Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
242 pages

p. 151 à 170
doi: en cours

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n° 152-153 2002/1-2

2002 Économie et Prévision

Aides à l’investissement, intégration européenne et localisation de l’investissement direct allemand

Nigel Pain  [(*)] Florence Hubert  [(**)]
Afin de déterminer si les gouvernements peuvent affecter les choix de localisation des entreprises étrangères, l’impact des dépenses gouvernementales, en subventions et en capital fixe, du taux effectif d’imposition sur les sociétés et des aides allouées par le Fond Européen de Développement Régional est évalué. L’effet des dépenses gouvernementales en capital fixe du pays d’accueil relatives à celles des autres pays d’accueil potentiels s’avère positif et significatif. Bien que l’impact estimé soit comparativement limité, la présence de forces significatives d’agglomérations suggère que les politiques fiscales temporaires peuvent avoir des effets permanents sur la localisation des entreprises. En outre, nos résultats empiriques montrent que l’intégration européenne a engendré un changement structurel, le stock d’investissement direct allemand ayant augmenté significativement depuis 1990.Mots-clés : investissement direct à l’étranger, localisation, aides à l’investissement, intégration européenne. To determine whether governments can affect foreign businesses' location choices, the impact of government expenditure (in subsidies or fixed capital), of the effective tax rate for these companies and of the assistance provided by the European Regional Development Fund is assessed. The effect of government spending on fixed capital in the host country in relation to that of other potential host countries turns out to be positive and significant. Although the estimated impact is comparatively limited, the presence of significant agglomeration forces suggest that temporary tax policies may have a permanent effect on the location of businesses. Furthermore, our empirical findings show that European integration has engendered a structural change, the stock of German direct investment having grown significantly since 1990.Keywords : Foreign direct investment, location, investment aid, European integration.
Les travaux de recherce dont les résultats sont publiés dans cet article ont été menés alors que Florence Hubert travaillait au National Institute of Economic and Social Research. Les opinions exprimés dans cet article sont celles des auteurs uniquement et ne reflètent en aucun cas celles de la Banque d'Angleterre. Nous remercions Donald Hepburn, DeAnne Julius, Martin Weale et un rapporteur anonyme pour leurs remarques et suggestions. Nous remercions la Direction de la Prévision et le Economic and Social Research Council (bourse d’étude numéro L138251022) pour leur soutien financier. Toutes les conclusions sont les nôtres et ne doivent en aucun cas être attribuées à qui que ce soit d’autre que les auteurs.
Afin de déterminer si les gouvernements peuvent affecter les choix de localisation des entreprises étrangères, l’impact des dépenses gouvernementales en subventions et en capital fixe, du taux effectif d’imposition sur les sociétés et des aides allouées par le Fond Européen de Développement Régional est évalué. L’effet des dépenses gouvernementales en capital fixe du pays d’accueil relatives à celles des autres pays d’accueil potentiels s’avère positif et significatif. Bien que l’impact estimé soit comparativement limité, la présence de forces significatives d’agglomérations suggère que les politiques fiscales temporaires peuvent avoir des effets permanents sur la localisation des entreprises. En outre, nos résultats empiriques montrent que l’intégration européenne a engendré un changement structurel, le stock d’investissement direct allemand ayant augmenté significativement depuis 1990.
L’investissement direct à l’étranger (IDE) a connu un essor considérable au sein de la zone économique européenne au cours de ces quinze dernières années. Ainsi, entre 1996-1998 et la fin des années quatre-vingt le niveau des flux d’investissements nouveaux a presque triplé, le stock d’IDE doublant pour sa part entre 1980 et 1998 (UNCTAD, 1999). Cet essor a eu lieu alors que les contrôles sur les mouvements internationaux de capitaux ont été assouplis et que d’autres formes de barrières à l’entrée des marchés ont été abaissées, soit à la suite de la mise en place du programme de Marché unique, soit à la suite du recours massif des gouvernements aux politiques de privatisation. Durant cette même période, de n ouvelles opportunités d’investissements se sont également présentées en Europe Centrale et Orientale. Tous ces développements économiques récents ont donc non seulement contribué à la forte croissance de l’IDE en Europe depuis le milieu des années quatre-vingt, mais ont aussi contribué au processus d’intégration européenne.
Ceci ne signifie pas pour autant que les choix politiques nationaux n’aient plus d’importance. Certains pays ont en effet plus ou moins bien réussi à attirer de nouveaux investisseurs étrangers sur le sol national. Le Royaume-Uni reste ainsi le pays accueillant le plus d’investissement direct au sein de l’Union européenne durant les années quatre-vingt-dix. La France, la Belgique et les Pays Bas sont, dans le même temps, devenus des pays accueillant une part relativement plus large d’investissements nouveaux. L’implantation étrangère, concentrée dans ces quatre pays, suggère d’ailleurs une configuration sous-tendue par des effets d’agglomération. En revanche, durant ces dernières années, la part d es nouveaux investissements étrangers à destination de l’Allemagne, de l’Italie et des économies de la péninsule ibérique a chuté.
L’un des objectifs de cet article est d’étudier dans quelles mesures les gouvernements peuvent affecter les choix d’implantation des investisseurs étrangers au travers d e mesures d’incitation s à l’investissement dans le cadre d’une Europe toujours plus intégrée. Peu d’études se sont penchées sur cette question. Pourtant, dès lors qu’un large contingent de pays est entré dans l’Union monétaire, les politiques fiscales pro-actives sont devenues l’instrument de politique économique par excellence à la diposition des gouvernements pour influencer les choix de localisation.
Nous présentons dans cet article les résultats d’une étude économétrique analysant l’influence de diverses mesures d’incitation à l’investissement sur l’ampleur et le lieu d’implantation géographique de l’investissement direct allemand en Europe de l’Ouest depuis 1980. Dans le monde, les entreprises allemandes constituent la quatrième plus importante source de stock d’investissement direct à l’étranger. Au sein de l’Europe, l’Allemagne est le deuxième investisseur à l’étranger après les États-Unis. Une des caractéristiques saisissantes de l’investissement allemand est le fait qu’il se soit concentré en Europe. En effet, si en 1981 environ 38% du stock total d’investissement allemand était localisé dans les autres pays de l’Union européenne (UE), cette part a atteint 59,3% fin 1999.
Dans cette étude, nous examinons l’évolution de l’investissement direct allemand au sein de sept branches d’activité – la chimie, la construction mécanique, le matériel électrique et électronique, les équipements de transport, les "autres branches manufacturières", la distribution et les services financiers – implantées dans huit pays de l’Union européenne – la France, l'Italie, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Autriche et la Suède. Il est particulièrement utile de se concentrer sur l'expérience d'un certain nombre d'économies membres de l’Union européenne puisque des données ventilées par pays permettent de vérifier l’importance des politiques et caractéristiques nationales – institutionnelles ou autres – dont le niveau ne changequelentement au cours du temps.
Il n'est pas possible d'obtenir de chiffres sur la valeur totale des incitations à l'investissement direct. En effet, certaines mesures d’incitation à l’investissement, comme l’offre de terrains et bâtiments publics, impliquent une aide indirecte ayant peu d’influence immédiate sur l’ampleur des dépenses publiques actuelles. En outre, la valeur réelle de certaines autres mesures d’incitation, telles que les incitations fiscales, ne devient apparente qu’avec le temps, si l'investissement est profitable. Dans ces conditions, l’impact des mesures d’aides à l’investissement doit être évalué indirectement en utilisant des mesures d’approximation telles que les dépenses publiques totales en subventions, en capital fixe ainsi que le taux effectif de l'impôt sur les sociétés. Nous examinons également l'impact des aides au développement régional allouées par le Fond de développement européen régional (FEDER), dont le but est de cofinancer des projets d'investissement visant à réduire les disparités économiques entre les régions européennes.
Nos résultats empiriques soulignent le rôle des forces centripètes et centrifuges sur les choix géographiques d’implantation. Les économies d’agglomération [1] s’avèrent contribuer à attirer vers le pays d’accueil des investissements étrangers supplémentaires. En outre, les coûts relatifs du travail entre différentes économies européennes affectent également les choix de localisation. En revanche, les résultats concernant les variables d’incitation à l’investissement sont plus mitigés, certains effets étant non-significatifs. Toutefois, le niveau relatif des dépenses gouvernementales en capital fixe s'avère avoir un impact positif sur le niveau d’investissement direct entrant, encore que l’ampleur de l’impact à la marg e soit comparativement limité. Néanmoins, ce résultat con jugué avec l’identification d’effets d’agglomération significatifs suggère que certaines politiques fiscales ont une influence permanente sur les choix d’implantation des activités économiques, comme l’a avancé Martin (1995). Cette corrélation positive est d’ailleurs d’autant plus forte que le pays d’accueil ne reçoit que relativement peu d’aides des fonds structurels européens.
Les développements économiques nationaux doivent être envisagés dans une perspective plus large d’intégration européenne continue, où la mobilité des capitaux est croissante, et ce dans la mesure où les choix géographiques d’implantation des entreprises étrangères impliquent une évaluation des caractéristiques concurrentielles des divers pays d’accueil potentiels. L’essor récent de l’IDE s’est produit alors que le programme du Marché unique était mis en œuvre et que les économies des pays de l’Europe Centrale et Orientale s’ouvraient. Le deuxième objectif de cet article est donc de tester dans quelle mesure un changement structurel s’est opéré au niveau de l’investissement direct depuis 1990. Anticipant sur nos résultats empiriques, nous montrons que le processus d’intégration européenne a engendré une hausse des investissements internationaux.
Le plan de notre article est le suivant. La première partie de notre étude sera consacrée à la présentation de la ventillation géographique et sectorielle de l’investissement direct allemand à destination des autres pays membres de l’Union européenne entre le début des années quatre-vingt et la fin des années quatre-vingt-dix. La partie suivante donnera lieu à une brève discussion de la littérature existante sur l’impact de l’intégration européenne sur les choix géographiques d’implantation. Les grandes lignes du modèle utilisé au cours de l’étude empirique sont décrites dans la troisième partie de cet article. Les principaux résultats empiriques seront présentés en quatrième partie et les implications et conclusions développées en dernière partie.
 
