2002
Économie et Prévision
Politiques d’achats publics et spécialisations internationales
Federico Trionfetti
[(*)]
Une politique d'achats publics biaisée en faveur des producteurs nationaux peut parfois influencer les spécialisations
internationales et les flux de commerce. Cet article propose une présentation générale des résultats de la littérature
théorique, présente quelques statistiques descriptives des comportements d'achats publics et un bref panorama des
initiatives réglementaires internationales.Mots-clés :
achats publics, spécialisations, Union Européenne, OMC.
Discriminatory government procurement may (but does not have to) interfere with international specialisation and trade
flows. This paper offers a general introduction to the findings of the theoretical literature, provides some descriptive
statistics on public procurement and gives a brief overview of regulatory initiatives at international level.Keywords :
Public procurement, industrial specialisation, European Union, WTO.
Cet article est issu d’une recherche financée par le Commissariat Général au Plan (n° 5-2000)
Texte traduit de l’anglais par Matthieu Crozet (TEAM)
Une politique d'achats publics biaisée en faveur des producteurs nationaux peut parfois
influencer les spécialisations internationales et les flux de commerce. Cet article propose une
présentation générale des résultats de la littérature théorique, présente quelques statistiques
descriptives des comportements d'achats publics et un bref panorama des initiatives
réglementaires internationales.
Il est bien connu que les achats publics tendent
souvent à favoriser les producteurs nationaux et
visent donc à influencer les spécialisations et les flux
de commerce internationaux. Ce type de
comportement a conduit à la mise en place d’un
certain nombre d’accords internationaux visant à
mettre les politiques d’achats publics en conformité
avec les principes de transparence et de libre
concurrence. Cet article propose un état des lieux de
la littérature théorique sur ce sujet, soutenu par une
présentation statistique et donne un rapide panorama
des politiques mises en œuvre dans le contexte
international.
La libéralisation des procédures d’achats publics est
inscrite depuis longtemps au programme des
négociations internationales, au niveau de l’Union
Européenne, mais aussi plus largement au sein de
l’OMC. Depuis 1977, de nombreuses directives de la
Commission Européenne ont conduit à élargir les
appels d’offre publics à l’ensemble des producteurs
de la communauté. Cet effort en matière de
législation a pris davantage d’ampleur à la fin des
années quatre-vingt, accompagnant ainsi la
construction du Marché Unique. Les dernières
mesures ont étendu les règles de non-discrimination
des offreurs potentiels à la quasi-totalité des
organismes publics ou semi-publics (CEC, 1996).
Au niveau mondial, la libéralisation des marchés
publics a fait l’objet de trois accords multilatéraux.
Le premier a été conclu en 1978 lors du cycle de
négociations du GATT de Tokyo. Plus récemment,
en 1994, le Government Procurement Agreement
(GPA) a été signé par 22 pays dans le cadre de
l’Uruguay Round. Le GPA, qui est entré en vigueur
en 1996, est considéré comme étant à la frontière de
l’innovation juridique, par la particularité de son
mécanisme de mise en application. De fait, ce
mécanisme (Challenge Procedure) conduit
rapidement à des conflits juridiques pouvant se
conclure par l’imposition de sanctions financières
(Hoekman et Mavroidis, 1997). Bien qu’il faille
reconnaître que les efforts de l’Union Européenne et
de l’OMC ont effectivement conduit à une certaine
libéralisation des marchés publics, beaucoup
considèrent encore que la mise en application de ces
accords reste insuffisante (voir les travaux cités
ci-dessus).
Contrastant avec l’intérêt que portent les décideurs
publics à la question de la libéralisation des marchés
gouvernementaux, les recherches tant théoriques
qu’empiriques sur l’influence des ces biais
domestiques demeurent peu nombreuses. Le
principal message se dégageant des analyses
théoriques est que l’impact à attendre de ce type de
compo rtemen t discriminatoire su r les
spécialisatio ns et les flux de commerce
internationaux dépend fortement de la structure des
marchés concernés. En particulier, les analyses
théoriques montrent qu’une pratique discriminatoire
affecte les spécialisations internationales des
secteurs caractérisés par la présence de rendements
d’échelle croissants et une structure de concurrence
monopolistique. À l’inverse, les effets sur les
secteurs à rendements constants et en concurrence
parfaite devraient être négligeables. Par ailleurs,
sous certaines conditions, une politique d’achats
publics baisée peut venir contrer les forces
susceptibles de conduire à un renforcement de la
concentration spatiale des industries.
Les politiques d’achats publics :
quelques statistiques descriptives
Cette partie présente trois types de statistiques sur les
politiques d’achats publics : (1) l’importance des
montants engagés, (2) l’importance des dépenses
publiques par secteur d’activité et (3) une mesure de
la discrimination en faveur des producteurs
nationaux (le biais domestique).
L’importance des dépenses gouvernementales en
pourcentage du produit intérieur brut
On définit les achats publics comme les achats en
biens et services sur les marchés privés. Il est
important de noter que l’on ne retient pas dans cette
définition les subventions et autres transferts, ni les
salaires versés aux fonctionnaires. Une étude sur les
pays de l’OCDE montre qu’au cours des années
quatre-vingt, les achats publics représentaient 10 à
12% des PIB nationaux. Ces parts semblent
globalement constantes sur l’ensemble de la période
et ne varient que très peu d’un État à l’autre (voir
Trionfetti, 1997b, pour une analyse plus détaillée).
