2002
Économie et Prévision
Aides à l’investissement, intégration européenne et localisation de l’investissement direct allemand
Nigel Pain
[(*)]
Florence Hubert
[(**)]
Afin de déterminer si les gouvernements peuvent affecter les choix de localisation des entreprises étrangères, l’impact des
dépenses gouvernementales, en subventions et en capital fixe, du taux effectif d’imposition sur les sociétés et des aides
allouées par le Fond Européen de Développement Régional est évalué. L’effet des dépenses gouvernementales en capital
fixe du pays d’accueil relatives à celles des autres pays d’accueil potentiels s’avère positif et significatif. Bien que l’impact
estimé soit comparativement limité, la présence de forces significatives d’agglomérations suggère que les politiques
fiscales temporaires peuvent avoir des effets permanents sur la localisation des entreprises. En outre, nos résultats
empiriques montrent que l’intégration européenne a engendré un changement structurel, le stock d’investissement direct
allemand ayant augmenté significativement depuis 1990.Mots-clés :
investissement direct à l’étranger, localisation, aides à l’investissement, intégration européenne.
To determine whether governments can affect foreign businesses' location choices, the impact of government
expenditure (in subsidies or fixed capital), of the effective tax rate for these companies and of the assistance provided by
the European Regional Development Fund is assessed. The effect of government spending on fixed capital in the host
country in relation to that of other potential host countries turns out to be positive and significant. Although the estimated
impact is comparatively limited, the presence of significant agglomeration forces suggest that temporary tax policies
may have a permanent effect on the location of businesses. Furthermore, our empirical findings show that European
integration has engendered a structural change, the stock of German direct investment having grown significantly since
1990.Keywords :
Foreign direct investment, location, investment aid, European integration.
Les travaux de recherce dont les résultats sont publiés dans cet article ont été menés alors que Florence Hubert travaillait au National
Institute of Economic and Social Research. Les opinions exprimés dans cet article sont celles des auteurs uniquement et ne reflètent
en aucun cas celles de la Banque d'Angleterre. Nous remercions Donald Hepburn, DeAnne Julius, Martin Weale et un rapporteur
anonyme pour leurs remarques et suggestions. Nous remercions la Direction de la Prévision et le Economic and Social Research
Council (bourse d’étude numéro L138251022) pour leur soutien financier. Toutes les conclusions sont les nôtres et ne doivent en
aucun cas être attribuées à qui que ce soit d’autre que les auteurs.
Afin de déterminer si les gouvernements peuvent affecter les choix de localisation des
entreprises étrangères, l’impact des dépenses gouvernementales en subventions et en capital
fixe, du taux effectif d’imposition sur les sociétés et des aides allouées par le Fond Européen de
Développement Régional est évalué. L’effet des dépenses gouvernementales en capital fixe du
pays d’accueil relatives à celles des autres pays d’accueil potentiels s’avère positif et
significatif. Bien que l’impact estimé soit comparativement limité, la présence de forces
significatives d’agglomérations suggère que les politiques fiscales temporaires peuvent avoir
des effets permanents sur la localisation des entreprises. En outre, nos résultats empiriques
montrent que l’intégration européenne a engendré un changement structurel, le stock
d’investissement direct allemand ayant augmenté significativement depuis 1990.
L’investissement direct à l’étranger (IDE) a connu
un essor considérable au sein de la zone économique
européenne au cours de ces quinze dernières années.
Ainsi, entre 1996-1998 et la fin des années
quatre-vingt le niveau des flux d’investissements
nouveaux a presque triplé, le stock d’IDE doublant
pour sa part entre 1980 et 1998 (UNCTAD, 1999).
Cet essor a eu lieu alors que les contrôles sur les
mouvements internationaux de capitaux ont été
assouplis et que d’autres formes de barrières à
l’entrée des marchés ont été abaissées, soit à la suite
de la mise en place du programme de Marché unique,
soit à la suite du recours massif des gouvernements
aux politiques de privatisation. Durant cette même
période, de n ouvelles opportunités
d’investissements se sont également présentées en
Europe Centrale et Orientale. Tous ces
développements économiques récents ont donc non
seulement contribué à la forte croissance de l’IDE en
Europe depuis le milieu des années quatre-vingt,
mais ont aussi contribué au processus d’intégration
européenne.
Ceci ne signifie pas pour autant que les choix
politiques nationaux n’aient plus d’importance.
Certains pays ont en effet plus ou moins bien réussi à
attirer de nouveaux investisseurs étrangers sur le sol
national. Le Royaume-Uni reste ainsi le pays
accueillant le plus d’investissement direct au sein de
l’Union européenne durant les années quatre-vingt-dix. La France, la Belgique et les Pays Bas
sont, dans le même temps, devenus des pays
accueillant une part relativement plus large
d’investissements nouveaux. L’implantation
étrangère, concentrée dans ces quatre pays, suggère
d’ailleurs une configuration sous-tendue par des
effets d’agglomération. En revanche, durant ces
dernières années, la part d es nouveaux
investissements étrangers à destination de
l’Allemagne, de l’Italie et des économies de la
péninsule ibérique a chuté.
L’un des objectifs de cet article est d’étudier dans
quelles mesures les gouvernements peuvent affecter
les choix d’implantation des investisseurs étrangers
au travers d e mesures d’incitation s à
l’investissement dans le cadre d’une Europe toujours
plus intégrée. Peu d’études se sont penchées sur cette
question. Pourtant, dès lors qu’un large contingent
de pays est entré dans l’Union monétaire, les
politiques fiscales pro-actives sont devenues
l’instrument de politique économique par excellence
à la diposition des gouvernements pour influencer
les choix de localisation.
Nous présentons dans cet article les résultats d’une
étude économétrique analysant l’influence de
diverses mesures d’incitation à l’investissement sur
l’ampleur et le lieu d’implantation géographique de
l’investissement direct allemand en Europe de
l’Ouest depuis 1980. Dans le monde, les entreprises
allemandes constituent la quatrième plus importante
source de stock d’investissement direct à l’étranger.
Au sein de l’Europe, l’Allemagne est le deuxième
investisseur à l’étranger après les États-Unis. Une
des caractéristiques saisissantes de l’investissement
allemand est le fait qu’il se soit concentré en Europe.
En effet, si en 1981 environ 38% du stock total
d’investissement allemand était localisé dans les
autres pays de l’Union européenne (UE), cette part a
atteint 59,3% fin 1999.
Dans cette étude, nous examinons l’évolution de
l’investissement direct allemand au sein de sept
branches d’activité – la chimie, la construction
mécanique, le matériel électrique et électronique, les
équipements de transport, les "autres branches
manufacturières", la distribution et les services
financiers – implantées dans huit pays de l’Union
européenne – la France, l'Italie, le Royaume-Uni, la
Belgique, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Autriche et la
Suède. Il est particulièrement utile de se concentrer
sur l'expérience d'un certain nombre d'économies
membres de l’Union européenne puisque des
données ventilées par pays permettent de vérifier
l’importance des politiques et caractéristiques
nationales – institutionnelles ou autres – dont le
niveau ne changequelentement au cours du temps.
Il n'est pas possible d'obtenir de chiffres sur la valeur
totale des incitations à l'investissement direct. En
effet, certaines mesures d’incitation à
l’investissement, comme l’offre de terrains et
bâtiments publics, impliquent une aide indirecte
ayant peu d’influence immédiate sur l’ampleur des
dépenses publiques actuelles. En outre, la valeur
réelle de certaines autres mesures d’incitation, telles
que les incitations fiscales, ne devient apparente
qu’avec le temps, si l'investissement est profitable.
Dans ces conditions, l’impact des mesures d’aides à
l’investissement doit être évalué indirectement en
utilisant des mesures d’approximation telles que les
dépenses publiques totales en subventions, en
capital fixe ainsi que le taux effectif de l'impôt sur les
sociétés. Nous examinons également l'impact des
aides au développement régional allouées par le
Fond de développement européen régional
(FEDER), dont le but est de cofinancer des projets
d'investissement visant à réduire les disparités
économiques entre les régions européennes.
Nos résultats empiriques soulignent le rôle des
forces centripètes et centrifuges sur les choix
géographiques d’implantation. Les économies
d’agglomération
[1] s’avèrent contribuer à attirer vers
le pays d’accueil des investissements étrangers
supplémentaires. En outre, les coûts relatifs du
travail entre différentes économies européennes
affectent également les choix de localisation. En
revanche, les résultats concernant les variables
d’incitation à l’investissement sont plus mitigés,
certains effets étant non-significatifs. Toutefois, le
niveau relatif des dépenses gouvernementales en
capital fixe s'avère avoir un impact positif sur le
niveau d’investissement direct entrant, encore que
l’ampleur de l’impact à la marg e soit
comparativement limité. Néanmoins, ce résultat
con jugué avec l’identification d’effets
d’agglomération significatifs suggère que certaines
politiques fiscales ont une influence permanente sur
les choix d’implantation des activités économiques,
comme l’a avancé Martin (1995). Cette corrélation
positive est d’ailleurs d’autant plus forte que le pays
d’accueil ne reçoit que relativement peu d’aides des
fonds structurels européens.
Les développements économiques nationaux
doivent être envisagés dans une perspective plus
large d’intégration européenne continue, où la
mobilité des capitaux est croissante, et ce dans la
mesure où les choix géographiques d’implantation
des entreprises étrangères impliquent une évaluation
des caractéristiques concurrentielles des divers pays
d’accueil potentiels. L’essor récent de l’IDE s’est
produit alors que le programme du Marché unique
était mis en œuvre et que les économies des pays de
l’Europe Centrale et Orientale s’ouvraient. Le
deuxième objectif de cet article est donc de tester
dans quelle mesure un changement structurel s’est
opéré au niveau de l’investissement direct depuis
1990. Anticipant sur nos résultats empiriques, nous
montrons que le processus d’intégration européenne
a engendré une hausse des investissements
internationaux.
Le plan de notre article est le suivant. La première
partie de notre étude sera consacrée à la présentation
de la ventillation géographique et sectorielle de
l’investissement direct allemand à destination des
autres pays membres de l’Union européenne entre le
début des années quatre-vingt et la fin des années
quatre-vingt-dix. La partie suivante donnera lieu à
une brève discussion de la littérature existante sur
l’impact de l’intégration européenne sur les choix
géographiques d’implantation. Les grandes lignes
du modèle utilisé au cours de l’étude empirique sont
décrites dans la troisième partie de cet article. Les
principaux résultats empiriques seront présentés en
quatrième partie et les implications et conclusions
développées en dernière partie.
