2002
Économie et Prévision
Concurrence des pays à bas salaires, répartition des revenus et rigidités salariales
Jean-François Fagnart
[(*)]
Marc Fleurbaey
[(**)]
Dans un cadre à la Hecscher-Ohlin, cet article étudie comment un commerce international croissant, défavorable au
travail peu qualifié, affecte une économie industrialisée caractérisée par une rigidité à la baisse de certains salaires réels
entraînant du chômage chez les travailleurs concernés. Nous examinons si une telle économie est plus vulnérable à cette
forme de commerce international qu'une économie sans rigidité, en particulier en ce qui concerne l'évolution du revenu
national et celle du revenu réel et de l'emploi des travailleurs a priori protégés par ces rigidités. Nous étudions en outre
l’incidence de la mobilité internationale des capitaux sur l’évolution de ces variables.Mots-clés :
commerce international, salaire minimum, inégalité salariale, Stolper, Samuelson.
Using a Heckscher-Ohlin model, this paper studies how growing international trade, disadvantageous to unskilled labour, affects
an industrialised economy characterised by downward stickiness of certain real wages, resulting in unemployment of the workers
concerned. We consider whether such an economy is more vulnerable to this form of international trade than a economy without
rigidities, especially with regard to the pattern of national income, real income and employment of workers a priori protected by
these rigidities. We also study the impact of international capital mobility on the pattern of these variables.Keywords :
International trade, minimum wage, wage inequality, Stolper, Samuelson.
Cet article résume une partie d’un rapport d’étude sur le thème “Efficacité et équité dans l’ouverture internationale”, rapport
commandé par la Direction de la Prévision. Nous remercions H. Erkel-Rousse et deux lecteurs anonymes pour leurs commentaires.
Dans un cadre à la Hecscher-Ohlin, cet article étudie comment un commerce international
croissant, défavorable au travail peu qualifié, affecte une économie industrialisée caractérisée
par une rigidité à la baisse de certains salaires réels entraînant du chômage chez les
travailleurs concernés. Nous examinons si une telle économie est plus vulnérable à cette forme
de commerce international qu'une économie sans rigidité, en particulier en ce qui concerne
l'évolution du revenu national et celle du revenu réel et de l'emploi des travailleurs a priori
protégés par ces rigidités. Nous étudions en outre l’incidence de la mobilité internationale des
capitaux sur l’évolution de ces variables.
Malgré quelques améliorations récentes, l’éventail
des inégalités de revenus s’est à nouveau élargi dans
la plupart des économies de l’OCDE ces deux ou
trois dernières décennies. On a en particulier observé
une détérioration du sort des travailleurs les moins
qualifiés, prenant la forme d’une baisse relative et
parfois absolue de leurs salaires réels dans les
économies anglo-saxonnes et d’une augmentation
relative de leur chômage dans les économies où leurs
salaires réels sont soumis à certaines rigidités. Il
subsiste de larges débats (publics et académiques)
sur les causes de ces évolutions, en particulier sur les
rôles respectifs d’un progrès technologique
défavorable au travail peu qualifié et de l’extension
du commerce international avec les pays dits à bas
salaires
[1]. Cet article revient sur les conséquences
de l’extension d’un tel commerce dans une économie
où des rigidités réelles protègent certaines
rémunérations.
Comme le souligne Guesnerie (1998), la question
essentielle que pose la mondialisation des échanges
porte finalement moins sur l’existence de gains
potentiels à l’échange que sur la répartition de ces
gains entre nations et, au sein d’une nation, entre
(groupes d’) agents économiques. Il faut rappeler
que les problèmes distributifs internes auxquels fait
face une économie impliquée dans un commerce
international croissant ne se résument pas à la seule
question de savoir quelles catégories d’agents
peuvent s’approprier les gains créés par l’échange.
Très souvent, ils prendront une forme plus
conflictuelle comme le montre le théorème de
Stolper et Samuelson (1941) : alors qu’il favorise
nécessairement certains facteurs de production, le
commerce international pourra aussi abaisser la
rémunération réelle d’autres facteurs et réduire ainsi
le bien-être des catégories d’agents qui les possèdent
si aucun transfert compensatoire n’est mis en place.
S’il est le plus souvent énoncé dans le cadre simple
d’une économie à deux facteurs et deux secteurs de
production
[2], le résultat de Stolper-Samuelson est
d’une portée assez générale puisqu’il ne dépend
fondamentalement pas du nombre de biens produits
et de facteurs présents dans l’économie. Comme le
montre notamment Ethier (1984), il repose
essentiellement sur l’hypothèse qu’il n’existe pas de
bien dont la production réclame des facteurs qu’on
ne retrouverait ensemble dans la production d’aucun
autre. Dans ce cas, une extension du commerce qui
implique un changement dans les prix relatifs des
biens sans affecter le nombre de biens produits
domestiquement (et donc sans conduire à une
spécialisatio n comp lète), augmentera la
rémunération réelle de certain(s) facteur(s) et
réduira généralement la rémunération réelle
d’autre(s).
Dans une économie comme celle de la France,
l’existence de rigidités qui protègent les salaires
réels de certaines catégories de travailleurs est
évidemment au coeur de la question de la répartition
des revenus. Dans le contexte d’une extension du
commerce international (notamment avec des pays
dits à bas salaires), de telles rigidités salariales sont
sans aucun doute un déterminant important de la
répartition interne des gains à l’échange, voire de
l’ampleur même de ces gains
[3]. L’étude de cette
question est le sujet de cet article. Nous cherchons en
particulier à répondre à deux interrogations.
Considérons une économie caractérisée par une
rigidité à la baisse de certains salaires réels
entraînant du chômage chez les travailleurs
concernés. Une telle économie est-elle plus
vulnérable à la mondialisation qu’une économie
sans rigidité, en particulier en ce qui concerne
l’évolution du revenu national et celle du revenu réel
et de l’emploi des travailleurs a priori protégés par
ces rigidités ? Si par exemple, l’extension des
échanges Nord-Sud augmente le chômage des non
qualifiés au Nord, elle contribue par là-même à
déformer la répartition des qualifications
effectivement employées au Nord, cela dans le sens
d’une plus grande spécialisation de l’économie déjà
initialement riche en main-d’œuvre qualifiée. C’est
alors que l’économie avec rigidité(s) salariale(s)
apparaît plus vuln érab le, puisqu e cette
spécialisation accrue représente un élément
défavorable supplémentaire pour les non qualifiés.
Cet argument sera développé par la suite. Par
ailleurs, c’est la seconde question abordée ici, la
mobilité internationale des capitaux modifie-t-elle,
et dans quel sens, la réponse à la première
interrogation ?
Comme nous l’avons informellement évoqué
ci-dessus, nous examinons ces questions dans le
cadre d’une intégration économique de type
Nord-Sud, qui prend la forme d’une extension des
échanges de biens entre les pays concernés, quelle
qu’en soit la cause : celle-ci peut par exemple être le
résultat d’une amélioration des capacités
productives au Sud, d’une baisse des coûts de
transports ou des droits de douanes. Nous supposons
que cette extension induit une spécialisation qui,
dans l’économie du Nord, est défavorable au facteur
de production qui est relativement le plus abondant
au Sud (il s’agira ici du travail le moins qualifié).
La première partie de l’article décrit précisément le
type d’extension des échanges analysé ici et en
rappelle les effets dans une économie sans rigidité
salariale. Nous étudions ensuite l’impact de la
présence de rigidité(s) salariale(s), successivement
sans et avec mobilité internationale du capital
(deuxième et troisième parties respectivement).
Nous concluons avec quelques implications en
matière de politiques économiques.
