2001
Économie et Prévision
Décisions d’investissement et de démantèlement sous incertitude : une application au secteur électrique
Corinne Chaton
[(*)]
L’objectif de cette étude est d’utiliser la théorie des options réelles pour tenter de répondre à la question suivante : faut-il,
en France, investir dans de nouvelles unités électronucléaires ou faut-il démanteler certaines unités existantes ? Le modèle
théorique élaboré détermine deux seuils de prix qui définissent les règles d’investissement et de démantèlement dans le
cas d’une firme réglementée, neutre au risque et qui ne connaît pas le prix futur de son intrant. Il fournit aussi une lecture a
posteriori des choix passés de construction des centrales nucléaires françaises. La principale conclusion est que sous un
certain nombre d’hypothèses théoriques et empiriques, il est optimal actuellement de ne pas modifier la capacité
électronucléaire française. D’autres conclusions, plus générales, découlent du modèle théorique. Ainsi, un accroissement
de l’incertitude facilite l’investissement, retarde le démantèlement et élargit l’intervalle des prix de l’intrant pour lesquels
il n’y a pas de modification des capacités de production.Mots-clés :
investissement, irréversibilité partielle, incertitude, inélasticité, options.
The purpose of this study is to use real options theory to answer the following question: Is it necessary, in France, to invest
in new nuclear power units or should some of the existing units be decommissioned? The theoretical model developed
establishes two price thresholds which determine investment or decommissioning rules for a regulated risk-neutral firm
which does not know the future price of its input. It also provides an empirical reading of past choices in construction of
French nuclear power plants. The main finding is that, on a certain number of theoretical and empirical assumptions, it is
optimal at present is to leave French nuclear power capacity unchanged. Other more general findings follow from the
theoretical model. Thus an increase in uncertainty facilitates investment, defers decommissioning and extends the range
of input prices for which there is no change in capacity.Keywords :
investment, partial irreversibility, uncertainty, inelasticity, options.
Je remercie Anne Épaulard ainsi qu’un rapporteur anonyme
pour leurs commentaires.
Dans beaucoup d’industries, dont l’industrie
électrique, les aléas sur les prix des intrants et sur la
demande sont importants et doivent être pris en
compte par le décideur au moment des décisions
d’investissement. Les décisions de construction de
centrales électriques en gen drent des
investissements partiellement irréversibles. Bien
que ces dépenses d’investissement soient
irrécupérables, l’électricien dispose d’une certaine
liberté d’action sur le rythme de son investissement
et peut ainsi différer celui-ci afin de disposer de plus
d’information surles conditions futures du marché.
L’irréversibilité partielle et la possibilité de retarder
les décisions d’investissement et les décisions de
d émantèlement gén èren t u ne optio n
d’investissement et une option de désinvestissement
(ou démantèlement). Lorsque la firme modifie ses
capacités, elle exerce so it son optio n
d’investissement, soit son option de démantèlement.
Elle renonce alors à la possibilité d’attendre de
nouvelles informations susceptibles d’affecter la
désirabilité ou la durée de l’investissement. La firme
pourra toujours désinvestir si les conditions du
marché lui deviennent défavorables, mais elle ne
recouvrera pas tous ses coûts. De même, si elle
décide de fermer de manière définitive certaines de
ses unités et si les conditions du marché lui
deviennent favorables, elle ne pourra pas réouvrir sa
centrale et sera obligée d’investir dans de nouvelles
capacités. La valeur de ses options perdues est un
coût d’opportunité qui doit être considéré lors de la
prise de décision. L’option d’accroître ou l’option de
diminuer les capacités productives du secteur
électrique s’inscrit dans le domaine des applications
de la théorie des décisions d’investissement
irréversibles prises en environnement incertain.
Dans cet article, nous appliquons la théorie des
options réelles aux choix concernant le parc
électronucléaire français. Le modèle théorique que
nous construisons fournit une lecture a posteriori des
choix d’investissement qui ont été faits depuis les
années soixante-dix et donne quelques éléments de
réponse à la question de savoir s’il faudrait
aujourd’hui démanteler certaines unités. Cette
question est d’actualité puisque, du fait des
prévisions passées optimistes sur la croissance de la
d emande in térieu re d’électricité, le parc
électronucléaire français est actuellement
surdimensionné.
La littérature relative aux décisio ns
d’investissement irréversibles en environnement
économique incertain s’est énormément enrichie
durant les dernières décennies avec les contributions
de McDonald et Siegel (1986), Pindyck (1988),
Caballero (1991), Abel (1983), Smith (1994) et Dixit
(1995). Ces auteurs considèrent une firme qui prend
des décisions d’investissement totalement
irréversibles mais les possibilités de fermer
provisoirement ou définitivement les unités
productives sont rarement modélisées. Leurs
modèles ne peuvent donc pas être utilisés tels quels
pour définir les décisions de construction de
centrales électriques. Le modèle théorique proposé
par Dixit (1989), qui traite simultanément des
stratégies d’investissement et de fermeture, et celui
de Pindyck (1988), qui considère que certaines
unités de capital peuvent ne pas être utilisées sous
certaines conditions du marché, sont davantage
appropriés aux décisions d’investissement, de
démantèlement et de fermeture provisoire que doit
prendre le décideur d’une compagnie qui produit de
l’électricité. Dans ces deux articles cependant, c’est
sur le prix du bien final ou sur la demande que porte
l’incertitude et les décision s o ptimales
d’investissement et de fermeture sont alors
déterminées sous l’hypothèse qu’aucune incertitude
ne pèse sur l’évolution des coûts variables. Cette
dernière hypothèse n’est pas valable pour le secteur
électrique où les effets des aléas relatifs au prix des
intrants peuvent être plus conséquents que ceux
induits par les aléas de demande.
