Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
242 pages

p. 1 à 15
doi: en cours

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n° 152-153 2002/1-2

2002 Économie et Prévision

Concurrence des pays à bas salaires, répartition des revenus et rigidités salariales

Jean-François Fagnart  [(*)] Marc Fleurbaey  [(**)]
Dans un cadre à la Hecscher-Ohlin, cet article étudie comment un commerce international croissant, défavorable au travail peu qualifié, affecte une économie industrialisée caractérisée par une rigidité à la baisse de certains salaires réels entraînant du chômage chez les travailleurs concernés. Nous examinons si une telle économie est plus vulnérable à cette forme de commerce international qu'une économie sans rigidité, en particulier en ce qui concerne l'évolution du revenu national et celle du revenu réel et de l'emploi des travailleurs a priori protégés par ces rigidités. Nous étudions en outre l’incidence de la mobilité internationale des capitaux sur l’évolution de ces variables.Mots-clés : commerce international, salaire minimum, inégalité salariale, Stolper, Samuelson. Using a Heckscher-Ohlin model, this paper studies how growing international trade, disadvantageous to unskilled labour, affects an industrialised economy characterised by downward stickiness of certain real wages, resulting in unemployment of the workers concerned. We consider whether such an economy is more vulnerable to this form of international trade than a economy without rigidities, especially with regard to the pattern of national income, real income and employment of workers a priori protected by these rigidities. We also study the impact of international capital mobility on the pattern of these variables.Keywords : International trade, minimum wage, wage inequality, Stolper, Samuelson.
Cet article résume une partie d’un rapport d’étude sur le thème “Efficacité et équité dans l’ouverture internationale”, rapport commandé par la Direction de la Prévision. Nous remercions H. Erkel-Rousse et deux lecteurs anonymes pour leurs commentaires.
Dans un cadre à la Hecscher-Ohlin, cet article étudie comment un commerce international croissant, défavorable au travail peu qualifié, affecte une économie industrialisée caractérisée par une rigidité à la baisse de certains salaires réels entraînant du chômage chez les travailleurs concernés. Nous examinons si une telle économie est plus vulnérable à cette forme de commerce international qu'une économie sans rigidité, en particulier en ce qui concerne l'évolution du revenu national et celle du revenu réel et de l'emploi des travailleurs a priori protégés par ces rigidités. Nous étudions en outre l’incidence de la mobilité internationale des capitaux sur l’évolution de ces variables.
Malgré quelques améliorations récentes, l’éventail des inégalités de revenus s’est à nouveau élargi dans la plupart des économies de l’OCDE ces deux ou trois dernières décennies. On a en particulier observé une détérioration du sort des travailleurs les moins qualifiés, prenant la forme d’une baisse relative et parfois absolue de leurs salaires réels dans les économies anglo-saxonnes et d’une augmentation relative de leur chômage dans les économies où leurs salaires réels sont soumis à certaines rigidités. Il subsiste de larges débats (publics et académiques) sur les causes de ces évolutions, en particulier sur les rôles respectifs d’un progrès technologique défavorable au travail peu qualifié et de l’extension du commerce international avec les pays dits à bas salaires [1]. Cet article revient sur les conséquences de l’extension d’un tel commerce dans une économie où des rigidités réelles protègent certaines rémunérations.
Comme le souligne Guesnerie (1998), la question essentielle que pose la mondialisation des échanges porte finalement moins sur l’existence de gains potentiels à l’échange que sur la répartition de ces gains entre nations et, au sein d’une nation, entre (groupes d’) agents économiques. Il faut rappeler que les problèmes distributifs internes auxquels fait face une économie impliquée dans un commerce international croissant ne se résument pas à la seule question de savoir quelles catégories d’agents peuvent s’approprier les gains créés par l’échange. Très souvent, ils prendront une forme plus conflictuelle comme le montre le théorème de Stolper et Samuelson (1941) : alors qu’il favorise nécessairement certains facteurs de production, le commerce international pourra aussi abaisser la rémunération réelle d’autres facteurs et réduire ainsi le bien-être des catégories d’agents qui les possèdent si aucun transfert compensatoire n’est mis en place. S’il est le plus souvent énoncé dans le cadre simple d’une économie à deux facteurs et deux secteurs de production [2], le résultat de Stolper-Samuelson est d’une portée assez générale puisqu’il ne dépend fondamentalement pas du nombre de biens produits et de facteurs présents dans l’économie. Comme le montre notamment Ethier (1984), il repose essentiellement sur l’hypothèse qu’il n’existe pas de bien dont la production réclame des facteurs qu’on ne retrouverait ensemble dans la production d’aucun autre. Dans ce cas, une extension du commerce qui implique un changement dans les prix relatifs des biens sans affecter le nombre de biens produits domestiquement (et donc sans conduire à une spécialisatio n comp lète), augmentera la rémunération réelle de certain(s) facteur(s) et réduira généralement la rémunération réelle d’autre(s).
Dans une économie comme celle de la France, l’existence de rigidités qui protègent les salaires réels de certaines catégories de travailleurs est évidemment au coeur de la question de la répartition des revenus. Dans le contexte d’une extension du commerce international (notamment avec des pays dits à bas salaires), de telles rigidités salariales sont sans aucun doute un déterminant important de la répartition interne des gains à l’échange, voire de l’ampleur même de ces gains [3]. L’étude de cette question est le sujet de cet article. Nous cherchons en particulier à répondre à deux interrogations. Considérons une économie caractérisée par une rigidité à la baisse de certains salaires réels entraînant du chômage chez les travailleurs concernés. Une telle économie est-elle plus vulnérable à la mondialisation qu’une économie sans rigidité, en particulier en ce qui concerne l’évolution du revenu national et celle du revenu réel et de l’emploi des travailleurs a priori protégés par ces rigidités ? Si par exemple, l’extension des échanges Nord-Sud augmente le chômage des non qualifiés au Nord, elle contribue par là-même à déformer la répartition des qualifications effectivement employées au Nord, cela dans le sens d’une plus grande spécialisation de l’économie déjà initialement riche en main-d’œuvre qualifiée. C’est alors que l’économie avec rigidité(s) salariale(s) apparaît plus vuln érab le, puisqu e cette spécialisation accrue représente un élément défavorable supplémentaire pour les non qualifiés. Cet argument sera développé par la suite. Par ailleurs, c’est la seconde question abordée ici, la mobilité internationale des capitaux modifie-t-elle, et dans quel sens, la réponse à la première interrogation ?
Comme nous l’avons informellement évoqué ci-dessus, nous examinons ces questions dans le cadre d’une intégration économique de type Nord-Sud, qui prend la forme d’une extension des échanges de biens entre les pays concernés, quelle qu’en soit la cause : celle-ci peut par exemple être le résultat d’une amélioration des capacités productives au Sud, d’une baisse des coûts de transports ou des droits de douanes. Nous supposons que cette extension induit une spécialisation qui, dans l’économie du Nord, est défavorable au facteur de production qui est relativement le plus abondant au Sud (il s’agira ici du travail le moins qualifié).
La première partie de l’article décrit précisément le type d’extension des échanges analysé ici et en rappelle les effets dans une économie sans rigidité salariale. Nous étudions ensuite l’impact de la présence de rigidité(s) salariale(s), successivement sans et avec mobilité internationale du capital (deuxième et troisième parties respectivement). Nous concluons avec quelques implications en matière de politiques économiques.
 
