2002
Économie et Prévision
Les investissements directs français à l’étranger et l’emploi en France
Vincent Aussilloux
[(*)]
Marie-Laure Cheval
[(**)]
L’influence de l’investissement direct à l’étranger (IDE) sur les niveaux d’emploi et de salaires est théoriquement
équivoque. En revanche, d’après les données statistiques, l’IDE français s’inscrit dans une stratégie de conquête de parts
de marché à l’étranger : la majorité des IDE est réalisée dans le secteur des services et à destination des pays de l’OCDE.
Les études empiriques confirment que le coût du travail est un facteur secondaire de la décision d’implantation à
l’étranger. Le niveau de l’emploi et des salaires dans la maison mère apparaît d’ailleurs positivement corrélé avec
l’activité des filiales à l’étranger. S’il ne semble pas y avoir substitution avec l’investissement domestique,
l’investissement sortant semble au contraire exercer une influence positive sur le niveau des exportations.
Mots-clés : investissement direct à l’étranger, commerce international, emploi, salaires
Mots-clés :
investissement direct à l’étranger, commerce international,, emploi, salaires.
The influence of direct foreign investment (DFI) on wage and employment levels is theoretically ambiguous. On the other hand,
according to statistical data, French DFI forms part of a strategy to gain market shares abroad: the majority of DFI is in the tertiary
sector and in OECD countries. Empirical studies have confirmed that labour cost is a secondary factor in the decision to set up
abroad. Moreover, wage and employment levels in the parent company seem to be positively correlated with the activity of its
foreign subsidiaries. Although it does not appear to act as a substitute for domestic investment, outward investment nevertheless
seems to have a positive impact on export levels.Keywords :
Direct foreign investment, international trade, employment, wages.
Les opinions exprimées ici sont propres à leurs auteurs et ne sauraient refléter en aucune manière le point de vue des institutions
auxquels ils appartiennent. Les auteurs tiennent à remercier Corinne Darmaillacq pour sa collaboration active à cette étude ainsi que
le rapporteur anonyme.
L’influence de l’investissement direct à l’étranger (IDE) sur les niveaux d’emploi et de salaires
est théoriquement équivoque. En revanche, d’après les données statistiques, l’IDE français
s’inscrit dans une stratégie de conquête de parts de marché à l’étranger : la majorité des IDE
est réalisée dans le secteur des services et à destination des pays de l’OCDE. Les études
empiriques confirment que le coût du travail est un facteur secondaire de la décision
d’implantation à l’étranger. Le niveau de l’emploi et des salaires dans la maison mère apparaît
d’ailleurs positivement corrélé avec l’activité des filiales à l’étranger. S’il ne semble pas y avoir
substitution avec l’investissement domestique, l’investissement sortant semble au contraire
exercer une influence positive sur le niveau des exportations.
Le grand public, ainsi que certains observateurs,
redoutent que les sorties de capitaux nationaux ne
correspondent à une exportation d’emplois français
vers les pays à bas salaires
[1]. Même si on ne peut
observer une modification sectorielle du niveau de
l’emploi en liaison avec les flux d’investissement
direct à l’étranger (IDE), il n’est cependant pas
exclu que ces flux entraînent des modifications de la
demande en emplois qualifiés et peu qualifiés.
Rappelons toutefois qu’on ne peut raisonner à
production constante. En effet, les IDE français
induisent généralement des gains en parts de
marché à l’étranger plus importants que ceux
réalisés par une simple stratégie d’exportation.
Cette progression des entreprises françaises sur les
marchés étrangers, qui passe par une implantation
directe, s’accompagne généralement d’une
intensification des exportations à destination de ces
pays, ce qui est favorable à l’emploi en France.
Afin d’éclairer quelque peu le débat sur les
“délocalisations”, quatre remarques préliminaires
peuvent être formulées, elles seront développées
par la suite :
- les créations ab nihilo de sites de production à
l’étranger représentent uniquement 6,5 % de
l’investissement international et 18,9 % si on y
ajoute les joint-ventures. A contrario, la très grande
majorité des investissements réalisés le sont par
rachats d’entreprises et de capacités de production
déjà existantes. Or ces types d’investissements
directs sont d’autant moins reliés à une diminution
de l’emploi dans le pays source qu’ils ne se
substituent que marginalement à des flux
d’exportations ;
- les flux d’investissements directs français à
l’étranger sont majoritairement dirigés vers d’autres
pays industrialisés. Les pays à bas coûts salariaux ne
représentent ainsi qu’un faible pourcentage du stock
d’investissements sortants de la France ;
- les études économiques montrent que les firmes et
les secteurs les plus actifs sur le plan de l’IDE sont
ceux qui ont un leadership technologique plutôt que
ceux qui sont victimes de la concurrence des pays à
bas salaires. Ces conclusions s’appliquent
notamment dans le cas de la France : ce sont bien les
firmes et les secteurs les plus dynamiques qui
s’internationalisent ;
- la croissance particulièrement forte de l’IDE dans
le secteur tertiaire alors que, dans la plupart des cas,
les services doivent être produits là où se trouvent
les consommateurs, suggère qu’une partie
substantielle des filiales viennent soutenir les
exportations plutôt qu’elles ne les concurrencent.
L’article est construit de la manière suivante. Après
un examen théorique des relations entre IDE,
échanges et emploi dans la première partie, la
seconde partie rappelle certains faits stylisés
concernant la nature de l’investissement français
sortant : les investissements français à l’étranger
sont, d’une part, majoritairement à destination des
pays développés et, d’autre part, le plus souvent
destinés à soutenir l’exportation des entreprises les
plus dynamiques. La troisième partie est consacrée
à l’étude du lien entre l’IDE et le coût du travail,
pour montrer que celui-ci ne semble pas être un
déterminant majeur de l’investissement à
l’étranger. La quatrième partie traite de l’influence
directe, au niveau micro-économique, de l’IDE sur
l’emploi, le niveau des qualifications et les salaires,
dans la firme à la source de l’investissement. La
dernière partie s’interroge finalement sur les effets
indirects de l’IDE sur l’emploi via la substitution
éventuelle avec l’investissement intérieur et via la
complémentarité probable entre le commerce et
l’investissement.
Liens théoriques entre IDE sortant et
emploi dans le pays d’origine
Les effets d’équilibre général de l’investissement à
l’étranger dans la théorie factorielle
Les modèles d’équilibre général en économie
internationale fournissent un cadre de travail pour
compren dre certaines d es causes et des
conséquences globales du mouvement international
des facteurs initié par les firmes multinationales
[2].
Le modèle de base suppose la libre adaptation de la
rémunération des facteurs. Toutefois, lorsqu’on
envisage une rigidité à la baisse du salaire par
exemple, une moindre demande du facteur travail se
traduit par un chômage de type classique. Dans ce
qui suit, on parlera indifféremment de baisse du
salaire réel ou de hausse du chômage, la seule
différence résidant, dans ce type d’analyse, dans
l’existence ou non de rigidités sur le marché du
travail
[3].
