Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
188 pages

p. 41 à 47
doi: en cours

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no 148 2001/2

2001 Économie et Prévision

Les chocs monétaires et la persistance du taux de chômage

Moïse Sidiropoulos  [(*)] Jamel Trabelsi  [(*)]
L'objectif de cet article est de rechercher un mécanisme de propagation des chocs susceptible d'expliquer l'émergence des phénomènes de persistance du taux de chômage en Allemagne. Notre travail s'appuie sur un modèle théorique au travers duquel nous construisons la dynamique qui génère le taux de chômage et où les différents chocs économiques sont mis en valeur. Plus particulièrement, nous nous sommes intéressés à l'étude de l'impact des chocs monétaires de nature interne (choc de politique monétaire domestique) et externe (choc dû à une hausse du taux d'intérêt américain), au moyen d'un modèle ARCH-M. Les résultats empiriques mettent en valeur l'ampleur de l'impact des chocs externes sur la variance non conditionnelle du taux de chômage, laquelle agit directement sur le taux de chômage dans l'équation de la moyenne. Le mécanisme de propagation des chocs croisés, formalisé par le modèle ARCH-M, nous a permis d'expliquer la persistance du taux chômage par la persistance des chocs de volatilité, lesquels sont générés par des chocs externes et internes. This paper sets out to find a shock propagation mechanism that could explain persistent unemployment rates in Germany. Our work is based on an “insider outsider” theoretical model, which constructs the dynamics that generate the unemployment rate and highlights the different economic shocks. We are especially interested in studying the effect of internal monetary shocks (domestic monetary policy shock) and external monetary shocks (shock due to an increase in the American interest rate) using the ARCH-M model. Our empirical findings show the extent of the effect of external shocks on the unemployment rate’s unconditional variance, which directly affects the unemployment rate in the mean equation. The crossed shock propagation mechanism, formalised by the ARCH-M model, explains the persistence of the unemployment rate by the persistence of volatility shocks, which are generated by external and internal shocks.
Les auteurs remercient deux lecteurs anonymes pour leurs commentaires pertinents et utiles, sur une première version de cet article. Merci également à G. Koenig et F. Laisney pour leurs précieux conseils. Nous demeurons cependant seuls responsables des erreurs présentes dans ce texte.
Depuis quelques années, les économistes se sont attachés à déceler l'existence de phénomènes d'hystérésis dans le taux de chômage et à mettre en lumière les mécanismes permettant l'émergence de tels phénomènes. Sur le plan théorique, trois mécanismes ont été proposés dans la littérature afin de justifier la persistance du taux de chômage dans certains pays de l'OCDE [1]. Pour une vue d'ensemble de la littérature, voir l'ouvrage édité par Cross (1988). Le premier repose sur la nature du processus de négociation des salaires dans le marché de travail, plus particulièrement sur le pouvoir de négociation des "insiders" qui bloquent le processus d'ajustement concurrentiel des salaires (Lindbeck et Snower, 1988). Les deux autres insistent d'une part sur le ralentissement des investissements et d'autre part sur la dépréciation du capital humain, laquelle implique la faible employabilité des chômeurs de longue durée (Hargreaves Heap, 1980).
Sur le plan économétrique, Blanchard et Summers (1986) sont les premiers à avoir proposé de placer le débat en termes de tests de racine unitaire. Les processus de négociation salariale, fondé sur la théorie d'''insiders-outsiders'', constituent le support principal qui a motivé ces auteurs à utiliser les tests de Dickey-Fuller afin de tester l'existence de phénomènes de persistance ou d'hystérésis dans les pays de l'OCDE. Ce type de test a fait l'objet de plusieurs critiques quant à son efficacité à déceler de tels phénomènes. Cotis et Mihoubi (1990) ont proposé, à partir des travaux de Coe (1988) et de Gordon (1989), une approche alternative, fondée sur l'estimation des relations de Phillips dans le cadre des modèles à correction d'erreur afin de spécifier d'une manière explicite l'hypothèse alternative et de prendre en compte d'éventuels effets de persistance ou d'hystérésis graduelle. Cependant, les tests traditionnels de racine unitaire sur lesquels sont fondés tous ces travaux ont été remis en cause, particulièrement en présence d'une évolution de la tendance de la série temporelle étudiée. En effet, Perron a proposé des tests comportant la présence d'une rupture de la tendance. Cette procédure de test a été modifiée par Zivot et Andrews (1992) transformant le test de Perron, qui est conditionnel à une date de rupture connue, en un test de racine unitaire non conditionnel.
À ce stade, deux types de critiques peuvent être formulés à l'égard de ces études empiriques. D'une part, tous ces travaux comportent des limites relatives aux procédures des tests de racine unitaire pour déceler l'existence de phénomènes de persistance. En effet, les résultats empiriques avancés par Trabelsi (1997) confirment les conclusions de Kim et Schmidt (1993) selon lesquelles l'hypothèse nulle de racine unitaire est systématiquement rejetée en présence d'effets GARCH, plus particulièrement pour des processus GARCH quasi-intégrés et quasi-dégénérés. Ces conclusions nous ont permis de montrer que la persistance du taux de chômage dans les pays européens résulte essentiellement de la persistance des chocs de volatilité. D'autre part, l'explication du phénomène de persistance du taux de chômage est présentée, jusqu'à présent, dans le cadre d'une économie fermée. Cependant, ce phénomène a été observé en particulier dans les pays de l'union européenne, dont les économies sont largement influencées par l'environnement international. Dans cette perspective, la prise en compte de l'ouverture de l'économie sur le reste du monde pourrait conduire à modifier sensiblement les déterminants de la persistance du taux de chômage. De surcroît, on a observé dans ces travaux une absence de fondements théoriques concernant l'identification de la nature des chocs (monétaire ou réel), susceptibles d'expliquer le phénomène de persistance.
Dans cette perspective, on se propose de mettre en lumière, dans l'étude de phénomènes de persistance, le rôle de la contrainte extérieure et faire apparaître l'impact des politiques économiques étrangères restrictives sur le taux de chômage domestique. Nous nous attacherons aussi à identifier la nature des chocs externes et internes qui pourront agir directement ou indirectement sur le taux de chômage et qui constitueront une source de l'émergence de tels phénomènes. Pour ce faire, nous serons amenés, à partir d'une modélisation théorique, d'évaluer les impacts des chocs de nature externe et interne au mo yen d 'un mo dèle Autorégressif - Conditionnellement - Hétéroscédastique en Moyenne (ARCH-M).
Dans ce qui suit, nous présentons dans une première partie le modèle théorique; ensuite la méthodologie économétrique et les interprétations des résultats empiriques sont développées dans la dernière partie.
 