L’impact d’une extension du commerce avec des pays à bas salaire dans une économie du Nord sans rigidité
 
 
Nous nou s p laçons dans un cadre à la Hecscher-Ohlin où, par souci de simplicité de l’exposé, nous supposons que la production des biens ne nécessite que trois facteurs de production : capital, travail “qualifié” et travail “non qualifié”. Comme le lecteurpourra le remarquerdans l’encadré 1, nous pourrions considérer un nombre plus grand de facteurs (notamment plus de deux niveaux de qualificatio ns) sans qu e cela n'affecte fondamentalement plusieurs des propositions que nous formulerons par la suite. L’hypothèse qu’il n’y a que deux qualifications permet de donner un sens immédiat à la notion d’intensité en travail qualifié d’un secteur de production : ci-après, un secteur sera dit relativement plus intensif en travail qualifié qu’un autre si, dans ce secteur, le nombre de travailleurs qualifiés employés pour un travailleur non qualifié est plus grand que dans l’autre.
Jusqu’à la section consacrée à la mobilité du capital, nous supposerons qu’il n’y a pas de mobilité internationale des facteurs de production, mais une mobilité intersectorielle parfaite de ceux-ci. Nous exclurons par ailleurs la possibilité de facteurs de production spécifiques à un secteur d’activité [4].
Ce que nous appelons extension des échanges correspond à une hausse-pour une raison exogène quelconque- du commerce international des productions domestiques, amenant dans les économies concernées une spécialisation accrue et un redéploiement des facteurs de production des secteurs de déspécialisation vers les secteurs de spécialisation.
Nous considérons que l’économie du Nord est relativement plus riche en main-d’œuvre qualifiée que l’économie avec laquelle elle intensifie ses échanges de biens : le rapport entre la population des travailleurs qualifiés et celle des travailleurs non qualifiés est plus élevé au Nord qu’au Sud. Nous prenons donc l’hypothèse que l’extension des échanges de biens amène dans l’économie du Nord une spécialisation qui se traduit par un accroissement (resp. une réduction) du poids relatif des secteurs intensifs en main-d’œuvre qualifiée (resp. non qualifiée). Nous supposons toutefois que l’extension des échanges laisse inchangé le nombre de biens produits domestiquement et que le théorème de Stolper-Samuelson s’applique.
Dans une économie du Nord avec prix des trois facteurs parfaitement flexibles, l’extension du commerce international entraîne nécessairement un gain à l’échange, c’est-à-dire une hausse du revenu national réel. Comme nous le rappelle le théorème de Stopler-Samuelson (voir l’introduction de cet article), cette hausse du revenu global sera inégalement répartie entre les trois facteurs de production : un (voire deux) facteur(s) verra sa rémunération réelle augmenter ; au moins un autre (au plus deux) verra sa rémunération réelle baisser. Sur la base des hypothèses faites jusqu’ici, il est certain que le travail qualifié est davantage favorisé (ou moins défavorisé) par le commerce que le travail non qualifié ; il n’est toutefois pas possible d’affirmer que le travail non qualifié (resp. qualifié) soit nécessairement un facteur perdant (resp. gagnant) de l’extension des échanges. Le rôle de facteur gagnant ou perdant peut en effet revenir aux autres facteurs, soit ici le capital. Évoquons deux cas polaires. La spécialisation en faveur du travail qualifié ne lui sera pas forcément bénéfique si le capital est encore plus avantagé par l’extension des échanges. C’est ce qui se passera si les secteurs intensifs en travail qualifié sont encore plus intensifs en capital. À l’autre extrême, on n’observera pas nécessairement une baisse du salaire réel des travailleurs non qualifiés si le capital est plus désavantagé encore par le commerce : c’est ce qui pourrait se passer si, à l’inverse du cas précédent, les secteurs intensifs en travail qualifié étaient particulièrement peu capitalistiques.
L’objectif de cet article n’est pas d’examiner les implications de l’extension des échanges dans toutes les configurations gagnants/perdants possibles. Le cas où le facteur capital serait le facteur perdant ne nous semble d’ailleurs pas le plus plausible. Par la suite, nous ne considérerons que les cas où, dans l’économie avec prix de facteurs flexibles, le travail non qualifié est le facteur le plus désavantagé par l’extension des échanges, le rôle de facteur gagnant revenant au travail qualifié et/ou au capital.
 
Une économie avec rigidité(s) salariale(s) est-elle plus vulnérable qu’une économie "flexible"?
 