Par ailleurs, si l’intérêt porte sur les décisions
d’investissement et de démantèlement dans des
centrales électriques, non seulement les prix des
intrants doivent être aléatoires mais de plus le
modèle doit inclure des contraintes de capacité et une
demande qui puisse être relativement inélastique au
prix afin de rendre compte du mieux que possible des
caractéristiques spécifiques à l’industrie électrique.
Nous proposons donc une version légèrement
modifiée du modèle de Chaton (1997) afin d’établir
une règle d’investissement et une règle de
démantèlement pour des centrales nucléaires. Ces
règles sont chacune définies par un seuil du prix de
l’intrant, fonction de la capacité installée, et peuvent
être résumées ainsi :
investir (désinvestir) immédiatement si le prix
courant de l’intrant est inférieur (supérieur) au seuil
de prix d’investissement (de démantèlement).
La première partie de cette étude expose les
hypothèses du modèle et les données. Les règles de
production sont déterminées. Dans la deuxième
partie, les règ les d’investissement et de
désinvestissement sont définies. Le système
d’équations permettant de dériver ces règles n’a pas
de solution analytique, plusieurs simulations ont été
réalisées. Les résultats de celles-ci sont présentés
dans la troisième partie dans le cas d’une application
au parc électronucléaire français.
Les hypothèses, les données et les
décisions de production
La demande d’électricité
De manière très schématique et habituelle, en
environnement certain, la part d’électricité produite
à imputer aux différents équipements peut être
déduite des coûts complets actualisés de chacun des
équipements et de la monotone annuelle de demande
(voir les graphiques 1 et 2). Cette monotone est
obtenue par classement par ordre décroissant des
puissances horaires appelées durant une année.
Graphique 1
monotone annuelle (ou monotone de
charge)
Graphique 2
monotone de production
À capacité de production donnée, l’énergie
électrique fournie par un moyen de production
(nucléaire, charbon, gaz, fuel,...) est déterminée à
partir des énergies fournies par les autres types de
centrale et de la monotone. En effet, cette énergie est
calculée par empilement des moyens de production
dans la monotone de charge en fonction de leur ordre
de mérite, c’est-à-dire par ordre croissant des coûts
de production de court terme.
En France, le parc nucléaire est consacré à la
satisfaction de la demande de base (puissance
minimale appelée durant une année) et une partie de
la demande de semi-base et des exportations. Ces
demandes s’élèvent actuellement en France à 35
GWe pour la demande de base et environ à 50 GWe
pour la demande de semi-base et peuvent être
considérées comme peu aléatoires, contrairement à
la demande de pointe (puissances appelées un très
petit nombre d’heures dans une année).
Même si la demande d’électricité est réputée peu
élastique au prix, le modèle utilisé n’impose a priori
aucune restriction sur la valeur de cette élasticité.
Considérons une firme qui produit de l’électricité à
partir d’une seule technologie (la technologie
nucléaire) pour satisfaire la demande de base et de
semi-base. La firme fait face à l’équation inverse de
demande
où P est le prix de l’électricité, Q le flux courant de
B bien (l’électricité), Y et δ des constantes et
l’élasticité prix de la demande.
Remarques :
- et
- La d emande isoélastiqu e définie par
P Q Y Q( ) =-ε est un cas particulier de
B P Q Y QB ( ) ( )= +- δε avec δ = 0.
- Si δ = 0 quand P tend vers l’infini, la valeur du
surplus du consommateur est finie si et seulement si
-
c’est-à-dire la demande doit être
relativement élastique. Cette restriction n’a pas
besoin d’être imposée lorsque la spécification de la
demande est définie par (1) avec δ > 0
La façon dont les paramètresY, δ et εont été calibrés
pour les applications du modèle sera précisée dans la
suite de l’article.
L’offre d’électricité
Pour produire Q unités d’électricité (kWh) la firme a
besoin :
- d’une capacité installée K (en GW) qui doit être
supérieure ou égale à Q/c, où c ∈ ] , ]0 1 représente le
taux de disponibilité des équipements,
- de bQ unités d’input.
Selon l’étude “Les coûts de référence de la
production électrique” réalisée par la DIrection du
Gaz, de l’Électricité et du Charbon (DIGEC), en mai
1997, la disponibilité des centrales nucléaires
s’élève à 84% pour un fonctionnement en base. Cette
disponibilité est égale à (1 – le taux d’indisponibilité
fortuite)×(1 – le taux d’entretien). Pour les centrales
nucléaires, le taux d’indisponibilité fortuite est de
3 %. Le taux d’entretien moyen, fonction du nombre
d’heures d’appel, s’élève à 13,4 % pour un
fonctionnement en base. Par suite, pour une capacité
effectivement disponible de 35 GWe pour un
fonctionnement en base, il faut une capacité installée
de 41,6 GWe. Le taux d’entretien moyen s’élève à
10% pour une durée d’appel de 5 000 heures. Pour
satisfaire les demandes de base et semi-base (50
GWe), en supposant une disponibilité uniforme de
80% au cours de l’année, la capacité installée doit
donc s’élever à 62,5 GWe (en 2001 la capacité
installée est de 62,95 GWe). Pour une capacité
installée K Q c≥ /, la production de Q unités
engendre un coût total, noté C(Q, K, P ), où P est le
prix de l’uranium. Ce coût total (hors coût
d’investissement) est supposé être une fonction
séparable des coûts d’opération, notés CV, et des
coûts d’exploitation, notés CF. Ces deux coûts sont
définis comme suit
et par conséquent C(Q, K, P) = bPQ + aK.
