2001
Économie et Prévision
Frontières d’efficacité et processus d’appariement sur le marché du travail au Maroc
Aomar Ibourk
[(*)]
Sergio Perelman
[(**)]
La capacité d’un marché du travail à générer de nouveaux emplois à partir d’un stock donné de postes vacants et de
chômeurs est interprétée comme une forme d’efficacité transactionnelle. Elle peut être mesurée à partir de l’estimation
d’une fonction d’appariement qui décrit la situation d’échange entre la demande, exprimée par les firmes, et l’offre,
représentée par les travailleurs à la recherche d’un emploi. Dans cet article, nous proposons l’utilisation des techniques
des frontières d’efficacité pour ces estimations. Deux méthodes alternatives, paramétrique et non paramétrique, sont
appliquées au cas des marchés du travail régionaux au Maroc. Les résultats obtenus permettent une évaluation de
l’efficacité des appariements sur chacun des marchés ainsi qu’une évaluation de l’activité des centres d’information et
d’orientation pour l’emploi (CIOPE) qui ont été créés au début des années quatre-vingt-dix aux fins de faciliter
l’appariement de l’offre et de la demande des diplômés.Mots-clés :
emplois vacants, chômage, fonction d’appariement, frontières d’efficacité, régions marocaines.
The capacity of a labour market to generate new jobs from a pool of vacant positions and unemployed workers is
interpreted as a form of transactional efficiency. It can be measured by estimating a matching function which describes
the exchange situation between the demand expressed by businesses and the supply represented by workers looking for a
job. In this article, we propose to calculate these estimates using efficiency boundary techniques. Two alternative
methods, parametric and non-parametric, are applied to the regional labour markets in Morocco. The results are used to
evaluate the matching efficiency on each market and to evaluate the activity of the Employment Information and
Orientation Centres (Centres d’Information et d’Orientation pour l’Emploi [CIOPE]) created in the beginning of the
nineties to make it easier to match the supply of graduates to demand.Keywords :
vacant jobs, unemployment, matching function, efficiency boundaries, Moroccan regions.
Les auteurs tiennent à remercier Olivier Donni, Henri Sneessens, Jan Van Ours et Étienne Wasmer pour leurs commentaires, ainsi que
les rapporteurs anonymes de ce papier, les participants aux 16èmes Journées de Microéconomie Appliquée (Lyon, 1999), 6ème European
Workshop on Efficiency and Productivity Analysis (Copenhague, 1999), et aux séminaires de l’ECARES (Université Libre de
Bruxelles) et du CENTER (Université de Tilburg). Aomar Ibourk remercie le CREPP (Université de Liège) pour son accueil pendant
la réalisation de ce travail. Sergio Perelman, souhaite remercier la Communauté Française de Belgique (PAC 98/03-221) pour l’aide
financière.
La capacité d’un marché du travail à générer de nouveaux emplois à partir d’un stock donné de
postes vacants et de chômeurs est interprétée comme une forme d’efficacité transactionnelle.
Elle peut être mesurée à partir de l’estimation d’une fonction d’appariement qui décrit la
situation d’échange entre la demande, exprimée par les firmes, et l’offre, représentée par les
travailleurs à la recherche d’un emploi. Dans cet article, nous proposons l’utilisation des
techniques des frontières d’efficacité pour ces estimations. Deux méthodes alternatives,
paramétrique et non paramétrique, sont appliquées au cas des marchés du travail régionaux au
Maroc. Les résultats obtenus permettent une évaluation de l’efficacité des appariements sur
chacun des marchés ainsi qu’une évaluation de l’activité des centres d’information et
d’orientation pour l’emploi (CIOPE) qui ont été créés au début des années quatre-vingt-dix aux
fins de faciliter l’appariement de l’offre et de la demande des diplômés.
Parmi les raisons avancées pour expliquer la
difficulté du marché à absorber l’excès d’offre de
travail, l’efficacité du processus d’appariement
occupe une place prépondérante, comme en
témoigne une abondante littérature
[1]. Afin de
mesurer l’efficacité des marchés locaux et
nationaux, on estime économétriquement une
fonction d’appariement (
matching function),
généralement de forme Cobb-Douglas, à partir des
informations disponibles sur le fonctionnement de
ces marchés. Au cours des vingt dernières années,
une nouvelle branche s’est développée dans le
domaine de l’économie de la production, celle des
frontières d’efficacité basée sur les notions
d’enveloppe de production et de fonctions de
distance
[2]. L’objet de cette étude est d’établir un lien
entre ces deux branches de la recherche en économie
en proposant l’application de la méthodologie des
frontières d’efficacité au problème d’appariement
sur le marché du travail. En effet, la méthodologie
des frontières a ouvert u n vaste champ
d’investigation pour l’étude de l’efficacité et de la
productivité et la plupart des avancées dans ce
domaine sont transposables à l’étude de l’efficacité
au marché du travail. Cependant, mis à part les
articles de Ronald Warren (1991) et de George
Sheldon (1999), ce lien est resté inexploré jusqu’à
présent.
Nous analyserons le cas du Maroc où depuis
quelques années des cen tres rég ionaux
d’information et d’orientation pour l’emploi
(CIOPE) ont pour mission de coordonner la
rencontre entre l’offre et la demande de travailleurs
qualifiés. À partir des informations mensuelles
disponibles pour les années 1995 à 1997, nous allons
estimer des frontières d’appariement en utilisant
deux approches, paramétrique et non paramétrique,
res pectivement de nature stochastique et
déterministe.
Outre le fait de pouvoir comparer entre elles les
performances d’appariement sur chacun des
marchés régionaux, nous nous intéresserons
également à l’impact sur l’efficacité du marché
résultant des activités de prospection. Nous
appliquerons d’une part l’approche paramétrique
stochastique proposée par Battese et Coelli (1995),
lequel modélise en un temps l’estimation du taux
d’efficacité et l’effet éventuel de variables
environnementales et, d’autre part, pour ce qui
relève de l’approche non paramétrique, nous
procéderons à un test économétrique de l’effet des
variables explicatives sur les scores d’efficacité
obtenus dans une première étape.
Cet article sera organisé de la manière suivante. Dans
une première partie nous présenterons un bref survol
de la littérature sur l’estimation de la fonction
d’appariement, suivi d’une discussion des
principaux concepts et méthodes d’estimation de
frontières d’efficacité dont nous ferons usage par la
suite. Dans la deuxième partie nous analyserons
l’activité des centres régionaux (CIOPE) ; ce sera
aussi l’occasion d’aborder le problème du marché du
travail qualifié au Maroc et de présenter la base de
données utilisée. La troisième partie est consacrée à
la présentation des résultats des estimations
économétriques. Les résultats obtenus en termes
d’efficacité transactionnelle du marché du travail
marocain font l’objet de la quatrième partie. La
dernière partie met l’accent, à titre de conclusion, sur
l’apport potentiel des méthodes de frontières à ce
domaine de recherche.