La ventillation régionale et sectorielle de l’investissement direct allemand
 
 
Fin 1999,90,4 % de l’IDE allemand était investi dans les pays de l’OCDE. L'Union européenne, accueillant plus de la moitié de l’investissement direct total, constitue alors la région d’accueil la plus importante. La part total de l’investissement reçu par l’UE a crû rapidement durant la dernière moitié des années quatre-vingt, mais est depuis restée relativement stable, la modeste hausse de la part de l’investissement non-manufacturier étant compensée p ar la b aisse de la part de l’investissement manufacturier. Il est probable que cette baisse soit associée à la délocalisation de certaines activités vers les pays de l’Europe Centrale et Orientale.
La ventillation géographique et sectorielle des investissements allemands au sein de l’Union européenne est présentée dans le tableau 1. La ventilation sectorielle présentée ici est également celle utilisée lors de l’analyse empirique et inclut sept branches d’activité : la chimie, la construction mécanique, le secteur du matériel électrique et électronique, les équipements de transport, les "autres branches manufacturières", la distribution et les services financiers. Ce dernier secteur exclut l’investissement dans les holdings. Les chiffres présentés sont en Deutschemarks à prix courants. Les données pour la Belgique englobent également les investissements à destination du Luxembourg.
Durant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, nous constatons que le premier pays d’accueil européen d’investissement direct manufacturier allemand est la France. Ceci reflète vraisemblablement la proximité des deux pays mais peut-être aussi l’existence d’effets d’agglomération liés à la grande taille du marché d’accueil. Dans certaines branches d’activité – la distribution, la construction mécanique et les "autres branches manufacturières" – nous observons même que la France est resté le principal pays d’accueil européen d’IDE allemand jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix. Depuis 1996, la France a cependant perdu de son attrait relatif auprès des investisseurs étrangers opérant dans la branche du matériel électrique et électronique et de la chimie.

Tableau 1
ventillation sectorielle et géographique du stock d’investissement direct allemand à l’étranger
IMGIMGTableau 1 : ventillation sectorielle...IMGIMF
Tableau 1 : ventillation sectorielle et géographique du stock d’investissement direct allemand à l’étranger Chimie Construction mécanique A. Niveau (DM, Millions) 1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999 Union européenne (a) 5901 7905 14749 21611 22889 Union européenne (a) 1292 1690 3968 7331 9337 B. Parts européennes (%) D. Parts européennes (%) France 21,86 17,71 19,91 23,65 9,14 France 30,73 33,73 31,63 28,52 27,65 Royaume Uni 6,17 11,90 10,52 9,13 14,30 Royaume Uni 19,89 17,63 13,99 14,69 17,26 Italie 6,10 7,31 14,69 12,91 12,60 Italie 8,28 13,96 13,48 12,14 14,31 Pays-Bas 13,13 12,87 7,11 5,20 7,60 Pays-Bas 7,82 6,69 6,22 7,91 5,61 Belgique 21,89 21,99 22,20 22,34 24,75 Belgique 2,79 2,49 1,13 1,16 1,26 Espagne 19,22 18,08 17,16 12,89 12,95 Espagne 2,01 2,13 9,80 6,66 9,51 Autriche 4,80 5,00 3,93 7,08 7,76 Autriche 13,62 11,72 14,59 11,54 7,00 Suède 1,85 0,57 0,49 1,30 3,26 Suède 1,24 1,30 0,35 1,10 1,86 Total 95,02 95,42 96,01 94,49 94,55 Total 86,38 89,64 91,20 83,73 84,46 Matériel électrique et électronique Equipements de transport E. Niveau (DM, Millions) G. Niveau (DM, Millions) 1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999 Union européenne (a) 3139 3402 7882 6252 17338 Union européenne (a) 1311 1757 6003 12052 11183 F. Parts européennes (%) H. Parts européennes (%) France 13,89 11,49 10,70 18,43 8,51 France 27,61 28,12 11,99 13,81 18,84 Royaume Uni 5,86 7,91 15,74 9,80 8,58 Royaume Uni 1,30 1,20 2,50 29,80-2,24 Italie 11,47 13,55 16,86 7,65 2,91 Italie 5,42 2,50 4,85 4,41 8,34 Pays-Bas 4,75 5,44 5,38 7,81 47,74 Pays-Bas 0,23 0,17 0,30 0,52 0,63 Belgique 8,25 8,08 9,68 11,42 4,69 Belgique 35,01 41,66 16,09 13,17 19,55 Espagne 26,25 24,51 15,53 17,19 9,81 Espagne 12,36 10,53 51,32 20,92 37,09 Autriche 15,00 13,96 11,38 14,28 10,07 Autriche 18,08 15,82 12,63 7,24 10,04 Suède 4,87 4,41 4,78 2,46 0,38 Suède n.d. n.d. 0,27 2,51 2,97 Total 90,35 89,36 90,05 88,42 92,70 Total 100,00 100,00 99,95 92,37 90,77 Autres branches manufacturières Industrie manufacturière (total) I. Niveau (DM, Millions) K. Niveau (DM, Millions) 1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999 Union européenne (a) 4763 5895 11538 24760 39014 Union européenne (a) 16406 20649 44142 70919 99761 J. Parts européennes (%) L. Parts européennes (%) France 33,34 26,11 24,22 24,20 18,85 France 24,34 21,28 19,37 22,71 15,65 Royaume Uni 4,81 6,29 14,32 14,89 15,37 Royaume Uni 6,50 9,20 11,66 15,23 12,15 Italie 6,28 9,70 8,17 12,67 9,60 Italie 7,22 9,16 11,93 10,59 9,43 Pays-Bas 6,80 8,36 9,14 7,04 6,24 Pays-Bas 8,13 8,77 6,33 5,45 13,08 Belgique 14,44 6,12 12,24 9,70 7,23 Belgique 14,56 15,25 14,63 13,52 11,63 Espagne 19,42 19,36 10,95 7,85 7,92 Espagne 18,94 17,56 19,23 12,28 12,82 Autriche 13,10 14,39 12,98 12,53 12,28 Autriche 11,11 10,63 9,77 10,04 10,11 Suède 0,92 1,71 1,63 3,24 13,19 Suède 2,26 1,54 1,51 2,29 6,48 Total 99,12 92,04 93,65 92,13 90,70 Total 93,07 93,37 94,41 92,11 90,84 Distribution Services financiers(b) M. Niveau (DM, Millions) O. Niveau (DM, Millions) 1981 1984 1990 1996 1999 1981 1984 1990 1996 1999 Union européenne (a) 10962 14484 27611 38976 57749 Union européenne (a) 8436 11954 41058 93150 146415 N. Parts européennes (%) P. Parts européennes (%) France 34,08 32,07 27,27 23,20 19,10 France 8,43 7,46 6,30 6,07 4,61 Royaume Uni 15,74 17,27 20,55 19,38 25,51 Royaume Uni 4,52 7,42 11,79 23,19 29,31 Italie 10,88 14,88 12,77 11,42 11,42 Italie 3,58 3,17 6,92 7,25 8,48 Pays-Bas 9,30 9,69 10,03 9,82 9,40 Pays-Bas 12,38 15,58 15,22 10,14 9,25 Belgique 6,81 6,41 6,41 6,29 5,19 Belgique 61,47 58,54 35,79 36,15 31,52 Espagne 4,66 4,17 7,29 7,51 7,49 Espagne 2,55 2,93 5,69 2,68 3,36 Autriche 9,99 8,23 8,30 13,16 12,60 Autriche 5,16 4,84 3,80 3,47 3,36 Suède 2,55 2,37 2,28 2,56 3,05 Suède 0,31 0,33 0,10 1,45 1,80 Total 94,02 95,08 94,90 93,35 93,25 Total 98,39 100,28 85,61 90,40 91,69 Source : Bundesbank, Kapitalverflechtung mit dem Ausland, plusieurs années. Notes: (a) Union européenne, la Finlande exclue. (b) Finance, holdings mises à part. n.d.: non disponible.
Bundesbank, Kapitalverflechtung mit dem Ausland, plusieurs années.

La position des autres grandes économies européennes est plus contrastée. Au sein des pays d’accueil européens, la hausse de la part de l’investissement direct allemand manufacturier vers le Royaume-Uni reflète en grande partie la hausse de l’inv estissement vers tro is bran ches manufacturières [2], tandis que la part de l’IDE alleman d v ers les deux autres secteurs manufacturiers britanniques a baissé. En revanche, le Royaume-Uni a gagné une part considérable d’IDE dans les services financiers. Étant donnée la taille relative du PIB britannique en Europe – l’Allemagne exclue – nous constatons que le niveau d’IDE allemand à destination du Royaume-Uni a été comparativement faible. Ceci est aussi le cas de l’Italie, pourtant caractérisée par un large marché d’accueil intérieur. Tou tefois, la part de l'investissement détenue en Italie est restée relativement stable, le déclin de la part de l’investissement dans le secteur électrique ayant été compensé par une hausse substantielle de l’investissement dans le reste des secteurs manufacturiers.
Au sein de l’Europe, la part espagnole de l’inv estissement alleman d a flu ctué considérablement. Bien que l'Espagne accueille toujours un niveau relativement important d’IDE manufacturier, la quantité d’investissement nouveau a néanmoins ralenti très nettement ces dernières ann ées. E n effet, le d éclin marqué de l’investissement dans le secteur des équipements de transport, du matériel électrique et électronique, de la chimie, et des "autres branches manufacturières" dep uis 1 990 n’a pas été co mp ens é par l’investissement allemand dans la construction mécanique. La baisse de l’IDE manufacturier allemand entrant en Espagne reflète probablement un transfert d'investissements intensifs en main-d’œuvre vers l’Europe Centrale et Orientale.
Étant donnée la taille relative de l’économie belge en Europe, cette dernière a reçu un niv eau comparativement élevé d’investissements allemands. Ceci reflète en partie l’importance de l’intermédiation financière dans ce pays où des régimes spéciaux d’imposition sont applicables aux centres de coordination qui entreprennent des tâches financières et de gestion pour les groupes multinationaux. La ventilation sectorielle de l’investissement allemand en Belgique reflète également les atouts de ce pays, puisque l’IDE allemand est concentré dans la chimie et les services financiers.
Au sein de l’Europe, la part de l’IDE allemand détenue en Autriche et en Suède a crû rapidement depuis 1990, soutenue par l’accession de ces pays à l’Union européenne. Le fait que l’Autriche accueille systématiquement plus d’IDE allemand que la Suède indique clairement des effets de proximité.
 
