2001
Économie et Prévision
La valorisation du projet nucléaire EPR par la méthode des options réelles
Anne Epaulard
[(*)]
Stéphane Gallon
[(**)]
La théorie des options réelles permet de valoriser des investissements qui offrent de la flexibilité mais dont les rendements
sont incertains, comme la construction en 2000 d’un prototype nucléaire EPR. Ce prototype permet en effet l’utilisation
de l’EPR pour renouveler le parc nucléaire d’EDF en 2020 (flexibilité), mais son intérêt économique dépendra alors du
coût des centrales à gaz concurrentes (rendement incertain). La théorie des options montre qu’investir dans la technologie
EPR en 2000 apporte suffisamment de flexibilité en 2020 pour être jugé rentable, alors même que l’utilisation de l’EPR
est peu probable à cette échéance. L’investissement consenti en 2000 pour développer la technologie EPR joue donc
véritablement le rôle d’une option, autrement dit celui d’une assurance (contre le risque de prix élevés du gaz).Mots-clés :
options réelles, nucléaire, électricité, prix du gaz, investissement, flexibilité.
Real options theory makes it possible to cost investments which offer flexibility but whose returns are uncertain, such as
the construction in 2000 of an EPR prototype; this prototype will enable the European pressurised-water reactor (EPR) to
be used to renew EDF's nuclear power stations in 2020 (flexibility) but its economic worth will then depend on the cost of
the competing gas-fired power plants (uncertain return). Options theory shows that investing in EPR technology in 2000
provides sufficient flexibility in 2020 to be considered cost-effective, even though use of EPRs is unlikely by that date.
The investment made in 2000 to develop EPR technology therefore actually plays the part of an option or, in other words,
insurance (against the risk of high gas prices).Keywords :
Real options, nuclear power, electricity, gas price, investment, flexibility.
Ce travail n’engage que les auteurs et ne reflète pas la position
du Ministère de l’Économie des Finances et de l’Industrie.
Les outils mathématiques développés pour valoriser
les options financières peuvent être également
utilisés pour déterminer la rentabilité de projets
d’investissements qui offrent de la flexibilité mais
dont les rendements sont incertains (comme les
options proposées en bourse). On parle dans ce cas
d’options réelles. L’objet de cet article est
d’appliquer une telle méthode de valorisation au
projet nucléaire d’European Pressurized Reactor
(EPR). La construction en 2000 d’un prototype
nucléaire EPR rend en effet possible – mais pas
obligatoire – l’utilisation de cette technologie pour
renouveler le parc électrique français en 2015
(flexibilité). Toutefois l’intérêt économique de
construire des centrales EPR en 2015 dépendra alors
de la compétitivité relative des autres moyens de
production disponibles à cette date (rendement
incertain), notamment de la compétitivité des
centrales à gaz (incertitude sur le prix du gaz).
La construction d’un prototype EPR peut donc
s’apparenter à l’achat d’un
call, c’est-à-dire à la
possibilité (mais pas à l’obligation) de réaliser (en
2015) un investissement (l’achat d’une action ou
d’une obligation dans le cas financier - la
construction des centrales nucléaires EPR dans le cas
qui nous intéresse ici) à un prix spécifié à l’avance
appelé
prix d’exercice (ici le prix d’exercice de
l’option est la différence entre le coût de
l’investissement en centrales nucléaires EPR et le
coût de l’investissement en centrales à gaz). Comme
la date à laquelle cette option peut s’exercer est ici
fixée à l’avance (2015), il s’agit d’une
option
européenne (lorsque l’option peut s’exercer à
n’importe quel moment jusqu’à une date spécifiée,
on parle d’
option américaine). C’est l’asymétrie
entre le bénéfice retiré si l’investissement est réalisé
(et l’investissement n’est réalisé que dans le cas où il
y a un bénéfice à faire) et l’absence de perte s’il n’est
pas réalisé qui donne une valeur à l’option (ici à la
possibilité en 2015 de réaliser ou non les
investissements nécessaires à la production
d’électricité par l’EPR)
[1]. Cet article montre
qu’investir dans la technologie EPR en 2000 apporte
suffisamment de flexibilité en 2015 pour être jugé
rentable, alors même qu’il est peu probable que la
technologie EPR soit finalement utilisée à cette
échéance. L’investissement consenti en 2000 pour
développer la technologie EPR joue donc
véritablement le rôle d’une option, autrement dit
celui d’une assurance (qui garantit contre le risque
que le prix du gaz soit élevé en 2015 et que les
centrales à gaz se révèlent alors très coûteuses pour
produire de l’électricité).
Le plan de l’article est le suivant. La première partie
p résen te le pro jet EPR, le calendrier de
renouvellement des centrales nucléaires françaises,
et précise les principales hypothèses retenues pour
notre étude. Nous montrons dans cette partie
comment le choix d’investir en 2000 dans un
prototype EPR peut être analysé du point de vue
théorique comme l’acquisition d’une option. Dans la
seconde partie nous présentons les données du
problème, c’est-à-dire les coûts de production et
d’investissement associés aux technologies
concurrentes (EPR et centrales à gaz), l’incertitude
qui pèse sur le prix du gaz (et donc sur le coût des
centrales à gaz) et enfin les calculs standards de
Valeur Actualisée Nette (VAN) qui peuvent être
menés pour estimer l’intérêt du projet EPR. Une telle
VAN ne rend pas compte de la flexibilité associée à la
construction du prototype puisqu’elle suppose que la
construction du prototype en 2000 implique
nécessairement en 2015 (et même lorsque cela
n’apparaîtra finalement pas le plus rentable à cette
date) que c’est l’option EPR qui sera retenue pour le
renouvellement des anciennes centrales nucléaires
françaises. Nous calculons cependant cette VAN
pour établir un point de repère et pour identifier
précisément ensuite la valeur de la flexibilité
associée à la construction du prototype. La troisième
partie propose le calcul d’une valeur actualisée du
projet prenant explicitement en compte la flexibilité.
Nous identifions dans cette partie la règle de décision
en 2015 (doit-on renouveler le parc électrique
français par des centrales à gaz ou par des centrales
EPR ? ), puis en 2000 (doit-on ou non construire le
prototype EPR ?). Nous faisons ainsi apparaître la
valeur d’option associée à la construction du
prototype EPR en 2000 et nous étudions la sensibilité
de nos résultats aux principaux paramètres du
modèle. La quatrième partie étend le modèle au cas
où il est possible de retarder au delà de 2015 la
décision irréversible concernant le renouvellement
du parc nucléaire français. Nous supposons alors
qu’il sera possible de faire fonctionner plus
longtemps que prévu les anciennes centrales
nucléaires, au prix de dépenses supplémentaires
appelées dépenses de jouvence. Nous concluons
dans la dernière partie.
Le programme EPR et le
renouvellement du parc nucléaire français
[2]
Le programme EPR a été lancé dans le cadre d’une
coopération franco-allemande par les groupes
Framatome et Siemens. Il vise à mettre sur le marché,
dans les années 2015, des réacteurs nucléaires de
forte puissance, dont les caractéristiques de sécurité
et de disponibilité seront améliorées par rapport aux
dernières centrales nucléaires mises en service.
L’EPR permettrait notamment de renouveler le parc
français de centrales nucléaires, dont le poids est très
important dans la production nationale d’électricité
(80 % du total) et qui arrivera au terme de son
fonctionnement dans les années 2020. Compte tenu
des délais de construction, le renouvellement de ces
centrales devrait être entrepris à partir de 2015 pour
permettre la mise en service effective des centrales
de remplacement en 2020 (lorsque les anciennes
centrales nucléaires seront parvenues au terme de
leur durée de vie
[3] ). En pratique, le renouvellement
du parc se fera beaucoup plus progressivement :
d’une part parce que le besoin en production
nouvelle ne se fera sentir qu’au fur et à mesure du
déclassement des anciennes centrales nucléaires
(dont la construction avait été échelonnée dans le
temps et qui fermeront donc progressivement) et,
d’autre part, parce que les sites disponibles pour
accueillir les centrales EPR sont ceux actuellement
occupés par les anciennes centrales nucléaires qui ne
se libèrent que graduellement
[4]. Mais, par souci de
simplification, nous supposerons dans la suite que le
renouvellement du parc s’effectue intégralement sur
cinq ans.
Nous considérons deux types de centrales pour
renouveler le parc nucléaire français en 2015 :
- les centrales à gaz à cycles combinés, dont le coût
d’investissement est faible mais dont le coût de
production dépend fortement du prix du gaz et, de ce
fait, est très volatil (avec le risque que ce coût de
production soit élevé) ;
- les centrales EPR, dont le coût d’investissement est
élevé mais dont le coût de production est faible et peu
volatil. Le recours à la technologie nucléaire EPR
pour renouveler le parc en 2015 n’est toutefois
possible que si un prototype, appelé centrale de
référence, est construit préalablement. Compte tenu
des délais de recherche et de développement, et des
tests à entreprendre pour passer à la phase
industrielle du projet EPR (délais estimés à 15 ans
environ), c’est donc en 2000 qu’il faudrait construire
la centrale de référence, si l’on veut ensuite avoir le
choix entre gaz et EPR lorsqu’il faudra renouveler le
parc en 2015. À l’inverse, ne pas construire la
centrale de référence en 2000 reviendrait à exclure la
possibilité de recourir au nucléaire par la suite. On
considère en effet que les technologies nucléaires
plus anciennes ne seront pas suffisamment
intéressantes économiquement en 2015 et surtout
que la construction de nouvelles centrales nucléaires
nécessitera un savoir faire qui aura disparu si aucune
construction de ce type n’est entreprise d’ici 2015.