Le modèle théorique
 
 
Dans cette partie, nous serons amenés à identifier la nature des chocs économiques susceptibles d'expliquer l'existence des phénomènes de persistance du chômage dans le cadre des modèles d'offre et de demande globales en économie ouverte et en régime de change flexible.
L'offre globale
Considérons une économie ouverte qui produit un bien internationalement échangé. Le stock du capital étant supposé fixe à court terme, la production est alors donnée par une fonction de production de type Y N e t tt =δ θ. Sous forme log-linéaire, elle s'écrit de la manière suivante :
δ est l'élasticité de la production par rapport à l'emploi. y est le log du niveau de la production t Y n, désigne le log de l'emploi N et θ est un choc t ttt de productivité positif, supposé suivre une marche aléatoire avec une dérive :
g est le taux de croissance moyen ou anticipé de la productivité. εs est un terme aléatoire, supposé suivre une loi normale.
En maximisant leur profits, les firmes déterminent le niveau d'emploi en égalisant la productivité marginale du travail au salaire réel [2]. Ainsi, on peut écrire la demande de travail comme une fonction décroissante du salaire réel :
w et p désignent respectivement le salaire tt nominal et le niveau des prix, tous les deux exprimés en logarithme [3].
Le salaire nominal est déterminé au début de chaque période par des négociations entre les salariés et les firmes et reste fixe pour une période. En se plaçant dans le cadre d'un modèle d'''insiders-outsiders'', utilisé par Blanchard et Summers, ainsi que par Alogoskoufis et Manning (1988), nous supposons que le salaire nominal est fixé par les "insiders" de manière à ce que le niveau d'emploi anticipé coïncide avec leur objectif ntI, comme suit :
n est le niveau de l'emploi à la période passé t-1 ("insiders") et n correspond à la population active. Le coefficient (1- λ ) désigne la proportion des nouveaux entrants ainsi que ceux qui sont involontairement sans emploi (''outsiders''). Le coefficient λ mesure le degré d'hystérésis du taux de chômage. En effet, siλ = 1, le niveau de l'emploi sera composé uniquement par des ''insiders'', en revanche pourλ = 0, tous les ''outsiders''intègreront le marché du travail et feront partie du groupe d'''insiders''.
Dans un cadre d'analyse analogue à celui de Gray et Fisher, nous supposons que l'objectif du syndicat consiste à stabiliser l'emploi anticipé durant la période du contrat autour d'un niveau d'emploi ntI. Ainsi, le salaire nominal est fixé au début de chaque période de manière à ce que la demande anticipée du travail, donnée par l'équation (3), soit égale à l'objectif d'emploi (4). En d'autres termes, le salaire sera fixé de manière à minimiser la fonction de perte quadratique :
E est l'espérance conditionnelle par rapport à t-1 l'information optimale disponible en t -1. La condition du premier ordre et les contraintes relatives aux équations (3) et (4), nous donnent le niveau du salaire nominal :
g E t + =θ θ. En récrivant l'équation (3) pour t t- -1 1 t -1, en résolvant ensuite pour θ et en substituant t-1 enfin dans l'équation ( 6), on obtient :
u n n= -( ) désigne le taux de chômage de la t t- -1 1 période t-1. En substituant (2) et (6) dans (3), on obtient le niveau d'emploi qui est déterminé par la demande de travail des firmes :
Ce niveau d'emploi est différent de celui visé par les syndicats à cau se d'év entu elles erreurs d'anticipations sur l'inflation et des chocs d'offre, lesquels auront un impact négatif sur le taux de chômage, comme l'illustre l'équation suivante :
u n n t t ( )= -. Suivant la relation (9), on peut dire qu'il y a hystérésis si le coefficient de persistance, λ est égal à l’unité. On remarque, par ailleurs, que le taux de chômage, u, est affecté par les chocs d'offre, t εts, ainsi que par des erreurs d'anticipation du taux d'inflation ( )Δ Δp E p- dont l'origine reste à t t t-1 identifier. Pour ce faire, on sera amené à identifier les chocs qui interviennent du côté de la demande.
La demande globale
Du côté de la demande, on considère d'abord la condition d'équilibre sur le marché des biens nationaux. En supposant qu'il existe une parfaite substituabilité entre biens nationaux et étrangers, cette condition est donnée par la relation de la Parité de Pouvoir d'Achat (PPA) sous sa version la plus simple :