L’impact d’une extension du commerce
avec des pays à bas salaire dans une
économie du Nord sans rigidité
Nous nou s p laçons dans un cadre à la
Hecscher-Ohlin où, par souci de simplicité de
l’exposé, nous supposons que la production des
biens ne nécessite que trois facteurs de production :
capital, travail “qualifié” et travail “non qualifié”.
Comme le lecteurpourra le remarquerdans l’encadré
1, nous pourrions considérer un nombre plus grand
de facteurs (notamment plus de deux niveaux de
qualificatio ns) sans qu e cela n'affecte
fondamentalement plusieurs des propositions que
nous formulerons par la suite. L’hypothèse qu’il n’y
a que deux qualifications permet de donner un sens
immédiat à la notion d’intensité en travail qualifié
d’un secteur de production : ci-après, un secteur sera
dit relativement plus intensif en travail qualifié
qu’un autre si, dans ce secteur, le nombre de
travailleurs qualifiés employés pour un travailleur
non qualifié est plus grand que dans l’autre.
Jusqu’à la section consacrée à la mobilité du capital,
nous supposerons qu’il n’y a pas de mobilité
internationale des facteurs de production, mais une
mobilité intersectorielle parfaite de ceux-ci. Nous
exclurons par ailleurs la possibilité de facteurs de
production spécifiques à un secteur d’activité
[4].
Ce que nous appelons extension des échanges
correspond à une hausse-pour une raison exogène
quelconque- du commerce international des
productions domestiques, amenant dans les
économies concernées une spécialisation accrue et
un redéploiement des facteurs de production des
secteurs de déspécialisation vers les secteurs de
spécialisation.
Nous considérons que l’économie du Nord est
relativement plus riche en main-d’œuvre qualifiée
que l’économie avec laquelle elle intensifie ses
échanges de biens : le rapport entre la population des
travailleurs qualifiés et celle des travailleurs non
qualifiés est plus élevé au Nord qu’au Sud. Nous
prenons donc l’hypothèse que l’extension des
échanges de biens amène dans l’économie du Nord
une spécialisation qui se traduit par un accroissement
(resp. une réduction) du poids relatif des secteurs
intensifs en main-d’œuvre qualifiée (resp. non
qualifiée). Nous supposons toutefois que l’extension
des échanges laisse inchangé le nombre de biens
produits domestiquement et que le théorème de
Stolper-Samuelson s’applique.
Dans une économie du Nord avec prix des trois
facteurs parfaitement flexibles, l’extension du
commerce international entraîne nécessairement un
gain à l’échange, c’est-à-dire une hausse du revenu
national réel. Comme nous le rappelle le théorème de
Stopler-Samuelson (voir l’introduction de cet
article), cette hausse du revenu global sera
inégalement répartie entre les trois facteurs de
production : un (voire deux) facteur(s) verra sa
rémunération réelle augmenter ; au moins un autre
(au plus deux) verra sa rémunération réelle baisser.
Sur la base des hypothèses faites jusqu’ici, il est
certain que le travail qualifié est davantage favorisé
(ou moins défavorisé) par le commerce que le travail
non qualifié ; il n’est toutefois pas possible
d’affirmer que le travail non qualifié (resp. qualifié)
soit nécessairement un facteur perdant (resp.
gagnant) de l’extension des échanges. Le rôle de
facteur gagnant ou perdant peut en effet revenir aux
autres facteurs, soit ici le capital. Évoquons deux cas
polaires. La spécialisation en faveur du travail
qualifié ne lui sera pas forcément bénéfique si le
capital est encore plus avantagé par l’extension des
échanges. C’est ce qui se passera si les secteurs
intensifs en travail qualifié sont encore plus intensifs
en capital. À l’autre extrême, on n’observera pas
nécessairement une baisse du salaire réel des
travailleurs non qualifiés si le capital est plus
désavantagé encore par le commerce : c’est ce qui
pourrait se passer si, à l’inverse du cas précédent, les
secteurs intensifs en travail qualifié étaient
particulièrement peu capitalistiques.
L’objectif de cet article n’est pas d’examiner les
implications de l’extension des échanges dans toutes
les configurations gagnants/perdants possibles. Le
cas où le facteur capital serait le facteur perdant ne
nous semble d’ailleurs pas le plus plausible. Par la
suite, nous ne considérerons que les cas où, dans
l’économie avec prix de facteurs flexibles, le travail
non qualifié est le facteur le plus désavantagé par
l’extension des échanges, le rôle de facteur gagnant
revenant au travail qualifié et/ou au capital.
Une économie avec rigidité(s)
salariale(s) est-elle plus vulnérable
qu’une économie "flexible"?
Pour caractériser la situation du marché du travail
d’une économie comme celle de la France, nous
retenons-tout en reconnaissant son caractère
simplificateur- la modélisation de Brecher (1974),
Davis (1998) ou Krugman (1995) en supposant la
présence d’une (ou de) rigidité(s) salariale(s)
réelle(s) sous une forme ou sous une autre. Nous
comparons donc ici les effets de l’extension du
commerce international sur une économie avec
parfaite flexibilité des prix de facteurs et ses effets
sur une économie similaire mais où certains salaires
réels seraient rigides à la baisse. Pour la simplicité de
l’exposé, nous qualifierons de rigide l’économie où
existent certaines rigidités réelles des prix de
facteurs ; nous parlerons d’économie flexible pour
désigner l’économie sans ces rigidités.
Une comparaison entre économies rigide et flexible
est aisée si l’on se place dans un cadre où l’équilibre
de l’économie avec rigidité(s) salariale(s) et
chômage de certaines catégories de travailleurs
coïncide avec celui d’une économie flexible dont
l’offre de travail a été amputée d’un nombre
d’individus égal au nombre de chômeurs dans
l’éco nomie rig ide. L’encad ré établit cet
isomorphisme entre équilibres avec et sans rigidités
réelles des prix de facteurs sous des conditions
“assez générales”, dès lors qu’on suppose les
préférences des ménages identiques et
homothétiques et les offres de facteurs inélastiques.
L’encadré montre notamment que cet isomorphisme
peut être établi sous des formes variées de
concurrence sur le marché des produits, en présence
d’éventuels systèmes de transferts en faveur des
facteurs sous-employés ou encore de certaines
formes d’externalités.
En vertu de cet isomorphisme, on peut comparer
facilement les effets de la mondialisation dans deux
économies initialement identiques (à l’exception de
l’offre du (ou des) facteurs en sous-emploi) mais
dont l’une connaît certaines rigidités de prix de
facteurs et l’autre pas
[5]. Une hausse du chômage de
certains travailleurs dans l’économie rigide
équivaut, dans l’économie flexible, à une baisse de
l’offre du travail correspondant. Si l’on connaît les
effets d’un tel choc d’offre de travail dans
l’économie flexible, on peut aisément en déduire les
effets spécifiques de l’extension du commerce dans
l’économie rigide : l’effet du choc de mondialisation
dans l’économie rigide pourra s’analyser dans le
cadre de l’économie flexible où, à ce choc de
mondialisation, s’ajoute un choc d’offre de la (ou
des) catégorie(s) de travailleurs en sous-emploi dans
l’économie rigide.
Encadré : isomorphisme entre l’équilibre d’une économie avec rigidité(s) de prix de facteurs et celui
d’une économie flexible
Sous certaines conditions, l’équilibre d’une économie avec
rigidités de certains prix de facteurs est isomorphe à celui
d’une économie sans rigidité dont les offres de facteurs ont
été amputées de quantités égales aux quantités non
employées de ces facteurs dans l’économie avec rigidités.
Nous montrons ci-dessous que cette équivalence prévaut de
façon assez générale dès lors que l’on pose trois hypothèses
relatives aux préférences des consommateurs : elles sont
identiques et homothétiques et les consommateurs ne
retirent aucune (dés)utilité de la consommation des facteurs
(inélasticité des offres de facteurs).