L'impact de l'intégration sur l’investissement direct
 
 
Les changements d’union douanière et des normes techniques sont reconnus avoirun effet important sur le niveau et la localisation des investissements étrangers. La formation initiale de la Communauté économique européenne a suscité un nombre considérable d’études empiriques sur les effets de détournements d’IDE vers la région intégrée (Yannopoulos, 1990). Plus récemment, le processus d’intégration européenne a été caractérisé par le démantèlement des barrières non-tarifaires. Dans le cas des investisseurs allemands, il est probable que de telles barrières constituaient l’obstacle principal à l’accès au reste du marché européen au cours de la période étudiée. Les résultats d’une enquête statistiqu e in diquent que les barrières institutionnelles étaient à l’origine d’obstacles à l’investissement étranger en Europe (Millington et Bayliss, 1991).
U n large éventail de mesures vis ant au démantèlement des barrières non-tarifaires a donc été introduit dans le cadre du programme de Marché unique (MU). Celui-ci comprend en particulier des mesures d’harmonisation des normes techniques et autres régulations, le retrait des barrières douanières et des contraintes sur les marchés de capitaux, ainsi que des mesures visant à ouvrir les marchés publics à la compétition étrangère. Les progrès, en termes de mise en œuvre du Marché unique, sont décrits dans un ouvrage de la Commission européenne (1996). Certaines des barrières non-tarifaires, comme les contrôles douaniers, ont précédemment restreint le commerce alors que l'entrée du marché au moyen de l’investissement direct est resté inchangée. D'autres barrières non-tarifaires, telles que l’imposition de normes techniques et le manque de concurrence sur les marchés publics, auraient, en revanche, affecté aussi bien les exportateurs que la production de filiales étrangères potentielles. Les contrôles sur les marchés de capitaux auraient, en outre, affecté l'investissement transfrontalier directement. Enfin, dans certains secteurs tertiaires, l’IDE se serait substitué au commerce après la signature d’accords de reconnaissance mutuelle de normes nationales. Il est donc légitime de s’attendre à ce que l’impact du MU soit différent selon les secteurs d’activité et les pays d’accueil considérés.
Au début de la mise en œuvre du programme de Marché unique, un nombre considérable de restructurations a été anticipé dans le secteur manufacturier en raison d'une plus grande spécialisation industrielle. Cet argument de spécialisation implique que les entreprises soient capables de produire depuis un site unique de production, en exploitant les économies d'échelle résultant de l'existence des coûts fixes spécifiques à la firme pour servir le reste du marché européen au travers du commerce (Emerson et alii, 1988). Dans une étude plus récente sur l’évolution de la spécialisation dans l’UE, Midelfart-Knarvik et alii (2000) constatent que les pays européens sont devenus légèrement plus spécialisés depuis le début des années quatre-vingt, encore que ce processus soit très progressif.
Les études initiales sur l’impact du Marché unique n’ont que très peu mentionné l’effet anticipé sur les flux intra-européens d’investissement direct. L’argument de spécialisation implique qu’une fois le Marché unique en place, l’IDE intra-UE baisse au-dessous de son niveau initial. En revanche, dans le secteur des biens non-échangés, l’IDE intra-UE augmenterait au-dessus de son niveau initial. Intensives en main-d’œuvre, les activités d'assemblage se concentreraient alors à la périphérie de l'Europe (notamment dans les pays de l'Europe Centrale et Orientale) caractérisée par des coûts de main-d'œuvre relativement faibles. Les activités plus intensives en capital, comme la production manufacturière, seraient en revanche localisées plus près du noyau industriel de l'Europe de l'Ouest [3].
Les résultats de Midelfart-Knarvik et alii (2000) indiquent qu’il y a eu une plus grande centralisation des activités exhibant de larges économies d’échelles et utilisant une part élevée de produits intermédiaires dans leur production. Les auteurs soulignent également que de petites économies périphériques – telles l'Irlande et la Finlande – ont réussi à se spécialiser dans les industries de haute technologie. En outre, les travaux de Pain (1997) et Pain et Lansbury (1997), menés dans le cadre de l’évaluation du Marché unique et publiés par la Commission européenne, ont indiqué que l’IDE intra-Union européenne a connu un essor significatif sur la période 1987-1992, tant dans le secteur manufacturier qu e dans le secteur non-manufacturier.
Il existe un certain nombre de raisons pour lesquelles l'argument en faveur d'une plus grande concentration des industries nationales a sous-estimé la possibilité d’un essor de l’investissement direct intra-UE lors d’un démantèlement des barrières à l’entrée. Premièrement, non seulement la mise en œuvre du programme de Marché unique a mis beaucoup plus de temps que prévu, mais cette persistance d’obstacles au commerce tout au long des années quatre-vingt-dix a rendu l’impact total du processus d’intégration difficile à évaluer. Certaines politiques nationales continuent d’obstruer l’accès au marché et c’est le cas des politiques de contrôle des prix dans l’industrie pharmaceutique et de l’imposition de standards environnementaux et des normes d’étiquetage et d'empaquetage. Enfin, les marchés peuvent demeurer segmentés par les différences de préférences des consommateurs. Dans ces différents cas de figure, le recours à l’investissement direct est souvent de mise pour accéder aux marchés locaux et/ou pour établir des entreprises chargées d’adapter la production aux besoins locaux.
Les récents développements de la théorie de la géographie économique en concurrence imparfaite mettent en avant l’endogénéité des avantages de localisation et montrent dans quelles circonstances le commerce et la libéralisation des marchés de capitaux peuvent affecter la répartition spatiale et sectorielle de l’activité économique (Markusen et Venables, 1996). La clef de ces modèles réside dans l’interaction entre les actifs spécifiques à la firme, les économies d’échelle et les coûts de transport - ou du commerce. Les actifs spécifiques aux firmes basés sur la connaissance incluent les innovations et l’expertise des entreprises en terme de marketing et de gestion. Tous ces actifs peuvent être utilisés dans différents établissements détenus par un même propriétaire et donnent alors lieu à des économies d’échelle, non pas au niveau de l’établissement, mais au niveau de l’entreprise. Ainsi les entreprises multinationales ont des coûts variables inférieurs à ceux des entreprises de dimension nationale, mais des coûts fixes plus élevés que ceux de ces dernières. Markusen et Venables (1996) expliquent que l’intégration économique progressive – et par conséquent l'expansion de la taille du marché – peut engendrer une substitution progressive de l'investissement international horizontal au commerce entre les pays d’une même zone. Ceci découle du fait que l'avantage de coût variable des multinationales résultant de l'utilisation d’inputs communs à tous les établissements d’une même entreprise compense les coûts fixes plus élevés d’opération d’une firme multiétablissements. Ce résultat dépend, bien entendu, de la structure des industries et des pays en question.
Enfin, lors d’un processus d’intégration, l’IDE peut être motivé par des considérations stratégiques autant que par le désir de s’implanter dans une région peu coûteuse (Buigues et Jacquemin, 1994). Si les marchés sont imparfaitement concurrentiels, les coûts non recouvrables encourus en entreprenant un investissement direct à l’étranger peut être un moyen de gagner le pouvoir de marché nécessaire à l’exploitation complète d’actifs intangibles tels les noms de marque, l'expertise en gestion et toute autre connaissance spécifique à l’entreprise.
 