La fonction d’appariement
Le processus d’appariement entre les postes vacants
et les individus à la recherche d’un emploi est
modélisé au travers de la
fonction d’appariement,
dont la structure est empruntée à la théorie de la
production
[3]. En effet, le flux d’appariement ( )
yrt
est décrit comme le résultat d’une activité de
production dont les facteurs sont les stocks, au début
de la période, d’emplois vacants ( )
v et de
,
r t-1 travailleurs à la recherche d’un emploi ( ), u
r t-1
où
r et
t indiquent le marché (la région ou le pays, le
plus souvent) et la période, respectivement, et
e e r r, [ ]>0, est u n paramètre représentant
l’
efficacité transactionnelle du marché du travail
r
[4].
Gorter et Van Ours (1994) ont pu montrer que ce
paramètre est égal au rapport entre la probabilité et le
délai moyen entre deux contrats
[5]. La fonction
d’appariement tient ainsi compte du rythme avec
lequel le marché du travail assure l’allocation de la
main-d’œuvre disponible aux emplois vacants.
Ainsi, l’amélioration de l’efficacité peut résulter
d’une moindre sélectivité à l’embauche de la part des
employeurs, mais également d’une meilleure
disposition du chômeur à accepter l’offre, sachant
que son choix repose sur un arbitrage inter-temporel.
Pour chaque proposition reçue, il compare
l’espérance des revenus que lui apporte cet emploi
avec celle qu’il associe au fait d’attendre une offre
plus favorable. Un tel comportement fait apparaître
un salaire de réserve au-delà duquel les offres
d’emploi seront acceptées (Bougroum et Ibourk,
1998).
La fonction d’appariement (1) est censée être
homogène et vérifier les hypothèses suivantes :
La forme fonctionnelle choisie par la plupart des
auteurs est celle représentée par une fonction
Cobb-Douglas
[6] :
où les paramètres β et β mesurent l’élasticité des
12 appariements (l’appariement) par rapport au stock
des emplois vacants et des demandeurs d’emploi.
La fonction (3) est estimée généralement par la
méthode des effets fixes, ou par d’autres méthodes
propres aux données en panel, après avoir procédé à
une transformation logarithmique :
où εrt est un terme d’erreur ayant les propriétés habituelles ( ) [ ] N 02,σε.
À partir des paramètres estimés, on s’intéresse en
particulier au degré d’homogénéité de la fonction
d’appariement ( )β β+, lequel a des implications
1 2 microécono miques et macroéco nomiques
importantes. Ainsi, par exemple, en cas de
rendements non-constants( )β β 1+ ≠, on saura que
1 2 la taille du marché du travail engendre une
externalité (positive ou négative) sur le flux
d’appariements.
Les résultats en termes d’homogénéité dépendront
de la spécification de la variable dépendante. En
effet, les estimations économétriques de la fonction
d’appariement font appel à trois définitions
différentes de la variable y : i) le flux d’embauches,
c’est-à-dire l’ensemble de nouveaux emplois créés,
indépendamment du statut (employé, chômeur ou
inactif) occupé précédemment par le travailleur
(Blanchard et Diamond, 1989 ; Belderbos et
Teulings, 1989) ; ii) le taux de sortie du chômage
représenté par les offres d’emploi satisfaites
(Pissarides, 1986 ; Layard et alii, 1991 ;
Burda,1993) ; iii) le flux de sortie des postes vacants
(Van Ours, 1991 ; Edin et Holmlund, 1991).
Mais, comme indiqué auparavant, le paramètre
d’intérêt est
er reflétant l’efficacité du marché du
travail, lequel sera d’autant plus efficace que
er est
élevé
[7]. Dans cette étude nous voudrions proposer à
la place de cette méthodologie, une autre basée sur
l’approche des frontières d’efficacité. Afin de
pouvoir comparer les résultats obtenus à partir de la
méthode des effets fixes avec ceux obtenus par les
méthodes des frontières, nous procéderons à une
normalisation des effets
er.
En indiquant par erm la valeur maximale observée
pour ce paramètre, on obtient une mesure
d’efficacité normalisée 0 1< ≤er, avec
e e e r r rm = -exp( ), et par définition em =1. Cette
façon de procéder donne au modèle à effets fixes une
interprétation en termes de frontière d’efficacité,
comme l’ont montré Schmidt et Sickles (1984).
L’approche des frontières d’efficacité
On trouve la notion d’efficacité technique dans des
travaux théoriques fondamentaux au sujet du
comportement des firmes. Debreu (1951) et Farrell
(1957) définissent la mesure d’efficacité technique
comme étant «égale à 1 moins la réduction maximale
equiproportionnelle dans l’utilisation des inputs qui
permet de continuer à produire le même niveau
d’output ». La frontière de production est décrite
comme une enveloppe correspondant au lieu des
optima et la mesure d’efficacité comme la fonction
de distance qui sépare la firme observée vis-à-vis de
l’enveloppe de production (Shephard,1953).
Formellement, on définit la fonction de distance,
orientée en input, de la manière suivante :
où L y( ) définit l’ensemble de vecteurs d’inputs
[ ]x RK ∈+ qui permettent de réaliser l’output
y y RM [ ]∈+. La fonction de distance indique dans
quelle mesure ( )ρ les facteurs x peuvent être réduits
de manière proportionnelle. Dès lors, D x y( , ) est
I homogène de degré 1 et concave en x. Aussi
D x y( , ) ≥1, mais pour des raisons de présentation
I nous préférons utiliser son inverse 0 1 1< ≤/ ( , )D x y I
pour parler d’efficacité.
La figure 1 illustre ces concepts dans l’espace des
inputs [ , ]x u v=. L’ensemble L y( ) est défini par la
région au NE de l’isoquante qui représente la
frontière (enveloppe) de production correspondant à
un niveau de production y. Elle a une forme concave
et indique, pour chaque combinaison d’inputs,
l’optimum à atteindre. La fonction de distance
correspondant à l’unité A, D x y OA OBIA ( , ) /=,
indique la réduction équiproportionnelle (radiale)
des deux facteurs de production qui devrait
normalement lui permettre de réaliser le même
niveau de production qu’en A. La firme C est sur la
frontière de production : D x y IC ( , ) =1.
