Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
242 pages

p. 115 à 139
doi: en cours

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n° 152-153 2002/1-2

2002 Économie et Prévision

Potentiels de commerce entre économies hétérogènes : un petit mode d’emploi des modèles de gravité

Lionel Fontagné  [(*)] Michael Pajot  [(**)] Jean-Michel Pasteels  [(***)]
Deux forces concurrentes déterminent l'intensité des échanges commerciaux entre pays : des forces d’attraction (revenu et taille des pays) et des forces de résistance (distance et autres obstacles aux échanges). Au bénéfice d'une base théorique désormais bien établie et d'une exigence minimale en termes de données, les équations de gravité, qui combinent ces variables, sont devenues l'un des instruments les plus populaires d’analyse du commerce international. Et le calcul des potentiels d’échanges en est l'application la plus répandue : il s'agit alors d'estimer une équation de gravité, puis de l'utiliser en simulation. Cet article examine les difficultés associées à cette méthodologie et propose des solutions originales, en attachant une attention particulière au choix de l’échantillon d'estimation. Un modèle de gravité, estimé pour 75 pays hétérogènes échangeant dans 14 secteurs regroupant 261 industries, illustre la démarche.Mots-clés : commerce international, modèle de gravité, potentiel d’exportation. Two opposite forces determine the intensity of bilateral trade between countries: an attractive force (country size and income) and a repulsive force (distance and other barriers to trade). Building on a now well-established theoretical basis and minimum data requirements, gravity equations – which combine the above variables – have become one of the most popular tools for analysing international trade. And calculating trade potential is certainly their most widely used application: a gravity equation is estimated and then used for a simulation. This paper examines the problems associated with this methodology and offers original solutions, focusing particularly on choice of estimation sample. A gravity model estimated for 75 heterogeneous countries trading in 14 sectors covering 261 industries is used to illustrate this approach.Keywords : International trade, gravity model, export potential.
Cet article s’est enrichi de discussions avec les représentants de nombreux pays en développement, lors des séminaires sur la recherche stratégique de marchés organisés par le Centre du Commerce International (CNUCED-OMC), ainsi que des remarques de M. Crozet et Th. Mayer. Les remarques d’un rapporteur nous ont été également très utiles. Nous assumons les erreurs pouvant subsister.
Deux forces concurrentes déterminent l'intensité des échanges commerciaux entre pays : des forces d’attraction (revenu et taille des pays) et des forces de résistance (distance et autres obstacles aux échanges).
Au bénéfice d'une base théorique désormais bien établie et d'une exigence minimale en termes de données, les équations de gravité, qui combinent ces variables, sont devenues l'un des instruments les plus populaires d’analyse du commerce international. Et le calcul des potentiels d’échanges en est l'application la plus répandue : il s'agit alors d'estimer une équation de gravité, puis de l'utiliser en simulation. Cet article examine les difficultés associées à cette méthodologie et propose des solutions originales, en attachant une attention particulière au choix de l’échantillon d'estimation.
Un modèle de gravité, estimé pour 75 pays hétérogènes échangeant dans 14 secteurs regroupant 261 industries, illustre la démarche.
Le modèle gravitationnel des échanges est devenu au cours des deux dernières décennies un outil standard de modélisation du commerce international. La multiplicité des applications de ce modèle a favorisé sa très large diffusion. Il permet de rendre compte du volume des échanges bilatéraux ainsi que de leur nature. Il peut également être utilisé pour mesurer les effets de création ou de détournement d’échanges associés à la formation des unions douanières, ou encore pour évaluer le degré de distorsion des échanges. On relève également de nombreuses applications à la modélisation des flux (ou stocks) bilatéraux d’investissements directs à l’étranger, voire d’investissements de portefeuille (Portes et Rey, 2000). Dans ce dernier cas, c’est naturellement la « géographie de l’information » qui est en cause, non les coûts de transport. Rose (2000) et Engel et Rose (2001) ont enfin utilisé une telle approche pour évaluer le potentiel de création d’échanges associé au passage à la monnaie unique.
Ce succès serait lié à ce que le modèle de gravité des échanges combine simplement une identité comptable à deux hypothèses (Haveman et Hummels, 1999). L’une relative aux préférences des consommateurs (qui veulent consommer toutes les variétés), l’autre relative à la spécialisation complète (chaque bien/variété n’est produit que dans un seul pays et chaque bien est différent). Cette ambiguïté disqualifierait alors le modèle en matière de test empirique des théories.
En dépit des critiques dont il fait l’objet (Hummels et Levinsohn, 1995 ; Evenett et Keller, 1998), le modèlegravitationnel reste un outil irremplaçable de calcul des potentiels d’échanges bilatéraux, définis comme la fraction du commerce « normal » - déterminé par les conditions macro-économiques des pays considérés - absente des statistiques. De ce point de vue, le premier apport de cet article sera d’examiner la sensibilité des méthodes de calcul des potentiels de commerce bilatéraux à un certain nombre d’hypothèses le plus souvent implicites et de proposer des solutions pratiques, notamment en présence de résidus importants. Nous nous proposons ainsi d’ouvrir la boîte de Pandore, afin d’attirer l'attention des utilisateurs sur les problèmes sous-jacents.
Dans le même esprit, la robustesse de la méthode proposée sera évaluée en s’appuyant sur un exercice particulièrement difficile : la modélisation des exportations des pays en développement. Cet exercice revêt une importance toute particulière lorsque l’on sait que l’éloignement du « centre » peut constituer un frein au développement (Henderson, Shalizi et Venables, 2000). On estimera le potentiel aussi bien à un niveau global (les exportations totales d’un pays déclarant vers ses différents partenaires) qu’à un niveau sectoriel. Cet exercice de simulation soulignant les limites de ce type de méthodologie constituera notre second apport.
Ainsi, cet article n’a-t-il d’autre prétention que de constituer un petit mode d’emploi à l’attention des utilisateurs des modèles de gravité. Il a été inspiré par la mise en place du plus large modèle de calcul des potentiels d’échanges sectoriels des pays en voie de développement. Les principaux résultats de ce modèle opérationnel, intitulé TradeSim, sont disponibles sur Internet [1]. Le lecteur intéressé par les autres applications du modèle de gravité pourra consulter l’encadré.
Le reste de l’article est organisé comme suit. La première partie s’intéresse au débat suscité par la combinaison d’un grand pouvoir explicatif du modèle avec l’absence initiale - devenue multiplicité - de fondements théoriques des spécifications retenues. La partie suivante présente les principes de calcul des potentiels d’échanges. On souligne dans la troisième partie les difficultés de mise en œuvre dans le cas des pays en développement. Une dernière partie illustre les résultats de la méthode proposée en examinant trois cas.
 
