à court terme sur le PIB comparable à une réduction de 0,6 point du choc de déficit budgétaire moyen de la zone euro exprimé en points de PIB.
Selon le modèle, une hausse du taux d’intérêt réel, comme une diminution du déficit budgétaire, a d’abord un impact récessifpendant 6 trimestres sur la croissance puis un impact expansionniste pendant deux ans, ce qui est conforme à l’hypothèse de la synthèse néo-classique selon laquelle la politique économique n’a pas d’impact à long terme sur le niveau du PIB (cf annexe 3). Le graphique 1 suivant présente l’impact sur le PIB en niveau des chocs monétaires et budgétaires. Le PIB retrouve son niveau initial au bout de 3 ans et l’impact du choc a totalement disparu après 6 ans.
Le modèle tient de plus compte de l’interaction des instruments monétaire et budgétaire : la hausse du taux d’intérêt s’accompagne d’une augmentation immédiate du déficit budgétaire, qui a un impact expansionniste décalé. De la même façon, une diminution du déficit budgétaire entraîne une baisse du taux d’intérêt qui soutient ensuite l’activité.
Graphique 1
réponses moyennes du PIB en niveau à des chocs monétaire et budgétaire
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Deux applications : calcul du déficit budgetaire structurel et étude du policy-mix pour la zone euro
 
