Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
188 pages

p. 99 à 111
doi: en cours

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no 148 2001/2

2001 Économie et Prévision

Efficience technique et incitations salariales

Analyse empirique sur un panel incomplet des industries textiles en Tunisie

Rym Ben Ayed Mouelhi  [(*)] Mohamed Goaied  [(**)]
salaire d'efficience de manière à pouvoir identifier deux composantes de l'inefficience technique. La première composante observable, et variante dans le temps, mesure l'inefficience technique imputable à un manque d'incitation salariale. La seconde composante, invariante dans le temps, constitue une inefficience technique inobservable spécifique à la firme. Ce travail se propose d'estimer la composante de l’inefficience technique invariante dans le temps tout en permettant de contrôler les effets spécifiques à la firme, ceci grâce aux techniques des variables instrumentales dans le contexte général des panels incomplets. Les facteurs de production capital et travail sont mesurés en intégrant certaines de leurs caractéristiques qualitatives; i.e. le progrès technique incorporé aux équipements et la main-d’oeuvre selon le niveau de qualification. Une validation empirique de la relation salaire-productivité est effectuée dans cette étude. Enfin, une estimation de l'inefficience technique attribuable au manque d'effort est réalisée. L'analyse empirique porte sur un panel non cylindré comportant 619 entreprises tunisiennes du secteur textile recensées durant la période [1983-1994]. Les résultats d'estimation indiquent une régression du progrès technique autonome durant la période [1983-1990]. En outre, le progrès technique incorporé aux équipements et la qualification de la main-d' oeuvre constituent des sources de gain de productivité. L'efficacité non observable est en moyenne de l'ordre de 61%. Par ailleurs, l'inefficience imputable à un manque d'effort est en moyenne de l'ordre de 4%. This study combines the stochastic production frontiers approach with the efficiency wage approach to identify two technical inefficiency components. The first component is observable and varies over time. It measures the technical inefficiency resulting from an inadequate wage incentive. The second component remains stable over time and concerns unobservable company-specific technical inefficiency. This paper sets out to estimate the time-stable technical efficiency component whilst controlling the company-specific effects using instrumental variable techniques applied to incomplete panels. Labour and capital production factors are measured by some of their qualitative characteristics, i.e. technological progress incorporated into equipment and manpower by skills level. The study then empirically checks the wage-productivity relationship before estimating the technical inefficiency attributable to a lack of effort. The empirical analysis considers a non-cylinder panel of 619 Tunisian textile companies studied from 1983 to 1994. The estimation results point to a decline in autonomous technological progress from 1983 to 1990. Moreover, productivity gains are generated by technological progress incorporated into equipment and manpower skills. The unobservable efficiency is approximately 61% on average. The inefficiency ascribable to a lack of effort is approximately 4% on average.
La présente recherche a bénéficié du concours de l’« Economic Research Forum », Le Caire, Egypte. Nous avons bénéficié de remarques de J. Mairesse et B. Crépon sur une première version de ce texte, présentée au séminaire du Crest à Paris en Novembre 1999.
Le processus de mondialisation de l’économie a entraîné dans plusieurs pays en développement une accélération de la politique de libéralisation visant à étendre les domaines de concurrence dans le but de garantir une meilleure compétitivité du système productif. Ces profondes mutations concernent particulièrement la Tunisie qui a adhéré, depuis 1 995, à la zo ne de libre éch ang e eu roméditérranéenne.
Devant ces nouvelles exigences commerciales, certaines activités industrielles, ayant bénéficié par le passé de régime de protection commerciale élevée, se trouvent acculées pour des impératifs de compétitivité, voire même de “survie”, à améliorer leur comportement productif. Les frontières de production constituent, dans ce cadre, un précieux outil d’aide à la décision permettant de fournir un éclairage sur les performances productives des firmes.
Ce travail de recherche présente une double motivation portant aussi bien sur la spécification des frontières de production que sur la procédure d’estimation en données de panel incomplets.
Sur le plan méthodologique, cette étude s’inspire de celle de Kumbhakar (1991) en combinant l’approche des frontières de production stochastiques avec celle du salaire d’efficience de manière à pouvoir identifier deux composantes de l’inefficience technique. La première composante observable, et variante à travers le temps, mesure l’inefficience technique imputable à un manque d’effort traduisant le manque d’incitation salariale. Les effets spécifiques à la firme, tenant compte de l'hétérogénéité de l'échantillon considéré, seront pris en compte en sp écifiant un e composante inobservable de l’efficience technique invariante dans le temps. L’introduction dans la frontière de production d’une fonction d’effort, agissant de façon multiplicative sur le produit, permet de dégager une mesure de l’inefficacité due à un manque d’effort résultant d’un manque d’incitation salariale. À l'instar des travaux de Mairesse et Sassenou (1989), on tient compte dans le processus de production des différences sensibles en termes de productivités marginales des travailleurs selon leur niveau de qualification.
Sur le plan économétrique, cette étude se propose de mesurer la composante inobservable de l’efficience technique, invariante dans le temps, tout en permettant de contrôler les effets spécifiques à la firme, ceci grâce à l’estimation de frontières de production stochastiques par la méthode des variables instrumentales adaptée aux données de panels incomplets. Seale (1990), Ahmed et Bravo-Ureta (1996) ainsi que Goaïed et Mouelhi (2000), parmi d’autres, ont utilisé des panels incomplets dans l’analyse del’efficacité technique.
En somme, l'objet de ce travail de recherche consiste à mesurer les pertes de productivité résultant d’une inefficience technique non observable et celle attribuable à un manque d’effort des travailleurs. Pour cela, on estime une frontière de production stochastique “étendue” sur un panel non cylindré comportant 619 entreprises tunisiennes de l’industrie textile, habillement et cuir (ITHC) observées durant la période [1983-1994]. Dans la partie empirique, on procédera également à une analyse comparative des résultats établis tenant compte des différentes spécifications retenues au niveau de l'efficience technique ainsi que ses corrélations possibles avec certains régresseurs, cela dans le contexte général du panel incomplet. Des tests de spécification permettront de dégager la méthode d'estimation la plus appropriée ("Within, FGLS, Variables instrumentales). Le choix des instruments est appuyé par un test d’éxogénéité.
L’analyse empirique porte sur l’industrie du textile, habillement et cuir (ITHC) eu égard à l'importance vitale qu'occupe cette industrie dans le tissu industriel tunisien. En effet, l’ITHC constitue l’une des locomotives de la croissance des industries manufacturières qui ont assuré durant la dernière décennie l’essentiel de la croissance économique et des exportations de biens en Tunisie [1]. En 1996, l’ITHC a contribué à raison de 51% aux exportations totales et à 53% des créations d’emplois industriels. Il s'agit également d'une industrie à forte utilisation de main-d’œuvre où les enjeux de compétitivité constituent un élément de préoccupation majeur pour les décideurs publics [2].
La première partie présente succinctement le cadre d'analyse théorique permettant de spécifier la technologie de production adoptée. La deuxième partie développe les procédures d'estimation des frontières de production stochastiques à partir d'un panel incomplet. La troisième partie présente une analyse des performances productives du secteur textile en Tunisie et commente les résultats d'estimation obtenus. La dernière partie permet de conclure.
 