Le secteur productif
Considérons une économie avec
n entreprises et
m facteurs
(
k =1,...,
m). Il y a
l n( )> biens potentiellement disponibles.
Chacun des
n premiers biens est produit (en partie au moins)
par les entreprises nationales. Il n’y a qu’un seul producteur
domestique de chaque bien
j ( = 1,...,
n)
[12]. Les autres biens
ne sont produits qu’à l’étranger et sont (potentiellement)
importés. On note
p j n n l j ( ,..., , ,..., )= +1 1 le prix du bien
j, et
z k m k ( ,..., )=1 le prix du facteur
k. On notera aussi
p p pl =( ,..., ) 1 et
z z zm =( ,..., ) 1 les vecteurs des prix des
biens et des facteurs.
La technologie de l’entreprise j ( = 1,..., n) est décrite par la
fonction de production suivante
où
Yj est la quantité produite de bien
j et
X X X j j jm =( ,..., ) 1
est le vecteur des quantités de facteurs employées par
j.
Fj
est croissante et concave en
Xj. La fonction de coût
correspondante est notée ( , )
G z Y j j. On suppose que chaque
entreprise minimise ses coûts de production en prenant les
prix de facteurs comme donnés. Sa demande de facteurs est
alors une fonction qui s’exprime comme suit
[13] :
Si l’en trep ri se j max im ise so n p ro fi t, no té
Ï€j j j j j p Y G z Y= - ( , ), l’offre de bien j et son prix satisfont la
relation suivante
où σj ( )>1 représente l’élasticité de la demande pour le bien j
perçue par l’entreprise j et est, de façon générale, une
fo nct io n σ σ j j p z R= ( , , ), avec R le rev enu
macroéconomique (défini plus loin). La relation (2) englobe
donc le modèle de concurrence parfaite (dans lequel
σj → + ∞) et la plupart des modèles de concurrence
monopol isti que. En particulier, dans l’approche
Dixit-Stiglitz, σ σ j ≡ avec σ une constante égale à
l’élasticité de substitution entre les biens.
On note Ek l’emploi total du facteur k dans les différents
secteurs, c’est-à-dire :
Demandes de biens
Les ménages possèdent les dotations nationales de facteurs
et ne peuvent ni les exporter, ni en importer (immobilité
internationale des facteurs). La dotation nationale en
facteur k est notée X k m k ( ,..., )=1. Les offres de facteurs
sont parfaitement inélastiques.
Les ménages ont des préférences homothétiques et
identiques sur les
l biens, ce qui permet d’écrire leur
comportement de consommation comme celui d’un seul
agent qui possèderait l’ensemble des facteurs de
production et recevrait le revenu macro-économique,
R
[14].
Sous ces hypothèses, la demande marshallienne de
co nsom mat io n est défin ie p ar
C c p R= ( ) ave c
C C Cl =( ,..., ) 1 le vecteur des consommations domestiques
des différents biens
j et ( ) ( ( ),..., ( ))
c p c p c p l =
1 le
vecteur des propensions marginales à consommer le
revenu sur les différents biens.
Les entreprises font aussi face à une demande
d’exportation, que l’on définit par :
où l’apparition de R comme argument vise à prendre en
compte l’éventualité d’externalités produites par la taille
de l’économie domestique. Qj peut être négative et
correspond alors à une importation de bien j.
L’économie flexible
Au plein emploi, l’équilibre sur le marché de chaque
facteur s’écrit : pour tout k = 1,..., m,
Le revenu des ménages est alors égal à
À l’équilibre des marchés des produits, on a : pour
j n Y C Q j j j = = +1,..., ,. Toutes les conditions d’équilibre
précédentes entraînent l’équilibre de la balance des
paiements (réduite à la balance commerciale puisqu’il n’y
a pas de mobilité des capitaux).
L’économie avec rigidités
Dans l’économe dite rigide, les rémunérations réelles de
certains facteurs sont soumises à des rigidités à la baisse qui
impliquent le sous-emploi de ces facteurs à l’équilibre. Les
marchés des autres facteurs ainsi que les marchés des
produits sont walrasiens. Pour être plus précis, supposons
que les rémunérations des facteurs k m m= <10,..., sont
concernées par des rigidités exprimées comme suit
pour k m m= <10,...,.
Chacune des rémunérations concernées par une rigidité peut
donc être indexée sur le niveau des prix ou celui des autres
rémunérations.
Po ur ces k m=10,..., fa cteu rs, on n ’a d onc p lu s
En outre, les facteurs inemployés peuvent percevoir une
aide sous la forme de transferts. On suppose ici que le
revenu des facteurs employés est soumis à un taux de
prélèvement exogène ( 0 1≤ <Ï„k pour le facteur k) et que le
facteur k inemployé bénéficie d’un transfert tk ≥ 0. Ces
transferts peuvent être endogènes et, par exemple, indexés
sur les rémunérations des facteurs ou les prix : t t z p k k = ( , ).
Nous imposerons l’équilibre financier du système des
transferts, ce qui requiert :
Le revenu des ménages est alors :
la dernière égalité découlant de l’équilibre financier du
système des transferts. Sous nos hypothèses, le
comportement agrégé des ménages n’est donc pas affecté
par la présence éventuelle d’un système de transferts. Pour
le reste, les équations de l’économie avec rigidités sont
identiques à celles de l’économie flexible.
Équivalence entre les deux équilibres
On vérifie facilement qu’un équilibre à prix flexibles
( , ) * * z p pour une économie décrite par les relations
fonctionnelles et les exogènes
est aussi un équilibre avec rigidités de prix de facteurs,
pour une économie décrite par les relations fonctionnelles
et les exogènes
a vec '≥X X k k et zk im pl iqu ant
Réciproquement, un équilibre avec rigidités de prix de
facteurs pour une économie décrite par les relations
fonctionnelles et les exogènes
est un équilibre à prix flexibles pour une économie décrite
par les relations fonctionnelles et les exogènes
où, pour k m=10,...,, on choisit 'Xk égal à l’emploi du
facteur k dans l’équilibre à prix rigides.
Précisons qu’il ne s’agit pas de faire ici de
comparaison entre les évolutions en Europe
("rigide") et aux États-Unis ("flexibles") face à
l’extension des échanges : les propositions énoncées
ci-après ne comparent que les effets du commerce
dans deux économies initialement identiques (aux
offres de facteurs près) mais avec ou sans rigidités de
certains prix de facteurs.
Rigidité réelle de la rémunération des travailleurs
les moins qualifiés
Nous considérons tout d’abord le cas d’une
économie où seul le salaire réel des travailleurs les
moins qualifiés est rigide à la baisse (selon une règle
d’indexation quelconque, voir encadré), les prix de
tous les autres facteurs restant parfaitement
flexibles.
Proposition 1 : Supposons que, dans l’économie
flexible, le prix réel d’un facteur soit
ceteris paribus
une fonction décroissante de son offre
[6]. Si
l’extension du commerce provoque une baisse du
salaire réel des travailleurs les moins qualifiés dans
l’économie flexible, elle entraîne alors une hausse du
chômage de ces travailleurs dans l’économie où leur
salaire réel est rigide à la baisse.
Compte tenu de l’équivalence établie dans l’encadré,
cette assertion est immédiate. Ce qui se passe dans
l’économie rigide est équivalent à ce qui se passerait
dans l’économie flexible si un ajustement de l’offre
des travailleurs non qualifiés permettait de maintenir
constant leur salaire réel. Compte tenu de
l’hypothèse énoncée dans la proposition 1, cet
ajustement de l’offre ne peut être qu’une baisse, ce
qui correspond, dans l’économie rigide, à un
accroissement du chômage.