 
L'étude des interactions entre instruments budgétaire et monétaire permet de mieux apprécier l'orientation des politiques économiques de la zone euro, à travers le calcul du déficit budgétaire structurel de la zone et la construction d’indicateurs du policy-mix.
Déficit budgétaire structurel de la zone euro
Deux méthodes
La variation du solde effectif des finances publiques dépend de choix politiques mais aussi de l'activité économique, les recettes et les dépenses publiques étant sensibles à l'évolution de la conjoncture. Le déficit global est ainsi traditionnellement scindé en deux composantes, le déficit structurel d'une part, censé refléter les conséquences des choix de politique économique, le déficit conjoncturel d'autre part, lié à la position de l'économie dans le cycle. Bouthevillain et Garcia (2000) offre une synthèse des différentes méthodes d’évaluation du déficit structurel existantes.
Cette étude s’intéresse principalement à deux méthodes de détermination du déficit structurel : soit, de façon usuelle, à partir de l’estimation d’un écart de production, soit grâce à l’exploitation du VAR structurel en suivant les travaux de Bac et alii (1997).
De façon usuelle, le déficit structurel est obtenu par différence entre le déficit total et le déficit conjoncturel qui est déterminé à partir de la sensibilité des comptes publics à la croissance, en étudiant l'élasticité de chaque recette et dépense à l'activité économique. En première approximation, celle-ci peut être globalement approchée par la part des prélèvements obligatoires dans le PIB (environ 40% pour la zone euro). Cette approximation conduit à estimer une sensibilité du déficit conjoncturel à l’écart de production de l’ordre de 0,4. Cette méthode souffre donc, comme l’ont montré Cette et Jaillet (1998), des incertitudes pesant sur le calcul de l'output gap et de la non-prise en compte de l'influence réciproque du déficit sur l'activité : un supplément de croissance se traduit par une réduction du déficit et davantage de déficit conduit à davantage de croissance via l’effet multiplicateur. Ainsi une impulsion budgétaire discrétionnaire, qui devrait être analysée comme une augmentation du déficit structurel, entraînerait une diminution de l’écart de production (en valeur absolue) par l’effet de relance, lequ el diminuerait le déficit conjoncturel. Par conséquent, dans ce type d’approche, une relance discrétionnaire risque d’être identifiée comme une diminution du déficit conjoncturel.
Grâce à l’approche VAR, le déficit structurel peut être calculé comme la résultante des chocs budgétaires discrétionnaires sur le déficit budgétaire (contribution historique du choc budgétaire au déficit public). Cette méthode permet de s'affranchir des contraintes précédentes, le modèle VAR structurel présenté dans la section précédente distinguant les chocs budgétaires des chocs monétaires, d’offre et de prix. Dès lors, la variation du déficit structurel s'écrit sous la forme :
u représente le choc budgétaire, C la matrice db caractéristique du VAR sous forme moyenne mobile et P la matrice de passage des résidus de l’estimation aux chocs structurels.
Le déficit structurel est calculé comme étant l’accumulation de la composante due aux chocs budgétaires dans l’évolution du ratio de déficit public sur PIB [14]. Le déficit structurel ainsi calculé ne correspond donc pas au concept de déficit structurel déduit de la méthode en deux étapes qui est seulement un déficit corrigé du cycle.
Résultats L'écart de production de la zone euro est ici déterminé à partir d'une production tendancielle de 4,8 % avant le premier choc pétrolier et égale à 2,3% par an depuis le quatrième trimestre de 1974. Le déficit corrigé du cycle calculé à partir de l’approche en deux étapes est disponible en annexe 4.
Le graphique 2 présente en données annuelles les résultats obtenus à partir du modèle VAR.
Graphique 2
déficit structurel et déficit conjoncturel
IMGIMGdéficit structurel et déficit conjoncturelIMGIMF
Cette estimation du déficit structurel peut être comparée au déficit structurel de l’OCDE, en fait un déficit corrigé du cycle (cf. annexe 4, graphique B). Le secrétariat de l’OCDE estime ainsi que le déficit structurel a diminué de 4,4% en 1995 à 1,1% en 1999 (Perspectives économiques de décembre 1999, annexes, tableau 31). Une réduction aussi rapide et importante du déficit structurel de la zone euro peut paraître surprenante compte tenu de l’inertie des dépenses budgétaires. Cette estimation repose sur l’hypothèse d’une quasi-stabilité de l’écart de production (de–1,0% en 1995 à –1,1% en 1999), d’où une faible diminution du déficit conjoncturel, ce qui conduit le secrétariat à analyser la forte baisse du déficit total comme une baisse du déficit structurel. Au contraire, le calcul du déficit structurel à partir des chocs budgétaires passés permet de prendre en compte les interactions entre la politique budgétaire, l’activité, les prix et la politique monétaire. Ainsi l’impact de la baisse depuis 1995 du taux d’intérêt réel sur le solde budgétaire (via la charge de la dette) n’est plus alors assimilé à une diminution du déficit structurel mais à une évolution conjoncturelle.
Des indicateurs du policy-mix
L'appréhension du caractère plus ou moins expansionniste des politiques économiques de la zone euro nécessite le découpage de l'analyse selon l'instrument, monétaire ou budgétaire, retenu : d'une part, l'indicateur des conditions monétaires, par exemple, synthétise les effets du taux d'intérêt réel de court terme et du taux de change effectif réel sur l'activité (Freedman, 1994), d'autre part, le solde budgétaire structurel traduit l'aspect discrétionnaire des mesures budgétaires. L'analyse des interactions entre politique budgétaire et monétaire conduit à rechercher un indicateur global du policy-mix.