La ventillation régionale et sectorielle
de l’investissement direct allemand
Fin 1999,90,4 % de l’IDE allemand était investi dans
les pays de l’OCDE. L'Union européenne,
accueillant plus de la moitié de l’investissement
direct total, constitue alors la région d’accueil la plus
importante. La part total de l’investissement reçu par
l’UE a crû rapidement durant la dernière moitié des
années quatre-vingt, mais est depuis restée
relativement stable, la modeste hausse de la part de
l’investissement non-manufacturier étant
compensée p ar la b aisse de la part de
l’investissement manufacturier. Il est probable que
cette baisse soit associée à la délocalisation de
certaines activités vers les pays de l’Europe Centrale
et Orientale.
La ventillation géographique et sectorielle des
investissements allemands au sein de l’Union
européenne est présentée dans le tableau 1. La
ventilation sectorielle présentée ici est également
celle utilisée lors de l’analyse empirique et inclut
sept branches d’activité : la chimie, la construction
mécanique, le secteur du matériel électrique et
électronique, les équipements de transport, les
"autres branches manufacturières", la distribution et
les services financiers. Ce dernier secteur exclut
l’investissement dans les holdings. Les chiffres
présentés sont en Deutschemarks à prix courants.
Les données pour la Belgique englobent également
les investissements à destination du Luxembourg.
Durant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix,
nous constatons que le premier pays d’accueil
européen d’investissement direct manufacturier
allemand est la France. Ceci reflète
vraisemblablement la proximité des deux pays mais
peut-être aussi l’existence d’effets d’agglomération
liés à la grande taille du marché d’accueil. Dans
certaines branches d’activité – la distribution, la
construction mécanique et les "autres branches
manufacturières" – nous observons même que la
France est resté le principal pays d’accueil européen
d’IDE allemand jusqu’au milieu des années
quatre-vingt-dix. Depuis 1996, la France a
cependant perdu de son attrait relatif auprès des
investisseurs étrangers opérant dans la branche du
matériel électrique et électronique et de la chimie.
Tableau 1
ventillation sectorielle et géographique du stock d’investissement direct allemand à l’étranger
Tableau 1 : ventillation sectorielle et géographique du stock d’investissement direct allemand à l’étranger
Chimie Construction mécanique
A. Niveau (DM, Millions)
1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999
Union européenne (a) 5901 7905 14749 21611 22889 Union européenne (a) 1292 1690 3968 7331 9337
B. Parts européennes (%) D. Parts européennes (%)
France 21,86 17,71 19,91 23,65 9,14 France 30,73 33,73 31,63 28,52 27,65
Royaume Uni 6,17 11,90 10,52 9,13 14,30 Royaume Uni 19,89 17,63 13,99 14,69 17,26
Italie 6,10 7,31 14,69 12,91 12,60 Italie 8,28 13,96 13,48 12,14 14,31
Pays-Bas 13,13 12,87 7,11 5,20 7,60 Pays-Bas 7,82 6,69 6,22 7,91 5,61
Belgique 21,89 21,99 22,20 22,34 24,75 Belgique 2,79 2,49 1,13 1,16 1,26
Espagne 19,22 18,08 17,16 12,89 12,95 Espagne 2,01 2,13 9,80 6,66 9,51
Autriche 4,80 5,00 3,93 7,08 7,76 Autriche 13,62 11,72 14,59 11,54 7,00
Suède 1,85 0,57 0,49 1,30 3,26 Suède 1,24 1,30 0,35 1,10 1,86
Total 95,02 95,42 96,01 94,49 94,55 Total 86,38 89,64 91,20 83,73 84,46
Matériel électrique et électronique Equipements de transport
E. Niveau (DM, Millions) G. Niveau (DM, Millions)
1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999
Union européenne (a) 3139 3402 7882 6252 17338 Union européenne (a) 1311 1757 6003 12052 11183
F. Parts européennes (%) H. Parts européennes (%)
France 13,89 11,49 10,70 18,43 8,51 France 27,61 28,12 11,99 13,81 18,84
Royaume Uni 5,86 7,91 15,74 9,80 8,58 Royaume Uni 1,30 1,20 2,50 29,80-2,24
Italie 11,47 13,55 16,86 7,65 2,91 Italie 5,42 2,50 4,85 4,41 8,34
Pays-Bas 4,75 5,44 5,38 7,81 47,74 Pays-Bas 0,23 0,17 0,30 0,52 0,63
Belgique 8,25 8,08 9,68 11,42 4,69 Belgique 35,01 41,66 16,09 13,17 19,55
Espagne 26,25 24,51 15,53 17,19 9,81 Espagne 12,36 10,53 51,32 20,92 37,09
Autriche 15,00 13,96 11,38 14,28 10,07 Autriche 18,08 15,82 12,63 7,24 10,04
Suède 4,87 4,41 4,78 2,46 0,38 Suède n.d. n.d. 0,27 2,51 2,97
Total 90,35 89,36 90,05 88,42 92,70 Total 100,00 100,00 99,95 92,37 90,77
Autres branches manufacturières Industrie manufacturière (total)
I. Niveau (DM, Millions) K. Niveau (DM, Millions)
1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999
Union européenne (a) 4763 5895 11538 24760 39014 Union européenne (a) 16406 20649 44142 70919 99761
J. Parts européennes (%) L. Parts européennes (%)
France 33,34 26,11 24,22 24,20 18,85 France 24,34 21,28 19,37 22,71 15,65
Royaume Uni 4,81 6,29 14,32 14,89 15,37 Royaume Uni 6,50 9,20 11,66 15,23 12,15
Italie 6,28 9,70 8,17 12,67 9,60 Italie 7,22 9,16 11,93 10,59 9,43
Pays-Bas 6,80 8,36 9,14 7,04 6,24 Pays-Bas 8,13 8,77 6,33 5,45 13,08
Belgique 14,44 6,12 12,24 9,70 7,23 Belgique 14,56 15,25 14,63 13,52 11,63
Espagne 19,42 19,36 10,95 7,85 7,92 Espagne 18,94 17,56 19,23 12,28 12,82
Autriche 13,10 14,39 12,98 12,53 12,28 Autriche 11,11 10,63 9,77 10,04 10,11
Suède 0,92 1,71 1,63 3,24 13,19 Suède 2,26 1,54 1,51 2,29 6,48
Total 99,12 92,04 93,65 92,13 90,70 Total 93,07 93,37 94,41 92,11 90,84
Distribution Services financiers(b)
M. Niveau (DM, Millions) O. Niveau (DM, Millions)
1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999
Union européenne (a) 10962 14484 27611 38976 57749 Union européenne (a) 8436 11954 41058 93150 146415
N. Parts européennes (%) P. Parts européennes (%)
France 34,08 32,07 27,27 23,20 19,10 France 8,43 7,46 6,30 6,07 4,61
Royaume Uni 15,74 17,27 20,55 19,38 25,51 Royaume Uni 4,52 7,42 11,79 23,19 29,31
Italie 10,88 14,88 12,77 11,42 11,42 Italie 3,58 3,17 6,92 7,25 8,48
Pays-Bas 9,30 9,69 10,03 9,82 9,40 Pays-Bas 12,38 15,58 15,22 10,14 9,25
Belgique 6,81 6,41 6,41 6,29 5,19 Belgique 61,47 58,54 35,79 36,15 31,52
Espagne 4,66 4,17 7,29 7,51 7,49 Espagne 2,55 2,93 5,69 2,68 3,36
Autriche 9,99 8,23 8,30 13,16 12,60 Autriche 5,16 4,84 3,80 3,47 3,36
Suède 2,55 2,37 2,28 2,56 3,05 Suède 0,31 0,33 0,10 1,45 1,80
Total 94,02 95,08 94,90 93,35 93,25 Total 98,39 100,28 85,61 90,40 91,69
Source : Bundesbank, Kapitalverflechtung mit dem Ausland, plusieurs années.
Notes: (a) Union européenne, la Finlande exclue. (b) Finance, holdings mises à part.
n.d.: non disponible.
Bundesbank, Kapitalverflechtung mit dem Ausland, plusieurs années.
La position des autres grandes économies
européennes est plus contrastée. Au sein des pays
d’accueil européens, la hausse de la part de
l’investissement direct allemand manufacturier vers
le Royaume-Uni reflète en grande partie la hausse de
l’inv estissement vers tro is bran ches
manufacturières
[2], tandis que la part de l’IDE
alleman d v ers les deux autres secteurs
manufacturiers britanniques a baissé. En revanche,
le Royaume-Uni a gagné une part considérable
d’IDE dans les services financiers. Étant donnée la
taille relative du
PIB britannique en Europe –
l’Allemagne exclue – nous constatons que le niveau
d’IDE allemand à destination du Royaume-Uni a été
comparativement faible. Ceci est aussi le cas de
l’Italie, pourtant caractérisée par un large marché
d’accueil intérieur. Tou tefois, la part de
l'investissement détenue en Italie est restée
relativement stable, le déclin de la part de
l’investissement dans le secteur électrique ayant été
compensé par une hausse substantielle de
l’investissement dans le reste des secteurs
manufacturiers.
Au sein de l’Europe, la part espagnole de
l’inv estissement alleman d a flu ctué
considérablement. Bien que l'Espagne accueille
toujours un niveau relativement important d’IDE
manufacturier, la quantité d’investissement nouveau
a néanmoins ralenti très nettement ces dernières
ann ées. E n effet, le d éclin marqué de
l’investissement dans le secteur des équipements de
transport, du matériel électrique et électronique, de
la chimie, et des "autres branches manufacturières"
dep uis 1 990 n’a pas été co mp ens é par
l’investissement allemand dans la construction
mécanique. La baisse de l’IDE manufacturier
allemand entrant en Espagne reflète probablement
un transfert d'investissements intensifs en
main-d’œuvre vers l’Europe Centrale et Orientale.
Étant donnée la taille relative de l’économie belge en
Europe, cette dernière a reçu un niv eau
comparativement élevé d’investissements
allemands. Ceci reflète en partie l’importance de
l’intermédiation financière dans ce pays où des
régimes spéciaux d’imposition sont applicables aux
centres de coordination qui entreprennent des tâches
financières et de gestion pour les groupes
multinationaux. La ventilation sectorielle de
l’investissement allemand en Belgique reflète
également les atouts de ce pays, puisque l’IDE
allemand est concentré dans la chimie et les services
financiers.
Au sein de l’Europe, la part de l’IDE allemand
détenue en Autriche et en Suède a crû rapidement
depuis 1990, soutenue par l’accession de ces pays à
l’Union européenne. Le fait que l’Autriche accueille
systématiquement plus d’IDE allemand que la Suède
indique clairement des effets de proximité.