Le débat sur la gravité
 
 
Des principes simples de modélisation permettant de disposer d’un outil de portée générale : la genèse du modèle de gravité, devenu le « couteau suisse » de l’internationaliste, est tout d’abord présentée. Une deuxième section renverse la charge de la preuve : un modèle pouvant tout faire n’est-il pas « bon à rien » ?
Des principes simples, une grande portée
L’idée de s’appuyer sur les principes de la gravité en économie semble avoir été introduite par les spécialistes d’économie spatiale. Reilly l’a appliquée pour étudier les aires d’influence des zones urbaines [2]. En ce qui concerne l’économie internationale, à l’origine, le modèle de gravité est un expédient empirique : le poids de chaque économie dans les échanges mondiaux étant plus ou moins proportionnel à son PNB, l’intensité bilatérale des échanges entre deux pays est proportionnelle au produit des PNB du déclarant i et de son partenaire j, à un coefficient d’échelle près. En l’absence de « frictions », en particulier les coûts de transport, on retrace cette intuition dans l’équation (1), en notant X les exportations et Y les PNB.
Le niveau de développement a également une influence importante sur les échanges, d’où l’intérêt d’ajouter à la spécification précédente les populations ou indifféremment les PNB par tête. À ces éléments d’attraction des échanges, auxquels il n’est pas rare d’ajouter des indicatrices de facteurs « culturels » tels l’histoire commune, la langue commune etc, s’opposent des forces de résistance : coûts de transport, barrières tarifaires ou non-tarifaires aux échanges. Finalement, l’équation généralement estimée, sans que l’on se pose systématiquement la question de ses fondements précis, est donnée par (2) ou (3) avec L, L les ij populations, y le revenu par tête, Z une variable ij muette de préférences commerciales et u un terme ij d’erreur (Sanso et alii 1993, par exemple).
Encadré : régionalisme et modèle de gravité
Effets de création de détournement d’échanges au sein des unions douanières :
Les résultats obtenus diffèrent largement selon les auteurs et les méthodes. Haveman et Hummels (1998) dressent le bilan très contrasté des résultats obtenus pour le Marché commun : Bikker (1987) observe un biais vers les pays tiers au début de la création du Marché commun, disparaissant par la suite. Aitken (1973), Brada et Mendez (1983) ou Bayoumi et Eichengreen (1995) parviennent à des conclusions symétriques. Frankel et Wei (1993) n’obtiennent quant à eux aucune conclusion tranchée. Bayoumi et Eichengreen confirment l’existence d’un effet combiné de détournement et de création d’échanges dans le cas européen. Sur la base d’une spécification en différence première d’un modèle gravitaire très simple, ils expliquent les échanges bilatéraux totaux entre 21 pays industriels sur la période 1953-1992. Ils capturent l’effet de détournement versus création d’échanges en introduisant des variables muettes pour la CEE et l’AELE. Ils montrent que les détournements d’échanges apparaissent plutôt au début de l’existence de ces deux unions régionales. Chaque élargissement a conduit à une réplication des deux types d’effets. Une partie de l’explication de ces résultats décevants est liée à des spécifications comportant des variables omises. Ce problème est partiellement résolu par Bayoumi et Eichengreen qui utilisent une équation estimée en différences premières. Ceci permet de ne pas introduire d’effets fixes mais ne résout pas le problème de variables omises variant au cours du temps. L’explication donnée par Haveman et Hummels constitue une critique plus radicale de la méthode : ayant défini, de façon aléatoire, des blocs commerciaux de 10 pays, ils introduisent les classiques variables muettes d’appartenance aux blocs et mettent en évidence un effet de détournement de commerce. Selon eux, ceci tiendrait à l’absence de contrôle de l’importance des échanges multilatéraux : l’utilisation de parts de commerce bilatéraux permet d’assurer la correction nécessaire et de montrer que le marché commun n’a pas été à l’origine d’un détournement d’échanges. Soloaga et Winters (1999) considèrent 9 accords commerciaux préférentiels et mesurent leur impact en termes de création de commerce avant et après la vague de renouveau du régionalisme du début de la décennie quatre-vingt-dix. Ils introduisent 3 indicatrices dans un modèle gravitaire estimé en coupe pour 17 années consécutives depuis 1980 : importateur et exportateur dans l’accord, importateur seul dans l’accord, exportateur seul dans l’accord. La première indicatrice est censée rendre compte de la création d’échanges intra-zone, les deux autres rendent compte du degré d’ouverture du bloc. Pour l’UE, l’AELE et l’ASEAN, l’impact du régionalisme sur les échanges intra-blocs serait négatif. Et pour l’UE un effet de détournement d’importations est obtenu. Le modèle est estimé sur 58 pays sans précaution d’échantillonnage.
Super-Régionalisme :
Les préoccupations empiriques précédentes rejoignent naturellement le débat sur le caractère naturel ou super naturel du régionalisme (Krugman 1991). Les échanges intra-régionaux ont-ils dépassé l’intensité naturelle que leur confère la géographie, l’histoire ou le poids des économies ? Eaton et Tamura (1994) modélisent les échanges et les investissements directs du Japon et des États-Unis avec une centaine de partenaires, en panel. Ils mettent en évidence l’importance de la dimension régionale dans la détermination des flux des deux types. L’effet correspondant est identifié par Frankel et Wei (1993) : toutes choses égales par ailleurs, deux membres de l’APEC commerceront 4 à 5 fois plus entre eux que dans un monde complètement multilatéral. En ce qui concerne la Communauté européenne, la variable d’intégration régionale n’est pas significative en 1980, elle le devient en 1985 mais les échanges ne sont “que” 50% plus élevés que la normale.
Barrières aux échanges
Les barrières tarifaires et non-tarifaires constituent un autre obstacle aux échanges. S’il est possible de repérer les droits de douane à un niveau fin des nomenclatures, il est par contre malaisé d’agréger cette information élémentaire (Bouët, 2000). Enfin la question de l’équivalent tarifaire des mesures anti-dumping reste posée (Messerlin, 2000).
À supposer que toutes ces informations sur la protection puissent être compilées, ceci au niveau bilatéral, on peut alors intégrer le niveau de protection des échanges dans une équation gravitaire. Fontagné et Péridy (1995) et Castilho (1999) appliquent cette méthode respectivement aux exportations vers l’Europe des pays d’Afrique du Nord et du Mercosur. Il apparaît dans le premier cas que la marge préférentielle positive dont disposent le Maroc et la Tunisie a un impact positif sur leurs exportations à destination du marché européen. Dans le cas du Mercosur au contraire, il s’agit d’une préférence "négative", entravant les exportations. Une libéralisation multilatérale des échanges peut alors être simulée. Elle aura un impact potentiellement négatif dans le premier cas (la préférence se réduit, même si le marché se libéralise globalement) et fortement positif dans le second (les deux effets vont dans le même sens).
À un niveau assez détaillé de décomposition de la nomenclature produits, les difficultés apparaissent toutefois (Hummels, 1998 ; Castilho, 1999) et ceci pour deux raisons au moins : d'une part le modèle gravitationnel est fondé sur des données macro-économiques, notamment en ce qui concerne l'offre ; d'autre part la protection est pour partie endogène (c'est la rapide progression des importations qui déclenche une réaction protectionniste).
Une autre approche des barrières aux échanges est possible, dès lors que l’on place une grande confiance dans la spécification du modèle ou dans le choix des effets fixes supposés capter l’influence des variables omises : celle de considérer les résidus de l’équation gravitaire comme le reflet des obstacles aux échanges. La difficulté est ici que l’hypothèse de départ est forte, et que le même type de démarche s’applique aux potentiels de commerce - or, il est difficile de faire d’une pierre deux coups.
Autres applications :
Les modèles intégrant des variables gravitaires ont récemment débouché sur de multiples autres utilisations dans le débat sur le régionalisme. Fontagné et Pajot (1999) soulignent la complémentarité entre Investissement Direct à l’Étranger et commerce ; Head et Mayer (2000) mettent en évidence de forts effets frontière au sein du Marché unique ; Bénassy-Quéré, Fontagné et Lahreche-Revil (2000) montrent que la géographie compte pour la détermination des frontières des arrangements monétaires; enfin Rose (2000) montre que l’appartenance à une union monétaire à un effet très positif sur les échanges.
La distance géographique est ainsi retenue comme proxy du coût d e transport, étant donné l’indisponibilité de données fiables relatives à ces coûts : il est délicat d’utiliser la différence CAF-FAB [3], tandis que les bases de données permettant d’identifier les coûts de transport réels sont partielles et rares. Hummels (1998) est à notre connaissance la seule tentative aboutie d’introduire de « véritables » coûts de transport dans un modèle gravitaire, à savoir des coûts de fret, ceci pour un échantillon restreint de pays déclarants. Nous y reviendrons. En l’absence d’une telle information, on retient généralement une distance géodésique entre deux capitales ou deux centres économiques, calculée à partir des longitudes et latitudes des deux villes choisies. Ceci pose plusieurs problèmes très concrets :
  • la trajectoire directe n’est pas nécessairement la route suivie par le fret, en raison du franchissement du pôle Nord par exemple (voir Head et Mayer, dans ce numéro) ;
  • l’existence d’obstacles naturels peut impliquer de longs détours entre villes très proches (fleuve sans pont ni tunnel) ;
  • l’incidence des coûts de transport sur les choix d’exportation n’est pas identique pour tous les pays (Freudenberg et alii, 1998) : l’exportateur australien souhaitant accéder à son premier marché d’exportation parcourra toujours plus de distance qu’un exportateur belge. Nous reviendrons en détail sur cette question des distances relatives ;
  • les distances intérieures doivent être parcourues même par les produits domestiques or, à distance égale, les produits domestiques font toujours l’objet d’échanges plus intenses.
Généralisant ce dernier point, il apparaît que les frontières ont un rôle ambigu, à l’origine d’une recherche empirique très active aujourd’hui. L’existence d’une frontière commune entre deux pays renforce leurs échanges bilatéraux, dans la mesure où la géographie des activités économiques recouvre difficilement les frontières politiques. L’adjacence vient alors contrecarrer l’effet négatif de la distance géographique. Mais en retour, franchir une frontière a un coût, qui peut rester élevé en l’absence même de formalités ou d’immobilisation des véhicules. C’est le cas au sein du marché unique, pour des raisons qui n’ont pas encore été pleinement élucidées (Fontagné, Freudenberg et Péridy, 1998 ; Head et Mayer, 2000).
Nonobstant ces difficultés, et utilisant des spécifications simples, il est apparu très tôt qu’une partie importante de la variance du volume des échanges bilatéraux pouvait être expliquée par un modèle de gravité (Tinbergen, 1962). Il manquait toutefois à ce type de modélisation un fondement théorique permettant d’obtenir des équations réduites directement estimables.
À l’exception du travail pionnier de Linnemann (1966), il revient à Anderson (1979) et Bergstrand (1985) d’avoir apporté les premières justifications. Dans les deux cas, c’est l’hypothèse d’Armington sur la différenciation des produits qui est mobilisée. Les produits diffèrent par leur provenance. Deardorff (1995) reprend cette hypothèse en se basant sur la non-égalisation des prix de facteurs dans u n modèle classique du commerce international.
Mais ce sont les développements de la littérature sur le commerce international en concurrence monopolistique qui ont débouché sur les conclusions les plus fortes. Les produits sont différenciés au niveau des firmes plutôt qu’au niveau des pays. Krugman (1980) introduit les coûts de transport dans le modèle de concurrence monopolistique et débouche sur une équation de demande proche de l’équation de gravité dès que l’on assimile taille des pays et offre de variété : il est ainsi devenu usuel de considérer que le modèle de gravité des échanges était le « compagnon » du modèle de concurrence monopolistique (Havrylyshin et Pritchett, 1991; Frankel et Wei, 1993 ; Bayoumi et Eichengreen, 1995 ; Wei, 1996 ; Hummels, 1998).