Limites d’un indicateur des conditions économiques
Un indicateur des conditions budgétaires et monétaires pourrait être construit en première approximation sur le principe de l'Indicateur des conditions monétaires (ICM), à partir du taux d'intérêt réel de court terme et du solde budgétaire. Ces deux instruments pourraient être pondérés selon leur effet maximal sur le PIB :
α représente l'impact maximal d'une hausse de 100 points de base du taux d'intérêt (soit, d’après les fonctions de réponse, 0,3), βl'impact maximal d'une hausse de 1 point de pourcentage du déficit budgétaire (soit, de la même façon, 0,4), i un taux réf. d’intérêt neutre et budréf. un déficit budgétaire neutre.
Ces deux valeurs de référence devraient idéalement correspondre à des conditions monétaires et budgétaires neutres. Celles-ci étant difficiles à définir, on retiendra en première approximation, comme dans le cas de l’ICM, les valeurs moyennes sur la période 1979-1999 du taux d’intérêt réel de court terme (4,5%) et du solde budgétaire (-4,3%). Le niveau de l’indicateur ainsi construit est donc sensible à ce choix et seules ses variations peuvent être analysées (Verdelhan, 1998).
De la fin de 1993 au début de 1998, les conditions économiques se sont nettement durcies, devenant, dès 1997, plus restrictives que leur moyenne de long période (cf graphiques C et D, annexe 4). Ce mouvement est essentiellement dû à la réduction du déficit budgétaire. Depuis le premier trimestre de 1998, les conditions économiques se sont légèrement assouplies, grâce à la baisse du taux d’intérêt réel dans un contexte de moindre réduction du déficit budgétaire.
Cet indicateur pose toutefois deux problèmes fondamentaux :
  • d'une part, l’incertitude pesant sur les valeurs de référence iréf. et budréf. empêche une lecture en niveau ;
  • d'autre part, un tel indicateur reflète la situation économique de la période t, en "oubliant" les conséquences des variations antérieures des instruments monétaires et budgétaires.
Un indicateur des impulsions budgétaires et monétaires
Afin de s'affranchir de cette double limite, il apparaît donc largement préférable de définir un indicateur complémentaire à partir de l'ensemble des chocs budgétaires et monétaires qui ont pu affecter l'économie au cours des périodes précédentes (part des chocs monétaires et budgétaires dans la décomposition historique de l’activité). La variation de l’indicateur des impulsions budgétaires et monétaires peut s'écrire sous la forme (où udi représente les chocs monétaires, u représente les db chocs budgétaires, C la matrice caractéristique du VAR sous forme moyenne mobile et P la matrice de passage des résidus de l’estimation aux chocs structurels) :
La variation de l’indicateur correspond donc à la somme des composantes dues aux chocs monétaires et aux chocs budgétaires dans l’évolution de la croissance. Cette variation ne traduit donc que l’impact des chocs discrétionnaires des politiques budgétaires et monétaires sur la croissance. Une valeur positive de l'indicateur signifie que l'en semble des chocs pas sés a u n effet expansionniste à court terme sur la croissance.
Les graphiques 3 et 4 présentent les variations de cet indicateur et ses composantes sur la période 1979-1999, c’est-à-dire l’impact des politiques budgétaires et monétaires sur l’activité. Le policy-mix semble avoir eu une évolution assez heurtée, presque pro-cyclique, sauf à la fin des années quatre-vingt. Ce caractère est partiellement dû aux hypothèses économiques définissant les chocs budgétaires et monétaires discrétionnaires [15]. En supposant que ceux-ci n'ont pas d'effet à long terme sur le niveau du PIB, on suppose que leurs effets expansionnistes et récessifs se compensent, d'où l'aspect ondulatoire de l'indicateur.
Quelques sous-périodes marquantes peuvent être identifiées :
  • 1988-1991 est pratiquement la seule période où les deux composantes de la politique économique jouent en sens opposé (politique budgétaire souple, politique monétaire restrictive) ;
  • de la fin de 1 993 au déb ut de 1 995, l'assouplissement du policy-mix est clairement lié à l’assouplissement des conditions monétaires ;
  • de 1995 à 1997, la composante budgétaire est nettement restrictive, ce qui reflète les efforts des États membres pour respecter les critères budgétaires d’entrée dans l’UEM ;
  • depuis 1998, le policy-mix semble être redevenu favorable à la croissance.
Graphique 3
variation de l'indicateur du policy-mix et croissance de la zone euro
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et croiss...IMGIMF
Graphique 4
effets des chocs budgétaires et monétaires sur la croissance
IMGIMGeffets des chocs budgétaires et 
monétaires sur la...IMGIMF
À partir de cette décomposition de la croissance, il est possible de représenter l’impact cumulé des impulsions monétaires et budgétaires passées sur le PIB en niveau.
Il apparaît nettement que la réduction du déficit budgétaire amorcée en 1995, après avoir eu un impact restrictif maximal sur le PIB au début de 1998, pèse de moins en moins sur l’activité (et soutient donc la croissance). Par ailleurs, les effets expansionnistes des chocs monétaires de la période 1995-1996 se sont estompés et la récente baisse du taux d’intérêt réel n’a encore qu’un impact limité sur l’activité. Globalement, l’impact sur le PIB des politiques économiques de la seconde moitié des années 1990 semble aujourd’hui s’atténuer. Un éventuel resserrement des conditions monétaires, dans l’hypothèse d’une forte croissance et d’un moindre effort de réduction du déficit public en 2000, s’inscrirait alors dans un contexte de « quasi-neutralité » des politiques économiques sur l’activité, concomitante du retour du PIB vers son niveau potentiel.
Graphique 5
indicateur du policy-mix et écart de production de la zone euro
IMGIMGindicateur du policy-mix et écart de 
production d...IMGIMF
 