Le modèle canonique de Mundell (1957) considère
deux pays à dotations homogènes en facteurs
(capital et travail) où le seul bien disponible n’est
pas échangeable mais où les facteurs de production
peuvent migrer d’un pays à l’autre. Dans ce modèle,
lorsque le rendement réel du capital est plus élevé à
l’étranger, une partie du capital national émigre afin
de rétablir l’égalité des rémunérations factorielles.
Le processus de production de la nation devient par
conséquent moins capitalistique : le produit
marginal du capital augmente et celui du travail
diminue. Cela se traduit par une baisse du salaire
national (ou une hausse du chômage) lorsque tous
les marchés, dont celui des facteurs de production,
sont considérés comme concurrentiels. À
l’étranger, les rendements factoriels évoluent en
sens contraire : l’entrée de capital induit une hausse
du salaire réel et érode le rendement du capital.
Ainsi, dans le modèle de base, le travail s’oppose à
l’émigration du capital domestique à l’étranger
mais accueille favorablement une entrée de capital
étranger. Dans le cas d’une sortie de capitaux, il est
à noter toutefois que comme le revenu de la nation
augmente, grâce au rapatriement des revenus du
capital délocalisé, les gagnants sont potentiellement
en mesure de compenser les perdants.
Sous certaines conditions, les conclusions
théoriques du modèle canonique persistent
lorsqu’on introduit la possibilité d’un échange de
biens. Il est cependant nécessaire pour cela que
chaque pays produise un seul bien pour la
consommation nationale et l’exportation ou que
tous les biens que chacun produit utilisent du capital
et du travail dans les mêmes proportions et ce, pour
n’importe quel ensemble de prix des facteurs.
En rev anche, les résultats changent
substantiellement si chaque nation produit plus d’un
bien et si les fonctions de production diffèrent en
intensités factorielles. Dans ce cas, l’évolution de la
structure des échanges tend à compenser la
réallocation internationale des facteurs.
Dans le cadre d’un modèle 2 2 2× × (deux pays,
deux facteurs, deux biens), si la nation possède plus
de capital par travailleur que le pays étranger, elle
tend à exporter des biens intensifs en capital et à
importer des biens intensifs en travail, tant que les
préférences des consommateurs dans les deux pays
ne viennent pas jouer en sens contraire. Dans ce
cadre, si une partie du capital national migre vers
l’étranger, les avantages comparatifs nationaux se
réduisent et, avec eux, l’intensité des échanges
internationaux. Dans chaque pays, on assiste alors à
un mouvement des facteurs de production vers les
secteurs non exportateurs. Ce déplacement des
facteurs atténue les effets de la sortie des capitaux
sur la rémunération du travail dans le pays
domestique. En effet, la diminution de la production
dans le secteur exportateur (intensif en capital)
relâche plus de capital et moins de travail que le
secteur non exportateur (intensif en travail) n’en
absorbe de par sa croissance. Finalement, la
mobilité intersectorielle des capitaux à l’intérieur
du pays vient atténuer les effets de la sortie de
capitaux (la baisse de la rémunération du facteur
travail), par rapport au cas à un seul bien.
Dans le cas limite, il est même possible d’envisager
que l’ajustement de la structure de production et des
échanges du pays face à une sortie de capitaux
pourrait être telle que les rémunérations nationales
du travail et du capital ne soient pas modifiées. Il en
est notamment ainsi, si la nation est un petit pays
dont les prix des biens à l’exportation et à
l’importation sont établis de manière
concurrentielle sur les marchés internationaux.
Dans ce cas, les termes de l’échange du pays ne sont
pas affectés par la sortie de capitaux. En raison
d’une diminution de la quantité de capital
disponible dans l’économie, l’investissement à
l’étranger tend à accroître le coût du capital et à
diminuer celui du travail. Cela génère des profits
supplémentaires pour l’industrie nationale qui
concurrence les importations (relativement
intensives en travail) et diminue ceux de l’industrie
nationale des biens exportés (relativement intensifs
en capital). Selon le même raisonnement que dans le
cas précédent, les facteurs se déplacent alors vers
l’industrie des biens non exportés. Puisque les
termes de l’échange sont donnés, cette réallocation
de facteurs se poursuit jusqu’à ce que les
proportions capital – travail dans les deux industries
soient revenues à leurs niveaux qui précédaient la
sortie de capital perturbatrice. Il résulte de ce
raisonnement que les niveaux originels de
rémunération ou d’emplois sont compatibles avec
un flux d’investissements vers l’étranger.
Finalement, les rémunérations réelles peuvent être
relativement peu perturbées par des mouvements
internationaux de capitaux, lorsqu’ils sont
exogènes. Ceci peut demeurer vrai même lorsque
les rendements factoriels dans un pays dépendent de
ses termes de l’échange. En effet, dans le cas de
l’analyse classique heckscher-ohlinienne (échanges
de biens mais immobilité des facteurs de production
entre pays), on sait que les prix des facteurs peuvent
s’égaliser internationalement comme l’a montré
Samuelson (1948 et 1949). Si maintenant on
suppose que les capitaux peuvent être mobiles et
qu’on se situe dans la zone d’égalisation du prix des
facteurs, les flux de capitaux ne modifient pas le
prix des facteurs, lorsque les prix des biens restent
inchangés. Dans ce cas, les flux de capitaux n’ont
pas d’effets sur les salaires et donc sur le chômage
classique.
L a théo rie classiq ue – le mod èle
Heckscher-Ohlin-Samuelson et sa variante
développée par Mundell ainsi que leurs différentes
extensions – s’avère donc insuffisante pour rendre
compte de la relation entre les mouvements de
capitaux et le niveau de l’emploi. D’une part, les
résultats sont extrêmement liés aux hypothèses
retenues sur le nombre de facteurs, le nombre de
biens échangeables ou non, le nombre de pays, leur
taille, etc., ce qui exclut d’en inférer une relation
simple et univoque
[4]. D’autre part, dans ce cadre
d’analyse, la relation entre l’investissement à
l’étranger et l’emploi est la résultante de la relation
entre l’investissement et les échanges. Concernant
ce second point, c’est donc plutôt à la nature
substituable ou complémentaire des biens exportés
et des biens produits par des filiales à l’étranger que
la théorie nous renvoie. Il semble par conséquent
plus pertinent de s’interroger sur les motifs de
l’investissement international (substitution ou
complémentarité avec la production nationale) que
peut éclairer l’étude des formes de l’intégration des
entreprises au niveau international.