Spécifications théorique et économétrique
 
 
Dans notre analyse empirique, nous suivons Barrell et Pain (1997,1998 et 1999b) et Pain (1997) et choisissons comme variable dépendante le stock d’investissement direct allemand à l’étranger mesuré en dollars à prix constants de 1990. Le stock d’IDE dans chaque pays d’accueil a été converti en dollars en utilisant le taux de change bilatéral de fin d’année entre le dollar et le Deutschemark, celui-ci étant ensuite déflaté en utilisant le déflateur du PIB de chaque pays d’accueil exprimé en dollars.
La décision d’investir à l’étranger peut être motivée par plusieurs facteurs. L’émergence d’entreprises multinationales découle de la combinaison de facteurs d’ordre organisationnel et implique tout autant le regroupement d’activités diverses sous une propriété et un contrôle communs que la recherche d’avantages comparatifs qui engendrent la séparation des activités entre différents pays (Krugman, 1995). Les entreprises doivent alors optimiser la taille et la localisation du site de production, développer des installations assurant la promotion et soutenant leurs ventes à l’étranger, tout en préservant leurs actifs.
Notre étude essaie de prendre en compte un large ensemble de déterminants potentiels des choix d’implantation incluant la taille du marché d’accueil, les coûts relatifs du travail, les économies d’agglomération, les incitations à l’investissement et la volatilité du taux de change. La justification de la prise en compte de chacun des déterminants considérés dans notre étude empirique est présentée dans la section ci-dessous. Les questions d’ordre économétrique sont abordées dans la section ci-après.
Les déterminants de l’investissement direct à l’étranger
Taille de marché et coûts relatifs
Les indicateurs de taille du marché d’accueil et des coûts relatifs de production continuent d’être identifiés comme des facteurs primordiaux dans beaucoup d’études récentes des déterminants de l’investissement à l’étranger. La majeure partie de l’investissement direct est maintenant concentrée dans les pays de l’OCDE, riches en capitaux, disposant de dotations similaires et caractérisés par des coûts relatifs élevés. Dans la mesure où il existe un avantage-coût à produire en dehors de son pays, il faut s’attendre à ce que le niveau de la demande finale et le niveau de croissance des différents marchés engendrent une hausse du niveau d’IDE. Jost (1997) et Hubert et Pain (1999) constatent l’existence d’une relation significative entre le niveau agrégé d’IDE détenu par les résidents allemands et des mesures du revenu étranger. Par exemple, le revenu de pays d’accueil ou de régions supranationales plus larges comme l’Union européenne a été identifié comme un facteur significatif de la croissance de l’investissement à l’étranger des américains (Barrell et Pain, 1996, 1998 et 1999b), britanniques (Pain, 1997) et japonais (Barrell et Pain, 1999a). Toutes ces études mettent également en avant le fait que le taux de change réel, construit en utilisant les coûts unitaires du travail exprimés dans une monnaie commune, reste un facteur ayant une influence significative sur les choix de localisation.
Nous supposons que les entreprises allemandes localisées au sein de l’Union européenne ciblent le marché européen dans son entier. Nous retenons alors deux indicateurs de la taille du marché, le premier étant le PIB agrégé de l’Union européenne aux prix de 1990, et le second étant la somme de la production sectorielle de neuf pays [4] européens. Afin de vérifier si les considérations de coûts relatifs ont un impact important sur l’IDE, nous utilisons une mesure du taux de change réel effectif. Celui-ci est défini par le coût unitaire du travail du secteur manufacturier du pays d’accueil, rapporté à une somme pondérée – les pondérations de PIB sont utilisées – des coûts unitaires du travail de quinze autres économies [5], et exprimé dans une monnaie commune. La majorité des données sur les coûts du travail est issue du "Bureau of Labour Statistics" américain. Les coûts unitaires sont utilisés pour permettre la prise en compte des différentiels de productivité, salaires et impôts entre pays.
En principe, une mesure plus exhaustive des coûts pourrait également être considérée pour analyser l’impact des différences de coûts d’utilisation du capital par exemple ; cependant ce type de données est difficile à obtenir en séries temporelles. En pratique, il est probable que beaucoup d’entreprises multinationales font face à des coûts d’emprunts selon lepays européen d’implantation. La différence majeure de coûts de capital entre pays est toutefois v raisemb lablement issu e des différences d’impositions que nous considérons ci-après.
Actifs spécifiques à l’entreprise
Un modèle de choix géographiques d’implantation se doit d’inclure d’autres facteurs, au-delà de ceux liés aux considérations de coûts relatifs. La théorie de la production multinationale (Dunning, 1988 et Markusen, 1995) et les résultats d’études empiriques antérieures sur les déterminants de l’IDE ont montré que la décision d’établir une filiale à l’étranger est liée au besoin de s’approprier les rentes issues du développement d’actifs spécifiques à la firme basés sur la connaissance. L’utilisation productive de ces actifs n’est ici pas nécessairement confinée à un site de production unique.
Les résultats de travaux empiriques récents suggèrent que le dépôt de brevets et la Recherche - Développement (R&D) contribuent à expliquer la configuration industrielle et l’ampleur de l’investissement britannique et américain à l’étranger; les entreprises opérant dans les industries intensives en recherche étant plus susceptibles d’investir à l’étranger (Pain, 1997 ; Barrell et Pain, 1998 et 1999b). Hubert et Pain (1999) montrent également que les actifs intangibles ont eu une influence détermi nant e su r les décis ions d’investissement à l’étranger allemandes, que ce soit à destination de pays développés ou de pays en voie de développement.
Dans cette étude, nous suivons Barrell et Pain (1999b) et utilisons pourapproximer lestock d’actifs intangibles spécifiques à la firme une mesure du stock de dépenses en R&D des entreprises implantées en Allemagne. Une série cohérente de statistiques sur les flux de dépenses de R&D a été extraite de la base de données ANBERD de l’OCDE, et ajustée sur la période antérieure à 1979 afin de prendre en compte un changement de couverture des données [6]. Ces données ont ensuite été converties en prix constants en utilisant le déflateur du PIB allemand. Un stock de référence (S ) pour l’année 0 1973 a été construit en utilisant la formule d’approximation suivante :
g est la moyenne annuelle du taux de croissance logarithmique des dépenses de R&D sur la période pour laquelle les données sont disponibles, δ le taux annuel de dépréciation que nous supposons égal à 11% d’après Carson et alii (1994) et R l’observation initiale du flux de 0 dépenses en R&D. Ce stock de référence est par la suite actualisé en utilisant le modèle standard d’inventaire perpétuel.
Économies d’agglomération
La différence de structures industrielles entre des régions ayant la même dotation en facteurs et faisant face aux mêmes coûts des facteurs ne peut pas être expliquée par les modèles de localisation faisant l’hypothèse de concurrence parfaite. Dans de telles conditions, une entreprise n’a, en effet, que peu d’intérêt à rester longtemps dans un site puisqu’elle peut remédier rapidement aux désavantages concurrentiels. Bien que les aides à l’investissement puissent susciter l’implantation de nouvelles industries, dès lors que ces aides ne seraient plus allouées, les entreprises quitteraient leur site d’implantation rapidement (Wheeler et Mody, 1992; Barrell et Pain, 1998).
Les nouvelles théories du commerce international et de la géographie économique mettent en avant le fait que les avantages comparatifs dépendent de l’histoire (Krugman, 1991). Des différences temporaires de caractéristiques nationales ou régionales, comme l’allocation d’aides à l’investissement, peuvent alors avoir des effets permanents sur la localisation des activités si les entreprises sont attirées par certaines régions permettant des économies d’agglomération. Ces économies sont issues de toute implantation d’entreprises produisant des externalités positives pour les firmes voisines. Ce type d’économies incluent, par exemple, la disponibilité d’une main-d'œuvre qualifiée, des bassins de firmes innovantes, la proximité d’entreprises opérant dans d’autres branches d’activités avec lesquelles il existe des relations d’affaires étroites (Venables, 1996) et la dis ponibilité d’infrastructu res financées publiquement.
Plusieurs études empiriques récentes ont suggéré que les effets d’agglomération peuvent jouer un rôle déterminant sur les décisions d’implantation des entreprises multinationales. Wheeler et Mody (1992) et Mody et Srinivasan (1998) ont montré que l’implantation géographique de l’investissement direct des multinationales américaines et japonaises est positivement corrélée à des variables reflétant le stock pré-existant d’investissement direct dans le pays d’accueil. Dans deux études basées sur des données d’établissements, Head et alii (1995 et 1999) constatent que l’implantation géographique de nouveaux investisseurs japonais aux États-Unis est étroitement liée aussi bien à la localisation d’investisseurs étrangers déjà implantés et opérant dans la même branche que le nouvel investisseur qu’à l’implantation géographique d’autres filiales japonaises. Mayer et Mucchielli (1998 et 1999) concluent à des effets similaires sur la base d'une étude de la localisation des filiales japonaises en Europe.
Devreux et Griffith (1998) et Barrell et Pain (1998 et 1999b) montrent que les effets d’agglomération affectent également les choix d’implantation des entreprises multinationales américaines localisées en Europe. Deux mes ures différentes d’agglomération sont utilisées, à savoir la taille du PIB de l’économie d’accueil rapportée au PIB de l’Union européenne et la part du pays d’accueil dans le nombre total de brevets ou de dépenses de R&D en Europe. Ces deux variables s’avèrent avoir un effet positif et significatif sur le stock d’IDE à destination des différents pays d’accueil. Peu d’études empiriques se sont penchées sur la localisation de l’investissement à l’étranger des entreprises européennes. Ferrer (1998) constate que les variables d’agglomération basées sur l’importance relative d’industries données dans les régions européennes sont positivement corrélées à la distribution régionale de l’emploi des filiales d’entreprises françaises localisées en Europe. Au Royaume-Uni, les économies d’agglomération ont clairement stimulé l’investissement étranger dans les services financiers au sein de la City de Londres (Hood et Young, 1997).
Ici, nous testons le rôle potentiel d’économies d’agglo mération sur la localisation de l’inv estissement étranger allemand par l’intermédiaire de trois mesures différentes. La première est le niveau du PIB du pays d’accueil rapporté au PIB de l’Union européenne, tandis que la deuxième est une mesure de la production sectorielle du pays d’accueil rapportée à la production sectorielle de l’Union européenne. Ces deux mesures sont définies en prix constants de 1990 et converties en dollars en utilisant les PPA de l’année de référence. Un effet positif lié aux deux variables ci-dessus est anticipé si des économies d’échelles associées à la taille du pays existent. La troisième mesure d’agglomération que nous considérons est une moyenne mobile sur cinq ans du stock de brevets accordés par les États-Unis aux filiales étrangères provenant des pays d’accueil de l’IDE allemand et rapportée au nombre total de brevets accordés aux filiales d’entreprises européennes. Une mesure similaire a été employée par Barrell et Pain (1998). Nous utilisons cette même source de données dans la mesure où elle inclut des types de brevets comparables entre pays et couvre un grand nombre de pays. Les résultats empiriques antérieurs soulignent que l’effet d’une telle variable peut être ambigu. Si les investisseurs cherchent à profiter de la base technologique du pays d’accueil et à améliorer les actifs existants de leur firme, alors ils seront attirés par des sites d’implantation relativement intensifs en recherche. En revanche, les investisseurs étrangers peuvent chercher à éviter de s’implanter dans des sites où des concurrents forts sont déjà implantés, le niveau élevé d’investissement existant décourageant alors l’entrée de rivaux sur le marché (Mayer et Mucchielli, 1998).
Aides à l’investissement
Il existe trois types de mesures d’incitation à l’investissement : les incitations fiscales, les incitations financières et les mesures non financières. Toutes ces mesures d’aides peuvent être accordées aussi bien à de nouveaux investisseurs qu’à des investisseurs déjàimplantés dans lecadre de programmes de suivi de l’investissement (Young et Hood, 1994). Certaines formes d’aides à l’investissement peuvent être allouées tant par l’Union européenne que par les gouvernements nationaux et/ou locaux. Les mesures d’incitations fiscales englobent, entre autres, les taux d’imposition préférentiels, les abattements pour soutenir l’investissement ou la R&D et les taux d’amortissement accéléré. Même si les coûts de production sont égalisés entre différents pays, les différences internationales d’imposition sur les sociétés pourraient affecter les choix géographiques d’implantation si elles affectent les gains après imposition. Les cotisations sociales peuvent également être importantes car elles affectent les coûts du travail dans les différents pays. Les incitations financières, quant à elles, comprennent les aides gouvernementales et les subventions, les garanties de prêts et les dépenses de l’UE en fonds structurels. Ce type de mesure est souvent discrétionnaire, la taille du paiement dépendant de la taille de l’investissement et du type d’activité entreprise. La troisième catégorie d’aide à l’investissement couvre les mesures non-financières et inclut la provision d’infrastructure financée publiquement comme les sites industriels d’implantation, l’établissement de zones franches et l’utilisation de contrats gouvernementaux préférentiels.
Il est très difficile d’évaluer le montant total dépensé sur toutes ces formes d’incitations à l’investissement au cours du temps. Mody et Srinivasan (1998) ont déjà noté ce problème. Des informations existent sur les budgets des organismes du secteur public et des agences locales pour le développement. Cependant, ces informations sont susceptibles de ne pas prendre en compte les coûts sociaux de beaucoup d’aides à l’investissement. Non seulement les aides et les subventions sont souvent allouées de façon discrétionnaire, mais la valeur des aides fiscales peut d épendre de l’éven tuelle rentabilité de l’investissemen t. A insi, des mesu res d’approximation doivent être utilisées dans les études empiriques car, même si des données ex post sur les dépenses étaient disponibles, elles n’indiqueraient peut-être pas précisément ce qui aurait pu être proposé au nouvel investisseur lors de la décision d’implantation.
Ces dernières années, une vive concurrence entre gouvernements a vu le jour afin d’attirer des investisseurs étrangers, les gouvernements étant entrés dans ce qu’on appelle des "tournois de localisation" (Wheeler et Mody, 1992). En présence d’économies d’agglomération, les incitations à l’investissement peuvent être utilisées comme instruments stratégiques (Martin et Rogers, 1995) car l’entrée initiale sur un marché d’un investisseur peut donner lieu, ultérieurement, à une concentration importante d'activités industrielles. Même si des incitations comparables sont consécutivement proposées par d’autres gouvernements, l’avantage temporaire acquis par le premier gouvernement peut engendrer des effets permanents, si le nouvel investissement en attire d’autres. En revanche, tout pays ou région abolissant unilatéralement ses aides à l’investissement pourrait alors perdre une quantité significative d’investissements futurs (Head et alii, 1999).