 
Pour caractériser la situation du marché du travail d’une économie comme celle de la France, nous retenons-tout en reconnaissant son caractère simplificateur- la modélisation de Brecher (1974), Davis (1998) ou Krugman (1995) en supposant la présence d’une (ou de) rigidité(s) salariale(s) réelle(s) sous une forme ou sous une autre. Nous comparons donc ici les effets de l’extension du commerce international sur une économie avec parfaite flexibilité des prix de facteurs et ses effets sur une économie similaire mais où certains salaires réels seraient rigides à la baisse. Pour la simplicité de l’exposé, nous qualifierons de rigide l’économie où existent certaines rigidités réelles des prix de facteurs ; nous parlerons d’économie flexible pour désigner l’économie sans ces rigidités.
Une comparaison entre économies rigide et flexible est aisée si l’on se place dans un cadre où l’équilibre de l’économie avec rigidité(s) salariale(s) et chômage de certaines catégories de travailleurs coïncide avec celui d’une économie flexible dont l’offre de travail a été amputée d’un nombre d’individus égal au nombre de chômeurs dans l’éco nomie rig ide. L’encad ré établit cet isomorphisme entre équilibres avec et sans rigidités réelles des prix de facteurs sous des conditions “assez générales”, dès lors qu’on suppose les préférences des ménages identiques et homothétiques et les offres de facteurs inélastiques. L’encadré montre notamment que cet isomorphisme peut être établi sous des formes variées de concurrence sur le marché des produits, en présence d’éventuels systèmes de transferts en faveur des facteurs sous-employés ou encore de certaines formes d’externalités.
En vertu de cet isomorphisme, on peut comparer facilement les effets de la mondialisation dans deux économies initialement identiques (à l’exception de l’offre du (ou des) facteurs en sous-emploi) mais dont l’une connaît certaines rigidités de prix de facteurs et l’autre pas [5]. Une hausse du chômage de certains travailleurs dans l’économie rigide équivaut, dans l’économie flexible, à une baisse de l’offre du travail correspondant. Si l’on connaît les effets d’un tel choc d’offre de travail dans l’économie flexible, on peut aisément en déduire les effets spécifiques de l’extension du commerce dans l’économie rigide : l’effet du choc de mondialisation dans l’économie rigide pourra s’analyser dans le cadre de l’économie flexible où, à ce choc de mondialisation, s’ajoute un choc d’offre de la (ou des) catégorie(s) de travailleurs en sous-emploi dans l’économie rigide.
Encadré : isomorphisme entre l’équilibre d’une économie avec rigidité(s) de prix de facteurs et celui d’une économie flexible
Sous certaines conditions, l’équilibre d’une économie avec rigidités de certains prix de facteurs est isomorphe à celui d’une économie sans rigidité dont les offres de facteurs ont été amputées de quantités égales aux quantités non employées de ces facteurs dans l’économie avec rigidités. Nous montrons ci-dessous que cette équivalence prévaut de façon assez générale dès lors que l’on pose trois hypothèses relatives aux préférences des consommateurs : elles sont identiques et homothétiques et les consommateurs ne retirent aucune (dés)utilité de la consommation des facteurs (inélasticité des offres de facteurs).
Le secteur productif
Considérons une économie avec n entreprises et m facteurs ( k =1,..., m). Il y a l n( )> biens potentiellement disponibles. Chacun des n premiers biens est produit (en partie au moins) par les entreprises nationales. Il n’y a qu’un seul producteur domestique de chaque bien j ( = 1,..., n) [12]. Les autres biens ne sont produits qu’à l’étranger et sont (potentiellement) importés. On note p j n n l j ( ,..., , ,..., )= +1 1 le prix du bien j, et z k m k ( ,..., )=1 le prix du facteur k. On notera aussi p p pl =( ,..., ) 1 et z z zm =( ,..., ) 1 les vecteurs des prix des biens et des facteurs.
La technologie de l’entreprise j ( = 1,..., n) est décrite par la fonction de production suivante
Yj est la quantité produite de bien j et X X X j j jm =( ,..., ) 1 est le vecteur des quantités de facteurs employées par j. Fj est croissante et concave en Xj. La fonction de coût correspondante est notée ( , )G z Y j j. On suppose que chaque entreprise minimise ses coûts de production en prenant les prix de facteurs comme donnés. Sa demande de facteurs est alors une fonction qui s’exprime comme suit [13] :
Si l’en trep ri se j max im ise so n p ro fi t, no té Ï€j j j j j p Y G z Y= - ( , ), l’offre de bien j et son prix satisfont la relation suivante
σj ( )>1 représente l’élasticité de la demande pour le bien j perçue par l’entreprise j et est, de façon générale, une fo nct io n σ σ j j p z R= ( , , ), avec R le rev enu macroéconomique (défini plus loin). La relation (2) englobe donc le modèle de concurrence parfaite (dans lequel σj → + ∞) et la plupart des modèles de concurrence monopol isti que. En particulier, dans l’approche Dixit-Stiglitz, σ σ j ≡ avec σ une constante égale à l’élasticité de substitution entre les biens.
On note Ek l’emploi total du facteur k dans les différents secteurs, c’est-à-dire :
Demandes de biens
Les ménages possèdent les dotations nationales de facteurs et ne peuvent ni les exporter, ni en importer (immobilité internationale des facteurs). La dotation nationale en facteur k est notée X k m k ( ,..., )=1. Les offres de facteurs sont parfaitement inélastiques.
Les ménages ont des préférences homothétiques et identiques sur les l biens, ce qui permet d’écrire leur comportement de consommation comme celui d’un seul agent qui possèderait l’ensemble des facteurs de production et recevrait le revenu macro-économique, R [14]. Sous ces hypothèses, la demande marshallienne de co nsom mat io n est défin ie p ar C c p R= ( ) ave c C C Cl =( ,..., ) 1 le vecteur des consommations domestiques des différents biens j et ( ) ( ( ),..., ( ))c p c p c p l =1 le vecteur des propensions marginales à consommer le revenu sur les différents biens.
Les entreprises font aussi face à une demande d’exportation, que l’on définit par :
où l’apparition de R comme argument vise à prendre en compte l’éventualité d’externalités produites par la taille de l’économie domestique. Qj peut être négative et correspond alors à une importation de bien j.
L’économie flexible
Au plein emploi, l’équilibre sur le marché de chaque facteur s’écrit : pour tout k = 1,..., m,
Le revenu des ménages est alors égal à
À l’équilibre des marchés des produits, on a : pour j n Y C Q j j j = = +1,..., ,. Toutes les conditions d’équilibre précédentes entraînent l’équilibre de la balance des paiements (réduite à la balance commerciale puisqu’il n’y a pas de mobilité des capitaux).
L’économie avec rigidités
Dans l’économe dite rigide, les rémunérations réelles de certains facteurs sont soumises à des rigidités à la baisse qui impliquent le sous-emploi de ces facteurs à l’équilibre. Les marchés des autres facteurs ainsi que les marchés des produits sont walrasiens. Pour être plus précis, supposons que les rémunérations des facteurs k m m= <10,..., sont concernées par des rigidités exprimées comme suit
pour k m m= <10,...,.
Chacune des rémunérations concernées par une rigidité peut donc être indexée sur le niveau des prix ou celui des autres rémunérations.
Po ur ces k m=10,..., fa cteu rs, on n ’a d onc p lu s
En outre, les facteurs inemployés peuvent percevoir une aide sous la forme de transferts. On suppose ici que le revenu des facteurs employés est soumis à un taux de prélèvement exogène ( 0 1≤ <Ï„k pour le facteur k) et que le facteur k inemployé bénéficie d’un transfert tk ≥ 0. Ces transferts peuvent être endogènes et, par exemple, indexés sur les rémunérations des facteurs ou les prix : t t z p k k = ( , ). Nous imposerons l’équilibre financier du système des transferts, ce qui requiert :
Le revenu des ménages est alors :
la dernière égalité découlant de l’équilibre financier du système des transferts. Sous nos hypothèses, le comportement agrégé des ménages n’est donc pas affecté par la présence éventuelle d’un système de transferts. Pour le reste, les équations de l’économie avec rigidités sont identiques à celles de l’économie flexible.
Équivalence entre les deux équilibres
On vérifie facilement qu’un équilibre à prix flexibles ( , ) * * z p pour une économie décrite par les relations fonctionnelles et les exogènes
est aussi un équilibre avec rigidités de prix de facteurs, pour une économie décrite par les relations fonctionnelles et les exogènes
a vec '≥X X k k et zk im pl iqu ant
Réciproquement, un équilibre avec rigidités de prix de facteurs pour une économie décrite par les relations fonctionnelles et les exogènes
est un équilibre à prix flexibles pour une économie décrite par les relations fonctionnelles et les exogènes
où, pour k m=10,...,, on choisit 'Xk égal à l’emploi du facteur k dans l’équilibre à prix rigides.
Précisons qu’il ne s’agit pas de faire ici de comparaison entre les évolutions en Europe ("rigide") et aux États-Unis ("flexibles") face à l’extension des échanges : les propositions énoncées ci-après ne comparent que les effets du commerce dans deux économies initialement identiques (aux offres de facteurs près) mais avec ou sans rigidités de certains prix de facteurs.
Rigidité réelle de la rémunération des travailleurs les moins qualifiés
Nous considérons tout d’abord le cas d’une économie où seul le salaire réel des travailleurs les moins qualifiés est rigide à la baisse (selon une règle d’indexation quelconque, voir encadré), les prix de tous les autres facteurs restant parfaitement flexibles.
Proposition 1 : Supposons que, dans l’économie flexible, le prix réel d’un facteur soit ceteris paribus une fonction décroissante de son offre [6]. Si l’extension du commerce provoque une baisse du salaire réel des travailleurs les moins qualifiés dans l’économie flexible, elle entraîne alors une hausse du chômage de ces travailleurs dans l’économie où leur salaire réel est rigide à la baisse.
Compte tenu de l’équivalence établie dans l’encadré, cette assertion est immédiate. Ce qui se passe dans l’économie rigide est équivalent à ce qui se passerait dans l’économie flexible si un ajustement de l’offre des travailleurs non qualifiés permettait de maintenir constant leur salaire réel. Compte tenu de l’hypothèse énoncée dans la proposition 1, cet ajustement de l’offre ne peut être qu’une baisse, ce qui correspond, dans l’économie rigide, à un accroissement du chômage.
Proposition 2 : Supposons que, dans l’économie flexible, la dépense réelle totale en un facteur est fonction croissante de l’offre de ce facteur. Lorsque l’extension du commerce provoque une baisse du salaire réel des travailleurs les moins qualifiés dans l’économie flexible, elle entraîne, dans l’économie avec rigidité de leur salaire, une baisse de la masse salariale réelle versée à ces travailleurs plus forte que celle observée dans l’économie flexib le. Parallèlement, elle induit une spécialisation plus forte dans l’économie rigide que dans l’économie flexible.
L’explication est simple : à nouveau, ce qui se passe dans l’économie où le chômage s’accroît est équivalent à ce qui s’observe dans l’économie flexible si, au choc de mondialisation, s’ajoute un choc négatif de l’offre de travail non qualifié. Ce dernier choc provoque une chute additionnelle de la masse salariale versée à ce type de travail dès lors que dans l’économie flexible, la dépense réelle totale en un facteur évolue comme l’offre de ce facteur [7]. Ce choc d’offre implique en outre une spécialisation accrue car le degré de spécialisation de l’économie flexible est fonction inverse de l’offre de travail non qualifié : en aggravant le chômage, l’extension du commerce modifie les dotations factorielles effectivement utilisées dans un sens qui renforce l’avantage comparatif de l’économie du Nord dans les productions moins intensives en travail non qualifié.