pt* est le niveau du prix des biens étrangers et et est le taux de change nominal (nombre d'unités de monnaie nationale pour une unité de monnaie étrangère).
Ensuite, on considère que la deuxième condition d'équilibre relative au marché de la monnaie est donnée par :
mt est l'offre nominale de monnaie, r est le taux d'intérêt nominal domestique, ν est un choc monétaire et y est une mesure du revenu permanent ou de long terme [4]. Étant donné que les chocs de productivité,θt, ont des effets permanents (équation 2), nous pouvons définir le revenu permanent, y, en vertu de la fonction de production utilisée de la manière suivante.
De plus, on suppose que le choc monétaire suit une marche aléatoire :
εtd est un terme aléatoire dont les propriétés statistiques seront définies dans la partie empirique.
Enfin, la troisième condition d'équilibre est celle du marché des titres. Elle fixe le différentiel des taux d'intérêts nominaux domestique et étranger aux anticipations de dépréciation ou d'appréciation près. Formellement, cette condition peut s'écrire comme suit :
Selon l'équation(14), on suppose que les marchés financiers sont efficients et les titres domestiques et étrangers sont parfaitement substituables.
La résolution du modèle
À ce niveau, on considère que sous un régime de change flexible, la règle des autorités consiste à fixer le taux de croissance de l'offre de monnaie à un taux fixe Δm x t = %). Ainsi, en substituant les équations (10), (12) et (14) dans (11), on obtient l'équation du taux de change nominal suivante :
F est un ''opérateur avance'' (Fe E e t t = ). La t+1 résolution de cette équation par la méthode de projection itérative, nous donne :
L'équation (16) définit le taux de change nominal en fonction des évolutions futures anticipées des ''fondamentaux''. Pour obtenir la forme réduite de cette équation, on suppose que le niveau des prix étrangers et le taux d'intérêt suivent respectivement une marche aléatoire avec et sans dérive [5] :
où les propriétés des termes aléatoires εp et εr tt seront définies dans la partie empirique. En substituant les équations (2), (13), (17) et (18) dans (16), on obtient :
L'équation (19) nous permet de déterminer la variation anticipée du taux de change nominal comme suit :
De la même manière, en utilisant les équations (10) et (20), on détermine le taux d'inflation anticipé :
Ainsi, il devient évident que si les autorités monétaires souhaitent stabiliser le niveau des prix, elles doivent égaliser le taux de croissance de l'offre de monnaie, x, au taux de croissance de l'output, g.
Par ailleurs, on peut montrer que les dépréciations (appréciations) non anticipées du taux de change dépendent uniquement des chocs affectant l'inflation étrangère,εtp, le taux d'intérêt étranger,εtr, l'offre,εts et l'équilibre monétaire, εtd :
En utilisant les équations (10) et (19) et les définitions des différents chocs, on obtient la dynamique du niveau des prix :
Les équations (21) et (23) nous permettent d'identifier la nature des chocs affectant les erreurs d'anticipations inflationnistes. En effet, on peut mo )Δp t est égal à ntrer que le terme ( Î” p E t t --1 βε ε ε tr ts td - +. De ce fait, le processus qui génère la dynamique du taux de chômage est donc donnéepar :
Cette équation définit d'une manière spécifique les chocs qui agissent sur le taux de chômage suivant une règle de change flexible. En effet, les seuls chocs susceptibles d'expliquer la persistance du taux de chômage sont ceux qui affectent le taux d'intérêt étranger et la politique monétaire domestique. Plus précisément, un choc résultant d'une politique monétaire dans une économie étrangère, εtr est transmis d'une manière négative sur les économies voisines en régime de change flexible, alors qu'un choc de politique monétaire domestique, εtr a un impact positif sur l'emploi. Les chocs de productivité sont parfaitement absorbés par le taux de change nominal et le niveau des prix [6]. L'équation (24) constitue la spécification théorique du phénomène de persistance du chômage à partir de laquelle sera effectuée notre analyse économétrique.
 