La relation théorique entre IDE, échanges et
emploi en fonction des formes de l’intégration
internationale des firmes
Le modèle de Heckscher-Ohlin-Mundell ne nous
renseigne guère sur le commerce et les
investissements entre pays où les dotations
factorielles, les capacités technologiques et les
niveaux de revenu sont semblables, pas plus qu’il
n’intègre les biens différenciés et la concurrence
imparfaite
[5]. Ces caractéristiques dominent
pourtant actuellement les flux d’investissements
internationaux. Le commerce mondial concerne
également dans une grande proportion des produits
intermédiaires
[6] ou des produits qui sont échangés
entre filiales d’un même groupe
[7]. Ces évolutions,
pour lesquelles le modèle Heckscher-Ohlin fournit
peu d’explications, suggèrent que le lien entre le
commerce et l’investissement international pourrait
être bien plus complexe que la simple relation de
substituabilité décrite par le modèle factoriel
traditionnel.
Pour l’ensemble de ces raisons, ainsi que celles que
nous avons vues dans la section précédente, le
modèle classique ne permet pas d’identifier une
relation claire entre le montant des investissements
à l’étranger et le niveau de l’emploi national. Il
importe dès lors de prendre en compte le mode
d’organisation, horizontal ou vertical, des firmes
multinationales afin de déterminer les liens entre les
investissements sortants, les échanges et l’emploi
domestique
[8].
– Dans le cas d’une intégration horizontale de la
firme multinationale, les filiales et la maison-mère
produisent chacune des biens identiques pour leur
marché local. Ce mode d’organisation est justifié
par l’intérêt d’une exploitation en propre, à
l’international, des actifs spécifiques détenus par la
firme au niveau local comme les brevets, les
marques de fabrique mais également les savoir-faire
relatifs aux techniques de gestion, de marketing,
etc. La théorie de l’internalisation justifie
également l’organisation horizontale des
multinationales par un accès élargi et meilleur
marché aux ressou rces financières
[9].
Classiquement, les auteurs postulent qu’une telle
organisation conduit à une substitution des
échanges par l’IDE, dans la mesure où les
exportations sont remplacées par des ventes locales
sur les marchés étrangers. Toutefois, même dans ce
type d’organisation horizontale, une implantation
sur un marché étranger se traduit généralement par
une intensification des flux d e pro duits
intermédiaires.
En outre, les multinationales s’appuient de plus en
plus sur la flexibilité que leur procure une
organisation horizontale en jouant sur les
évolutions, sur les différents marchés, du taux de
change, du taux d’utilisation des capacités et de la
demande. Le lien entre l’investissement direct dans
un pays tiers et la production dans le pays d’origine
fluctue ainsi au cours du temps, en fonction de
l’évolution de ces variables. De ce fait, il est
difficile de conclure d’un point de vue théorique sur
le s ens de la relation entre le niveau
d’investissement entre deux pays et le montant
global des échanges bilatéraux et ce, y compris dans
un mode dominant d’organisation horizontale des
multinationales.
– Dans le cas d’une intégration verticale de la firme
multinationale, les différentes unités se spécialisent
de manière à se compléter les unes les autres par
l’échange international de produits intermédiaires
et de produits finis. Les activités sont concentrées
dans un nombre relativement restreint de grandes
unités qui commercent entre elles. Cette intégration
est notamment favorisée par la libéralisation des
éch ang es internatio nau x, l’utilisation de
technologies dissemblables à différents stades de la
production, les écarts dans les prix des facteurs
entre pays, l’intensification des économies
d’échelle au niveau de chaque ligne de produits, etc.
Dans ce schéma, les IDE et les échanges sont
logiquement complémentaires, dans la mesure où
les investissements à l’étranger renforcent la
compétitivité sur les marché étrangers et accroissent
les échanges de biens intermédiaires et de produits
finis vers les filiales. Ces types de liens sont
bénéfiques pour les exportations et a priori pour
l’emploi dans la maison-mère.
De plus, un investissement en capacités de
production est très souvent coup lé à des
investissements en matière de distribution, de
marketing, qui se traduisent par d’importants gains
en parts de marché. Ces gains en parts de marché se
traduisent en retour par un accroissement des flux
de produits connexes en raison notamment de l’effet
de notoriété de la marque ou du renforcement du
réseau de distribution.
Il est à noter que cette forme d’internationalisation
verticale des entreprises est favorisée par des
différences de dotations et, par conséquent, de prix
relatifs des facteurs de production.
– Il reste que le modèle actuel d’insertion
internationale des entreprises est très certainement
une forme hybride des deux types d’insertion
verticale et horizontale, ce que Markusen (1997) a
désign é comme le “ modèle de capital
connaissance“
[10].
Les liens entre les échanges, les IDE et l’emploi
apparaissent ainsi plus complexes que ne le laisse
penser l’analyse factorielle ou l’analyse classique
de l’organisation des firmes multinationales. Ils ne
peuvent se réduire à une analyse purement
théorique. Il semble par co nséquent
particulièrement nécessaire d’éclairer cette relation
à partir des résultats des analyses empiriques.
Investissement direct français à
l’étranger : faits stylisés
Les investissements étrangers se scindent en deux
catégories principales : les investissements directs
et les investissements de portefeuille. Même s’il est
parfois difficile de faire la distinction, on considère
généralement qu’un investissement est un IDE
lorsque l’investisseur étranger détient plus de 10 %
des actions ordinaires dans l’entreprise. C’est un
seui l arbitraire mais conforme aux
recommandations de l’OCDE et du FMI
[11]. Il
correspond généralement à un investissement de
long terme suffisant pour influencer les décisions de
gestion de l’entreprise. Le second critère de
distinction peut reposer sur la durée pendant
laquelle est maintenu l’investissement : en deçà
d’une année, l’investissement est de portefeuille,
au-delà, il représente un investissement direct
[12].
Les IDE sont constitués des opérations de
fusion-acquisition, des joint-ventures, des accords
avec mise en commun de ressources spécifiques et
des investissements dits " greenfield", qui
correspondent à l’établissement ou à l’extension de
filiales créées ab nihilo par la maison-mère.
Figure 1
flux d’investissements directs français à
l’étranger et étrangers en France
Banque de France, annexes au rapport annuel, 2000.
Jusqu’en 1986, les investissements français à
l’étranger représentaient moins de 3 % de
l’investissement intérieur brut défini par la FBCF.
Depuis, leur part n’a cessé de progresser, atteignant
un point haut en 1999, à 45 % (cf
. graphique1).
L’année 1999, comme l’année 2000, représentent
cependant des années particulièrement atypiques
caractérisées par des opérations d’ampleur
exceptionnelle liées notamment à la "bulle"
spéculative sur les valeurs du secteur des
télécommunications
[13]. Sur moyenne période, le
ratio “sorties d’investissement / FBCF“ français est
d’ailleurs en phase avec la moyenne de l’Union
européenne à quinze (cf. graphique 2) alors que le
stock d’investissements français à l’étranger
rapporté au
PIB reste en deçà de la moyenne
européenne (cf
. graphique 3).
Au même titre que la Suisse ou la Belgique, les
Pays-Bas et le Royaume-Uni ont une tradition
ancienne d’insertion dans l’économie mondiale, ce
qui explique des ratios IDE/FBCF et IDE/PIB
particulièrement élevés (cf. graphique 3).