Le graphique 1 représente ce calendrier sous la forme
d’un arbre de décision : la construction du prototype
EPR en 2000 permet de rester sur la branche centrale
de l’arbre et de disposer d’une alternative au gaz en
2015.
La construction d’une centrale de référence EPR en
2000 permet donc d’avoir le choix entre centrales à
gaz et centrales EPR en 2015, autrement dit elle offre
une option d’achat (l’achat de centrales EPR en
2015). C’est la valeur de cette option qui est calculée
ici et qui est ensuite comparée au coût de
construction de la centrale de référence afin de
déterminer si cette construction doit être entreprise
ou pas (si l’option doit être achetée ou pas). Bâtir
cette centrale de référence est en effet justifié tant
que le coût de construction reste inférieur à la valeur
d’option.
Graphique 1
arbre de décision
Nous envisageons successivement le cas où le choix
du type de centrales pour renouveler le parc doit être
effectué strictement en 2015, et – dans la quatrième
partie – le cas où l’on peut prolonger le
fonctionnement du parc nucléaire existant (au prix
de dépenses de jouvence) pour retarder ce choix.
Dans les deux cas, la décision est supposée
irréversible, c’est-à-dire que l’on ne peut plus passer
au gaz après avoir construit l’EPR et
vice versa
[5].
Nous nous intéressons ici à la décision qui serait
prise par un planificateur neutre au risque, dont
l’objectif serait de minimiser les coûts de production
de l’électricité pour la demande intérieure française
en base (fraction de la demande qui reste constante
tout au long de l’année et qui ne prend donc
notamment pas en compte les pics saisonniers de
demande). C’est en effet la demande en base à
laquelle est dédié le parc nucléaire existant et que
devront donc satisfaire les centrales destinées à le
renouveler. Pour simplifier l’exposé de la méthode
mise en œuvre, nous ne prenons pas en compte
l’ouverture du marché de l’électricité à la
concurrence, ni les possibilités d’échange
international de courant : les centrales construites en
France pour renouveler l’ancien parc nucléaire
doivent donc exactement satisfaire la demande
intérieure
[6]. Nous ne considérons pas par ailleurs la
possibilité qu’apparaisse une autre technologie que
le nucléaire EPR ou les centrales à gaz à cycles
combinés pour renouveler le parc français en 2020
[7].
Sont d’autre part ignorés : (i) le risque d’accident
nucléaire majeur ; (ii) les fluctuations du prix du
comb ustible nu cléaire ; (iii) l e co ût de
l’acheminement du gaz nécessaire à l’alimentation
des centrales à gaz dans le cas où elles seraient
utilisées pour renouveler le parc nucléaire actuel
(nouveaux gazoducs, etc.) ; (iv) la mise en place,
dans le cadre de la lutte contre l’effet de serre, d’une
taxe environnementale ou de marchés de permis
négociables qui viendraient renchérir la production
d’électricité par les centrales à gaz ; (v) et enfin le
risque géopolitique de rupture d’approvisionnement
en gaz (seuls sont pris en compte les risques entraînés
par un renchérissement des prix du gaz). Nous
reviendrons en conclusion sur ces hypothèses et sur
leurs conséquences.
Les données du problème et la méthode
de la valeur actualisée nette standard
La demande en électricité
La demande intérieure d’énergie électrique en
France est extrêmement variable au long de l’année.
Elle change en effet en fonction du moment de la
journée (pics d’utilisation avec l’éclairage nocturne,
l’utilisation des appareils électroménagers aux
heures des repas, etc.) et en fonction de la saison (pic
de chauffage en hiver). On peut la représenter soit
comme une courbe de charge (puissance appelée en
fonction de l’heure de l’année), soit comme une
monotone (puissance appelée en fonction du nombre
d’heures au cours de laquelle elle est dépassée).
L’allure de ces courbes, en fonction des 8 760 heures
que compte une année, est représentée sur les
graphiques 2.
La monotone permet de distinguer les demandes en
base, en semi-pointe et en pointe, par durée d’appel
décroissante
[8]. Comme le montre le schéma de
droite du graphique 2, la demande en base est celle
qui s’exprime constamment tout au long de l’année,
tandis que - à l’autre extrême - la demande de pointe
est celle qui concerne un très petit nombre d’heures
(il s’agit typiquement du pic de chauffage électrique
et d’éclairage au plus fort de l’hiver). À chacune de
ces parties de la demande totale correspond un
moyen de production adapté. Par exemple, on utilise
actuellement en France les centrales nucléaires
comme moyens de base car elles sont les moins
coûteuses pour satisfaire une demande constante
tout au long de l’année. En revanche, pour de faibles
durées d’appel (en pointe), on fait appel à des
turbines à combustion diesel.
Graphiques 2
variation
de la demande d’électricité
en fonction du temps
Le parc nucléaire existant en France est donc
consacré à la satisfaction de la demande en base
[9],
qui correspond à une puissance d’environ 35 GW.
Nous considérerons que c’est cette puissance que
devront également satisfaire les centrales construites
pour le renouveler. Le fait que cette puissance soit
supposée égale en 2020 à sa valeur actuelle (puis
qu’elle soit invariable) repose sur plusieurs
considérations. Tout d’abord, les possibilités
d’échange d’électricité entre opérateurs, entre pays,
ainsi que l’ouverture àla concurrence des marchés de
l’électricité en Europe (que nous ne prenons pas en
compte par la suite) rendent raisonnable le
dimensionnement a minima du projet. Par ailleurs, le
seuil de 35GW constitue une référence indiscutable.
Enfin, les perspectives à long terme font état d’une
croissance très modérée (1 à 2 %) de la demande
d’électricité en France
[10].
On peut remarquer que cette puissance, prise basse
par prudence, est a priori plutôt défavorable aux
moyens de production de masse comme l’EPR, qui
ont des coûts fixes importants qui nécessitent d’être
amortis par la vente de volumes importants.
La quantité annuelle d’électricité à produire est donc
finalement supposée égale à 306,6 TWh (306,6
milliards de kWh), ce qui correspond à une puissance
de 35GW appelée pendant les 8 760 heures que
compte une année.
L’offre d’électricité : équipements et coûts de
production
Nous distinguons trois catégories de centrales : la
centrale de référence EPR (ou prototype EPR) ; les
centrales EPR ; les centrales à gaz. Ces deux
dernières catégories concernent des centrales dites
matures, disponibles en 2015 pour mise en service en
2020, et concurrentes pour le renouvellement du parc
français. La centrale de référence EPR est quant à
elle un investissement de recherche, à construire
éventuellement en 2000.
Pour les centrales matures, les caractéristiques
techniques (cf. tableau 1) et économiques (cf. calculs
suivants et tableau 2) ont été extrapolées de l’étude
Les coûts de référence de la production électrique,
réalisée en 1997 par la Direction du Gaz, de
l’Électricité et du Charbon (DIGEC) du Secrétariat
d’État à l’Industrie. Ces coûts de référence sont
établis pour deux taux d’actualisation différents (5 %
et 8 %), que nous avons choisis pour tous les calculs
d’actualisation menés par la suite
[11].
La centrale de référence EPR
À la suite de consultations avec les industriels
concernés, nous retenons l’hypothèse d’un coût de
20 milliards de francs environ pour la centrale de
référence. Cette somme (notée I ) correspond à la
0 construction stricto sensu, ainsi qu’aux frais de
recherche et de développement qui seront menés
jusqu’à l’année 2015. Le coût de la centrale de
référence est faiblement dépendant du taux
d’actualisation retenu, nous le supposons constant
par souci de simplification. Enfin, compte tenu des
incertitudes techniques pesant sur un tel projet et des
surcapacités à moyen terme du parc de production
électrique européen, nous avons choisi de ne pas
valoriser l’énergie produite par la centrale de
référence durant la période 2000 - 2015 et de ne pas
non plus valoriser le gain qu’apporterait sa
conversion en une centrale EPR mature (si c’était in
fine le projet EPR qui était retenu en 2015).
Les centrales nucléaires EPR
Les données correspondant à ces centrales ont été
tirées de l’étude DIGEC déjà mentionnée, puis
validées par les industriels concernés. Elles sont
compatibles avec les dernières caractéristiques
annoncées pour l’EPR par ses développeurs.
Nombre de centrales :
Les caractéristiques techniques retenues pour les
centrales EPR sont précisées dans le tableau 1. Elles
montrent qu’il faut 26 centrales pour satisfaire la
demande annuelle d’électricité de 306,6 TWh
déterminée précédemment. Le nombre de tranches à
bâtir étant supérieur à 10, nous pouvons alors
employer les coûts de référence correspondant à un
développement en série de l’EPR (ces coûts
intègrent les économies d’échelle associées à la
construction en grand nombre des centrales).
Coût d’investissement In :
Sur ces bases, le coût d’investissement par kW qui
comprend les coûts de construction, les frais de
maîtrise d’œuvre, les intérêts intercalaires, les frais
d’exploitation, les aléas sur planning et le
démantèlement final est évalué à 11 781 F dans le cas
d’un taux d’actualisation à 8 % et à 10 963 F dans le
cas d’un taux d’actualisation à 5 % (la différence
provient notamment des intérêts intercalaires). Au
total, le coût de construction des centrales EPR est
donc de 459,5 milliards de francs si le taux
d’actualisation est de 8 % et de 427,6 milliards de
francs si le taux d’actualisation est de 5 %.
