2001
Économie et Prévision
Les chocs monétaires et la persistance du taux de chômage
Moïse Sidiropoulos
[(*)]
Jamel Trabelsi
[(*)]
L'objectif de cet article est de rechercher un mécanisme de propagation des chocs susceptible d'expliquer l'émergence des
phénomènes de persistance du taux de chômage en Allemagne. Notre travail s'appuie sur un modèle théorique au travers
duquel nous construisons la dynamique qui génère le taux de chômage et où les différents chocs économiques sont mis en
valeur. Plus particulièrement, nous nous sommes intéressés à l'étude de l'impact des chocs monétaires de nature interne
(choc de politique monétaire domestique) et externe (choc dû à une hausse du taux d'intérêt américain), au moyen d'un
modèle ARCH-M. Les résultats empiriques mettent en valeur l'ampleur de l'impact des chocs externes sur la variance non
conditionnelle du taux de chômage, laquelle agit directement sur le taux de chômage dans l'équation de la moyenne. Le
mécanisme de propagation des chocs croisés, formalisé par le modèle ARCH-M, nous a permis d'expliquer la persistance
du taux chômage par la persistance des chocs de volatilité, lesquels sont générés par des chocs externes et internes.
This paper sets out to find a shock propagation mechanism that could explain persistent unemployment rates in Germany.
Our work is based on an “insider outsider” theoretical model, which constructs the dynamics that generate the
unemployment rate and highlights the different economic shocks. We are especially interested in studying the effect of
internal monetary shocks (domestic monetary policy shock) and external monetary shocks (shock due to an increase in
the American interest rate) using the ARCH-M model. Our empirical findings show the extent of the effect of external
shocks on the unemployment rate’s unconditional variance, which directly affects the unemployment rate in the mean
equation. The crossed shock propagation mechanism, formalised by the ARCH-M model, explains the persistence of the
unemployment rate by the persistence of volatility shocks, which are generated by external and internal shocks.
Les auteurs remercient deux lecteurs anonymes pour leurs
commentaires pertinents et utiles, sur une première version de
cet article. Merci également à G. Koenig et F. Laisney pour
leurs précieux conseils.
Nous demeurons cependant seuls responsables des erreurs
présentes dans ce texte.
Depuis quelques années, les économistes se sont
attachés à déceler l'existence de phénomènes
d'hystérésis dans le taux de chômage et à mettre en
lumière les mécanismes permettant l'émergence de
tels phénomènes. Sur le plan théorique, trois
mécanismes ont été proposés dans la littérature afin
de justifier la persistance du taux de chômage dans
certains pays de l'OCDE
[1]. Pour une vue d'ensemble
de la littérature, voir l'ouvrage édité par Cross
(1988). Le premier repose sur la nature du processus
de négociation des salaires dans le marché de travail,
plus particulièrement sur le pouvoir de négociation
des "insiders" qui bloquent le processus d'ajustement
concurrentiel des salaires (Lindbeck et Snower,
1988). Les deux autres insistent d'une part sur le
ralentissement des investissements et d'autre part sur
la dépréciation du capital humain, laquelle implique
la faible employabilité des chômeurs de longue
durée (Hargreaves Heap, 1980).
Sur le plan économétrique, Blanchard et Summers
(1986) sont les premiers à avoir proposé de placer le
débat en termes de tests de racine unitaire. Les
processus de négociation salariale, fondé sur la
théorie d'''insiders-outsiders'', constituent le support
principal qui a motivé ces auteurs à utiliser les tests
de Dickey-Fuller afin de tester l'existence de
phénomènes de persistance ou d'hystérésis dans les
pays de l'OCDE. Ce type de test a fait l'objet de
plusieurs critiques quant à son efficacité à déceler de
tels phénomènes. Cotis et Mihoubi (1990) ont
proposé, à partir des travaux de Coe (1988) et de
Gordon (1989), une approche alternative, fondée sur
l'estimation des relations de Phillips dans le cadre
des modèles à correction d'erreur afin de spécifier
d'une manière explicite l'hypothèse alternative et de
prendre en compte d'éventuels effets de persistance
ou d'hystérésis graduelle. Cependant, les tests
traditionnels de racine unitaire sur lesquels sont
fondés tous ces travaux ont été remis en cause,
particulièrement en présence d'une évolution de la
tendance de la série temporelle étudiée. En effet,
Perron a proposé des tests comportant la présence
d'une rupture de la tendance. Cette procédure de test
a été modifiée par Zivot et Andrews (1992)
transformant le test de Perron, qui est conditionnel à
une date de rupture connue, en un test de racine
unitaire non conditionnel.