Proposition 2 : Supposons que, dans l’économie
flexible, la dépense réelle totale en un facteur est
fonction croissante de l’offre de ce facteur. Lorsque
l’extension du commerce provoque une baisse du
salaire réel des travailleurs les moins qualifiés dans
l’économie flexible, elle entraîne, dans l’économie
avec rigidité de leur salaire, une baisse de la masse
salariale réelle versée à ces travailleurs plus forte que
celle observée dans l’économie flexib le.
Parallèlement, elle induit une spécialisation plus
forte dans l’économie rigide que dans l’économie
flexible.
L’explication est simple : à nouveau, ce qui se passe
dans l’économie où le chômage s’accroît est
équivalent à ce qui s’observe dans l’économie
flexible si, au choc de mondialisation, s’ajoute un
choc négatif de l’offre de travail non qualifié. Ce
dernier choc provoque une chute additionnelle de la
masse salariale versée à ce type de travail dès lors que
dans l’économie flexible, la dépense réelle totale en
un facteur évolue comme l’offre de ce facteur
[7]. Ce
choc d’offre implique en outre une spécialisation
accrue car le degré de spécialisation de l’économie
flexible est fonction inverse de l’offre de travail non
qualifié : en aggravant le chômage, l’extension du
commerce modifie les dotations factorielles
effectivement utilisées dans un sens qui renforce
l’avantage comparatif de l’économie du Nord dans
les productions moins intensives en travail non
qualifié.
Il faut souligner une implication importante de la
proposition 2 : face à un choc de mondialisation
défavorable aux travailleurs les moins qualifiés,
l’emploi de ces travailleurs dans l’économie avec
rigidité diminuera proportionnellement plus que leur
salaire réel dans l’économie flexible. En cela,
l’existence de certaines évidences empiriques
soulignant que le commerce international n’aurait eu
qu’un impact relativement limité sur les salaires des
travailleurs américains les moins qualifiés ne suffit
pas pour conclure que le commerce n’aurait guère eu
plus d’impact sur le chômage des moins qualifiés
dans les économies européennes : en vertu de la
proposition 2, une forme d’intégration économique
qui ne réduirait que faiblement les salaires réels des
travailleurs les moins qualifiés dans une économie
flexible pourrait néanmoins affecter sensiblement le
chômage de ces travailleurs dans une économie avec
rigidité. L’annexe présente un petit modèle
d’équilibre général à deux pays Nord-Sud, trois
facteurs de productions, trois secteurs (dont un
abrité) et des technologies Cobb-Douglas. Diverses
simulations numériques de ce modèle ont montré
qu’avec des valeurs plausibles des paramètres, un
choc de mondialisation calibré pour ne produire
qu’une détérioration de 1% des salaires réels des
moins qualifiés dans une économie flexible peut
augmenter le chômage de ces travailleurs de 10 à
50 % (suivant le type de choc considéré) dans une
économie avec une rigidité de type salaire minimum
indexé sur le niveau général des prix.
Remarquons encore que les propositions 1 et 2 n’ont
pas d’implication normative simple, cela même si
l’on s’intéresse seulement au bien-être des
travailleurs les moins qualifiés. Pour ces
travailleurs, il faut en effet comparer des
distributions de niveaux de vie comme celles du
graphique 1. L’issue de cette comparaison dépendra
clairement du critère de bien-être social utilisé
[8].
Considérons ensuite l’évolution du revenu global de
l’économie, selon qu’elle est affectée ou non d’une
rigidité de la rémunération des non qualifiés.
Proposition 3 : Supposons que le revenu national de
l’économie flexible soit fonction croissante de
l’offre de chaque facteur. Si l’accroissement des
échanges provoque une baisse du salaire réel des non
qualifiés dans l’économie flexible, elle entraîne une
évolution du revenu national moins favorable dans
l’économie avec rigidité du salaire réel des
travailleurs non qualifiés que dans l’économie
flexible.
Graphique 1
distribution de revenu
des non qualifiés
Cette proposition découle directement des deux
précédentes.
Dans le cadre canonique d’une économie à deux
secteurs, deux facteurs et rendements constants, la
proposition 3 prend une forme particulièrement
radicale puisqu’on retrouve alors le résultat de
Brecher (1974) ou de Krugman (1995), qui peut être
reformulé comme suit : tout accroissement du
commerce international qui provoquerait une baisse
du salaire réel des non qualifiés dans l’économie
flexible, entraînera nécessairement une hausse de
leur chômage et une baisse du revenu national dans
l’économie rigide, cela aussi longtemps que le seuil
de la spécialisation complète n’est pas atteint. Si elle
est frappante, l’absence totale d’ambiguïté dans ce
résultat est toutefois spécifique au cadre à 2 secteurs
et 2 facteurs. Ceci peut être compris aisément. En
reprenant les notations de l’encadré pour une
économie en concurrence parfaite avec rendements
constants, on peut écrire la demande pour le facteur
k = 1,2 dans le secteur j = 1,2 comme une fonction
linéaire du niveau d’activité du secteur :
avec a z( ) le besoin en facteur k pour produire une
jk unité de bien j aux prix de facteurs z. La fonction de
coût du secteur j s’écrit
En concurrence parfaite, si le bien j est produit
domestiquement, son prix sera égal à son coût
unitaire de production : en choisissant le bien 1
comme numéraire, on a donc
En présence d’une rigidité réelle du prix du facteur 2
( i.e., z z p z 2 2 = ( , )), ce système de deux
2 1 équations ne comporte que deux inconnues p et z
21 et détermine leurs valeurs d’équilib re
indépendamment du niveau d’activité des secteurs.
Autrement dit, aussi longtemps que les deux biens
sont produits domestiquement, la rigidité de
z s’étend à l’ensemble des prix des biens et des
2 facteurs, et donc aux coefficients techniques a z jk ( ).
Supposons alors que le secteur 1 soit relativement
plus intensif en facteur 1 que le secteur 2, c’est-à-dire
que ( / ) ( / )X X X X 11 12 21 22 > ou encore
Compte tenu de ces intensités factorielles relatives,
si le commerce international amène l’économie à se
spécialiser dans le secteur 1, la réallocation (à z
inchangé) de toute unité de facteur 1 du secteur 2
vers le secteur 1 créera moins d’emplois pour le
facteur 2 dans ce secteur-ci qu’elle n’en détruit dans
le secteur 2. Il s’en suit une hausse du chômage du
facteur 2 et donc une baisse du revenu national à z
inchangé.
Comme le montrent Fagnart et Fleurbaey (1998), les
conclusions de Brecher et Krugman doivent être très
sensiblement nuancées lorsqu’on sort du cadre
canonique 2 facteurs-2 secteurs. En particulier en
présence d’un troisième facteur (disons le capital),
l’intensité capitalistique relative des secteurs de
spécialisation et déspécialisation influence de façon
essentielle les effets du choc de mondialisation. Elle
détermine notamment si ce choc accroît ou non le
revenu domestique global et conditionne l’évolution
de l’emploi des non qualifiés.
Soulignons encore que sous les hypothèses
garantissant l’isomorphisme entre économies
flexible et rigide, la proposition 3 a une portée tout à
fait générale, indépendante du nombre de facteurs et
secteurs.
On peut enfin s’interroger sur l’évolution de
l’inégalité entre salariés qualifiés et non qualifiés. Si
dans l’économie flexible, le prix réel d’un facteur est
fonction croissante de l’offre de tout autre facteur,
l’extension des échanges élargira moins l’inégalité
salariale dans l’économie rigide que dans
l’économie flexible. D’une part, l’extension des
échanges va réduire le salaire réel des non qualifiés
dans l’économie flexible, mais pas dans l’économie
rigide. D’autre part, sous l’hypothèse que le prix réel
d’un facteur soit fonction croissante de l’offre de tout
autre facteur, la hausse du salaire des qualifiés sera
moindre dans l’économie rigide car elle serait
moindre dans l’économie flexible si au choc de
mondialisation venait s’ajouter un choc négatif de
l’offre de travail non qualifié. L’inégalité salariale
augmentera donc moins en présence d’une rigidité.