Bergstrand (1989) propose dans la même veine une « équation généralisée » (équation 4 ci-dessous), pouvant être estimée au niveau sectoriel [4] et non plus au niveau global. Dans l’équation (4), en accord avec les fondements théoriques du modèle, les revenus nationaux sont des proxies des niveaux de production, les revenus par tête des proxies des dotations factorielles [5], D une proxy des coûts de ij transport, enfin Z une variable muette relative aux ij accords commerciaux préférentiels. Dans la mesure où P et P sont des indices de prix et E est le taux de ijij change bilatéral nominal, la combinaison de ces variables rend compte de la compétitivité prix.
Franchissant un pas supplémentaire dans l’administration de la preuve, Helpman et Krugman (1985) élaborent un cadre théorique synthétique intégrant des échanges inter-branche [6] et intra-branche (en différenciation horizontale). Il existe alors une relation de proportionnalité entre les échanges et le produit des PNB des partenaires, dans un modèle à deux pays et deux biens différenciés horizontalement dont les variétés entrent de façon symétrique dans des préférences. Dans ces conditions, le volume bilatéral des échanges, ne dépend plus (positivement) que de la similarité de taille des partenaires à l’échange. Helpman (1987) s’appuie sur ce résultat pour défendre l’idée selon laquelle le succès de l’équation de gravité constituerait un test de la validité de la théorie de la concurrence monopolistique.
Cette dernière interprétation a toutefois soulevé des interrogations : Hummels et Levinsohn (1995) reproduisent les résultats de Helpman, ceci en utilisant alternativement un échantillon de pays OCDE et de pays non-OCDE. Or, le modèle de concurrence en variété s’accommode a priori d’un contexte de pays développés, aux consommateurs disposant d’un revenu suffisant pour valoriser la variété. En d’autres termes, l’équation de gravité prédirait avec succès les volumes d’échanges indépendamment des échantillons et donc des théories so us-jacentes. Ev enett et Keller (1998) confirment qu’un modèle classique du commerce international entre pays suffisamment différents pour être spécialisés complètement sur les industries (et non plus sur les produits) reproduit les principes de gravité.
Deardorff (1995) avait déjà avancé l’idée de fonder l’équation de gravité sur une logique de type Heckscher-Ohlin. Pour lui, deux « clés » permettent de comprendre comment les forces de gravité s’appliquent aussi aux approches classiques du commerce international.
La première clé est que dans un monde sans friction, exporter ou vendre sur le marché domestique est totalement indifférent. Dans ces conditions, les flux d’échanges suivront les principes de la gravité dès lo rs que les préférences so nt identiques, homothétiques et que les consommateurs choisissent entre les différentes provenances de façon aléatoire. Ici, le terme de proportionnalité de l’équation (1) est simplement l’inverse du PNB mondial.
La deuxième clé est moins intuitive : en pratique, il existe des frictions et il est impossible de postuler l’égalisation des prix de facteurs dans ces conditions. Si les pays échangent sur la base de fondements de type Heckscher Ohlin, c’est donc qu’il y a spécialisation complète, éventualité renforcée par la disproportion entre le nombre de produits et le nombre de facteurs dans la réalité. En poussant cette logique à son terme, le modèle classique aboutit à des conclusions similaires à celles du modèle de concurrence monopolistique. Dans le modèle de concurrence monopolistique, en effet, le principe de gravité est associé à l’hypothèse de spécialisation complète des pays (en réalité des firmes) sur les variétés, même s’il n’y a pas spécialisation des pays au sens traditionnel du terme. Chaque variété n’étant produite que par un seul producteur, donc dans un seul pays, les préférences portant sur l’ensemble des variétés entraînent un commerce intense au sein de la zone intégrée.
Par ricochet, un certain nombre de régularités statistiques identifiées indépendamment de tout cadre théorique rigoureux (Balassa et Bauwens, 1987) ont trouvé une justification ex post dans ces travaux : ce n’est pas seulement le volume du commerce intra-branche qui peut être expliqué par une équation gravitaire : c’est bien la part de cette dernière forme d’échange qui peut être expliquée (Bergstrand,1990) par des arguments en termes de taille (ou de revenu par tête) et de différence de taille (ou de revenu par tête).
Un marché intégré de grande taille est un marché dans lequel les échanges sont intra-branche. Au contraire, des pays de taille différente échangeront entre eux sur un mode plutôt inter-branche : les consommateurs et producteurs du petit pays souhaitent avoir accès à toutes les variétés du grand pays, alors que le petit pays ne peut offrir en retour qu’une variété plus limitée. Le grand pays sera alors en position d’exportateur net de variétés dans ses échanges avec le petit pays. Parallèlement, un niveau élevé de revenu par tête moyen au sein de la zone intégrée devrait renforcer la demande de différence (Lassudrie-Duchêne, 1971), propriété non valable pour les biens de première nécessité. Enfin, des pays similaires (en dotation factorielle ou en revenu par tête) devraient échanger entre eux sur un mode plutôt intra-branche. Fontagné, Freudenberg et Péridy (1999) s’attachent à retenir un ensemble de pays suffisamment différents pour autoriser les spécialisations et suffisamment similaires pour ne p as retomber sur des problèmes de non-diversification [7]. Les résultats obtenus confirment les propositions théoriques de Bergstrand à l’exception notable decelle relative aux différences de revenu par tête [8]. Fontagné (1999) résout ce problème en isolant l’impact des variations du taux de change.
Enfin, il est apparu que d’autres structures de marché que la concurrence monopolistique, comme le duopole engagé dans un dumping réciproque, p ouvaien t s’accommoder de ce ty pe de représentation des échanges (Feenstra, Markusen et Rose, 2001) [9].
On retiendra de ces développements que différents mécanismes peuvent être invoqués pour justifier les forces de gravité présentes dans les échanges bilatéraux, entre économies développées comme entre celles-ci et pays en développement. Cette conclusion est d’ailleurs soulignée par Bergstrand (1985 et 1989). Rien n’interdit alors d’utiliser un tel modèle en simulation sur des échantillons de pays très différents. Mais la valeur des paramètres estimés, donc les élasticités utilisées en simulation, diffèrent selon les cas, ce qui constitue un élément important à prendre en compte dans la stratégie de modélisation. Nous reviendrons plus loin sur cet aspect.
La charge de la preuve
Comment une équation rendant indifféremment compte des échanges entre économies similaires ou très différentes, sur la base de fondements théoriques aussi éloignés que la concurrence monopolistique et l’avantage comparatif pourrait-elle recevoir une caution scientifique ?
De surcroît, le volume du commerce international est beaucoup plus limité que ne le suggèrent les théories sous-jacentes. Il y a certes des barrières douanières et des coûts de transport, mais leur niveau serait trop limité pour rendre compte de nombre de faits stylisés (Anderson, 2000). Par exemple, le modèle du présent article montre (en utilisant l’élasticité sur la distance absolue) que deux pays éloignés de 1000 Km commerceront 2,3 fois plus que deux pays éloignés de 2000 Km, toutes choses égales par ailleurs. Il existerait donc d’autres explications que les coûts de transport, indûment captées par le terme de distance (contrats incomplets, droits de propriété, coûts d’information).
Examinons méthodiquement ces différents aspects.
Le point de départ est un contexte dans lequel les produits sont différenciés uniquement par leur origine, indicée en i, économie nationale comprise (hypothèse d’Armington). Les préférences iden tiques et homogènes son t de type Cobb-Douglas. On note Q le vecteur des i productions,α la part constante de la dépense [10] sur i les produits de i (et donc la part de i dans le revenu mondial), enfin Y le PNB de i. Le PNB mondial est i Y. On note tij le coût de transport [11]. Il vient immédiatement :
En cas de préférences de type Cobb-Douglas (Anderson, 1979), on retrouve donc l’équation (1) supra, augmentée d’un terme de coût de la distance pour des flux exprimés FAB, le terme de proportionnalité étant alors égal à l’inverse du PNB mondial.
Des préférences CES, toujours avec des produits différenciés par leur origine, débouchent sur une formulation plus intéressante [12]. Considérons les consommateurs du pays j qui maximisent Uj sous la contrainte de revenu Yj [13].
La demande associée est donnée par l’équation (8), en notant Π l’indice de prix CES. L’équation de commerce bilatéral (9) en découle directement. Ennormalisant les prix à l’unité, Π devient Π et les termes en
peuvent s’interpréter comme des Π distances relatives, étant alors un indice CES des coûts de transport supportés par l’importateur, i.e. un indice d’éloignement du marché considéré [14].
Partant de ce résultat classique, on peut retrouver une formulation en termes de distance relative et de parts des pays dans le revenu mondial inspirée de l’approche synthétique de Helpman et Krugman évoquée plus haut (Deardorff, 1995). En notant s la i part du pays i dans le revenu mondial, il apparaît la relation (10) dont on tire la valeur deα pouvant être i substituée dans (9) pour obtenir l’équation de gravité (11).
Ainsi, une expression correcte des volumes d’échanges bilatéraux suppose que l’on prenne en compte à la fois le coût de transport proprement dit et les distances relatives [15]. Deux remarques additionnelles sont suggérées par le terme de distance relative.
D’une part, une explication (non-exclusive) du problème des « effets frontières » apparaît : un pays commercera généralement plus avec lui-même qu’avec ses partenaires puisque les distances relatives internes sont le plus souvent inférieures. C'est ainsi qu'une estimation correcte des effets frontières implique de tenir compte à la fois des distances intérieures et de la distance moyenne aux partenaires. Anderson et Wincoop (2001) considèrent que le terme en Π représente la « friction moyenne » (multilateral trade resistance) dans les échanges d’un pays. Les auteurs montrent que l’équation de gravité (9) peut se réécrire, si les barrières aux échanges sont symétriques, comme une fonction du produit des PNB des deux pays, du produit de leur résistance multilatérale et des coûts de transport entre ces deux pays [16]. Ainsi, ce sont les barrières relatives, et non absolues, qui déterminent les volumes d’échanges. Les travaux pionniers sur les effets frontière (notamment McCallum, 1995), qui ne prenaient pas en compte le terme de résistance multilatérale, ont donc surestimé l’ampleur des effets frontières.
D’autre part, l’impact des coûts de distance sur les échanges dépend de l’élasticité de substitution dans la mesure où l’élasticité des échanges à la distance relative vaut ici - -( )σ 1. Nous reviendrons sur cette question dans la section consacrée à la compatibilité de nos estimations avec le modèle théorique.
Il est finalement utile de passer en concurrence monopolistique et de différencier les produits par les firmes et non par les pays d’origine. Le consommateur représentatif de j consomme toutes les variétés h produites en i, économie nationale comprise. Ces n variétés entrent de façon symétrique dans les préférences et les firmes ne discriminent pas les marchés : elles pratiquent le même prix FAB pour toutes les destinations et les consommateurs payent ce prix augmenté du coût de transport. La fonction d’utilité associée est donnée en (12) et les exportations (13) dépendent maintenant de l’offre de variété par l’économie nationale.
La difficulté est que le terme en Π n’est pas mesurable empiriquement; notamment,0 Π contient un terme relatif au nombre de firmes dans le champ concurrentiel, qui n’est pas observable. La concurrence monopolistique permet toutefois de traiter ce problème de façon élégante, tout en intégrant la dimension relative des barrières aux échanges soulignée par Anderson et Wincoop. L’idée est de prendre en compte non pas les exportations de i vers j mais les exportations relatives de i vers j, normalisées par celles d’un concurrent (k) quelconque de i sur le marché j. En utilisant la relation de Krugman (1980) entre taille du pays et offre de variété -correspondant à l'hypothèse de concurrence monopolistique-, et l’hypothèse d’une structure de marché symétrique, chaque firme produit une quantité q et la valeur de la production de chaque pays [17] est notée v. En substituant le nombre de firmes ainsi obtenu dans (13) on obtient l’équation (14) ne comportant ni terme de résistance multilatérale, ni nombre de firmes.
 