La majorité des études empiriques concluent que les incitations à l’investissement ne constitue pas un facteur déterminant, que ce soit sur l’ampleur ou sur la forme de l'investissement international (OECD, 1983 et 1989; UNCTAD, 1998). En revanche, il a été montré que les aides fiscales peuvent affecter les choix géographiques d’implantation entre régions d’un même pays (Coughlin et alii, 1991 ; Head et alii, 1999), et ce probablement en raison des disparités des aides disponibles suivant les régions. Il a également été souligné que les infrastructures publiques peuvent être déterminantes dans les choix d’implantation (Coughlin et alii, 1991; Martin et Velázquez, 1997 ; Ferrer, 1998).
Jusqu’ici, relativ ement peu de travaux économétriques détaillés semblent avoir été entrep ris quant au rôle des incitations à l'investissement sur le choix d’implantation en Europe. Mayer et Mucchielli (1998) ont utilisé un modèle logit emboîté pour estimer la probabilité d’implantation des investisseurs japonais dans l’un des cinq pays suivants : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, sur la période allant de 1984 à 1993. Le modèle est estimé au niveau de l’entreprise et quatre mesures différentes d’aides de l’État sont introduites : le niveau des aides en capital et subventions, le taux effectif d’imposition sur les sociétés, les subventions au travail et le niveau des dépenses financées par le Fond européen pour le développement régional dans chaque site d’implantation. Les résultats sont peu concluants. Les variables d’aides de l’Etat ne sont significatives que dans le cas où les effets fixes spécifiques aux pays d’accueil sont exclus du modèle. Cette exclusion serait cependant clairement rejetée puisque, lorsque cette restriction est imposée, les coefficients associés aux variables d’imposition et des aides en capital deviennent négatifs et significatifs alors qu’un léger effet positif sur les fonds structurels européens est observé.
Le fait que les auteurs ne trouvent pas d’effet significatif en présence d’effets fixes suggère que des effets liés aux différences de taux d’imposition et de dépenses entre différents sites d’implantation sont importants dans le temps alors que la variation des niveaux ne l’est pas. Dans une autre étude du même type, Mayer et Mucchielli (1999) montrent à nouveau que le taux effectif d’imposition a un effet sur les décisions d’implantations géographiques, encore que non-significatif.
Ferrer (1998) constate que le niveau des fonds structurels européens accordés à une région donnée ainsi que le niveau des aides à l’investissement allouées par les gouvernements du pays d'accueil ont une influence négative et significative sur le nombre de personnes employées dans les filiales étrangères de multinationales françaises implantées en Europe. Nous pouvons interpréter ces résultats comme indiquant que l'investissement a principalement eu lieu dans des régions à hauts revenus. Ici, le niveau élevé de l'aide publique fournit simplement un signal du fait qu 'une régio n es t relativ ement moins-développée et qu’elle n'a pas pu compenser entièrement la faiblesse de ses avantages comparatifs et l'ab sen ce des économies d'agglomération. Un argument similaire pourrait être appliqué au cas des résultats liés aux subventions en capital dans l’étude de Mayer et Mucchielli. Des résultats du même type ont également été obtenus par Cantwell et Mudambi (1998) qui enregistrent que les régions aidées au Royaume-Uni tendent à attirer des entreprises multinationales moins intensives en R&D.
Un certain nombre d’études récentes achevées depuis les enquêtes de l’OCDE (1989) et de l'UNCTAD (1998) suggèrent que le taux effectif d’imposition sur les sociétés auquel les investisseurs étrangers potentiels doivent faire face est devenu de plus en plus important dans les décisions de localisation. Le taux d’imposition effectif prend en compte tant les abattements et crédits que le taux d’impositio n marginal. Bien que le tau x d’imposition effectif moyen au travers de différents sites d’accueil de l’IDE n’affecte pas la probabilité qu’une filiale américaine s’implante en Europe, Devereux et Griffith (1998) constatent que ce taux affecte significativement la probabilité de s’implanter dans un pays en particulier, une fois que le choix d’implantation en Europe est fait. En outre, Young (1999) a montré que la compétitivité fiscale du Royaume-Uni par rapport à d’autres économies a eu un effet significatif sur le niveau total de dépenses en capital fixe au Royaume-Uni.
Dans cet article, nous considérons quatre types d’incitations à l’investissement :
  • l’investissement en capital fixe du gouvernement du pays d’accueil rapporté à son PIB ;
  • les dépenses totales en subventions du gouvernement du pays d’accueil rapporté àson PIB;
  • le niveau des aides structurelles de l’UE allouées dans le cadre du FEDER au pays d’accueil et rapporté à son PIB;
  • le taux effectif d’imposition sur les sociétés dans le pays d’accueil.
Des données comparables peuvent être obtenues pour toutes ces mesures et tous les pays européens considérés ici. Dans le cadre de notre étude économétrique, toutes les mesures spécifiques au pays d’accueil sont introduites sous forme de ratios rapportés à une somme pondérée de variables équivalentes pour les autres pays d’accueil potentiels. Nous employons cette méthode car les choix géographiques d’implantation dépendent des coûts relatifs au travers de différents sites d’implantation possibles et non pas seulement sur les coûts d’un site d’implantation [7]. Étant donné que les variables sont introduites sous forme de ratio, nous ne nous attendons pas à ce qu’elles aient un effet permanent à la hausse sur le stock d’investissement direct vers diverses localisations. Elles peuvent non seulement constituer un indicateur important des fluctuations des niveaux d’aides au cours du temps, mais peuvent également affecter le niveau des nouveaux flux d’IDE pendant plusieurs années.
Les dépenses en capital fixe et les ressources issues des fonds structurels européens constituent des indicateurs de dépenses publiques en infrastructure. Le niveau des dépenses gouvernementales en subventions fournit également un indicateur global du niveau d’incitations et comprend les dépenses en subventions allouées tant aux entreprises nationales qu’aux entreprises étrangères [8]. En revanche, il est possible que le niveau des nouvelles dépenses en capital fixe ne constitue pas un bon indicateur du stock total d’investissement pu blic, particulièrement si les dépenses publiques sont temporairement réduites pour des raisons budgétaires ou si les privatisations ré-allouent une part importante des infrastructures publiques au secteur privé [9]. Les résultats empiriques doivent donc être interprétés avec prudence, encore qu'une réduction du niveau de l'investissement de remplacement peuvent naturellement envoyer un signal fort aux investisseurs potentiels.
Les aides allouées dans le cadre du FEDER représentent environ 40% des fonds structurels européens totaux. Le FEDER fut créé en 1975 afin de soutenir les projets d’investissement visant à réduire les disparités économiques qui existent entre régions au sein de l’Union européenne. Ici, nous suivons les travaux de Mayer et Mucchielli (1998) et Ferrer (1998) en nous concentrant sur cette forme d’aide pour deux raisons. D’une part, il est possible d’obtenir des données cohérentes depuis 1975, les autres formes de fonds structurels ayant fait l’objet de différents types d’arrangements au cours du temps. D’autre part, les paiements dans le cadre du FEDER sont particulièrement importants dans les choix géographiques d’implantation dans la mesure où ils affectent des facteurs comme l’infrastructure. Les autres formes de fonds structurels comme les aides à l’agriculture et à la pêche sont importantes pour les individus travaillant dans ces secteurs, mais ont probablement peu d’impact sur les choix d’implantation en matière d’investissements mobiles.
À niveaux de profits avant imposition donnés, les entreprises allemandes sont clairement incitées à éviter de s’implanter dans des pays où les taux d’impositions sont élevés puisque la majeure partie des revenus générés à l’étranger sont exempts d’impôts (Weichenrieder, 1996). Quand bien même il est difficile de rendre compte de tous les effets d’un système d’imposition d’un pays d’accueil avec un seul indicateur, il est important de prendre en compte les effets des dotations aux investissements, des crédits d’impôts ainsi que du taux marginal d’imposition sur les profits. Ici, nous suivons Mendoza et alii (1993) et calculons un taux d’imposition effectif sur les sociétés équivalant aux montants d’impôts sur les revenus et profits des sociétés reçus, rapporté à l’excédent total des entreprises [10]. Nous faisons ici l’hypothèse que ce taux effectif d’imposition est celui auquel une entreprise étrangère représentative doit faire face. Nous suivons Young (1999) et définissons notre variable de compétitivité fiscale comme suit :
où :
Ï„ = taux d’imposition effectif sur les revenus autres j que les revenus du travail dans le pays d’accueil j;
Ï„ = taux d’imposition effectif sur les revenus autres k que les revenus du travail dans les autres pays d’accueil potentiels k j≠.
Si le taux effectif d’imposition affecte la localisation de l’investissement international, la variable de compétitivité fiscale définie ci-dessus devrait être associée à un coefficient positif dans notre étude empirique. Les pondérations utilisées w sont basées k sur les parts des pays dans le PIB de l’OCDE à prix constants [11].
Volatilité du taux de change
La littérature actuelle sur l’IDE propose un éventail de raisons pour lesquelles la variabilité du taux de change peut affecter l’investissement direct. Les modèles simples de portefeuille impliquent que la hausse du risque associé à un actif particulier p ourrait entraîner une baisse du niveau d’investissement dans cet actif. Ceci dépend bien entendu de la corrélation entre les risques associés à différents actifs. Bien qu’il soit possible de s’assurer contre le risque de change, ceci n’est pas sans coût. La volatilité du taux de change peut directement contribuer à l’incertitude quant à la période à laquelle une transaction sera décidée. Si les entreprises ont une aversion pour le risque, alors l’incertitude quant aux futures variations de taux de change pourrait agir comme une barrière aux dépenses à l’étranger (Barrell et Pain, 1996).
Il se peut également que l’impact de la variabilité du taux de change sur l’investissement d’un pays donné dépende de l’importance de cette économie au sein d u marché régional. Ceci est sans doute particulièrement important dans le cas de l’Allemagne, puisque le marché allemand reste la destination principale de beaucoup de marchandises échangées par les entreprises allemandes implantées dans le reste de l’Europe. Ceci pourrait alors impliquer que les investisseurs allemands préfèrent produire dans des pays dont le taux de change est ancré sur celui du deutschemark.
Il n’existe pas de mesure unique de la volatilité du taux de change. Dans cette étude, nous utilisons un écart type mobile sur trois ans du taux de change bilatéral du pays d’accueil contre le deutschemark. Si l’on dénote par e le taux de change bilatéral j t, nominal du pays ou de la région d’accueil j contre le deutschemark à la période t, la volatilité nominale du taux de change est alors définie comme suit :
Cette mesure sera égale à zéro si le pays d’accueil de l’investissement direct à un taux de change fixe contre le deutschemark et égale à une constante si le taux de change bilatéral varie à taux constant.
Questions économétriques
La spécification du modèle à estimer inclut un effet fixe spécifique à chaque branche et chaque pays d’accueil α, où i dénote la branche d’activité et j le ij pays d’accueil. Sont aussi introduites (n - p) variables indicatrice de temps, où n dénote le nombre d’années considérées dans notre échantillon [12]. Les effets fixes capteront tous les effets spécifiques aux branches et aux pays d’accueil, invariants dans le temps. Ces effets peuvent comprendre des facteurs tels que la distance, une frontière ou une langue commune. En outre, la valeur des effets fixes reflétera la valeur moyenne des variables indépendantes de l’échantillon. Les indicatrices de temps, quant à elles, refléteront les effets de toutes variables omises dans notre modèle dont l’impact a évolué au cours du temps. Enfin, des paramètres communs de pente sont imposés pour toutes les branches et tous les pays d’accueil.
Nous tenons compte de l’existence potentielle de coûts d’ajustement et estimons un modèle dynamique d’ajustement partiel en panel, en incluant la variable dépendante retardée comme variable explicative. Il est généralement accepté en économie que les coûts d’ajustement sont importants, affectant tant le comportement des entreprises que celui des individus (par exemple cf. Bean, 1981). De tels coûts devraient également affecter la date à laquelle les décisions d’IDE sont prises et mises en œuvre. L’existence de coûts d’ajustement implique alors que le stock d’investissement désiré et le stock d’investissement réalisé ne coïncident pas nécessairement année après année [13].
Il existe des différences importantes entre notre spécification et celles de modèles utilisés précédemment comme celui de Culem (1988) et de Moore (1993). Ces derniers utilisent une spécification qui associe l’évolution courante du stock d’investissement direct – soit le flux d’investissement – avec des facteurs comme la taille du marché, etc., facteurs suggérés par la théorie comme étant des cours déterminants du stock désiré d’IDE. L’omission de la variable dépendante retardée comme variable explicative implique ici une perte d’information potentiellement cruciale qui pourrait in fine engendrer des problèmes de mauvaise spécification du modèle.
L’inclusion de la variable dépendante retardée rend, en outre, nécessaire l’utilisation d’estimateurs basés sur une technique de variable instrumentale. Bien que notre échantillon ait une dimension temporelle relativement riche de seize années pour chaque coupe transversale, l’inclusion de la variable dépendante retardée est tout de même susceptible d’induire un biais, lié à la petite taille de l’échantillon, sur les estimateurs du modèle à effets fixes. Nous utilisons donc comme variables instrumentales les retards précédents de la variable dépendante ainsi que ceux de la demande de l’Union europénne.
Les estimations ont été menées sur un échantillon couvrant les années 1981 à 1996. Au delà de 1996, toutes les données nécessaires à la construction des variables indépendantes ne sont malheureusement pas disponibles. Huit pays d’accueil sont inclus – la France, le Royaume-Uni, la Suède, l’Espagne, l’Autriche, les Pas-Bas, l’Italie et la Belgique – ainsi que sept branches d’activité distinctes – la chimie, le secteur du matériel électrique et électronique, les équipements de transport, la construction mécanique, les "autres branches manufacturières", la distribution et les services financiers. La dimension potentielle de notre échantillon est donc de 896 observations annuelles. Cependant, nous avons supprimé les observations associées au secteur des transports pour la Suède puisqu’aucun chiffre n’est publié entre 1979 et 1988 – exceptépour l’année 1982 – afin de préserver le caratère confidentiel des données.
Changement structurel
Afin de permettre la prise en compte d’effets potentiels de changement structurel résultant du processus d’intégration européenne nous incluons une indicatrice pour chaque pays d’accueil et chaque secteur d’activité. Ces variables sont égales à l’unité sur la période 1990-1996, nulles autrement, et captureront tous les effets spécifiques, à la fois au secteur d’activité et au pays d’accueil, qui ont changé systématiquement depuis 1990 mais qui ne sont pas pris en compte dans le reste du modèle. Étant donné qu’il peut exister de nombreuses sources de changement structurel, il n’est pas possible de faire d’hypothèses a priori quant aux signes des coefficients associés aux différentes branches. Nous omettons l’indicatrice de la Belgique pour nous assurer que les indicatrices ne sont pas linéairement dépendantes [15]. Chaque coefficient associé aux indicatrices sectorielles est donc à attribuer à la Belgique et la somme de ces coefficients correspond implicitement au coefficient de la Belgique toute entière. Pour tous les autres pays, l’effet du changement structurel spécifique à chaque branche est égal à la somme du coefficient industriel et du coefficient pays.
 