Chômage des qualifiés et des non qualifiés
Il est intéressant d’examiner ce qui se passe lorsque
le problème de chômage concerne aussi les
travailleurs qualifiés. Dans une économie comme
celle décrite dans l’encadré, ceci signifie qu’il existe
une seconde rigidité qui garantit, par exemple, une
prime minimale à la qualification (le ratio entre le
salaire d’un qualifié et celui d’un non qualifié est
borné inférieurement). Naturellement, cette rigidité
à la baisse des salaires des qualifiés n’est active
qu’aussi longtemps qu’il existe du chômage de ces
travailleurs : la disparition de celui-ci entraîne une
flexibilité à la hausse des salaires des qualifiés et
nous ramène dans l’économie avec une seule
rigidité.
Pour distinguer l’économie avec deux rigidités
salariales de celle de la section précédente, nous
parlerons d’économie avec simple rigidité lorsque
seul le salaire réel des non qualifiés est rigide, et
d’économie avec double rigidité lorsqu’il y a
chômage des deux catégories de travailleurs.
On peut dire ici aussi des choses assez précises sur
l’impact de l’extension des échanges, en comparant
notamment les économies avec double et simple
rigidités. On a en effet la même équivalence entre les
équilibres de ces deux économies qu’entre leurs
équilibres et l’équilibre de l’économie flexible.
Comme nous l’avons vu, l’isomorphisme décrit dans
l’encadré 1 ne dépend pas du nombre de facteurs
caractérisés par une rigidité de leur rémunération.
On comprendra aisément que l’existence d’un
chômage de certains travailleurs qualifiés n’est pas
nécessairement un handicap pour une économie
impliquée dans un commerce croissant qui la conduit
précisément à se spécialiser dans des activités
intensives dans ce type de qualification. En effet, la
spécialisation induite par le commerce peut
éventuellement mobiliser des travailleurs qualifiés
jusque là sans emploi. On observera cette baisse du
chômage des qualifiés dans l’économie avec double
rigidité si, dans l’économie flexible, l’extension des
échanges amène unehausse de la rémunération réelle
de ces travailleurs
[9]. Dans une telle situation, une
“double” rigidité salariale ne sera donc pas un
facteur aggravant des effets de la rigidité des seuls
salaires des non qualifiés, comme le montre la
proposition suivante.
Proposition 4 : Supposons que, dans l’économie
flexible, le prix réel d’un facteur est fonction
croissante de l’offre de tout autre facteur. Si dans
l’économie avec chômage des deux catégories de
travailleurs, l’extension du commerce réduit le
chômage des qualifiés, elle détruira moins d’emplois
non qualifiés que dans une économie où seule la
rémunération des non qualifiés serait rigide à la
baisse
[10]. Le revenu national y évoluera également
de manière plus favorable (ou moins défavorable).
La démonstration est la suivante. Ce qui se passe
dans l’économie avec chômage des deux catégories
de travailleurs et augmentation de l’emploi des
qualifiés est équivalent à ce qui passerait dans
l’économie avec chômage des seuls non qualifiés si
au choc de mondialisation s’ajoutait une hausse de
l’offre de travail qualifié. Ce choc supplémentaire
serait favorable à la main-d’œuvre non qualifiée, car
dans l’économie flexible une telle hausse
provoquerait une élévation du salaire réel des non
qualifiés. Pour maintenir ce salaire à son niveau
initial, il faudrait une hausse de l’offre de travail non
qualifié, ce qui correspond, dans l’économie avec
rigidité réelle du salaire des non qualifiés, à une
baisse du chômage de ceux-ci. Ces évolutions
impliquent aussi un comportement plus favorable du
revenu national.
Quand, au contraire de l’hypothèse de la proposition
4, l’extension des échanges augmente le chômage
des qualifiés, la rigidité de leur salaire joue par contre
comme un facteur aggravant des effets de la rigidité
du salaire des non qualifiés. Un raisonnement
comparable à celui de la preuve de la proposition 4
montre en effet que les évolutions du chômage des
non qualifiés et du revenu national réel seront alors
plus défavorables que dans l’économie avec simple
rigidité.
Mentionnons toutefois que même dans les
conditions de la proposition 4, certaines variables ne
suivent pas une évolution intermédiaire entre celle
de l’économie flexible et celle avec simple rigidité,
comme le montre la proposition suivante à propos du
degré de spécialisation.
Proposition 5 : Si les conditions de la proposition 4
sont satisfaites, et si en outre le degré de
spécialisation dans l’économie avec simple rigidité
est fonction croissante de l’offre de travail qualifié,
l’ex tens ion des échanges prov oque une
spécialisation plus forte dans l’économie avec
chômage des deux catégories de travailleurs que
dans l’économie avec chômage des seuls non
qualifiés.
Il est évidemment possible, comme cela est illustré
dans Fagnart et Fleurbaey (1998), que la
spécialisation soit fonction décroissante de l’offre de
travail qualifié. Cet apparent “paradoxe” survient si
la spécialisation de l’économie repose non
seulement sur une dotation relativement forte en
travail qualifié, mais aussi sur une dotation plus forte
en capital. Dans ce cas, la baisse du chômage des
qualifiés, qui entraîne une augmentation de l’emploi
non qualifié, contribue à réduire la part de la
spécialisation due au capital.
Toujours sous l’hypothèse où l’extension des
échanges fait baisser le salaire réel des non qualifiés
dans l’économie flexible, notons enfin (mais cela est
évident) qu’avec l’extension des échanges,
l’inégalité salariale ne change pas dans l’économie
avec double rigidité, cela aussi longtemps qu’il reste
du chômage des qualifiés.
Nous considérons maintenant la possibilité pour le
facteur capital d’être investi à l’étranger si le
rendement de ce facteur y est plus avantageux. La
littérature sur le sujet s’est principalement intéressée
aux effets de la mobilité du capital sur le revenu
national
[11], qui sont très généralement positifs (au
moins en l’absence de rigidité salariale). Mais à
nouveau, cet accroissement du revenu national peut
être très inégalement réparti entre facteurs de
production : il peut s’accompagner d’une baisse des
revenus des salariés.
Si la mobilité des capitaux est en soi un élément de la
mondialisation, elle contribue aussi à modifier
l’impact des autres aspects de la mondialisation.
C’est cet aspect que nous étudions ici : nous
supposons que le choc de mondialisation qui conduit
à une intensification des échanges de biens produits
s’accompagne d’une augmentation du rendement
relatif du capital à l’étranger, comme ce serait le cas
par exemple en cas d’accroissement de l’offre de
travail dans le secteur formel, ou de toute
amélioration des capacités productives à l’étranger.
L’exode de capital du Nord vers le Sud qui en résulte
est néfaste, au Nord, aux facteurs travail qualifié
comme non qualifié, cela dans tous les cas de figures
possibles. Même les qualifiés sont davantage
susceptibles d’être perdants lorsque le capital
devient plus mobile, et ce, même si le revenu national
augmente.
On peut ainsi réexaminer nos conclusions quant à la
comparaison entre économie flexible et économie
avec rigidité(s) dans le cas où le capital est déjà
mobile et où d’autres formes de mondialisation se
renforcent en intensifiant simultanément les
échanges de biens et les mouvements du capital.
Dans le cas où seule la rémunération des non
qualifiés est affectée par une rigidité, l’impact
défavorable aux non qualifiés d’une intensification
des échanges est accentué par la mobilité du capital.
On peut en effet énoncer l’assertion suivante.