Tableau 1
caractéristiques techniques des centrales matures en 2020
Tableau 1 : caractéristiques techniques des centrales matures en 2020
Par centrale EPR Gaz
Durée de vie (années) 40 40
Puissance en base (MW) 1 500 660
Taux de disponibilité (%) 90 % 90 %
Coût annuel d’exploitation Cn :
Le coût de production d’un kWh avec la technologie
nucléaire EPR est évalué à 5,8 centimes quel que soit
le taux d’actualisation. Ce coût comprend non
seulement le prix du combustible nucléaire mais
aussi les coûts d’exploitation et les dépenses de
recherche et développement (autres que celles
prévues pour le prototype). Finalement, le coût
annuel de production de l’électricité par l’EPR est
donc supposé égal à 17,9 milliards de francs.
Les centrales à gaz à cycles combinés
Pour ces centrales, qui correspondent à des
techniques déjà existantes et appliquées, les données
ont été prises égales à celles de l’étude de la DIGEC,
à l’exception de la durée de vie économique qui a été
supposée égale à 40 ans (contre 25 dans l’étude de la
DIGEC). Cette hypothèse vise à traduire les gains de
performance attendus d’ici 2015 par rapport aux
centrales existantes (elle permet aussi de disposer
d’une durée de vie économique comparable à celle
des centrales EPR)
[12].
Nombre de centrales :
Compte tenu des caractéristiques techniques
retenues pour les centrales à gaz (cf. tableau 1),
satisfaire la demande annuelle d’électricité de 306,6
TWh déterminée précédemment nécessite 59
centrales.
Coût d’investissement Ig :
Pour calculer le coût de l’investissement
correspondant à la construction des 59 centrales à
gaz, nous utilisons le coût de l’investissement
nécessaire à la production d’un kW en base (il
comprend, outre les coûts de construction, les frais
de mise en œuvre, les frais intercalaires, les frais de
pré-exploitation et les aléas sur planning). Les
données de la DIGEC font état de deux coûts
différents selon le taux d’actualisation retenu : 3 827
francs si le taux d’actualisation est de 8 % et 3662
francs si le taux d’actualisation est de 5 %. Nous en
déduisons le coût total d’investissement pour les
centrales à gaz, égal à 149 milliards de francs si le
taux d’actualisation est de 8 % et à 142,6 milliards
de francs si le taux d’actualisation est de 5 %.
Coût annuel d’exploitation
Cg
Nous notons
X le coût de production d’un kWh par
g une centrale à gaz
Xg comprend les coûts
d’exploitation de la centrale et le prix du combustible
utilisé. Comme pour les centrales EPR, il ne dépend
pas du taux d’actualisation retenu. La fonction
donnant
Xg selon le prix du gaz
P a été calculée par la
DIGEC, selon une méthode qui a été reconstituée par
régression linéaire. Ainsi,
X aP b= + où
a et
b
g sont deux constantes. En utilisant l’unité
traditionnelle pour les quantités de gaz (la British
thermal unit
[13] ),
X s’exprime en francs (F),
P en
g F/MBtu,
a en MBtu/kWh, et
b en F/kWh. Nous
obtenons alors
a = 0,0045 et
b = 0,098
. Finalement,
le coût de production annuel de l’électricité par des
centrales à gaz, noté
C et exprimé en francs, se
g déduit du prix du gaz
P par :
Avec un prix du gaz de12 francs par MBtu (prix type
en 1999) le coût de production annuel serait ainsi
égal à 46,6 milliards de francs, soit environ 2 fois et
demi le coût de production de l’EPR.
Les centrales à gaz se distinguent donc par des
investissements plus légers que ceux des centrales
EPR, mais inversement par des coûts de production
plus élevés. Une fois les centrales EPR construites, il
serait plus coûteux de produire par des centrales à
gaz, même si le gaz était gratuit (coût annuel de 30
milliards de francs avec le gaz, contre 17,9 milliards
de francs avec l’EPR). C’est pourquoi, si
l’investissement en centrales EPR matures est
réalisé, le planificateur n’a jamais intérêt à
désinvestir pour passer au gaz.
Tableau 2
coûts de l’EPR et des centrales à gaz (en milliards de francs)
Tableau 2 : coûts de l’EPR et des centrales à gaz (en milliards de francs)
Taux d’actualisation 5% 8%
Coûts d’investissement
Gaz - en 2015 Ig 142,6 149,0
Nucléaire EPR – en 2000 I0 20,0 20,0
Nucléaire EPR – en 2015 In 427,6 459,5
Coûts de production annuels (à partir de 2020)
Gaz (avec P le prix du gaz en F/MBtu) Cg 30+1,38P 30+1,38P
Nucléaire EPR Cn 17,9 17,9
Les prévisions pour le prix du gaz
Le coût de production de l’électricité par les
centrales à cycles combinés dépend du prix du gaz
dont l’évolution est incertaine. Jusqu’à présent,
l’approvisionnement en gaz de la France relevait
majoritairement de contrats de long terme signés par
Gaz de France (GDF), contrats dits
take or pay
[14],
dont les prix étaient indexés sur les cours des
produits pétroliers concurrents. Nous pouvons donc
estimer la tendance et la volatilité passées des prix du
gaz en examinant l’évolution des prix du pétrole.
Certes, l’ouverture à la concurrence du marché
européen du gaz pourrait remettre en cause à l’avenir
le poids des contrats
take or pay, ainsi que
l’indexation des prix du gaz sur le cours des produits
pétroliers. Toutefois, dans l’hypothèse où le
renouvellement du parc français se ferait par des
centrales à cycles combinés en 2015, les volumes de
gaz nécessaires seraient tels que les opérateurs
chercheraient certainement à garantir en grande
partie leurs approvisionnements par des contrats de
long terme, plutôt que de recourir intégralement à
des arbitrages de court terme sur des marchés
spots
[15]. Mais ces contrats de long terme prévoiront
sans doute des formules nouvelles d’indexation des
prix, avec probablement une référence (au moins
partielle) au prix
spot apparaissant sur les nouveaux
marchés de négoce et de cotation du gaz. Le prix des
contrats de long terme pourrait donc être plus volatil
que celui des produits pétroliers. Quoi qu’il en soit,
gaz et produits pétroliers devraient demeurer en
partie des substituts et les évolutions de leur prix
devraient donc rester corrélées, même si la
libéralisation du marché du gaz est trop récente en
Europe pour que nous puissions prévoir avec
suffisamment de certitude son impact sur la volatilité
des prix. L’estimation des paramètres du processus
suivi par les prix du gaz est donc ici effectuée à l’aide
d’une série sur le prix du pétrole entre 1971 à 1998.
Les mouvements browniens sont une façon
habituelle en finance de modéliser l’évolution des
variables incertaines. Parmi les différentes formes
fonctionnelles possibles, nous avons envisagé trois
cas susceptibles de rendre compte de l’évolution. La
première possibilité consiste à utiliser un
mouvement brownien géométrique qui permet de
décrire l’évolution d’une variable toujours positive
(comme dans le cas d’un prix) et dont le principal
intérêt est de faciliter les calculs analytiques. La
seconde possibilité consiste à autoriser l’existence
d’un phénomène de retour à la moyenne exogène
dont on peut rendre compte en utilisant un processus
de Ornstein-Uhlenbeck sur le logarithme du prix du
pétrole. Enfin, le graphe de la série d’évolution du
prix du pétrole depuis 1971 laisse supposer qu’aux
chocs permanents et de petite taille dont rend compte
l’incrément du processus de Wiener présent dans les
mouvements browniens (avec ou sans retour à la
moyenne), s’ajoutent des chocs discrets dont
l’occurrence est plus rare mais qui ont pour effet un
décrochement brutal du prix du pétrole (à la hausse
ou à la baisse). Pour rendre compte de l’éventuelle
existence de ces chocs discrets on peut adjoindre un
processus de Poisson au mouvement brownien
géométrique. C’est la troisième possibilité
envisagée.
L’examen économétrique de ces trois processus
[16]
conduit à retenir un mouvement brownien
géométrique simple dont la discrétisation exacte est
donnée par :
où Pt est le prix du gaz à la date t, α est la tendance
déterministe du processus stochastique suivi par le
prix du gaz, σ est la volatilité par unité de temps du
prix du gaz et εest un choc aléatoire tiré dans une loi
normale centrée réduite et dont les réalisations ne
sont pas corrélées dans le temps. Les résultats
obtenus par étude économétrique conduisent à
retenir une tendance déterministe nulle ( )α = 0 et
une volatilité σ égale à environ 0,3 ( , )σ2 01=.
L’hypothèse d’une tendance déterministe nulle,
acceptée par les tests statistiques, est aussi celle
retenue pour les prévisions à long terme faites pour
l’évolution de ce prix dans la plupart des pays de
l’OCDE.
On sait par ailleurs que, sur un intervalle de temps T,
la variation du logarithme du prix obéissant à un
processus de type (1) suit une loi normale
d’espérance ( / )α σ-2 2 T et de variance σ2 T.