Formalisme théorique de la technologie de production
 
 
La frontière de production Translog (TR), retenue dans cette application, présente la particularité de tenir compte explicitement, outre les effets du capital et du travail, de l'intensité de l'effort productif des travailleurs dans le processus de production [3]. Il s'agit ici de tenir compte d'un effet salaire d'efficience par l'introduction d'une fonction d'effort agissant de façon multiplicative sur le produit (Huang et alii, 1998) [4]. Sous ces considérations, la technologie de production se présente selon l'expression qui suit:
y, K L * *, et e désignent, respectivement, la valeur ajoutée, le stock de capital, l'emploi total et une fonction d'effort. Cette dernière est une fonction croissante d’un salaire relatif [5] :
L'effort des travailleurs est corrélatif au salaire relatif mesuré par le rapport du salaire moyen proposé au niveau de la firme i à l’instant t (w ) au it salaire moyen proposé sur le marché externe au même instant (wct ) conformément à la théorie du salaire d’efficience. Cette théorie s’attache au souci des entrepreneurs d’obtenir à moindre frais un certain niveau d’efficacité, souci qui les conduit à élaborer une véritable politique de rémunération qui lie l’effort au salaire. Les firmes peuvent alors trouver profitable de verser des salaires élevés et rigides à la baisse justifiés par des impératifs de gestion interne. Nous trouvons dans la littérature diverses justifications de la relation d’efficience, plus ou moins concurrentes et complémentaires (voir Akerlof et Yellen, 1986 ; Katz, 1986). Elles vont d’une meilleure productivité due à une meilleure nutrition (Leibenstein, 1957) ou motivation (Shapiro et Stiglitz, 1984) aux avantages organisationnels d’un e fidélis ation d e la main-d’œuvre que constituent une moindre rotation-mobilité (Salop, 1979), en passant par la possibilité de sélectionner les meilleurs travailleurs face à l’imperfection de l’information sur la qualité (Weiss, 1980).
Il est assez difficile de tester les enseignements de la théorie du salaire d’efficience, tant il apparaît ardu de relier statistiquement l’effort des salariés pris individuellement et leur évolution salariale respective. Les travaux économétriques réalisés jusqu'à présent sont de deux types. Les premiers, qualifiés de tests indirects, se sont principalement attachés à déceler l’existence d’écarts de salaire entre individus équivalents du point de vue de la théorie du capital humain (Krueger et Summers, 1988), alors que les seconds, qualifiés de tests directs, ont cherché à établir une mesure de l’effort au salaire et au taux de chômage (Wadhani et Wall, 1991; Levine, 1992). Les résultats de ces différents tests constituent sans doute un test de « non-réfutabilité » de la théorie. Ils ne permettent pas pour autant d’attribuer la dispersion des salaires uniquement à l’hypothèse de salaire d’efficience.
Dans cette étude, nous adoptons le deuxième type de test ; l’effort, exprimé par les rémunérations, est inclus dans la fonction de production. Nous avons opté pour une fonction d’effort de forme polynomiale, celle qui ajuste le mieux nos données. Il s’en suit que [6] :
Les facteurs de production capital et travail sont mesurés en intégrant d’autres caractéristiques qualitatives à l’instar des travaux portant sur les mesures de la productivité des facteurs menés initialement par Mairesse et Sassenou (1989). Ces auteurs suggèrent d’introduire dans la technologie de production, outre les effets du capital et du travail :
  • la composition par génération de stock d'équipement à travers un indicateur de son âge moyen. Ceci permet de mesurer l'effet du progrès technique incorporé. La relation proposée est la suivante :
  • t est un trend et ageit désigne l'âge moyen du capital ;
  • la structure de qualification de la main d’œuvre. Dans ce cadre, l'emploi est mesuré en termes d'unités de productivités marginales équivalentes selon la formulation suivante :
  • Lit représente l'emploi total, Lit* l'emploi mesuré en unités de productivités marginales équivalentes, et q désigne la part de l'emploi dans la catégorie j. jit b est un coefficient de pondération représentant le j rapport entre la productivité marginale des salariés de la qualification j et celle de la catégorie de référence, normalisée à 1. Dans cette étude, le facteur travail est divisé en deux catégories : la main d’œuvre qualifiée (qs ) et celle non qualifiée (qu ) [7].
En remplaçant les expressions (3), (4) et (5) dans la relation (2), on obtient sous une version logarithmique, la relation qui suit :
Cette spécification permet de corriger une éventuelle dispersion des salaires inter-entreprises qui s’expliquerait par des différences de dotation en capital humain. En plus, elle permet de cerner l’impact sur la productivité de la structure de qualification de la main-d’œuvre.
Un test classique de la pratique du salaire d’efficience peut être effectué à partir de la forme Translog en testant la significativité statistique de la variable salaire relatif, selon l’hypothèse nulle suivante : (Huang et alii, 1998)
Par ailleurs, l’élasticité de la production par rapport au facteur travail est définie selon l’expression qui suit :
L’effet du progrès technique peut être défini de la manière suivante :
On obtient une décomposition du progrès technique selon ses différentes sources : progrès technique neutre, associé à l’âge du capital, qualité du travail, etc.
S’agiss ant d’une frontière de prod uctio n stochastique, le terme résiduel ε s’exprime sous une forme composée comme suit :
Le premier terme vit représente un résidu standard, alors que le second terme u fait référence à i l’inefficience technique des firmes, supposée non observable et invariante dans le temps.
L’introduction d’une fonction d’effort dans la frontière de production présente le mérite de mesurer une composante observable de l’inefficience technique variable à travers le temps et imputable à un manque d’effort des travailleurs traduisant un manque d’incitation salariale. On peut, ainsi, apprécier l’efficacité de la politique salariale pratiquée à l’intérieur de l’entreprise. En effet, le modèle (6) peut être également reformulé de manière à spécifier une frontière de production stochastique comportant une inefficience technique u, supposée it variableà travers le temps, de la manière suivante :
avec
u désigne la composante inobservable de i l’inefficience technique, supposée stochastique et invariante dans le temps, alors que Ï„ mesure une it composante observable de l’inefficience technique variable à travers le temps et attribuable à l’effort. Elle s’exprime selon la relation suivante :
Le problème d’identification du paramètre λ peut être contourné en empruntant la démarche de Kumbhakar (1 991) qui consite à estimer l’inefficacité de la firme reliée à l’effort (relativement à la firme la plus efficiente du point de vue effort à un instant donné et pas nécessairement sur toute la période) de la manière suivante :
L’impact de l’inefficience du travail sur la production est déduit de la manière suivante :
 