Figure 1
frontière d’efficacité et fonction de distance
Nous avons dessiné la figure 1 en supposant que les
variables u, v et y correspondent au problème
d’appariement sur le marché du travail, et non pas à
des vecteurs d’inputs et d’outputs de production
traditionnels. Également, les vecteurs A et C
représentent des régions ou des pays et non pas des
firmes. Ce sera à p artir d’un en semble
d’observations disponibles, correspondant à des
marchés d’emploi différents (observés sur une ou
plusieurs périodes), qu’il sera donc possible
d’estimer l’enveloppe, ce qui pourrait être interprété
comme étant la frontière d’appariement.
Étant donné que l’
output sera représenté par une
seule variable, le nombre d’appariements,
l’imposition de l’homogénéité de degré 1 en
inputs
implique des rendements d’échelle constants. Dans
ce cas, la mesure de distance orientée en
input est
identique à la mesure de distance orientée en
output.
Dans la section suivante, nous estimerons aussi une
fonction de distance en
output, avec rendements à
l’échelle variables, sans imposer l’homogénéité
linéaire sur les
inputs
[8].
Farrel (1957) a proposé une approche pour
l’estimation de frontières d’efficacité et de fonctions
de distance partant de l’idée que des informations
disponibles sur une activité donnée devraient
permettre l’estimation du «best practice envelope »
pour cette activité. Ainsi est née la méthode des
frontières d’efficacité, qui n’allait cependant trouver
son essor que vingt années plus tard avec les travaux
publiés presque simultanément par Aigner et alii
(1977), Meeusen et van den Broeck (1977), et par
Charnes et alii (1978). Dans les deux premiers
articles, les auteurs proposaient l’utilisation de
méthodes économétriques pour l’estimation de
frontière paramétriques stochastiques. Dans le
troisième, les auteurs introduisent des méthodes de
programmation linéaire pour l’estimation de
frontières non paramétriques déterministes, en
l’occurrence la méthode DEA (pour Data
Envelopment Analysis). Dans cette étude nous avons
choisi de nous servir de ces deux méthodes
d’estimation afin de comparer les résultats obtenus.
Méthode paramétrique stochastique
Par rapport à la fonction d’appariement (4), la
frontière d’efficacité stochastique sera estimée en
supprimant les paramètres d’efficacité (inefficacité)
spécifiques
er mais en supposant que le terme
d’erreur
εrt a une stru cture compo sée :
υ
μ rt rt rt = -, où
υrt est un terme aléatoire ayant lespropriétés habituelles ( ) [ , ]
N 02
συ, et
μrt un
deuxième terme aléatoire représentant le degré
d’inefficacité ayant une loi de distribution normale ( ) [ , ]
N mrt σ2, tronquée en
mrt
[9]. Comme on peut le
remarquer, un avantage majeur de cette méthode par
rapport à celle des effets fixes est le fait d’autoriser
l’estimation d’un terme d’inefficacité variable en
r et
t.
On réécrit la fonction à estimer :
avec ε υ μ rt rt rt = -.
Pour l’estimation avec rendements constants
d’échelle, on postulera β β 2 1 1= -.
Un avantage de ce modèle, proposé par Battese et
Coelli (1995), est de permettre de tester l’influence
de facteurs explicatifs potentiels su r les
inefficacités. Dans le cas qui nous occupe, nous
envisageons d’analyser l’impact d’une série de
variables sur les inefficacités d’appariement, parmi
elles l’activité de prospection menée par les centres
régionaux (CIOPE).
En indiquant l’ensemble de ces facteurs explicatifs
par un vecteur z j M( ,..., )=1, et en suivant la
j procédure proposée par Battese et Coelli (1995), on
supposera que les inefficacités ( )μrt sont distribuées
de manière indépendante, mais pas identiquement,
avec des variables tronquées( )mrt qui dépendent des
facteurs explicatifs zj rt,. On a ainsi :
où δ et δ sont les paramètres à estimer qui
0j donneront la réponse à la question posée quant à
l’effet des variables exogènes sur l’inefficacité
d’appariement.
Le modèle complet, équations (6) et (7), est estimé
par des techniques d’optimisation axées sur la
maximisation du logarithme de la fonction de
vraisemblance
[10]. Deux autres paramètres sont
estimés par ce modèle :
σ υ μ et
γ σ σ μ =2 2 /,
σ σ 22 2 = +
ce dernier indiquant la part de la variance de l’erreur
attrib uée p ar le modèle à la composante
« inefficacité ».
Sur base de ces paramètres on estime le degré
d’efficacité correspondant à chaque observation
dans l’éch antillo n comme u ne esp éran ce
conditionnelle : EF E rt rt rt = -[exp( ) / ]μ ε
Méthode non paramétrique
La caractéristique marquante de cette méthode, outre
sa nature déterministe, c’est le fait de ne pas imposer
une forme fonctionnelle à la frontière de production.
Par rapport à la frontière paramétrique, illustrée sur
la figure 1, la frontière non paramétrique présentée
sur la figure 2 a été construite à l’aide de la méthode
DEA sur la base des mêmes informations. Elle nous
montre une enveloppe composée par des facettes
entrecoupées qui respectent, par construction,
l’hypothèse de concavité. Dans le cas de
l’observation A, le segment de frontière par rapport
auquel cette unité sera comparée est construit à partir
des observations efficaces C et D.
En vue de l’estimation par la méthode DEA de cette
frontière et de la mesure de distance correspondante,
un algorithme de programmation linéaire devra être
résolu pour chaque observation i de l’échantillon, ce
qui se fera en la comparant à l’ensemble des
informations disponibles ( ,..., ,..., )r R t T= =1 1 :
où ρ ≥1 et 1/ ρ ind iquent la réduction
ii equiproportionnelle des inputs réalisable tout en
maintenant le niveau des outputs constant,
c’est-à-dire l’équivalent de la fonction de distance
(5) ; et λrt des variables correspondant aux poids
associés à chacune des observations dans la
construction de l’enveloppe. Ce problème
correspond au cas de rendements constants; pour le
cas de rendements à l’échelle variables, le modèle (8)
doit respecter une contrainte supplémentaire :
Nous voudrions ici, comme cela a été le cas avec la
frontière paramétrique, tester l’influence d’un
certain nombre de variables explicatives sur les
scores d’efficacité estimés par la méthode DEA.
Nous suivrons la pratique courante qui consiste à
estimer un modèle du type Tobit, modèle qui tient
compte de la nature tronquée de la variable
dépendante.