Identifier les paramètres de l’équation (1) permet
donc de connaître, pour un prix courant donné, toute
la distribution du prix du gaz à un horizon de temps
donné. Le graphique 4 ci-dessous retrace la fonction
de répartition pour le prix du gaz à différents
horizons de temps lorsque le prix courant du gaz en
2000 est de 12F/MBtu. Comme la tendance
déterministe est nulle, la prévision est indépendante
de l’horizon de prévision : il est optimal de prévoir
que le prix de demain, celui d’après demain... sera
égal à celui observé aujourd’hui. Cependant, à
mesure que l’horizon de projection s’éloigne, la
probabilité que le prix du gaz diffère de cette
prévision s’accroît. C’est ce qu’illustrent les
fonctions de répartition du graphique 4 où l’on
suppose que le prix du gaz est de 12F/MBtu en 2000 :
à l’horizon de 5 ans, la probabilité que le prix soit en
dessous de 10F/MBtu est de 55 % et la probabilité
que ce prix soit supérieur à 14F/MBtu est de 23 %
seulement. A l’horizon de 15 ans, la probabilité que
le prix du gaz soit en dessous de 10F/MBtu est de
68 % et la probabilité qu’il soit au-dessus de
14F/MBtu est de 23 %.
Graphique 3
fonction de répartition pour le
prix du gaz à différents horizons
La règle de la valeur actualisée nette standard
Nous calculons ici la VAN du projet EPR
(construction du prototype en 2000 puis des
centrales EPR en 2015) comparé au projet de
production de l’électricité à l’aide de centrales à gaz
à cycles combinés. Elle correspond à l’arbre de
décision indiqué sur le graphique 4, où l’on supprime
la flèche correspondant à la possibilité de recourir au
gaz en 2015 lorsque le prototype EPR a été construit
en 2000.
Cette méthode n’est pas correcte parce qu’elle ne
prend pas explicitement en compte la flexibilité,
c’est-à-dire ici la possibilité de ne pas construire les
centrales nucléaires en 2015 alors même que la
centrale de référence EPR aura été construite.
Cependant, comme l’un de nos objectifs est
d’illustrer l’intérêt de la prise en compte de la
flexibilité, la VAN, qui est de loin la méthode la plus
répandue pour évaluer la rentabilité d’un projet, sert
de point de repère pour mesurer l’apport de
l’approche qui sera développée ultérieurement. Par
ailleurs, ce que l’on appellera ultérieurement la
valeur de la flexibilité est la différence entre la valeur
du projet prenant en compte la flexibilité et la VAN
standard calculée ici.
Pour calculer la VAN nous utilisons l’espérance du
prix de la variable incertaine (le prix du gaz) pour
évaluer la somme actualisée des profits à attendre du
projet nucléaire (construction du prototype en 2000
et équipement en centrales EPR en 2015) nette des
coûts d’investissements. La règle de décision
associée à cette VAN est simple : si la VAN est
positive on construit le prototype, sinon on ne le
construit pas. Dans le cas qui nous intéresse, (en
notant Px, le prix du gaz l’année 2000 + x)
l’expression de la VAN est la suivante :
où nous reprenons les notations adoptées au
paragraphe de la deuxième partie et où E AP B x ( )+
0 désigne l’espérance en 2000 du coût de production
par des centrales à gaz x années après l’an 2000.
La première partie de l’expression de VAN prend
2000 en compte l’ensemble de coûts (investissements et
production) associés au projet nucléaire, ces coûts
sont comptés négativement. La seconde partie de
l’expression es t l’espérance des co ûts
(investissement et production) associés au projet
gazier, ces coûts interviennent positivement dans
l’expression de VAN dans la mesure où ils seront
2000 évités si c’est le projet nucléaire qui est adopté.
Cette expression peut être réécrite sous la forme :
où la première partie de l’expression traduit le
surcoût actualisé de l’investissement dans le projet
nucléaire (y compris le prototype) par rapport à
l’investissement gazier. La seconde partie de
l’expression (4) est l’espérance de la somme
actualisée des gains (ou des pertes) d’exploitation
liée(e)s à la production d’électricité à l’aide de
centrales nucléaires relativement au gaz.
Tableau 3
calcul de la VAN standard du projet EPR
Tableau 3 : calcul de la VAN standard du projet EPR
Taux d’actualisation r 5 % 8 %
Éléments de calcul de la VAN (milliards de francs) pour un prix
du gaz de 12F/MBtu en 2000
Coût du prototype EPR I0 20 20
Coût de l’investissement en centrales matures EPR (% gaz) I Ir g n +( )115 134,6 93,5
Gain à l’exploitation de l’EPR de 2020 à 2060 (% gaz) B
E AP C i ni0 20 2039 ( ) + + + - å182,3 69,4
r i 0 1( ) = +
VAN du projet EPR VAN2000 27,7-44,3
Prix du gaz en 2000 annulant VAN2000 (en francs/MBtu ) P0 8,8 25,0
Le tableau 3 contient les valeurs obtenues pour
VAN lorsque le prix du gaz en 2000 est de
2000 12F/MBtu et pour les deux taux d’actualisation. Il
donne également le niveau de prix du gaz en 2000
pour lequel cette valeur actualisée nette s’annule
(prix seuil au delà duquel le projet EPR est jugé
rentable). Pour un taux d’actualisation de 5 %,
VAN est positive et donc (si l’on s’en tient à la
2000 règle de décision classique) on construit la centrale
de référence EPR en 2000. Pour un taux
d’actualisation de 8 %, VAN est négative et
2000 l’application de la règle classique conduit au rejet du
projet de construction de la centrale de référence
EPR. Deux effets opposés jouent en sens inverse
lorsque le taux d’actualisation augmente. D’une part
le surcoût actualisé de l’investissement en nucléaire
est ressenti d’autant plus faiblement en 2000 que le
taux d’actualisation est élevé (les investissements de
remplacement des centrales nucléaires ont lieu en
2015). D’autre part, comme le gain à l’exploitation
des centrales nucléaires n’apparaît qu’en 2020 et
s’étale jusqu’en 2060, la hausse du taux
d’actualisation réduit de façon mécanique le
bénéfice lié à l’utilisation de la technologie
nucléaire. Un taux d’actualisation élevé joue donc en
faveur du nucléaire lorsqu’il s’agit d’actualiser les
coûts d’investissement et en sa défaveur lorsqu’il
s’agit d’actualiser les coûts de production. C’est ici
le second effet qui domine et la propension à adopter
la technologie nucléaire décroît avec le taux
d’actualisation retenu.
Le taux d’actualisation pour lequel la VAN s’annule
est par définition le Taux de rentabilité interne (TRI)
du projet. Nous savons qu’il est ici compris entre 5 %
et 8 % pour un prix du gaz de 12F/MBtu en 2000.
Déterminer précisément le TRI nécessiterait de
connaître la variation de Ig et In avec r, ce dont nous
ne disposons pas. On peut toutefois approcher le TRI
en supposant que, sur l’intervalle considéré
( % % )5 8≤ ≤r, Ig et In varient linéairement avec r.
On obtient alors un TRI égal à 6 %.
Remarquons enfin que, dans le cas où le taux
d’actualisation est de 8 %, l’application de la règle de
la valeur actualisée nette positive conduit à rejeter la
construction du prototype même si la construction et
les tests du prototype pouvaient se faire sans coût. En
effet, la valeur du prototype qui a été retenue est de 20
milliards de francs alors queVAN est négative de
2000 -44,3 milliards de francs : un coût plus faible (voire
nul) pour le prototype ne changerait donc pas dans ce
cas, le signe de la valeur actualisée nette (qui
vaudrait-24,3 milliards avec un prototype gratuit).
Ceci souligne bien le caractère insatisfaisant de la
règle de la valeur actualisée nette qui conduit ici à
juger non rentable la construction du prototype
même lorsque celle-ci ne coûte rien !
La prise en compte de la flexibilité
La règle de la VAN standard est insuffisante
lorsqu’une grande incertitude pèse sur l’évolution de
la rentabilité du projet auquel elle est appliquée et
lorsqu’il existe des possibilités d’abandon. En effet,
en présence d’incertitude et de choix séquentiels,
comme c’est le cas ici puisqu’il s’agit de décider
d’un investissement (la centrale de référence) qui
élargit les possibilités de choix de demain, le calcul
de la rentabilité du projet doit explicitement prendre
en compte le fait qu’il n’est pas certain que le projet
nucléaire sera mené à bout. Si le prix du gaz est
suffisamment bas au moment où la décision finale
entre nucléaire et gaz est prise (en 2015), c’est le gaz
qui sera choisi et le nucléaire sera abandonné alors
même que le prototype aura été construit. La règle de
la VAN standard n’intègre pas cette possibilité et les
calculs sont menés comme si la construction du
prototype en 2000 était nécessairement suivie de la
construction des centrales nucléaires en 2015 : la
flexibilité donnée par le prototype n’est donc pas
prise en compte. C’est cet oubli qui conduit la règle
de la VAN standard positive à rejeter la construction
du prototype même si celle-ci pouvait se faire sans
coût.
Une autre façon de voir les choses consiste à
envisager la construction du prototype comme
l’achat d’une assurance contre les « mauvais états de
la nature » (ici des hausses exceptionnelles du prix du
gaz), assurance dont la valeur doit être explicitement
prise en compte au moment de la prise de décision.