La valeur des coûts est calibrée sur celle des coûts des
futures centrales nucléaires françaises. Ces valeurs
(voir tableau 1) ont été extrapolées de l’étude DIGEC
(1997). Ce coût de production hors investissement
(le coût d’opération 0,0027 × 400 plus le coût
d’exploitation 6,6 centimes de franc par kilowatt
heure (cF/kWh) est évalué à 7,68 cF/kWh pour un kg
d’uranium à 400 F. Les coûts d’exploitation
englobent ici les charges d’exploitation et le coût
fixe lié, entre autres, à l’immobilisation du
combustible dans le cœur.
Les décisions de production sont faites en
environnement certain. Cette hypothèse est vérifiée,
si nous nous intéressons au secteur électrique. En
effet, le producteur connaît le prix du combustible
qu’il utilise pour générer de l’électricité. De plus,
l’électricité est un bien qui ne peut pas être stocké. En
conséquence, il ne peut pas décider de produire
maintenant sous prétexte que demain le prix de
l’intrant va augmenter. Il pourrait au mieux stocker
les combustibles. Nous supposerons ici qu’il n’en est
rien. De même, pour simplifier l’analyse,
l’ouverture à la concurrence du marché de
l’électricité n’est pas considérée.
Tableau 1
paramètres économiques de l’installation
Tableau 1 : paramètres économiques de l’installation
Pi Coût d’investissement (F/kW ) 10800
Pa Coût de démantèlement (F/kW ) 1620
a Coût fixe de production (cF/kWh) 6,6
b Paramètre du coût variable de production 0,0027
c Taux de disponibilité (%) 0,84
Lorsque le prix courant de l’intrant est égal à P et si la
capacité installée est K, le surplus social maximal est
donné par S(K,P) = max (U(Q) – C(Q,K,P)) sous les
contraintes 0 ≤ ≤Q cK.
Trois cas sont à envisager :
- soit l’équipement est utilisé à pleine capacité ;
- soit il est utilisé partiellement ;
- soit la firme ne produit pas.
alors l’équipement est utilisé à
pleine capacité. La production optimale est alors
Q cK 1* = et le surplus social net maximal est
Si
alors l’équipement est
partiellement utilisé. La production est alors
et la valeur maximale du surplus
social est
Enfin, sous l’hypothèse que
le niveau de
production est nul, Q3 0 * =, et le surplus social net
maximal négatif est
Les hypothèses faites sur les formes fonctionnelles
des fonctions d’offre et de demande d’électricité
nous permettent d’identifier la valeur maximale que
le paramètre d’échelle Y peut prendre. Le
raisonnement est le suivant : à parc de production
électrique donné (nucléaire, charbon, gaz, fuel),
l’énergie qui peut concurrencer le nucléaire est le
charbon. En effet, les centrales au charbon suivent
les centrales nucléaires dans l’ordre de mérite (type
de centrales ayant les coûts variables les plus faibles
après le nucléaire). Sous l’hypothèse que le coût de
production des centrales à charbon s’élève à 13,3
cF/kWh (coût d’exploitation 4,1 cF/kWh + coût du
combustible 9,2 cF/ kWh), compte tenu du coût fixe
de production et du paramètre de coût variable pour
les centrales nucléaires, il est préférable de faire
fonctionner les centrales au charbon avant les
centrales nucléaires si le prix de l’uranium est
supérieur à (13,3 – 6,6/0,84)/0,0027 soit 2015 F/kg.
À titre d’indication (voir graphique 3) ce
raisonnement a été effectué sur les données issues
des historiques des exercices PEON (la commission
PEON est une commission consultative pour la
production d’électricité d’origine nucléaire) et
DIGEC. Jusqu’en 1974, l’énergie concurrente du
nucléaire était le fuel. À partir de 1976, le coût futur
de production (hors coût d’investissement) des
centrales nucléaires est comparé au coût futur de
production des centrales au charbon. Les pics
correspond ent au premier choc pétro lier
(1973-1974), au second et à l’après-choc
(1979-1984).
Sous l’hypothèse que les capacités des centrales au
charbon soient suffisantes pour satisfaire la demande
de base, que le coût de production des centrales à
charbon s’élève à 13,3 cF/kWh et si les valeurs des
paramètres deδetεsont celles du tableau 2, on déduit
du cas, évoqué ci-dessous, dans lequel l’entreprise
ne produit pas
que
Y < 5 4,
[1]. Dans la
suite de l’étude, on prendra
Y = 6.