L'impact de l'intégration sur
l’investissement direct
Les changements d’union douanière et des normes
techniques sont reconnus avoirun effet important sur
le niveau et la localisation des investissements
étrangers. La formation initiale de la Communauté
économique européenne a suscité un nombre
considérable d’études empiriques sur les effets de
détournements d’IDE vers la région intégrée
(Yannopoulos, 1990). Plus récemment, le processus
d’intégration européenne a été caractérisé par le
démantèlement des barrières non-tarifaires. Dans le
cas des investisseurs allemands, il est probable que
de telles barrières constituaient l’obstacle principal à
l’accès au reste du marché européen au cours de la
période étudiée. Les résultats d’une enquête
statistiqu e in diquent que les barrières
institutionnelles étaient à l’origine d’obstacles à
l’investissement étranger en Europe (Millington et
Bayliss, 1991).
U n large éventail de mesures vis ant au
démantèlement des barrières non-tarifaires a donc
été introduit dans le cadre du programme de Marché
unique (MU). Celui-ci comprend en particulier des
mesures d’harmonisation des normes techniques et
autres régulations, le retrait des barrières douanières
et des contraintes sur les marchés de capitaux, ainsi
que des mesures visant à ouvrir les marchés publics à
la compétition étrangère. Les progrès, en termes de
mise en œuvre du Marché unique, sont décrits dans
un ouvrage de la Commission européenne (1996).
Certaines des barrières non-tarifaires, comme les
contrôles douaniers, ont précédemment restreint le
commerce alors que l'entrée du marché au moyen de
l’investissement direct est resté inchangée. D'autres
barrières non-tarifaires, telles que l’imposition de
normes techniques et le manque de concurrence sur
les marchés publics, auraient, en revanche, affecté
aussi bien les exportateurs que la production de
filiales étrangères potentielles. Les contrôles sur les
marchés de capitaux auraient, en outre, affecté
l'investissement transfrontalier directement. Enfin,
dans certains secteurs tertiaires, l’IDE se serait
substitué au commerce après la signature d’accords
de reconnaissance mutuelle de normes nationales. Il
est donc légitime de s’attendre à ce que l’impact du
MU soit différent selon les secteurs d’activité et les
pays d’accueil considérés.
Au début de la mise en œuvre du programme de
Marché unique, un nombre considérable de
restructurations a été anticipé dans le secteur
manufacturier en raison d'une plus grande
spécialisation industrielle. Cet argument de
spécialisation implique que les entreprises soient
capables de produire depuis un site unique de
production, en exploitant les économies d'échelle
résultant de l'existence des coûts fixes spécifiques à
la firme pour servir le reste du marché européen au
travers du commerce (Emerson et alii, 1988). Dans
une étude plus récente sur l’évolution de la
spécialisation dans l’UE, Midelfart-Knarvik et alii
(2000) constatent que les pays européens sont
devenus légèrement plus spécialisés depuis le début
des années quatre-vingt, encore que ce processus soit
très progressif.
Les études initiales sur l’impact du Marché unique
n’ont que très peu mentionné l’effet anticipé sur les
flux intra-européens d’investissement direct.
L’argument de spécialisation implique qu’une fois le
Marché unique en place, l’IDE intra-UE baisse
au-dessous de son niveau initial. En revanche, dans
le secteur des biens non-échangés, l’IDE intra-UE
augmenterait au-dessus de son niveau initial.
Intensives en main-d’œuvre, les activités
d'assemblage se concentreraient alors à la périphérie
de l'Europe (notamment dans les pays de l'Europe
Centrale et Orientale) caractérisée par des coûts de
main-d'œuvre relativement faibles. Les activités
plus intensives en capital, comme la production
manufacturière, seraient en revanche localisées plus
près du noyau industriel de l'Europe de l'Ouest
[3].
Les résultats de Midelfart-Knarvik et alii (2000)
indiquent qu’il y a eu une plus grande centralisation
des activités exhibant de larges économies
d’échelles et utilisant une part élevée de produits
intermédiaires dans leur production. Les auteurs
soulignent également que de petites économies
périphériques – telles l'Irlande et la Finlande – ont
réussi à se spécialiser dans les industries de haute
technologie. En outre, les travaux de Pain (1997) et
Pain et Lansbury (1997), menés dans le cadre de
l’évaluation du Marché unique et publiés par la
Commission européenne, ont indiqué que l’IDE
intra-Union européenne a connu un essor significatif
sur la période 1987-1992, tant dans le secteur
manufacturier qu e dans le secteur non-manufacturier.
Il existe un certain nombre de raisons pour lesquelles
l'argument en faveur d'une plus grande concentration
des industries nationales a sous-estimé la possibilité
d’un essor de l’investissement direct intra-UE lors
d’un démantèlement des barrières à l’entrée.
Premièrement, non seulement la mise en œuvre du
programme de Marché unique a mis beaucoup plus
de temps que prévu, mais cette persistance
d’obstacles au commerce tout au long des années
quatre-vingt-dix a rendu l’impact total du processus
d’intégration difficile à évaluer. Certaines politiques
nationales continuent d’obstruer l’accès au marché
et c’est le cas des politiques de contrôle des prix dans
l’industrie pharmaceutique et de l’imposition de
standards environnementaux et des normes
d’étiquetage et d'empaquetage. Enfin, les marchés
peuvent demeurer segmentés par les différences de
préférences des consommateurs. Dans ces différents
cas de figure, le recours à l’investissement direct est
souvent de mise pour accéder aux marchés locaux
et/ou pour établir des entreprises chargées d’adapter
la production aux besoins locaux.
Les récents développements de la théorie de la
géographie économique en concurrence imparfaite
mettent en avant l’endogénéité des avantages de
localisation et montrent dans quelles circonstances
le commerce et la libéralisation des marchés de
capitaux peuvent affecter la répartition spatiale et
sectorielle de l’activité économique (Markusen et
Venables, 1996). La clef de ces modèles réside dans
l’interaction entre les actifs spécifiques à la firme, les
économies d’échelle et les coûts de transport - ou du
commerce. Les actifs spécifiques aux firmes basés
sur la connaissance incluent les innovations et
l’expertise des entreprises en terme de marketing et
de gestion. Tous ces actifs peuvent être utilisés dans
différents établissements détenus par un même
propriétaire et donnent alors lieu à des économies
d’échelle, non pas au niveau de l’établissement, mais
au niveau de l’entreprise. Ainsi les entreprises
multinationales ont des coûts variables inférieurs à
ceux des entreprises de dimension nationale, mais
des coûts fixes plus élevés que ceux de ces dernières.
Markusen et Venables (1996) expliquent que
l’intégration économique progressive – et par
conséquent l'expansion de la taille du marché – peut
engendrer une substitution progressive de
l'investissement international horizontal au
commerce entre les pays d’une même zone. Ceci
découle du fait que l'avantage de coût variable des
multinationales résultant de l'utilisation d’inputs
communs à tous les établissements d’une même
entreprise compense les coûts fixes plus élevés
d’opération d’une firme multiétablissements. Ce
résultat dépend, bien entendu, de la structure des
industries et des pays en question.
Enfin, lors d’un processus d’intégration, l’IDE peut
être motivé par des considérations stratégiques
autant que par le désir de s’implanter dans une région
peu coûteuse (Buigues et Jacquemin, 1994). Si les
marchés sont imparfaitement concurrentiels, les
coûts non recouvrables encourus en entreprenant un
investissement direct à l’étranger peut être un moyen
de gagner le pouvoir de marché nécessaire à
l’exploitation complète d’actifs intangibles tels les
noms de marque, l'expertise en gestion et toute autre
connaissance spécifique à l’entreprise.
Spécifications théorique et
économétrique
Dans notre analyse empirique, nous suivons Barrell
et Pain (1997,1998 et 1999b) et Pain (1997) et
choisissons comme variable dépendante le stock
d’investissement direct allemand à l’étranger
mesuré en dollars à prix constants de 1990. Le stock
d’IDE dans chaque pays d’accueil a été converti en
dollars en utilisant le taux de change bilatéral de fin
d’année entre le dollar et le Deutschemark, celui-ci
étant ensuite déflaté en utilisant le déflateur du PIB
de chaque pays d’accueil exprimé en dollars.
La décision d’investir à l’étranger peut être motivée
par plusieurs facteurs. L’émergence d’entreprises
multinationales découle de la combinaison de
facteurs d’ordre organisationnel et implique tout
autant le regroupement d’activités diverses sous une
propriété et un contrôle communs que la recherche
d’avantages comparatifs qui engendrent la
séparation des activités entre différents pays
(Krugman, 1995). Les entreprises doivent alors
optimiser la taille et la localisation du site de
production, développer des installations assurant la
promotion et soutenant leurs ventes à l’étranger, tout
en préservant leurs actifs.
Notre étude essaie de prendre en compte un large
ensemble de déterminants potentiels des choix
d’implantation incluant la taille du marché
d’accueil, les coûts relatifs du travail, les économies
d’agglomération, les incitations à l’investissement
et la volatilité du taux de change. La justification de
la prise en compte de chacun des déterminants
considérés dans notre étude empirique est présentée
dans la section ci-dessous. Les questions d’ordre
économétrique sont abordées dans la section
ci-après.
Les déterminants de l’investissement direct à
l’étranger
Taille de marché et coûts relatifs
Les indicateurs de taille du marché d’accueil et des
coûts relatifs de production continuent d’être
identifiés comme des facteurs primordiaux dans
beaucoup d’études récentes des déterminants de
l’investissement à l’étranger. La majeure partie de
l’investissement direct est maintenant concentrée
dans les pays de l’OCDE, riches en capitaux,
disposant de dotations similaires et caractérisés par
des coûts relatifs élevés. Dans la mesure où il existe
un avantage-coût à produire en dehors de son pays, il
faut s’attendre à ce que le niveau de la demande
finale et le niveau de croissance des différents
marchés engendrent une hausse du niveau d’IDE.
Jost (1997) et Hubert et Pain (1999) constatent
l’existence d’une relation significative entre le
niveau agrégé d’IDE détenu par les résidents
allemands et des mesures du revenu étranger. Par
exemple, le revenu de pays d’accueil ou de régions
supranationales plus larges comme l’Union
européenne a été identifié comme un facteur
significatif de la croissance de l’investissement à
l’étranger des américains (Barrell et Pain, 1996,
1998 et 1999b), britanniques (Pain, 1997) et japonais
(Barrell et Pain, 1999a). Toutes ces études mettent
également en avant le fait que le taux de change réel,
construit en utilisant les coûts unitaires du travail
exprimés dans une monnaie commune, reste un
facteur ayant une influence significative sur les
choix de localisation.