Conclusion
 
 
L’utilisation de la modélisation VAR permet de prendre en compte les effets simultanés de la politique budgétaire et monétaire. D’application rapide et ne nécessitant pas de nombreuses hypothèses économiques, cette méthodologie est particulièrement appropriée pour réaliser des études sur la zone euro.
L’étude simultanée des chocs budgétaire et monétaire à l’échelle de la zone euro permet d’obtenir trois résultats importants :
  • un ratio d’équivalence entre ces deux instruments de politique économique. Une hausse de 100 points de base du choc de taux d'intérêt réel de court terme a un effet récessif à court terme sur le PIB comparable à une réduction de 0,6 point du choc de déficit budgétaire moyen de la zone euro exprimé en points de PIB;
  • une estimation du déficit structurel prenant en compte les interactions entre solde budgétaire, taux d’intérêt, activité et prix ;
  • des indicateurs complémentaires du policy-mix permettant d’apprécier le caractère plus ou moins restrictif ou expansif de la combinaison des politiques économiques.
Ces résultats pourraient faciliter une meilleure coordination des instruments de politique économique. Celle-ci est particulièrement problématique en UEM où la BCE doit déterminer la politique monétaire de la zone euro face à 11 politiques budgétaires [16]. L’indicateur du policymix proposé dans cette étude fournit un premier aperçu des conditions économiques de la zone. Une analyse plus détaillée doit se fonder sur une batterie complète d’indicateurs et des enseignements tirés des modèles macro-économiques nationaux.
 
Annexe 1 : graphiques des séries utilisées dans l’estimation VAR
 
 
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Annexe 2 : tests de racine unitaire et de cointégration (période d’estimation 1979 :1-1999 :4)
 
 

Tableau 1
tests sur les séries en niveau
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Tableau 1 : tests sur les séries en niveau LPIB Tests Retards Constant et/ouTendance Statistiques Conclusions ADF 4 C+T-3.26 I(1) KPSS 1 C+T 5.08* 2 3.53* I(1) 3 2,75* 4 2,29* ERS 4 T-0,178 I(1) D4LCPI ADF 1 C-1.98 I(1) KPSS 1 C 2.88* 2 1.96* I(1) 3 1.49* 4 1.22* ERS 1 C-1.99 I(1) TXR DF 0 C-1.72 I(1) KPSS 1 C 1.05* 2 0.74* I(1) 3 0.59* 4 0.49* ERS 2 C-2.41 I(1) BUD ADF 1 C+T-2.74 I(1) KPSS 1 C+T 1.06* 2 0.71* I(1) 3 0.55* 4 0.47* ERS 1 C+T-1.70 I(1) * indique le rejet de l'hypothèse nulle à 5%. ** à 10%. Les valeurs critiques utilisées pour les tests ADF sont celles tabulées par MacKinnon (1991).


Tableau 2
tests sur les séries différenciées
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Tableau 2 : tests sur les séries différenciées D4LPIB Tests Retards Constant et/ouTendance Statistiques Conclusion ADF 3 C-3.77* I(0) KPSS 1 C 0.349 2 0.250 I(0) 3 0.200 4 0.177 ERS 2 C-4.40* I(0) DD4LCPI DF 0 C-5.37* I(0) KPSS 1 C 0.346 2 0.290 I(0) 3 0.254 4 0.240 ERS 3 C-6.71* I(0) DTXR ADF 1 C-7.80* I(0) KPSS 1 C 0.178 2 0.190 I(0) 3 0.220 4 0.230 ERS 4 C-6.59* I(0) DBUD ADF 2 C-4.08* I(0) KPSS 1 C 0.134 2 0.102 I(0) 3 0.088 4 0.081 ERS 2 C-5.57* I(0) * indique le rejet de l'hypothèse nulle à 5% ** à 10%. Les valeurs critiques utilisées pour les tests ADF sont celles tabulées par MacKinnon (1991).

Tests de cointégration :
La présence de relation de cointégration a donc été testée entre le PIB (en logarithme), le taux d’inflation annuel, le taux d’intérêt réel à court terme et le ratio de solde public total sur PIB.

Tableau 3
tests de cointegration : cas où la tendance linéaire peut être présente dans les variables mais pas dans l’espace de cointégration
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Tableau 3 : tests de cointegration : cas où la tendance linéaire peut être présente dans les variables mais pas dans l’espace de cointégration r = 0 r = 1 r = 2 r = 3 λ - max 17.51 9.61 6.20 1.54 Trace 34.86 17.35 7.74 1.54 Test de Normalité(Jarque-Bera) P-val 0.00 Niveau à 5 % λ - max 27.07 20.97 14.07 3.76 Trace 47.21 29.68 15.41 3.76 Niveau à 10 % λ - max 24.73 18.60 12.07 2.69 Trace 43.95 26.79 13.33 2.69 * rejet à 5 %, ** à 10%. D’après les critères, on retient 4 retards. Les tables sont issues de Osterwald-Lenum (1992).