Frontières d'efficience stochastiques en panels incomplets
 
 
La littérature des dix dernières années sur les frontières de production stochastiques avec données de panel a permis d'ouvrir de nouveaux champs d'investigation sur les performances productives des firmes. Ceci a permis un essor substantiel des analyses empiriques de l'efficience technique couvrant un grand nombre de pays et touchant pratiquement l'ensemble des secteurs [8]. Sur le plan économétrique, l'utilisation des données de panel a constitué un avantage incontestable. Elle a permis de tenir compte de l'hétérogénéité des firmes, de ne pas imposer des restrictions sur la distribution du terme d'efficience (Schmidt, 1986) et de pouvoir relâcher l'hypothèse d'indépendance entre les régresseurs et l'efficience technique (Schmidt et Sickles,1984 ; Bauer, 1990). On suppose ici que l'efficience technique est invariante dans le temps [9]. Une procédure d’estimation efficace consiste alors à appliquer la méthode de Hausman-Taylor (1981) sur des panels incomplets. Ceci présente l’avantage de proposer une mesure efficace de l'efficience technique tout en permettant de capter les effets spécifiques à la firme.
Le modèle retenu prend l'expression suivante :
avec
Les variables y, x et z désignent, respectivement, la production, l'ensemble des régresseurs variables à travers le temps (les facteurs de production, la fonction d’effort, le progrès technique, etc.) et l'ensemble des variables invariantes dans le temps (la localisation géographique, le degré d’ouverture et la branche d'activité de la firme). u est le terme i asymétrique mesurant l'inefficience technique de la firme, supposée invariante dans le temps. v est un it terme résiduel désignant les effets incontrôlables de la firme (grèves, incendies, etc.). Ces erreurs sont supposées i.i.d.Nv ( , )02 σ.
En définissant :
on retrouve le modèle standard des données de panel, développé par Hausman-Taylor (1981) avec :
La procédure d'estimation de l'efficience technique invariante dans le temps la plus usuelle, préconisée initialement par Schmidt et Sickles (1984), consiste à supposer que l'effet spécifique individuel α est i fixe. Ceci présente la convenance de n'imposer aucune hypothèse sur la distribution de l'inefficience technique u tout en autorisant une éventuelle i corrélation entre ce terme et certains régresseurs du modèle [10]. Une estimation convergente du vecteur de paramètres β est obtenue en appliquant les MCO sur le modèle transformé où les variables d'intérêt sont définies en termes d’écarts par rapport à leur moyenne individuelle [11]. Il s'en suit que :
Les autres variables sont exprimées de manière analogue. Dans le cas d’un panel incomplet, les T i étant très différents d'un individu à un autre, un problème d'hétéroscédasticité des erreurs peut alors se poser. Pour y remédier, il suffit de transformer les variables déviées par l'expression
[12] En omettant les variables invariantes dans le temps (γ =0), les effets spécifiques individuels sont déduits de la manière suivante :
L'efficience technique spécifique à la firme est alors définie par la relation suivante :
avec :
La firme la plus efficiente est supposée située sur la frontière de production. Cette p rocédure d'estimation présente deux limites majeures inhérentes aux modèles à effets fixes dans le contexte classique des données de panel. Tout d'abord, les estimateurs des paramètres de la frontière de production sont inefficaces dans le sens que leur identification est basée uniquement sur la variabilité temporelle de l'échantillon. Ensuite, lorsque l'efficience technique est invariante dans le temps, il est impossible de tenir compte, à travers le modèle de la covariance, des effets des variables spécifiques aux firmes, invariantes dans le temps (branche d'activité, localisation géographique, etc.). Aussi, si ces dernières sont significatives, leur effet se trouve confondu avec la mesure de l'efficience technique qui devient biaisée. D'où l'intérêt de la spécification individuelle aléatoire de l'efficience technique qui présente l'avantage d'utiliser également la variabilité interindividuelle en plus de la dimension temporelle de l'échantillon. En outre, sous l'hypothèse d'absence de corrélation entre les régresseurs et le terme spécifique aléatoire, cette méthode permet de fournir des estimateurs efficaces et de capter les effets spécifiques des firmes. Dans ce cadre, les termes u i mesurant l'inefficience technique individuelle des firmes sont supposés i.i.d. Nu ( , )μ σ2 avec μ >0.
En définissant (Cornwell et Schmidt,1996) α α μ * = - et u u i i* = - μ, le modèle(16) s'exprime sous la forme standard d'un modèle à erreurs composées :
avec εit it i v u= -*, ou encore sous une forme plus compacte :
avec 1 désignant le vecteur somme d'ordre T. Les Tii termes Y X Z i, , sont définis de manière appropriée.
i i La matrice de variances-covariances des erreurs prend la forme compacte suivante :
ITi désigne la matrice identité d'ordre Ti.
Baltagi (1985) montre que l'estimation par les moindres carrés généralisés des paramètres d'intérêt du modèle (23), lorsque les variances des erreurs sont connues, revient en fait à appliquer les MCO au modèle transformé suivant :
avec :
les autres variables étant traitées de manière analogue. Le paramètreθi est donné par l'expression suivante :
Généralement, les variances des erreurs sont inconnues. Aussi, on adopte la procédure d'estimation des moindres carrés quasi-généralisés (MCQG). Ceci consiste à remplacer le paramètre θ i par son estimateur convergent résultant des variations résiduelles obtenues dans les dimensions intra et inter-individuelles. D'où, l’on obtient :
avec :
Notons que les estimateurs $,$β β w B et $γB indiquent, respectivement, les estimateurs de β et γ obtenus, respectivement, à partir des transformations "Within" et "Between" [13].
L'efficience technique est obtenue selon le même principe que les expressions (21) et (22) en utilisant les résidus moyens pour une firme i estimés de la manière suivante [14] :
L’estimateur de l’efficacité technique qui en découle n’est convergent que lorsque N et T sont tous les i deux élevés (Schmidt et Sickles, 1984) [15]. Une approche alternative consisterait à utiliser une prévision BLUP de ui* selon la démarche de Taub (1979) s'exprimant de la manière suivante :
avec $ $ $ $ * ε α β γ it it gls it gls i gls y x z= - - -. Il s'en suit que :
L'avantage de la méthode à effet spécifique aléatoire, par rapport à celle à effet fixe, réside dans le fait que l'efficience technique n'est pas contaminée par les effets des variables invariantes dans le temps. Néanmoins, l’hypothèse d’absence de corrélation entre les régresseurs et l’effet aléatoire peut ne pas être validée par les évidences empiriques, auquel cas les estimateurs des MCQG sont non-convergents (lorsque N → ∞ et le nombre de périodes est limité dans le temps, ce qui est le plus courant dans la pratique). En revanche, l’estimateur within demeure convergent sans toutefois pouvoir identifier l’effet des variables explicatives constantes à travers le temps. Aussi, une approche plus efficace consisterait à appliquer la méthode des variables instrumentales de Hausman-Taylor (1981) adapté aux panels incomplets. Il s’agit de la procédure de Gardner (1998) qui consiste à appliquer la méthode des variables instrumentales au modèle (26) en spécifiant les instruments dela manière suivante [16] :
avec Q la matrice qui transforme un vecteur d’observations en un vecteur d’écarts par rapport aux moyennes individuelles et P la matrice qui transforme les observations en moyennes individuelles. On rappelle que dans le contexte des panels complets la matrice des instruments de la procédure de H-T se présente comme suit :
La différence principale réside dans le fait que pour les panels incomplets on retient les moyennes ind ividuelles pond érées p ar θ en tant i qu’instruments plutôt queles moyennes simples. [17]
 