L’importance des dépenses gouvernementales
selon les secteurs d’activité
Les données présentées ici sont tirées des tables
entrées-sorties proposées par Eurostat (1992) pour
l’année 1985. Les secteurs sont définis selon la
nomenclature NACE-R59 qui recouvre 59 secteurs,
dont 13 de biens industriels échangeables. Les
graphiques 1 et 2, qui se concentrent sur ces 13
secteurs, montrent la répartition des achats publics
sur ces différents postes. Les tableaux reportent les
chiffres pour un ensemble de 7 pays européens
(Eu
7 ) : Allemagne, Danemark, Espagne, France,
Italie, Pays-Bas et Royaume-Uni. Le graphique 1
montre la part des dépenses publiques dans chacun
des 13 secteurs industriels (GPIs) en pourcentage du
PIB sectoriel (
PIBs)
[1]. Ces parts varient largement
d’un secteur à l’autre (sans tenir compte du secteur
Autres équipements de transport, elles varient d’un
facteur pouvant dépasser 9), même si les dépenses
publiques ne dépassent pas 8% du
PIB sectoriel. Le
secteur
Autres équipements de transport apparaît
clairement comme une exception pouvant
s’expliquer par le fait qu’il intègre la production
aéronautique pour laquelle les États européens et les
entreprises publiques sont quasiment les seuls
clients (GPIs élevés).
Le graphique 2 montre la répartition sectorielle des
achats publics, c’est-à-dire le pourcentage de
l’ensemble des achats publics revenant à chacun des
secteurs. Les qu atre p rincipaux secteurs
représentent à eux seuls 68,2 % du total. On observe
une certaine similitude entre la part des achats
publics dans le PIB sectoriel et la répartition
sectorielle de ces dépenses gouvernementales
puisque les deux principaux postes représentés dans
le graphique 1 apparaissent aussi en première
position dans le graphique 2. Pour le secteur cuir et
chaussure, la différence entre les deux mesures est
cependant notable : les dépenses publiques dans ce
secteur apparaissent en dernière position en
pourcentage de la taille totale du secteur (graphique
1), mais représentent le troisième plus important
poste du total des dépenses publiques en biens
industriels échangeables (graphique 2).
Graphique 1
GPLs/PIBs au sein de l’Eu7
Graphique 2
GPls/GPI au sein de l’Eu7
Graphique 3
parts d’importation : moyenne sur 13
secteurs industriels
Une mesure du bais domestique des achats publics
L’importance et la répartition sectorielle des achats
publics est un point intéressant, mais, en ce qui
concerne les structures des spécialisations
internationales, ces décisions publiques ne revêtent
d’intérêt particulier que lorsqu’elles sont biaisées en
faveur des producteurs nationaux. Il n’est cependant
pas aisé de mettre en évidence un tel biais
domestique. En effet, le respect formel des règles en
vigueur ne peut pas nous assurer du fait que les
appels d’offre ne favorisent pas les fournisseurs
nationaux d’une manière détournée. Ainsi, la mise
en évidence d’un biais domestique guidant les choix
publics doit davantage reposer sur une analyse ex
post, fondée sur l’observation effective de la
répartition des dépenses, plutôt que sur une
vérification ex ante du respect des procédures
légales. Un moyen de mesurer ce biais domestique
est donc de comparer la part des importations dans
l’ensemble de la consommation privée à la part des
importations dans les achats publics. Si les décisions
publiques ne reflètent aucun biais significatif, ces
deux parts devraient être similaires, et, bien que
d’autres déterminants sont susceptibles d’influencer
les parts d’importation, la persistance d’une
importante différence entre les deux ratios doit
refléter un certain type de biais domestique.
Il est nécessaire de bien comprendre que les variables
pertinentes ici sont bien les parts d’importation et
non les parts de dépenses dans le budget total. Le
problème est en effet de vérifier que pour un type de
dépense donné - comme l’achat de véhicules
automobiles par exemple - un gouvernement
n’acquière pas une proportion plus importante de
biens domestiques que les ménages où les firmes du
secteur privé.
Le graphique 3 compare les parts moyennes des
importations dans la consommation publique et dans
celle des acteurs privés, pour l’Allemagne (DE),
l’Espagne (ES), la France (FR), l’Italie (IT) et le
Royaume-Uni (UK). Ces parts moyennes sont
calculées à partir de données désagrégées selon la
nomenclature NACE-R59, en ne retenant que les 13
secteurs produisant des biens industriels
échangeables.
La part d’importation du secteur public est toujours
plus restreinte que celle du secteur privé. La
différence est même tout à fait significative pour
certains pays, ce qui laisse effectivement entrevoir
l’existence d’un biais domestique (probablement
tacite) dans les décisions d’achats publics.