Graphique 3
seuils de production (prix à partir
duquel les centrales au fuel (jusqu'en 1974) et les
centrales au charbon (à partir de 1974) sont appelées
avant le nucléaire)
Les coûts d’investissement et de démantèlement
Les unités productives sont supposées ne pas se
déprécier et ont une durée de vie infinie. Elles
peu ven t être instantanément installées
(respectivement fermées) au coût unitaire
P (respectivement P ). Le coût de fermeture
IF comprend, entre autres, le coût de nettoyage, de
remise à l’état initial du site où se situent les unités
qui vont être fermées. Il est possible que ce prix P
F soit négatif. Ce cas pourrait se produire si la firme
trouve des acheteurs pour ces unités, mais plus
vraisemblablement si le site appartient à la firme et
que celle-ci après nettoyage, remise à neuf, trouve
des acquéreurs à ce site. Cependant, la firme ne peut
pas faire de bénéfice si elle ne produit rien,
c’est-à-dire P P+ > 0. Donc, si à n’importe quel
I F instant t, la variation de la capacité installée est ΔK la
firme doit supporter un coût égal à Pt si ΔK est
positif, - P ΔΚ si ΔK est négatif (elle fera un gain
F égal à P KF Δ si ΔK et si PF sont négatifs).
D’après les données de l’étude DIGEC, le coût
d’investissement est évalué à 10800 F/ kW pour un
taux d’actualisation à 5%. Il comprend les coûts de
construction, les frais de maîtrise d’œuvre, les frais
d’exploitation et les aléas sur le planning. Les coûts
de démantèlement sont estimés à 15 % du coût
complet d’investissement, soit 1620 F/kW.
Les prix futurs de l’uranium
Compte tenu des capacités deproduction, le décideur
doit opter pour des investissements qui seront
pro duct ifs dans le futur. L es déci sions
d’investissement et de démantèlement sont donc
prises, en environnement incertain, par un
planificateur social qui maximise le bien être social.
Au moment où ces décisions sont déterminées, les
valeurs futures du prix de l’intrant sont aléatoires.
Bien que les coûts de production de l’électricité par
les centrales nucléaires ne dépendent que faiblement
du prix de l’uranium dont l’évolution est incertaine,
la volatilité de ces prix doit être considérée.
Par hypothèse, ce prix, exogène, suit le mouvement
brownien géométrique suivant
où dz est l’incrément d’un processus de Wiener, la
constanteα est le paramètre du taux de croissance du
prix de l’intrant et la constante σ est le paramètre de
variance proportionnelle. Cette forme fonctionnelle
permet de décrire l’évolution d’une variable toujours
positive, tel les prix.
Soulignons que plusieurs marchés de l’uranium
existent et donc plusieurs prix. Il est possible de
distinguer les prix dit « de contrats » qui concernent
les échanges sous contrat à long terme et les prix
« spots » valables pour les transactions de très court
terme. Les contrats long terme sont signés cinq à dix
ans avant la livraison. Ils font l’objet de rajustement
au moment de cette livraison afin de tenir compte de
l’évolution du marché et de la tendance des prix
spots. Dans la mesure où le nombre d’intervenants
(acheteurs et vendeurs) est limité, il est difficile de
d issimuler dans une valeu r moy enne les
informations à caractère commercial. Ceci peut
expliquer pourquoi il n’y a pas de données
statistiques officielles portant sur les prix de
contrats. Toutefois, il est possible d’avoir certaines
informations éparses dans la presse spécialisée (par
exemple «Nuclear Fuel »). Bien que les prix spots ne
concernent que quelques pourcentages en volume de
transactions, ils ont des impacts sur le marché. En
effet, ils servent d’indicateur à l’établissement des
prix des contrats long terme. Ces prix font l’objet de
publication par NUKEM. De plus, le Commissariat à
l’Énergie Atomique (CEA) publie, tous les ans, dans
son « Mémento sur l’Énergie » les prix moyens de
l’uranium pondérés des contrats à long terme et les
prix moyens annuels des échanges à court terme. Ne
disposant pas de données suffisantes pour estimer les
paramètres de spécification de prix, une forme
fonctionnelle facilitant les calculs analytiques a été
retenue, à savoir le mouvement brownien
géométrique (équation (5)). Les valeurs des
paramètres ( , )α σ du processus de prix ainsi que
celles des paramètres δ et ε de la fonction de
demande ont été calibrées en supposant que les
décisions passées d’investissement étaient
optimales compte tenu des informations disponibles
et des prévisions (optimistes) de l’époque.
Un modèle théorique d’investissement
et de démantèlement
Le planificateur social, neutre au risque, a pour
objectif de maximiser la valeur actualisée espérée de
l’utilité sociale nette du coût d’expansion et de
diminution des capacités. En conséquence, si r est le
taux d’intérêt, la fonction objectif s’écrit
avec
Le taux de croissance espéré du prix de l’intrant, α,
doit être inférieur au taux non risqué, r. Dans le cas
contraire, il n’y aurait pas d’optimum car l’attente
serait toujours une meilleur politique que
l’investissement ou le démantèlement. En effet
l’intégrale
serait indéfinie.
Soit W (K, P) la valeur maximale de la fonction
objectif définie ci-dessus, en fonction de l’état initial
(K, P), c’est-à-dire la fonction valeur de Bellman.
Une variation du capital d’un montant dK génère un
coût irrécupérable Pv dK et modifie la fonction valeur
d’un montant W K P dKK ( , ).