Résultats empiriques
 
 
Le double objectif de nos travaux de recherche est d’étudier l'impact des aides à l'investissement sur les cho ix géograp hiques d’implantation de l’investissement direct à l’étranger en Europe et d’analyser dans quelle mesure un changement structurel lié au processus d’intégration a eu lieu. Nous présentons ici les résultats de notre analyse empirique, en commencant par porter notre attention sur les résultats concernant l’identification des déterminants de l’investissement direct allemand en Europe entre 1981 et 1996. Nous examinons en particulier l’effet des variables d’aides à l’investissement sur les décisions de localisation en équilibre de long terme. Dans un second temps, nous vérifions l’existence d’un changement structurel lié au processus d’intégration européen et discutons des effets spécifiques aux pays et/ou aux secteurs d’activité.
Présentation des spécifications retenues
Les résultats de l’estimation économétrique de deux modèles (1 et 2) sont présentés dans le tableau 2. Dans le cas du deuxième modèle, trois variables pour lesquelles la statistique t de Student est inférieure à l’unité dans le premier modèle ont été omises. Dans les deux modèles, les paramètres associés aux indicatrices de la période 1990-1966 confirment l’existence d’un changement structurel. Neuf des q uato rze co efficients s ont aussi bien individuellement que conjointement significatifs, comme le montrent les statistiques t de Student du tableau 2 et les résultats d’un test de Wald [Wald(14)=44,38 pour le premier modèle].
Nos résultats sont conformes aux résultats issus d’autres études ayant pour but d’identifier les déterminants de l’investissement direct. Les avantages concurrentiels ainsi que les coûts relatifs de production associés aux différents pays d’accueil déterminent clairement l’ampleur et la répartition géographique de l’investissement direct allemand. L’accumulation d’actifs spécifiques à la firme, en termes de R&D, s'avère être un facteur important qui a contribué à la hausse du niveau de l’investissement direct allemand à l’étranger. Dès lors, un niveau élevé d’IDE ne doit pas être nécessairement interprété comme le fait que l’Allemagne soit devenue un site d’implantation moins attrayant pour les investisseurs, mais plutôt comme un signe de bonne santé concurrentielle de l’Allemagne. Ainsi, les résultats de la deuxième estimation indiquent qu’une hausse permanente du stock de R&D, dans un secteur donné, d’un point de pourcentage donnerait lieu, in fine, à une hausse du stock allemand d’IDE de 1,75 %.