Figure 2
flux d’IDE sortants en pourcentage de la
FBCF pour quelques pays, 1985-1999 (en %)
CNUCED
Figure 3
stocks d’IDE sortants en pourcentage du
PIB pour quelques pays, 1980,1985,1990,1995 et
1999 (en %)
CNUCED
Les IDE français sont très majoritairement à
destination des pays développés
Les flux d’investissement directs français à
l’étranger se dirigent principalement vers d’autres
pays industrialisés. Les pays à bas coûts salariaux
ne représentent ainsi qu’un faible pourcentage du
stock d’investissement sortant de la France
[14] (cf.
graphique 4).
Ainsi, pour l’année 1996, le stock d’IDE français à
l’étranger est concentré à 90,9 % sur l’OCDE, à
63,5 % sur l’UE à quinze mais seulement à 4,9 % sur
l’Amérique Latine, à 2,7 % sur les pays d’Asie en
développement rapide, à 2,1 % sur l’Afrique, à
1,1 % sur l’Europe de l’Est et à 0,4 % sur le
Maghreb (cf. graphique 4).
Figure 4
stocks des investissements français à
l'étranger par pays en fin d'année
Banque de France, annexes au rapport annuel, 1997.
Au premier janvier 2000, la répartition des quelques
3 565 milliers d’emplois dans les filiales à
l’étranger suit celle des stocks d’IDE : 65,4 % des
emplois à l’étranger des groupes français sont dans
les pays industrialisés, dont 35,7 % dans l’UE à
quinze, et seulement 11,1 % en Amérique latine,
9,2 % en Asie, 7,4 % en Afrique et 4,6 % dans les
pays de l’ex-bloc de l’Est (cf. tableau 1). Toutefois,
entre 1998 et 2000, la part des IDE sortants français
à destination des pays hors OCDE a nettement
augmenté, notamment vers les pays émergents.
L’emploi dans les filiales françaises situées dans
ces pays s’est ainsi accrû de 42 % pour atteindre
près de 26 % de l’effectif total.
Les IDE français semblent très majoritairement
destinés à soutenir l’exportation des entreprises les
plus dynamiques
L’étude des échanges intra-groupes des entreprises
françaises semble minimiser l’importance des
considérations de coût de production comme
déterminant de la multinationalisation. En effet, les
filiales étrangères de groupes français sont le plus
souvent des filiales de commercialisation et
s’insèrent dans une stratégie d’implantation à
proximité de la demande. Il est également probable
que les firmes françaises des secteurs intensifs en
main-d’œuvre cherchent à p rotéger leur
compétitivité par le développement de réseaux de
so us-traitance au moins autant que p ar
l’implantation de filiales de production.
Les études économiques démontrent notamment
que les firmes et les secteurs les plus actifs sur le
plan de l’IDE sont ceux qui ont un leadership
technologique plutôt que ceux qui sont victimes de
la concurrence des pays à bas salaires
[15]. Dans le
cas de la France, l’étude menée par Messerlin
(1995) a montré que ce sont les branches créatrices
nettes d’emploi sur le sol national qui sont
majoritairement à l’origine des flux sortants
d’IDE
[16].
À titre d’exemple, le secteur textile est souvent
considéré comme faisant l’objet de stratégies de
délocalisation, qui relèveraient de considérations de
coûts de production. Ce secteur représente une
infime fraction des flux d’IDE français sur la
période 1998-2000 (voir tableau 2 en annexe). Le
secteur tertiaire quant à lui accroît sa part dans les
flux d’investissements directs français à l’étranger
alors qu’il dépassait déjà 52 % des flux totaux en
1996
[17].
Tableau 1
implantations françaises à l’étranger (au 1er janvier 2000)
Tableau 1 : implantations françaises à l’étranger (au 1er janvier 2000)
2000 1998 Évolution
Filiales Effectifs Filiales Effectifs Filiales Effectifs
Nombre % Nombre % Nombre % Nombre % % %
Total 19 177 100 3 565 017 100 15 823 100 2 528 488 100 21,2 41
Pays industrialisés 10 622 55,4 2 332 152 65,4 8 907 56,3 1 592 259 63,0 19,3 46,5
Union Européenne 7 304 38,1 1 272 901 35,7 5 947 37,6 1 132 217 44,8 22,8 12,4
Hors Union Européenne 3 318 17,3 1 059 251 29,7 2 960 18,7 460 042 18,2 12,1 130,3
Pays en transition et en développement 8 555 44,6 1 232 865 34,6 6 916 43,7 936 229 37,0 23,7 31,7
PECO et CEI 1 919 10,0 164 017 4,6 1 606 10,1 121 349 4,8 19,5 35,2
Amérique Latine 1 259 6,6 394 434 11,1 866 5,5 267 828 10,6 45,4 47,3
Asie 2 616 13,6 327 501 9,2 2 049 12,9 184 511 7,3 27,7 77,5
Proche et Moyen Orient 794 4,1 83 829 2,4 575 3,6 49 382 2 38,1 69,8
Afrique(1) 1 967 10,3 263 084 7,4 1 820 11,5 313 159 12,4 8,1-16,0
32 pays émergents(2) 5 886 30,7 923 354 25,9 4 815 30,4 649 350 25,7 22,2 42,2
Source : Recensement 2000 des implantations françaises à l’étranger - DREE
(1) Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée équatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo, Zaïre.
(2) Afrique du Sud, Algérie, Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Corée du Sud, Egypte, Hongkong, Hongrie, Inde, Indonésie, Iran, Israël,
Kazakhstan, Malaisie, Maroc, Mexique, Pakistan, Philippines, Pologne, Rép. Tchèque, Roumanie, Russie, Singapour, Taïwan, Thaïlande, Turquie,
Ukraine, Vénézuela, Vietnam.
Lecture : sur la ligne “ total ”, la deuxième colonne indique que 19 177 filiales françaises sont implantées à l’étranger. Elles emploient 3 565 017
personnes (4ème colonne). Leur nombre a augmenté de 21,2 % entre 1998 et 2000 entraînant une hausse de 41,0 % des effectifs employés.
Recensement 2000 des implantations françaises à l’étranger - DREE
Tableau 3
décomposition du stock d’IDE sortants de la France par secteur d’activité et par région (2000)
Tableau 3 : décomposition du stock d’IDE sortants de la France par secteur d’activité et par région (2000)
Nombre de filiales Effectifs
En %(*) Production Commerce Services Production Commerce Services
TOTAL 52 15 33 55 12 33
Union européenne 48 21 31 51 17 32
Autres pays industrialisés 57 13 30 56 7 37
PECO + ex-URSS 50 15 35 67 16 17
Afrique 52 13 36 65 10 24
Amérique latine 56 8 36 38 12 50
Asie en développement 56 14 30 65 16 19
Moyen-Orient 48 11 41 61 4 35
Source : recensement 2000 des implantations françaises à l’étranger - DREE.
(*) Le total sur cent se lit en ligne respectivement pour les filiales et les effectifs.
recensement 2000 des implantations françaises à l’étranger - DREE.