Figure 2
frontière d’efficacité non paramétrique
(DEA)
L’activité des centres régionaux pour
l’emploi au Maroc
Au Maroc, à l’instar de la plupart des pays en voie de
développement, l’évolution du chômage urbain a été
accompagnée ces deux dernières décennies par
l’apparition et l’aggravation du chômage des jeunes
diplômés. Un diplômé sur quatre est aujourd’hui au
chômage, contre seulement un sur dix chez les
non-diplômés (Direction de la Statistique, 1996).
La fonction d’intermédiation des Centres
d’information et d’orientation pour l’emploi
(CIOPE), créés au début des années quatre-vingt-dix
au niveau régional, joue un rôle fondamental parmi
les mesures prises en vu d’endiguer le chômage des
jeunes diplômés. La mission des CIOPE consiste à
une série d’activités essentielles : i) l’inscription des
demandeurs d’emploi et des postes vacants dans des
répertoires signalétiques, ii) la prospection
systématique du marché pour identifier les postes
vacants, iii) l’apprentissage des techniques
d’entretien et iv) la signature d’accords avec des
entreprises en vue de leur fournir l’appui nécessaire
en matière de recrutement.
Nous disposons d’informations mensuelles très
complètes et détaillées sur l’activité de 9 de ces
centres régionaux au cours de la période qui s’étale
entre janvier 1995 et décembre 1997
[12]. Le tableau 1
donne un aperçu de ces données au travers des
variables représentatives.
Les demandeurs d’emploi
Les personnes à la recherche d’un emploi auxquelles
s’adressent les CIOPE doivent être titulaires, au
minimum, d’un diplôme de baccalauréat ou d’un
diplôme de l’enseignement professionnel de niveau
qualification ou spécialisation. Le sort des
non-diplômés demandeurs d’emploi reste de la
compétence des bureaux de placement.
Les chiffres présentés au tableau 1 font état d’une
évolution rapide du nombre de demandeurs d’emploi
dans l’ensemble des régions. Il est à noter cependant
qu’il s’agit du nombre d’inscrits dans les fichiers des
CIOPE et non pas de l’évolution du chômage au sein
de cette catégorie de la population. Une des activités
premières de ces centres a été d’inciter le plus grand
nombre de diplômés au chômage à s’inscrire dans
leurs registres, ce qui explique cette évolution.
D’autre part, ces chiffres peuvent être surestimés,
car rien n’empêche une personne employée de
s’inscrire aussi comme demandeur d’emploi, ou
sous-estimées, dans la mesure où il est difficile
d’évaluer l’intensité avec laquelle chaque individu
mène sa recherche d’emploi. D’autant plus dans le
cas du Maroc, où l’absence d’allocations de
chômage, le rôle de la famille et l’importance des
voies informelles de recherche d’emploi expliquent
largement cette situation.
La famille joue dans la plupart des cas le rôle d’un
système de prévoyance. Ainsi des transferts
intra-familiaux s’établissent en faveur des personnes
sans emploi, lesquelles peuvent être moins enclines à
rechercher un emploi de manière intensive, surtout
s’ils sont jeunes. La famille jouerait d’ailleurs
plusieurs autres rôles : « agence pour l’emploi » pour
les uns, institution de conseil pour d’autres, soutien
moral et psychologique pour la plupart
[13].
L’importance du secteur informel de l’économie
affecte aussi les stratégies individuelles de recherche
d’emploi dans le secteur formel. Une grande
précarité caractérise cependant l’emploi dans
l’économie informelle, ce qui fait penser que les
individus rechercheront d’abord un travail dans
l’économie formelle (Salop, 1979). Dans la mesure
où ils sont pris en charge par la famille, ils
préféreront rester au chômageplutôt que de travailler
pour une faible rémunération dans le secteur
non-protégé. On retrouve ici à l’œuvre le mécanisme
menant à la segmentation du marché du travail entre
insiders et
outsiders si souvent décrite comme une
des sources premières du chômage dans les pays
industrialisés
[14].
Au tableau 1 nous avons calculé l’importance du flux
du chômage en établissant le rapport entre le nombre
total des nouveaux demandeurs d’emplois inscrits
aux CIOPE pendant le mois écoulé et le stock
d’inscrits à la fin du mois précédent. En effet, il nous
semblait important de souligner cet aspect de
l’activité de ces centres, de création récente et
n’ayant pas encore atteint l’ensemble de leurs
marchés. Les taux de croissance mensuels sont en
moyenne proches de 5% sur toute la période et
donnent une indication de la progression rapide
suivie par cette variable.
Tableau 1:
situation sur le marché des diplômés au Maroc-variables descriptives(a)
Tableau 1: situation sur le marché des diplômés au Maroc-variables descriptives(a)
Nombre Ratios
Région Annéee
Demandeurs d’emploi Postes vacants Appariements Activité deprospection Flux du chômage(%) Tension sur lmarché (%)
Agadir 1995 1359 189 151 158 6,0 13,9
1996 2213 150 119 146 3,2 6,8
1997 3210 348 260 11 3,3 10,8
Casablanca 1995 5121 751 493 392 6,0 14,7
1996 9055 1659 1410 1158 4,6 18,3
1997 13967 1749 1599 1341 3,5 12,5
Fes 1995 1615 333 266 242 6,0 20,6
1996 2688 267 208 225 3,1 9,9
1997 3824 350 274 250 4,3 9,2
Kenitra 1995 - - - - - -
1996 1987 86 51 263 6,4 4,3
1997 2700 68 70 218 1,8 2,5
Marrakech 1995 1423 203 128 259 6,0 14,3
1996 2411 192 124 228 3,6 8,0
1997 3415 268 81 311 3,8 7,8
Meknes 1995 1204 345 166 485 6,0 28,7
1996 2041 330 184 487 3,5 16,2
1997 3010 375 301 189 7,0 12,5
Oujeda 1995 1442 97 83 192 6,1 6,7
1996 2070 70 70 211 2,1 3,4
1997 2519 54 18 209 3,3 2,1
Rabat 1995 1923 738 209 333 6,0 38,4
1996 3702 321 265 207 4,7 8,7
1997 5241 494 419 213 3,1 9,4
Tanger 1995 751 342 179 224 6,0 45,5
1996 1419 271 176 208 4,5 19,1
1997 2012 518 272 142 3,3 25,7
(a) Pour les stocks de demandeurs d’emploi et de postes vacants, il s’agit du nombre d’enregistrements au début de chaque mois, en moyennes annuelles; les
appariements et les activités de prospection correspondent au nombre total sur l’ensemble de l’année; le flux du chômage est une moyenne mensuelle et la
tension sur le marché une moyenne annuelle.