L’analyse économétrique
 
 
Au cours de cette deuxième partie, nous serons amenés, à partir de notre modélisation théorique, à évaluer les impacts des chocs sur l'évolution du taux de chômage, au moyen d'un modèle ARCH-M. Les données utilisées dans cette analyse sont des données mensuelles de l'économie allemande couvrant la période 1970 :1 à 1995 :12. Elles ont été collectées dans la banque des données de l'OCDE.
La méthodologie
Sur la base de l'équation (24), placer le débat en termes de racine unitaire revient à supposer que les différents chocs ( , )ε ε tr td sont des bruits blancs. Cependant, ceci est contradictoire avec la nature de l'impact de ces chocs sur le taux de chômage. En effet, selon les résultats empiriques obtenus par Trabelsi (1997), les résidus associés aux séries de taux de chômage des principaux pays européens comportent un phénomène GARCH(1,1). De surcroît, l'hypothèse de racine unitaire pour ces mêmes séries est rejetée en présence de ce même phénomène. Ce constat nous amène à conclure que l'explication de la persistance du taux de chômage en Allemagne ne peut être expliquée qu’à travers l'analyse des propriétés statistiques des résidus. Par conséquent, l'existence de phénomènes de persistance ou d'hystérésis pourrait correspondre à la persistance des chocs aléatoires qui affectent le taux de chômage. C'est la raison pour laquelle nous adopterons dans l'analyse empirique un modèle ARCH-M afin d'évaluer l'impact des différents chocs, identifiés par notre analyse théorique.
Formellement, le terme aléatoire dans l'équation (24) donné par ( )- -αβε αε tr td sera considéré conditionnellement hétéroscédastique. Ces chocs seront intégrés dans l'équation de la variance et le processus qui génère le taux de chômage sera donné par :
pour t = 1,...Tεt est le terme aléatoire de moyenne nulle et de variance conditionnelle ht. En présence d'un effet GARCH(1,1), l'équation de la variance est donnée par :
pour t = 1,...T Notre motivation principale quant à l'utilisation du modèle ARCH-M est double. D'une part, nous nous attacherons à évaluer le degré de persistance des chocs de volatilité dans l'équation de la variance et, d'autre part, nous tenterons de vérifier si la persistance du taux de chômage, constatée dans la plupart des travaux empiriques, résulte de la persistance des chocs de volatilité. Afin de rendre ce mécanisme de propagation des chocs plus explicite, on sera amené à modifier l'équation de la variance (26) en distinguant deux cas. Dans le premier, on considère que la volatilité est expliquée par les deux chocs, interne et externe de nature monétaire :
pour t = 1,...Tεtr etεtd sont respectivement les chocs monétaires externe et interne définis dans le modèle théorique. Le premier correspond à la composante transitoire du taux d'intérêt américain alors que le deuxième est relatif à celle de l'agrégat monétaire allemand, M1. Ces différentes composantes sont estimés par la méthode de décomposition de Harvey (1987) où la dynamique de long terme est supposée suivre une tendance stochastique alors que celle de court terme est formée par une vague de sinus et de cosinus.