En 1996, selon les chiffres de la balance des
paiements, l’industrie ne représente que 29,2 % des
stocks d’IDE sortants de France, l’énergie 10,3 %,
les holdings 14,7 % et les services marchands
36,2 % (dont la moitié sont des sociétés de crédit).
L’industrie représente donc un stock d’IDE de 45
milliards d’euros, équivalant à 18,2 % du capital
fixe net industriel (hors industrie agro-alimentaire).
Par ailleurs, la croissance particulièrement forte de
l’IDE dans le secteur tertiaire (cf. graphique 5)
combinée au fait que, dans la plupart des cas, les
services sont fournis là où se trouvent les
consommateurs, suggère qu’une partie substantielle
des filiales de production viennent soutenir les
exportations plutôt qu’elles ne les concurrencent.
En améliorant la distribution des biens du pays
d’origine, les filiales à l’étranger permettent de
maintenir ou d’étendre les parts de marché à
l’exportation.
Figure 5
stocks des investissements français à
l'étranger par secteurs d'activité en fin d'année
Banque de France, annexes au rapport annuel, 1997.
Le coût du travail ne semble pas être un
déterminant majeur des IDE
L’étude de Hatem (1998) rappelle de manière utile
que les créations de sites de production à l’étranger
représentent uniquement 6,5 % de l’investissement
international et 18,9 % si on y ajoute les
joint-ventures. Par conséquent, la très grande
majorité des investissements réalisés le sont par
rachats d’entreprises et de capacités de production
déjà existantes. Ces types d’investissements directs
sont d’autant moins reliés à une diminution de
l’emploi dans le pays source qu’ils ne viennent que
très marginalement se substituer à des flux
d’exportations.
Par ailleurs, dans la même étude, une enquête est
menée sur l’investissement international auprès de
quelques 300 firmes multinationales
[18]. Les
résultats de l’enquête soulignent que l’accès au
marché local constitue la première motivation de
l’IDE. Ceci est vrai aussi bien au moment de la
décision initiale d’investissement à l’étranger qu’au
moment du choix final du site. Cette dernière étape
intègre également d’autres éléments tels que le
risque politique et social, la qualité de la
main-d’œuvre et des infrastructures ou encore le
niveau limité de la bureaucratie et de la pression
fiscale. Finalement, les coûts directs
stricto sensu
(salaires, prix des terrains, etc.) paraissent jouer un
rôle relativement secondaire dans la décision
d’internationalisation et dans le choix de
localisation (
cf. figure 5). Cependant, selon cette
étude, les IDE manufacturiers se montrent plus
sensibles aux coûts de production que ceux réalisés
dans le secteur des services. De la même façon, les
IDE à destination de l’Asie s’avèrent plus marqués
par des considérations de coûts de production que
ceux dirigés vers l’Europe de l’Ouest et les
États-Unis.
D’après les études économétriques relatives aux
facteurs qui favorisent les flux entrants d’IDE, le
coût du travail influence la localisation mais plus
faiblement que d’autres déterminants
[19]. En effet,
dans l’analyse des IDE entre pays développés, le
coût relatif du travail apparaît généralement comme
un facteur secondaire de localisation. Il sert
essentiellement à choisir entre deux sites d’accueil,
une fois prise la décision d’investissement.
Ainsi, dans le cas des investissements français en
Europe, Ferrer (199 8) confirme q ue les
déterminants de la localisation sont prioritairement
le degré d’industrialisation de la région et la
concentration dans cette région d’activités
similaires à celles pratiquées par la filiale. Le salaire
horaire semble n’avoir qu’une influence peu
significative sur le choix de localisation des filiales
de groupes français en Europe.
Mayer et Mucchielli (1999) évaluent pour leur part
l’importance de différents déterminants de la
localisation des firmes japonaises en Europe à la
fois au niveau national et régional. Plusieurs
spécifications économétriques sont testées. Lorsque
le modèle décrit exclusivement le choix de
localisation entre plusieurs régions ou entre
plusieurs pays, le coût du travail ressort comme un
des éléments de la décision de localisation. En
revanche, lorsque les auteurs retiennent une
spécification économétrique dans laquelle les
entreprises choisissent d’abord le pays puis la
région de localisation, la variable coût du travail
n’est significative qu’au niveau régional. Elle ne
semble pas déterminer le choix entre pays.
Concernant les IDE allemands à destination des
autres pays européens, Hubert et Pain (2000)
précisent que le coût du travail n’apparaît pas
comme un facteur déclenchant de l’IDE allemand
sortant. L’étude confirme que le coût du travail
intervient, tout de même, quant au choix de
localisation entre différentes implantations. Les
auteurs notent cependant que les principaux
facteurs à la base de la croissance des IDE
allemands sont plutôt la croissance de la demande
en Europe, mesurée par la croissance du PIB, et la
croissance des actifs des firmes allemandes fondés
sur la détention de savoir-faire technologiques.
Andersen et Hainaut (1998) envisagent, pour 21
pays développés, les déterminants des IDE entrants
et sortants à la fois en flux cumulés et en stock. Les
estimations suggèrent que les IDE sont déterminés
principalement par l’intensité du commerce entre
pays, par la taille du marché boursier, par l’intensité
des investissements dans les technologies de
l’information et par l’intensité, pour le pays source,
du ratio investissement domestique sur
PIB.
Toutefois, dans cette étude, les coûts relatifs
semblent importants puisque les pays dont le taux
de change se déprécie et qui se caractérisent par un
faible coût du travail paraissent attirer relativement
plus d’investissements étrangers
[20].
Martin et Velasquez (1997) notent que les facteurs
qui motivent les IDE au sein des pays de l’OCDE
sont tout d’abord la taille et le dynamisme du
marché intérieur du pays ainsi que la qualité des
infrastructures et de la main-d’œuvre. En revanche,
la distance entre le pays source et le pays
destinataire tend à réduire le montant des
investissements bilatéraux alors que les différences
en dotations factorielles entre pays, qui déterminent
le coût du travail, apparaissent non significatives.
Lorsque sont pris également en compte les pays en
développement comme pays d’accueil de l’IDE, le
coût du travail n’apparaît pas nécessairement plus
significatif. Les études s’accordent toutefois pour
lui attribuer un rôle dans le choix de localisation
mais celui-ci est nettement plus mineur que celui
dévolu aux considérations de taille de la demande,
de dépenses de recherche-développement ou encore
aux effets d’agglomération.
En considérant une large gamme de destinations en
Europe et hors d’Europe, Hubert et Pain (1995 et
1998) montrent que le coût du travail dans le pays
d’accueil est un déterminant peu important de la
décision de localisation des IDE allemands. Dans le
cas de ces deux études, la sensibilité au coût du
travail serait cependant plus forte pour l’IDE
allemand sortant à destination des pays non
européens plutôt qu’européens. Dans une étude
postérieure, Hubert et Pain (1999) établissent
également qu’un coût du travail élevé dans le pays
d’origine représente un élément qui peut favoriser,
mais de manière modérée, la sortie des capitaux.