Le calcul des potentiels d’échanges
 
 
Parmi l’ensemble des utilisations possibles du modèle de gravité, le calcul de potentiels d’échanges a suscité une littérature particulièrement abondante. Ces derniers sont en général simplement définis comme le ratio entre échanges simulés (à partir d’une équation de gravité estimée sur un échantillon de référence) et échanges observés. L’interprétation du « potentiel » ainsi calculé pose toutefois des difficultés souvent passées sous silence.
Principes de calcul des potentiels d’échanges internationaux
La méthode des potentiels de commerce consiste à estimer une équation de commerce bilatéral fondée sur le modèle de gravitation des échanges pour un échantillon de pays de référence et à utiliser dans un deuxième temps cette équation en simulation, pour des pays de l’échantillon ou pour des pays hors échan tillon échan geant av ec les p ays de l’échantillon.
Cette méthode a été fréquemment utilisée pour anticiper la progression des flux de commerce entre les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECOs) en transition et les membres de l’Union Européenne. Les résultats obtenus se sont avérés largement contradictoires : alors que la première vague de travaux avait conclu à de forts potentiels de développement des échanges, une seconde vague de travaux, intégrant la période de transition, est parvenue à la conclusion opposée : les potentiels seraient largement remplis, voire dépassés dans certains cas. Deux types d’explications sont généralement donnés à cette divergence de résultats.
La première explication est relative à la séquence du processus d’intégration en question : la rapidité d’ouverture du marché européen, à l’exception de quelques secteurs sensibles, a permis une réorientation très rapide des échanges des PECOs, alors que leur niveau de développement a limité leur capacité exportatrice.
La seconde explication a trait à la méthode elle-même : l’utilisation de modèles gravitationnels pour “prédire” les potentiels d’échanges pose des problèmes qui n’ont pas toujours été examinés avec une attention suffisante. L’investissement direct (qui est complémentaire des échanges au niveau macro-économique) peut être une variable omise ; l’utilisation d’estimations en panel peut être préférée, mais alors l’utilisation d'effets fixes pose problème dès lors que l’échantillon d’estimation n’inclut pas, par définition, les pays sur lesquels la simulation doit porter (Matyas, 1997 et 1998; Egger, 1999 ; Breuss et Egger, 1997 ; Fontagné, Freudenberg et Pajot, 1999). Ces difficultés s’ajoutent à un ensemble de problèmes posés plus spécifiquement par les pays en transition : taux de change ne reflétant pas nécessairement la parité de pouvoir d’achat (PPA), systèmes productifs désorganisés par la transition, accès subit à une grande variété de biens de consommation et d’intrants.
Nous illustrerons dans la dernière partie de cet article une autre explication de ces résultats ambigus, justifiant les hypothèses retenues pour la spécification du modèle de gravité décrit ici : l’échantillon de pays utilisé lors de la phase d’estimation des élasticités est déterminant. Ce problème d’hétérogénéité des pays est central : il est difficile d’imaginer que les élasticités obtenues dans les échanges entre pays industrialisés, généralement retenus dans l’échantillon d’estimation, restent valables pour des pays en transition ou en développement. Ces élasticités sont susceptibles de varier dans d’amples proportions entre pays déclarants, voire selon les partenaires retenus d’un sous-ensemble donné de déclarants. Ce sont les questions que nous devons maintenant examiner.
Problèmes liés à l’hétérogénéité
Commençons par un bref rappel théorique. Nous avons déjà évoqué le problème de l’égalisation des rémunérations de facteurs ; la question posée par l’utilisation d’un cadre de référence de type Heckscher-Ohlin est de savoir si les arguments en termes d’avantage comparatif, explicites dans la « s ynthèse H elpman-Krugman », so nt systématiquement valides.
Dans la version simple de la théorie factorielle, reprise par ces auteurs, la question est posée en termes de « cône de diversification ». En termes non techniques, des pays aux dotations factorielles trop différentes (aux revenus par tête trop éloignés) seront de mauvais candidats à l’égalisation des rémunérations de facteurs par l’échange de biens. En réalité, la théorie factorielle propose un résultat de nature assez différente. Le monde est constitué d’un ensemble de groupes de pays différents entre eux, mais suffisamment proches au sein de ces groupes. Il y aurait plusieurs cônes de diversification et non un seul (Leamer, 1987; Deardorff, 1998). Cela devrait inciter à estimer les élasticités pour des groupes de pays suffisamment comparables en termes de revenu par tête.
Un autre problème est de savoir à quel taux de change sont estimés les PNB des pays, variable dont on a vu toute l’importance. Le potentiel d’échanges de très court terme, correspondant à la capacité d’offre du pays considéré et au pouvoir d’achat international de ses exportations, s’analyse par référence au taux de change courant. À plus long terme, l’on sait que le développement va entraîner un ajustement de ce taux de change. Ceci suggère l’utilisation de taux de change à PPA pour évaluer les PNB des pays en développement. Mécaniquement, les PNB - et donc les élasticités - sont affectés et avec eux les montants d’échange simulés. Invariablement, le choix des PPA doublera au moins les potentiels d’échanges.
Le tableau 1 illustre ces deux difficultés : échantillonnage et choix de l’unité de mesure. Les colonnes 1 à 3 soulignent l’importance considérable du choix de l’unité de mesure des PNB. En toute logique, compte tenu de la formulation de départ, PNB et PNB par tête devraient être mesurés dans la même unité, puisque la formulation avec PNB par tête se substitue à l’introduction des populations dans l’équation (cf. supra). On trouve pourtant des contre-exemples dans la littérature. Nous avons donc choisi d’examiner aussi un cas « mixte » dans la deuxième colonne. La comparaison des colonnes 1 et 3 montre que les élasticités estimées, en particulier concernant les PNB par habitant, diffèrent très largement selon les hypothèses faites. Ce résultat est désormais largement admis dans la littérature.
Par contre, la question d’échantillonnage, illustrée par les colonnes 4 et suivantes, est traditionnellement passée sous silence. Nous disposons d’un échantillon comprenant des pays OCDE et des pays non-OCDE. Identifier les seconds au « Sud » est une approximation mais permet de clarifier le point nous intéressant ici. Nous allons donc construire 6 cas parmi l’ensemble des 9 cas possibles, en ignorant les cas « diagonaux ». La colonne 4 correspond à une spécification dans laquelle le Sud exporte vers le monde. On la comparera à la colonne 5 dans laquelle c’est l’OCDE qui exporte vers le monde : sans surprise, les élasticités sont très différentes. L’élasticité des exportations à la taille de l’exportateur est 30 % plus élevée pour les pays du Sud, par exemple. Nous laissons au lecteur le soin d’explorer l’ensemble des cas possibles. Il suffit pour notre propos de se con vain cre d e l’importance du choix de l’échantillonnage dans le calcul des potentiels de commerce.