Il faut souligner une implication importante de la proposition 2 : face à un choc de mondialisation défavorable aux travailleurs les moins qualifiés, l’emploi de ces travailleurs dans l’économie avec rigidité diminuera proportionnellement plus que leur salaire réel dans l’économie flexible. En cela, l’existence de certaines évidences empiriques soulignant que le commerce international n’aurait eu qu’un impact relativement limité sur les salaires des travailleurs américains les moins qualifiés ne suffit pas pour conclure que le commerce n’aurait guère eu plus d’impact sur le chômage des moins qualifiés dans les économies européennes : en vertu de la proposition 2, une forme d’intégration économique qui ne réduirait que faiblement les salaires réels des travailleurs les moins qualifiés dans une économie flexible pourrait néanmoins affecter sensiblement le chômage de ces travailleurs dans une économie avec rigidité. L’annexe présente un petit modèle d’équilibre général à deux pays Nord-Sud, trois facteurs de productions, trois secteurs (dont un abrité) et des technologies Cobb-Douglas. Diverses simulations numériques de ce modèle ont montré qu’avec des valeurs plausibles des paramètres, un choc de mondialisation calibré pour ne produire qu’une détérioration de 1% des salaires réels des moins qualifiés dans une économie flexible peut augmenter le chômage de ces travailleurs de 10 à 50 % (suivant le type de choc considéré) dans une économie avec une rigidité de type salaire minimum indexé sur le niveau général des prix.
Remarquons encore que les propositions 1 et 2 n’ont pas d’implication normative simple, cela même si l’on s’intéresse seulement au bien-être des travailleurs les moins qualifiés. Pour ces travailleurs, il faut en effet comparer des distributions de niveaux de vie comme celles du graphique 1. L’issue de cette comparaison dépendra clairement du critère de bien-être social utilisé [8].
Considérons ensuite l’évolution du revenu global de l’économie, selon qu’elle est affectée ou non d’une rigidité de la rémunération des non qualifiés.
Proposition 3 : Supposons que le revenu national de l’économie flexible soit fonction croissante de l’offre de chaque facteur. Si l’accroissement des échanges provoque une baisse du salaire réel des non qualifiés dans l’économie flexible, elle entraîne une évolution du revenu national moins favorable dans l’économie avec rigidité du salaire réel des travailleurs non qualifiés que dans l’économie flexible.
Graphique 1
distribution de revenu des non qualifiés
IMGIMG distribution de revenu 
des non qualifiés IMGIMF
Cette proposition découle directement des deux précédentes.
Dans le cadre canonique d’une économie à deux secteurs, deux facteurs et rendements constants, la proposition 3 prend une forme particulièrement radicale puisqu’on retrouve alors le résultat de Brecher (1974) ou de Krugman (1995), qui peut être reformulé comme suit : tout accroissement du commerce international qui provoquerait une baisse du salaire réel des non qualifiés dans l’économie flexible, entraînera nécessairement une hausse de leur chômage et une baisse du revenu national dans l’économie rigide, cela aussi longtemps que le seuil de la spécialisation complète n’est pas atteint. Si elle est frappante, l’absence totale d’ambiguïté dans ce résultat est toutefois spécifique au cadre à 2 secteurs et 2 facteurs. Ceci peut être compris aisément. En reprenant les notations de l’encadré pour une économie en concurrence parfaite avec rendements constants, on peut écrire la demande pour le facteur k = 1,2 dans le secteur j = 1,2 comme une fonction linéaire du niveau d’activité du secteur :
avec a z( ) le besoin en facteur k pour produire une jk unité de bien j aux prix de facteurs z. La fonction de coût du secteur j s’écrit
En concurrence parfaite, si le bien j est produit domestiquement, son prix sera égal à son coût unitaire de production : en choisissant le bien 1 comme numéraire, on a donc
En présence d’une rigidité réelle du prix du facteur 2 ( i.e., z z p z 2 2 = ( , )), ce système de deux 2 1 équations ne comporte que deux inconnues p et z 21 et détermine leurs valeurs d’équilib re indépendamment du niveau d’activité des secteurs. Autrement dit, aussi longtemps que les deux biens sont produits domestiquement, la rigidité de z s’étend à l’ensemble des prix des biens et des 2 facteurs, et donc aux coefficients techniques a z jk ( ).
Supposons alors que le secteur 1 soit relativement plus intensif en facteur 1 que le secteur 2, c’est-à-dire que ( / ) ( / )X X X X 11 12 21 22 > ou encore
Compte tenu de ces intensités factorielles relatives, si le commerce international amène l’économie à se spécialiser dans le secteur 1, la réallocation (à z inchangé) de toute unité de facteur 1 du secteur 2 vers le secteur 1 créera moins d’emplois pour le facteur 2 dans ce secteur-ci qu’elle n’en détruit dans le secteur 2. Il s’en suit une hausse du chômage du facteur 2 et donc une baisse du revenu national à z inchangé.
Comme le montrent Fagnart et Fleurbaey (1998), les conclusions de Brecher et Krugman doivent être très sensiblement nuancées lorsqu’on sort du cadre canonique 2 facteurs-2 secteurs. En particulier en présence d’un troisième facteur (disons le capital), l’intensité capitalistique relative des secteurs de spécialisation et déspécialisation influence de façon essentielle les effets du choc de mondialisation. Elle détermine notamment si ce choc accroît ou non le revenu domestique global et conditionne l’évolution de l’emploi des non qualifiés.
Soulignons encore que sous les hypothèses garantissant l’isomorphisme entre économies flexible et rigide, la proposition 3 a une portée tout à fait générale, indépendante du nombre de facteurs et secteurs.
On peut enfin s’interroger sur l’évolution de l’inégalité entre salariés qualifiés et non qualifiés. Si dans l’économie flexible, le prix réel d’un facteur est fonction croissante de l’offre de tout autre facteur, l’extension des échanges élargira moins l’inégalité salariale dans l’économie rigide que dans l’économie flexible. D’une part, l’extension des échanges va réduire le salaire réel des non qualifiés dans l’économie flexible, mais pas dans l’économie rigide. D’autre part, sous l’hypothèse que le prix réel d’un facteur soit fonction croissante de l’offre de tout autre facteur, la hausse du salaire des qualifiés sera moindre dans l’économie rigide car elle serait moindre dans l’économie flexible si au choc de mondialisation venait s’ajouter un choc négatif de l’offre de travail non qualifié. L’inégalité salariale augmentera donc moins en présence d’une rigidité.
Chômage des qualifiés et des non qualifiés
Il est intéressant d’examiner ce qui se passe lorsque le problème de chômage concerne aussi les travailleurs qualifiés. Dans une économie comme celle décrite dans l’encadré, ceci signifie qu’il existe une seconde rigidité qui garantit, par exemple, une prime minimale à la qualification (le ratio entre le salaire d’un qualifié et celui d’un non qualifié est borné inférieurement). Naturellement, cette rigidité à la baisse des salaires des qualifiés n’est active qu’aussi longtemps qu’il existe du chômage de ces travailleurs : la disparition de celui-ci entraîne une flexibilité à la hausse des salaires des qualifiés et nous ramène dans l’économie avec une seule rigidité.
Pour distinguer l’économie avec deux rigidités salariales de celle de la section précédente, nous parlerons d’économie avec simple rigidité lorsque seul le salaire réel des non qualifiés est rigide, et d’économie avec double rigidité lorsqu’il y a chômage des deux catégories de travailleurs.
On peut dire ici aussi des choses assez précises sur l’impact de l’extension des échanges, en comparant notamment les économies avec double et simple rigidités. On a en effet la même équivalence entre les équilibres de ces deux économies qu’entre leurs équilibres et l’équilibre de l’économie flexible. Comme nous l’avons vu, l’isomorphisme décrit dans l’encadré 1 ne dépend pas du nombre de facteurs caractérisés par une rigidité de leur rémunération.
On comprendra aisément que l’existence d’un chômage de certains travailleurs qualifiés n’est pas nécessairement un handicap pour une économie impliquée dans un commerce croissant qui la conduit précisément à se spécialiser dans des activités intensives dans ce type de qualification. En effet, la spécialisation induite par le commerce peut éventuellement mobiliser des travailleurs qualifiés jusque là sans emploi. On observera cette baisse du chômage des qualifiés dans l’économie avec double rigidité si, dans l’économie flexible, l’extension des échanges amène unehausse de la rémunération réelle de ces travailleurs [9]. Dans une telle situation, une “double” rigidité salariale ne sera donc pas un facteur aggravant des effets de la rigidité des seuls salaires des non qualifiés, comme le montre la proposition suivante.
Proposition 4 : Supposons que, dans l’économie flexible, le prix réel d’un facteur est fonction croissante de l’offre de tout autre facteur. Si dans l’économie avec chômage des deux catégories de travailleurs, l’extension du commerce réduit le chômage des qualifiés, elle détruira moins d’emplois non qualifiés que dans une économie où seule la rémunération des non qualifiés serait rigide à la baisse [10]. Le revenu national y évoluera également de manière plus favorable (ou moins défavorable).
La démonstration est la suivante. Ce qui se passe dans l’économie avec chômage des deux catégories de travailleurs et augmentation de l’emploi des qualifiés est équivalent à ce qui passerait dans l’économie avec chômage des seuls non qualifiés si au choc de mondialisation s’ajoutait une hausse de l’offre de travail qualifié. Ce choc supplémentaire serait favorable à la main-d’œuvre non qualifiée, car dans l’économie flexible une telle hausse provoquerait une élévation du salaire réel des non qualifiés. Pour maintenir ce salaire à son niveau initial, il faudrait une hausse de l’offre de travail non qualifié, ce qui correspond, dans l’économie avec rigidité réelle du salaire des non qualifiés, à une baisse du chômage de ceux-ci. Ces évolutions impliquent aussi un comportement plus favorable du revenu national.
Quand, au contraire de l’hypothèse de la proposition 4, l’extension des échanges augmente le chômage des qualifiés, la rigidité de leur salaire joue par contre comme un facteur aggravant des effets de la rigidité du salaire des non qualifiés. Un raisonnement comparable à celui de la preuve de la proposition 4 montre en effet que les évolutions du chômage des non qualifiés et du revenu national réel seront alors plus défavorables que dans l’économie avec simple rigidité.
Mentionnons toutefois que même dans les conditions de la proposition 4, certaines variables ne suivent pas une évolution intermédiaire entre celle de l’économie flexible et celle avec simple rigidité, comme le montre la proposition suivante à propos du degré de spécialisation.
Proposition 5 : Si les conditions de la proposition 4 sont satisfaites, et si en outre le degré de spécialisation dans l’économie avec simple rigidité est fonction croissante de l’offre de travail qualifié, l’ex tens ion des échanges prov oque une spécialisation plus forte dans l’économie avec chômage des deux catégories de travailleurs que dans l’économie avec chômage des seuls non qualifiés.
Il est évidemment possible, comme cela est illustré dans Fagnart et Fleurbaey (1998), que la spécialisation soit fonction décroissante de l’offre de travail qualifié. Cet apparent “paradoxe” survient si la spécialisation de l’économie repose non seulement sur une dotation relativement forte en travail qualifié, mais aussi sur une dotation plus forte en capital. Dans ce cas, la baisse du chômage des qualifiés, qui entraîne une augmentation de l’emploi non qualifié, contribue à réduire la part de la spécialisation due au capital.
Toujours sous l’hypothèse où l’extension des échanges fait baisser le salaire réel des non qualifiés dans l’économie flexible, notons enfin (mais cela est évident) qu’avec l’extension des échanges, l’inégalité salariale ne change pas dans l’économie avec double rigidité, cela aussi longtemps qu’il reste du chômage des qualifiés.
 