L’apparente contradiction avec les résultats de
Hubert et Pain (2000) peut s’expliquer, selon les
auteurs, par la prise en compte des seules
destinations européennes de l’IDE allemand dans
l’étude la plus récente.
Figure 6
importance relative des
différents critères de localisation
(0 : sans importance;
Hatem (1998)
Wheeler et Mody (1992) ont mis en exergue le rôle
prédominant des effets d’agglomération, de la
qualité des infrastructures ainsi que d’un tissu de
sous-traitants de qualité et d’un marché domestique
en expansion dans le choix de localisation des IDE
américains sortants à destination de quarante-deux
pays industrialisés et en développement. Le coût du
travail semble jouer de manière déterminante sur le
choix de localisation uniquement dans le cas des
IDE à destination des pays en développement et
pour le secteur particulier de l’électronique. Dans ce
secteur, le coût du travail ne semble pas avoir une
importance significative dans le choix de
localisation entre pays développés. En revanche,
dans le secteur manufacturier dans son ensemble, la
variable retrouve une influence mais nettement en
retrait par rapport aux considérations de taille de la
demande ou d’effets d’agglomération.
Andersen et Hainaut (1998) font également
apparaître une relation négative entre le niveau de
l’emploi d’une filiale locale et le coût du travail
dans le pays de localisation. Ici, le coefficient
négatif apparaît plus fort lorsque l’échantillon de
pays ne regroupe que des pays développés. Dans
cette étude et contrairement aux études citées
précédemment, il semblerait, par conséquent, que le
coût du travail soit une variable plus importante
dans le choix de localisation lorsqu’elle se situe à
des niveaux élevés. Elle serait de moindre
importance pour déterminer la délocalisation de
pays développés vers des pays en développement.
Même si les études économétriques ne s’accordent
pas sur le caractère significatif du coût du travail
pour déterminer le pays de localisation selon que
l’on considère des pays développés ou en voie de
développement, il ressort clairement que le coût du
travail ne représente qu ’un déterminant
relativement marginal du choix d’investir à
l’étranger. La décision d’implanter une filiale dans
un pays étranger apparaît nettement plus reliée à des
considérations stratégiques de développement à
long terme de la part de marché de l’entreprise ou de
maîtrise de savoir-faire technologiques.
Quelle est l’influence directe de l’IDE
sur l’emploi dans la firme source ?
Une liaison positive entre le niveau de l’emploi
dans la maison-mère et celui des filiales
Diverses études économétriques
[21] ont cherché à
évaluer, dans différents pays, le lien entre le niveau
de l’emploi de la maison-mère et celui de ses
filiales. Ces études envisagent des fonctions de coût
de la maison-mère, dans lesquelles les coefficients
de salaires relatifs s’interprètent comme des
élasticités de substitution entre les travailleurs de
différentes zones géographiques. Un faible degré de
substitution entre les travailleurs embauchés par la
maison-mère et ceux embauchés par une filiale sise
à l’étranger est alors mis en évidence. En effet, les
études dénotent p lutôt une relation de
complémentarité entre les travailleurs des filiales
installées dans les pays industrialisés et ceux des
filiales situées dans les pays émergents.
Pour la France, Chédor et Mucchielli (1999)
soulignent l’influence faible mais positive de la
production des filiales françaises sur l’emploi
français, lorsque sont considérées indifféremment
des implantations dans les pays en développement
et dans les pays industrialisés. En revanche, les
études semblent révéler un degré élevé de
substitution entre les travailleurs des filiales situées
dans différents pays émergents.
Finalement, ces résultats semblent confirmer
l’existence d’une structure de production verticale
par laquelle les multinationales tentent de
minimiser leurs coûts en distribuant globalement la
production en fonction des différences de
qualifications et de rémunérations. Toutefois, ces
travaux laissent à penser que les déplacements
d’emplois du pays source vers le pays d’accueil sont
généralement modérés, lorsqu’ils existent.
Il reste, que pour diverses raisons, les élasticités de
substitution entre le travail dans le pays source de
l’investissement et dans le pays d’accueil de l’IDE
peuvent sous-estimer les effets de l’investissement
à l’étranger sur l’emploi national. En effet, ces
estimations peuvent être biaisées par le fait que
seules les filiales manufacturières sont prises en
compte.
De plus, alors que les travailleurs de la société mère
et des filiales peuvent apparaître complémentaires
une fois les filiales installées, des déplacements ont
pu avoir lieu durant le processus de redistribution
international de la production et de l’emploi, en
fonction des coûts relatifs et des salaires. Ainsi,
Brainard et Riker (1997a et b) soulignent, en
premier lieu, que l’emploi des filiales se déplace
préférentiellement vers les économies émergentes
dans lesquelles les salaires ont diminué en termes
relatifs par rapport aux salaires des pays
développés. En second lieu, le développement de
structures de production verticales et
transnationales doit impliquer, selon ces mêmes
auteurs, des “déplacements” de production ou de
travailleurs, de préférence faiblement rémunérés,
par rapport à la situation où la totalité de la
production est assumée par la maison-mère.
Il est à noter que ces estimations capturent des
modifications à la marge dans l’allocation du travail
et de la production en tre les différentes
localisations, plutôt que des changements discrets
associés à des fermetures et à des ouvertures
d’entreprises.
Enfin, dans l’estimation sur panel, l’emploi total et
le salaire moyen de chaque localisation sont obtenus
en agrégeant divers types de travail et en faisant une
moyenne des salaires par employé. En traitant les
différents types de travail comme un facteur
composite de production, on risque de trouver des
relations de substitution fallacieuses reflétant en
réalité des différences dans la composition du
travail. Par exemple, si une filiale accroît sa
production en ajoutant des “cols bleus“ à un cœur
donné de “cols blancs“, alors l’expansion de
l’emploi peut amener un déclin du salaire composite
même si les salaires sous-jacents pour chaque type
de travailleurs n’ont pas bougé. Dès lors, on
trouverait une corrélation négative entre l’emploi et
les salaires de la firme pour des raisons étrangères à
une quelconque substitution entre différentes
localisations.
Une relation potentiellement négative entre
l’emploi non-qualifié dans la maison-mère et le
niveau de production des filiales
Des travaux empiriques sur données américaines
[22]
semblent effectivement confirmer l’existence de
déplacements d’emplois. Leurs auteurs font une
régression économétrique du niveau de l’emploi de
la maison-mère sur les niveaux de production de la
maison-mère et de ses filiales, à la fois dans les pays
émergents et dans les pays industrialisés. Il apparaît
alors que l’activité des filiales situées dans les pays
émergents aurait une influence négative sur la
demande de travail non-qualifié dans les pays
industrialisés. Pourtant, ce résultat n’a pas été
confirmé pour la Suède, pays où les coûts salariaux
sont élevés : les activités des filiales accroissent
essentiellement la demande de travailleurs liés à la
production dans le pays d’origine, suggérant ainsi
que, dans le cas de ce pays, les activités localisées à
l’étranger relèvent plus d’activités de gestion, de
recherche, de direction ou de distribution et qu’elles
génèrent des flux additionnels de produits
connexes. Lipsey, Blomström et Ramstetter (2000)
obtiennent des résultats similaires dans le cas du
Japon.