Tableau 1
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Tableau 1 : comparaison de spécifications ; année 1995-96,74 (53) pays, exportations totales comme définies infra Spécification 1 = 4 2 3 5 6 7 8 9 Cte-27,602-35,330-40,829-23,418-26,478-17,942-28,362-16,797 PNB e xportateur 1,296 1,260 1,227 1,014 1,099 1,023 1,313 0,970 PNB importateur 1,052 1,039 1,024 0,853 0,912 1,124 1,009 1,046 PNB pe r cap. exportateur 0,233 0,679 0,956 0,419 0,482 0,085 0,336 0,180 PNB per cap. importateur 0,200 0,597 0,922 0,177 0,278-0,452 0,234-0,474 Distance relative-1,505-1,544-1,582-0,828-0,877-1,296-1,371-1,098 Langue commune 0,878 0,742 0,607 0,674 0,778 0,677 0,927 0,583 R2 0,751 0,754 0,748 0,845 0,811 0,758 0,772 0,821 Légende : Comparaison relative au problème des prix du PNB : 1 - Modèle Sud-Monde, Tous produits, PNBs prix courants, PNB pe r capita prix courants 2 - Modèle Sud-Monde, Tous produits, PNBs PPA, PNB per capita prix courants 3 - Modèle Sud-Monde, Tous produits, PNBs PPA, PNB per capita PPA Comparaison relative au problème d’échantillonnage : 4- Modèle Sud-Monde, Tous produits, PNBs prix courants, PNB per capita prix courants 5- Modèle OCDE-Monde, Tous produits, PNBs prix courants, PNB per capita prix courants 6- Modèle OCDE-Sud, Tous produits, PNBs prix courants, PNB per capita prix courants 7- Modèle Sud-OCDE, Tous produits, PNBs prix courants, PNB per capita prix courants 8- Modèle Monde-Sud, Tous produits, PNBs prix courants, PNB per capita prix courants 9- Modèle Monde-OCDE, Tous produits, PNBs prix courants, PNB per capita prix courants Toutes les variables sont exprimées en logarithme Ombré : solution retenue dans le modèle (les paramètres diffèrent de ceux donnés dans l’annexe 3 puisque les indicatrices d’accords régionaux ne sont pas introduites ici).

Résistance moyenne aux échanges
Comme cela a été souligné, une spécification correcte du modèle de gravité doit tenir compte à la fois de la distance absolue entre importateur et exportateur et de l’éloignement de l’importateur (ou de l’exportateur) par rapport à l’ensemble de ses partenaires commerciaux. Plusieurs solutions sont utilisées dans la littérature. On peut par exemple combiner un « remoteness » à une distance absolue [18]. La solution retenue ici est de considérer des distances relatives.
Les distances de départ sont simplement des distances géodésiques entre capitales ou centres économiques. La distance moyenne entre le pays déclarant et tous ses partenaires pondère alors la distance bilatérale vis-à-vis d’un partenaire donné. Les pondérations sont données parles exportations.
Il s’agit donc par construction d’un indicateur asymétrique et le mode de calcul retenu interdit d’introduire à la fois la distance absolue et la distance relative dans les estimations. Par exemple, l’Allemagne est proche de tous ses marchés mais non l’Australie : la distance de Sydney à Cologne ne représente que 1,2 fois la distance moyenne entre l’Australie et chacun de ses partenaires, alors que la distance de Cologne à Sydney représente 3,5 fois la distance moyenne de l’Allemagne à tous ses partenaires. Ces chiffres représentent les distances relatives.
 
Une spécification prenant en considération l’hétérogénéité des pays
 
 
L’objectif principal de l’exercice conduit ici est d’estimer des potentiels commerciaux bilatéraux pour les pays en développement aussi bien pour le commerce total que pour des secteurs spécifiques. Comme on l’a vu dans la section précédente, une telle estimation pose des problèmes importants. Notamment, les élasticités estimées sur un échantillon de pays industrialisés peuvent s’avérer tout à fait inadaptées. Aussi proposons-nous dans cette section d’estimer un modèle de gravité centré sur les exportations des pays non-OCDE vers le monde. Les élasticités obtenues seront utilisées pour calculer les potentiels d’exportation à court terme des pays du Sud.
Échantillon de pays
La définition de l’échantillon des pays constitue une étape cruciale. Notre intérêt étant d’analyser les potentiels à l’exportation des PVD, nous avons sélectionné 53 PVD exportateurs (voir liste en annexe 1) sur la base des critères suivants :
  1. Il s’agit de pays non-OCDE (au 31 décembre 1996) ;
  2. Des données à l’exportation fiables sont disponibles pour ces pays ;
  3. Ces pays ont bénéficié d’un environnement politique stable au cours de la période étudiée (1995-1996) ;
  4. Il s’agit d’économies d’une certaine taille (le total des exportations hors minéraux est supérieur à 500 millions de dollars) ;
  5. La part des ré-exportations dans le total des exportations est peu importante. Ainsi Hong Kong et Panama ont-ils été exclus de l’échantillon des pays exportateurs afin d’éviter d’introduire un biais dans les coefficients.
Il est important de souligner que ces critères s’appliquent également aux pays hors échantillon pour lesquels on souhaiterait calculer des potentiels commerciaux à partir des estimations du modèle. Par exemple, le Sénégal ne fait pas partie de l’échantillon du fait de données à l’exportation non disponibles. Cependant, les autres critères sont respectés pour le Sénégal, ce qui nous permet de calculer des potentiels commerciaux pour ce pays et de les confronter aux exportations actuelles vers les pays pour lesquels on dispose de statistiques à l’importation. L’annexe 1 inclut la liste de 20 pays non-inclus dans le modèle uniquement sur la base du critère (ii).
L’échantillon des pays importateurs est constitué de l’échantillon des 53 pays exportateurs augmenté des 21 pays OCDE et de Hong Kong. Il s’agit donc d’un mo dèle “ Sud-Monde”, p ar référen ce aux développements de la section précédente.
Source des données de commerce et échantillon
Compte tenu des pays retenus pour l'exercice, la disponibilité des données macroéconomiques est contraignante. Nous procédons à une estimation en coupe, en considérant une moyenne (ici 1995-1996) de façon à limiter l'effet de fluctuations annuelles.
Les statistiques du commerce extérieur sont extraites de la base de données COMTRADE des Nations Unies.
Dans la mesure où il existe des divergences significatives entre données du pays exportateur et du pays importateur pour un même flux d’échange bilatéral [19], nous avons dû procéder à des ajustements de façon à n’obtenir qu’une seule observation par flux (voir annexe 2).
Les flux des minéraux bruts (pétrole brut, minerais), qui relèvent de dotations naturelles plutôt que de déterminants économiques ont été exclus des montants des échanges bilatéraux.
Définition de secteurs
Le modèle de gravité ne peut être estimé à un niveau sectoriel détaillé que si des données sectorielles d'activité sont disponibles, ce qui n'est pas le cas pour les pays retenus. Nous limitons par conséquent à quinze secteurs, définis à partir des 261 groupes de produits à 3 et 4 chiffres de la nomenclature CTCI (révision 3) [20], le niveau de désagrégation du modèle.