La politique optimale d’investissement et celle du
démantèlement de certaines unités productives vont
être déterminées à l’aide de deux seuils de prix.
P K inv ( ), le seuil de prix pour l’investissement,
c’est-à-dire pour tout prix de l’intrant situé en
dessous de ce seuil d’investissement il est optimal
d’accroître à la marge les capacités de production.
P K abon ( ), le seuil de prix pour la fermeture
permanente, c’est-à-dire pour tout prix de l’intrant
situé au-dessus de ce seuil de fermeture il est optimal
de réduire à la marge les capacités de production.
Sur l’intervalle ] ( ), ( )[P K P K inv abon la firme n’a pas
intérêt à modifier ses capacités. Puisque rien ne
prouve que la firmefermera ses portes si et seulement
si sa production est nulle, les deux cas suivants
doivent être considérés.
Cas 1 : La firme peut fermer certaines de ses unités
même si sa production est positive.
Cas 2 : La firme peut fermer certaines de ses unités
seulement si sa production est nulle.
Par suite, il y aura deux systèmes de quatre équations
à résoudre où les inconnues seront les deux seuils de
prix et les valeurs marginales des options
d’investissement et de démantèlement. Il sera
constaté que ces deux systèmes sont équivalents. En
conséquence, aucune hypothèse relative à la région
de démantèlement n'aura besoin d’être imposée.
Posons
Cas 1
Dans ce cas, on a P K P abon B ( ) ( )< 0. Donc, lorsque le
prix courant de l’intrant, P, est dans l’intervalle
défini par ] ( ), ( )[P K P K inv abon (c’est-à-dire
lorsqu’il est optimal que la capacité productive reste
constante), l’espérance de l’utilité sociale actualisée
s’écrit
avec
( preuve : voir annexe )
L’interprétation économique des différents termes
des égalités (8) et (9) est la suivante.
La somme des deux derniers termes du membre de
droite de l’équation (8) est l’espérance du surplus
social actualisé,
- si K reste toujours constant (à son niveau initial),
- si P suit le processus stochastique (5) et part du
t niveau donné P, et
- si toute la capacité disponible quoiqu’il arrive est
utilisée (c’est-à-dire pour tout t Q cK t, = ).
Or, ceci sous-estime le surplus social. En effet, la
firme peut avoir intérêt, dans le futur, à investir, à ne
pas produire à pleine capacité ou à démanteler
certaines unités de production. Par suite, la somme
des deux premiers termes du membre de droite de (8)
représente la valeur additionnelle
- de l’option à investir, dans le futur, si le processus
du prix de l’input venait à se déplacer dans la région
, ( )[0 P K inv;
- de l’option à suspendre, dans le futur, le
fonctionnement de certaines des unités productives
de manière temporelle, si le processus du prix de
l’input venait à se déplacer dans la région où
-
-
;
- de l’option à démanteler certaines unités, dans le
futur, si le processus du prix de l’input venait à se
déplacer dans la région ] ( ), [P K abon ∞.
La somme des trois derniers termes du membre de
droite de l’équation (9) est l’espérance du surplus
social actualisé s’il y a toujours surcapacité et pas de
modification de cette capacité. Mais la probabilité
qu’à certaines dates futures le processus du prix de
l’input devienne inférieur à P cK( ) ou supérieur à
B P K abon ( ) est positive. Par suite, utiliser entièrement
la capacité, investir ou démanteler peut devenir
optimal. En conséquence, la somme des deux
premiers termes du membre de droite de l’équation
(9) représente la valeur actualisée espérée des flux
futurs générés par la possibilité :
- que la firme investisse ;
- que toute la capacité soit exploitée mais que
l’investissement ne soit pas optimal ou
- que la firme démantèle certaines de ces capacités.
Sur la frontière où il devient optimal d’investir,
P K inv ( ), la valeur de l’espérance actualisée de
l’utilité sociale de l’unité marginale est égale au coût
de cette unité marginale, soit
De plus, la fonction W doit respecter la condition de
« lissage » (smooth pasting), ce qui donne
Sur la frontière où il devient optimal de fermer à la
marge une unité productive les conditions de
continuité (« value-matching ») et de lissage doivent
aussi être vérifiées. Ainsi
D’autre part, la fonction valeur ne peut pas changer
de manière abrupte entre les deux régions de prix
délimitées par
Parsuite, on a
Des équations (14) et (15) on obtient
avec
Les conditions de continuité et de lissage (équations
(10)-(13)) permettent d’écrire le système S1 (voir
annexe) qui doit être résolu pour déterminer les
seuils P K inv ( ) et P K abon ( ). Ce système n’a pas de
solution analytique. Des simulations seront
effectuées dans la prochaine partie afin de
déterminer les seuils de prix de l’intrant.
Cas 2
Dans ce cas, on a P K P abon B ( ) ( )> 0. Par suite,
lorsque le prix courant de l’intrant est dans
l’intervalle défini p ar ] ( ), ( )[P K P K inv abon,
(c’est-à-dire lorsqu’il est optimal que la capacité
productive soit constante), l’espérance de l’utilité
sociale actualisée s’écrit
avec
De plus, les conditions de continuité et de lissage
(voir annexe) donnent
avec
et la valeur de C (respectivement Cs ) est définie par
i l’équation (18) (respectivement (19)).