Les données et les résultats d’estimation
 
 
Présentation des données
Notre étude empirique est menée auprès d’un échantillon d’entreprises de l’industrie du textile, habillement et cuir (ITHC) provenant de l’enquête annuelle des entreprises (EAE) réalisée depuis 1983 par l’Institut National de la Statistique (INS). Le choix de l’ITHC est dicté par la place prépondérante qu’elle occupe au sein de l’économie tunisienne. En 1996, cette industrie a contribué à raison de 51% dans les exportations totales, représentant environ 63% de celles du secteur manufacturier. Il s’agit également d’une industrie qui contribue pleinement à la création d’emplois occupant en 1995 presque la moitié de la population active de l’industrie manufacturière. Durant l’année 1996,53% des créations d’emplois industriels enregistrées proviennent de l’ITHC. Cette dernière rassemble plusieurs activités : filature, tissage, confection, broderie, chaussures, etc. Ces entreprises sont, dans leur grande majorité exportatrices, caractérisées par un taux de participation étrangère dans le capital assez élevé.
L’échantillon de départ est composé de 630 entreprises observées à raison de 2 à 12 années chacune durant la période [1983–1994]. Nous avons procédé par la suite à un nettoyage de ces données en utilisant la méthode attribuée à Tukey, basée sur l’écart interquartile de la variable considérée (Kremp, 1995). Sur le plan pratique, les observations situées à plus de trois intervalles interquartiles du premier et du troisième quartiles, sont considérées comme valeurs extrêmes et sont alors écartées [18].

Tableau 1
répartition des entreprises selon le nombre d’années de présence dans l’échantillon
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Tableau 1 : répartition des entreprises selon le nombre d’années de présence dans l’échantillon Périodes d’observation 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Nombre d’entreprises 91 47 72 75 52 39 45 51 49 70 28

Ce nettoyage a abouti à un échantillon de 619 entreprises observées durant la période précitée donnant lieu à 3909 observations. La répartition de ces entreprises selon le nombre d’années de présence figure dans le tableau 1 [19].
Notre échantillon représente des parts importantes dans l’emploi de l’ITHC et ceci sur toute la période d’étude (51% en 1983 et 65% en 1990). Le glossaire suivant récapitule les variables retenues dans l’étude :
Y : La valeur ajoutée (y) à prix constants.
L : L’emploi, mesuré par l’effectif total.
K : Le volume du stock de capital fixe construit suivant la procédure de Mairesse, Dormont et Chanut (1984), c’est-à-dire la valeur historique des immobilisations, est déflaté par un indice de prix d’investissement sectoriel décalé de l’âge moyen des immobilisations (Age).
Age : L’âge moyen du capital.
Qs : La proportion des cadres supérieurs, ingénieurs et agents de maîtrise.
Qu : La proportion des ouvriers et des manœuvres. Wr : Le salaire relatif. Il est calculé comme étant le rapport entre le salaire moyen d’une entreprise (w) et un salaire alternatif (w), celui auquel peut prétendre un salarié s’il était licencié. Celui-ci est pris égal au salaire moyen des firmes appartenant au même quartile de qualification, et donc ayant des structures de qualifications comparables.
Les variables indicatrices :
Act1 =1 si l’entreprise produit dans la branche tissus, filatures et tapisserie, 0 sinon.
Act2 =1 si l’entreprise produit dans la branche des produits de la bonneterie, 0 sinon.
Act3 =1 si l’entreprise produit dans la branche d’habillement et confection, 0 sinon. Il s’agit de la firme de référence.
Act4 =1 si l’entreprise produit dans la branche du cuir et de la chaussure, 0 sinon.
Dpex =1 si l’entreprise est exportatrice, 0 sinon.
Quelques statistiques descriptives des principales variables del’étude sont fournies dans le tableau 2.
Nous remarquons l’hétérogénéité des entreprises constituant l’échantillon en termes de taille. En moyenne, ces entreprises emploient 104 personnes et la majorité (75%) emploient moins de 133 personnes ; il s’agit plutôt de petites et moyennes entreprises conformément au tissu industriel tunisien. Quant au taux d’encadrement, il se situe à un niveau moyen relativement bas de 14% et la majorité des entreprises (75%) sont mal encadrées (18%). Ces résultats traduisent le fait que l’ITHC est une industrie qui emploie intensivement de la main-d’œuvre peu qualifiée. L’âge moyen du capital est de l’ordre 7,2 années en moyenne. Ceci témoigne d’une certaine vétusté des équipements installés.