La littérature sur les conséquences que peuvent avoir
les pratiques discriminatoires dans les décisions
d’achats publics sur les spécialisations et les flux de
commerce internationaux est assez restreinte. Le
point de départ de cette littérature est un article de
Robert Baldwin de 1970 (voir Baldwin, 1984, pour
une revue de la littérature récente). Son principal
résultat, qui réside dans le fait qu’une discrimination
dans les décisions d’achats publics peut demeurer
sans conséquence sur les flux de commerce et les
spécialisations, a été étudié plus en détail par
Miyagiwa (1991), Chen (1995) et Trionfetti (1997a
et 2001)
[2]. Cette section présente une revue des
intuitions et des principaux résultats de ces travaux.
Une politique d’achats publics biaisée en faveur des
prod ucteurs nat ionaux ne constitu e pas
nécessairement une barrière au commerce et peut
être sans influence sur les spécialisations
internationales. En effet, il est possible que la même
pratique discriminatoire appliquée à différents
secteurs de l’économie conduise à des résultats très
contrastés. Selon la structure de marché des secteurs
étudiés, cela peut engendrer une baisse des
importations et une augmentation de la production
nationale, ou bien rester sans aucun effet sur les
spécialisations et le commerce. On considérera deux
formes de structure de marché, correspondant à deux
paradigmes majeurs des théories du commerce
international, à savoir le modèle Heckscher-Ohlin et
celui fondé sur la concurrence monopolistique
(« Nouvelle Économie Internationale »). Les
structures de marché associées à ces deux
paradigmes sont respectivement caractérisées par
des rendements d’échelle constants et une
concurrence parfaite (CRS-PC) d’une part, des
rendements croissants et une concurrence
monopolistique (IRS-MC) d’autre part. On le sait,
ces deux structures de marché peuvent coexister au
sein d’un modèle unique où certains secteurs seraient
caractérisés par un cadre CRS-PC et les autres
s’intégreraient dans un cadre IRS-MC (on verra par
exemple Helpman et Krugman, 1985). C’est ce type
de modèle que nous utiliserons ici. Avant de
conclure par une discussion sur l’efficacité de ce
type de politiques publiques, cette section mettra
aussi en lumière les conséquences des biais
domestiques dans le cadre des modèles de la
« Nouvelle Économie Géographique ».
Politique d’achats publics discriminatoire dans les
secteurs en concurrence parfaite (CRS-PC)
Dans les secteurs caractérisés par des rendements
constants et une concurrence parfaite, l’impact des
politiques d’achats publics biaisées en faveur des
producteurs nationaux dépend de l’importance que
prend la demande publique sur le marché des biens
échangeables. Si la demande publique est
suffisamment importante, un biais affectant son
orientatio n sera à même de mod ifier les
sp écialisations internationales et,
vraisemblablement, de réduire le volume des
échangesinternationaux.
La logique de cet argument est le suivant.
Considéronsunsecteuràrendementsconstantseten
concurrence parfaite, comme par exemple
l’agro-alimentaire. Supposons que la production
nationaledeceproduitestinitialementde30 , quela
demande publiqueest de 20 et quela demande
privée s’élève à 60 , de sorte que la balance
commerciale dégage, dans ce secteur, un déficit de
50 (lesimportationss’élèventeneffetà20 +60
-30 ). Supposonsmaintenantquelegouvernement
décide de n’adresser sa demande de produits agroalimentaires qu'aux seuls producteurs nationaux.
Dès lors, ceux-ci vont vendre 20 de produit au
secteur public et le reste au secteur privé. Dans la
mesure où le bien est homogène, le secteur privé
absorbesimplementlerésidudel’offrenationalequi
n’a pas été consommé par le secteur public et le
volume total des importations demeure inchangé.
Finalement, le biais domestique de la demande
publiquen’apasaffectél’offrenationalenilesflux
de commerce. On suppose maintenant que la
production nationale de produits agro-alimentaires
n’est initialement que de 10 et donc que les
importationsnettess’élèventà70 . Danscecas, sile
gouvernementdécidedenepluss’adresserqu’àdes
producteursnationaux, laproductionnationaledoit
augmenter pour satisfaire la demande de 20
émanantdu secteur public(lepaysmodifiedoncsa
spécialisation pour s’orienter davantage vers la
production agro-alimentaire) et les importations
vont alors chuter pour atteindre 60 . Ainsi, la
politiquediscriminatoireaeffectivementmodifiéla
spécialisation relative de l’économie nationale et
réduit les volumes de commerce. Cet exemple
simple mais particulièrement éclairant est dû à
Robert Baldwin (1984). Le mécanisme qu’il décrit
n’est bien entendu pas modifié lorsque l’on
considère un équilibre général. Miyagiwa (1991) a
montré quel’on retrouvelaconclusion deBaldwin
dans un modèle oligopolistique dès lors que les
produits demeurent homogènes. Dans un cadre
similaire, Chen(1995)montrequepourobtenirune
augmentation de la production nationale, le
gouvernement doit lier la demande adressée à
chaque firme en oligopole à la part de marché de
celle-ci.
Politique d’achats publics discriminatoire dans les
secteurs en concurrence monopolistique
(IRS-MC)
Une des contributions constitutives des « Nouvelles
Théories du Commerce » met en avant le rôle des
économies d’échelle internes et de la concurrence
monopolistique dans la détermination des flux de
commerce internationaux (Helpman et Krugman,
1985). Un marché en concurrence monopolistique
reflète une situation où un grand nombre de firmes
produisent chacune une ou plusieurs variétés
différentes d’un même bien. Du fait de la
différentiation du bien, chaque firme dispose d’un
pouvoir demonopolesur lavariétéqu’elleproduit.