Nous supposons que les entreprises allemandes
localisées au sein de l’Union européenne ciblent le
marché européen dans son entier. Nous retenons
alors deux indicateurs de la taille du marché, le
premier étant le
PIB agrégé de l’Union européenne
aux prix de 1990, et le second étant la somme de la
production sectorielle de neuf pays
[4] européens.
Afin de vérifier si les considérations de coûts relatifs
ont un impact important sur l’IDE, nous utilisons une
mesure du taux de change réel effectif. Celui-ci est
défini par le coût unitaire du travail du secteur
manufacturier du pays d’accueil, rapporté à une
somme pondérée – les pondérations de
PIB sont
utilisées – des coûts unitaires du travail de quinze
autres économies
[5], et exprimé dans une monnaie
commune. La majorité des données sur les coûts du
travail est issue du "
Bureau of Labour Statistics"
américain. Les coûts unitaires sont utilisés pour
permettre la prise en compte des différentiels de
productivité, salaires et impôts entre pays.
En principe, une mesure plus exhaustive des coûts
pourrait également être considérée pour analyser
l’impact des différences de coûts d’utilisation du
capital par exemple ; cependant ce type de données
est difficile à obtenir en séries temporelles. En
pratique, il est probable que beaucoup d’entreprises
multinationales font face à des coûts d’emprunts
selon lepays européen d’implantation. La différence
majeure de coûts de capital entre pays est toutefois
v raisemb lablement issu e des différences
d’impositions que nous considérons ci-après.
Actifs spécifiques à l’entreprise
Un modèle de choix géographiques d’implantation
se doit d’inclure d’autres facteurs, au-delà de ceux
liés aux considérations de coûts relatifs. La théorie
de la production multinationale (Dunning, 1988 et
Markusen, 1995) et les résultats d’études empiriques
antérieures sur les déterminants de l’IDE ont montré
que la décision d’établir une filiale à l’étranger est
liée au besoin de s’approprier les rentes issues du
développement d’actifs spécifiques à la firme basés
sur la connaissance. L’utilisation productive de ces
actifs n’est ici pas nécessairement confinée à un site
de production unique.
Les résultats de travaux empiriques récents
suggèrent que le dépôt de brevets et la Recherche -
Développement (R&D) contribuent à expliquer la
configuration industrielle et l’ampleur de
l’investissement britannique et américain à
l’étranger; les entreprises opérant dans les industries
intensives en recherche étant plus susceptibles
d’investir à l’étranger (Pain, 1997 ; Barrell et Pain,
1998 et 1999b). Hubert et Pain (1999) montrent
également que les actifs intangibles ont eu une
influence détermi nant e su r les décis ions
d’investissement à l’étranger allemandes, que ce soit
à destination de pays développés ou de pays en voie
de développement.
Dans cette étude, nous suivons Barrell et Pain
(1999b) et utilisons pourapproximer lestock d’actifs
intangibles spécifiques à la firme une mesure du
stock de dépenses en R&D des entreprises
implantées en Allemagne. Une série cohérente de
statistiques sur les flux de dépenses de R&D a été
extraite de la base de données ANBERD de l’OCDE,
et ajustée sur la période antérieure à 1979 afin de
prendre en compte un changement de couverture des
données
[6]. Ces données ont ensuite été converties en
prix constants en utilisant le déflateur du
PIB
allemand. Un stock de référence (
S ) pour l’année
0 1973 a été construit en utilisant la formule
d’approximation suivante :
où g est la moyenne annuelle du taux de
croissance logarithmique des dépenses de R&D sur
la période pour laquelle les données sont
disponibles, δ le taux annuel de dépréciation que
nous supposons égal à 11% d’après Carson et alii
(1994) et R l’observation initiale du flux de
0 dépenses en R&D. Ce stock de référence est par la
suite actualisé en utilisant le modèle standard
d’inventaire perpétuel.
Économies d’agglomération
La différence de structures industrielles entre des
régions ayant la même dotation en facteurs et faisant
face aux mêmes coûts des facteurs ne peut pas être
expliquée par les modèles de localisation faisant
l’hypothèse de concurrence parfaite. Dans de telles
conditions, une entreprise n’a, en effet, que peu
d’intérêt à rester longtemps dans un site puisqu’elle
peut remédier rapidement aux désavantages
concurrentiels. Bien que les aides à l’investissement
puissent susciter l’implantation de nouvelles
industries, dès lors que ces aides ne seraient plus
allouées, les entreprises quitteraient leur site
d’implantation rapidement (Wheeler et Mody, 1992;
Barrell et Pain, 1998).
Les nouvelles théories du commerce international et
de la géographie économique mettent en avant le fait
que les avantages comparatifs dépendent de
l’histoire (Krugman, 1991). Des différences
temporaires de caractéristiques nationales ou
régionales, comme l’allocation d’aides à
l’investissement, peuvent alors avoir des effets
permanents sur la localisation des activités si les
entreprises sont attirées par certaines régions
permettant des économies d’agglomération. Ces
économies sont issues de toute implantation
d’entreprises produisant des externalités positives
pour les firmes voisines. Ce type d’économies
incluent, par exemple, la disponibilité d’une
main-d'œuvre qualifiée, des bassins de firmes
innovantes, la proximité d’entreprises opérant dans
d’autres branches d’activités avec lesquelles il existe
des relations d’affaires étroites (Venables, 1996) et la
dis ponibilité d’infrastructu res financées
publiquement.
Plusieurs études empiriques récentes ont suggéré
que les effets d’agglomération peuvent jouer un rôle
déterminant sur les décisions d’implantation des
entreprises multinationales. Wheeler et Mody
(1992) et Mody et Srinivasan (1998) ont montré que
l’implantation géographique de l’investissement
direct des multinationales américaines et japonaises
est positivement corrélée à des variables reflétant le
stock pré-existant d’investissement direct dans le
pays d’accueil. Dans deux études basées sur des
données d’établissements, Head et alii (1995 et
1999) constatent que l’implantation géographique
de nouveaux investisseurs japonais aux États-Unis
est étroitement liée aussi bien à la localisation
d’investisseurs étrangers déjà implantés et opérant
dans la même branche que le nouvel investisseur
qu’à l’implantation géographique d’autres filiales
japonaises. Mayer et Mucchielli (1998 et 1999)
concluent à des effets similaires sur la base d'une
étude de la localisation des filiales japonaises en
Europe.
Devreux et Griffith (1998) et Barrell et Pain (1998 et
1999b) montrent que les effets d’agglomération
affectent également les choix d’implantation des
entreprises multinationales américaines localisées
en Europe. Deux mes ures différentes
d’agglomération sont utilisées, à savoir la taille du
PIB de l’économie d’accueil rapportée au PIB de
l’Union européenne et la part du pays d’accueil dans
le nombre total de brevets ou de dépenses de R&D en
Europe. Ces deux variables s’avèrent avoir un effet
positif et significatif sur le stock d’IDE à destination
des différents pays d’accueil. Peu d’études
empiriques se sont penchées sur la localisation de
l’investissement à l’étranger des entreprises
européennes. Ferrer (1998) constate que les
variables d’agglomération basées sur l’importance
relative d’industries données dans les régions
européennes sont positivement corrélées à la
distribution régionale de l’emploi des filiales
d’entreprises françaises localisées en Europe. Au
Royaume-Uni, les économies d’agglomération ont
clairement stimulé l’investissement étranger dans
les services financiers au sein de la City de Londres
(Hood et Young, 1997).
Ici, nous testons le rôle potentiel d’économies
d’agglo mération sur la localisation de
l’inv estissement étranger allemand par
l’intermédiaire de trois mesures différentes. La
première est le niveau du PIB du pays d’accueil
rapporté au PIB de l’Union européenne, tandis que la
deuxième est une mesure de la production sectorielle
du pays d’accueil rapportée à la production
sectorielle de l’Union européenne. Ces deux
mesures sont définies en prix constants de 1990 et
converties en dollars en utilisant les PPA de l’année
de référence. Un effet positif lié aux deux variables
ci-dessus est anticipé si des économies d’échelles
associées à la taille du pays existent. La troisième
mesure d’agglomération que nous considérons est
une moyenne mobile sur cinq ans du stock de brevets
accordés par les États-Unis aux filiales étrangères
provenant des pays d’accueil de l’IDE allemand et
rapportée au nombre total de brevets accordés aux
filiales d’entreprises européennes. Une mesure
similaire a été employée par Barrell et Pain (1998).
Nous utilisons cette même source de données dans la
mesure où elle inclut des types de brevets
comparables entre pays et couvre un grand nombre
de pays. Les résultats empiriques antérieurs
soulignent que l’effet d’une telle variable peut être
ambigu. Si les investisseurs cherchent à profiter de la
base technologique du pays d’accueil et à améliorer
les actifs existants de leur firme, alors ils seront
attirés par des sites d’implantation relativement
intensifs en recherche. En revanche, les investisseurs
étrangers peuvent chercher à éviter de s’implanter
dans des sites où des concurrents forts sont déjà
implantés, le niveau élevé d’investissement existant
décourageant alors l’entrée de rivaux sur le marché
(Mayer et Mucchielli, 1998).
Aides à l’investissement
Il existe trois types de mesures d’incitation à
l’investissement : les incitations fiscales, les
incitations financières et les mesures non
financières. Toutes ces mesures d’aides peuvent être
accordées aussi bien à de nouveaux investisseurs
qu’à des investisseurs déjàimplantés dans lecadre de
programmes de suivi de l’investissement (Young et
Hood, 1994). Certaines formes d’aides à
l’investissement peuvent être allouées tant par
l’Union européenne que par les gouvernements
nationaux et/ou locaux. Les mesures d’incitations
fiscales englobent, entre autres, les taux
d’imposition préférentiels, les abattements pour
soutenir l’investissement ou la R&D et les taux
d’amortissement accéléré. Même si les coûts de
production sont égalisés entre différents pays, les
différences internationales d’imposition sur les
sociétés pourraient affecter les choix géographiques
d’implantation si elles affectent les gains après
imposition. Les cotisations sociales peuvent
également être importantes car elles affectent les
coûts du travail dans les différents pays. Les
incitations financières, quant à elles, comprennent
les aides gouvernementales et les subventions, les
garanties de prêts et les dépenses de l’UE en fonds
structurels. Ce type de mesure est souvent
discrétionnaire, la taille du paiement dépendant de la
taille de l’investissement et du type d’activité
entreprise. La troisième catégorie d’aide à
l’investissement couvre les mesures non-financières
et inclut la provision d’infrastructure financée
publiquement comme les sites industriels
d’implantation, l’établissement de zones franches et
l’utilisation de contrats gouvernementaux
préférentiels.