Les offres d’emploi enregistrées et satisfaites
Comme il a été indiqué auparavant, les centres
régionaux tiennent à jour un tableau de bord où ils
enregistrent le nombre d’offres (postes vacants)
ainsi que le nombre d’offres satisfaites (contrats de
travail signés). Au tableau 1 nous avons repris
l’ensemble des informations correspondant aux
années observées.
On note la disproportion entre le stock de chômeurs
et celui de postes vacants. Pour avoir une idée plus
précise de ce rapport nous avons calculé un indice de
tension du marché (postes vacants / nombre de
demandeurs), qui apparaît à la dernière colonne de ce
tableau. Cet indice varie fortement au cours du temps
pour se situer en fin de période aux alentours de 10 %
dans la plupart des régions, ce qui témoigne d’un
degré de tension croissant
[15].
Pour ce qui est du nombre d’appariements, il s’agit
du total des offres pourvues au cours de la période et
transitant par les CIOPE. Comme on peut le constater
au tableau 1, le nombre d’appariement suit d’assez
près l’évolution du nombre d’offres. En nous
avançant sur l’étude de la fonction d’appariement,
qui fera l’objet de la partie suivante, nous
remarquons déjà que la difficulté majeure sur ce
marché vient d’une insuffisance du nombre d’offres
disponibles.
L’activité de prospection
L’activité d’intermédiation des CIOPE est
également susceptible de jouer sur l’efficience du
marché, dans la mesure où l’activité traditionnelle de
« placement » est remplacée par la « prospection ».
Cette activité consiste essentiellement à essayer
d’identifier par la voie de contacts directs avec des
entreprises des offres potentielles d’emploi qui
pourraient convenir aux diplômés inscrits auprès des
centres.
Au tableau 1 nous avons indiqué le nombre total de
prospections réalisées au cours de l’année par
chacun des centres. Comparé au nombre de postes
vacants, la variabilité est grande. Elle témoigne du
fait que cette activité de prospection peut s’avérer
soit adéquate, soit insuffisante ou infructueuse. Pour
en savoir plus sur la pertinence de ces activités, nous
allons tester dans la partie suivante leur effet sur
l’efficacité des appariements.
Nos estimations ont été réalisées à partir de données
de panel présentées en deuxième partie. Hormis le
cas de la région de Kenitra pour laquelle les
informations correspondant à l’année 1995 n’étaient
pas disponibles, et certaines autres informations
manquantes pour le dernier trimestre de 1997, nous
disposons des données mensuelles allant de janvier
1995 à décembre 1997.
Les résultats des estimations économétriques sont
présentées au tableau 2. Dans la partie supérieure de
ce tableau on découvre les paramètres de la fonction
d’appariement estimée par la méthode des effets
fixes et ceux de la frontière d’appariement
stochastique. L’effet des variables explicatives de
l’inefficacité d’appariement apparaît dans la
deuxième partie du même tableau. Le détail des
résultats en termes d’efficacité, approches
paramétrique et non-paramétrique, sera présenté
dans la section 5.
Frontières d’appariement
Tant sous l’hypothèse de rendements constants
d’échelle (RCE) que sous celle de rendements
variables d’échelle (RVE) et indépendamment de la
méthode u tilisée, l’élasticité d u no mb re
d’appariements (contrats d’embauche) par rapport
au nombre de postes vacants ( )β est supérieure à
1 0,80 et celle par rapport au nombre de demandeurs
d’emploi ( )β inférieure à 0,32. Ce résultat
2 impliquerait que, contrairement à la plupart des
estimations qui sont faites pour les marchés des pays
industrialisés, le nombre de postes vacants aurait une
impo rtance décisive dan s le process us
d’appariement au Maroc.
Néanmoins ce résultat doit être nuancé. D’une part,
comme il a été signalé dans la partie précédente, des
différences importantes de mesure subsistent entre
cette étude et celles réalisées à partir de données de
pays industrialisés du fait de l’existence d’un marché
informel, omniprésent au Maroc. D’autre part,
comme l’ont montré Broersma et Van Ours (1999)
dans un survol récent de la littérature, un biais de
sous-estimation du paramètreβ résulte du fait que la
2 variable “demandeurs d’emploi” néglige la présence
de demandeurs d’emploi employés ou des chômeurs
non-inscrits. Enfin, dans notre étude la variable
d’appariement est représentée par le nombre d’offres
pourvues au cours de la période et ayant transité par
les CIOPE. On pourrait reprocher à une telle
spécification d’être limitée à un segment du marché.
Néanmoins, notre démarche se justifie parce qu’elle
privilégie la cohérence avec les informations
contenues dans les variables explicatives du modèle
(Petrongolo et Wasmer, 1999).
On remarque aussi que, sous l’hypothèse de
rendements d’échelle variables, la somme des
élasticités ( )β β+ est égale à 1,11 pour la fonction
1 2 à effets fixes et à 1,084 pour la frontière stochastique.
Dès lors nous avons testé l’hypothèse nulle de
rendements d’échelle constants sur la base d’un test
du logarithme du maximum de vraisemblance; elle a
été rejetée dans les deux cas. Ceci implique que le
marché du travail des diplômés est caractérisé par la
présence de rendements croissants, ce qui représente
un avantage non négligeable pour les régions ayant
les marchés les plus vastes, en particulier
Casablanca. D’autre part, ce résultat ne fait que
confirmer une prédiction de Blanchard et Diamond
(1989) selon laquelle on devrait s’attendre à des
rendements croissants dans les marchés du travail
urbains, de nature plus dense et plus fluide. Pour
expliquer ce résultat il faut aussi noter que sur ces
marchés des effets de débordement (spillovers) sont
probablement à l’œuvre (Petrongolo et Wasmer,
1999).
Facteurs explicatifs des inefficacités
d’appariement
Comme il a été avancé dans la première partie, un des
objectifs de notre étude est d’identifier les facteurs
explicatifs des inefficacités d’appariement. Dans le
cas du modèle paramétrique, ceci est possible en
introduisant un vecteur z de variables explicatives
j lors de l’estimation de la frontière d’appariement.
Ceci constitue d’ailleurs l’apport fondamental de la
méthode préconisée. Elle permet de différencier
parmi les facteurs structurels (le nombre de postes
vacants et le nombre de demandeurs d’emploi) et
d’autres facteurs qui jouent un rôle plus indirect sur
ce processus.
Une autre option utilisée couramment dans la
littérature consiste à considérer les facteurs z en
j tant que variables à part entière dans la fonction
d’appariement. Par contre, l’approche que nous
avons adoptée considère que les variables z
n’agissent pas sur la forme ou la position de la
fonction mais sur l’efficacité du processus
d’appariement. C’est la distance qui sépare chaque
observation (région) de la frontière qui dépend des
facteurs z et non la frontière elle-même.