À ce stade, deux types de critiques peuvent être
formulés à l'égard de ces études empiriques. D'une
part, tous ces travaux comportent des limites
relatives aux procédures des tests de racine unitaire
pour déceler l'existence de phénomènes de
persistance. En effet, les résultats empiriques
avancés par Trabelsi (1997) confirment les
conclusions de Kim et Schmidt (1993) selon
lesquelles l'hypothèse nulle de racine unitaire est
systématiquement rejetée en présence d'effets
GARCH, plus particulièrement pour des processus
GARCH quasi-intégrés et quasi-dégénérés. Ces
conclusions nous ont permis de montrer que la
persistance du taux de chômage dans les pays
européens résulte essentiellement de la persistance
des chocs de volatilité. D'autre part, l'explication du
phénomène de persistance du taux de chômage est
présentée, jusqu'à présent, dans le cadre d'une
économie fermée. Cependant, ce phénomène a été
observé en particulier dans les pays de l'union
européenne, dont les économies sont largement
influencées par l'environnement international. Dans
cette perspective, la prise en compte de l'ouverture de
l'économie sur le reste du monde pourrait conduire à
modifier sensiblement les déterminants de la
persistance du taux de chômage. De surcroît, on a
observé dans ces travaux une absence de fondements
théoriques concernant l'identification de la nature
des chocs (monétaire ou réel), susceptibles
d'expliquer le phénomène de persistance.
Dans cette perspective, on se propose de mettre en
lumière, dans l'étude de phénomènes de persistance,
le rôle de la contrainte extérieure et faire apparaître
l'impact des politiques économiques étrangères
restrictives sur le taux de chômage domestique. Nous
nous attacherons aussi à identifier la nature des chocs
externes et internes qui pourront agir directement ou
indirectement sur le taux de chômage et qui
constitueront une source de l'émergence de tels
phénomènes. Pour ce faire, nous serons amenés, à
partir d'une modélisation théorique, d'évaluer les
impacts des chocs de nature externe et interne au
mo yen d 'un mo dèle
Autorégressif - Conditionnellement - Hétéroscédastique en Moyenne (ARCH-M).
Dans ce qui suit, nous présentons dans une première
partie le modèle théorique; ensuite la méthodologie
économétrique et les interprétations des résultats
empiriques sont développées dans la dernière partie.
Dans cette partie, nous serons amenés à identifier la
nature des chocs économiques susceptibles
d'expliquer l'existence des phénomènes de
persistance du chômage dans le cadre des modèles
d'offre et de demande globales en économie ouverte
et en régime de change flexible.
L'offre globale
Considérons une économie ouverte qui produit un
bien internationalement échangé. Le stock du capital
étant supposé fixe à court terme, la production est
alors donnée par une fonction de production de type
Y N e t tt =δ θ. Sous forme log-linéaire, elle s'écrit de la
manière suivante :
où δ est l'élasticité de la production par rapport à
l'emploi. y est le log du niveau de la production
t Y n, désigne le log de l'emploi N et θ est un choc
t ttt de productivité positif, supposé suivre une marche
aléatoire avec une dérive :
où g est le taux de croissance moyen ou anticipé de la
productivité. εs est un terme aléatoire, supposé
suivre une loi normale.