L’hypothèse de rendements croissants internes
impliquequelecoût moyen deproductiondiminue
avec la quantité produite. Ce dernier point est
fondamental pour bien cerner le mécanisme de ce
type demodèle. Eneffet, celaimpliquequ’un pays
disposant d’une demande domestique relativement
large pour ce type de biens différentiés va (toutes
choses égales par ailleurs) se spécialiser dans la
production de ce bien. Une demande publique
biaiséeenfaveurdesproducteurslocauxdecetype
de biens va venir gonfler la demande nationale et
ainsi favoriser la croissance de la production
nationale. Pourillustrerlalogiquedecetargument,
considérons un secteur caractérisé par des
rendementsinternescroissants oùlesfirmessonten
situation de concurrence monopolistique, comme
par exemple le secteur des biens électriques. On
supposequ’ilya50producteursnationauxdebiens
électriques et un total de 100 producteurs, dans le
monde, chacun proposant une variété qui lui est
propre, distincte des autres. Si les firmes ont accès
auxmêmestechniquesdeproductionalorstoutesles
variétés seront proposées au même prix.
Normalisons ceprix unitaireà 1 . On suppose par
ailleurs que la demande publique dans notre pays
s’élèveà100 etquelademandeprivéeestde400 .
Dans le reste du monde ces demandes s’élèvent
respectivementà100 et400 ellesaussi. Chaque
consommateur répartit sa demande entre les 100
variétés proposées dans le monde. Ainsi, les
producteurs nationaux font face à une demande de
50 émanantdechacundesdeuxsecteurspublicset
unedemandede200 provenantdechaquesecteur
privé. Lademandetotalequileurestadressées’élève
donc à 500 . Supposonsmaintenant quelesecteur
public national n’adresse plus ses commandes de
biens électriques qu’aux seules firmes nationales.
Les producteurs nationaux font alors face à une
demande de 550 . De ce fait, quelle que soit
l’importance de la demande publique par rapport à
l’offre nationale, une politique d’achats publics
biaiséeenfaveurdesproducteursnationauxconduit
à une augmentation de la production nationale et à
uneréductiondesimportations. Cetexemplesimple
est tiré de Trionfetti (2001) qui présente une
démonstrationplusformelleconstruitedanslecadre
d’unmodèled’équilibregénéral.
La question de l’effet de la présence d’un biais
domestique affectant la demande publique peut
trouver une interprétation graphique simple. Cette
représentationestbaséesurlesrésultatsanalytiques
présentés en annexe. On note η la part de la
production nationale dans l’ensemble de la
productionmondiale. Endéfinissantrespectivement
εP comme la part de la demande privée mondiale
adresséeauxproducteursnationauxetεG celle de la
demande publique mondiale reçue par les firmes
nationales, on peut représenter le résultat énoncé
ci-dessus par le graphique 4 qui montre la relation
entre η,εP etεG. Si on se place dans une situation où
les deux zones géographiques considérées sont de
taille identique, de sorte que εP = 0 5,, εG = 0 5, et où
les demandes publiques ne sont aucunement
biaisées, alors la production nationale représente
naturellement la moitié de la production totale (i.e.
η = 0 5, ). Supposons maintenant que la part de la
demande nationale dans la demande privée mondiale
( )εP augmente. Une telle évolution entraînera alors
un accroissement de la part de l’économie nationale
dans la production mondiale (i.e. une hausse de η).
De la même manière, une augmentation de la part de
la demande nationale dans la demande publique
mondiale ( )εG conduira à une hausse de η.
Un point important est à souligner. En présence d’un
biais domestique affectant la demande publique, la
part de l’industrie nationale dans la production
mondiale est plus sensible à une hausse de la part du
pays dans la demande publique mondiale qu’à une
variation identique de la demande relative privée.
Cela se traduit dans le graphique 4, par une pente
relativement plus importante de la courbe ( )ε η G -.
Graphique 4
décomposition du "home market
effect"
Politiques d’achats publics discriminatoires dans
les modèle de la “Nouvelle Économie
Géographique”
L es mo dèles de la “ Nouvelle Économie
Géographique” reprennent les hypothèses des
“Nouvelles Théories du Commerce” concernant les
structures de marché (rendements croissants et
concurrence monopolistique) mais introduisent des
coûts de transport internationaux. Nous avons vu que
dans les modèles de commerce international en
concurrence monopolistique (IRS-MC), la taille
relative de la production nationale de biens à
rendements croissants est liée à la part de ce pays
dans la demande mondiale. La “Nouvelle Économie
Géographique” montre que les tailles des marchés
nationaux (les parts de chaque pays dans la demande)
sont elles-mêmes endogènes et dépendent de
l’importance relative des productions nationales au
travers des forces d’agglomération et de dispersion
spatiale. Les forces d’agglomération proviennent de
l’intérêt qu’ont les firmes à choisir d’implanter leur
production dans les localisations où la demande est
importante, de manière à limiter le poids des coûts de
transport. Or les localisations qui concentrent une
large demande sont celles qui ont d’ores et déjà attiré
un grand n ombre d’agents (firmes et
consommateurs). Il se dessine alors un processus
cumulatif pouvant conduire à l’agglomération
spatiale des firmes industrielles. Les forces de
dispersion viennent de la tendance des firmes à
s’éloigner les unes des autres afin de limiter la
pression concurrentielle. Le rapport entre les forces
d’agglomération et de dispersion qui définit
l’équilibre spatial dépend essentiellement du niveau
des coûts de transport. Si ces coûts sont faibles, les
forces d’agglomération dominent, ce qui renforceles
spécialisations internationales. Dans ce cas, les
avantages initiaux dont peut disposer chaque pays
vont définir la structure des spécialisations : si le
niveau des coû ts de transp ort le permet,
l’agglomération des activités à rendements
croissants (IRS-MC) aura lieu dans le pays dont la
taille relative est initialement importante (Krugman,
1991).