Proposition 6 : Si l’extension des échanges de biens
produits fait baisser le salaire réel des non qualifiés
dans l’économie flexible, l’exode de capitaux est
plus important dans l’économie avec rigidité réelle
des salaires des non qualifiés que dans l’économie
flexible (et que dans l’économie avec double rigidité
si le chômage des qualifiés y baisse). Ceci détériore
la situation des salariés (qualifiés et non qualifiés) et
pèse sur le PIB.
L’argument est le suivant. Dans l’économie flexible,
un choc additionnel de réduction de l’offre de travail
non qualifié tend à réduire le rendement domestique
du capital et donc à renforcer les investissements à
l’étranger. Par équivalence, c’est ce qu’on obtient
dans l’économie avec simple rigidité où le chômage
augmente ; ce mouvement des capitaux pèse sur
l’emploi des non qualifiés et la rémunération des
qualifiés. Pour comprendre le résultat concernant
l’économie avec double rigidité, il suffit de
remarquer qu’une hausse de l’emploi qualifié dans
cette économie est équivalent à un choc additionnel
d’augmentation de l’offre de travail qualifié dans
l’économie sans chômage de ces travailleurs. Ce
choc atténue en partie (l’effet de) l’exode des
capitaux.
À propos de l’économie avec double rigidité, notons
toutefois que si l’emploi des qualifiés baissait en
réponse à l’extension des échanges, la situation des
non qualifiés serait encore plus fragilisée par la
mobilité du capital (comme nous l’avons vu, cela
était déjà vrai sans mobilité du capital et celle-ci ne
fait qu’aggraver les choses). Ce n’est pas un cas
d’école, comme le montrent les simulations
évoquées dans l’annexe à propos du rattrapage
technologique des économies émergentes. Dans ces
simulations, cette forme de mondialisation a un effet
favorable sur les qualifiés lorsque le capital est
immobile, mais l’effet devient défavorable si le
capital est suffisamment mobile, car la hausse de
productivité à l’étranger entraîne une forte
délocalisation des capitaux. D’une façon générale,
ce type d’exercice révèle une opposition très nette
d’intérêts entre les salariés et les détenteurs de
capital, à propos du degré souhaitable de mobilité du
capital.
Soulignons enfin que l’impact de la mobilité du
capital sur la spécialisation n’est pas déterminé a
priori, car il dépend de l’intensité capitalistique des
secteurs concernés par l’extension du commerce.
Dans l’hypothèse où l’intensité capitalistique est,
dans le secteur intensif en travail qualifié, supérieure
ou égale à celle de l’autre secteur, l’exode
supplémentaire de capitaux tendrait plutôt à freiner
la spécialisation.
Comme nous le rappelions initialement, la question
économique fondamentale q ue pose la
mondialisation sous ses diverses formes est bien
celle de la répartition des gains à l’échange entre les
pays concernés et, au sein de chacun d’eux, entre les
acteurs économiques selon les facteurs de
production qu’ils détiennent. Notre analyse a montré
que la présence de rigidités salariales joue un rôle
essentiel dans la manière dont cette répartition des
gains à l’échange a lieu et qu’elle constitue
généralement une source de fragilité pour une
économie du Nord impliquée dans un commerce
croissant avec des pays à bas salaires.
Quelles indications de politique économique
peut-on en tirer ? Toute autre choseégalepar ailleurs,
une intégration économique de type Nord-Sud
détériore vraisemblablement le sort des moins
qualifiés du Nord. Cette vulnérabilité des non
qualifiés plaide pour une politique de transfert dans
tous les cas. C’est déjà vrai dans une économie
flexible. Notre analyse souligne que cela l’est encore
plus dans une économie où le salaire de ces
travailleurs est protégé par une rigidité réelle, d’une
part en raison de l’ampleur même du chômage dans
cette économie, d’autre part en raison de l’impact
plus sévère de la mondialisation dans ce cas.
Ceci pose immédiatement la question de l’incidence
de la mondialisation sur la capacité de l’économie à
effectu er des transferts. La situation est
particulièrement difficile dans une économie où la
mondialisation accroît le chômage des non qualifiés
et réduit le revenu national. Mais, même dans les
scénarii plus favorables, la question de la
redistribution ne va pas de soi. Les simulations d’un
petit modèle comme celui de l’annexe montrent en
effet que même dans une économie flexible où le
revenu national augmente avec la mondialisation, les
transferts nécessaires au maintien du niveau de vie
des non qualifiés peuvent conduire dans certains cas
à une baisse du revenu réel après impôts des salariés
qualifiés, si ceux-ci sont les seuls à subir le coût de
ces transferts. De ce point de vue, une mise à
contribution des détenteurs de capital est souhaitable
mais problématique à un niveau purement interne si
ce facteur est mobile internationalement.
Une politique de transferts se contente de traiter les
effets a posteriori et l’on peut chercher d’autres
politiques, axées sur le processus même de
l’intégration internationale ou sur les composantes
structurelles qui gouvernent la réaction de
l’économie à celle-ci. Nous n’aborderons ici que la
question de la flexibilité des prix de facteurs. Il est
évident qu’une politique recherchant cette flexibilité
serait de toute façon nuisible pour la majorité des
salariés non qualifiés ; elle apparaît donc peu
souhaitable en elle-même. Elle ne peut être rendue
acceptable que si elle est accompagnée de
mécanismes garantissant que l’augmentation
attendue du revenu national sera répartie en priorité
en faveur des non qualifiés. Mais il faut faire
remarquer ici qu’il est possible d’imiter l’effet d’une
politique conjointe de flexibilisation des salaires et
de redistribution en recourant à des subventions à
l’emploi. Ces subventions, en favorisant l’emploi de
la main-d’œuvre non qualifiée, réduisent en effet la
spécialisation de l’économie et font qu’en tendance,
elle se comporte dans l’intégration économique
comme une économie flexible. Toutefois, il ne faut
pas cacher que toutes les politiques qui sont
susceptibles de protéger les non qualifiés du Nord
sont néfastes à l’égard des non qualifiés du Sud.
Nous n’avons considéré ici que l’impact de la
mondialisation sur les détenteurs de facteurs au
Nord; une analyse plus globale serait préférable du
point de vue de l’observateur impartial cher à
l’économie du bien-être.
Annexe : un modèle à 3 facteurs et 3 secteurs
Nous décrivons brièvement ici un petit modèle d’équilibre
général calculable à deux pays (baptisés Nord et Sud), avec
3 facteurs (le capital et deux niveaux de qualifications du
travail) et mobilité éventuelle du capital. C’est un exemple
de modèles auxquels notre analyse théorique s’applique (à
l’économie du Nord). Il est utilisé pour illustrer plusieurs
points de notre analyse dans le cas de différentes formes de
mondialisation. Les variables du Sud sont désignées par
d’une étoile. Le facteur capital est représenté par l’indice
K,
le travail qualifié par l’indice
H et le travail non qualifié par
l’indice
L. Sauf mention explicite, toutes les autres notations
sont celles de l’encadré. Il y a trois secteurs/biens (
j =1,2,3)
dans chaque pays ; seuls les biens 2 et 3 sont échangeables
entre les deux pays. Chaque secteur est concurrentiel et
utilise une technologie Cobb-Douglas à rendements
constants, soit dans le secteur
j Y A X X X j j jK jH jL, =
αβα, où
j j j j- - β1
Aj > 0
[15]. Le modèle est calibré de sorte que le bien 2 soit
toujours plus intensif en travail qualifié que le bien 3,
et que le Nord exporte du bien 2 et importe du bien 3.