La mobilité des capitaux
 
 
Nous considérons maintenant la possibilité pour le facteur capital d’être investi à l’étranger si le rendement de ce facteur y est plus avantageux. La littérature sur le sujet s’est principalement intéressée aux effets de la mobilité du capital sur le revenu national [11], qui sont très généralement positifs (au moins en l’absence de rigidité salariale). Mais à nouveau, cet accroissement du revenu national peut être très inégalement réparti entre facteurs de production : il peut s’accompagner d’une baisse des revenus des salariés.
Si la mobilité des capitaux est en soi un élément de la mondialisation, elle contribue aussi à modifier l’impact des autres aspects de la mondialisation. C’est cet aspect que nous étudions ici : nous supposons que le choc de mondialisation qui conduit à une intensification des échanges de biens produits s’accompagne d’une augmentation du rendement relatif du capital à l’étranger, comme ce serait le cas par exemple en cas d’accroissement de l’offre de travail dans le secteur formel, ou de toute amélioration des capacités productives à l’étranger. L’exode de capital du Nord vers le Sud qui en résulte est néfaste, au Nord, aux facteurs travail qualifié comme non qualifié, cela dans tous les cas de figures possibles. Même les qualifiés sont davantage susceptibles d’être perdants lorsque le capital devient plus mobile, et ce, même si le revenu national augmente.
On peut ainsi réexaminer nos conclusions quant à la comparaison entre économie flexible et économie avec rigidité(s) dans le cas où le capital est déjà mobile et où d’autres formes de mondialisation se renforcent en intensifiant simultanément les échanges de biens et les mouvements du capital.
Dans le cas où seule la rémunération des non qualifiés est affectée par une rigidité, l’impact défavorable aux non qualifiés d’une intensification des échanges est accentué par la mobilité du capital. On peut en effet énoncer l’assertion suivante.
Proposition 6 : Si l’extension des échanges de biens produits fait baisser le salaire réel des non qualifiés dans l’économie flexible, l’exode de capitaux est plus important dans l’économie avec rigidité réelle des salaires des non qualifiés que dans l’économie flexible (et que dans l’économie avec double rigidité si le chômage des qualifiés y baisse). Ceci détériore la situation des salariés (qualifiés et non qualifiés) et pèse sur le PIB.
L’argument est le suivant. Dans l’économie flexible, un choc additionnel de réduction de l’offre de travail non qualifié tend à réduire le rendement domestique du capital et donc à renforcer les investissements à l’étranger. Par équivalence, c’est ce qu’on obtient dans l’économie avec simple rigidité où le chômage augmente ; ce mouvement des capitaux pèse sur l’emploi des non qualifiés et la rémunération des qualifiés. Pour comprendre le résultat concernant l’économie avec double rigidité, il suffit de remarquer qu’une hausse de l’emploi qualifié dans cette économie est équivalent à un choc additionnel d’augmentation de l’offre de travail qualifié dans l’économie sans chômage de ces travailleurs. Ce choc atténue en partie (l’effet de) l’exode des capitaux.
À propos de l’économie avec double rigidité, notons toutefois que si l’emploi des qualifiés baissait en réponse à l’extension des échanges, la situation des non qualifiés serait encore plus fragilisée par la mobilité du capital (comme nous l’avons vu, cela était déjà vrai sans mobilité du capital et celle-ci ne fait qu’aggraver les choses). Ce n’est pas un cas d’école, comme le montrent les simulations évoquées dans l’annexe à propos du rattrapage technologique des économies émergentes. Dans ces simulations, cette forme de mondialisation a un effet favorable sur les qualifiés lorsque le capital est immobile, mais l’effet devient défavorable si le capital est suffisamment mobile, car la hausse de productivité à l’étranger entraîne une forte délocalisation des capitaux. D’une façon générale, ce type d’exercice révèle une opposition très nette d’intérêts entre les salariés et les détenteurs de capital, à propos du degré souhaitable de mobilité du capital.
Soulignons enfin que l’impact de la mobilité du capital sur la spécialisation n’est pas déterminé a priori, car il dépend de l’intensité capitalistique des secteurs concernés par l’extension du commerce. Dans l’hypothèse où l’intensité capitalistique est, dans le secteur intensif en travail qualifié, supérieure ou égale à celle de l’autre secteur, l’exode supplémentaire de capitaux tendrait plutôt à freiner la spécialisation.
 