Tableau 2
répartition du commerce mondial par secteur (milliards $US, moyenne 1995-1996)
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Tableau 2 : répartition du commerce mondial par secteur (milliards $US, moyenne 1995-1996) Code Secteur Valeur du commerce mondial 1 Produits agricoles bruts 246 2 Produits agricoles transformés 207 3 Bois, papier, carton 189 4 Fibres textile (et tapis) 132 5 Produits chimiques 500 6 Cuir et produits en cuir 77 7 Métaux et autres manufacturésde base 371 8 Machinerie non-électrique 492 9 Appareils électroniques 430 10 Composants électroniques 406 11 Matériel de transport 497 12 Vêtements 157 13 Divers manufacturés 372 14 Produits pétroliers (non-brut) 64 15 Produits minéraux bruts(minerais, pétrole brut) 405 Total des secteurs 1 à 14 4140

Le secteur des minéraux bruts, exclu de l’analyse dans la mesure où il reflète des avantages absolus [21], est également exclu du commerce total. Le tableau 2 présente la répartition du commerce mondial (ou plus exactement des 92 % du commerce mondial couverts par nos 75 pays déclarants) par secteur.
Équation de base
Sous sa forme logarithmique, l’équation de base utilisée pour chacun des secteurs et pour le total (hors minéraux bruts)est lasuivante(cf. équation 2 supra).
yi : revenu par habitant du pays exportateur
yj : revenu par habitant du pays importateur
Yi : PNB du pays exportateur (prix courant)
Yj : PNB du pays importateur (prix courant)
D : distance géographique relative entre le pays ij exportateur et le pays importateur.
Z est un vecteur de variables muettes capturant les accords commerciaux préférentiels (accès préférentiel à caractère unilatéral, accords de libre échange, marché commun) et H une variable binaire qui capture le partage d’une langue commune ou de liens historiques (passé colonial). Les variables du PNB sont exprimées en prix courants.
Cette spécification appelle plusieurs commentaires. Tout d’abord, les variables de prix, qui ne sont pas observables, sont omises. Les effets du change ne peuvent pas être pris en compte, s’agissant d’une estimation en coupe [22]. Ensuite, le choix d’une équation aussi compacte que possible a été fait : nous n'avons pas introduit de variable muette de frontière commun e, au statut théo rique imprécis, contrairement à de nombreuses études. Certaines variables binaires reflétant l’influence des accords préférentiels (vecteur Z) ont été retirées du modèle, du fait de leur faible contribution. D’autres variables, comme la surface de terre arable par habitant ont été testées sans succès (même pour le secteur agricole brut). Enfin le traitement des préférences commerciales et de l’histoire est très pragmatique. Les variables muettes de politique commerciale sont moins satisfaisantes qu’un véritable indicateur quantifié de cette préférence, calculé à un niveau fin. Les accords de libre-échange et les accès préférentiels unilatéraux ne sont retenus dans la phase de simulation que lorsqu’ils sont significatifs dans la phase d’estimation, une fois pris en compte les autres déterminants, incluant la distance relative et surtout le passé colonial ou la langue commune. Ceci permet de ne pas attribuer aux accords commerciaux ce que ceux-ci ne font qu’entériner. L’annexe 4 donne le détail des variables muettes introduites dans la phase d’estimation.
Les estimations des paramètres sont fournies en annexe 3, pour chaque secteur et pour le total. Par exemple, pour le commerce total, l’équation estimée s’écrit :
L’interprétation des paramètres est aisée. Par exemple, dans la modélisation du commerce total, le paramètre 2,823 sur la variable CACM signifie, toutes choses égales par ailleurs, que les flux de commerce bilatéraux entre pays de la zone CACM (Costa Rica, Guatémala, Honduras et Nicaragua) sont 17 fois plus élevés qu’avec des pays hors zone CACM.
En annexe 3 figurent également le coefficient de détermination ( )R2 pour chacun des secteurs. On voit ainsi que la qualité de l’ajustement est meilleure pour le commerce total ( , )R2 0 76=, ce qui constitue un résultat attendu. Pour les secteurs 1 à 13, l’ajustement est cependant satisfaisant (R2 variant de 0,57 à 0,69). Pour lesecteur 14 (produits pétroliers transformés), l’ajustement est de qualité médiocre, puisque seulement 36 % de la variance totale des flux de commerce est expliquée par le modèle. Cela peut s’expliquer par le fait que la localisation des entreprises de transformation du pétrole est liée à la dotation en pétrole (et se réfère aux avantages absolus) et/ou à la proximité d’un port.
Compatibilité des estimations avec le modèle théorique
Un paramètre central dans ce type de modèle est celui sur la résistance aux échanges. Hummels (1998) propose d’écrire le coût de transport sous la forme (17). Alors, le coefficient obtenu en (13) sur le log de la distance est - -δ σ( )1. On obtient généralement (en valeur absolue) des élasticités des exportations à la distance de l’ordre de 1,0 à 1,4. Hummels obtient 1,32 ; McCallum (1995) 1,42 ; nos propres estimations sont de 1,40 en distance relative et 1,22 en distance absolue.
En retenant 1,22 et une élasticité moyenne des coûts de transport à la distance de 0,20 (Hummels, 1998) [23], il faudrait donc avoir une élasticité de substitution égale à 7. En retenant l’élasticité des coûts de transport à la distance obtenue par Hummels pour les seules importations américaines (soit 0,321), l’élasticité de substitution est ramenéeà 4,8.
Or, on s’attend en effet, si l'on retient l'hypothèse de concurrence monopolistique que nous avons précédemment invoquée comme fondement théorique possible de notre équation (cf. discussion de Hummels et Levinsohn supra), à une relation simple entre élasticité prix de la demande, élasticité de substitution, économies d’échelle et mark up. Lorsque le nombre de firmes est suffisamment grand, l’élasticité prix tend vers l’élasticité de substitution qui est aussi une proxy inverse des économies d’échelle.
Dès lors, le taux de mark up associé à nos propres estimations se situe entre 1,16 et 1,26 selon l’estimation retenue pour l’élasticité du coût de transport à la distance [24]. Ces résultats sont donc cohérents avec les taux de mark up de 1,2 à 1,3 obtenus par l’OCDE pour les branches en concurrence imparfaite [25] (Oliveira Martins, Scarpetta et Pilat, 1996). Naturellement, l'interprétation de ce résultat doit être modeste, les structures de marché sous-jacentes pouvant différer de celle postulée par le modèle de concurrence monopolistique.
Calcul de potentiels commerciaux
Pour chaque pays exportateur de l’annexe 1, on peut calculer des potentiels commerciaux sur la base des équations estimées. On peut examiner à titre d’illustration les résultats pour un pays de l’échantillon, ici la Turquie. Si l’on se base sur le seul critère de la valeur des exportations, la Turquie (avec 23 milliards de dollars en 1996) est à comparer aux valeurs extrêmes de la Chine (150 milliards) et du Sénégal (500 millions). Le tableau 3 présente les potentiels à l’exportation de la Turquie ainsi que les flux d’échanges observés pour la période d’estimation. Les élasticités étant largement structurelles, le résultat est aisément transposable à une année plus récente.
La colonne “commerce simulé” reprend les flux bilatéraux estimés par le modèle. Il est cependant nécessaire d’ajuster ces flux simulés en prenant en compte les écarts entre exportations actuelles et simulées du pays déclarant, vers l’ensemble de ses marchés. Les exportations turques s’élèvent à 17 milliards de dollars, comme indiqué dans la première colonne, alors que le total des flux simulés est nettement plus élevé (30 milliards). Doit-on considérer pour autant que la différence représente le potentiel d’accroissement des échanges ? C’est généralement la conclusion de ce type d’analyse. Or, il est difficile d’imaginer que la Turquie puisse augmenter de 77 % ses exportations en moyenne, à court terme. Deux explications alternatives doivent donc être envisagées : soit la Turquie pourrait à la fois augmenter ses exportations vers l’ensemble des partenaires et réorienter celles-ci vers les marchés les plus naturels ; soit le modèle surestime en moyenne les exportations potentielles, dans le cas de la Turquie, en cumulant les erreurs sur les différents partenaires.
Considérant la première explication, les exportations vers l’Allemagne seraient légèrement accrues et celles vers les marchés les plus prometteurs augmenteraient très fortement. Au contraire, considérant la seconde explication, on est tenté de corriger le commerce simulé vers chaque marché du biais d’estimation total, ce marché non compris. C’est ce qui est réalisé dans la colonne commerce simulé ajusté. On obtient alors des exportations potentielles équivalentes aux exportations observées (16 à 17 milliards de dollars), mais dont la répartition est très différente. En particulier, les exportations vers l’Allemagne seraient sensiblement réduites et celles vers l’Italie et la France sensiblement accrues.
Aucune théorie et aucune méthode ne permettant de discriminer entre ces deux explications, nous avons arbitrairement considéré une situation médiane. Sous cette hypothèse, les exportations turques totales pourraient augmenter sensiblement, celles vers l’Allemagne resteraient au-delà de leur potentiel. Il s’agit d’une hypothèse forte, mais beaucoup plus raisonnable que celle généralement utilisée consistant à ne pas corriger.
Pour obtenir les potentiels commerciaux, nous avons donc procédé à un ajustement en deux étapes. La première étape consiste à calculer des flux simulés ajustés (notés * ci-dessous), à partir des flux simulés (notés ^). La seconde phase revient à calculer les potentiels commerciaux (dernière colonne du tableau) comme une simple moyenne des flux simulés bruts et des flux simulés ajustés (deux colonnes précédentes).
Formellement, les exportations ajustées X* sont données par l’équation (18) :
Au total, le commerce ajusté est proche du commerce observé et la moyenne du commerce simulé et du commerce ajusté donne le commerce potentiel. Le potentiel de création d’échanges est la différence entre cette moyenne et les exportations observées.
Confirmant les résultats précédents, le tableau 4 souligne l’importance du commerce avec l’Allemagne, qui représente 30% du chiffre d’affaires des exportateurs turcs sur les 74 marchés analysés. Le tableau fait également apparaître d’importantes opportunités commerciales sur les marchés américains, italiens, français, japonais, autrichiens, suisses, israéliens et grecs. Par exemple, le commerce de la Turquie vers la Grèce s’élevait à 214 millions de dollars, contre un potentiel commercial plus de trois fois plus élevé (716 millions).
La relative faiblesse du commerce de la Turquie vers la Grèce trouve son origine dans des facteurs historiques et politiques. Ces deux économies semblent être des partenaires commerciaux naturels, d’après les déterminants macro-économiques du commerce. Soulignons en particulier la proximité, l’accès privilégié au marché européen dont bénéficie la Turquie ainsi que des similitudes dans les préférences des consommateurs. L’amélioration du climat politique entre les deux pays a eu une certaine incidence sur le commerce turquo-grec lequel a doublé sur la période 1994-1998, la part de marché de la Turquie passant de 0,8 % à 1,3 %.