Il est très difficile d’évaluer le montant total dépensé
sur toutes ces formes d’incitations à l’investissement
au cours du temps. Mody et Srinivasan (1998) ont
déjà noté ce problème. Des informations existent sur
les budgets des organismes du secteur public et des
agences locales pour le développement. Cependant,
ces informations sont susceptibles de ne pas prendre
en compte les coûts sociaux de beaucoup d’aides à
l’investissement. Non seulement les aides et les
subventions sont souvent allouées de façon
discrétionnaire, mais la valeur des aides fiscales peut
d épendre de l’éven tuelle rentabilité de
l’investissemen t. A insi, des mesu res
d’approximation doivent être utilisées dans les
études empiriques car, même si des données ex post
sur les dépenses étaient disponibles, elles
n’indiqueraient peut-être pas précisément ce qui
aurait pu être proposé au nouvel investisseur lors de
la décision d’implantation.
Ces dernières années, une vive concurrence entre
gouvernements a vu le jour afin d’attirer des
investisseurs étrangers, les gouvernements étant
entrés dans ce qu’on appelle des "tournois de
localisation" (Wheeler et Mody, 1992). En présence
d’économies d’agglomération, les incitations à
l’investissement peuvent être utilisées comme
instruments stratégiques (Martin et Rogers, 1995)
car l’entrée initiale sur un marché d’un investisseur
peut donner lieu, ultérieurement, à une concentration
importante d'activités industrielles. Même si des
incitations comparables sont consécutivement
proposées par d’autres gouvernements, l’avantage
temporaire acquis par le premier gouvernement peut
engendrer des effets permanents, si le nouvel
investissement en attire d’autres. En revanche, tout
pays ou région abolissant unilatéralement ses aides à
l’investissement pourrait alors perdre une quantité
significative d’investissements futurs (Head et alii,
1999).
La majorité des études empiriques concluent que les
incitations à l’investissement ne constitue pas un
facteur déterminant, que ce soit sur l’ampleur ou sur
la forme de l'investissement international (OECD,
1983 et 1989; UNCTAD, 1998). En revanche, il a été
montré que les aides fiscales peuvent affecter les
choix géographiques d’implantation entre régions
d’un même pays (Coughlin et alii, 1991 ; Head et
alii, 1999), et ce probablement en raison des
disparités des aides disponibles suivant les régions.
Il a également été souligné que les infrastructures
publiques peuvent être déterminantes dans les choix
d’implantation (Coughlin et alii, 1991; Martin et
Velázquez, 1997 ; Ferrer, 1998).
Jusqu’ici, relativ ement peu de travaux
économétriques détaillés semblent avoir été
entrep ris quant au rôle des incitations à
l'investissement sur le choix d’implantation en
Europe. Mayer et Mucchielli (1998) ont utilisé un
modèle logit emboîté pour estimer la probabilité
d’implantation des investisseurs japonais dans l’un
des cinq pays suivants : la France, l’Allemagne, le
Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, sur la période
allant de 1984 à 1993. Le modèle est estimé au niveau
de l’entreprise et quatre mesures différentes d’aides
de l’État sont introduites : le niveau des aides en
capital et subventions, le taux effectif d’imposition
sur les sociétés, les subventions au travail et le niveau
des dépenses financées par le Fond européen pour le
développement régional dans chaque site
d’implantation. Les résultats sont peu concluants.
Les variables d’aides de l’Etat ne sont significatives
que dans le cas où les effets fixes spécifiques aux
pays d’accueil sont exclus du modèle. Cette
exclusion serait cependant clairement rejetée
puisque, lorsque cette restriction est imposée, les
coefficients associés aux variables d’imposition et
des aides en capital deviennent négatifs et
significatifs alors qu’un léger effet positif sur les
fonds structurels européens est observé.
Le fait que les auteurs ne trouvent pas d’effet
significatif en présence d’effets fixes suggère que
des effets liés aux différences de taux d’imposition et
de dépenses entre différents sites d’implantation
sont importants dans le temps alors que la variation
des niveaux ne l’est pas. Dans une autre étude du
même type, Mayer et Mucchielli (1999) montrent à
nouveau que le taux effectif d’imposition a un effet
sur les décisions d’implantations géographiques,
encore que non-significatif.
Ferrer (1998) constate que le niveau des fonds
structurels européens accordés à une région donnée
ainsi que le niveau des aides à l’investissement
allouées par les gouvernements du pays d'accueil ont
une influence négative et significative sur le nombre
de personnes employées dans les filiales étrangères
de multinationales françaises implantées en Europe.
Nous pouvons interpréter ces résultats comme
indiquant que l'investissement a principalement eu
lieu dans des régions à hauts revenus. Ici, le niveau
élevé de l'aide publique fournit simplement un signal
du fait qu 'une régio n es t relativ ement
moins-développée et qu’elle n'a pas pu compenser
entièrement la faiblesse de ses avantages
comparatifs et l'ab sen ce des économies
d'agglomération. Un argument similaire pourrait
être appliqué au cas des résultats liés aux
subventions en capital dans l’étude de Mayer et
Mucchielli. Des résultats du même type ont
également été obtenus par Cantwell et Mudambi
(1998) qui enregistrent que les régions aidées au
Royaume-Uni tendent à attirer des entreprises
multinationales moins intensives en R&D.
Un certain nombre d’études récentes achevées
depuis les enquêtes de l’OCDE (1989) et de
l'UNCTAD (1998) suggèrent que le taux effectif
d’imposition sur les sociétés auquel les investisseurs
étrangers potentiels doivent faire face est devenu de
plus en plus important dans les décisions de
localisation. Le taux d’imposition effectif prend en
compte tant les abattements et crédits que le taux
d’impositio n marginal. Bien que le tau x
d’imposition effectif moyen au travers de différents
sites d’accueil de l’IDE n’affecte pas la probabilité
qu’une filiale américaine s’implante en Europe,
Devereux et Griffith (1998) constatent que ce taux
affecte significativement la probabilité de
s’implanter dans un pays en particulier, une fois que
le choix d’implantation en Europe est fait. En outre,
Young (1999) a montré que la compétitivité fiscale
du Royaume-Uni par rapport à d’autres économies a
eu un effet significatif sur le niveau total de dépenses
en capital fixe au Royaume-Uni.
Dans cet article, nous considérons quatre types
d’incitations à l’investissement :
- l’investissement en capital fixe du gouvernement
du pays d’accueil rapporté à son PIB ;
- les dépenses totales en subventions du
gouvernement du pays d’accueil rapporté àson PIB;
- le niveau des aides structurelles de l’UE allouées
dans le cadre du FEDER au pays d’accueil et
rapporté à son PIB;
- le taux effectif d’imposition sur les sociétés dans le
pays d’accueil.
Des données comparables peuvent être obtenues
pour toutes ces mesures et tous les pays européens
considérés ici. Dans le cadre de notre étude
économétrique, toutes les mesures spécifiques au
pays d’accueil sont introduites sous forme de ratios
rapportés à une somme pondérée de variables
équivalentes pour les autres pays d’accueil
potentiels. Nous employons cette méthode car les
choix géographiques d’implantation dépendent des
coûts relatifs au travers de différents sites
d’implantation possibles et non pas seulement sur les
coûts d’un site d’implantation
[7]. Étant donné que les
variables sont introduites sous forme de ratio, nous
ne nous attendons pas à ce qu’elles aient un effet
permanent à la hausse sur le stock d’investissement
direct vers diverses localisations. Elles peuvent non
seulement constituer un indicateur important des
fluctuations des niveaux d’aides au cours du temps,
mais peuvent également affecter le niveau des
nouveaux flux d’IDE pendant plusieurs années.
Les dépenses en capital fixe et les ressources issues
des fonds structurels européens constituent des
indicateurs de dépenses publiques en infrastructure.
Le niveau des dépenses gouvernementales en
subventions fournit également un indicateur global
du niveau d’incitations et comprend les dépenses en
subventions allouées tant aux entreprises nationales
qu’aux entreprises étrangères
[8]. En revanche, il est
possible que le niveau des nouvelles dépenses en
capital fixe ne constitue pas un bon indicateur du
stock total d’investissement pu blic,
particulièrement si les dépenses publiques sont
temporairement réduites pour des raisons
budgétaires ou si les privatisations ré-allouent une
part importante des infrastructures publiques au
secteur privé
[9]. Les résultats empiriques doivent
donc être interprétés avec prudence, encore qu'une
réduction du niveau de l'investissement de
remplacement peuvent naturellement envoyer un
signal fort aux investisseurs potentiels.
Les aides allouées dans le cadre du FEDER
représentent environ 40% des fonds structurels
européens totaux. Le FEDER fut créé en 1975 afin de
soutenir les projets d’investissement visant à réduire
les disparités économiques qui existent entre régions
au sein de l’Union européenne. Ici, nous suivons les
travaux de Mayer et Mucchielli (1998) et Ferrer
(1998) en nous concentrant sur cette forme d’aide
pour deux raisons. D’une part, il est possible
d’obtenir des données cohérentes depuis 1975, les
autres formes de fonds structurels ayant fait l’objet
de différents types d’arrangements au cours du
temps. D’autre part, les paiements dans le cadre du
FEDER sont particulièrement importants dans les
choix géographiques d’implantation dans la mesure
où ils affectent des facteurs comme l’infrastructure.
Les autres formes de fonds structurels comme les
aides à l’agriculture et à la pêche sont importantes
pour les individus travaillant dans ces secteurs, mais
ont probablement peu d’impact sur les choix
d’implantation en matière d’investissements
mobiles.
À niveaux de profits avant imposition donnés, les
entreprises allemandes sont clairement incitées à
éviter de s’implanter dans des pays où les taux
d’impositions sont élevés puisque la majeure partie
des revenus générés à l’étranger sont exempts
d’impôts (Weichenrieder, 1996). Quand bien même
il est difficile de rendre compte de tous les effets d’un
système d’imposition d’un pays d’accueil avec un
seul indicateur, il est important de prendre en compte
les effets des dotations aux investissements, des
crédits d’impôts ainsi que du taux marginal
d’imposition sur les profits. Ici, nous suivons
Mendoza
et alii (1993) et calculons un taux
d’imposition effectif sur les sociétés équivalant aux
montants d’impôts sur les revenus et profits des
sociétés reçus, rapporté à l’excédent total des
entreprises
[10]. Nous faisons ici l’hypothèse que ce
taux effectif d’imposition est celui auquel une
entreprise étrangère représentative doit faire face.