Tableau 3bis
tests de cointégration : cas où la tendance est présente dans l’espace de cointégration
IMGIMGTableau 3bis : tests de cointégratio...IMGIMF
Tableau 3bis : tests de cointégration : cas où la tendance est présente dans l’espace de cointégration r = 0 r = 1 r = 2 r = 3 λ- max 26.41 16.01 9.47 3.52 Trace 55.41* 29.00 12.99 3.52 Test de Normalité(Jarque-Bera) P-val 0.00 Niveau à 5 % λ - max 31.46 25.54 18.96 12.25 Trace 62.99 42.44 25.32 12.25 Niveau à 10 % λ - max 29.12 23.11 16.85 10.49 Trace 59.14 39.06 22.76 10.49 * rejet à 5 %, ** à 10%. Ces tests sont effectués avec un modèle retenant 4 retards.

 
Annexe 3 : fonctions de réponses aux différents chocs
 
 
Réponse de la croissance à un choc d'offre
IMGIMGRéponse de la croissance à un choc d'offre IMGIMF
Réponse de l'inflation (en différence première) à un Réponse du taux d'intérêt (en différence première) à choc d'offre un choc d'offre
IMGIMGRéponse de l'inflation (en différence première) à ...IMGIMF
Réponse du solde budgétaire(en différence première) à un choc d'offre
IMGIMGRéponse du solde budgétaire(en différence première...IMGIMF
 
Annexe 4 :
 
 
Graphique A
deux méthodes d'évaluation du déficit structurel (données trimestrielles)
IMGIMGdeux méthodes d'évaluation du déficit 
structurel ...IMGIMF
Graphique B
déficit structurel de la zone euro : comparaison VAR - OCDE (moyennes annuelles)
IMGIMGdéficit structurel de la zone euro : 
comparaison ...IMGIMF
Graphique C
croissance du PIB et indicateur des conditions économiques de la zone euro
IMGIMGcroissance du PIB et indicateur 
des conditions éc...IMGIMF
Graphique D
contributions respectives des instruments budgétaire et monétaire (1979:1 - 1999:4)
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instruments budgéta...IMGIMF
 