Tableau 2
statistiques descriptives des variables
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Tableau 2 : statistiques descriptives des variables du modèle Variables Moyenne Ecart-type L 104 147 Y 487244 1231594 K 1293662 3938272 Qs 0,139 0,1 Age 7,2 3,48 Sm 2126 728 Wr 1 0,33

Résultats empiriques
Choix d’une bonne spécification économétrique
Les colonnes 1-2 du tableau 3 fournissent les résultats d’estimation de la frontière Translog [20] (6) obtenus par les méthodes classiques (la procédure “within” corrigée du problème d’hétéroscédasticité et la méthode des MCQG adaptées aux données non cylindrées). Les résultats de ces deux méthodes d’estimation sont sensiblement différents et suggèrent l’existence d’une corrélation entre les régresseurs et l’effet spécifique. Ceci nous a amené à effectuer le test d’Hausman qui s’avère significatif au seuil de 5%. Tenant compte de la portée pratique que peuvent avoir les variables invariantes dans le temps dans la mesure de l’efficience technique, nous avons estimé par la suite le modèle spécifié par la méthode des variables instrumentales de H-T adaptée aux panels incomplets (tableau 3, colonne 3). Le choix des instruments qui soient corrélés aux variables explicatives mais pas à l’effet individuel, n’est pas chose simple sur données d’entreprises. Cette tâche devient plus ardue sur une fonction de production ou les facteurs travail et capital ainsi que l’âge du capital et le salaire relatif sont potentiellement endogènes. Les instruments utilisés ici concernent l’ensemble des variables variantes dans le temps exprimés dans la dimension « Within ». En outre, le salaire de référence, le taux d’encadrement, le secteur d’activité ainsi que la nature exportatrice ou non de la firme sont supposés exogènes. Le choix des instruments est appuyé par le test d’exogénéité d’Hausman (1981).

Tableau 3
résultats d’estimation de la frontière
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Tableau 3 : résultats d’estimation de la frontière Translog Variables Coefficients ( écarts-type) Within H-T sur corrigé MCQG H-T modèlecontraint* ln K-0,51-0,57-0,55-0,56 (0,16) (0,15) (0,25) (0,11) log L 0,71 1,5 0,81 0,8 (0,22) (0,19) (0,25) (0,19) (t-âge) -0,008 0,035-0,0056 - (0,031) (0,029) (0,034) qs 3,24 1,13 2,39 0,45 (1,54) (1,53) (1,74) (0,16) ln K2 0,033 0,041 0,036 0,035 (0,0045) (0,0041) (0,0056) (0,0053) lnK (t-âge) -0,00017 0,00055-0,00023 - (0,0015) (0,0014) (0,0017) lnK lnL-0,032-0,075-0,04-0,039 (0,012) (0,01) (0,014) (0,013) lnK qs-0,089-0,056-0,067 - (0,071) (0,068) (0,081) lnL2 0,019 0,048-0,021 0,025 (0,011) (0,0092) (0,012) (0,011) lnL (t-âge) 0,0029-0,0013-0,0029 0,0025 (0,002) (0,0019) (0,0022) (0,0015) lnLqs 0,028 0,025-0,014 - (0,077) (0,078) (0,09) (t-âge)2-0,26E-04-0,00026-0,37E-04-0,000093 (0,13E-03 ) (0,00013) (0,00015) (0,000044) (t-âge)qs-0,022 0,0022-0,012 - (0,017) (0,016) (0,019) qs2-0,45-0,65-0,45-0,44 (0,2) (0,21) (0,23) (0,22) lnwr 0,14 0,137 0,137 0,13 (0,027) (0,026) (0,03) (0,029) lnwr2-0,086-0,12-0,08-0,082 (0,05) (0,05) (0,056) (0,055) lnwr3-0,074-0,091-0,07-0,07 (0,026) (0,026) (0,029) (0,029) Act1 - 0,16 0,24 0,23 (0,039) (0,044) (0,04) Act2-0,058-0,054-0,05 - (0,045) (0,047) (0,04) Act4 0,099 0,1 0,1 - (0,037) (0,039) (0,039) Dpex 0,21 0,4 0,4 - (0,032) (0,039) (0,038) Constante 8,11 11,3 11,33 - (1,76) (2,15) (0,77) Tests d’Hausman -Within-MCQG χ2 =200,9 - Test d’exogénéité χ2 =0,61 χ2 =0,108 Note : les variables supposées endogènes sont : (t-âge), L, K,W ). Le r salaire de référence est utilisé pour instrumenter le salaire relatif. Nous rappelons également que toutes les variables variantes dans le temps, spécifiées dans le modèle, sont choisies en tant qu’instruments dans la dimension “Within”. L’observation de référence est une entreprise non exportatrice produisant dans la branche habillement. * Dans ce modèle contraint, les variables dont les coefficients sont non significatifs au seuil de 5% sont écartées.

Par ailleurs, nous nous sommes également intéressés au problème d’existence ou non d’un biais de cylindrage lorsqu’on centre l’analyse uniquement sur les entreprises observées durant toute la période considérée. On note à cet effet que le nombre d’entreprises est réduit considérablement lorsqu’on extrait de l’ensemble des don nées u n sous-échantillon cylindré. On passe de 619 à 28 entreprises, d’où une perte d’efficacité en plus d’une imprécision. Par conséquent, nous retiendrons dans ce qui va suivre les résultats obtenus sur les données de p anel incomplets. En co nséquence, l’interprétation économique est basée sur les résultats d’estimation du modèle contraint obtenus par la méthode de Hausman-Taylor adaptée au panel incomplet (tableau 3, colonne 4).
Interprétation économique
D’un point de vue économique, les résultats sont globalement satisfaisants ; les signes et les valeurs des élasticités sont plausibles (tableau 4). L’élasticité de la production parrapport au capital est (au point moyen) de 0,18 et celle du travail est de 0,7. L’impact du facteur travail est nettement supérieur à celui du facteur capital; c’est un résultat attendu car l’ITHC en Tunisie est une industrie où le facteur travail joue un rôle primordial. Les rendements d’échelle sont décroissants.