Conclusions
 
 
Comme nous le rappelions initialement, la question économique fondamentale q ue pose la mondialisation sous ses diverses formes est bien celle de la répartition des gains à l’échange entre les pays concernés et, au sein de chacun d’eux, entre les acteurs économiques selon les facteurs de production qu’ils détiennent. Notre analyse a montré que la présence de rigidités salariales joue un rôle essentiel dans la manière dont cette répartition des gains à l’échange a lieu et qu’elle constitue généralement une source de fragilité pour une économie du Nord impliquée dans un commerce croissant avec des pays à bas salaires.
Quelles indications de politique économique peut-on en tirer ? Toute autre choseégalepar ailleurs, une intégration économique de type Nord-Sud détériore vraisemblablement le sort des moins qualifiés du Nord. Cette vulnérabilité des non qualifiés plaide pour une politique de transfert dans tous les cas. C’est déjà vrai dans une économie flexible. Notre analyse souligne que cela l’est encore plus dans une économie où le salaire de ces travailleurs est protégé par une rigidité réelle, d’une part en raison de l’ampleur même du chômage dans cette économie, d’autre part en raison de l’impact plus sévère de la mondialisation dans ce cas.
Ceci pose immédiatement la question de l’incidence de la mondialisation sur la capacité de l’économie à effectu er des transferts. La situation est particulièrement difficile dans une économie où la mondialisation accroît le chômage des non qualifiés et réduit le revenu national. Mais, même dans les scénarii plus favorables, la question de la redistribution ne va pas de soi. Les simulations d’un petit modèle comme celui de l’annexe montrent en effet que même dans une économie flexible où le revenu national augmente avec la mondialisation, les transferts nécessaires au maintien du niveau de vie des non qualifiés peuvent conduire dans certains cas à une baisse du revenu réel après impôts des salariés qualifiés, si ceux-ci sont les seuls à subir le coût de ces transferts. De ce point de vue, une mise à contribution des détenteurs de capital est souhaitable mais problématique à un niveau purement interne si ce facteur est mobile internationalement.
Une politique de transferts se contente de traiter les effets a posteriori et l’on peut chercher d’autres politiques, axées sur le processus même de l’intégration internationale ou sur les composantes structurelles qui gouvernent la réaction de l’économie à celle-ci. Nous n’aborderons ici que la question de la flexibilité des prix de facteurs. Il est évident qu’une politique recherchant cette flexibilité serait de toute façon nuisible pour la majorité des salariés non qualifiés ; elle apparaît donc peu souhaitable en elle-même. Elle ne peut être rendue acceptable que si elle est accompagnée de mécanismes garantissant que l’augmentation attendue du revenu national sera répartie en priorité en faveur des non qualifiés. Mais il faut faire remarquer ici qu’il est possible d’imiter l’effet d’une politique conjointe de flexibilisation des salaires et de redistribution en recourant à des subventions à l’emploi. Ces subventions, en favorisant l’emploi de la main-d’œuvre non qualifiée, réduisent en effet la spécialisation de l’économie et font qu’en tendance, elle se comporte dans l’intégration économique comme une économie flexible. Toutefois, il ne faut pas cacher que toutes les politiques qui sont susceptibles de protéger les non qualifiés du Nord sont néfastes à l’égard des non qualifiés du Sud. Nous n’avons considéré ici que l’impact de la mondialisation sur les détenteurs de facteurs au Nord; une analyse plus globale serait préférable du point de vue de l’observateur impartial cher à l’économie du bien-être.
 