L’interprétation économique des différents termes
des équations (21)-(23) est la suivante.
L’interprétation de la somme des deux derniers
termes du membre de droite de l’équation (21) est la
même que dans l’équation (8). La somme des deux
premiers termes du membre de droite de (21)
représente la valeur additionnelle :
- de l’option à investir, dans le futur, si le processus
du prix de l’input venait à se déplacer dans la région
, ( )[0 P K inv;
- de l’option à suspendre, dans le futur, le
fonctionnement de certaines unités productives de
manière temporelle, si le processus du prix de l’input
ven ait à se déplacer dan s la région où
-
-
;
- de l’option à suspendre, dans le futur, le
fonctionnement de toutes les unités de manière
temporelle, si le processus du prix de l’input venait à
se déplacer dans la région
-
-
;
- de l’option à démanteler, dans le futur, certaines
unités, si le processus du prix de l’input venait à se
déplacer dans la région ] ( ), [P K abon ∞.
La somme des trois derniers termes du membre de
droite de l’équation (22) est l’espérance du surplus
social actualisé s’il y a toujours surcapacité,
production et aucune modification de capacité.
Mais, la probabilité qu’à certaines dates futures le
processus du prix de l’input devienne inférieur à
P cK( ) ou supérieur à P ( )0 est positive. Par suite,
BB dans le futur, investir, utiliser entièrement la
capacité, ne pas produire ou démanteler peut être
optimal. En conséquence, la somme des deux
premiers termes du membre de droite de l’équation
(22) doit représenter la valeur actualisée espérée des
flux futurs générés par la possibilité :
- que la firme investisse ;
- que toute la capacité soit exploitée mais que
l’investissement ne soit pas optimal ;
- que la firme ne produise pas et ne démantèle
aucune capacité ou
- que la firme démantèle certaines capacités.
La somme des trois derniers termes du membre de
droite de l’équation (23) est l’espérance du surplus
social actualisé s’il n’y a aucune production et pas
modification de capacité. Or, la probabilité qu’à
certaines dates futures le processus du prix de l’input
devienne inférieur à P ( )0 ou supérieur à Pabon (K)
B est positive. Par suite, produire (à pleine capacité ou
non), investir ou démanteler peut être optimal
ultérieurement. En conséquence, la somme des deux
premiers termes du membre de droite de l’équation
(23) doit représenter la valeur actualisée espérée des
flux futurs générés par la possibilité :
- que la firme investisse ;
- que toute la capacité soit exploitée mais que
l’investissement ne soit pas optimal ;
- que la firme ne produise pas à pleine capacité ou
- que la firme démantèle certaines capacités.
La résolution du système S2 (voir annexe), lequel est
défini à partir des conditions de continuité et de
lissage, permet de déterminer les seuils P K inv ( ) et
P K abon ( ).
Remarque : Les systèmes S1 et S2, situés dans
l’annexe, qui permettent de déterminer les seuils de
prix dans les deux cas, sont équivalents. Par
conséquent, aucune hypothèse quant à l’état de la
production n’a besoin d’être faite pour déterminer
les seuils de prix définissant les zones de
démantèlement, d"inaction" au sens de la variation
des capacités et d’investissement.
Application au parc électronucléaire
français : analyse de sensibilité
Le calibrage des paramètres du mouvement
brownien et le taux d’intérêt
Les caractéristiques de la règle optimale
d’investissement et de la règle optimale de
démantèlement sont examinées. Ces règles sont
définies à partir des seuils de prix P K inv ( ) et
P K abon ( ). Il est optimal d’investir à la marge si le prix
courant de l’intrant est inférieur à P K inv ( ). Il est
optimal de démanteler à la marge si le prix courant de
l’intrant est supérieur à P K abon ( ). Par suite, il est
optimal de ne pas modifier la capacité existante si le
prix courant de l’intrant est situé dans l’intervalle
] ( ), ( )[P K P K inv abon.
Sauf cas signalé dans ce qui suit, les valeurs de
δ ε α, , ,
r et
σ sont résumées dans le tableau 2 et
K est
égale à 41,6 GW. Ces paramètres ont été calibrés en
su pposant q ue les décisi ons p assées
d’investissement étaient optimales compte tenu des
informations disponibles et des prévisions de
l’époque. Cela signifie que pour les années
d’investissement, le prix courant est en dessous du
seuil d’investissement. Ce seuil d’investissement,
détermine un niveau de prix seuil en dessous duquel
il est optimal d’investir (c’est-à-dire si le prix
courant de l’uranium est en dessous de ce seuil alors
il optimal d’investir immédiatement). Une
simulation des règles optimales passées et leur
comparaison avec les décisions qui ont été prises
nous conduisent à retenir
α σ= =0 069 0 38, , , et
r = 7 %
[2].
Tableau 2
paramètres de demande, du processus de
prix et taux d’intérêt
Tableau 2 : paramètres de demande, du processus de
prix et taux d’intérêt
Demande
ε 1,3
δ 1
Y 6
Prix de l’intrant
α 0,069
σ 0,38
Taux d’intérêt
r 0,07
Compte tenu des informations et estimations
passées, nous obtenons le graphique 4. Les seuils
d’investissement ont été déterminés en fonction de la
capacité installée de l’année considérée pour
satisfaire en partie (jusqu’en 1985) ou entièrement la
demande de base.