Tableau 4
élasticités partielles de la production
IMGIMGTableau 4 : élasticités partielles d...IMGIMF
Tableau 4 : élasticités partielles de la production Elasticités Moyenne Écarttype Min. Max. Méd. Q3 Ey L/ 0,7 0,054 0,55 1,06 0,7 0,74 EY K/ 0,18 0,083-0,35 0,43 0,19 0,24 EY t/ -0,0048 0,0028-0,014 0,0058-0,005-0,002 EY wr/ 0,117 0,07-0,64 0,16 0,14 0,16 Ey qs/ 0,32 0,09-0,43 0,45 0,35 0,38

Le progrès technique se manifeste avec un effet négligeable presque nul sur la production durant toute la période d’étude. Ce résultat peut être dû à l’existence de firmes publiques dans l’échantillon. En outre, ceci peut être expliqué par le fait que le secteur ITHC est intensif en travail, ce qui empêche les firmes d’exploiter les gains de productivité provenant de la substitution du capital au travail (Dharwan et Gerdes, 1997).
Par ailleurs, la structure des qualifications de la main-d’œuvre est déterminante du niveau de la production, avec un effet positif de la part des cadres supérieurs et des agents de maîtrise. Le capital humain constitue un facteur significatif dans les sources de gains de productivité de l’ITHC.
La prise en compte de l’appartenance sectorielle sous forme de variables de contrôle invariante à travers le temps s’avère significative, ce qui confirme l’hétérogénéité du comportement productif selon les branches d’activité. On note que les branches de la filature, tissage et tapisserie et cuir et chaussures apparaissent, en moyenne, plus productives en comparaison à celle de l’habillement. En revanche, la branche bonneterie est moins productive. Par ailleurs, les entreprises exportatrices présentent en moyenne, toutes choses étant égales par ailleurs, un gain de productivité de l’ordre de 47% par rapport aux entreprises non-exportatrices. Ce résultat souligne l’importance de l’effet “d’apprentissage” dont bénéficient les entreprises ouvertes sur le marché extérieur [21].
Le salaire relatif apparaît comme un facteur d’incitation et de motivation pour les employés, fortement déterminant de leur effort et alors source de gains de productivité. Le test formulé en (7) ne rejette pas la pratique d’une politique d’efficience salariale. L’élasticité de la production par rapport au salaire relatif est de l’ordre de 0,12 en moyenne. Il est vrai que cette validation empirique puisse trouver des fondements théoriques en dehors de la théorie du salaire d’efficience, à l’instar de celles du capital humain et du partage de profit. Or, si la première théorie a été prise en considération suite à l’introduction de la structure de qualification de la main-d’œuvre dans la fonction de production, la deuxième se prête mal au contexte tunisien puisque le partage du profit est une pratique non courante en Tunisie.
Finalement, ces estimations vont nous permettre, selon une procédure déjà présentée (Schmidt et Sickles, 1984, adaptée au non-cylindré), de dégager des mesures de l’efficacité technique. Pour éviter la sensibilité des mesures de l’efficacité aux valeurs extrêmes (les firmes extra-efficientes), nous présentons au tableau 5 les mesures relatives aux 10% des firmes techniquement les plus efficaces dans l’échantillon.
La dimension “within” fournit une estimation plus faible du niveau d’efficacité. La méthode des MCQG surestime l’efficacité de l’ordre de 4% en comparaison aux résultats obtenus par la méthode des variables instrumentales qui fournissent une efficacité moyenne de l’ordre de 61%. Ceci peut être interprété par le fait, qu’en moyenne, les firmes peuvent augmenter leur production de 39% en utilisant les mêmes quantités d’inputs, mais d’une manière plus performante voire optimale. Ces résultats sont en conformité avec ceux de Chaffaï (1996) [22] et compatibles avec d’autres études sur les pays en voie de développement (voir Tybout, 2000).
L’analyse de la distribution de l’efficacité technique par branche d’activité montre au tableau n°6 que les entreprises de la branche cuir et chaussures sont, en moyenne, les moins efficaces. Ces résultats semblent en parfaite concordance avec la réalité économique du secteur du fait de son ouverture limitée sur l’extérieur.
L’analyse de la distribution de l’efficacité technique selon l’âge du capital montre, au tableau 7, que les entreprises qui investissent dans des nouveaux équipements sont nettement plus efficaces que celles qui maintiennent les anciens équipements.

Tableau 5
distribution de l’efficience technique selon les spécifications économétriques retenues
IMGIMGTableau 5 : distribution de l’effici...IMGIMF
Tableau 5 : distribution de l’efficience technique selon les spécifications économétriques retenues H-T Efficacité technique* (%) WITHIN MCQG Non contraint Contraint Moyenne 57,7 64,6 60,5 61 1er quartile 42 54,5 48 49 Médiane 57 64,5 60 61 3ème quartile 72 75 71,5 73


Tableau 6
distribution de l’efficacité technique par branche d’activité
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Tableau 6 : distribution de l’efficacité technique par branche d’activité Efficacité technique (%) Branches d’activité Moyenne 1er quartile Médiane 3ème quartile Tissus, filature et tapisserie 63 49 63 76 Produits de la bonneterie 62,5 52 65,2 72,5 Habillement 61,6 49,3 60,5 73 Cuir et Chaussures 58 48,5 56,7 68,4


Tableau 7
distribution de l’efficacité selon l’âge moyen du capital
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Tableau 7 : distribution de l’efficacité selon l’âge moyen du capital Tranche d’âge des équipements Efficacité technique(%)Moyenne 1er quartile Médiane 3ème quartile 0,5-10ans 62,5 51 62,7 74 10 ans-45 ans 55,5 41,5 53,5 63,6