Dans un tel cadre théorique, un biais de demande
natio nale permet de con trer les forces
d’agglomération (Trionfetti, 1997a). La logique de
ce mécanisme est simple : alors que les firmes
quittent le territoire national, la concurrence pour
l’obtention des marchés publics locaux diminue, les
parts de ce marché et les profits des firmes restantes
augmentent, ce qui limite leur intérêt à rejoindre une
localisation plus centrale. Une particularité
importante de cette force de dispersion est qu’elle
domine les forces d’agglomération lorsque les coûts
de transport sont faibles. Cela signifie qu’une
politique discriminatoire d’achats publics est
d’autant plus efficace pour contrer les dynamiques
d’agglomération que les marchés internationaux
sont intégrés (i.e. que les coûts de transport - ou
plutôt les coûts de transaction - sont faibles). Or c’est
précisément dans ce type de situation qu’en
l’absence d’une telle politique économique, un
processus cumulatif d’agglomération devrait
prendre place.
Ce mécanisme peut être représenté simplement par
un diagramme de phases (graphique 5), tiré de
Trionfetti (1997a). Supposons que les pays sont
initialement identiques, donc que l’économie
mondiale est en équilibre symétrique ( , )η = 0 5.
Lorsque les coûts de transport sont suffisamment
importants, cet équilibre symétrique est stable, que
les achats publics soient libéralisées ou qu’ils
répondent à un choix politique discriminatoire. Ce
graphique 5 représente un cas plus intéressant, où les
coûts de transaction sont relativement bas. Dans ce
cas trois équilibres peuvent émerger :
- si les achats publics sont parfaitement libéralisés,
alors l’équilibre symétrique (correspondant au point) n’est plus stable. Le moindre écart par rapport à
S l’équilibre symétrique conduit nécessairement à une
agglomération complète des activités industrielles à
rendements croissants dans l’un des deux pays (ce
cas correspond à la ligne A dans le graphique 5) ;
- si les achats publics sont biaisés en faveur des
producteurs nationaux et représentent une part
importante de la demande totale, l’équilibre
symétrique est stable (ligne B) ; les firmes
concernées se répartiront également entre les deux
pays ;
- si les achats publics sont biaisés en faveur des
producteurs nationaux mais ne représentent qu’une
part relativement faible de la demande totale,
l’équilibre symétrique peut être instable (ligne C).
Cependant, il y aura un nouvel équilibre stable de
chaque côté de η η: et η. Ces équilibres
S WE d’agglomération partielle montrent que si un
processus d’agglomération prend place, il ne sera
pas aussi dramatique que dans le premier cas évoqué
ci-dessus où l’industrie dans son ensemble se
localisait dans un seul pays.
Graphique 5
diagramme de phases
En somme, une politique d’achats publics
discriminatoire permet, dans tous les cas, de limiter
l’importance des agglomérations spatiales. Dans
certains cas l’effet de ces politiques est très fort (cas
2), dans d’autres il est plus réduit (cas 3), mais il ne
peut en aucun cas être nul. Dans la mesure où
l’efficacité des politiques d’achats publics est
d’autant plus forte que les coûts de transport sont
faibles, c’est-à-dire précisément lorsque le risque de
polarisation est le plus grand, ce type de mesure
apparaît particulièrement efficace. Ce résultat a des
implications tout à fait fondamentales dans le
contexte de l’intégration des marchés européens.
Quelques considérations sur l’efficacité des
politiques d’achats publics
Avant de discuter de l’efficacité de ces politiques
publiques, nous nous devons de faire une remarque
d’ordre général. Les résultats portant sur les
questions des gains de bien-être et d’efficience des
politiques économiques sont très sensibles au choix
du type de modèle auquel on se réfère. Bien que nous
considérons ici deux modèles de commerce
international très généraux et très largement utilisés,
il est important de garder à l’esprit le fait que - dans
toute analyse économique - les conclusions en
termes de bien-être doivent être prises avec
précaution dans la mesure où elles dépendent très
fortement du choix des hypothèses. Tout en
conservant à l’esprit cette réserve, nous pouvons
tirer des modèles présentés ci-dessus quelques
enseignements intéressants quant à l’efficacité des
politiques d’achats publics discriminatoires.