Doit-on investir ou au contraire démanteler ?
Les graphiques 5 à 10 montrent les courbes critiques,
P K inv ( ) et P K abon ( ), comme des fonctions des
différents paramètres et de la capacité installée.
Soulignons que selon les valeurs des paramètres le
seuil de démantèlement est inférieur au seuil à partir
duquel il est optimal de ne plus produire, c’est-à-dire
P K P abon B ( ) ( )< 0 (cas 1), ou supérieur (cas 2).
D’après les résultats, en retenant les valeurs des
tableaux 1 et 2, compte tenu du prix courant de
l’uranium (300-400 F/kg) il est optimal de ne pas
modifier la capacité actuelle (62,950 GWeen 2001).
Évidement, comme l’intuition nous le suggère, les
deux fonctions P K inv ( ) et P K abon ( ), décroissent
lorsque la capacité installée croît (cf graphique 5) et
la limite entre les deux seuils de prix lorsque la
capacité installée tend vers l’infini est nulle. Par
suite, une plus grande capacité réduit la région où le
niveau de la capacité doit rester constant. En effet,
lorsque la capacité installée tend vers l’infini, le seuil
de démantèlement ten d vers le seuil
d’investissement et le seuil d’investissement tend
vers zéro (cf graphique 10.a). En conséquence,
même pour un prix de l’intrant relativement faible, il
est optimal à la marge de diminuer la capacité.
Graphique 4
prix de l’uranium dans le monde
(F courants/kg U) et seuils d’investissement (données
PEON, DIGEC)
Le graphique 6 montre qu’une augmentation du
paramètre de taux de croissance, α, du prix de
l’intrant, P, déplace vers le haut les seuils de prix,
donc accroît « la valeur de la capacité optimale ».
Notons que le seuil de démantèlement croît plus
fortement que le seuil d’investissement (graphique
11.b). En conséquence, dans ce modèle, un
accroissement du paramètre du taux de croissance de
l’intrant accroît la région où la capacité doit rester
constante.
Un paramètre de variance proportionnelle, σ, plus
élevé accroît le prix de l’intrant en dessous duquel il
est marginalement optimal d’investir, P K inv ( ) et
accroît le prix de l’intrant au-dessus duquel il est
marginalement optimal de démanteler, P K abon ( )
(voir le graphique 7). La croissance du seuil de
démantèlement est plus forte que celle du seuil
d’investissement. En effet, le seuil de
démantèlement dépend fortement de la volatilité. Par
conséquent une incertitude plus grande quant au prix
de l’intrant accroît l’investissement, retarde le
démantèlement et élargit la région où la capacité doit
rester constante. Ceci est contre-intuitif.
U ne an alys e d e s ensib ilité des seuils
d’investissement et de démantèlement par rapport au
paramètre δ de la fonction de demande a permis de
montrer que ces seuils sont des fonctions constantes
de δ.
Comme l’intuition le suggère, les deux seuils de prix
sont des fonctions croissantes de Y (cf. graphique 8).
Plus Y est élevé, plus la pente de ces fonctions est
faible. La zone où il est optimal de ne pas modifier la
capacité est une fonction croissante de Y (cf.
graphique 11.c).
Une augmentation du paramètre ε (paramètre de la
fonction de demande), diminue l’élasticité de la
demande. En effet
Donc, d’après
le graphique 9, plus la demande est élastique, plus le
prix de l’intrant en dessous duquel il devient optimal,
à la marge, d’investir est haut, et plus le prix de
l’intrant à partir duquel il est optimal, à la marge, de
démanteler est élevé. Et, plus la demande est
élastique, plus la zone où il n’est pas optimal de
modifier la capacité est large (cf graphique 10.e).
Finalement, une augmentation du taux d’intérêt
induit une décroissance des prix critiques (graphique
9). La raison est qu’une augmentation de r réduit la
valeur actualiséedu coût d’investissement et celle du
coût de démantèlement, par conséquent décroît le
coût d’opportunité d’augmenter immédiatement la
capacité, et accroît le coût d’opportunité de diminuer
immédiatement la capacité. Cela implique que le
prix courant de l’intrant doit être plus faible. Ainsi,
comme dans les modèles standards, un taux d’intérêt
plus élevé se traduit par une diminution de
l’investissement. Il se traduit aussi par une
augmentation des démantèlements. Par conséquent,
un taux d’intérêt plus élevé réduit la zone d’inaction
en terme de capacité.
Graphique 5
seuils de prix en fonction de la
capacité installée
Graphique 8
seuil de démantèlement en fonction
de Y (K = 41,6 GW)
Graphique 10
seuils de prix en fonction de r
(K = 41,6 GW)
Graphique 11a
différence entre les deux seuils
de prix en fonction de K
Graphique 11c
différence entre les deux seuils de
prix en fonction de Y
Graphique 11d
différence entre les deux seuils de
Dans cette étude, les règles d’investissement et de
démantèlement d’une firme réglementée neutre au
risque, qui ignore le prix futur de son intrant, ont été
déterminées. Deux seuils de prix définissent ces
règles. Ainsi, il existe au minimum trois régions (au
maximum quatre selon la valeur des paramètres du
modèle) :
- une région où il est optimal d’investir ;
- une où la capacité courante est optimale ;
- parfois une région d’inaction ;
- une région où il est optimal de démanteler certaines
unités.