En maximisant leur profits, les firmes déterminent le
niveau d'emploi en égalisant la productivité
marginale du travail au salaire réel
[2]. Ainsi, on peut
écrire la demande de travail comme une fonction
décroissante du salaire réel :
où
w et
p désignent respectivement le salaire
tt nominal et le niveau des prix, tous les deux exprimés
en logarithme
[3].
Le salaire nominal est déterminé au début de chaque
période par des négociations entre les salariés et les
firmes et reste fixe pour une période. En se plaçant
dans le cadre d'un modèle d'''insiders-outsiders'',
utilisé par Blanchard et Summers, ainsi que par
Alogoskoufis et Manning (1988), nous supposons
que le salaire nominal est fixé par les "insiders" de
manière à ce que le niveau d'emploi anticipé coïncide
avec leur objectif ntI, comme suit :
où n est le niveau de l'emploi à la période passé
t-1 ("insiders") et n correspond à la population active. Le
coefficient (1- λ ) désigne la proportion des
nouveaux entrants ainsi que ceux qui sont
involontairement sans emploi (''outsiders''). Le
coefficient λ mesure le degré d'hystérésis du taux de
chômage. En effet, siλ = 1, le niveau de l'emploi sera
composé uniquement par des ''insiders'', en revanche
pourλ = 0, tous les ''outsiders''intègreront le marché
du travail et feront partie du groupe d'''insiders''.
Dans un cadre d'analyse analogue à celui de Gray et
Fisher, nous supposons que l'objectif du syndicat
consiste à stabiliser l'emploi anticipé durant la
période du contrat autour d'un niveau d'emploi ntI.
Ainsi, le salaire nominal est fixé au début de chaque
période de manière à ce que la demande anticipée du
travail, donnée par l'équation (3), soit égale à
l'objectif d'emploi (4). En d'autres termes, le salaire
sera fixé de manière à minimiser la fonction de perte
quadratique :
où E est l'espérance conditionnelle par rapport à
t-1 l'information optimale disponible en t -1. La
condition du premier ordre et les contraintes
relatives aux équations (3) et (4), nous donnent le
niveau du salaire nominal :
où g E t + =θ θ. En récrivant l'équation (3) pour
t t- -1 1 t -1, en résolvant ensuite pour θ et en substituant
t-1 enfin dans l'équation ( 6), on obtient :
où u n n= -( ) désigne le taux de chômage de la
t t- -1 1 période t-1. En substituant (2) et (6) dans (3), on
obtient le niveau d'emploi qui est déterminé par la
demande de travail des firmes :
Ce niveau d'emploi est différent de celui visé par les
syndicats à cau se d'év entu elles erreurs
d'anticipations sur l'inflation et des chocs d'offre,
lesquels auront un impact négatif sur le taux de
chômage, comme l'illustre l'équation suivante :
où u n n t t ( )= -. Suivant la relation (9), on peut dire
qu'il y a hystérésis si le coefficient de persistance,
λ est égal à l’unité. On remarque, par ailleurs, que le
taux de chômage, u, est affecté par les chocs d'offre,
t εts, ainsi que par des erreurs d'anticipation du taux
d'inflation ( )Δ Δp E p- dont l'origine reste à
t t t-1 identifier. Pour ce faire, on sera amené à identifier les
chocs qui interviennent du côté de la demande.
La demande globale
Du côté de la demande, on considère d'abord la
condition d'équilibre sur le marché des biens
nationaux. En supposant qu'il existe une parfaite
substituabilité entre biens nationaux et étrangers,
cette condition est donnée par la relation de la Parité
de Pouvoir d'Achat (PPA) sous sa version la plus
simple :
où pt* est le niveau du prix des biens étrangers et et
est le taux de change nominal (nombre d'unités de
monnaie nationale pour une unité de monnaie
étrangère).