Nous suivons Young (1999) et définissons notre
variable de compétitivité fiscale comme suit :
où :
Ï„ = taux d’imposition effectif sur les revenus autres
j que les revenus du travail dans le pays d’accueil j;
Ï„ = taux d’imposition effectif sur les revenus autres
k que les revenus du travail dans les autres pays
d’accueil potentiels k j≠.
Si le taux effectif d’imposition affecte la localisation
de l’investissement international, la variable de
compétitivité fiscale définie ci-dessus devrait être
associée à un coefficient positif dans notre étude
empirique. Les pondérations utilisées
w sont basées
k sur les parts des pays dans le
PIB de l’OCDE à prix
constants
[11].
Volatilité du taux de change
La littérature actuelle sur l’IDE propose un éventail
de raisons pour lesquelles la variabilité du taux de
change peut affecter l’investissement direct. Les
modèles simples de portefeuille impliquent que la
hausse du risque associé à un actif particulier
p ourrait entraîner une baisse du niveau
d’investissement dans cet actif. Ceci dépend bien
entendu de la corrélation entre les risques associés à
différents actifs. Bien qu’il soit possible de s’assurer
contre le risque de change, ceci n’est pas sans coût.
La volatilité du taux de change peut directement
contribuer à l’incertitude quant à la période à
laquelle une transaction sera décidée. Si les
entreprises ont une aversion pour le risque, alors
l’incertitude quant aux futures variations de taux de
change pourrait agir comme une barrière aux
dépenses à l’étranger (Barrell et Pain, 1996).
Il se peut également que l’impact de la variabilité du
taux de change sur l’investissement d’un pays donné
dépende de l’importance de cette économie au sein
d u marché régional. Ceci est sans doute
particulièrement important dans le cas de
l’Allemagne, puisque le marché allemand reste la
destination principale de beaucoup de marchandises
échangées par les entreprises allemandes implantées
dans le reste de l’Europe. Ceci pourrait alors
impliquer que les investisseurs allemands préfèrent
produire dans des pays dont le taux de change est
ancré sur celui du deutschemark.
Il n’existe pas de mesure unique de la volatilité du
taux de change. Dans cette étude, nous utilisons un
écart type mobile sur trois ans du taux de change
bilatéral du pays d’accueil contre le deutschemark.
Si l’on dénote par e le taux de change bilatéral
j t, nominal du pays ou de la région d’accueil j contre le
deutschemark à la période t, la volatilité nominale du
taux de change est alors définie comme suit :
Cette mesure sera égale à zéro si le pays d’accueil de
l’investissement direct à un taux de change fixe
contre le deutschemark et égale à une constante si le
taux de change bilatéral varie à taux constant.
Questions économétriques
La spécification du modèle à estimer inclut un effet
fixe spécifique à chaque branche et chaque pays
d’accueil
α, où
i dénote la branche d’activité et
j le
ij pays d’accueil. Sont aussi introduites (
n - p)
variables indicatrice de temps, où
n dénote le nombre
d’années considérées dans notre échantillon
[12]. Les
effets fixes capteront tous les effets spécifiques aux
branches et aux pays d’accueil, invariants dans le
temps. Ces effets peuvent comprendre des facteurs
tels que la distance, une frontière ou une langue
commune. En outre, la valeur des effets fixes
reflétera la valeur moyenne des variables
indépendantes de l’échantillon. Les indicatrices de
temps, quant à elles, refléteront les effets de toutes
variables omises dans notre modèle dont l’impact a
évolué au cours du temps. Enfin, des paramètres
communs de pente sont imposés pour toutes les
branches et tous les pays d’accueil.
Nous tenons compte de l’existence potentielle de
coûts d’ajustement et estimons un modèle
dynamique d’ajustement partiel en panel, en incluant
la variable dépendante retardée comme variable
explicative. Il est généralement accepté en économie
que les coûts d’ajustement sont importants, affectant
tant le comportement des entreprises que celui des
individus (par exemple cf. Bean, 1981). De tels coûts
devraient également affecter la date à laquelle les
décisions d’IDE sont prises et mises en œuvre.
L’existence de coûts d’ajustement implique alors
que le stock d’investissement désiré et le stock
d’investissement réalisé ne coïncident pas
nécessairement année après année
[13].
Il existe des différences importantes entre notre
spécification et celles de modèles utilisés
précédemment comme celui de Culem (1988) et de
Moore (1993). Ces derniers utilisent une
spécification qui associe l’évolution courante du
stock d’investissement direct – soit le flux
d’investissement – avec des facteurs comme la taille
du marché, etc., facteurs suggérés par la théorie
comme étant des cours déterminants du stock désiré
d’IDE. L’omission de la variable dépendante
retardée comme variable explicative implique ici
une perte d’information potentiellement cruciale qui
pourrait in fine engendrer des problèmes de
mauvaise spécification du modèle.
L’inclusion de la variable dépendante retardée rend,
en outre, nécessaire l’utilisation d’estimateurs basés
sur une technique de variable instrumentale. Bien
que notre échantillon ait une dimension temporelle
relativement riche de seize années pour chaque
coupe transversale, l’inclusion de la variable
dépendante retardée est tout de même susceptible
d’induire un biais, lié à la petite taille de
l’échantillon, sur les estimateurs du modèle à effets
fixes. Nous utilisons donc comme variables
instrumentales les retards précédents de la variable
dépendante ainsi que ceux de la demande de l’Union
europénne.
Les estimations ont été menées sur un échantillon
couvrant les années 1981 à 1996. Au delà de 1996,
toutes les données nécessaires à la construction des
variables indépendantes ne sont malheureusement
pas disponibles. Huit pays d’accueil sont inclus – la
France, le Royaume-Uni, la Suède, l’Espagne,
l’Autriche, les Pas-Bas, l’Italie et la Belgique – ainsi
que sept branches d’activité distinctes – la chimie, le
secteur du matériel électrique et électronique, les
équipements de transport, la construction
mécanique, les "autres branches manufacturières",
la distribution et les services financiers. La
dimension potentielle de notre échantillon est donc
de 896 observations annuelles. Cependant, nous
avons supprimé les observations associées au
secteur des transports pour la Suède puisqu’aucun
chiffre n’est publié entre 1979 et 1988 – exceptépour
l’année 1982 – afin de préserver le caratère
confidentiel des données.
Changement structurel
Afin de permettre la prise en compte d’effets
potentiels de changement structurel résultant du
processus d’intégration européenne nous incluons
une indicatrice pour chaque pays d’accueil et chaque
secteur d’activité. Ces variables sont égales à l’unité
sur la période 1990-1996, nulles autrement, et
captureront tous les effets spécifiques, à la fois au
secteur d’activité et au pays d’accueil, qui ont changé
systématiquement depuis 1990 mais qui ne sont pas
pris en compte dans le reste du modèle. Étant donné
qu’il peut exister de nombreuses sources de
changement structurel, il n’est pas possible de faire
d’hypothèses
a priori quant aux signes des
coefficients associés aux différentes branches. Nous
omettons l’indicatrice de la Belgique pour nous
assurer que les indicatrices ne sont pas linéairement
dépendantes
[15]. Chaque coefficient associé aux
indicatrices sectorielles est donc à attribuer à la
Belgique et la somme de ces coefficients correspond
implicitement au coefficient de la Belgique toute
entière. Pour tous les autres pays, l’effet du
changement structurel spécifique à chaque branche
est égal à la somme du coefficient industriel et du
coefficient pays.
Le double objectif de nos travaux de recherche est
d’étudier l'impact des aides à l'investissement sur les
cho ix géograp hiques d’implantation de
l’investissement direct à l’étranger en Europe et
d’analyser dans quelle mesure un changement
structurel lié au processus d’intégration a eu lieu.
Nous présentons ici les résultats de notre analyse
empirique, en commencant par porter notre attention
sur les résultats concernant l’identification des
déterminants de l’investissement direct allemand en
Europe entre 1981 et 1996. Nous examinons en
particulier l’effet des variables d’aides à
l’investissement sur les décisions de localisation en
équilibre de long terme. Dans un second temps, nous
vérifions l’existence d’un changement structurel lié
au processus d’intégration européen et discutons des
effets spécifiques aux pays et/ou aux secteurs
d’activité.
Présentation des spécifications retenues
Les résultats de l’estimation économétrique de deux
modèles (1 et 2) sont présentés dans le tableau 2.
Dans le cas du deuxième modèle, trois variables pour
lesquelles la statistique t de Student est inférieure à
l’unité dans le premier modèle ont été omises. Dans
les deux modèles, les paramètres associés aux
indicatrices de la période 1990-1966 confirment
l’existence d’un changement structurel. Neuf des
q uato rze co efficients s ont aussi bien
individuellement que conjointement significatifs,
comme le montrent les statistiques t de Student du
tableau 2 et les résultats d’un test de Wald
[Wald(14)=44,38 pour le premier modèle].
Nos résultats sont conformes aux résultats issus
d’autres études ayant pour but d’identifier les
déterminants de l’investissement direct. Les
avantages concurrentiels ainsi que les coûts relatifs
de production associés aux différents pays d’accueil
déterminent clairement l’ampleur et la répartition
géographique de l’investissement direct allemand.
L’accumulation d’actifs spécifiques à la firme, en
termes de R&D, s'avère être un facteur important qui
a contribué à la hausse du niveau de l’investissement
direct allemand à l’étranger. Dès lors, un niveau
élevé d’IDE ne doit pas être nécessairement
interprété comme le fait que l’Allemagne soit
devenue un site d’implantation moins attrayant pour
les investisseurs, mais plutôt comme un signe de
bonne santé concurrentielle de l’Allemagne. Ainsi,
les résultats de la deuxième estimation indiquent
qu’une hausse permanente du stock de R&D, dans un
secteur donné, d’un point de pourcentage donnerait
lieu, in fine, à une hausse du stock allemand d’IDE de
1,75 %.