Tableau 2
déterminants de l’IDE allemand
IMGIMGTableau 2 : déterminants de l’IDE al...IMGIMF
Tableau 2 : déterminants de l’IDE allemand Variable dépendante : ln(FDI)ijt; Période d’analyse : 1981-1996; Nombre d’observations : 880 Variables explicatives Modèle 1 Modèle 2 ln (FDIij,t-1 ) 0,7485 (10,7) 0,7461 (10,7) ln (PIB UE)t - ln (PIB UE)t-1 3,0116 (2,4) 3,3075 (2,6) ln (Output sectoriel de l’UE)i,t-1 0,3246 (2,6) 0,2539 (3,6) ln (Stock de R&D allemand)i,t-1 0,4268 (2,6) 0,4461 (2,8) ln (Coûts unitaires relatifs du travail)j,t-1,0074 (5,3) -0,9918 (5,4) (100*PIB/PIB UE)j,t-1 0,2344 (3,4) 0,2217 (3,4) (100*Brevets du pays d’accueil / Brevets de l’UE)j,t-1 0,0840 (2,2) 0,0832 (2,2) (100*Output du pays d’accueil / Output de l’UE)ij,t-1-0,0127 (0,8) (Volatilité du taux de change nominal)j,t-1-0,6569 (1,1) -0,6197 (1,1) (Variable indicatrice pour l’appartenance à l’UE)j,t-0,0415 (0,6) (Indice de compétitivité fiscale)j,t 0,5174 (1,1) 0,6173 (1,3) (Subventions gouvernementales relatives / PIB)jt-0,0231 (0,3) (Fonds structurels relatifs/ PIB)jt-0,0206 (1,1) -0,0260 (1,8) (Investissement gouvernemental relatif / PIB)jt 0,1749 (2,5) 0,1673 (2,5) (Chimie 90-96)i,t 0,2387 (2,9) 0,2509 (3,2) (Matériel électrique et électronique 90-96)i,t 0,1127 (1,3) 0,1195 (1,3) (Equipements de transport 90-96)i,t 0,2522 (2,0) 0,2808 (2,3) (Construction mécanique 90-96)i,t 0,2420 (2,6) 0,2821 (3,1) (autres branches manufacturières 90-96)i,t 0,3505 (3,9) 0,3913 (4,3) (Distribution 90-96)i,t 0,1762 (2,0) 0,1915 (2,3) (Services financiers 90-96)i,t 0,2427 (2,2) 0,2428 (2,3) (Royaume-Uni 90-96)j,t 0,0464 (0,5) 0,0379 (0,4) (France 90-96)j,t-0,2267 (3,5) -0,2149 (3,4) (Suède 90-96)j,t 0,1090 (0,9) 0,0814 (0,9) (Espagne 90-96)j,t-0,1286 (2,2) -0,1303 (2,3) (Autriche 90-96)j,t-0,0591 (1,1) -0,0760 (1,7) (Pays-Bas 90-96)j,t-0,1488 (2,1) -0,1451 (2,1) (Italie 90-96)j,t-0,0094 (0,1) -0,0198 (1,3) R bar au carré 0,9756 0,9756 Erreur standard 0,2263 0,2260 Corrélation sérielle LR(1)=0,67 LR(1)=0,73 Notes : les chiffres entre parenthèses sont des statistiques t de Student corrigées de l’hétéroscédascticité.

Les effets de taille de marché sont bien déterminés, que ce soit en ce qui concerne le niveau d’output sectoriel européen ou en ce qui concerne la croissance du PIB total européen. Cette dernière mesure s’avère toutefois être un meilleur indicateur de la croissance du marché européen que la demande spécifique à la branche où l’investissement intervient. Une élasticité de long terme unitaire de l’output sectoriel est imposée puisque cette restriction est acceptable [Wald(1)=0,34]. Toutes autres choses égales par ailleurs, cette restriction implique que l’investissement dans un secteur d’activité donné a augmenté à la même vitesse que le niveau de l’output sectoriel agrégé au niveau européen.
En outre, nos résultats montrent que les forces centrifuges et centripètes ne sont pas négligeables. Les coefficients associés aux variables d’économies d’agglomération comme la taille relative du marché national – mesurée en termes de part du PIB – et la base nationale de recherche sont positifs et statistiquement significatifs. Ceci implique que, toutes choses égales par ailleurs, les investisseurs préfèrent s’implanter sur des grands marchés. Les coefficients de la deuxième estimation impliquent qu'une augmentation permanente d'un point de pourcentage de la part du pays d’accueil dans le PIB européen donnerait lieu à une augmentation de 0,87% du stock d’IDE allemand à destination de ce pays. De la même façon, une hausse permanente d’un point de pourcentage de la part d’un pays d’accueil dans le stock européen de brevets donnerait lieu à une croissance de 0,32 % du stock d’IDE allemand vers ce pays. Les forces centrifuges sont également importantes. Toutes choses égales par ailleurs, une hausse de 1% des coûts unitaires de la main-d’œuvre d’un pays d’accueil relatif aux coûts encourus dans tous les autres pays d’accueil potentiels entraînerait une réduction du stock d’IDE de long terme du dit pays de 3,9 %. Les réalignements de taux de change réels et prolongés ne sont pas sans coût. Des conclusions similaires ressortent d’une étude des déterminants de l’implantation géographique de l’investissement direct japonais et américain (Barrell et Pain, 1998,1999a et 1999b).
L’impact des quatre mesures d’incitation à l’investissement sur l’investissement direct n’est pas clair. Ceci peut naturellement refléter l’utilisation de mesures d’approximation. Le résultat le plus significatif concerne l’effet de l’investissement gouvernemental rapporté au PIB du pays d’accueil relatif au même ratio pour les autres pays d’accueil potentiels. Cette variable a un effet positif et significatif dans les deux modèles, reflétant l’importance relative de l’infrastructure dans le pays d’accueil. L’effet positif de l’investissement public est cependant en partie compensé par l’effet négatif de la part relative des fonds structurels du FEDER dans le PIB. Cet effet, non-significatif dans le premier modèle, devient significatif au seuil de 10 % lors de la deuxième estimation et suggère qu’un pays attire comparativement plus d’IDE entrant s’il est déjà relativement bien développé. Bien que les zones relativement plus pauvres aient besoin de plus d’aides structurelles afin de combler leur retard sur les régions les plus avancées économiquement, ces aides s’avèrent cependant insuffisantes pour compenser tous les inconvénients de départ [15].
Il est intéressant de comparer nos résultats empiriques aux conclusions du modèle théorique développé par Martin et Rogers (1995). Ces auteurs montrent que l’impact sur la localisation des politiques régionales d’aides conçues afin d’améliorer l'infrastructure dépend du type d'infrastructure financé. Leur modèle distingue deux types d’infrastructures : l’infrastructure nationale, facilitant le commerce à l’intérieur d’un pays et contribuant à la hausse de la demande finale, et l'infrastructure internationale facilitant le commerce entre pays. Les politiques améliorant l'infrastructure nationale devraient être salutaires, en particulier si le pays d ispose d’une bonne infrastructu re intern ationale. Un e demand e plus élev ée encouragerait l’exploitation d’économies d'échelle. En revanche, les politiques visant à améliorer l'infrastructure internationale pourraient s’avérer contre-productives dans les pays bénéficiant d’une moins bonne qualité d’infrastructure nationale. En effet, les entreprises pourraient alors s’implanter dans des pays à revenu plus élevé tout en accédant facilement aux marchés des pays à revenu plus faible. Nos résultats sont conformes aux conclusions de ce modèle si nous sup posons qu e les investissements financés par le FEDER visent principalement à améliorer l'infrastructure internationale – ports et aéroports – tandis que l'investissement financé par les gouvernements vise à améliorer l’infrastructure interne au pays.
Nous trouvons un effet positif associé à la compétitivité fiscale conforme aux résultats de Young (1999). L’effet n’est cependant pas significativement différent de zéro, que ce soit dans la première ou dans la deuxième estimation. Le coefficient indique néanmoins qu’une hausse du taux effectif d’imposition sur les sociétés dans un pays, relatif à celui pratiqué dans d’autres pays d’accueil, peut réduire l’investissement direct vers ce premier pays. En revanche, l’effet de la part dans le PIB des dépenses en subventions dans un pays relativement à la part dans le PIB des dépenses dans tous les autres pays d’accueil potentiels est faible, négatif et non-significativement différent de zéro.
Pour mieux appréhender les effets des mesures fiscales incitatives sur l’IDE, il est nécessaire d’examiner les coefficients en équilibre de long terme. En ce qui concerne les résultats empiriques du second modèle, l’équilibre de long terme peut être exprimé comme suit:
où le terme Ï„ dénote le taux effectif d’imposition j sur les sociétés dans le pays j, G représente j l’investissement public rapporté au PIB, SF dénote j les ressources provenant du FEDER rapportées au PIB et w est une pondération associée à chaque pays k d’accueil potentiel k.
Il est clair que l’impact d’une politique nationale d’incitation à l’investissement dépend de la politique suivie par les autres pays d’accueil potentiels. En supposant que l’investissement public des autres pays d’accueil potentiels représente en moyenne 1 % du PIB, une augmentation d’un point de pourcentage du ratio de l’investissement public rapporté au PIB du pays d’accueil devrait donner lieu à une hausse du stock d’investissement allemand de 0,659 %. En revanche, si l’investissement public représente en moyenne 2 % du PIB chez les concurrents, alors une hausse de 1 % de l’investissement national public rapporté au PIB n’entraînerait plus qu’une hausse de l’IDE allemand de 0,33 %. De la même façon, une augmentation d’un point de pourcentage des fonds structurels reçus du FEDER et rapportés au PIB réduirait le niveau d’IDE allemand dans le pays d’accueil de 0,102 % à condition que les fonds structurels reçus du FEDER représentent en moyenne 1 % du PIB dans les autres pays d’accueil potentiels. De plus, nous notons que ces semi-élasticités sont relativement faibles comparées aux élasticités des autres variables incluses dans le modèle, comme celle de la R&D allemande ou celle des coûts de la main-d’œuvre.
Le coefficient associé à la variable mesurant la volatilité du taux de change bilatéral nominal est négatif, mais non-significatif. Ceci implique que, même si certains investisseurs allemands ont préféré investir dans des pays étrangers dont le taux de change nominal avec le deutschemark est resté relativement stable, la majorité des investisseurs allemands implantés en Europe n’ont pas exprimé cette préférence dans leurs choix d’implantation. En outre, le coefficient associé à l’indicatrice d’appartenance à l’Union européenne n’est pas significatif.
Dans les deux modèles, la valeur du coefficient associé à la variable dépendante retardée suggère une inertie considérable de l’investissement à l’étranger. Ce résultat corrobore l’idée que des coûts d’ajustements existent au niveau de l’investissement international. Le coefficient est néanmoins significativement différent de l’unité impliquant le rejet d’un modèle en différences premières – c’est-à-dire un modèle de flux d’investissement où les stocks des périodes antérieures n’auraient pas été pris en compte – par les données statistiques.
Enfin, le test présenté sur la dernière ligne du tableau 2 est un test de corrélation sérielle du premier ordre (Barrell et Pain, 1999a). Beaucoup d’analyses de données en panel ne présentent pas de statistiques de diagnostic souvent relativement aisées à calculer. Les tests concluent ici à une absence de corrélation sérielle, quelle que soit la spécification utilisée.
L’impact de l’intégration européenne
D’après les résultats des deux estimations présentées, le niveau d’IDE allemand à destination de la Belgique (pays de référence) depuis 1990 est plus élevé que ce à quoi l’on aurait pu s’attendre si le mouvement d’intégration européenne n’avait pas eu lieu. C’est en effet ce que suggèrent les coefficients positifs et significatifs des variables indicatrices sectorielles. Les résultats pour les autres pays ne sont pas aussi tranchés. Les coefficients des indicatrices du Royaume-Uni, de la Suède, de l'Autriche et de l'Italie sont tous non-significatifs, indiquant que l’impact de l’intégration européenne a été similaire dans les pays cités et en Belgique. En revanche, les coefficients des indicatrices de la France, de l’Espagne et des Pays-Bas sont tous négatifs et significatifs : l’effet de l’intégration européenne sur le niveau du stock des IDE allemands est donc plus faible dans ces pays qu’en Belgique. Dans la grande majorité des secteurs, ces effets indiquent néanmoins que le stock d’IDE allemand s’est accru en raison du processus d’intégration européenne, comme le montre la somme des effets industriels et nationaux (tableau 3).
Il est utile de rappeler que la spécification des indicatrices utilisée ici, avec des effets distincts pour chaque branche et chaque pays, est une spécification restreinte d’un modèle plus général où un effet individuel peut être distingué pour chaque couple pays-branche. Si nous considérons un échantillon incluant n branches et m pays, le modèle général comprend alors ( )n m× indicatrices. Le modèle que nous venons d’utiliser n’en compte que ( )n m+ -1. Un test vérifiant la validité de l’ensemble des ( ) ( )n m- × -1 1 restrictions peut être conduit et implique que la différence entre les coefficients spécifiques à une branche entre deux pays, quels qu’ils soient, est la même quelle que soit l’industrie considérée. Le second modèle est ré-estimé sans aucune restriction sur les indicatrices, c’est-à-dire que les (n m× ) indicatrices sont comprises. Le test requis pour passer du modèle général au second modèle est validé [Wald(41)=53,26].