Les ménages ont des préférences Cobb-Douglas identiques
C C C 1 2 3 1 2 3 θ θ θ de sorte que la décision de consommation du bien j
obéit à : C R p R j j j =θ / , désignant le revenu total des
ménages. Les ménages détiennent les dotations nationales
de facteurs X X XK H L, , et l’on notera E E EK H L, , les
quantités totales de ces facteurs employées dans le pays.
Seul le facteur capital est (éventuellement) mobile
internationalement. On ne considère ici que des situations
où le Nord vend du capital au Sud. En s’inspirant de Rodrick
(1997), nous supposons que le résultat de cette vente, noté
VK, est égal à :
où Ï„K* désigne le taux d’imposition (au Sud) sur le revenu du
capital, et γ* un paramètre de coûts de transaction qui crée
des pertes quadratiques sur les investissements à l’étranger
(l’immobilité du capital correspond à γ → ∞ ). On montre
facilement que l’exportation optimale de capital est
Le revenu total des ménages est égal à :
où
Ï„j est le taux d’imposition sur les revenus du facteur
j, et
μ
le taux des allocations chômage, indexées sur les salaires. On
a une définition similaire pour le revenu du Sud,
mutatis mutandis
[16].
Le taux d’imposition sur les salaires (Ï„ Ï„ L H = ou Ï„ Ï„ L H* * = ) est
établi de façon endogène pour assurer l’équilibre du budget
de l’État dans chacune des deux économies, les différentes
recettes fiscales couvrant les dépenses de consommation
publique et de transferts (s’il y en a).
En l’absence de rigidités salariales, il y a plein emploi
partout pour les deux catégories de travailleurs. La
condition d’équilibre du marché du capital au Nord s’écrit :
On a, mutatis mutandis, une condition équivalente au Sud,
les investissements directs du Nord venant s’ajouter au
capital domestique.
Au Nord, dans le cas de salaire minimum induisant du
chômage des non qualifiés, la condition de plein emploi de
ces travailleurs est remplacée par :
où ω désigne le salaire minimum réel et pc est l’indice de
prix à la consommation. Lorsque tous les salaires réels sont
rigides, la condition de plein emploi des qualifiés est elle
aussi remplacée, par l’équation suivante :
λ( )>1 représentant la prime minimale à la qualification.
L’équilibre sur le marché des produits s’écrit, au Nord :
C Q Y j j j j + = ∀,, avec Q Q 1 2 0 0= >, (exportations) et
Q3 0< (importations). Mutatis mutandis, on a des équations
similaires au Sud avec Q 2 2 Q 3 3 = -. L’absence
Q * = - et Q *
d’arbitrage Nord-Sud sur les marchés des produits 2 et 3
implique :
avec ψ* et ψ les droits de douanes éventuels. On choisit le
bien 2 comme numéraire : p2 1=.
État initial sans mobilité du capital
Le modèle n’est pas suffisamment réaliste pour mériter une
calibration soignée : les simulations se veulent purement
illustratives. Néanmoins, le choix des paramètres
importants est inspiré de Krugman (1995), Wood (1994) et
de données de l’OCDE et de la Banque Mondiale.
On suppose
αj j= ∀0 36, ,. On retient, d’après Krugman et
Woo d, l es ra ti os
z z X XL H / , /= =2 1 et
H L2 2
X XH L3 3 0 25/ ,=
[17]. Ceci impose alors de retenir :
β β 2 3 0 43 0 21= =, , ,. O n po se
β1 0 25=, et
Aj =1 et
A j j*, ,= ∀0 5. Cette différence de productivité Nord-Sud
semble indispensable pour reproduire un
PIB 50 % plus
élevé au Nord qu’au Sud avec une population plus petite.
Les do tat io ns facto ri el les son t :
*
X X X X X X K H L H L = = = = = =150 50 40 60 60 340, , , , , * *.
La population au Sud n’est supposée que quatre fois
supérieure à celle du Nord, car c’est la population active
dans le secteur “formel” qui est pertinente ici.
Les préférences sont identiques dans les deux pays, avec
θ θ θ 1 2 3 0 4 0 3= = =, , ,. On suppose que les variables
étatiques sont les suivantes : G G j j j = = ∀10 3, , * et
τ ψ μ τ ψ K K = = = = =0 3 0 1 0 5 0 05 0 1, , , , , , , , , * *.
L’équilibre (avec salaires flexibles) ainsi obtenu se
caractérise par un commerce international qui représente
9 % du PIB du Nord et par les endogènes suivantes :
Nord Sud
( , , )Y Y Y 1 2 3 (27,27,17) (17,8,23)
( , , )z z z K H L (0,16,0,60,0,30) 0,31,0,23,0,04)
j = å13
p Y j j66 43
Ï„ 47,6 % 26,5 %
On construit des équilibres avec rigidité(s) salariale(s) et
chômage dans lesquelles toutes les variables sont identiques
à celles ci-dessus, à l’exception des chiffres relatifs à l’offre
de travail, au chômage et au taux d’imposition Ï„. Comme
cela est expliqué dans l’encadré, on peut, à partir de
l’équilibre sans rigidités ci-dessus, construire un équilibre
avec chômage en augmentant l'offre de travail mais en
gardant les salaires constants. Ceci ne change rien à la
production réalisée, ni au revenu agrégé des ménages. Par
contre les transferts des salariés vers les chômeurs
accroissent la pression fiscale. Un premier équilibre avec
salaire minimum ( , )ω =0 32 est obtenu avec XL =66, d’où
un taux de chômage de 6/66 = 9,1%, avec Ï„ Ï„ L H = = 48 7, %.
Un second équilibre avec tous les salaires rigides ( ω = 0 32,
et σ = 2 01, ) est calculé avec XH = 42, d’où un taux de
chômage qualifié de 2/42 = 4,8%, et l’on a Ï„ Ï„ L H = =49 4, %.
Comparaison économie flexible-économie rigide
Partant de l’équilibre initial, nous étudions l’impact de 3
formes de mondialisation selon le degré de rigidité de
l’économie (économie flexible, salaire minimum, double
rigidité) : 1) une augmentation de L*, traduisant
l’accroissement de la quantité ou de la qualité de
main-d’oeuvre disponible pour le secteur formel ; 2) une
a ugm ent ati on d e A*, représen tan t un rat t rap age
technologique ou une amélioration des infrastructures et des
conditions de fonctionnement de l’économie au Sud; 3) une
baisse de γ*, conduisant à une mobilité sensible du capital.
L’augmentation de l’offre de travail non qualifiée au Sud L*
entraîne une baisse du salaire réel brut des non qualifiés au
Nord dans l’économie flexible (graphique 2 ci-dessous) et
Graphique 2
salaire réel brut non qualifié z p L c /
Graphique 3
chômage non qualifié 1 - E XL L /
Le chômage augmente toutefois moins dans le cas d’une
double rigidité, cas où l'on observe une baisse du chômage
des qualifiés qui améliore la demande de travail des non
qualifiés. Cette variante, favorable au travail qualifié dans
les trois cas considérés, entraîne une augmentation de sa
rémunération dans les deux cas où elle est flexible et accroît
ainsi les inégalités salariales. Néanmoins, les inégalités
s’accroissent moins en présence de salaire minimum
(graphique 4).
Graphique 4
rapport des salaires z z H L /
La masse salariale (réelle brute) totale perçue par les non
qualifiés décroît surtout dans le cas de salaire minimum, le
cas flexible étant le moins défavorable pour les raisons qui
ont été expliquées dans le texte principal (graphique 5). Le
revenu national réel, ainsi que le degré de spécialisation,
évoluent comme le prévoit l’analyse générale de l’article.