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NOTES
 
[(*)]EUREQua, université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Banque de France, Direction Générale des Études, DEER-SEMEF. E-mail : ssgarcia@ univ-paris1. fr.
[(**)]Banque de France, Direction Générale des Études, DESM-SEPM. E-mail : aadrien. verdelhan@ banque-france. fr
[(1)]Tout travail d’inférence économétrique n’est valable que lorsque les règles comportementales sont stables, comme le souligne Lucas dans sa fameuse critique. La préparation par étapes de la monnaie unique, qui a permis la relative convergence des économies des pays membres de la zone euro, a assuré une transition souple dans la phase III de l’UEM. Ainsi, le comportement moyen de la zone euro à court et moyen terme ne devrait pas fondamentalement différer de l’évolution récente.
[(2)]L’évaluation de la politique budgétaire est beaucoup plus précise lorsque l’on analyse séparément les recettes et dépenses publiques comme l’ont fait Blanchard et Perotti (1999). Cette approche permet alors de s’affranchir de la controverse sur l’équivalence ricardienne.
[(3)]Le manque de données conduit pour certains pays à quelques approximations : – pour la Belgique (1977-1985), l'Autriche (1996-1997) et l'Irlande, des données trimestrielles de PIB sont obtenues par interpolation des données annuelles du FMI; – pour la Finlande (1971-1975), le Portugal (1978-1986), le glissement trimestriel de la série FMI est raccordé à celui de la série nationale.
[(4)]Le test KPSS repose sur la décomposition de la série étudiée en une partie déterministe, une marche aléatoire et un bruit blanc. Il s’agit donc d’un test de nullité de la variance du résidu de la marche aléatoire.
[(5)]Si le déficit budgétaire cause le revenu, celui-ci affecte en retour le déficit (causalité bilatérale).
[(6)]La matrice de variance-covariance des chocs structurels est diagonale. Après normalisation, elle correspond donc à la matrice identité.
[(7)]La méthode Choleski couramment utilisée suppose que la matrice de passage P est triangulaire inférieure. Elle implique alors une structure récursive entre les chocs. On parle d’approche semi-structurelle à court terme et les résultats dépendent alors de l’ordre des variables.
[(8)]La Nouvelle Économie Keynésienne explique la lenteur des ajustements à partir des comportements microéconomiques rationnels dans un contexte de rigidités technologiques et organisationnelles. Le keynésianisme informationnel met en avant le rôle des asymétries et des carences de marchés.
[(9)]Cette écriture n’est licite que si les racines de Det (A(Z)) sont à l’extérieur du disque unité. En d’autres termes, les séries utilisées doivent être stationnaires.
[(10)]Pour l’année 1999, les projections de l’OCDE ont été utilisées, en tenant compte d’une révision à la baisse du déficit public français.
[(11)]Les critères d’information usuels (B.I.C. et A.I.C.) conduisent à retenir seulement les cinq premières valeurs retardées de Xt. Les tests de rapport de vraisemblance confirment ce résultat. Le choc de réunification allemande est pris en compte à l’aide d’une indicatrice.
[(12)]Le nombre de tirages doit être suffisamment élevé pour respecter la théorie asymptotique.
[(13)]Selon les modèles nationaux, l’impact d’une hausse de 100 points de base du taux d’intérêt maintenue pendant deux ans est, au bout de deux ans, de 0,37 point en Allemagne, 0,36 en France, 0,53 en Italie, 0,14 en Autriche, 0,12 en Belgique et 0,18 aux Pays-Bas, (cf. Banque des Règlements Internationaux, B.R.I, 1995). L’exercice peut paraître a priori différent. Cependant, un choc ponctuel sur la variation du taux d’intérêt correspond à un choc entretenu sur cette variable en niveau, et compte tenu du délai de transmission du choc monétaire, l’impact sur la croissance au bout de 2 ans est comparable.
[(14)]La somme des variations débute en 1979 :2, lorsque les conditions économiques peuvent être supposées approximativement neutres car égales à leur moyenne de longue période (cf. valeur nulle de l’indicateur des conditions économiques, annexe 4).
[(15)]La contribution des chocs monétaires et budgétaires est relativement faible par rapport au choc d’offre qui, par hypothèse, est prépondérant dans la dynamique du PIB.
[(16)]Il existe une importante littérature sur les problèmes de jeux coopératifs ou non appliqués à la zone euro. Le risque majeur est d’obtenir un équilibre de Nash de policy-mix déséquilibré, combinant une politique fiscale laxiste et une politique monétaire excessivement restrictive.
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[(*)]
EUREQua, université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Banque d...
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[(**)]
Banque de France, Direction Générale des Études, DESM-SEPM...
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[(1)]
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[(2)]
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[(3)]
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[(4)]
Le test KPSS repose sur la décomposition de la série étudi...
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[(5)]
Si le déficit budgétaire cause le revenu, celui-ci affecte ...
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[(6)]
La matrice de variance-covariance des chocs structurels est...
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[(7)]
La méthode Choleski couramment utilisée suppose que la mat...
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[(8)]
La Nouvelle Économie Keynésienne explique la lenteur des a...
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[(9)]
Cette écriture n’est licite que si les racines de Det (A(Z)...
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[(10)]
Pour l’année 1999, les projections de l’OCDE ont été utili...
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[(11)]
Les critères d’information usuels (B.I.C. et A.I.C.) condu...
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[(12)]
Le nombre de tirages doit être suffisamment élevé pour res...
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[(13)]
Selon les modèles nationaux, l’impact d’une hausse de 100 ...
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[(14)]
La somme des variations débute en 1979 :2, lorsque les con...
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[(15)]
La contribution des chocs monétaires et budgétaires est re...
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[(16)]
Il existe une importante littérature sur les problèmes de ...
[suite] Suite de la note...
réponses moyennes du PIB en niveau à des chocs monétaire et budgétaire
déficit structurel et déficit conjoncturel
variation de l'indicateur du policy-mix et croissance de la zone euro
effets des chocs budgétaires et monétaires sur la croissance
indicateur du policy-mix et écart de production de la zone euro
Réponse de la croissance à un choc d'offre
Réponse de l'inflation (en différence première) à un Réponse du taux d'intérêt (en différence premi...
[suite]
Réponse du solde budgétaire(en différence première) à un choc d'offre
deux méthodes d'évaluation du déficit structurel (données trimestrielles)
déficit structurel de la zone euro : comparaison VAR - OCDE (moyennes annuelles)
croissance du PIB et indicateur des conditions économiques de la zone euro
contributions respectives des instruments budgétaire et monétaire (1979:1 - 1999:4)