Pour dire les choses autrement, on peut chercher à
savoir combien le décideur est prêt à payer
aujourd’hui pour éviter de se trouver dans la
situation où en 2015 le prix du gaz est élevé et où il
n’y a pas d’autre solution que la production
d’électricité par des centrales à gaz. Dans le cas où le
décideur disposerait de toutes les caractéristiques
économiques des projets dès 2000, le prix qu’il serait
prêt à payer pour pouvoir s’assurer contre le mauvais
état de la nature serait nul puisqu’il aurait déjà en
main toutes les données du problème (et notamment
le prix du gaz en 2015) pour effectuer son choix. Les
calculs de VAN standard seraient alors pertinents. Si,
en revanche, pendant ce laps de temps, des
informations sur l’évolution du prix du gaz sont
susceptibles de lui parvenir, et s’il peut attendre
avant de prendre la décision irréversible entre
centrales nucléaires et centrales à gaz, la
construction du prototype représente bien une
assurance. La règle de la VAN standard n’est plus
alors pertinente pour évaluer la rentabilité d’un tel
projet.
Pour résoudre le problème du décideur public, il faut
alors procéder à rebours en identifiant tout d’abord la
règle de décision entre gaz et EPR en 2015 (sous
l’hypothèse que la centrale de référence a été
construite en 2000). Nous en déduisons ensuite,
compte tenu du prix courant du gaz et de l’incertitude
qui pèse sur son évolution, s’il convient ou non de
construire le prototype EPR en 2000. Nous
considérons ici successivement ces deux étapes : la
décision en 2015 (en supposant que le prototype a été
construit en 2000), puis la décision en 2000.
Il convient ici de dire un mot sur le taux
d’actualisation que nous allons utiliser dans la suite
de cet article pour évaluer la valeur de la flexibilité.
Nous allons, comme précédemment, supposer que le
décideur public se fixe un taux d’actualisation
constant dans le temps et indépendant de
l’incertitude du projet considéré ; en ce sens, le taux
d’actualisation est exogène au projet considéré. Cela
nous permet de valoriser le projet de prototype
nucléaire en utilisant les outils courants de la
programmation dynamique. On aurait pu procéder
autrement en traitant simultanément du risque et de
la flexibilité et en valorisant par des méthodes
d’arbitrage le projet nucléaire. Dans ce cas, le taux
d’actualisation aurait été relié au risque du projet, ce
qui peut paraître plus pertinent. La valorisation par
arbitrage requiert cependant de pouvoir constituer
un portefeuille d’actifs échangés sur les marché
ayant globalement et, à chaque date, la même
espérance de rendement et le même risque que le
projet que l’on cherche à valoriser. La constitution
d’un tel portefeuille n’est pas évidente, les actifs
échangeables permettant la constitution d’un tel
portefeuille n’existant pas nécessairement. Mais les
deux méthodes de valorisation sont identiques (cf.
Dixit et Pindyck, 1994). Par ailleurs, l’utilisation de
la programmation dynamique nous permet de relier
de façon simple la valeur actualisée nette et la valeur
prenant en compte la flexibilité.
La décision en 2015
Dans le cas où le prototype aura étéconstruit, le choix
entre nucléaire et gaz en 2015 se fera en fonction du
prix courant du gaz observé à cette date. Comme
nous faisons ici l’hypothèse que la décision ne peut
être retardée et qu’elle est irréversible, les méthodes
d’évaluation classiques (VAN) sont pertinentes en
2015 et la valeur actualisée nette en 2015 de l’option
nucléaire par rapport au gaz s’écrit simplement :
On optera pour le nucléaire dans le cas où cette valeur
actualisée nette sera positive (dans le cas contraire on
optera pour des centrales à gaz). Nous pouvons
comparer cette valeur actualisée nette en 2015
( )
VAN à celle déjà calculée pour le projet total
2015 ( )
VAN. Il y a deux différences essentielles entre
2000 ces deux valeurs actualisées nettes. D’une part, celle
calculée en 2000 prend en compte le coût de
développement du prototype, alors qu’en 2015,
comme le prototype a été construit, la décision entre
gaz et nucléaire n’a plus à faire intervenir les
dépenses qui ont de toutes façons déjà été
réalisées
[17]. D’autre part, en 2015, l’anticipation
pour le prix du gaz de 2020 à 2060 se fait sur la base
du prix courant du gaz en 2015 et non pas sur la base
de l’observation de ce prix en 2000. On a en fait :
À partir de l’équation (5) nous pouvons calculer le
niveau du prix du gaz en 2015 au-dessus duquel on
décidera de construire des centrales EPR. Si le prix
du gaz est en dessous de ce niveau, on préférera, à
l’inverse, la construction de centrales à gaz. Ce prix
seuil (noté P* ) qui est celui qui annule VAN2015,
dépend des hypothèses faites sur le taux
d’actualisation et sur le processus stochastique suivi
par le prix du gaz.
Le tableau 4 contient les résultats lorsque le prix du
gaz en 2015 est de 12F/MBtu. Bien évidemment,
nous constatons que VAN décroît avec le taux
2015 d’actualisation. Nous constatons aussi que le prix du
gaz en 2015 à partir duquel il est rentable de trancher
en faveur du nucléaire (dernière ligne du tableau 3)
est une fonction croissante du taux d’actualisation.
Nous constatons enfin que le prix seuil P* en 2015 est
plus bas que le prix seuil en 2000 (cf. tableau 3). Ceci
vient du fait que les calculs de VAN ont été menés ici
sous l’hypothèse que le prototype a été construit en
2000, de telle sorte qu’il n’y a plus lieu de faire
apparaître son coût dans le calcul de rentabilité; nous
obtenons alors un prix seuil inférieur à celui mis en
évidence dans les calculs de VAN. Ainsi en 2015,
2000 sous l’hypothèse que le prototype a été construit en
2000 (décision dont nous envisageons la pertinence à
l’étape suivante de la résolution à rebours du
programme du décideur public), il suffit que le prix
du gaz soit de 6,5F/MBtu en 2015 pour que le projet
nucléaire soit considéré comme rentable dans le cas
où le taux d’actualisation est de 5 %, et de
19,2F/MBtu lorsque le taux d’actualisation est de
8 %.
Tableau 4
calcul de la VAN en 2015 du projet EPR
Tableau 4 : calcul de la VAN en 2015 du projet EPR
Taux d’actualisation r 5 % 8 %
Éléments de calcul de la VAN (milliards de francs) pour un prix du
gaz de 12F/MBtu en 2015
Coût de l’investissement en centrales matures EPR (% gaz ) I I g n - 285,0 310,5
Gain à l’exploitation de l’EPR de 2020 à 2060 (% gaz )
E AP B C i ni15 20 539 ( ) + + + - å386,0 230,4
r i 0 1( ) = +
VAN en 2015 du projet EPR VAN2015 101,0-80,14
Prix du gaz en 2015 annulant VAN2015 (francs/MBtu ) P* 6,5 19,2
La décision en 2000
En 2000, la valeur associée à la construction du
prototype dépend de la probabilité pour que l’on opte
pour le gaz en 2015 alors que l’on a construit le
prototype (cas où VAN se révèle finalement
2015 négative et où le prototype a été construit « pour
rien »). L’incertitude sur l’évolution du prix du gaz
fait que l’on ne connaît pas dès 2000 la valeur
actualisée nette du nucléaire en 2015, mais son
espérance. Par ailleurs, la modélisation retenue pour
le processus suivi par le prix du gaz fait que l’on
connaît aussi la distribution de probabilité du prix à
cette date. Cette dernière information, qui n’était pas
utilisée pour le calcul de la VAN en 2000, détermine
en fait la probabilité que le gaz soit adopté alors
même que le prototype a été construit et elle est
indispensable au calcul de la valeur globale du projet
prenant en compte la flexibilité. En effet, la valeur en
2000 du projet (que l’on note V ) qui consiste à
2000 construire la centrale de référence « pour voir » et à
prendre la décision finale en 2015 s’écrit :
et la règle de décision est de construire le prototype si
cette valeur est positive (et de ne pas la construire si
elle est négative). Comme l’espérance du maximum
n’est pas le maximum de l’espérance, pour calculer
V, il faut tenir compte de toute la fonction de
2000 densité (notée f P( ) ) pour le prix du gaz en 2015,
15 prise conditionnellement au prix du gaz observé en
2000. L’équation (6) peut alors se réécrire :
où P* est, par définition (cf. 3.1.), le prix du gaz en
2015 au dessus duquel VAN2015 est positive.
Cette valeur du projet prend explicitement en compte
l’éventualité que le prix du gaz soit suffisamment bas
en 2015 pour que la production d’électricité par
l’EPR ne soit pas rentable en 2015 ( ) * P P 15 < alors
même que le prototype a été construit. La difficulté
du calcul vient du fait queVAN dépend elle même
2015 du prix du gaz. On montre que (cf. par exemple
Bar-Ilan et Strange (1996)) :
où F( ) est la fonction de répartition d’une loi normale
et où u est une variable aléatoire suivant une loi
normale centrée réduite :
[ ( ) ]1 - F u est donc la probabilité que le prix du gaz
en 2015 soit supérieur à la valeur seuil P* à partir de
laquelle on préfère l’EPR aux centrales à gaz.
On vérifie queV VAN>. La prise en compte de
2000 2000 la possibilité d’abandonner le projet nucléaire à
l’issue de la période d’utilisation du prototype (parce
que le prix du gaz est finalement trop faible pour que
l’on juge rentable la production d’électricité par
l’EPR) augmente la valeur du projet puisque les
lourdes dépenses d’investissement associées à la
construction des centrales nucléaires ne seront alors
pas réalisées. Nous notons VF P( ) la valeur de la
0 flexibilité associée au processus pour un prix courant
du gaz P0 en 2000 :
Le tableau 6 ci-dessous contient les résultats
numériques obtenus pour la valeur globale du projet
ainsi que pour la valeur de la flexibilité lorsque le
prix courant du gaz est égal à 12F/MBtu en 2000
( )P0 12=.