Annexe : un modèle à 3 facteurs et 3 secteurs
 
 
Nous décrivons brièvement ici un petit modèle d’équilibre général calculable à deux pays (baptisés Nord et Sud), avec 3 facteurs (le capital et deux niveaux de qualifications du travail) et mobilité éventuelle du capital. C’est un exemple de modèles auxquels notre analyse théorique s’applique (à l’économie du Nord). Il est utilisé pour illustrer plusieurs points de notre analyse dans le cas de différentes formes de mondialisation. Les variables du Sud sont désignées par d’une étoile. Le facteur capital est représenté par l’indice K, le travail qualifié par l’indice H et le travail non qualifié par l’indice L. Sauf mention explicite, toutes les autres notations sont celles de l’encadré. Il y a trois secteurs/biens (j =1,2,3) dans chaque pays ; seuls les biens 2 et 3 sont échangeables entre les deux pays. Chaque secteur est concurrentiel et utilise une technologie Cobb-Douglas à rendements constants, soit dans le secteur j Y A X X X j j jK jH jL, =αβα, où j j j j- - β1 Aj > 0 [15]. Le modèle est calibré de sorte que le bien 2 soit toujours plus intensif en travail qualifié que le bien 3,
et que le Nord exporte du bien 2 et importe du bien 3.
Les ménages ont des préférences Cobb-Douglas identiques C C C 1 2 3 1 2 3 θ θ θ de sorte que la décision de consommation du bien j obéit à : C R p R j j j =θ / , désignant le revenu total des ménages. Les ménages détiennent les dotations nationales de facteurs X X XK H L, , et l’on notera E E EK H L, , les quantités totales de ces facteurs employées dans le pays. Seul le facteur capital est (éventuellement) mobile internationalement. On ne considère ici que des situations où le Nord vend du capital au Sud. En s’inspirant de Rodrick (1997), nous supposons que le résultat de cette vente, noté VK, est égal à :
Ï„K* désigne le taux d’imposition (au Sud) sur le revenu du capital, et γ* un paramètre de coûts de transaction qui crée des pertes quadratiques sur les investissements à l’étranger (l’immobilité du capital correspond à γ → ∞ ). On montre facilement que l’exportation optimale de capital est
Le revenu total des ménages est égal à :
Ï„j est le taux d’imposition sur les revenus du facteur j, etμ le taux des allocations chômage, indexées sur les salaires. On a une définition similaire pour le revenu du Sud, mutatis mutandis [16].
Le taux d’imposition sur les salaires (Ï„ Ï„ L H = ou Ï„ Ï„ L H* * = ) est établi de façon endogène pour assurer l’équilibre du budget de l’État dans chacune des deux économies, les différentes recettes fiscales couvrant les dépenses de consommation publique et de transferts (s’il y en a).
En l’absence de rigidités salariales, il y a plein emploi partout pour les deux catégories de travailleurs. La condition d’équilibre du marché du capital au Nord s’écrit :
On a, mutatis mutandis, une condition équivalente au Sud, les investissements directs du Nord venant s’ajouter au capital domestique.
Au Nord, dans le cas de salaire minimum induisant du chômage des non qualifiés, la condition de plein emploi de ces travailleurs est remplacée par :
ω désigne le salaire minimum réel et pc est l’indice de prix à la consommation. Lorsque tous les salaires réels sont rigides, la condition de plein emploi des qualifiés est elle aussi remplacée, par l’équation suivante :
λ( )>1 représentant la prime minimale à la qualification.
L’équilibre sur le marché des produits s’écrit, au Nord : C Q Y j j j j + = ∀,, avec Q Q 1 2 0 0= >, (exportations) et Q3 0< (importations). Mutatis mutandis, on a des équations similaires au Sud avec Q 2 2 Q 3 3 = -. L’absence Q * = - et Q * d’arbitrage Nord-Sud sur les marchés des produits 2 et 3 implique :
avec ψ* et ψ les droits de douanes éventuels. On choisit le bien 2 comme numéraire : p2 1=.
État initial sans mobilité du capital
Le modèle n’est pas suffisamment réaliste pour mériter une calibration soignée : les simulations se veulent purement illustratives. Néanmoins, le choix des paramètres importants est inspiré de Krugman (1995), Wood (1994) et de données de l’OCDE et de la Banque Mondiale.
On suppose αj j= ∀0 36, ,. On retient, d’après Krugman et Woo d, l es ra ti os z z X XL H / , /= =2 1 et H L2 2 X XH L3 3 0 25/ ,= [17]. Ceci impose alors de retenir : β β 2 3 0 43 0 21= =, , ,. O n po se β1 0 25=, et Aj =1 et A j j*, ,= ∀0 5. Cette différence de productivité Nord-Sud semble indispensable pour reproduire un PIB 50 % plus élevé au Nord qu’au Sud avec une population plus petite. Les do tat io ns facto ri el les son t : * X X X X X X K H L H L = = = = = =150 50 40 60 60 340, , , , , * *. La population au Sud n’est supposée que quatre fois supérieure à celle du Nord, car c’est la population active dans le secteur “formel” qui est pertinente ici.
Les préférences sont identiques dans les deux pays, avec θ θ θ 1 2 3 0 4 0 3= = =, , ,. On suppose que les variables étatiques sont les suivantes : G G j j j = = ∀10 3, , * et Ï„ ψ μ Ï„ ψ K K = = = = =0 3 0 1 0 5 0 05 0 1, , , , , , , , , * *.
L’équilibre (avec salaires flexibles) ainsi obtenu se caractérise par un commerce international qui représente 9 % du PIB du Nord et par les endogènes suivantes :


IMGIMGNord Sud 
( , , )Y Y Y 1 2 3 (27,27,...IMGIMF
Nord Sud ( , , )Y Y Y 1 2 3 (27,27,17) (17,8,23) ( , , )z z z K H L (0,16,0,60,0,30) 0,31,0,23,0,04) j = å13 p Y j j66 43 Ï„ 47,6 % 26,5 %

On construit des équilibres avec rigidité(s) salariale(s) et chômage dans lesquelles toutes les variables sont identiques à celles ci-dessus, à l’exception des chiffres relatifs à l’offre de travail, au chômage et au taux d’imposition Ï„. Comme cela est expliqué dans l’encadré, on peut, à partir de l’équilibre sans rigidités ci-dessus, construire un équilibre avec chômage en augmentant l'offre de travail mais en gardant les salaires constants. Ceci ne change rien à la production réalisée, ni au revenu agrégé des ménages. Par contre les transferts des salariés vers les chômeurs accroissent la pression fiscale. Un premier équilibre avec salaire minimum ( , )ω =0 32 est obtenu avec XL =66, d’où un taux de chômage de 6/66 = 9,1%, avec Ï„ Ï„ L H = = 48 7, %. Un second équilibre avec tous les salaires rigides ( Ï‰ = 0 32, et σ = 2 01, ) est calculé avec XH = 42, d’où un taux de chômage qualifié de 2/42 = 4,8%, et l’on a Ï„ Ï„ L H = =49 4, %.
Comparaison économie flexible-économie rigide
Partant de l’équilibre initial, nous étudions l’impact de 3 formes de mondialisation selon le degré de rigidité de l’économie (économie flexible, salaire minimum, double rigidité) : 1) une augmentation de L*, traduisant l’accroissement de la quantité ou de la qualité de main-d’oeuvre disponible pour le secteur formel ; 2) une a ugm ent ati on d e A*, représen tan t un rat t rap age technologique ou une amélioration des infrastructures et des conditions de fonctionnement de l’économie au Sud; 3) une baisse de γ*, conduisant à une mobilité sensible du capital. L’augmentation de l’offre de travail non qualifiée au Sud L* entraîne une baisse du salaire réel brut des non qualifiés au Nord dans l’économie flexible (graphique 2 ci-dessous) et
Graphique 2
salaire réel brut non qualifié z p L c /
IMGIMGsalaire réel brut non qualifié z p L c /IMGIMF
Graphique 3
chômage non qualifié 1 - E XL L /
IMGIMGchômage non qualifié 1 - E XL L /IMGIMF
Le chômage augmente toutefois moins dans le cas d’une double rigidité, cas où l'on observe une baisse du chômage des qualifiés qui améliore la demande de travail des non qualifiés. Cette variante, favorable au travail qualifié dans les trois cas considérés, entraîne une augmentation de sa rémunération dans les deux cas où elle est flexible et accroît ainsi les inégalités salariales. Néanmoins, les inégalités s’accroissent moins en présence de salaire minimum (graphique 4).
Graphique 4
rapport des salaires z z H L /
IMGIMGrapport des salaires z z H L /IMGIMF
La masse salariale (réelle brute) totale perçue par les non qualifiés décroît surtout dans le cas de salaire minimum, le cas flexible étant le moins défavorable pour les raisons qui ont été expliquées dans le texte principal (graphique 5). Le revenu national réel, ainsi que le degré de spécialisation, évoluent comme le prévoit l’analyse générale de l’article.
Une variante de type rattrapage technologique (hausse de A* ) a, sur l’économie du Nord, des effets qualitativement
Une variante de type rattrapage technologique (hausse de A* a, sur l’économie du Nord, des effets qualitativement semblables à ceux d’une hausse de L*. Par contre, les effets en sont différents au Sud, puisque l’augmentation de l’offre de travail non-qualifié tend à y réduire le salaire non-qualifié, tandis que le rattrapage technologique est beaucoup plus favorable aux travailleurs non qualifiés.
Graphique 5
masse salariale réelle brute non qualifiée z E p L L c /
IMGIMGmasse salariale réelle brute 
non qualifiée z E p ...IMGIMF
L’accroissement de la mobilité du capital (c’est-à-dire la baisse de γ* ) a des effets spécifiques dûs à l’impact négatif de l’exode des capitaux sur l’emploi national. Avec la calibration retenue, les qualifiés dont la productivité marginale baisse voient ainsi leur salaire baisser ou, dans le cas avec double rigidité, leur chômage augmenter. Ceci rend l’économie avec double rigidité salariale plus récessive encore que l’économie de salaire minimum comme l’illustre l’évolution du produit national réel (graphique 6).
Graphique 6
revenu national brut réel
IMGIMGrevenu national brut réelIMGIMF
L’impact de la mobilité du capital sur les autres formes de mondialisation
Un état initial de l’économie flexible avec capital mobile est obtenu avec un paramétrage essentiellement identique au précédent mais avec une valeur du paramètre γ* faible. Des équilibres à salaires rigides quasi-identiques à l’équilibre flexible sont construits selon le même procédé que celui décrit pour l’équilibre sans mobilité du capital.
Dans la variante d’offre de travail, l’investissement direct du Nord vers le Sud augmente davantage en cas de rigidité(s). Ce phénomène, dû au fait que l’augmentation du chômage au Nord y réduit le rendement relatif du capital, rend l’économie avec rigidité plus vulnérable encore à la mondialisation. Il s’en suit un chômage accru et une évolution du revenu national moins favorable, en particulier dans le cas de double rigidité. La variante de rattrapage technologique est par contre assez différente, car le travail qualifié au Nord pâtit directement de l’exode des capitaux, sans avoir la contrepartie d’une rareté relative accrue au niveau mondial (en cas de hausse de l’offre de travail non qualifié). Avec mobilité du capital, cette variante devient néfaste au travail qualifié dans tous les cas : baisse de salaire s’il est flexible, hausse du chômage sinon. De la sorte, le chômage non qualifié s’aggrave encore plus en cas de double rigidité et la situation est semblable pour sa masse salariale. Même s’il bénéficie fortement des revenus du capital et de l’effet d’entraînement des investissements sur l’économie du Sud, le revenu national baisse franchement dans le cas de double rigidité, renversant ainsi la comparaison entre simple et double rigidités faite en l’absence de mobilité du capital.
 