Tableau 2
frontières d’appariement et facteurs explicatifs des inefficacitésa
Tableau 2 : frontières d’appariement et facteurs explicatifs des inefficacitésa
Effets fixes Frontière paramétrique DEA
Paramètres et variables
RCE RVE RCE RVE RCE RVE
Fonction Cobb-Douglas α Constante - 1,121 - 2,845 - 0,779-1,698 -
-
Variable dépendante : ln(appariement) (4,2 ) (2,5 ) (6,2 ) (4,5 )
β1 ln(postes vacants ) 0,843 0,886 0,818 0,804 - -
(14,2 ) (13,5 ) (28,4 ) (23,6 )
β2 ln(demandeurs 0,157(b) 0,314 0,182(b) 0,280 - -
d’emploi) (2,7 ) (6,1)
Facteurs explicatifs des inefficacités-24,31 - 26,72 - 0,497 - 0,617
δ1 Constante
Variable dépendante : taux d’inefficacité - - (3,2 ) (2,5 ) (7,8 ) (8,2 )
Taux de prospection δ1 1er quartile - - 0 0 0 0
-5,832-5,391-0,041-0,058
δ2 2ème quartile - -
(2,9 ) (2,9 ) (1,3 ) (1,5 )
δ3 3ème - -
quartile-2,751-3,726 0,023 0,038
(1,8 ) (2,2 ) (0,7 ) (1,0 )
- 2,614-4,608 0,073 0,050
δ4 4ème quartile - -
( 1,8 ) (2,1 ) (2,2 ) (1,3 )
Autres variables explicatives 8,781 8,341 0,012 - 0,016
δ5 mois d’été - -
( 3,3 ) (2,6 ) (0,5 ) (0,5 )
δ6
ln (f lux de 1,660 1,849-0,069-0,034
demandeurs d’emploi) - - (2,9 ) (2,5 ) (1,6 ) (0,7 )
δ7 ln ( tendance) - 0,040 1,270 0,140 0,198
(0,2 ) (2,5 ) (4,0 ) (4,9 )
σ2 13,49 12,91
- - - -
(3,3 ) (2,8 )
γ 0,994 0,994
- - (512,7 ) (369,4 ) - -
Paramètre de la césure 0,198 0,231
- - - -
(24,2 ) (23,7 )
R2 0,585 0,641 - - - -
Log (M V) -261,6-259,1 53,3-5,9
(degrés de libe rté) - - (292 ) (291 ) (295 ) (295 )
(a) Les t-tests sont indiqués entre parenthèses ; RCE et RVE indiquent des rendements d’échelle constants et variables respectivement.
(b) Paramètre (souligné) non estimé : β β 2 1 1= -.
Pour le modèle non paramétrique nous avons
procédé en deux étapes. Les résultats présentés
proviennent de l’estimation d’un modèle Tobit ayant
comme variable dépendante les taux d’inefficacité
régionaux estimés préalablement par la méthode
DEA.
Les variables explicatives que nous avons
introduites en tant que facteurs explicatifs des
inefficacités sont les suivantes :
-
Le taux de prospection. Comme il a été indiqué
dans la deuxième partie, l’activité de prospection des
CIOPE varie sensiblement d’une région à l’autre et
d’une période à l’autre. En représentant cette
variable par des variables muettes catégorielles
correspondant aux quartiles observés, nous avons
donner une flexibilité importante aux résultats
obtenus. En effet, c’est une manière d’évaluer
indirectement les résultats de cette activité dans
laquelle ces centres régionaux investissent une part
importante de leurs ressources. Soulignons que les
seuils utilisés pour construire les quartiles se situent
approximativement à 50 %, 100 % et 150 % du taux
de prospection (nombre de prospections / stock de
postes vacants).
-
Variable saisonnière. Au Maroc, tant les
entreprises que le marché du travail ralentissent leurs
activités pendant les mois d’été. Pour prendre en
compte ce phénomène, nous avons inclus comme
explicative une variable binaire pour les
mois de juin, juillet et août.
-
Flux de demandeurs d’emploi. Les tableaux de
bord des CIOPE font état d’une évolution très rapide
du nombre de demandeurs d’emploi inscrits. Il est
fort à craindre que les opportunités d’appariement
pour les nouveaux inscrits soient faibles, en
particulier s’ils sont très nombreux. Aussi on peut
qu’un important flux d’information à gérer
en un temps relativement court peut nuire aux
performances d’appariements sur le marché. Une
représentative de ce flux a été construite en
calculant le ratio entre les nouveaux demandeurs
d’emploi et le total d’inscrits au début du mois (voir
tableau 1). Cette variable sera exprimée sous forme
logarithmique.
-
La tendance. Nous avons aussi pensé qu’il y avait
lieu d’introduire une variable de tendance. En effet,
bien que la période analysée soit relativement courte
(36 mois), il était opportun de tester l’évolution
temporelle (positive ou négative) du processus
d’appariement.
Les résultats obtenus figurent dans la deuxième
partie du tableau 2. De façon générale, les effets des
variables explicatives sont plus significatifs
statistiquement dans le cas du modèle paramétrique.
On constate ainsi que le taux de prospection a un effet
favorable sur l’efficacité d’appariement, plus
important pour les taux de prospection moyens
(deuxième quartile) que pour des niveaux faibles ou
très élevés (c’est-à-dire plus de prospections que de
postes vacants). L’effet saisonnier (les mois d’été)
joue dans le modèle paramétrique en défaveur de
l’efficacité, comme d’ailleurs le flux de demandeurs
d’emploi. Enfin, l’effet de la variable de tendance est
contradictoire : non significatif pour le modèle à
rendements constants mais positif et significatifpour
le modèle à rendements variables. Ce dernier résultat
s’explique par l’effet conjugué des rendements
d’échelle croissants (l’élasticité d’échelle est
estimée à 1,084 dans ce cas) et de la montée en
puissance des centres régionaux. Il confirme par
ailleurs la détérioration du processus d’appariement
observée au cours de la période dans plusieurs
régions.
Pour ce qui est des estimations non paramétriques,
comme nous l’indiquions auparavant, les résultats
sont moins significatifs, à l’exception de la variable
de tendance, qui présenterait ici aussi un effet
défavorable sur l’efficacité d’appariement et, dans
une moindre mesure, du taux de prospection qui
indique un effet positif sur l’efficacité dans le cas où
elle se situerait au niveau du deuxième quartile.