La prise en compte de la flexibilité (et de la
possibilité d’abandonner en route le nucléaire) rend
donc la construction du prototype économiquement
plus attractive que ne le laissait penser la simple
VAN. Toutefois, pour un prix courant de 12F/MBtu
en 2000, lorsque le taux d’actualisation est de 8 %, la
prise en compte de la flexibilité ne suffit pas à rendre
rentable la construction du prototype. Pour ce taux
d’actualisation, il faut au minimum un prix du gaz
égal à 15F/MBtu en 2000 pour que la construction du
prototype soit jugée rentable (on rappelle qu’avec la
règle de la VAN standard, il fallait que le prix courant
du gaz soit égal à 25F/MBtu pour que la construction
du prototype soit jugée rentable à ce taux
d’actualisation). Cependant, même au prix de
15F/Mbtu en 2000, la probabilité pour que l’on
construise finalement des centrales EPR en 2015 est
faible : 21 % seulement.
Tableau 5
valeur de l’investissement dans le prototype EPR (prenant en compte la flexibilité)
Tableau 5 : valeur de l’investissement dans le prototype EPR (prenant en compte la flexibilité)
Taux d’actualisation r 5 % 8 %
Hypothèse sur le prix du gaz en 2000 (en francs/MBtu ) P0 12 12
Valeur de l’investissement dans le prototype EPR (milliards de francs ) V2000 45,1-6,8
VAN standard du projet EPR (rappel) (milliards de francs ) VAN2000 27,7-44,3
Valeur de flexibilité (milliards de francs ) VF V VAN= - 2000 2000 17,4 37,5
Probabilité de ne pas choisir l’EPR en 2015 54 % 84 %
Prix du gaz en 2000 annulant V2000 (francs/MBtu) P0 5,5 14,9
Probabilité de ne pas choisir l’EPR en 2015 77 % 79 %
Quel que soit le taux d’actualisation retenu, la
probabilité d’adopter finalement l’EPR en 2015
(alors même que le prototype a été construit) est
faible. La construction du prototype doit donc être
envisagée comme l’achat en 2000 d’une assurance
contre les mauvais états de la nature en 2015 (ceux où
le prix du gaz est élevé). Même dans le cas le plus
favorable au nucléaire qui soit envisagé dans nos
simulations (un taux d’actualisation de 5 %), la
valeur nette du projet a beau être importante (+45
milliards de francs pour un prix courant du gaz de
12F/MBtu en 2000), la probabilité pour que l’on
décide de construire des centrales EPR en 2015 n’est
quand même que de 46 %. Ces calculs de probabilité
soulignent bien l’aspect d’assurance pris en compte
dans les valeurs présentées dans le tableau 5.
La valeur de la flexibilité et la valeur totale du
projet
La valeur de la flexibilité est mesurée par l’écart
entre la valeur du projet prenant en compte la
flexibilité et la valeur actualisée nette du projet
(équation (9)). La valeur de la flexibilité dépend de
tous les paramètres du modèle : incertitude, taux
d’actualisation, prix courant du gaz, prix des
investissements, délais de mise en œuvre... Compte
tenu de la complexité des expressions (7) et (8),
calculer analytiquement la façon dont varie la valeur
de la flexibilité en fonction des différents paramètres
est assez laborieux et il est plus simple d’avoir
recours à des simulations. C’est la façon dont nous
avons procédé.
- La valeur de la flexibilité est une fonction
croissante de la volatilité : plus l’incertitude sur
l’évolution du prix est grande, plus le décideur
accorde de la valeur à la flexibilité. Dans le cas
extrême où il n’y a pas du tout d’incertitude la valeur
de la flexibilité est nulle.
- La valeur de la flexibilité est une fonction
décroissante du prix courant : lorsque le prix courant
du gaz est très élevé, il y a très peu de chances pour
que l’on ne choisisse pas le projet nucléaire en 2015
et le décideur serait prêt à décider immédiatement de
s’engagerou non dans la totalité du projet nucléaire.
- La valeur de la flexibilité est une fonction
croissante du taux d’actualisation.
- Finalement, compte tenu de ces résultats nous
pouvons écrire que la valeur totale du projet (prenant
en compte la flexibilité et intégrant donc la valeur de
flexibilité dont les variations ont été décrites
précédemment) dépend de façon complexe du taux
d’intérêt et du prix courant du gaz.
- Un taux d’intérêt élevé réduit la valeur actualisée
nette standardVAN (et ceci joue en défaveur de la
2000 construction du prototype EPR) mais augmente la
valeur de la flexibilité VF (ce qui joue en faveur du
prototype). Finalement, ici, nous obtenons que la
valeur du projet prenant en compte la flexibilitéV
2000 est une fonction décroiss ante du tau x
d’actualisation. Le premier effet (diminution de la
VAN standardVAN ) l’emporte donc sur le second
2000 (accroissement de la valeur de flexibilité VF). Le
TRI du projet est ici égal à 7,1 %, supérieur à celui
obtenu avec l’approche VAN standard.
- Un prix élevé du gaz augmente VAN mais
2000 diminue la valeur de la flexibilité. Finalement, ici,
nous trouvons que la valeur du projet prenant en
compte la flexibilité est une fonction croissante du
prix du gaz. Là encore, l’effet VAN standard
l’emporte sur l’effet flexibilité.
- Une volatilité élevée du prix du gaz est sans effet
sur la valeur actualisée nette standard et augmente la
valeur de la flexibilité. La valeur du projet est donc
une fonction croissante de la volatilité.
On a donc :
La sensibilité de l’évaluation du projet aux
paramètres exogènes
L’évaluation du projet et la décision de construire ou
non le prototype dépendent évidemment de tous les
paramètres exogènes : les coûts d’investissement,
les coûts de production, la volatilité, la tendance
déterministe sur le prix du gaz, le taux d’intérêt...
Afin d’apporter un éclairage sur la dépendance de la
décision à ces paramètres, le tableau 6 contient les
valeurs courantes du prix du gaz en 2000 à partir
desquelles la construction du prototype est jugée
rentable pour différents jeux d’hypothèses. Nous
retrouvons évidemment que la décision de construire
le prototype est prise pour un prix courant du gaz
supérieur lorsque l’on actualise les coûts et les
bénéfices à 8 % au lieu de 5 %.
Une tendance déterministe positive pour le prix du
gaz (hypothèse que n’excluent pas certains
prévisionnistes - cf. OCDE(1998)) diminue le prix
seuil en 2000 et cette réduction est d’autant plus forte
que le taux d’intérêt est élevé (variante a). Ainsi,
avec un taux d’actualisation de 8 %, alors qu’il faut
que le prix du gaz soit presque égal à 15F/MBtu pour
que l’on juge rentable de construire le prototype si
l’on n’anticipe pas de hausse pour le prix du gaz, le
prototype est jugé rentable dès que le prix du gaz
dépasse 11,5F/MBtu si l’on admet que ce prix devrait
croître en moyenne de 1 % par an. L’effet de
l’incertitude sur ce prix seuil est aussi tout à fait
remarquable (variantes b et c) : en l’absence
d’incertitude ou presque ( , )σ2 0 0001= le prix seuil
pour la construction du prototype est de 25F/Mbtu, il
descend à 8,5F/MBtu pour une incertitude beaucoup
plus forte ( , )σ2 0 4=. Cela vient évidemment du fait
que, en présence d’une grande incertitude,
l’éventualité que le prix du gaz atteigne de très hauts
niveaux ne peut pas être négligée même lorsque le
prix courant du gaz est faible. Enfin, de façon tout à
fait logique, le prix seuil croît avec le coût de
l’investissement en nucléaire et avec les coûts de
production de l’énergie nucléaire (variantes d, e et f).
Cas où la vie des anciennes centrales
nucléaires peut être prolongée
L’agenda du projet que nous avons considéré jusqu’à
présent est très contraint puisque les dates de toutes
les décisions sont fixées. Ainsi on doit décider dès
aujourd’hui (en 2000) de construire ou non le
prototype EPR et - si oui - la décision finale entre gaz
et EPR se fait impérativement en 2015. Pourtant, il
sera très vraisemblablement envisageable de
repousser la décision finale au delà de 2015, en
maintenant en activité les centrales nucléaires
actuelles au delà de 2020 (au prix de dépenses de
jouvence). Comment cette possibilité affecte-t-elle
la règle de décision en 2000 ? Deux cas doivent en
fait être distingués : celui où la décision de
construction du prototype doit être prise dès 2000 et
celui où la construction du prototype peut elle même
être retardée. No us pouvo ns résoud re
numériquement le cas le plus simple où la décision de
construction du prototype est nécessairement prise
en 2000. Le cas où la décision de construire le
prototype peut elle-même être retardée ne sera résolu
que pour certaines valeurs des « dépenses de
jouvence » associées à la prolongation des anciennes
centrales nucléaires.
Intuitivement nous devinons que, si les dépenses de
jouvence sont faibles, il sera intéressant de prolonger
au maximum les centrales nucléaires existantes au
delà de 2020. À l’inverse, si les dépenses de jouvence
sont gigantesques, on ne prolongera jamais les
centrales nucléaires existantes : le problème est alors
exactement celui déjà étudié dans la troisième partie.