Ensuite, on considère que la deuxième condition
d'équilibre relative au marché de la monnaie est
donnée par :
où
mt est l'offre nominale de monnaie,
r est le taux
d'intérêt nominal domestique,
ν est un choc
monétaire et
y est une mesure du revenu permanent
ou de long terme
[4]. Étant donné que les chocs de
productivité,
θt, ont des effets permanents (équation
2), nous pouvons définir le revenu permanent,
y, en
vertu de la fonction de production utilisée de la
manière suivante.
De plus, on suppose que le choc monétaire suit une
marche aléatoire :
où εtd est un terme aléatoire dont les propriétés
statistiques seront définies dans la partie empirique.
Enfin, la troisième condition d'équilibre est celle du
marché des titres. Elle fixe le différentiel des taux
d'intérêts nominaux domestique et étranger aux
anticipations de dépréciation ou d'appréciation près.
Formellement, cette condition peut s'écrire comme
suit :
Selon l'équation(14), on suppose que les marchés
financiers sont efficients et les titres domestiques et
étrangers sont parfaitement substituables.
La résolution du modèle
À ce niveau, on considère que sous un régime de
change flexible, la règle des autorités consiste à fixer
le taux de croissance de l'offre de monnaie à un taux
fixe Δm x t = %). Ainsi, en substituant les équations
(10), (12) et (14) dans (11), on obtient l'équation du
taux de change nominal suivante :
où F est un ''opérateur avance'' (Fe E e t t = ). La
t+1 résolution de cette équation par la méthode de
projection itérative, nous donne :
L'équation (16) définit le taux de change nominal en
fonction des évolutions futures anticipées des
''fondamentaux''. Pour obtenir la forme réduite de
cette équation, on suppose que le niveau des prix
étrangers et le taux d'intérêt suivent respectivement
une marche aléatoire avec et sans dérive
[5] :
où les propriétés des termes aléatoires εp et εr
tt seront définies dans la partie empirique. En
substituant les équations (2), (13), (17) et (18) dans
(16), on obtient :
L'équation (19) nous permet de déterminer la
variation anticipée du taux de change nominal
comme suit :
De la même manière, en utilisant les équations (10) et
(20), on détermine le taux d'inflation anticipé :
Ainsi, il devient évident que si les autorités
monétaires souhaitent stabiliser le niveau des prix,
elles doivent égaliser le taux de croissance de l'offre
de monnaie, x, au taux de croissance de l'output, g.
Par ailleurs, on peut montrer que les dépréciations
(appréciations) non anticipées du taux de change
dépendent uniquement des chocs affectant l'inflation
étrangère,εtp, le taux d'intérêt étranger,εtr, l'offre,εts
et l'équilibre monétaire, εtd :
En utilisant les équations (10) et (19) et les
définitions des différents chocs, on obtient la
dynamique du niveau des prix :
Les équations (21) et (23) nous permettent
d'identifier la nature des chocs affectant les erreurs
d'anticipations inflationnistes. En effet, on peut
mo )Δp t est égal à
ntrer que le terme ( Δ p E t t --1
βε ε ε tr ts td - +. De ce fait, le processus qui génère la
dynamique du taux de chômage est donc donnéepar :
Cette équation définit d'une manière spécifique les
chocs qui agissent sur le taux de chômage suivant une
règle de change flexible. En effet, les seuls chocs
susceptibles d'expliquer la persistance du taux de
chômage sont ceux qui affectent le taux d'intérêt
étranger et la politique monétaire domestique. Plus
précisément, un choc résultant d'une politique
monétaire dans une économie étrangère,
εtr est
transmis d'une manière négative sur les économies
voisines en régime de change flexible, alors qu'un
choc de politique monétaire domestique,
εtr a un
impact positif sur l'emploi. Les chocs de productivité
sont parfaitement absorbés par le taux de change
nominal et le niveau des prix
[6]. L'équation (24)
constitue la spécification théorique du phénomène
de persistance du chômage à partir de laquelle sera
effectuée notre analyse économétrique.