Tableau 3
potentiels à l’exportation de la Turquie et flux d’échange actuels (millions de $US)
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Tableau 3 : potentiels à l’exportation de la Turquie et flux d’échange actuels (millions de $US) Pays importateur Commerce Commerce Commerce Potentiel Commerce Commerce Commerce Potentiel actuel simulé simuléajusté commercial Pays importateur actuel simulé simuléajusté commercial Allemagne 5 363 5 801 2 767 4 284 Indonésie 52 35 20 27 États-Unis 1 679 2 991 1 688 2 340 Australie 51 58 32 45 Italie 1 447 3 837 2 270 3 054 Inde 51 144 81 112 Royaume-Uni 1 268 1 907 1 062 1 484 Finlande 43 237 134 186 France 1 106 3 091 1 817 2 454 Philippine 39 14 8 11 Pays-Bas 741 767 425 596 Brésil 38 138 78 108 Arabie saoudite 390 567 319 443 Malte 28 7 4 6 Belgique-Lux. 383 558 313 436 Jamaïque 23 1 0 0 Espagne 373 753 426 589 Slovénie 22 48 27 38 Autriche 300 825 470 648 Soudan 21 11 6 9 Israël 238 644 366 505 Mexique 18 45 25 35 Egypte 233 451 255 353 Lituanie 15 12 7 10 Suisse 230 827 473 650 Vénézuela 14 12 7 9 Hong-Kong 219 57 32 44 Nouv.-Zélande 11 6 4 5 Grèce 214 909 522 716 Pérou 10 7 4 5 Singapour 210 31 17 24 Argentine 10 47 26 37 Japon 175 2 148 1 292 1 720 Chili 9 9 5 7 Danemark 145 372 210 291 Maurice 6 1 1 1 Pologne 139 290 164 227 Côte d’Ivoire 6 3 2 2 Jordanie 137 57 32 45 Colombie 5 11 6 9 Malaisie 122 23 13 18 Estonie 4 5 3 4 Rép. de Corée 113 161 91 126 Uruguay 4 2 1 2 Suède 111 464 264 364 Kenya 4 3 2 2 Canada 104 206 116 161 Bangladesh 4 7 4 6 Tunisie 95 59 33 46 Equateur 4 2 1 1 Thaïlande 85 50 28 39 Cameroun 3 3 2 2 Pakistan 82 32 18 25 Lettonie 3 7 4 5 Hongrie 78 125 70 98 Islande 2 5 3 4 Rép. Tchèque 75 103 58 81 Trinité-et-Tobago 1 1 0 1 Portugal 70 93 53 73 Guatemala 1 2 1 1 Chine 67 186 105 146 Costa Rica 1 1 1 1 Norvège 66 263 149 206 Zimbabwe 1 1 1 1 Chypre 66 113 64 89 El Salvador 1 1 1 1 Maroc 65 45 25 35 Madagascar 1 1 0 0 Irlande 61 67 37 52 Paraguay 0 1 1 1 Afrique du Sud 56 39 22 31 Bolivie 0 1 0 0 Hondura 0 0 0 0 Nicaragu 0 0 0 0 Total 74 marchés 16 809 29 800 16 571 23 185

Résultats sectoriels
La modélisation par secteur offre un autre regard sur les potentialités commerciales des pays en confrontant la structure actuelle des exportations d’un pays à sa structure simulée ou “ naturelle”. Le tableau 5 reprend pour illustration le cas de la Turquie. La colonne “structure simulée” a été obtenue en plusieurs étapes :
  • calculs des potentiels simulés pour chaque secteur et pour chacun des 74 pays partenaires de la Turquie;
  • sommation par secteur sur les 74 pays partenaires;
  • calcul de la structure sectorielle.
En interprétant ces résultats sectoriels, il faut garder en mémoire que les écarts entre commerce simulé et observé reflètent partiellement les avantages comparatifs, dans la mesure où le modèle ne comporte pas de données sectorielles d'activité. Pour la Turquie, les résultats indiquent une forte spécialisation dans le secteur textile et de l’habillement et une faible part des secteurs agricoles bruts et chimiques dans les exportations. Pour les autres secteurs, la structure simulée est proche de la structure observée. La faible part des exportations agricoles turques vers l’UE trouve son origine dans le protectionnisme européen pour ces produits et la similarité entre les produits agricoles turcs et ceux des pays méditerranéens de l’UE.

Tableau 4
évolution des exportations turques, 1994-1998 (millions $US)
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Tableau 4 : évolution des exportations turques, 1994-1998 (millions $US) elle Marché 1994 1995 1996 1997 1998 Croissance annu(1994-98 ). % Monde 18 106 21 599 23 048 26 245 26 881 10,3 Allemagne 3 934 5 034 5 152 5 253 5 449 7,1 États-Unis 1 521 1 513 1 617 2 027 2 229 11,2 Russie 820 1 232 1 495 2 057 1 348 16,4 Italie 1 034 1 456 1 438 1 387 1 555 8,0 Royaume-Uni 889 1 134 1 247 1 511 1 710 17,3 France 851 1 033 1 042 1 163 1 302 10,2 Pays-Bas 621 736 764 779 886 8,0 Belgique-Luxembourg 371 451 488 564 668 14,9 Israël 178 240 254 392 479 28,0 Syrie 254 271 309 269 309 3,9 Pologne 249 272 253 255 291 2,5 Suisse 239 238 275 318 244 3,3 Iran 250 266 296 307 194-3,6 Grèce 169 210 236 298 369 21,1


Tableau 5
structure des exportations turques
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Tableau 5 : structure des exportations turques Groupe de produits Structureobservée (%) Structuresimulée (%) Produits agricoles 14 31 Produits agricoles transformés 5 9 Bois, papier, carton 1 2 Fibres et textiles 11 5 Produits chimiques 5 16 Cuir et produits en cuir 1 2 Métaux et produits manufacturés de base 14 14 Machinerie non-électrique 3 4 Produits électroniques 2 1 Composants électroniques 4 3 Matériel de transport 4 1 Vêtements 33 3 Divers produits manufacturés 3 8 Produits pétroliers (non-brut ) 1 0 Total (pétrole et minerais exclus ) 100 100

 
Trois cas d’école : grand pays, pays non déclarant, pays en transition
 
 
Cette section analyse les potentialités commerciales de trois pays forts différents, tant du point de vue de la taille des économies, de leur localisation géographique, de leur politique commerciale que de leurs ressources. Les trois pays sont choisis en raison des difficultés attendues pour modéliser les exportations potentielles ; il s’agit donc bien de renverser la charge de la preuve en demandant à un modèle gravitationnel de renvoyer des résultats plausibles dans des contextes particulièrement difficiles. Les résultats obtenus illustrent combien l’interprétation des potentiels commerciaux peut s’avérer délicate et à quel point les résultats sectoriels permettent de l’enrichir.
Un grand pays
Nous avons discuté dans la section précédente de l’impact des distances relatives sur l’intensité des flux commerciaux bilatéraux. À cette occasion, la distinction entre flux internes et exportations s’est imposée. Cette question prend une importance toute particulière dans le cas des pays très grands [26] ou très petits : à richesse donnée, les flux de commerce extérieur devraient être décroissants avec la superficie des pays. Le potentiel de commerce pourrait donc être surestimé dans le cas des grands pays et inversement.
Les potentiels commerciaux pour les principaux marchés à l’exportation de la Chine sont présentés dans le graphique 1. Les exportations chinoises totales vers les 74 pays de l’échantillon s’élèvent à environ 192,2 milliards de dollars. Ce montant est très proche de la somme des potentiels commerciaux (191,6 milliards). La qualité de l’ajustement est donc bonne, a priori, ce qui ne préjugepas des résultats par partenaires ; nous appliquons donc les principes de correction détaillées à la section précédente.
Le résultat le plus marquant est l’importance du potentiel commercial de la Chine vers le Japon, égal à 172 milliards de dollars, approchant à lui seul le montant total des exportations de la Chine. La faiblesse des échanges bilatéraux ne peut s’expliquer par le volume des exportations chinoises vers le marché japonais transitant par Hong Kong. En effet, comme l’indique le tableau 6, ces dernières ne doivent pas être très élevées étant donné le niveau stable et limité du commerce de Hong Kong vers le Japon.