Ces règles ont été calculées pour le parc
électronucléaire français. Compte tenu du prix
courant de l’uranium et sous les hypothèses relatives
à la spécification des fonctions de demande et de prix
de l’intrant, il est optimal actuellement de ne pas
modifier les capacités électronucléaires françaises.
Ce résultat a toutefois été obtenu sous un nombre
d’hypothèses, théoriques et empiriques, assez
restrictives : la durée de vie des équipements a été
supposée infinie, il n’y a pas d’indivisibilité et les
délais de construction n’ont pas été pris en compte.
Lever ces hypothèses peut constituer une piste de
développement du modèle et permettrait de se
rapprocher de la réalité. Soulignons que la prise en
considération simultanément des durées de vie, des
durées de construction et de la possibilité de choisir
entre les centrales nucléaires et un autre type
d’équipement (par exemple les cycles combinés au
gaz) pourrait conduire à ne pas renouveler le parc
nucléaire en totalité. En effet, la compétitivité du
nucléaire en semi-base pouvant alors être remise en
question (cf. l’article de Epaulard et Gallon dans ce
numéro). Enfin, la plupart des paramètres du modèle
ont été calibrés sous l’hypothèse que dans le passé les
décisions d’investissement avaient (en moyenne) été
optimales. Cette hypothèse était ici nécessaire du fait
de l’absence de données suffisantes sur les prix du
combustible nucléaire des contrats à terme.
D’autres conclusions, plus générales, découlent du
modèle théorique. La principale conclusion est
qu’un accroissement de l’incertitude facilite
l’investissement, retarde le démantèlement et élargit
la plage d’inaction en termes de modification des
capacités.
Notons que des simulations ont été effectuées avec
un paramètre du coût d’opération (b) excessivement
plus élevé que celui retenu dans l’étude et une
capacité initiale plus faible (ce qui est le cas pour les
centrales thermiques classiques). Les seuils varient
de la même manière que dans le cas étudié ci-dessus
sauf pour le paramètreβ. Contrairement aux résultats
obtenus en considérant le parc électronucléaire, avec
une part plus importante du coût variable dans le coût
total, un accroissement du paramètre de croissance
du prix de l’intrant génère une diminution des seuils
d’investissement et de démantèlement. En
conséquence, on ne peut pas conclure qu’une
augmentation de α (la partie déterministe du taux de
croissance de l’uranium au cours du temps)
augmente ou diminue l’investissement et le
démantèlement.
Preuve de (7)-(9)
L’équation de Bellman associée au programme
avec
Dans la région où il n’est pas optimal de modifier la capacité
de production s’écrit
En utilisant le lemme d’Ito pour développer le terme de
droite, en simplifiant, divisant par dt et en prenant la limite
lorsque dt tend vers 0, on obtient l’équation différentielle
suivante, que doit satisfaire W (K, P) :
avec S(K, P) le surplus social maximal défini dans la
deuxième section de la première partie.
La solution générale de l’équation homogène associée à
(31), supposant que r >0 pour des raisons de convergence,
peut s’écrire
avec
Si bP K bP P cK inv E ( ) ( )≤ <, on vérifie que
est une solution particulière de l’équation (31), où P est le
niveau actuel du prix de l’intrant. Par suite, dans le cas où
les inégalités suivantes bP K bP P cK inv B ( ) ( )≤ < sont
vérifiées, la solution générale de l’équation (31) est
W K P s ( , ).
Si P cK bP bP KB abon ( ) ( )≤ <, on vérifie que
est une solution particulière de l’équation (31), où P est le
niveau actuel du prix de l’intrant. Par suite, dans le cas où les
i nég ali tés sui vant es P cK bP bP KB abon ( ) ( )≤ < sont
vérifiées, la solution générale de l’équation (31) est
W K P ns ( , ).
Et par suite, dans le cas 1, on a
Preuve de (20)–(23)
La détermination de W K P s ( , ) et W K P ns ( , ) se fait de la
même façon que dans la preuve précédente. D’autre part, on
a, dans le cas où les inégalités suivantes sont vérifiées
P cK bP bP KB abon ( ) ( )≤ <, comme solution particulière de
l’équation (31)
Donc dans le cas 2, on a
Dans le cas 2, les conditions de bord suivantes doivent être
vérifiées.
Des équations (33)-(40), on obtient les équations (24)-(29).
Système S1
Système S2
·
Abel A.B. (1983). “Optimal Investment under
Uncertainty”, The American Economic Review, vol. 73,
mars, pp. 228-233.
·
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·
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Pindyck R.S. (1991). “Irreversibility, Uncertainty and
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and Control, vol. 18, pp. 561-579.
[(*)]
GREEN – Université Laval (Québec).
E-mail :
co-chaton@ htmail. com
[(1)]
Ce calcul a été effectué pour la période 1974–1996 à
partir des exercices PEON et DIGEC : le seuil est compris
entre 6,15 et 16,4. La valeur de 16,4 correspond à l’année
1982, année où le coût du combustible charbon est
excessivement élevé comparé au coût du combustible
nucléaire.
[(2)]
Des simulations sur les paramètres ( , )
α σ du processus
ont par la suite été réalisées afin d’analyser les impacts de
l’incertitude sur les décisions d’investissement et de
démantèlement.