Dans le cadre des modèles présentés ici, deux types
d’inefficience résultant du choix de politique
économique peuvent être soulignées : (1) une perte
d’efficacité de la production de services publics et
(2) une inefficience de la spécialisation industrielle
du pays. Le premier point est assez trivial et apparaît
quelle que soit la structure de marché que l’on
considère. Une demande publique biaisée va à
l’encontre d’un choix résultant d’une maximisation
de la production publique (sauf à considérer le cas
très particulier où la libre maximisation de la
production sous contrainte de budget conduirait à
définir une demande d’intrants adressée aux firmes
résidentes correspondant exactement à la proportion
imposée par le choix politique). La deuxième source
d’inefficacité mérite d’être analysée plus en détail.
En général, une demande publique biaisée en faveur
des producteurs nationaux n’est une source
d’inefficacité de l’allocation des ressources que
lorsque cette demande est relativement importante,
et ce, quelle que soit la structure de marché
considérée (i.e. CRS-PC ou IRS-MC). Il existe
cependant une différence. En concurrence parfaite
(CRS-PC), le biais domestique ne peut affecter la
production nationale que s’il est suffisamment
important pour perturber aussi l’allocation optimale
des ressources. À l’inverse, en concurrence
monopolistique (IRS-MC), le biais affecte la
production même lorsqu’il demeure trop réduit pour
bouleverser l’allocation des ressources. Ainsi, dans
certains cas, une politique d’achats publics biaisée,
dès lors qu’elle demeure relativement réduite et
port e sur d es secteurs en concurrence
monopolistique, peut être efficace sans conduire à
une allocation sous-optimale des ressources
(Trionfetti, 2001).
La comparaison avec une politique protectionniste
tarifaire peut être pertinente. Un droit de douane
conduit toujours à une allocation sous-optimale des
ressources et des distorsions de la consommation
privée. À l’inverse, une politique d’achats publics
discriminatoire ne modifie pas les prix relatifs de la
consommation privée (que l’on soit en concurrence
parfaite ou monopolistique). Par conséquent, la
politique économique n’affectera que le surplus du
secteur public et laissera inchangé celui des
consommateurs privés.
L es mo dèles de la “ N ouvelle Économie
Géographique”, en introduisant des coûts de
transport, mettent en évidence le fait que lorsque ces
coûts sont faibles, un processus d’agglomération
spatiale peut apparaître. Un des résultats des ces
modèles est que le bien-être mondial est plus élevé à
l’équilibre symétrique qu’à l’équilibre polarisé.
Comme nous l’avons vu, des dépenses publiques
biaisées peuvent renforcer la stabilité de l’équilibre
symétrique, au prix d’une moindre efficience des
choix de consommation publique. Il apparaît alors un
arbitrage entre la perte d’efficacité provenant de la
sous-optimalité des achats publics et le gain
potentiel de bien-être résultant de la plus grande
stabilité de l’équilibre symétrique. Ce gain potentiel
devient effectif dès lors que les coûts de transport
sont faibles, ce qui devrait, en l’absence de biais dans
la demande publique, engendrer une dynamique
d’agglomération. Dans ces conditions, le gain issu
du renforcement de l’équilibre symétrique peut
compenser la perte d’efficience des achats publics et
accroître le bien-être mondial (Trionfetti, 2001,
proposition 6). Ce résultat provient de la nature de ce
modèle en concurrence imparfaite, où toute
modification du bien-être ne peut être qu’un choix de
second rang. En effet, comparé à une situation de
concurrence parfaite en libre-échange, ce type de
modèle introduit deux sortes de distorsions : les prix
sont supérieurs aux coûts marginaux et les échanges
subissent le poids des coûts de transport. Dès lors,
l’introduction d’une distorsion supplémentaire
n’implique pas nécessairement une diminution du
bien-être. Bien évidemment, il serait imprudent de
tirer de ces analyses théoriques des conclusions
définitives quant aux conséquences réelles d’une
telle politique économique.
Cet article pose la question de l’impact d’une
politique d’achats publics biaisée en faveur des
producteurs nationaux dans une économie ouverte.
Tout d’abord, on a présenté une estimation de
l’importance des marchés publics concernés par le
Government Procurement Agreement (GPA -
accords sur les achats publics). Pour les pays
industrialisés, ces marchés représentent de 10 à 12%
de leurs PIB. Une présentation détaillée selon les
secteurs a aussi été proposée. Si les choix de
dépenses publiques n’étaient pas affectés par un
quelconque biais, les tailles de ces marchés seraient
sans con séq uen ce sur les spécialisations
internationales. Mais s’il existe un biais de demande
favorable à l’offre nationale, alors l’importance des
marchés publics peut avoir des implications
significatives. Une analyse des parts d’importation
sur les marchés publics et privés montre que les
gouvernements tendent constamment à ne reporter
qu’u ne part relativement faible de leur
consommation sur les biens importés, ce qui suggère
que leur demande est effectivement biaisée en faveur
des producteurs nationaux.