Au cours de cette deuxième partie, nous serons
amenés, à partir de notre modélisation théorique, à
évaluer les impacts des chocs sur l'évolution du taux
de chômage, au moyen d'un modèle ARCH-M. Les
données utilisées dans cette analyse sont des données
mensuelles de l'économie allemande couvrant la
période 1970 :1 à 1995 :12. Elles ont été collectées
dans la banque des données de l'OCDE.
La méthodologie
Sur la base de l'équation (24), placer le débat en
termes de racine unitaire revient à supposer que les
différents chocs ( , )ε ε tr td sont des bruits blancs.
Cependant, ceci est contradictoire avec la nature de
l'impact de ces chocs sur le taux de chômage. En
effet, selon les résultats empiriques obtenus par
Trabelsi (1997), les résidus associés aux séries de
taux de chômage des principaux pays européens
comportent un phénomène GARCH(1,1). De
surcroît, l'hypothèse de racine unitaire pour ces
mêmes séries est rejetée en présence de ce même
phénomène. Ce constat nous amène à conclure que
l'explication de la persistance du taux de chômage en
Allemagne ne peut être expliquée qu’à travers
l'analyse des propriétés statistiques des résidus. Par
conséquent, l'existence de phénomènes de
persistance ou d'hystérésis pourrait correspondre à la
persistance des chocs aléatoires qui affectent le taux
de chômage. C'est la raison pour laquelle nous
adopterons dans l'analyse empirique un modèle
ARCH-M afin d'évaluer l'impact des différents
chocs, identifiés par notre analyse théorique.
Formellement, le terme aléatoire dans l'équation
(24) donné par ( )- -αβε αε tr td sera considéré
conditionnellement hétéroscédastique. Ces chocs
seront intégrés dans l'équation de la variance et le
processus qui génère le taux de chômage sera donné
par :
pour t = 1,...T
où εt est le terme aléatoire de moyenne nulle et de
variance conditionnelle ht. En présence d'un effet
GARCH(1,1), l'équation de la variance est donnée
par :
pour t = 1,...T
Notre motivation principale quant à l'utilisation du
modèle ARCH-M est double. D'une part, nous nous
attacherons à évaluer le degré de persistance des
chocs de volatilité dans l'équation de la variance et,
d'autre part, nous tenterons de vérifier si la
persistance du taux de chômage, constatée dans la
plupart des travaux empiriques, résulte de la
persistance des chocs de volatilité. Afin de rendre ce
mécanisme de propagation des chocs plus explicite,
on sera amené à modifier l'équation de la variance
(26) en distinguant deux cas. Dans le premier, on
considère que la volatilité est expliquée par les deux
chocs, interne et externe de nature monétaire :
pour t = 1,...T
oùεtr etεtd sont respectivement les chocs monétaires
externe et interne définis dans le modèle théorique.
Le premier correspond à la composante transitoire
du taux d'intérêt américain alors que le deuxième est
relatif à celle de l'agrégat monétaire allemand, M1.
Ces différentes composantes sont estimés par la
méthode de décomposition de Harvey (1987) où la
dynamique de long terme est supposée suivre une
tendance stochastique alors que celle de court terme
est formée par une vague de sinus et de cosinus.
Dans un deuxième cas, les différents événements
économiques que les pays ont connus seront mis en
évidence au moyen de variables muettes. On
considère quatre chocs économiques distincts,
susceptibles d'expliquer la persistance des chocs de
volatilité. Les deux premiers sont relatifs aux deux
chocs pétroliers. Le troisième se réfère à la hausse du
taux d'intérêt américain suite à la politique monétaire
restrictive de l'administration Reagan. Enfin, le
quatrième choc correspond à la réunification
allemande
[7]. Par conséquent, notre stratégie
empirique consiste à intégrer des variables muettes,
correspondant aux différents chocs dans l'équation
de la variance. Ces variables tendent à capter les
changements politiques et économiques à l'échelle
nationale et internationale. Formellement, l'équation
(27) devient:
où D = 1 pour les observations dans l'échantillon j
jt et 0 sinon.