Tableau 3
coefficients associés aux indicatrices de changements structurels du modèle 2
IMGIMGTableau 3 : coefficients associés au...IMGIMF
Tableau 3 : coefficients associés aux indicatrices de changements structurels du modèle 2 Chimie Matériel électriqueet électronique Equipementsde transport Constructionmécanique Autres branchesmanufacturières Distribution Servicesfinanciers Royaume-Uni 0,289 (2,9) 0,157 (1,4) 0,319 (2,3) 0,320 (2,9) 0,429 (3,8) 0,229 (2,2) 0,281 (2,2) France 0,036 (0,5) -0,095 (1,1) 0,066 (0,6) 0,067 (0,8) 0,176 (1,9) -0,023 (0,3) 0,028 (0,3) Suède 0,332 (3,0) 0,201 (1,6) n.d. 0,363 (3,0) 0,473 (4,2) 0,273 (2,5) 0,324 (2,5) Espagne 0,121 (1,5) -0,011 (0,1) 0,151 (1,3) 0,152 (1,7) 0,261 (3,0) 0,061 (0,7) 0,113 (1,0) Autriche 0,175 (2,4) 0,043 (0,5) 0,205 (1,7) 0,206 (2,5) 0,315 (3,9) 0,116 (1,5) 0,167 (1,7) Pays-Bas 0,106 (1,1) -0,026 (0,3) 0,136 (0,9) 0,137 (1,4) 0,246 (2,4) 0,046 (0,5) 0,098 (0,8) Italie 0,231 (2,3) 0,100 (0,9) 0,261 (1,9) 0,262 (2,5) 0,371 (3,3) 0,172 (1,7) 0,223 (1,8) Belgique 0,251 (3,2) 0,120 (1,3) 0,281 (2,3) 0,282 (3,1) 0,391 (4,3) 0,192 (2,3) 0,243 (2,3) Notes : les chiffres entre parenthèses sont des statistiques t de Student corrigées de l'hétéroscédascticité. n.d. : non disponible.

La matrice totale des coefficients issus de la combinaison des effets des indicatrices sectorielles et nationales du second modèle est présentée dans le tableau 3, ainsi que les statistiques t de Student correspondantes. Les coefficients impliquent, par exemple, que le niveau du stock d’IDE allemand dans le secteur des produits chimiques en direction du Royaume-Uni est en moyenne 33,5% plus élevé entre 1990-1996 qu’auparavant, cette hausse pouvant être attribuée au processus d’intégration européenne [16]. L’effet premier du processus d’intégration européen a été d’entraîner une hausse l’investissement direct allemand dans quasiment tous les pays d’accueil et les secteurs considérés. Seuls quatre des cinquante-cinq coefficients estimés sont négatifs et plus de la moitié ne sont pas différents de zéro. Nos résultats ne confirment donc pas l’hypothèse selon laquelle un démantèlement des barrières au commerce donnerait lieu à une concentration des activités économiques dans un nombre plus restreint de sites d’implantation.
L’intégration économique européenne a donc permis un développement de l’IDE allemand depuis 1990, notamment en Belgiqu e, en Suède et au Royaume-Uni, et ce quel que soit le secteur d’activité. L’entrée de la Suède, d’abord dans l’Association européenne de libre échange (AELE), puis dans l’Union européenne, peut être une explication.
À première vue, il est étonnant que les effets liés à l’intégration européenne soient équivalents en Belgique et au Royaume-Uni aux vues des évolutions globales de l’IDE allemand dans ces deux pays (cf. tableau 1). Ainsi, la hausse de la part de l’investissement direct allemand au Royaume-Uni entre 1990 et 1996 était plus importante que celle en Belgique. Cependant, d’après les résultats de notre estimation, une grande partie de ces différences est ex pliquée par l’évolution d e variables indépendantes spécifiques à chaque pays. En effet, pour le Royaume-Uni, l’afflux d’IDE allemand peut se justifier par l’amélioration des coûts unitaires du travail et de sa compétitivité fiscale. En revanche, la Belgique a perdu une partie de l’investissement allemand qu’elle recevait, non seulement en raison d’une perte de compétitivité dans ces deux domaines mais également à cause d’une coupe drastique du niveau de l’investissement public afin d’améliorer la performance fiscale de la Belgique et de faciliter son entrée au sein de l’Union monétaire européenne. Par conséquent, une proportion plus importante de la croissance de l’investissement allemand en Belgique est expliquée par l’introduction des indicatrices pour la période 1990-1996.
Bien que la France, l’Espagne et les Pays-Bas semblent avoir relativement moins bénéficié d’IDE allemand suite à l’intégration européenne, tous ont cependant connu des gains d’investissement significatifs dans au moins une branche d’activité. Il est intéressant de comparer l’expérience de la France à celle de l’Italie puisque les chiffres présentés dans le tableau 1 indiquent que la France a attiré relativement plus d’IDE allemand que l’Italie. Les variables explicatives introduites dans notre modèle – telle la réduction des investissements publics de ces dernières années pour consolider la position fiscale de l’Italie – peuvent expliquer une grande partie du déclin de la part italienne d’IDE allemand en Europe. Alors qu’en Italie la compétitivité-coût s’est améliorée après l’effondrement du Système monétaire européen en 1992, la volatilité du taux de change bilatéral lire-deutschemark s’est accentuée. En revanche, la France a continué de bénéficier d’une grande stabilité monétaire et a maintenu un niveau élevé d’investissement public. Par conséquent, le coefficient attaché à l’indicatrice de la France est plus négatif que celui de l’Italie car moins de facteurs inclus dans notre modèle peuvent expliquer la plus lente expansion de l’investissement direct en France.
Le signe des effets constatés dans les deux secteurs non-manufacturiers est conforme à nos attentes. Le démantèlement des barrières à l'entrée dans les industries de services financiers a donné lieu à une forte croissance des fusions et acquisitions internationales. Dans le même temps, l’amélioration de l’accès aux marchés des biens échangeables a réduit le besoin d’investissements séparés pour développer des réseaux de distribution permettant l’accès aux marchés.
La configuration des effets spécifiques aux secteurs manu facturiers fait état d’une baisse de l’investissement autrement non expliquée par le modèle dans le secteur du matériel électrique et électronique. Une petite baisse, non-significative, de l’investissement dans ce secteur est observée en Espagne, en France et aux Pays-Bas. Le niveau plus faible d’IDE pourrait, ici, être le reflet d’une délocalisation de la production de l’Allemagne vers les pays del’Europe de l’Est. Bien que dans le secteur transports man ufacturiers, une vague de délocalisations ait eu lieu vers les pays de l’Europe de l’Est, les coefficients de l’indicatrice associée à ce secteur ne sont cependant pas tous négatifs.
 
Conclusions et implications
 
 
Les travaux de recherche présentés ici avaient pour objectif d’étudier l'impact des aides à l'investissement sur les choix géographiques d’implantation de l’investissement direct à l’étranger en Europe. Une étude économétrique a été menée afin d’identifier les facteurs affectant le choix de localisation des investisseurs allemands en Europe. L’approche utilisée est fondée sur un modèle d’offre conventionnel de localisation des activités économiques. À cette structure de base ont été ajoutées des variables reflétant les développements économiques spécifiques aux firmes et aux branches d’activité, des effets d’agglomération ainsi que des mesures d’incitations à l’investissement. Nous avons également considéré la possibilité qu’un certain nombre de caractéristiques spécifiques aux pays d’accueil soient prises en compte dans les décisions d’investissement à l’étranger et avons introduit dans notre spécification des variables telles que la volatilité du taux de change bilatéral ou le niveau d’infrastructures financées par l’État.
Nos ré