Une demande publique ainsi biaisée peut influencer
les volumes du commerce international et les
spécialisations. Cette influence dépend de la nature
de la structure de marché. Les biais domestiques
peuvent donc bouleverser les échanges dans certains
secteurs et demeurer neutres dans d’autres. Plus
précisément, ils peuvent affecter davantage les
spécialisations internationales dans les secteurs en
concurrence monopolistique, où les firmes
bénéficient de rendements d’échelle croissants, que
dans les secteurs parfaitement concurrentiels. Enfin,
sous certaines hypothèses, une politique d’achats
publics discriminatoire peut constituer une force
d’opposition aux dynamiques centripètes
susceptibles de conduire à l’agglomération spatiale
des secteurs à rendements croissants.
Le cadre théorique sur lequel nous fondons notre analyse est
basé sur le modèle de Brülhart et Trionfetti (2000), lui-même
dérivé de Helpman et Krugman (1985, chapitre III).
Ce modèle considère deux facteurs de production
homogènes,
l et
k, deux pays indexés par
i = 1,2 et trois
secteurs de production,
X,
Y et
Z. Les technologies diffèrent
d’un secteur à l’autre mais sont identiques quel que soit le
pays considéré. Dans les deux pays, les firmes des secteurs
Y
et
Z sont caractérisées par des fonctions de production
homogènes et linéaires et opèrent en concurrence parfaite.
Les fonctions de coûts moyens et marginaux associées à ces
technologies sont
c w r Y ( , ) et
c w r Z ( , ) où
w et
r représentent
respectivement les prix des facteurs
l et
k. Le secteur
X
produit un bien différencié. La technologie qui lui est
associée fait apparaître un coût fixe de production
f (
w,
r) et
un coût marginal constant
m (
w,
r). On suppose que les
fonctions
m(
w,
r) et
f (
w,
r) utilisent les deux facteurs dans
les mêmes proportions. De ce fait les proportions de facteurs
dans les secteurs industriels
X ne dépendent que des
rémunérations relatives et non de la taille des firmes. La
fonction de coût moyen dans ce secteur est alors
c w r m w r f w r x X ( , ) ( , ) ( , )/= +, où
x représente le niveau de
production de la firme. Le lemme de Shephard nous donne
les fonctions de demande de facteurs
l w r s ( , )et
k w r s ( , ), avec
S = X, Y, Z. On ne considère ici qu’un cas standard où l’on
n’observe pas d’inversion des intensités factorielles. Enfin,
on suppose que les biens
Y et
Z sont librement échangeables
alors que les échanges internationaux de variétés du bien
X
supportent un coût de transport iceberg de sorte que pour
chaque unité envoyée, seule une fraction
Ï„∈] , ]0 1 arrive
effectivement à destination
[3]. Le nombre total de variétés du
bien
X produites et échangées (
N) est endogène, de même
que sa distribution entre les deux pays. En notant
ni le
nombre de variétés produites par le pays
i, on a par
définition :
n N n 1 2 = -. Les dotations mondiales en facteurs
sont exogènes et notées
L et
K. Les parts revenant à chaque
pays sont aussi exogènes. On a simplement :
l L l 1 2 = - et
k K k 1 2 = -. Les équations définissant l’équilibre de ce
modèle sont alors :
Les équations (1) et (2) correspondent à l’égalisation des
prix aux coûts marginaux dans chaque secteur. L’équation
(3) représente la condition de nullité des profits dans le
secteur X au sein de chaque pays. Les équations (4a) et (4b)
sont les équilibres de plein-emploi des facteurs. Ces huit
équations représentent l’ensemble des conditions d’offre.
De plus, en l’absence de contrainte de capacité, le libre
échange garantit l’égalisation des prix de facteurs.
Pour boucler le modèle, nous devons préciser les fonctions
de demandes, publiques et privées. Dans les deux pays, les
ménages ont des préférences homothétiques reflétant une
demande de variété à la Dixit-Stiglitz (i.e. l’utilité est une
fonction Cobb-Douglas laissant apparaître une CES
imbriquée). On note Ï…si S X Y Z( , , )= les parts de la dépense
totale dans chacun des biens ; on a donc ΣS Si υ =1.
L’élasticité de substitution entre les variétés du bien X est
constante et notée σ σ( ] , ])∈ ∞1. Les ménages sont astreints à
une taxation forfaitaire. La maximisation de l’utilité sous
contrainte de budget nous donne les fonctions de demandes
privées pour chacun des biens. La demande privée du pays i
adressée à chaque variété du bien différentié produite en i
est p Xi i Xi i, où Pi est l’indice de prix du bien X dans le
P I d- -σ σ υ 1
pays i, I I id i i = -( )1 δ est le revenu disponible des ménages, δi
est le taux de taxation et Ii est le revenu intérieur
correspondant au produit du vecteur des dotations en
facteurs et du vecteur des rémunérations (on suppose ici que
les ménages possèdent les deux facteurs de production). Du
fait de l’existence d’un coût de transport pesant sur les
échanges internationaux de bien X, la demande privée du
pays i pour chaque variété de bien X produite en j est
Ï„ Ï… σ σ σ p P IXj i Xi id- -1. Dans la mesure où les profits sont nuls, Ii
est le revenu national; la dépense privée en bien X est donc :
E IXiP Xi i i ≡ -Ï… δ( )1.