Pour la France, Chédor et Mucchielli (1998) mettent
en évidence qu e l’ex pan sion des firmes
multinationales françaises dans les pays développés
apparaît positivement corrélée avec le niveau de
l’emplo i qualifié et non-qualifié dans la
maison-mère. En revanche, il ressort de cette étude
que l’augmentation de la production des filiales
situées dans les pays en développement n’aurait
aucun impact significatif sur le volume d’emplois
qualifiés de la maison-mère et même une influence
faiblement positive sur les emplois non-qualifiés.
Par ailleurs, comme l’ont montré Fontagné et Pajot
(1997), on peut également souligner que les
États-Unis et la France présentent des différences en
termes d’insertion dans l’économie mondiale : en
matière d’inv estissement, la France est
majoritairement tournée vers les pays industrialisés,
en particulier l’Europe, alors que les États-Unis,
insérés différemment dans le processus de
mondialisation, orientent davantage leur flux vers
les pays en développement. Les flu x
d’investissement sortants semblent répondre dans
les deux pays à des motifs différents. Pour les
États-Unis, les IDE sortants renvoient à une
stratégie de substitution des exportations de la
maison-mère par les ventes sur place des affiliées,
sans que la maison-mère compense cet effet par des
exportations massives de compléments de gammes
ou de composants et sans que les exportations de ses
fournisseurs soient fortement entraînées. Pour la
France, les IDE sortants correspondraient plutôt à la
volonté d’intégrer au niveau mondial un réseau
croisé de filiales de production et de vente liées
entre elles par des échanges de produits finaux et de
consommations intermédiaires.
Les travaux économétriques sur cette question sont
confrontés à l’hétérogénéité des firmes dans
l’échantillon étudié. Cet effet de composition de
l’échantillon est mis en évidence par Lipsey (1999)
dans son étude du niveau de l’emploi de la
maison-mère en fonction des ventes de cette
dernière et de celles de ses filiales. Un effet négatif
significatif du niveau de l’emploi dans les filiales
est observé mais il devient faiblement positif quand
on estime la même équation en logarithme. Sachant
que la forme logarithmique augmente le poids des
observations de plus faible dimension, la différence
de signes des coefficients suggère que l’influence
négative vient des filiales les plus grandes.
Par ailleurs, l’influence de l’IDE sur l’emploi
analysée à un niveau microéconomique risque
d’être négligeable à un niveau macro-économique :
excepté pour de courtes périodes, l’investissement
sortant, comme le commerce, n’a qu’une influence
extrêmement marginale sur la demande de travail
agrégée de long terme. Néanmoins, tout comme le
commerce, l’IDE est susceptible de modifier la
composition des emplois dans le pays d’origine
ainsi que l’allocation des facteurs
[23].
Les entreprises françaises détenant une filiale à
l’étranger et les filiales françaises de groupes
étrangers paient des salaires plus élevés
La production à l’étranger peut affecter le niveau
moyen de qualification de la maison-mère via deux
canaux. En premier lieu, les opérations requérant
peu de qualification peuvent être allouées aux
filiales étrangères, en particulier celles installées
dans les pays en développement. Il s’ensuit des
niveaux de qualification et de salaire moyen plus
élevés dans la maison-mère. En second lieu, les
niveaux plus élevés d’activité peuvent requérir
davantage de personnels dans la maison-mère pour
la supervision et la gestion financière, ce qui
renforce le premier effet.
Kravis et Lipsey (1988) établissent une relation
positive entre les niveaux de salaires dans les
filiales étrangères et dans les établissements
installés dans le pays source. Dans l’étude déjà citée
précédemment, Lipsey (1999) étudie également la
relation entre le niveau des salaires chez la
maison-mère et le niveau de la production de la
maison-mère et des filiales. En étudiant séparément
cette relation dans le cas des pays en développement
et dans le cas des pays développés, il n’observe
aucune relation entre la production des filiales et le
niveau de salaires de la maison-mère. Il reste
difficile à ce stade de déduire de ces deux études une
conclusion robuste quant à la relation entre le
salaire moyen et le niveau d’activité dans les filiales
à l’étranger, d’une part, et dans la maison-mère,
d’autre part.
En effet, les changements dans la structure des
salaires au sein de la maison-mère semblent liés à la
situation macro-économique du pays d’origine
comme le montrent Blomström et Kokko (2000).
Ces auteurs observent en premier lieu que le jeu de
la destruction-création d’emplois des grandes
entreprises multinationales suédoises sur leur sol
d’origine concerne une part importante de l’emploi
total de ces entreprises. En moyenne, chaque année,
un emploi sur cinq est externalisé (essentiellement
par le biais de ventes de filiales suédoises) et
presque autant d’emplois sont nouvellement
intégrés à l’entreprise (essentiellement par le biais
de rachats de filiales également suédoises). En
étudiant les changements dans la structure des
emplois que ces ventes et ces rachats de filiales
impliquent, les auteurs remarquent, en second lieu,
que ces changements semblent extrêmement liés au
contexte économique de la Suède. En effet, dans la
seconde moitié des années quatre-vingt, qui se
caractérisait par un contexte économique peu
performant pour ce pays, les filiales nouvellement
incorporées au sein des multinationales offraient
des salaires plus faibles que les filiales vendues par
celles-ci. En revanche, après un certain nombre de
réformes institutionnelles qui ont amélioré le climat
économique de la Suède, la première moitié des
années quatre-vingt-dix a vu la tendance se
renverser : les emplois internalisés étaient
caractérisés par des salaires plus élevés que les
emplois externalisés. Ainsi, cette étude tend à
montrer que la relation entre la détention de filiales
et le niveau de rémunération au sein de la
maison-mère est fluctuante car elle est
vraisemblablement influencée par le contexte
macro-économique du pays d’origine des
multinationales.
Dans le cas de la France, l’analyse du contenu en
emploi des filiales par Hou deb ine et
Topiol-Bensaïd (1999) tend, à première vue, à
confirmer la relation potentiellement négative entre
le niveau de l’emploi non-qualifié dans la
maison-mère et le niveau de production des filiales.
En effet, les auteurs constatent que les firmes
françaises détenant au moins une filiale à l’étranger
ont recours, sur le sol français, à une part plus
importante de travail qualifié.
Cependant, même si cette étude observe une
corrélation entre internationalisation et productivité
des firmes françaises, elle ne nous renseigne pas
directement sur le sens de la relation de causalité
[24].