Entre les deux extrêmes, l’intérêt de prolonger les
centrales nucléaires existantes dépendra chaque
année du prix du gaz : si ce dernier est faible, mieux
vaut renouveler immédiatement le parc par des
centrales à gaz; à l’inverse, s’il est élevé, mieux vaut
renouveler immédiatement le parc par des centrales
EPR; enfin, pour des niveaux intermédiaires du prix
du gaz, mieux vaut prolonger les centrales existantes
et attendre pour trancher entre gaz et EPR.
Tableau 6
analyse de sensibilité - Prix du gaz en 2000 au-dessus desquels la construction du prototype est jugée
rentable selon différentes variantes (prix du gaz en F/MBtu)
Tableau 6 : analyse de sensibilité - Prix du gaz en 2000 au-dessus desquels la construction du prototype est jugée
rentable selon différentes variantes (prix du gaz en F/MBtu)
Taux d’actualisation 5 % 8 %
Situation de référence Cf. section 2 5,5 14,9
Variantes
Modification de la situation de référence Paramètre modifié
a) Tendance haussière du prix du gaz (+1% par an ) α = 0 1,4,1 11,5
b) Faible volatilité du prix du gaz σ2 0 0001=, 8,8 25,0
c) Forte volatilité du prix du gaz σ2 0 4=, 3,3 8,5
d) Augmentation du coût d’investissement en centrales EPR (+50 %) I x n = 472 6 1 5, , 89,6 20,5
e) Baisse du coût d’exploitation des centrales EPR (-50 %) C x n = 17 9 0 5, , 2,3 12,6
f) Augmentation du coût d’exploitation des centrales EPR (+50 %) C x n = 17 9 1 5, , 7,3 16,8
Quelques notations et hypothèses supplémentaires
Le prolongement des anciennes centrales nucléaires
D’après les informations dont nous disposons, la vie
des centrales nucléaires pourrait être prolongée
d’une dizaine d’années environ au prix de dépenses
de jouvence annuelles (notées Jouv) estimées à 10
milliards de francs. Une grande imprécision entoure
cependant cette évaluation, et nous posons et
résolvons le problème du décideur pour différents
niveaux des dépenses de jouvence (de 0 à 100
milliards de francs par an). D’autre part, le coût de
production annuel de l’électricité par ces anciennes
centrales (noté Ca) est (hors dépenses de jouvence)
de l’ordre de 20 milliards de francs (il s’agit de la
valeur actuellement constatée).
La durée totale des différents projets
Pour poser convenablement le problème, il faut
supposer que la durée de vie de tous les projets est
identique. Il est en effet difficile de comparer, par
exemple, le projet qui consisterait à renouveler le
parc avec des centrales nucléaires EPR au plus tôt
(dès 2015) et celui qui consisterait à ne le faire que le
plus tard possible (en 2025). Dans le premier cas on
produit de l’électricité pendant quarante ans
seulement, dans le second cas pendant cinquante ans.
Nous nous proposons donc de comparer des projets
qui se terminent tous en 2070 (quelle que soit la date
choisie pour le renouvellement du parc) en
imaginant que, au delà de la durée de vie des
nouvelles centrales (EPR ou à gaz), il est possible de
se procurer de l’électricité au coût marginal de
production de long terme en Europe. Nous
supposons ce coût égal à 16,3 cF/kWh. Cette valeur
étant utilisée pour des dépenses tardives (engagées
au plus tôt en 2060), le jeu de l’actualisation réduit
considérablement son influence. Ainsi, le coût
marginal de production de long terme en Europe peut
s’écarter de la valeur retenue ici sans modifier
significativement nos résultats. Au prix de 16,3
cF/kWh, la satisfaction annuelle de la demande de
306,6 milliards de kWh (déterminée en deuxième
partie) coûte 50 milliards de francs. Nous prendrons
donc Cm = 50 GF dans les calculs qui suivent.
Enfin, on néglige le coût d’attente qui découle du
maintien des compétences EPR lorsque le prototype
correspondant est achevé en 2015 mais que l’on ne
construit pas immédiatement de centrales EPR
[18].
Les différents prix seuils
Avec la possibilité de prolonger les centrales
nucléaires, les possibilités auxquelles le décideur
fait face à partir de 2015 sont les suivantes :
Si le prototype EPR n’a pas été construit, il doit
choisir entre prolonger les anciennes centrales
nucléaires ou renouveler le parc avec des centrales à
gaz. On notera 'P le prix du gaz au dessus duquel le
décideur décide de renouveler le parc avec des
centrales à gaz (cf. côté droit du graphique 4).
Comme nous le verrons plus loin, ce prix seuil n’est
pas constant dans le temps.
Si le prototype EPR a été construit, ce sont trois (et
non plus deux) possibilités qui s’offrent au décideur :
prolonger le parc nucléaire existant, le renouveler
avec des centrales à gaz ou le renouveler avec des
centrales EPR. On notera P* le prix du gaz au-dessus
duquel le décideur renouvelle le parc par des
centrales EPR, $( )P t le prix du gaz en dessous duquel
il renouvelle le parc par des centrales à gaz. Entre ces
deux prix, le décideur préfère continuer à utiliser les
anciennes centrales nucléaires. On a donc
$( ) ( ) * P t P t≤ (cf. côté gauche du graphique 4). Ces
prix seuils ne sont pas constants dans le temps. À la
date T = 2025, comme il n’est plus possible
d’attendre, on a nécessairement : $( ) ( ) * P T P T=.
Mais les deux prix seuils peuvent aussi être égaux
avant la date finale, ce sera par exemple le cas si les
dépenses de jouvence sont tellement élevées qu’il
n’est jamais rentable de prolonger les anciennes
centrales nucléaires. Enfin, on aura nécessairement
$( ) ( )P t P t≤ '.
Graphique 4
choix possibles entre 2015 et 2025
Quel est le niveau du prix du gaz qui justifie la
construction du prototype en 2000 ?
Pour pouvoir identifier le prix du gaz qui justifie la
construction du prototype en 2000, on résout
récursivement le problème du décideur en identifiant
tout d’abord les règles de décisions (les prix seuils
$( ), ( ), ( ) * P t P t P t') entre 2015 et 2025, puis la règle
de décision en 2000.
La règle de décision à partir de 2015
Ecrivons le choix à chaque instant. Le « bénéfice »
actualisé d’investissement et de production avec des
centrales à gaz construites à la date t peut s’écrire :
C’est la somme (comptée négativement) de
l’investissement en centrales à gaz, des coûts de
production (cette dernière commençant cinq années
après la dépense d’investissement) et des coûts
d’approvisionnement en électricité au coût marginal
de long terme. Ces derniers ne sont comptabilisés
que dans le cas où les centrales à gaz ferment avant
2070, i.e. avant la durée de 50 ans fixée à tous les
projets que nous étudions.
De même, le « bénéfice » actualisé d’investissement
et de production avec des centrales nucléaires
construites à la date t s’écrit :
Ces deux expressions sont de simples valeurs
actualisées nettes, exprimant qu’une fois la décision
irréversible prise (en faveur du gaz ou de l’EPR) il
n’y a plus d’option pour changer le mode de
production.
L’expression du « bénéfice » actualisé de production
avec les anciennes centrales nucléaires est plus
difficile à écrire, il doit prendre explicitement en
compte la possibilité d’opter (à la période suivante
ou à toute autre période jusqu’en 2025) pour un autre
type de centrales si cela est jugé rentable. Le coût
actualisé correspondant doit vérifier l’équation
d’arbitrage suivante :
ou encore (en appliquant le lemme de Itô) et en
simplifiant par dt:
où WXAi représente la dérivée partielle de WAi par
rapport à la variable X. Enfin, comme la valeur du
prolongement des anciennes centrales n’est pas la
même selon que le prototype a été construit ou non,
on pose i = 1 dans le cas où le prototype existe et i = 0
dans le cas où il n’existe pas.
Dans le cas où le prototype a été construit, WA1, doit
vérifier les conditions aux limites suivantes
La première contrainte indique la valeur terminale,
en
T = 2025, du bénéfice actualisé de production par
les anciennes centrales nucléaires prolongées. Ce
dernier est égal au maximum des bénéfices
actualisés des deux autres technologies puisque
l’attente ne peut pas être prolongée. La deuxième et
la troisième contraintes indiquent qu’au niveau de
chaque prix seuil, la valeur de l’attente (production
avec les anciennes centrales nucléaires prolongées)
est égale au bénéfice actualisé de production de la
technologie correspondant au seuil. Les deux
dernières conditions sont des conditions du second
ordre (
smooth pasting conditions) qui assurent
l’optimalité de la date de la décision irréversible.
Sous toutes ces conditions, il n’existe pas de solution
analytique à l’équation différentielle (12)
[19]. Nous la
résolvons donc numériquement (cf. encadré). Cette
résolution donne la valeur du « bénéfice » associé au
maintien en activité des anciennes centrales et les
prix seuils du gaz( ( ) *
P t et $( ) )
P t correspondant au
choix irréversible (en faveur du gaz et de l’EPR) pour
renouveler le parc.