Tableau 2
déterminants de l’IDE allemand
Tableau 2 : déterminants de l’IDE allemand
Variable dépendante : ln(FDI)ijt; Période d’analyse : 1981-1996; Nombre d’observations : 880
Variables explicatives Modèle 1 Modèle 2
ln (FDIij,t-1 ) 0,7485 (10,7) 0,7461 (10,7)
ln (PIB UE)t - ln (PIB UE)t-1 3,0116 (2,4) 3,3075 (2,6)
ln (Output sectoriel de l’UE)i,t-1 0,3246 (2,6) 0,2539 (3,6)
ln (Stock de R&D allemand)i,t-1 0,4268 (2,6) 0,4461 (2,8)
ln (Coûts unitaires relatifs du travail)j,t-1,0074 (5,3) -0,9918 (5,4)
(100*PIB/PIB UE)j,t-1 0,2344 (3,4) 0,2217 (3,4)
(100*Brevets du pays d’accueil / Brevets de l’UE)j,t-1 0,0840 (2,2) 0,0832 (2,2)
(100*Output du pays d’accueil / Output de l’UE)ij,t-1-0,0127 (0,8)
(Volatilité du taux de change nominal)j,t-1-0,6569 (1,1) -0,6197 (1,1)
(Variable indicatrice pour l’appartenance à l’UE)j,t-0,0415 (0,6)
(Indice de compétitivité fiscale)j,t 0,5174 (1,1) 0,6173 (1,3)
(Subventions gouvernementales relatives / PIB)jt-0,0231 (0,3)
(Fonds structurels relatifs/ PIB)jt-0,0206 (1,1) -0,0260 (1,8)
(Investissement gouvernemental relatif / PIB)jt 0,1749 (2,5) 0,1673 (2,5)
(Chimie 90-96)i,t 0,2387 (2,9) 0,2509 (3,2)
(Matériel électrique et électronique 90-96)i,t 0,1127 (1,3) 0,1195 (1,3)
(Equipements de transport 90-96)i,t 0,2522 (2,0) 0,2808 (2,3)
(Construction mécanique 90-96)i,t 0,2420 (2,6) 0,2821 (3,1)
(autres branches manufacturières 90-96)i,t 0,3505 (3,9) 0,3913 (4,3)
(Distribution 90-96)i,t 0,1762 (2,0) 0,1915 (2,3)
(Services financiers 90-96)i,t 0,2427 (2,2) 0,2428 (2,3)
(Royaume-Uni 90-96)j,t 0,0464 (0,5) 0,0379 (0,4)
(France 90-96)j,t-0,2267 (3,5) -0,2149 (3,4)
(Suède 90-96)j,t 0,1090 (0,9) 0,0814 (0,9)
(Espagne 90-96)j,t-0,1286 (2,2) -0,1303 (2,3)
(Autriche 90-96)j,t-0,0591 (1,1) -0,0760 (1,7)
(Pays-Bas 90-96)j,t-0,1488 (2,1) -0,1451 (2,1)
(Italie 90-96)j,t-0,0094 (0,1) -0,0198 (1,3)
R bar au carré 0,9756 0,9756
Erreur standard 0,2263 0,2260
Corrélation sérielle LR(1)=0,67 LR(1)=0,73
Notes : les chiffres entre parenthèses sont des statistiques t de Student corrigées de l’hétéroscédascticité.
Les effets de taille de marché sont bien déterminés,
que ce soit en ce qui concerne le niveau d’output
sectoriel européen ou en ce qui concerne la
croissance du PIB total européen. Cette dernière
mesure s’avère toutefois être un meilleur indicateur
de la croissance du marché européen que la demande
spécifique à la branche où l’investissement
intervient. Une élasticité de long terme unitaire de
l’output sectoriel est imposée puisque cette
restriction est acceptable [Wald(1)=0,34]. Toutes
autres choses égales par ailleurs, cette restriction
implique que l’investissement dans un secteur
d’activité donné a augmenté à la même vitesse que le
niveau de l’output sectoriel agrégé au niveau
européen.
En outre, nos résultats montrent que les forces
centrifuges et centripètes ne sont pas négligeables.
Les coefficients associés aux variables d’économies
d’agglomération comme la taille relative du marché
national – mesurée en termes de part du PIB – et la
base nationale de recherche sont positifs et
statistiquement significatifs. Ceci implique que,
toutes choses égales par ailleurs, les investisseurs
préfèrent s’implanter sur des grands marchés. Les
coefficients de la deuxième estimation impliquent
qu'une augmentation permanente d'un point de
pourcentage de la part du pays d’accueil dans le PIB
européen donnerait lieu à une augmentation de
0,87% du stock d’IDE allemand à destination de ce
pays. De la même façon, une hausse permanente d’un
point de pourcentage de la part d’un pays d’accueil
dans le stock européen de brevets donnerait lieu à une
croissance de 0,32 % du stock d’IDE allemand vers
ce pays. Les forces centrifuges sont également
importantes. Toutes choses égales par ailleurs, une
hausse de 1% des coûts unitaires de la main-d’œuvre
d’un pays d’accueil relatif aux coûts encourus dans
tous les autres pays d’accueil potentiels entraînerait
une réduction du stock d’IDE de long terme du dit
pays de 3,9 %. Les réalignements de taux de change
réels et prolongés ne sont pas sans coût. Des
conclusions similaires ressortent d’une étude des
déterminants de l’implantation géographique de
l’investissement direct japonais et américain
(Barrell et Pain, 1998,1999a et 1999b).
L’impact des quatre mesures d’incitation à
l’investissement sur l’investissement direct n’est pas
clair. Ceci peut naturellement refléter l’utilisation de
mesures d’approximation. Le résultat le plus
significatif concerne l’effet de l’investissement
gouvernemental rapporté au
PIB du pays d’accueil
relatif au même ratio pour les autres pays d’accueil
potentiels. Cette variable a un effet positif et
significatif dans les deux modèles, reflétant
l’importance relative de l’infrastructure dans le pays
d’accueil. L’effet positif de l’investissement public
est cependant en partie compensé par l’effet négatif
de la part relative des fonds structurels du FEDER
dans le
PIB. Cet effet, non-significatif dans le
premier modèle, devient significatif au seuil de 10 %
lors de la deuxième estimation et suggère qu’un pays
attire comparativement plus d’IDE entrant s’il est
déjà relativement bien développé. Bien que les zones
relativement plus pauvres aient besoin de plus
d’aides structurelles afin de combler leur retard sur
les régions les plus avancées économiquement, ces
aides s’avèrent cependant insuffisantes pour
compenser tous les inconvénients de départ
[15].
Il est intéressant de comparer nos résultats
empiriques aux conclusions du modèle théorique
développé par Martin et Rogers (1995). Ces auteurs
montrent que l’impact sur la localisation des
politiques régionales d’aides conçues afin
d’améliorer l'infrastructure dépend du type
d'infrastructure financé. Leur modèle distingue deux
types d’infrastructures : l’infrastructure nationale,
facilitant le commerce à l’intérieur d’un pays et
contribuant à la hausse de la demande finale, et
l'infrastructure internationale facilitant le commerce
entre pays. Les politiques améliorant l'infrastructure
nationale devraient être salutaires, en particulier si le
pays d ispose d’une bonne infrastructu re
intern ationale. Un e demand e plus élev ée
encouragerait l’exploitation d’économies d'échelle.
En revanche, les politiques visant à améliorer
l'infrastructure internationale pourraient s’avérer
contre-productives dans les pays bénéficiant d’une
moins bonne qualité d’infrastructure nationale. En
effet, les entreprises pourraient alors s’implanter
dans des pays à revenu plus élevé tout en accédant
facilement aux marchés des pays à revenu plus
faible. Nos résultats sont conformes aux conclusions
de ce modèle si nous sup posons qu e les
investissements financés par le FEDER visent
principalement à améliorer l'infrastructure
internationale – ports et aéroports – tandis que
l'investissement financé par les gouvernements vise
à améliorer l’infrastructure interne au pays.
Nous trouvons un effet positif associé à la
compétitivité fiscale conforme aux résultats de
Young (1999). L’effet n’est cependant pas
significativement différent de zéro, que ce soit dans
la première ou dans la deuxième estimation. Le
coefficient indique néanmoins qu’une hausse du
taux effectif d’imposition sur les sociétés dans un
pays, relatif à celui pratiqué dans d’autres pays
d’accueil, peut réduire l’investissement direct vers
ce premier pays. En revanche, l’effet de la part dans
le PIB des dépenses en subventions dans un pays
relativement à la part dans le PIB des dépenses dans
tous les autres pays d’accueil potentiels est faible,
négatif et non-significativement différent de zéro.
Pour mieux appréhender les effets des mesures
fiscales incitatives sur l’IDE, il est nécessaire
d’examiner les coefficients en équilibre de long
terme. En ce qui concerne les résultats empiriques du
second modèle, l’équilibre de long terme peut être
exprimé comme suit:
où le terme Ï„ dénote le taux effectif d’imposition
j sur les sociétés dans le pays j, G représente
j l’investissement public rapporté au PIB, SF dénote
j les ressources provenant du FEDER rapportées au
PIB et w est une pondération associée à chaque pays
k d’accueil potentiel k.
Il est clair que l’impact d’une politique nationale
d’incitation à l’investissement dépend de la politique
suivie par les autres pays d’accueil potentiels. En
supposant que l’investissement public des autres
pays d’accueil potentiels représente en moyenne 1 %
du PIB, une augmentation d’un point de pourcentage
du ratio de l’investissement public rapporté au PIB
du pays d’accueil devrait donner lieu à une hausse du
stock d’investissement allemand de 0,659 %. En
revanche, si l’investissement public représente en
moyenne 2 % du PIB chez les concurrents, alors une
hausse de 1 % de l’investissement national public
rapporté au PIB n’entraînerait plus qu’une hausse de
l’IDE allemand de 0,33 %. De la même façon, une
augmentation d’un point de pourcentage des fonds
structurels reçus du FEDER et rapportés au PIB
réduirait le niveau d’IDE allemand dans le pays
d’accueil de 0,102 % à condition que les fonds
structurels reçus du FEDER représentent en
moyenne 1 % du PIB dans les autres pays d’accueil
potentiels. De plus, nous notons que ces
semi-élasticités sont relativement faibles comparées
aux élasticités des autres variables incluses dans le
modèle, comme celle de la R&D allemande ou celle
des coûts de la main-d’œuvre.
Le coefficient associé à la variable mesurant la
volatilité du taux de change bilatéral nominal est
négatif, mais non-significatif. Ceci implique que,
même si certains investisseurs allemands ont préféré
investir dans des pays étrangers dont le taux de
change nominal avec le deutschemark est resté
relativement stable, la majorité des investisseurs
allemands implantés en Europe n’ont pas exprimé
cette préférence dans leurs choix d’implantation. En
outre, le coefficient associé à l’indicatrice
d’appartenance à l’Union européenne n’est pas
significatif.
Dans les deux modèles, la valeur du coefficient
associé à la variable dépendante retardée suggère
une inertie considérable de l’investissement à
l’étranger. Ce résultat corrobore l’idée que des coûts
d’ajustements existent au niveau de l’investissement
international. Le coefficient est néanmoins
significativement différent de l’unité impliquant le
rejet d’un modèle en différences premières –
c’est-à-dire un modèle de flux d’investissement où
les stocks des périodes antérieures n’auraient pas été
pris en compte – par les données statistiques.