Les résultats empiriques
Les tests de racine unitaire sur le taux de chômage en
absence et en présence d'effets ARCH confirment les
conclusions avancées par Trabelsi (1997), sur des
données mensuelles couvrant la période 1970 à
1995, lesquelles ont été collectées dans la banque des
données de l'OCDE.
L'observation des graphiques 1 et 2 conduit à un
double constat. D'une part, la hausse considérable du
taux d'intérêt américain au début des années
quatre-vingt coïncide avec une rupture au niveau de
la tendance du taux de chômage (1982). D'autre part,
le choc monétaire perçu entre 1992 et 1993 va de pair
avec une nouvelle augmentation du taux de chômage
à un rythme soutenu. Par conséquent, la question qui
se pose est de savoir si l'augmentation du taux de
chômage sur ces deux périodes est le résultat de ces
deux chocs, comme le suggèrent l'équation (25).
Selon les résultats d'estimation, donnés par le tableau
1, on remarque que les coefficients associés aux deux
chocs sont largement significatifs. Cependant, le
signe deα nous amène à conclure qu'un choc positif
2 de politique monétaire nationale, εd affecte
négativement l'évolution du taux de chômage, par le
biais des chocs de volatilité. En revanche, comme
l'indiquent les signes des coefficientsα3 et γ, un choc
externe positif (hausse du taux d'intérêt américain)
impliquerait, par le jeu de propagation des chocs, une
hausse du taux de chômage en Allemagne. Ce constat
pourrait être confirmé par l'estimation de la
deuxième forme de l’équation de la variance (28). En
effet, à la lecture des résultats du tableau 2, on
remarque que la volatilité conditionnelle demeure
persistante ( )α α 1+ ≈. De surcroît, les valeurs et
1 2 les signes des coefficients des variables muettes nous
amènent à conclure que le processus ARCH relatifau
taux de chômage n'est pas indépendant de chocs
internes et externes de nature monétaire ainsi que du
choix du régime de change.
Graphique 1
Graphique 2
Tableau 1
estimation du modèle ARCH-M
Tableau 1 : estimation du modèle ARCH-M
2
h h t t td tr = + + + - - - α α α ε α ε 0 1 1 2 1 2 3 1 ( ) ( )
Coefficients Estimation t-Statistique
ϕ0 0,565 25,14
ϕ1 0,892 179,9
γ 0,138 3,37
α0 0,018 12,54
α1 0,73 6,9
α2-0,178-9,14
α3 0,002 9,94
Tableau 2
estimation du modèle ARCH-M
Tableau 2 : estimation du modèle ARCH-M
h h t t t = + + - - α α α ε 0 1 1 2 12
+ + + +β β β β 1 1 2 2 3 3 4 4 D D D D t t t t
Coefficients Estimation t-Statistique
ϕ0 0,522 26,120
ϕ1 0,895 224,618
γ 0,583 9,029
α1 0,070 12,546
α2 0,867 115,297
β1 0,0194 1,818
β2 0,008 1,788
β3 0,0341 2,053
β4 0,0012 2,522
Plus particulièrement, on pourrait associer la hausse
importante du taux de chômage dans les années
quatre-vingt en Allemagne à l'augmentation du taux
d'intérêt américain, comme le confirment les valeurs
des coefficients β et γ. Ce constat empirique peut
3 être expliqué par le fait que les autorités monétaires,
ayant une fonction de réaction qui révèle une forte
aversion inflationniste, poursuivent la même
politique monétaire restrictive que les États-Unis en
augmentant leur propre taux d'intérêt afin d'éviter
une éventuelle dépréciation de leur monnaie par
rapport au dollar. Donc, ce mécanisme de
propagation et la persistance des chocs de volatilité
pourront constituer des canaux d'explication de
l'émergence de phénomènes de persistance du taux
de chômage en Allemagne. Enfin, le fonctionnement
asymétrique du SME, dans lequel l'Allemagne joue
un rôle prépondérant dans la conduite de la politique
monétaire, nous laisse penser que ces chocs de nature
interne et externe auront des effets analogues sur les
autres pays de l'Union européenne.