Le secteur public demande chacun des biens dans des
proportions γSi S X Y Z( , , )=, avec
L’équilibre
budgétaire impose que la dépense publique égale le montant
des recettes fiscales, soit δi i I. La demande publique du pays i
pour l’ensemble des biens industriels X est donc
E IXiG Xi i i ≡ γ δ.
Le biais de la demande gouvernementale en faveur des
producteurs nationaux est représenté par un paramètre
Ï•i ∈[ , ]0 1. Plus précisément, le secteur public du pays i
réserve une part Ï•i de sa dépense totale aux biens
domestiques. La politique d’achats publics est donc
“parfaitement libéralisée” si Ï•i =0, “biaisée” si Ï•i ∈( , )0 1, et
“totalement biaisée” si Ï•i =1. Le reste de sa dépense ( )1 - Ï•
est alloué de manière optimale entre les N variétés de biens X
disponibles.
Les équilibres des marchés des biens impliquent :
Où θ τσ ≡-1. Les équations (5) à (7) permettent de boucler le
modèle. L’équation (5) égalise l’offre et la demande de bien
Z qui est la somme de ses quatre composantes : les demandes
privées émanant des pays 1 et 2, et les deux demandes
publiques. Deux équations décrivent l’équilibre du marché
du bien X. L’équation (6) est similaire à l’équation (5) :
l’offre mondiale de bien X égalise la somme des quatre
composantes de la demande mondiale. Mais, dans la mesure
où les coûts de transport impliquent une segmentation des
marchés, il faut aussi nous assurer de l’équilibre
offre/demande pour chacune des variétés produites dans les
pays 1 ou 2. Comme ces équilibres prennent la même forme
pour toutes les variétés, il suffit d’en expliciter un seul.
L’équation (7) représente cette condition pour une variété
représentative du pays 1. Si les conditions (6) et (7) sont
vérifiées, alors le marché de chaque variété produite en 2 est
aussi équilibré. In fine, la loi de Walras assure l’équilibre du
marché Y.
La question qui nous préoccupe est celle du lien entre la
structure des spécialisations, la demande privée et les choix
biaisés de dépenses publiques. La présence d’un coût de
transport interdit de tirer une forme réduite simple de ce
modèle. Cependant, on peut retrouver la relation qui nous
préoccupe en différentiant entièrement le système (1)-(7)
selon les évolutions des dépenses privées et publiques. Par
mesure de simplicité, on supposera que ces changements
proviennent simplement d’une évolution symétrique du
taux de pression fiscale δi. Ainsi on considère un choc
exogène représenté par d dδ δ 1 2 0= - >. On pose :
La différentiation du système d’équations nous donne
[4] :
Le premier des termes de droite de l’équation (8) représente
l’importance de l’impact d’une variation du montant de la
dépense privée. Il reflète le fait qu’une demande privée plus
importante induit une élévation de la production nationale
de bien X. Le second terme est l’influence d’une variation
de la demande publique. Là encore, une augmentation de la
demande publique biaisée implique une hausse de la
production nationale de bien X.
·
Baldwin Robert E. (1984). “Trade Policies in Developed
Countries”. In : R. Jones and P. Kenen (eds.) Handbook of
International Economics, Amsterdam, North Holland.
·
Brülhart M. et Trionfetti F. (2000). “Industrial
Specialisation and Public Procurement : Theory and Empirical
Evidence”, Journal of Economic Integration (forthcoming).
·
Chen Xiangqun (1995). “Directing Government
Procurement as an Incentive to Production”. Journal of
Economic Integration, vol. 10, pp. 130-140.
·
Commission of the European Communities (CEC) (1996).
“Public Procurement in the European Union : Exploring the
Way Forward”, Green Paper, CEC/DG XV, Brussels.
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Commission of the European Communities (CEC) (1997).
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Official Publications of the European Communities,
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and Analysis.
·
Trionfetti F. (2001). “Government Procurement, Economic
Integration, and Income Inequality”, Review of International
Economics, 9 (1), pp. 29-41.
[(*)]
The Management Centre King’s College London.
Email : Federico. T
Trionfetti@ kcl. ac. uk
[(1)]
Les intitulés complets de ces secteurs sont :
Autres
équipements de transport, Machines de bureau, Autres biens
industriels, Produits Chimiques, Papier et édition, Produits
électriques, Machines industrielles, Produits métalliques,
Bois et meubles, Véhicules à moteur, Caoutchouc et plastique,
Textile et habillement, Cuir et chaussure.
[(2)]
D’autres études ont porté sur les aspects
micro-économiques de l’efficience des procédures d’achats
publics. Cette question n’est que très indirectement liée aux
théories du commerce international et ces travaux ne seront
donc pas commentés ici. On se reportera à Mattoo (1996) pour
une revue critique sur cette question.
[(3)]
L’introduction de trois biens et deux facteurs est
nécessaire puisque la présence d’un coût de transport
engendre la perte d’un degré de liberté dans le modèle. Avec
un coût de transport, on ne peut retrouver l’égalisation des prix
de facteurs qu’en introduisant une équation supplémentaire
(un autre bien).
[(4)]
Par mesure de simplicité, la différenciation est calculée à
partir du point d’équilibre caractérisé par :