Tableau 6
exportations de la Chine et Hong Kong vers le Japon (milliards de $US)
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Tableau 6 : exportations de la Chine et Hong Kong vers le Japon (milliards de $US) 1994 1995 1996 1997 1998 Chine 21,6 28,5 30,9 31,8 29,7 Hong Kong 1,4 1,5 1,5 1,4 0,8

En réalité, à la lumière des résultats par secteur, il apparaît clairement que la faiblesse relative des échanges sino-japonais s’explique par la spécificité de la structuresectorielle des exportations chinoises.
Le graphique 1 fait également apparaître des potentialités commerciales sur le marché sud-coréen.
À l’opposé, il apparaît que les exportateurs chinois sont très performants sur de nombreux marchés, les flux d’échange actuels étant largement supérieurs aux potentiels commerciaux. En tête de liste viennent les États-Unis, avec un chiffre d’affaires de 41 milliards pour un commerce « naturel » de 14 milliards.
Le tableau 7 illustre la spécificité de la structure sectorielle des exportations de la Chine. D’après le modèle, la Chine devrait exporter massivement des produits agricoles bruts, à l’inverse de ce qui est observé. Ce résultat est d’autant plus fort que dans la majorité des pays analysés, la structure simulée des exportations est assez prochede la structure réelle.
Cette analyse sectorielle permet de jeter un regard plus circonspect sur les potentialités commerciales sur le marché japonais. En fait, il apparaît clairement que les flux de commerce, relativement faibles vers le Japon, relèvent d’une double singularité : la Chine a un secteur agricole brut peu tourné vers l’exportation [27] et le marché agricole japonais est très protégé.
Un pays non déclarant
Le calcul de potentiels commerciaux pour une économie comme le Sénégal (portefeuille à l’exportation peu diversifié [28], faible volume du commerce total) reste également un exercice périlleux. Cependant, les résultats obtenus - tant du point de vue des marchés de destination que de la structure des échanges - semblent tout à fait plausibles.
Le graphique 2 présente les flux d’échanges actuels et les potentiels commerciaux (« commerce simulé » dans le graphique) du Sénégal vers ses principaux marchés à l’exportation. Les données du commerce actuel sont fondées sur les déclarations à l’importation des pays partenaires du Sénégal. Ce graphique illustre de nombreux aspects.
L’Union Européenne est de loin le marché le plus important pour les exportateurs sénégalais (parmi les marchés couverts par le modèle [29] ). Mais la taille, la p roximité et d’autres caractéristiques macro-économiques du marché européen suggèrent qu’il existe encore d’importantes opportunités commerciales à exploiter.
Au sein de l’UE, les partenaires privilégiés sont de loin la France et l’Italie, avec un commerce observé supérieur à celui simulé par le modèle. L’Espagne vient en troisième place. Soulignons également que les plus importantes potentialités commerciales sont détectées sur les marchés allemands et britanniques. Le commerce vers la Belgique et les Pays-Bas apparaît également en deçà de son potentiel sur la base des mêmes critères.

Tableau 7
structure des exportations chinoises
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Tableau 7 : structure des exportations chinoises Commerce vers le Monde Commerce vers le Japon Structure simulée Secteur Commerce Structure obsevée Structure simulée Commerce Structure obsevée observé (m. $US ) (%) (%) observé (m.$US ) (%) (%) Produits agricoles bruts 8 331 4 63 3 069 9 71 Produits agricoles transformés 5 739 3 5 2 257 7 4 Bois, papier, carton 2 696 1 1 785 2 1 Fibres et textiles 13 006 7 7 1 804 6 5 Produits chimiques 9 042 5 6 1 298 4 4 Cuir et produits en cuir 20 207 11 1 2 100 6 1 Métaux et produits manuf. de base 14 768 8 9 2 467 8 7 Machinerie non-électrique 6 931 4 1 889 3 1 Produits électroniques 24 349 13 0 2 490 8 0 Composants électroniques 13 523 7 1 1 689 5 0 Matériel de transport 2 503 1 0 286 1 0 Vêtements 33 203 17 2 10 011 31 2 Divers produits manufacturés 37 393 19 3 3 393 10 3 Produits pétroliers (non-brut ) 558 0 0 45 0 0 Total (pétrole et minerais exclus ) 192 249 100 100 32 583 100 100

Graphique 1
principaux marchés à l'exportation de la Chine
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Graphique 2
principaux marchés à l'exportation du Sénégal (millions $US) Sénégal. Marchés actuels et potentiels
IMGIMGprincipaux marchés à
l'exportation du Sénégal (mil...IMGIMF
On remarque que les marchés grecs et portugais devancent en importance les marchés belges, hollandais et allemands dans le chiffre d’affaires des exportateurs sénégalais. Ce phénomène reflète la spécificité des exportations du Sénégal (produits de la mer) et des préférences des consommateurs grecs et portugais (grands consommateurs de produits de la mer et notamment de rougets).
Le modèle met en évidence un grand potentiel commercial inexploité sur le marché américain (absent du graphique, commerce actuel de 5 millions de dollars, potentiel commercial de 38 millions). Dans ce cas précis, le modèle pose la question des justifications de l’absence relative des produits sénégalais sur le marché américain (canaux de distribution, préférences des consommateurs, concurrence du poisson nord-américain, barrières tarifaires et non-tarifaires, critères de qualité, etc.) et constitue un point de départ essentiel pour toute analyse plus détaillée du commerce entre le Sénégal et les États-Unis. On notera encore des flux commerciaux actuels en deçà des potentialités vers le Canada (pays concurrent pour les exportations de poisson) et la Suisse.
Le tableau 8 donne des résultats par secteur. Le résultat le plus marquant réside dans les bonnes performances à l’exportation du secteur des produits agricoles transformés. Ce secteur est bien plus développé (34 % des exportations nationales) que ne l’indiquent les caractéristiques macro-économiques du pays (10 % des exportations nationales selon le modèle). Selon ces dernières, le secteur 1 (produits agricoles bruts) aurait dû peser bien plus dans les exportations sénégalaises.
Ces écarts démontrent que le Sénégal a exploité avec succès une partie de ses avantages comparatifs en développant une industrie agro-alimentaire.

Tableau 8
structure des exportations sénégalaises
IMGIMGTableau 8 : structure des exportatio...IMGIMF
Tableau 8 : structure des exportations sénégalaises Secteur Structure Structure observée (%) simulée (%) Produits agricoles bruts 54 81 Produits agricoles transformés 34 10 Bois, papier, carton 0 2 Fibres textiles 1 1 Produits chimiques 6 1 Cuir et produits en cuir 1 0 Métaux et autres manufacturés de base 0 1 Machinerie non-électrique 1 0 Appareils électroniques 1 0 Composants électroniques 0 0 Matériel de transport 0 0 Vêtements 0 2 Divers manufacturés 1 1 Produits pétroliers transformés 1 0 Total (hors minéraux bruts) 100 100 * Principaux produits : poisson frais et surgelé, fruits de mer, coton. ** Principaux produits : poisson fumé, séché, préparé, conserves, sucre huile arachide.

Un pays en transition
L’analyse des potentialités commerciales de la Pologne a fait l’objet de nombreuses analyses (cf. le réexamen de ce débat dans Fontagné et alii, 1999). Sans entrer dans ce débat, nous illustrons brièvement la sensibilité des résultats àla spécification retenue.
Le tableau 9 donne les flux de commerce vers les principaux pays partenaires ainsi que les potentialités commerciales estimées selon deux modèles différents. Ainsi, la dernière colonne présente les potentiels commerciaux calculés à partir du modèle OCDE–Monde [30].
Pour la plupart des marchés représentés dans le tableau 9, les potentiels commerciaux sont très différents [31]. En particulier, pour l’Allemagne – premier marché de la Pologne – les résultats sont très contrastés. Le modèle OCDE-Monde suggère que les exportateurs polonais sont sur-spécialisés sur le marché allemand, avec des flux de commerce plus de quatre fois supérieurs aux potentiels commerciaux. Le modèle Sud-Monde indique par contre que les flux actuels sont du même ordre de grandeur que les potentiels commerciaux. Ainsi, considérer la Pologne comme un pays en développement conduirait à effacer un résultat ayant fait l’objet d’un large débat dans la littérature sur commerce et transition, ce qui souligne la sensibilité des résultats au choix de l'échantillon.
Les résultats pour d’autres marchés de l’Union Européenne comme la France, l’Italie ou les Pays-Bas montrent que les potentiels commerciaux ne sont pas encore atteints (selon le modèle Sud-Monde). Les flux commerciaux plus récents (pour 1998) semblent confirmer ces résultats, avec une nette augmentation des échanges par rapport à 1995-1996.
Certains résultats concernant la Pologne illustrent le fait que d’autres déterminants clés du commerce comme les flux d’investissements directs ne sont pas pris en compte dans nos modèles. Ces déterminants permettraient sans doute d’expliquer le poids des exportations polonaises à destination de la République Tchèque (1 milliard de dollars d’échanges en 1998 contre 250 millions de dollars de potentiel commercial). Ces résultats invitent donc à interpréter les estimations de potentiel de commerce avec prudence : le choix de l'échantillon de référence conditionne largement les résultats.

Tableau 9
principaux marchés à l’exportation de la Pologne (millions de $US) et potentiel calculé avec deux échantillons d’estimation différents