Tableau 8
mesure du niveau annuel moyen
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Tableau 8 : mesure du niveau annuel moyen d’inefficacité due à l’effort des employés (%) Année 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 EWE 6,3 5,2 5,2 4,2 3,3 2,5 1,7 1,3 4,8 5,4 4,3 4,9

Finalement, nous avons dégagé une inefficacité moyenne variable à travers le temps, due à une mauvaise utilisation du facteur travail associée à un manque de motivation salariale.
L’inefficience moyenne, attribuable à l’utilisation du travail, plus précisément, reliée à l’effort est en moyenne estimée à 4%. Ce différentiel de production par rapport au niveau optimal semble assez faible et s’associe à un manque de motivation salariale. Cette faiblesse peut être expliquée par le fait que dans l’industrie du textile en Tunisie, composée essentiellement de petites et moyennes entreprises avec une main d’œuvre faiblement qualifiée, les procédures de contrôle sont faciles à mettre en œuvre ainsi que les moyens d’incitation autres que le salaire d’efficience, tel que le paiement d’heures supplémentaires. En conséquence, les pratiques du salaire d’efficience devraient concerner ici plutôt le personnel hautement qualifié, compte tenu de sa rareté. Ce constat serait davantage conforté si on pouvait disposer des salaires par qualification de manière à pouvoir étudier la relation d’efficience par qualification. [23]
En somme, l’inefficacité due à un manque d’incitation salariale est assez faible. L’inefficacité technique peut être attribuée à d’autres facteurs, nous citons particulièrement le problème d’absentéisme qui est un grand handicap dans le secteur ITHC en Tunisie. D’autres facteurs, tels qu'une mauvaise utilisation du capital et une vétusté des équipements, peuvent être à l’origine de cette inefficacité.
 
Conclusion
 
 
L’objet de ce travail a consisté à identifier deux composantes de l’inefficience technique : une première composante stochastique, non observable, spécifique aux entreprises, et une deuxième variable à travers le temps associée à un manque d’effort de la part des employés imputable à un manque de motivation salariale. Grâce aux techniques des variables instrumentales adaptées aux panels incomplets, il a été possible d’estimer la composante aléatoire tout en tenant compte des effets spécifiques à la firme.
La frontière de production stochastique estimée a été représentée par une forme Translog dans laquelle les facteurs capital et travail ont été mesurés en intégrant certaines de leurs caractéristiques qualitatives. Ceci nous a permis d’étudier les effets du progrès technique ainsi que ceux des qualifications sur la productivité. Cette fonction a été augmentée d’une fonction d’effort afin d’étudier la relation productivité-salaire d’une part et de mesurer l’efficacité de la politique salariale pratiquée au sein de l’entreprise d’autre part. Ceci a permis de dégager l’inefficience technique imputable à un manque d’effort traduisant le manque d’incitations salariales.
L’étude empirique a porté sur un échantillon de 619 entreprises de l’ITHC observées sur la période [1983-1994]. Des tests de spécification de Hausman portant sur le choix d’un effet fixe ou aléatoire de l’inefficience technique, l’existence de biais de cylindrage ont été effectués afin de retenir la meilleure spécification. Le choix des instruments a été également appuyé par un test d’exogénéité.
Les résultats empiriques ont fait ressortir des rendements d’échelle décroissants avec une élasticité partielle du travail assez importante. Une détérioration productive a été observée sur la période [1983-1990]. La structure de qualification de la main-d’œuvre est apparue déterminante de la productivité. Le capital humain est alors source de gains de productivité. Une hétérogénéité a été relevée dans le comportement productif des entreprises selon les branches d’activité. Le salaire relatif constitue un facteur de motivation déterminant de la productivité, d’où l’importance de la politique de gestion de la main-d’œuvre. Les entreprises exportatrices bénéficiant d’un effet d’apprentissage présentent, en moyenne, un gain de productivité de l’ordre de 47% par rapport aux entreprises non-exportatrices.
La mesure de l’efficacité retenue a été celle dégagée à partir de l’estimation de Hausman-Taylor adaptée aux panels incomplets. En moyenne, elle a été de l’ordre de 61%. Ceci permet de conclure que les firmes peuvent augmenter leur production de 39% avec les mêmes quantités de facteurs utilisés. La branche cuir et chaussures apparaît comme étant la moins efficace. Ce résultat semble en conformité avec la réalité économique compte tenu du faible degré d’ouverture de cette branche sur l’extérieur. La mesure de l’inefficacité de l’effort a été en moyenne de l’ordre de 4% signalant ainsi que la politique salariale pratiquée n’a pas été à l’origine de l’inefficacité technique observée. Celle-ci est plutôt due à d’autres facteurs, nous citons ici le problème d’absentéisme que rencontre l’ITHC en Tunisie. D’autres facteurs tels que l’utilisation du capital, la vétusté des équipements, peuvent être à l’origine de l’inefficacité technique observée.
 