Enfin, le test présenté sur la dernière ligne du tableau
2 est un test de corrélation sérielle du premier ordre
(Barrell et Pain, 1999a). Beaucoup d’analyses de
données en panel ne présentent pas de statistiques de
diagnostic souvent relativement aisées à calculer.
Les tests concluent ici à une absence de corrélation
sérielle, quelle que soit la spécification utilisée.
L’impact de l’intégration européenne
D’après les résultats des deux estimations
présentées, le niveau d’IDE allemand à destination
de la Belgique (pays de référence) depuis 1990 est
plus élevé que ce à quoi l’on aurait pu s’attendre si le
mouvement d’intégration européenne n’avait pas eu
lieu. C’est en effet ce que suggèrent les coefficients
positifs et significatifs des variables indicatrices
sectorielles. Les résultats pour les autres pays ne sont
pas aussi tranchés. Les coefficients des indicatrices
du Royaume-Uni, de la Suède, de l'Autriche et de
l'Italie sont tous non-significatifs, indiquant que
l’impact de l’intégration européenne a été similaire
dans les pays cités et en Belgique. En revanche, les
coefficients des indicatrices de la France, de
l’Espagne et des Pays-Bas sont tous négatifs et
significatifs : l’effet de l’intégration européenne sur
le niveau du stock des IDE allemands est donc plus
faible dans ces pays qu’en Belgique. Dans la grande
majorité des secteurs, ces effets indiquent
néanmoins que le stock d’IDE allemand s’est accru
en raison du processus d’intégration européenne,
comme le montre la somme des effets industriels et
nationaux (tableau 3).
Il est utile de rappeler que la spécification des
indicatrices utilisée ici, avec des effets distincts pour
chaque branche et chaque pays, est une spécification
restreinte d’un modèle plus général où un effet
individuel peut être distingué pour chaque couple
pays-branche. Si nous considérons un échantillon
incluant n branches et m pays, le modèle général
comprend alors ( )n m× indicatrices. Le modèle que
nous venons d’utiliser n’en compte que ( )n m+ -1.
Un test vérifiant la validité de l’ensemble des
( ) ( )n m- × -1 1 restrictions peut être conduit et
implique que la différence entre les coefficients
spécifiques à une branche entre deux pays, quels
qu’ils soient, est la même quelle que soit l’industrie
considérée. Le second modèle est ré-estimé sans
aucune restriction sur les indicatrices, c’est-à-dire
que les (n m× ) indicatrices sont comprises. Le test
requis pour passer du modèle général au second
modèle est validé [Wald(41)=53,26].
Tableau 3
coefficients associés aux indicatrices de changements structurels du modèle 2
Tableau 3 : coefficients associés aux indicatrices de changements structurels du modèle 2
Chimie Matériel électriqueet électronique Equipementsde transport Constructionmécanique Autres branchesmanufacturières Distribution Servicesfinanciers
Royaume-Uni 0,289 (2,9) 0,157 (1,4) 0,319 (2,3) 0,320 (2,9) 0,429 (3,8) 0,229 (2,2) 0,281 (2,2)
France 0,036 (0,5) -0,095 (1,1) 0,066 (0,6) 0,067 (0,8) 0,176 (1,9) -0,023 (0,3) 0,028 (0,3)
Suède 0,332 (3,0) 0,201 (1,6) n.d. 0,363 (3,0) 0,473 (4,2) 0,273 (2,5) 0,324 (2,5)
Espagne 0,121 (1,5) -0,011 (0,1) 0,151 (1,3) 0,152 (1,7) 0,261 (3,0) 0,061 (0,7) 0,113 (1,0)
Autriche 0,175 (2,4) 0,043 (0,5) 0,205 (1,7) 0,206 (2,5) 0,315 (3,9) 0,116 (1,5) 0,167 (1,7)
Pays-Bas 0,106 (1,1) -0,026 (0,3) 0,136 (0,9) 0,137 (1,4) 0,246 (2,4) 0,046 (0,5) 0,098 (0,8)
Italie 0,231 (2,3) 0,100 (0,9) 0,261 (1,9) 0,262 (2,5) 0,371 (3,3) 0,172 (1,7) 0,223 (1,8)
Belgique 0,251 (3,2) 0,120 (1,3) 0,281 (2,3) 0,282 (3,1) 0,391 (4,3) 0,192 (2,3) 0,243 (2,3)
Notes : les chiffres entre parenthèses sont des statistiques t de Student corrigées de l'hétéroscédascticité. n.d. : non disponible.
La matrice totale des coefficients issus de la
combinaison des effets des indicatrices sectorielles
et nationales du second modèle est présentée dans le
tableau 3, ainsi que les statistiques
t de Student
correspondantes. Les coefficients impliquent, par
exemple, que le niveau du stock d’IDE allemand
dans le secteur des produits chimiques en direction
du Royaume-Uni est en moyenne 33,5% plus élevé
entre 1990-1996 qu’auparavant, cette hausse
pouvant être attribuée au processus d’intégration
européenne
[16]. L’effet premier du processus
d’intégration européen a été d’entraîner une hausse
l’investissement direct allemand dans quasiment
tous les pays d’accueil et les secteurs considérés.
Seuls quatre des cinquante-cinq coefficients estimés
sont négatifs et plus de la moitié ne sont pas
différents de zéro. Nos résultats ne confirment donc
pas l’hypothèse selon laquelle un démantèlement
des barrières au commerce donnerait lieu à une
concentration des activités économiques dans un
nombre plus restreint de sites d’implantation.
L’intégration économique européenne a donc permis
un développement de l’IDE allemand depuis 1990,
notamment en Belgiqu e, en Suède et au
Royaume-Uni, et ce quel que soit le secteur
d’activité. L’entrée de la Suède, d’abord dans
l’Association européenne de libre échange (AELE),
puis dans l’Union européenne, peut être une
explication.
À première vue, il est étonnant que les effets liés à
l’intégration européenne soient équivalents en
Belgique et au Royaume-Uni aux vues des
évolutions globales de l’IDE allemand dans ces deux
pays (cf. tableau 1). Ainsi, la hausse de la part de
l’investissement direct allemand au Royaume-Uni
entre 1990 et 1996 était plus importante que celle en
Belgique. Cependant, d’après les résultats de notre
estimation, une grande partie de ces différences est
ex pliquée par l’évolution d e variables
indépendantes spécifiques à chaque pays. En effet,
pour le Royaume-Uni, l’afflux d’IDE allemand peut
se justifier par l’amélioration des coûts unitaires du
travail et de sa compétitivité fiscale. En revanche, la
Belgique a perdu une partie de l’investissement
allemand qu’elle recevait, non seulement en raison
d’une perte de compétitivité dans ces deux domaines
mais également à cause d’une coupe drastique du
niveau de l’investissement public afin d’améliorer la
performance fiscale de la Belgique et de faciliter son
entrée au sein de l’Union monétaire européenne. Par
conséquent, une proportion plus importante de la
croissance de l’investissement allemand en
Belgique est expliquée par l’introduction des
indicatrices pour la période 1990-1996.
Bien que la France, l’Espagne et les Pays-Bas
semblent avoir relativement moins bénéficié d’IDE
allemand suite à l’intégration européenne, tous ont
cependant connu des gains d’investissement
significatifs dans au moins une branche d’activité. Il
est intéressant de comparer l’expérience de la France
à celle de l’Italie puisque les chiffres présentés dans
le tableau 1 indiquent que la France a attiré
relativement plus d’IDE allemand que l’Italie. Les
variables explicatives introduites dans notre modèle
– telle la réduction des investissements publics de
ces dernières années pour consolider la position
fiscale de l’Italie – peuvent expliquer une grande
partie du déclin de la part italienne d’IDE allemand
en Europe. Alors qu’en Italie la compétitivité-coût
s’est améliorée après l’effondrement du Système
monétaire européen en 1992, la volatilité du taux de
change bilatéral lire-deutschemark s’est accentuée.
En revanche, la France a continué de bénéficier
d’une grande stabilité monétaire et a maintenu un
niveau élevé d’investissement public. Par
conséquent, le coefficient attaché à l’indicatrice de la
France est plus négatif que celui de l’Italie car moins
de facteurs inclus dans notre modèle peuvent
expliquer la plus lente expansion de l’investissement
direct en France.
Le signe des effets constatés dans les deux secteurs
non-manufacturiers est conforme à nos attentes. Le
démantèlement des barrières à l'entrée dans les
industries de services financiers a donné lieu à une
forte croissance des fusions et acquisitions
internationales. Dans le même temps, l’amélioration
de l’accès aux marchés des biens échangeables a
réduit le besoin d’investissements séparés pour
développer des réseaux de distribution permettant
l’accès aux marchés.
La configuration des effets spécifiques aux secteurs
manu facturiers fait état d’une baisse de
l’investissement autrement non expliquée par le
modèle dans le secteur du matériel électrique et
électronique. Une petite baisse, non-significative, de
l’investissement dans ce secteur est observée en
Espagne, en France et aux Pays-Bas. Le niveau plus
faible d’IDE pourrait, ici, être le reflet d’une
délocalisation de la production de l’Allemagne vers
les pays del’Europe de l’Est. Bien que dans le secteur
transports man ufacturiers, une vague de
délocalisations ait eu lieu vers les pays de l’Europe
de l’Est, les coefficients de l’indicatrice associée à ce
secteur ne sont cependant pas tous négatifs.
Conclusions et implications
Les travaux de recherche présentés ici avaient pour
objectif d’étudier l'impact des aides à
l'investissement sur les choix géographiques
d’implantation de l’investissement direct à
l’étranger en Europe. Une étude économétrique a été
menée afin d’identifier les facteurs affectant le choix
de localisation des investisseurs allemands en
Europe. L’approche utilisée est fondée sur un modèle
d’offre conventionnel de localisation des activités
économiques. À cette structure de base ont été
ajoutées des variables reflétant les développements
économiques spécifiques aux firmes et aux branches
d’activité, des effets d’agglomération ainsi que des
mesures d’incitations à l’investissement. Nous
avons également considéré la possibilité qu’un
certain nombre de caractéristiques spécifiques aux
pays d’accueil soient prises en compte dans les
décisions d’investissement à l’étranger et avons
introduit dans notre spécification des variables telles
que la volatilité du taux de change bilatéral ou le
niveau d’infrastructures financées par l’État.
Nos ré