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NOTES
 
[(*)]THEMA, Université de Cergy-Pontoise.
[(**)]THEMA, Université de Cergy-Pontoise et CATT, Université de Pau. E :mail : ffagnart@ eco. u-cergy. fr
[(1)]Voir par exemple Lawrence Slaughter (1993), Leamer (1994), Freeman (1995), Wood (1995), Cortes et Jean (1997), Davis (1998b).
[(2)]Dans un tel cadre 2x2, le théorème de Stolper-Samuelson implique donc qu’à la suite du mouvement de prix relatifs induit par l’intensification des échanges, il y aura généralement un facteur domestiques gagnant et un facteur perdant.
[(3)]Les conclusions de Brecher (1974) et Krugman (1995) en la matière sont très tranchées et suggèrent qu’une économie avec salaire minimum verrait ceteris paribus son revenu national baisser suite à une extension du commerce avec une autre économie sans rigidité salariale, cela aussi longtemps que le seuil de spécialisation complète n’est pas atteint. Nous y reviendrons.
[(4)]L’absence de facteur spécifique nous semble une hypothèse raisonnable dans un cadre où le niveau de désagrégation du facteur travail se limite à deux niveaux de qualifications.
[(5)]Hormis les offres de facteurs, l’économie rigide et l’économie flexible considérées ont un équilibre macroéconomique initialement identique : mêmes prix de biens et rémunérations de facteurs, mêmes quantités produites et quantités de facteurs employées.
[(6)]Avec des offres inélastiques, cette hypothèse est nécessairement satisfaite si les entreprises ont un comportement parfaitement concurrentiel; elle ne pourrait être violée que dans les cas de concurrence imparfaite où à l’équilibre, la demande d’un facteur serait une fonction croissante de son prix.
[(7)]Il faut malgré tout faire remarquer que la dépense réelle totale en un facteur pourrait être fonction décroissante de son offre si l’élasticité de substitution entre facteurs était très inférieure à un, ou bien dans le cas très paradoxal où le produit intérieur brut de l’économie flexible serait fonction décroissante de l’offre d’un facteur.
[(8)]Si l’on met en avant le sort des plus dévavorisés, le critère du maximin conduit à préférer l’économie flexible car ces individus sont moins bien lotis dans l’économie avec rigidités où ils sont chômeurs. Mais ce jugement doit être tempéré par deux considérations au moins. En premier lieu, le critère du maximin relève d’une aversion infinie pour l’inégalité; pour une aversion moindre, l’économie rigide pourrait être jugée préférable. En second lieu, s’il y a un seuil de pauvreté qui est franchi dans l’économie flexible, alors l’économie rigide préserve de la pauvreté une majorité des moins qualifiés. En outre, le salaire d’équilibre dans l’économie flexible pourrait être si bas qu’il soit inférieur aux garanties de ressources de l’économie rigide.
[(9)]Cette proposition repose sur un raisonnement comparable à celui des propositions précédentes et est nécessairement vraie sous notre hypothèse que le travail qualifié est plus avantagé (ou moins désavantagé) que le travail non qualifié par l’extension des échanges. Par ailleurs, dans l’économie flexible à trois facteurs, ce sont les intensités capitalistiques des secteurs de déspécialisation et de spécialisation qui feront que l’extension des échanges augmente ou baisse la rémunération réelle des qualifiés.
[(10)]Faisons remarquer que l’emploi non qualifié pourrait même augmenter si l’emploi qualifié augmente lui-même suffisamment.
[(11)]Voir par exemple, Jones (1967), Helpman et Razin (1983).
[(12)]Cette hypothèse a pour but de simplifier les notations, et n’est pas restrictive, car deux produits peuvent être parfaitement substituables.
[(13)]Par convention, la notation x désigne une fonction ; lorsqu’elle est utilisée, la notation x désigne la valeur prise par la fonction x pour une valeur donnée de ses arguments.
[(14)]Cette simplication permet néanmoins d’analyser le bien-être (plus précisément le revenu réel) de catégories de ménages caractérisées par des dotations en facteurs particulières.
[(15)]Des hypothèses technologiques alternatives (notamment divers emboîtements de fonctions CES) ont été analysées mais donnent des résultats qualitatifs assez similaires (si ce n’est dans les cas les moins plausibles où le travail qualifié est plus fortement substituable avec le capital que le travail non qualifié).
[(16)]Il n’y a pas de chômage au Sud. Les coûts de transaction sur les investissements du Nord au Sud sont considérés comme des revenus perçus par des ménages du Sud.
[(17)]La situation où le secteur intensif en travail qualifié serait également plus capitalistique que l’autre secteur exposé ( )α α 2 3 > est encore plus défavorable au travail non qualifié comme nous l’avons expliqué dans le texte principal. Dans cette configuration, les variantes examinées ensuite combinent deux phénomènes de spécialisation internationale : l’économie du Nord est spécialisée dans la production du bien 2 en raison de sa forte dotation relative en travail qualifié et en capital.
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[(*)]
THEMA, Université de Cergy-Pontoise. Suite de la note...
[(**)]
THEMA, Université de Cergy-Pontoise et CATT, Université de ...
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[(1)]
Voir par exemple Lawrence Slaughter (1993), Leamer (1994),...
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[(2)]
Dans un tel cadre 2x2, le théorème de Stolper-Samuelson im...
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[(3)]
Les conclusions de Brecher (1974) et Krugman (1995) en la ...
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[(4)]
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[(5)]
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[(6)]
Avec des offres inélastiques, cette hypothèse est nécessai...
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[(7)]
Il faut malgré tout faire remarquer que la dépense réelle ...
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[(8)]
Si l’on met en avant le sort des plus dévavorisés, le crit...
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[(9)]
Cette proposition repose sur un raisonnement comparable à ...
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[(10)]
Faisons remarquer que l’emploi non qualifié pourrait même ...
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[(11)]
Voir par exemple, Jones (1967), Helpman et Razin (1983). Suite de la note...
[(12)]
Cette hypothèse a pour but de simplifier les notations, et...
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[(13)]
Par convention, la notation x désigne une fonction ; lorsq...
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