Dans le cas où le prototype n’a pas été construit,
WA0, doit vérifier les conditions aux limites
suivantes :
Et l’interprétation des contraintes du système (14)
est la même que celle du système (13). Sous les
conditions (14), il n’existe pas de solution analytique
à l’équation différentielle (12) et on la résout
numériquement. On obtient alors le prix seuil 'P t( )
et la valeur du prolongement des anciennes centrales
dans le cas où le prototype n’a pas été construit. Enfin
on notera W* la valeur du programme optimal
( max( , , ) ) * W W W WA G N =1 lorsque le prototype
est disponible et U* la valeur du programme optimal
( max( , )) * U W WA G = lorsque le prototype n’est
pas disponible.
Pour trouver les règles de décision (i.e. les prix seuils
du gaz correspondant aux choix précédents), nous
devons résoudre numériquement l’équation (12)
pour i = 1 et i = 0 (les inconnues en sontW P t A 1 ( , ) et
W P t A 0 ( , )avec les conditions aux limites énoncées
dans les systèmes (13) et (14). Nous utilisons la
méthode présentée dans l’encadré. Cette méthode
conduit aux résultats illustrés par le graphique 5 qui
montre quelle décision doit être prise dans le cas
particulier où les dépenses de jouvence sont de 70
milliards de francs et où le taux d’actualisation est de
8 %. Pour ces valeurs, le graphique de gauche nous
dit que pour un prix du gaz compris entre 14 et
30F/MBtu en 2015, le décideur maintient en activité
les anciennes centrales nucléaires dans le cas où le
prototype a été construit. Dans le cas où le prototype
n’a pas été construit, le planificateur ne prolonge la
vie des anciennes centrales nucléaires que pour un
prix de l’ordre de 20F/Mbtu. Qualitativement les
résultats obtenus pour d’autres valeurs des dépenses
de jouvence (et du taux d’actualisation) sont
identiques, c’est-à-dire que l’allure des courbes est la
même. En revanche les prix seuils (et la valeur des
différents programmes) varient.
Graphiques 5
valeur des différents programmes en 2015 (Jouv = 70, et r=8%)
Encadré : résolution numérique d’une équation de type (12) par la méthode des différences finies
explicites
Nous cherchons à résoudre numériquement une équation de
la forme :
où W doit vérifier des conditions aux limites du type :
L’idée consiste à discrétiser l’équation (a) en transformant
les variables P et t en des variables discrètes et en
remplaçant les dérivées partielles de l’équation (a) par des
différences finies. Pour simplifier le contrôle de la
résolution numérique, il est pratique d’utiliser un
changement de variable. On pose p = ln P et on travaille sur
une fonction Z(p, t), telle que Z(p, t)= W(P, t). On montre
alors que la fonction Z doit vérifier l’équation différentielle
suivante :
On décompose l’intervalle de temps sur lequel on souhaite
résoudre l’équation différentielle en K courts intervalles de
taille identique k = T / K (ici T = 10 ans et on retient K =
240, chaque année est donc séparée en 24 périodes
identiques). De même, on décompose la plage des valeurs
pouvant être prises par le logarithme du prix en H
intervalles de taille identique h (on doit choisir h k>σ1 2/ et
on a retenu H = 1000). On repère chaque période par
j = 1,2,...... K et le niveau du logarithme du prix par
i = 1,2,.... H. On note alors Zi j, la valeur de Z à l’instant j
pour un logarithme du prix égal à ième valeur. Sur des petits
intervalles de temps et pour des petites variations de prix,
on peut approcher les différences présentes dans l’équation
(b) par :
L’équation différentielle (b) peut alors se réécrire :
que l’on peut résoudre de façon récursive en commençant
par la première condition aux limites qui donneZiT, pour
tout i (i.e. pour chaque niveau du logarithme du prix). On
peut alors calculer les ZiT k,- en utilisant l’équation (c). À
chaque fois qu’un ZiT,-1 est calculé on vérifie s’il est
supérieur au maximum entre UiT k,- et ViT k,-. Le i tel que :
Z U i T k i T k, ,- - = donne le niveau pour le prix seuil $( )P t du gaz
en dessous duquel à la date T- k on choisit de construire les
centrales à gaz, et le i tel que : Z V i T k i T k, ,- - = donne le niveau
pour le prix seuil P*(t) du gaz au dessus duquel à la date T-k
on choisit de construire les centrales nucléaires. On
remonte ainsi de période en période, en balayant à chaque
fois l’ensemble des valeurs possibles pour le logarithme du
prix du gaz.
La règle de décision en 2000
Une fois calculées les valeurs des programmes
optimaux en 2015, la valeur du programme en 2000
est la différence entre le coût du prototype et
l’espérance actualisée en 2000 du gain que l’on tire
en 2015 de l’existence du prototype (l’écart entre les
valeurs de programmes optimaux en 2015 dont une
illustration est donnée par le graphique 6).
L’expression analytique de cette valeur est alors :
On connaît f P( ) la fonction de répartition la
15 fonction du prix du gaz en 2015 conditionnellement à
sa valeur en 2000. Comme nous l’avons vu elle
dépend des paramètres du processus stochastique
suivi par le prix du gaz.
Graphique 6
valeur des programmes optimaux
en 2015
Pour calculer l’intégrale de l’expression (13) on a
cependant besoin d’une forme analytique pour
W* et
U*. Cette forme analytique est simple à obtenir pour
les niveaux du prix du gaz qui sont tels que l’on fait
un choix irréversible dès 2015 (centrales à gaz
(équation 10)) ou centrales nucléaires EPR (équation
11)), mais elle ne peut être obtenue pour les niveaux
de prix auxquels il est optimal de prolonger la vie des
centrales nucléaires (équation 12). On peut
cependant en obtenir une approximation dont les
paramètres sont estimés par l’économétrie sur la
base des résultats des simulations numériques. Il faut
juste prendre soin de choisir une forme fonctionnelle
susceptible de bien coller à la vraie valeur du
programme. Dans les deux cas, la forme
fonctionnelle retenue comme approximation a été la
solution analytique de l’équation (12) sous les
contraintes (13) puis (14) en imposant par ailleurs
WtAi. Sous cette contrainte supplémentaire, on
connaît la forme analytique de la solution des
équations (12), elles sont de la forme
[20] :
où : β1 0< et β2 1> sont solutions de l’équation
où α et σ sont les
paramètres du mouvement brownien suivi par le prix
du gaz, et où A A A A B B, , , , , et B sont des
0 1 2 3 0 12 constantes que l’on peut déterminer en utilisant les
contraintes des systèmes (13) et (14). Pour le
problème qui nous intéresse WtAi ≠ 0, mais les
formes fonctionnelles ci-dessus sont sans doute
proches de la vraie solution. C’est notamment ce que
suggère le graphique 10 qui montre que les fonctions
valeurs sont finalement peu sensibles au temps et
d’autant moins que l’on est éloigné de la date finale
du programme (T = 2025). Nous avons estimé les
valeurs des constantes (A A A A B B, , , , , et B )
0 1 2 3 0 12 par des moindres carrés ordinaires en utilisant
comme variables expliquées les valeurs des WAi
obtenues lors des simulations numériques pour
l’année 2015 (et les simulations et les estimations
ont été faites pour les différentes valeurs des
dépenses de jouvence et pour les deux taux
d’actualisation). On notera par ailleurs :
où C C, et D se calculent aisément et sans
0 10 approximation à partir des équations (10) et (11).
L’équation (15) peut alors être réécrite sous une
forme un peu compliquée mais explicite. On montre
en effet (cf. Bar Ilan et Strange (1996)) que :
où le signe ≈ rend compte du fait que les fonctions
valeurs sont des approximations, où F( ) est la
fonction de répartition d’une loi normale et où u est
j une variable aléatoire suivant une loi normale
centrée réduite :
F u( ) est donc la probabilité que le prix du gaz en
1 2015 soit inférieur à la valeur seuil 'P en dessous de
laquelle on opte directement pour des centrales à gaz
si le prototype n’apas été construit. De même, F u( )
2 est la probabilité que le prix du gaz en 2015 soit
inférieur à la valeur seuil $P en dessous de laquelle on
opte directement pour des centrales à gaz si le
prototype a été construit. Enfin, [ ( ) ]1 - F u est le
3 probabilité que le prix du gaz soit tel que l’on
choisisse de construire les centrales nucléaires EPR
dès 2015.
En utilisant les équations (15) à (20), on peut calculer
le prix du gaz en 2000 au-dessus duquel la
construction du prototype est rentable. Ce niveau
dépend de tous les paramètres du modèle et
notamment du taux d’actualisation et des dépenses
de jouvence. Le tableau 7 ci-dessous contient les
principaux résultats.
On constate que le prix seuil du gaz en 2000
(au-dessus duquel la construction du prototype EPR
est justifiée) est une fonction décroissante du niveau
des dépenses de jouvence. Ce résultat est logique :
plus ces dépenses sont élevées, plus il est probable
que le renouvellement du parc aura lieu tôt (la
possibilité d’attendre en prolongeant les vieilles
centrales sera de moins en moins utilisée), plus le fait
de disposer d’une alternative aux centrales à gaz
semble donc intéressant pour le décideur.
Par ailleurs le tableau 7 met en évidence trois
régimes bien distincts pour le prix seuil du gaz, selon
le niveau des dépenses de jouvence :
Tableau 7
prix du gaz en 2000 au-dessus desquels la
construction du prototype est jugée rentable lorsque
la vie des anciennes centrales nucléaires peut être
prolongée (prix du gaz en F/MBtu)
Tableau 7 : prix du gaz en 2000 au-dessus desquels la
const