L'objectif de cet article était de rechercher, d'abord,
dans un modèle théorique, les causes de l'émergence
des phénomènes de persistance du taux de chômage
en Allemagne. Ensuite, on a évalué, au moyen d'un
modèle ARCH-M, l'impact des chocs externe et
interne de nature monétaire, décelés par le modèle
théorique sur la variance non conditionnelle. Dans ce
contexte, on a essayé de montrer que
l'environnement international (régime de changes
flexibles ou régime de change fixes) influence les
chocs de volatilité, lesquels agissent directement sur
le taux de chômage.
Ce mécanisme de propagation des chocs, utilisé dans
l'analyse empirique, nous a permis de montrer que la
persistance du taux de chômage pourrait être
expliquée par la haute persistance des chocs de
volatilité. À travers le modèle théorique, on a dégagé
une série de chocs relatifs aux environnements
économiques national et international. Les résultats
empiriques illustrent bien, en dehors des deux chocs
pétroliers et de la période de réunification,
l'amplitude de l'impact de la hausse du taux d'intérêt
américain dans les années quatre-vingt sur le taux de
chômage en Allemagne.
·
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[(*)]
Université Louis Pasteur, Strasbourg 1, BETA-THEME.
E-mail : s
sidiro@ courbot. u-strasbg. fr
E-mail : t
trabelsi@ cournot. u-strasbg. fr
[(1)]
Pour une vue d'ensemble de la littérature, voir l'ouvrage
édité par R.Cross (1988).
[(2)]
À partir de la fonction de production
Y N e t t =
δ θ en
t
égalisant la productivité marginale du travail
( /
( ) ∂ ∂
δδθ Y N N e t t t =
- -1 au salaire réel
W P t t / ), on obtient :
t
[(3)]
On suppose que le terme log / ( )
δ δ1- est nul.
[(4)]
L'explication de la forme de l'équation (11) peut se faire à
partir de la détermination de l'offre et de la demande sur le
marché de la monnaie. En effet, l'offre nominale (contrôlée
par les autorités) et la demande nominale de la monnaie sont
respectivement données par :
m v t t + et
p y r t t + -
β où
vt
représente la partie non systématique de la politique
monétaire.
[(5)]
En effet, les résultats empiriques ont montré que l'indice
des prix comporte une non-stationnarité en moyenne et en
variance alors que le caractère non-stationnaire du taux
d'intérêt est purement stochastique.
[(6)]
En revanche, en régime de change fixe où la règle des
autorités consiste à fixer le taux de change et où par
conséquent l'offre de monnaie devient endogène, l'équation
(24) devient :
(24a)
u u t t tp ts = - + -
λ αε αε 1
Ainsi, les sources d'émergence de phénomènes de persistance
pourront provenir des chocs étranger (taux d'inflation
étranger) ou interne (productivité).
[(7)]
Le premier choc couvre la période allant de mars 1973 à
octobre 1973. Le deuxième choc correspond à toute l'année
1979. le troisième couvre octobre et novembre 1980.
Finalement le dernier choc s'étale de janvier 1989 à mars
1993.
[(8)]
L'équation (11) peut s'écrire sous la forme :
r m p y v t t t t = - - + +( / )( ) ( / ) ( / )1 1 1
β β β. Cette équation peut
être assimilée à une fonction de réaction des autorités
monétaires où
rt étant l'instrument monétaire varie
positivement avec le prix,
pt. Le terme ( / )1
β vt désigne la
partie non systématique (choc) de cette fonction de réaction.