Efficacité transactionnelle des marchés
du travail régionaux
Le tableau 3 présente, en moyenne sur l’ensemble de
la période, les résultats des estimations obtenus par
trois méthodes alternatives : la méthode des effets
fixes et les deux méthodes de frontières,
paramétrique et non paramétrique. Elles ont été
appliquées à deux modèles différents sous les
hypothèses de rendements constants (RCE) et de
ren dements d’échelle variables (RVE ),
respectivement.
On constate une certaine concordance entre les
résultats obtenus par application des deux approches
de type paramétrique. L’efficacité d’appariement
moyenne est plus élevée par la méthode à effets fixes
mais cela tient à la normalisation que nous avons
réalisée. Pratiquement, il y a peu de différences dans
le classement des régions : Fez, Agadir et Tanger se
partagent les premières places et Rabat et Marakech
les dernières. La région de Casablanca constitue
cependant une exception : elle est classée parmi les
plus efficaces par la méthode des frontières et
comme très inefficace par la méthode des effets
fixes
[16].
Tableau 3
efficacité moyenne d’appariement - Trois méthodes alternatives
Tableau 3 : efficacité moyenne d’appariement - Trois méthodes alternatives
Effets fixes Frontière paramétrique DEA
Région
RCE RVE RCE RVE RCE RVE
Agadir 0,952 0,996 0,708 0,713 0,334 0,390
(2) (2) (3) (2) (6) (6)
Casablanca 0,698 0,543 0,712 0,683 0,421 0,550
(6) (9) (2) (4) (2) (2)
Fes 1,000 1,000 0,745 0,745 0,380 0,395
(1) (1) (1) (1) (4) (5)
Kenitra 0,759 0,821 0,580 0,582 0,275 0,310
(5) (5) (7) (7) (7) (8)
Marrakech 0,573 0,600 0,540 0,544 0,250 0,304
(9) (8) (9) (9) (8) (9)
Meknes 0,822 0,855 0,660 0,675 0,381 0,400
(4) (4) (5) (5) (3) (4)
Oujeda 0,682 0,768 0,620 0,625 0,241 0,418
(7) (6) (6) (6) (9) (3)
Rabat 0,639 0,605 0,569 0,564 0,347 0,353
(8) (7) (8) (8) (5) (7)
Tanger 0,862 0,957 0,690 0,715 0,554 0,603
(3) (3) (4) (3) (1) (1)
Ensemble 0,776 0,793 0,651 0,654 0,358 0,419
( a) L’ordre de classement apparaît entre parenthèses ; RCE et RVE indiquent des rendements d’échelle constants et variables respectivement.
Tableau 4
table de corrélation entre mesures alternatives de l’efficacitéa
Tableau 4 : table de corrélation entre mesures alternatives de l’efficacitéa
Effets fixes Frontière paramétriqu DEA
RCE RVE RCE RVE RCE RVE
Effets fixes (9 observations )
Rendements constants 1,000 0,908 0,814 0,871 0,441 0,246
Rendements variables 1,000 0,570 0,692 0,297 0,119
Frontière paramétrique (302 observations )
Rendements constants 1,000 0,996 0,645 0,660
Rendements variables 1,000 0,659 0,672
DEA (302 observations )
Rendements constants 1,000 0,873
Rendements variables 1,000
(a) C oefficients de corrélation de Pearson ; RCE et RVE indiquent des rendements d’échelle constants et variables respectivement.
Les résultats obtenus par la méthode non
paramétrique (DEA) sont systématiquement plus
faibles que ceux obtenus avec les méthodes
paramétriques mais ceci s’explique par le caractère
déterministe de la méthode. Quant au classement des
régions, il diffère en partie de celui obtenu par les
autres méthodes. C’est la région de Tanger qui
apparaît comme le marché le plus efficace, suivi de
Casablanca. Autre résultat attendu sont les niveaux
plus faibles d’efficacité obtenus sous l’hypothèse de
rendements constants, cela indépendamment de la
méthode utilisée.
À ce stade, il est peut-être opportun de souligner que
les résultats obtenus sont relatifs à l’ensemble de
l’échantillon disponible (9 régions marocaines
observées sur la période 1995 à 1997). Les méthodes
de frontières, comme d’autres techniques
quantitatives et économétriques, donnent toujours
comme résultat des scores en relation à l’échantillon
au sein duquel la frontière(best practice) est définie.
Malgré les différences entre les approches, la
corrélation entre les scores obtenus par les méthodes
de frontières d’efficacité est assez élevée (tableau 4),
ce qui nous autorise à tirer une première conclusion
sur la robustesse des résultats obtenus par ces
méthodes.
Tableau 5
efficacité d’appariement des marchés
d’emploi régionauxa
Tableau 5 : efficacité d’appariement des marchés
d’emploi régionauxa
Frontière paramétrique DEA
Région Année
RCE RVE RCE RVE
Agadir 1995 0,762 0,784 0,403 0,514
1996 0,666 0,673 0,247 0,295
1997 0,689 0,684 0,352 0,360
Casablanca 1995 0,522 0,508 0,325 0,331
1996 0,806 0,775 0,511 0,617
1997 0,809 0,764 0,428 0,716
Fes 1995 0,777 0,794 0,546 0,558
1996 0,753 0,753 0,312 0,339
1997 0,701 0,688 0,283 0,287
Kenitra 1995 - - - -
1996 0,526 0,538 0,187 0,242
1997 0,654 0,656 0,392 0,401
Marrakech 1995 0,616 0,634 0,359 0,486
1996 0,573 0,577 0,234 0,260
1997 0,424 0,418 0,148 0,152
Meknes 1995 0,587 0,614 0,477 0,490
1996 0,645 0,655 0,311 0,328
1997 0,752 0,747 0,356 0,383
Oujeda 1995 0,748 0,771 0,298 0,585
1996 0,716 0,729 0,282 0,439
1997 0,369 0,374 0,134 0,214
Rabat 1995 0,468 0,476 0,369 0,376
1996 0,586 0,575 0,295 0,299
1997 0,682 0,665 0,388 0,396
Tanger 1995 0,711 0,746 0,744 0,832
1996 0,721 0,739 0,434 0,480
1997 0,636 0,641 0,480 0,488
Ensemble 1995 0,649 0,669 0,440 0,521
1996 0,666 0,666 0,312 0,367
1997 0,637 0,625 0,327 0,375
(a) Valeurs moyennes annuelles sur base de résultats mensuels; RCE
et RVE indiquent des rendements d’échelle constants et variables
respectivement.