Dans un deuxième cas, les différents événements économiques que les pays ont connus seront mis en évidence au moyen de variables muettes. On considère quatre chocs économiques distincts, susceptibles d'expliquer la persistance des chocs de volatilité. Les deux premiers sont relatifs aux deux chocs pétroliers. Le troisième se réfère à la hausse du taux d'intérêt américain suite à la politique monétaire restrictive de l'administration Reagan. Enfin, le quatrième choc correspond à la réunification allemande [7]. Par conséquent, notre stratégie empirique consiste à intégrer des variables muettes, correspondant aux différents chocs dans l'équation de la variance. Ces variables tendent à capter les changements politiques et économiques à l'échelle nationale et internationale. Formellement, l'équation (27) devient:
D = 1 pour les observations dans l'échantillon j jt et 0 sinon.
Les résultats empiriques
Les tests de racine unitaire sur le taux de chômage en absence et en présence d'effets ARCH confirment les conclusions avancées par Trabelsi (1997), sur des données mensuelles couvrant la période 1970 à 1995, lesquelles ont été collectées dans la banque des données de l'OCDE.
L'observation des graphiques 1 et 2 conduit à un double constat. D'une part, la hausse considérable du taux d'intérêt américain au début des années quatre-vingt coïncide avec une rupture au niveau de la tendance du taux de chômage (1982). D'autre part, le choc monétaire perçu entre 1992 et 1993 va de pair avec une nouvelle augmentation du taux de chômage à un rythme soutenu. Par conséquent, la question qui se pose est de savoir si l'augmentation du taux de chômage sur ces deux périodes est le résultat de ces deux chocs, comme le suggèrent l'équation (25).
Selon les résultats d'estimation, donnés par le tableau 1, on remarque que les coefficients associés aux deux chocs sont largement significatifs. Cependant, le signe deα nous amène à conclure qu'un choc positif 2 de politique monétaire nationale, εd affecte négativement l'évolution du taux de chômage, par le biais des chocs de volatilité. En revanche, comme l'indiquent les signes des coefficientsα3 et γ, un choc externe positif (hausse du taux d'intérêt américain) impliquerait, par le jeu de propagation des chocs, une hausse du taux de chômage en Allemagne. Ce constat pourrait être confirmé par l'estimation de la deuxième forme de l’équation de la variance (28). En effet, à la lecture des résultats du tableau 2, on remarque que la volatilité conditionnelle demeure persistante ( )α α 1+ ≈. De surcroît, les valeurs et 1 2 les signes des coefficients des variables muettes nous amènent à conclure que le processus ARCH relatifau taux de chômage n'est pas indépendant de chocs internes et externes de nature monétaire ainsi que du choix du régime de change.
Graphique 1
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Graphique 2
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Tableau 1
estimation du modèle ARCH-M
IMGIMGTableau 1 : estimation du modèle ARC...IMGIMF
Tableau 1 : estimation du modèle ARCH-M 2 h h t t td tr = + + + - - - α α α ε α ε 0 1 1 2 1 2 3 1 ( ) ( ) Coefficients Estimation t-Statistique Ï•0 0,565 25,14 Ï•1 0,892 179,9 γ 0,138 3,37 α0 0,018 12,54 α1 0,73 6,9 α2-0,178-9,14 α3 0,002 9,94


Tableau 2
estimation du modèle ARCH-M
IMGIMGTableau 2 : estimation du modèle ARC...IMGIMF
Tableau 2 : estimation du modèle ARCH-M h h t t t = + + - - α α α ε 0 1 1 2 12 + + + +β β β β 1 1 2 2 3 3 4 4 D D D D t t t t Coefficients Estimation t-Statistique Ï•0 0,522 26,120 Ï•1 0,895 224,618 γ 0,583 9,029 α1 0,070 12,546 α2 0,867 115,297 β1 0,0194 1,818 β2 0,008 1,788 β3 0,0341 2,053 β4 0,0012 2,522