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NOTES
 
[(*)]Unité de recherche en Econométrie Appliquée (URECA), Département d’Economie, Institut supérieur de Comptabilité et d’Administration des Entreprises. E-mail : Rim. MMouelhi@ iscae. rnu. tn
[(**)]URECA, Département de Méthodes Quantitatives, Institut des Hautes Etudes Commerciales, 2016 Cartage. E-mail : mm. goaied@ planet. tn
[(1)]La valeur ajoutée des industries manufacturières a observé, sur la période [1987-1997], une croissance moyenne à prix constant de l’ordre de 5,6% représentant près de 27,4% de celle de l’ensemble de l’économie. Ses exportations couvrent environ 85,3% des exportations de biens totales du pays.
[(2)]À l'instar des pays méditerranéens, la Tunisie bénéficie auprès de l'Union européenne de traitement préférentiel concernant l’industrie du textile qui lui a permis, par rapport aux concurrents asiatiques, soumis aux accords multi-fibres, de conquérir une part importante du marché européen. Toutefois, depuis 1995, on assiste à la suite des accords de l'Uruguay Round à un démantèlement progressif de ces accords protectionnistes permettant une intégration progressive des produits du textile au GATT durant la période allant de 1995 à 2005.
[(3)]Berger et alii (1997) soulignent cependant que la frontière Translog n’est que localement flexible. Ils signalent la tendance actuelle à privilégier des formes fonctionnelles globalement flexibles, telle que la forme de Fourrier. Les auteurs mentionnent aussi la relation inverse entre la flexibilité de la forme fonctionnelle et la mesure de l’efficacité technique.
[(4)]À l’instar de Huang, Hallam, Orazem et Paterno (1998), nous évitons d’introduire la fonction d’effort de façon multiplicative sur l’emploi pour ne pas contraindre l’élasticité de l’effort par rapport au salaire à l’unité.
[(5)]La fonction d’effort retenue par Kumbhakar (1991) est différente de la nôtre. Elle est exprimée en fonction de facteurs sociaux et institutionnels affectant l’effort des travailleurs. Il s’agit de la variable taux de chômage et de cette même variable croisée avec une variable d’ancienneté. Dans cette étude, l’introduction du taux de chômage global (le seul disponible) dans la fonction d’effort a fourni des résultats non significatifs.
[(6)]À titre indicatif, une régression non paramétrique de la production en fonction du salaire relatif, selon la méthode de Kernel, signale l’existence d’une relation non linéaire entre ces deux variables (voir Silverman, 1986).
[(7)]La prise en compte de la structure de qualification mériterait la formulation de fonction d’effort par qualification à l’instar de Blanchard et Sevestre (1999). Ceci n’a pas été possible de mettre en œuvre dans cette étude car nous ne disposons pas de données statistiques relatives aux salaires par qualification.
[(8)]Un excellent "survey" sur les différentes applications des frontières de production dans le contexte des données de panel existe dans Cornwell et Schmidt (1996).
[(9)]Il s’agit en fait de la composante persistante de l’inefficience technique présente dans le modèle sous la forme d’un effet aléatoire spécifique aux firmes.
[(10)]Cornwell et Schmidt (1996) soulignent, dans le contexte des frontières de production stochastiques avec données de panels, que certaines firmes peuvent être en connaissance de leur niveau d'efficience technique. Ceci pourrait affecter leur choix au niveau des quantités d'inputs engagées dans le processus de production.
[(11)]Cette convergence est réalisée lorsque N ou Ti → ∞, abstraction faite d'une éventuelle corrélation entre les inputs et l'effet spécifique individuel.
[(12)]Nous exprimons notre reconnaissance envers un des rapporteurs anonymes qui attire notre attention sur la fait que, par application directe du théorème de Kruskal(1968), les mco sont blue dans un modèle à effets fixes, en panel incomplet, même en présence de perturbations hétéroscédastiques. Néanmoins, les écarts-types donnés par les logiciels en mco sont erronés car ne tenant pas compte de l’hétéroscédasticité, d’ou l’intérêt de la transformation opérée.
[(13)]Les estimateurs "Between" de β et γ sont obtenus en appliquant la procédure des mco sur le modèle transformé comportant, pour chaque variable, les N moyennes individuelles. Les estimateurs obtenus sont sans biais, mais non efficaces à cause de l'hétéroscédasticité des erreurs du modèle transformé. Contrairement à l'approche "within", ce phénomène est difficile à traiter dans cette dimension. Guillotin et Sevestre (1994) proposent des estimateurs convergents des variances en adoptant les moindres carrés asymptotiques.
[(14)]Il est utile de rappeler que α α i i i u= - * *.
[(15)]En fait, N doit être élevé pour garantir la convergence des estimateurs des Moindres carrés généralisés de β et γ.
[(16)]Pour la définition des instruments, on se place dans les conditions classiques de Hausman et Taylor (1981) qui suggèrent de partitionner les matrices des variables X et Z en deux sous-ensembles : X1 (k1 variables) et Z1p1 variables) qui ne sont pas corrélées avec l’effet spécifique, X2 (k2 variables) et Z2p2 variables) qui le sont. La condition d’identification est k p 1 2 >.
[(17)]Goaïed et Mouelhi (2000) montrent une certaine uniformité des résultats d’estimation par la méthode de Hausman et Taylor (1981) des paramètres de la frontière d’efficience et de la mesure de l’efficience technique, lorsqu’on néglige la pondération par le paramètre θi des instruments définis dans la dimension « Between ».
[(18)]Le nettoyage du fichier est basé sur la variable salaire.
[(19)]Nous avons exclu de notre champ d’analyse 127 entreprises observées durant une seule année.
[(20)]Un test de Fisher classique a abouti au rejet de la forme Cobb-Douglas au profit de la Translog.
[(21)]La significativité statistique de ces variables, invariantes dans le temps, légitime encore une fois le recours aux méthodes avec variables instrumentales.
[(22)]Chaffaï(1996) a considéré des spécifications où l’efficacité est variable à travers le temps. Plus précisément, pour l’ITHC, il a trouvé que l’efficacité technique est presque invariante durant la période [1983-1991], avec une moyenne de l’ordre de 59,5%.
[(23)]L’estimation du même modèle sans la variable salaire relatif conduit à des mesures de l’efficacité technique comparables.
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À titre indicatif, une régression non paramétrique de la p...
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[(7)]
La prise en compte de la structure de qualification mériter...
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[(8)]
Un excellent "survey" sur les différentes applications des ...
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[(9)]
Il s’agit en fait de la composante persistante de l’ineffi...
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[(10)]
Cornwell et Schmidt (1996) soulignent, dans le contexte de...
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[(11)]
Cette convergence est réalisée lorsque N ou Ti → ∞, abstra...
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[(12)]
Nous exprimons notre reconnaissance envers un des rapporte...
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[(13)]
Les estimateurs "Between" de β et γ sont obtenus en appliq...
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[(14)]
Il est utile de rappeler que α α i i i u= - * *. Suite de la note...
[(15)]
En fait, N doit être élevé pour garantir la convergence des...
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[(16)]
Pour la définition des instruments, on se place dans les c...
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[(17)]
Goaïed et Mouelhi (2000) montrent une certaine uniformité ...
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[(18)]
Le nettoyage du fichier est basé sur la variable salaire. Suite de la note...
[(19)]
Nous avons exclu de notre champ d’analyse 127 entreprises ...
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[(20)]
Un test de Fisher classique a abouti au rejet de la forme ...
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[(21)]
La significativité statistique de ces variables, invariante...
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[(22)]
Chaffaï(1996) a considéré des spécifications où l’efficaci...
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[(23)]
L’estimation du même modèle sans la variable salaire relat...
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