Au tableau 5 on présente à nouveau les résultats
obtenus par chaque région, mais cette fois-ci pour les
trois années observées et uniquement pour les
méthodes des frontières d’efficacité. Il apparaît que
deux régions, Casabalanca et Kenitra, obtiennent
une amélioration substantielle de leurs efficacités
d’appariement au cours de la période. Pour Mekenes
et Rabat les résultats obtenus sont quelque peu
contradictoires, mais laissent penser à une certaine
stabilité de leur situation. Ce n’est pas le cas des cinq
régions restantes, Agadir, Fès, Marrakech, Oujeda et
Tanger, qui connaîtraient des pertes d’efficacité de
leurs marchés du travail, indépendamment de la
méthode et du modèle envisagé. Toutefois, seules les
régions de Marrakech et de Oujeda subiraient des
pertes substantielles d’efficacité, surtout pendant
l’année 1997. On remarquera d’ailleurs que les
difficultés croissantes d’appariement dans ces deux
régions étaient déjà présentes à la lecture du tableau
1, où l’on peut observer que, contrairement aux
autres régions, Marrakech et Oujeda enregistraient
en 1997 une chute importante du nombre absolu de
postes créés.
Nous avons proposé dans cet article l’utilisation des
méthodes de frontières d’efficacité pour l’évaluation
des processus d’appariement sur le marché du travail
des diplômés au Maroc.
Les résultats obtenus montrent une concordance
entre les différentes méthodes d’estimation utilisées,
y compris celle des effets fixes généralement utilisée
dans la littérature. Ils nous ont permis d’identifier le
cas de différentes régions ayant des scores
d’efficacité faibles ou ayant subi des pertes
importantes d’efficacité au cours de la période
analysée.
On a aussi constaté que l’hypothèse de rendements
croissants doit être retenue, ce qui confirme le fait
que c’est dans les grands marchés que les
appariements entre l’offre et la demande ont le plus
de chances de réussir, mais surtout que c’est par
rapport aux nouveaux postes vacants que
l’appariement réagira.
On a également testé l’effet de certaines variables
explicatives surl’efficacité d’appariement. Si l’on se
réfère aux résultats obtenus des estimations avec
frontières paramétriques et rendements d’échelle
variables (ceux qui méritent notre préférence), ils
confirment le rôle positif des activités de prospection
menées par les centres régionaux d’information
(CIOPE), mais montrent aussi les limites de cette
activité face à l’arrivée massive de nouveaux
demandeurs d’emploi diplômés et à une offre très
insuffisante de postes adaptés à leur formation.
Toutefois il ne s’agit que d’une première tentative
d’application des méthodes de frontières dans ce
d omaine et les résu ltats nous semblent
encourageants. Nous sommes persuadés que des
perspectives intéressantes s’ouvrent pour l’étude des
processus d’appariement en faisant appel à ces
techniques et outils de recherche.
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Statistics, 2, pp. 367-374.
·
Sheldon G. (1999). The Efficiency of Public Employment
Services : A Non-Parametric Matching Function Analysis
for Switzerland, University of Basle, mimeo.
·
Shephard R. W. (1953). Cost and Production Functions,
Princeton University Press.
·
Van Ours J. C. (1991). The Efficiency of the Dutch Labor
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Economist, 139, pp. 358-378.
·
Warren R. S. (1991). The Estimation Of Frictional
Unemployment : A Stochastic Frontier Approach, The
Review of Economics and Statistics, 73, pp. 373-377.
[(*)]
CREQ-Université de Marrakech Faculté de Droit.
E-mail : i
ibourk@ univ-aix. fr
[(**)]
CREPP-Université de Liège.
E-mail : s
sergio. perelman@ ulg. ac. b
[(1)]
Voir Pissarides (1986,1990), Blanchard et Diamond
(1989) et Layard
et alii (1991), parmi d’autres.
[(2)]
Pour un survol de la littérature sur les frontières
d’efficacité, voir Fried
et alii (1993).
[(3)]
Une autre approche, des indicateurs de
mismatch, met
l’accent sur la mesure du chômage d’
inadéquation,
attribuable à des problèmes structurels ou frictionnels plus
qu’à une demande insuffisante (Abraham, 1983).
[(4)]
D’un point de vue strictement méthodologique, la
ressemblance entre le processus de production et le
processus d’appariement est frappant, ceci explique
pourquoi ce dernier est modélisé généralement à l’aide
d’une fonction de production.
[(5)]
La probabilité d’appariement est définie par ces auteurs
comme le produit de deux probabilités, celle de proposition
d’un emploi par l’employeur et celle d’acceptation de
l’offre par le travailleur (Gorter et Van Ours (1994).
[(6)]
Parmi d’autres, on citera les travaux de Blanchard et
Diamond (1989), Layard
et alii (1991), Belderbos et
Teulings (1989), Van Ours (1991), Edin et Holmlund
(1991) et Maillard (1997).
[(7)]
Pour une meilleure interprétation de ce paramètre,
certains auteurs prennent une décomposition orthogonale
avec une composante régionale et une composante
temporelle (Maillard, 1997).
[(8)]
Pour une présentation détaillée sur ce point, voir Coelli
et Perelman (1999).
[(9)]
Nous adoptons ici la formulation du modèle
stochastique proposée par Battese et Coelli (1988), au lieu
de supposer une distribution semi-normale du terme
d’inefficacité comme dans Aigner
et alii (1977).
[(10)]
Pour une discussion approfondie des propriétés de ces
estimateurs, voir Schmidt et Sickles (1984). Le programme
FRONTIER, développé par Tim Coelli (1992), est utilisé
pour ces estimations.
[(11)]
Le terme « diplômé » est utilisé ici pour toute personne
ayant un diplôme de baccalauréat ou plus ou d’un diplôme
de l’enseignement professionnel.
[(12)]
Dans une première étape les CIOPE se sont implantés
dans des villes à forte demande d’emploi (El Caïd, 1992).
[(13)]
Les résultats d’une enquête nationale réalisée en 1993
ont permis de mettre en évidence le caractère
multidimensionnel du rôle joué par la famille (CNJA,
1995).
[(14)]
Voir à ce sujet Lindbeck et Snower (1989).
[(15)]
L’évolution de ce ratio peut en partie être attribuable à
la montée en puissance des centres régionaux. Crées au
début des années quatre-vingt-dix, ils arrivent seulement à
atteindre la dimension réelle des régions vers la fin de la
période observée.
[(16)]
Une des différences entre la méthode des effets fixes et
les méthodes de frontières est justement la manière dont les
mesures d’efficacité sont identifiées. Nous avons privilégié
dans cette étude les résultats obtenus par l’approche des
frontières.