Une variante de type rattrapage technologique (hausse de
A* ) a, sur l’économie du Nord, des effets qualitativement
Une variante de type rattrapage technologique (hausse de
A* a, sur l’économie du Nord, des effets qualitativement
semblables à ceux d’une hausse de L*. Par contre, les effets
en sont différents au Sud, puisque l’augmentation de l’offre
de travail non-qualifié tend à y réduire le salaire
non-qualifié, tandis que le rattrapage technologique est
beaucoup plus favorable aux travailleurs non qualifiés.
Graphique 5
masse salariale réelle brute
non qualifiée z E p L L c /
L’accroissement de la mobilité du capital (c’est-à-dire la
baisse de γ* ) a des effets spécifiques dûs à l’impact négatif
de l’exode des capitaux sur l’emploi national. Avec la
calibration retenue, les qualifiés dont la productivité
marginale baisse voient ainsi leur salaire baisser ou, dans le
cas avec double rigidité, leur chômage augmenter. Ceci rend
l’économie avec double rigidité salariale plus récessive
encore que l’économie de salaire minimum comme l’illustre
l’évolution du produit national réel (graphique 6).
Graphique 6
revenu national brut réel
L’impact de la mobilité du capital sur les autres formes
de mondialisation
Un état initial de l’économie flexible avec capital mobile est
obtenu avec un paramétrage essentiellement identique au
précédent mais avec une valeur du paramètre γ* faible. Des
équilibres à salaires rigides quasi-identiques à l’équilibre
flexible sont construits selon le même procédé que celui
décrit pour l’équilibre sans mobilité du capital.
Dans la variante d’offre de travail, l’investissement direct
du Nord vers le Sud augmente davantage en cas de
rigidité(s). Ce phénomène, dû au fait que l’augmentation du
chômage au Nord y réduit le rendement relatif du capital,
rend l’économie avec rigidité plus vulnérable encore à la
mondialisation. Il s’en suit un chômage accru et une
évolution du revenu national moins favorable, en particulier
dans le cas de double rigidité. La variante de rattrapage
technologique est par contre assez différente, car le travail
qualifié au Nord pâtit directement de l’exode des capitaux,
sans avoir la contrepartie d’une rareté relative accrue au
niveau mondial (en cas de hausse de l’offre de travail non
qualifié). Avec mobilité du capital, cette variante devient
néfaste au travail qualifié dans tous les cas : baisse de salaire
s’il est flexible, hausse du chômage sinon. De la sorte, le
chômage non qualifié s’aggrave encore plus en cas de
double rigidité et la situation est semblable pour sa masse
salariale. Même s’il bénéficie fortement des revenus du
capital et de l’effet d’entraînement des investissements sur
l’économie du Sud, le revenu national baisse franchement
dans le cas de double rigidité, renversant ainsi la
comparaison entre simple et double rigidités faite en
l’absence de mobilité du capital.
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[(*)]
THEMA, Université de Cergy-Pontoise.
[(**)]
THEMA, Université de Cergy-Pontoise et CATT, Université de Pau.
E :mail : f
fagnart@ eco. u-cergy. fr
[(1)]
Voir par exemple Lawrence Slaughter (1993), Leamer
(1994), Freeman (1995), Wood (1995), Cortes et Jean
(1997), Davis (1998b).
[(2)]
Dans un tel cadre 2x2, le théorème de
Stolper-Samuelson implique donc qu’à la suite du
mouvement de prix relatifs induit par l’intensification des
échanges, il y aura généralement un facteur domestiques
gagnant et un facteur perdant.
[(3)]
Les conclusions de Brecher (1974) et Krugman (1995)
en la matière sont très tranchées et suggèrent qu’une
économie avec salaire minimum verrait
ceteris paribus son
revenu national baisser suite à une extension du commerce
avec une autre économie sans rigidité salariale, cela aussi
longtemps que le seuil de spécialisation complète n’est pas
atteint. Nous y reviendrons.
[(4)]
L’absence de facteur spécifique nous semble une
hypothèse raisonnable dans un cadre où le niveau de
désagrégation du facteur travail se limite à deux niveaux de
qualifications.
[(5)]
Hormis les offres de facteurs, l’économie rigide et
l’économie flexible considérées ont un équilibre
macroéconomique initialement identique : mêmes prix de
biens et rémunérations de facteurs, mêmes quantités
produites et quantités de facteurs employées.
[(6)]
Avec des offres inélastiques, cette hypothèse est
nécessairement satisfaite si les entreprises ont un
comportement parfaitement concurrentiel; elle ne pourrait
être violée que dans les cas de concurrence imparfaite où à
l’équilibre, la demande d’un facteur serait une fonction
croissante de son prix.
[(7)]
Il faut malgré tout faire remarquer que la dépense réelle
totale en un facteur pourrait être fonction décroissante de
son offre si l’élasticité de substitution entre facteurs était
très inférieure à un, ou bien dans le cas très paradoxal où le
produit intérieur brut de l’économie flexible serait fonction
décroissante de l’offre d’un facteur.
[(8)]
Si l’on met en avant le sort des plus dévavorisés, le
critère du
maximin conduit à préférer l’économie flexible
car ces individus sont moins bien lotis dans l’économie avec
rigidités où ils sont chômeurs. Mais ce jugement doit être
tempéré par deux considérations au moins. En premier lieu,
le critère du
maximin relève d’une aversion infinie pour
l’inégalité; pour une aversion moindre, l’économie rigide
pourrait être jugée préférable. En second lieu, s’il y a un
seuil de pauvreté qui est franchi dans l’économie flexible,
alors l’économie rigide préserve de la pauvreté une majorité
des moins qualifiés. En outre, le salaire d’équilibre dans
l’économie flexible pourrait être si bas qu’il soit inférieur
aux garanties de ressources de l’économie rigide.
[(9)]
Cette proposition repose sur un raisonnement
comparable à celui des propositions précédentes et est
nécessairement vraie sous notre hypothèse que le travail
qualifié est plus avantagé (ou moins désavantagé) que le
travail non qualifié par l’extension des échanges. Par
ailleurs, dans l’économie flexible à trois facteurs, ce sont les
intensités capitalistiques des secteurs de déspécialisation et
de spécialisation qui feront que l’extension des échanges
augmente ou baisse la rémunération réelle des qualifiés.
[(10)]
Faisons remarquer que l’emploi non qualifié pourrait
même augmenter si l’emploi qualifié augmente lui-même
suffisamment.
[(11)]
Voir par exemple, Jones (1967), Helpman et Razin
(1983).
[(12)]
Cette hypothèse a pour but de simplifier les notations,
et n’est pas restrictive, car deux produits peuvent être
parfaitement substituables.
[(13)]
Par convention, la notation
x désigne une fonction ;
lorsqu’elle est utilisée, la notation
x désigne la valeur prise
par la fonction
x pour une valeur donnée de ses arguments.
[(14)]
Cette simplication permet néanmoins d’analyser le
bien-être (plus précisément le revenu réel) de catégories de
ménages caractérisées par des dotations en facteurs
particulières.
[(15)]
Des hypothèses technologiques alternatives
(notamment divers emboîtements de fonctions CES) ont été
analysées mais donnent des résultats qualitatifs assez
similaires (si ce n’est dans les cas les moins plausibles où le
travail qualifié est plus fortement substituable avec le
capital que le travail non qualifié).
[(16)]
Il n’y a pas de chômage au Sud. Les coûts de
transaction sur les investissements du Nord au Sud sont
considérés comme des revenus perçus par des ménages du
Sud.
[(17)]
La situation où le secteur intensif en travail qualifié
serait également plus capitalistique que l’autre secteur
exposé ( )
α α 2 3 > est encore plus défavorable au travail
non qualifié comme nous l’avons expliqué dans le texte
principal. Dans cette configuration, les variantes examinées
ensuite combinent deux phénomènes de spécialisation
internationale : l’économie du Nord est spécialisée dans la
production du bien 2 en raison de sa forte dotation relative
en travail qualifié et en capital.