Plus particulièrement, on pourrait associer la hausse importante du taux de chômage dans les années quatre-vingt en Allemagne à l'augmentation du taux d'intérêt américain, comme le confirment les valeurs des coefficients β et γ. Ce constat empirique peut 3 être expliqué par le fait que les autorités monétaires, ayant une fonction de réaction qui révèle une forte aversion inflationniste, poursuivent la même politique monétaire restrictive que les États-Unis en augmentant leur propre taux d'intérêt afin d'éviter une éventuelle dépréciation de leur monnaie par rapport au dollar. Donc, ce mécanisme de propagation et la persistance des chocs de volatilité pourront constituer des canaux d'explication de l'émergence de phénomènes de persistance du taux de chômage en Allemagne. Enfin, le fonctionnement asymétrique du SME, dans lequel l'Allemagne joue un rôle prépondérant dans la conduite de la politique monétaire, nous laisse penser que ces chocs de nature interne et externe auront des effets analogues sur les autres pays de l'Union européenne.
 
Conclusion
 
 
L'objectif de cet article était de rechercher, d'abord, dans un modèle théorique, les causes de l'émergence des phénomènes de persistance du taux de chômage en Allemagne. Ensuite, on a évalué, au moyen d'un modèle ARCH-M, l'impact des chocs externe et interne de nature monétaire, décelés par le modèle théorique sur la variance non conditionnelle. Dans ce contexte, on a essayé de montrer que l'environnement international (régime de changes flexibles ou régime de change fixes) influence les chocs de volatilité, lesquels agissent directement sur le taux de chômage.
Ce mécanisme de propagation des chocs, utilisé dans l'analyse empirique, nous a permis de montrer que la persistance du taux de chômage pourrait être expliquée par la haute persistance des chocs de volatilité. À travers le modèle théorique, on a dégagé une série de chocs relatifs aux environnements économiques national et international. Les résultats empiriques illustrent bien, en dehors des deux chocs pétroliers et de la période de réunification, l'amplitude de l'impact de la hausse du taux d'intérêt américain dans les années quatre-vingt sur le taux de chômage en Allemagne.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[(*)]Université Louis Pasteur, Strasbourg 1, BETA-THEME. E-mail : ssidiro@ courbot. u-strasbg. fr E-mail : ttrabelsi@ cournot. u-strasbg. fr
[(1)]Pour une vue d'ensemble de la littérature, voir l'ouvrage édité par R.Cross (1988).
[(2)]À partir de la fonction de production Y N e t t =δ θ en t égalisant la productivité marginale du travail ( /( ) ∂ ∂ δδθ Y N N e t t t =- -1 au salaire réel W P t t / ), on obtient : t
[(3)]On suppose que le terme log / ( )δ δ1- est nul.
[(4)]L'explication de la forme de l'équation (11) peut se faire à partir de la détermination de l'offre et de la demande sur le marché de la monnaie. En effet, l'offre nominale (contrôlée par les autorités) et la demande nominale de la monnaie sont respectivement données par : m v t t + et p y r t t + - βvt représente la partie non systématique de la politique monétaire.
[(5)]En effet, les résultats empiriques ont montré que l'indice des prix comporte une non-stationnarité en moyenne et en variance alors que le caractère non-stationnaire du taux d'intérêt est purement stochastique.
[(6)]En revanche, en régime de change fixe où la règle des autorités consiste à fixer le taux de change et où par conséquent l'offre de monnaie devient endogène, l'équation (24) devient : (24a) u u t t tp ts = - + - λ αε αε 1 Ainsi, les sources d'émergence de phénomènes de persistance pourront provenir des chocs étranger (taux d'inflation étranger) ou interne (productivité).
[(7)]Le premier choc couvre la période allant de mars 1973 à octobre 1973. Le deuxième choc correspond à toute l'année 1979. le troisième couvre octobre et novembre 1980. Finalement le dernier choc s'étale de janvier 1989 à mars 1993.
[(8)]L'équation (11) peut s'écrire sous la forme : r m p y v t t t t = - - + +( / )( ) ( / ) ( / )1 1 1β β β. Cette équation peut être assimilée à une fonction de réaction des autorités monétaires où rt étant l'instrument monétaire varie positivement avec le prix, pt. Le terme ( / )1 β vt désigne la partie non systématique (choc) de cette fonction de réaction.
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Pour une vue d'ensemble de la littérature, voir l'ouvrage ...
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[(2)]
À partir de la fonction de production Y N e t t =δ θ en t ...
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[(3)]
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[(5)]
En effet, les résultats empiriques ont montré que l'indice ...
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[(6)]
En revanche, en régime de change fixe où la règle des auto...
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[(7)]
Le premier choc couvre la période allant de mars 1973 à oc...
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L'équation (11) peut s'écrire sous la forme : r m p y v t ...
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