En effet, la question reste entière de savoir si cette
part plus faible de travailleurs non-qualifiés dans la
maison-mère s’explique par un coût du travail
éventuellement plus bas à l’étranger ou plutôt par
une incitation plus forte aux gains de productivité
des firmes multinationales. Cette incitation plus
grande pourrait s’expliquer par une concurrence
internationale exacerbée, par un apprentissage à
l’étranger de techniques de production plus
économes en ce type de travail ou encore pour tout
autre type de raison.
Dans la même étude, Houdebine et Topiol-Bensaïd
apportent toutefois un élément de réponse à ces
interrogations sur le sens de la relation de causalité.
En effet, ces auteurs observent que, même lorsque
les effets de structure de qualification sont corrigés,
il existe un écart positif en termes de salaires en
faveur des entreprises françaises détenant une
filiale à l’étranger par rapport à celles qui n’en
détiennent pas. Ceci affaiblit l’argument de la
recherche d’un meilleur coût du travail comme
déterminant de la délocalisation des entreprises
puisque la pression à la baisse des salaires semble
moins forte dans celles qui ont une filiale par
rapport à la moyenne des entreprises.
Houdebine et Topiol-Bensaïd (1999) constatent
également que les filiales de groupes étrangers en
France font appel à une main-d’œuvre plus qualifiée
avec un coût moyen du travail plus élevé que les
entreprises françaises
[25]. En effet, dans l’industrie
l’écart de salaire observé des filiales de groupes
étrangers est de 16 % avec l’ensemble des
entreprises françaises et de 12 % avec celles
appartenant à un groupe. Dans les services, l’écart
est encore plus marqué puisqu’il est respectivement
de 56 % et 54 % suivant que les salaires sont
comparés à ceux de l’ensemble des entreprises ou
uniquement à ceux pratiqués dans les entreprises
appartenant à un groupe. Il semble donc que le
désavantage en matière de coûts salariaux de
production que peut connaître la France par rapport
à d’autres pays ne conduise pas les filiales de
groupes étrangers implantées sur le territoire à
chercher à réduire ces coûts outre mesure.
Existe-t-il un effet d’éviction de
l’investissement direct sortant sur
l’investissement intérieur et sur les flux
de commerce ?
Un risque de substitution entre l’investissement
sortant et l’investissement intérieur
L’IDE se substitue-t-il à l’investissement
domestique ? Les flux d’investissements directs
vers les pays en développement modifient-ils les
rapports capital/travail nationaux originels,
déplaçant les capacités de production vers les pays
émergents ? Diverses études empiriques
[26]
concluent à un effet négatif de l’IDE des firmes sur
l’investissement domestique. Mais il s’agit
d’analyses en équilibre partiel et l'on peut
parfaitement imaginer que les opportunités
d’investissements domestiques délaissées seront
mises à profit par d’autres firmes domestiques.
Au niveau macro-économique, Feldstein (1994)
montre que chaque dollar de flux d’IDE réduit
l’investissement domestique aux États-Unis
d’environ un dollar. Sachant que seulement le
cinquième du stock de capital détenu à l’étranger
par les firmes américaines a été financé par des
sources américaines, le résultat de Feldstein semble
démon trer que chaque dollar marginal
d’immobilisation dans les filiales étrangères des
mu ltinatio nal es américaines réduit leur
investissement aux États-Unis d’environ 20 cents.
Toutefois, là aussi, l’analyse ne tient pas compte des
retours sur capital qui sont perçus par les
mu ltinatio nal es américaines et au moins
partiellement investis aux États-Unis. Le maintien
et le développement de la part de marché mondiale
et américaine permises par ses IDE se traduisent
également par des potentialités d’investissements
renouvelées qui ne sont pas prises en compte.
Un lien positif entre les échanges et
l’investissement à l’étranger
Pour la France, l’étude de Fontagné et Pajot (1997)
ou celle de Chédor et Mucchielli (1998)
[27] présente
l’IDE comme un complément au commerce,
susceptible de renforcer les exportations. Ce lien
positif entre IDE et commerce provient notamment
de l’importance des échanges intra-firmes qui
découlent de l’IDE, comme le montrent Chédor
et
alii (2000). Ce commerce recouvre les échanges
entre filiales domestiques et étrangères d’une même
firme ainsi que le transit d’un produit fini de la
maison-mère à une filiale de commercialisation
[28].
L’implantation de filiales à l’étranger favorise
également l’accès aux marchés étrangers d’autres
produits de la maison-mère. La création de filiales
locales de production permet en particulier une
meilleure connaissance des spécificités locales de
consommation ou de distribution. Elle assure
également une meilleure notoriété de la marque et
des produits de la maison-mère sur le marché
extérieur. L’annonce de l’implantation de Toyota en
France a par exemple conduit à une augmentation
sensible des ventes de “Yaris” avant même le début
de la production locale de ce modèle. Cela a
également des effets positifs sur les flux
d’exportation des biens non produits localement.
Par exemple, suite à l’implantation de plusieurs
sites de production de Renault en Amérique du Sud,
on peut s’attendre à ce que la notoriété renforcée de
la marque aboutisse à un volume d’exportations
accru d’autres modèles de la firme ou de
composants vers cette zone.
Il est à noter que des échanges intra-firmes existent
également en sens contraire, de la filiale vers la
maison-mère. Cependant, l’IDE sortant aurait un
impact plus fort sur les exportations que sur les
importations du pays source, comme le montrent
Chédor et alii (2000). Une augmentation de l’IDE
de 10 % entraînerait une augmentation de 2,4 % des
exportations contre un accroissement de 0,2 % des
importations. Il reste que l’étude de la relation de
causalité entre les exportations et l’investissement
direct à l’étranger pose un certain nombre de
problèmes du point de vue économétrique. En effet,
on retrouve au niveau des études économétriques le
même débat qui existe au niveau des théoriciens.
D’un côté, le bon niveau pour appréhender cette
relation peu t-être celui des op érateurs
économiques, si l’objet est d’étudier la relation de
substituabilité ou de complémentarité entre IDE et
exportations au niveau décisionnel le plus fin. D’un
autre côté, le bon niveau d’étude peut également
être à un niveau sectoriel ou macro-économique si
l’on s’attache à décrire les éventuels effets
d’entraînement de l’investissement direct à
l’étranger sur les relations d’échanges entre deux
pays. Dans ce second cas, on choisit de ne pas
ignorer les effets potentiellement positifs de
l’investissement direct sur les exportations d’autres
op érateurs d omes tiques (sous-traitants,
fournisseurs, etc.) qui n’ont pas directement investi.
En se plaçant délibérément de ce second point de
vue, Fontagné et Pajot montrent que l’IDE
contribue en ce sens à notre excédent commercial et
par conséquent à la création d’emplois. En 1994,
environ 10,7 milliards d’euros d’exportations nettes
pouvaient être expliqués par le stock d’IDE français
à l’étrang er, contre 6,1 à 7,60 milliard s
d’importations nettes associées à la présence
étrangère en France, soit un solde net positif de
l’ordre de 3,1 à 4,6 milliards d’euros, lorsque l’on
attribue à la France un comportement moyen estimé
sur une quinzaine de pays industrialisés
[29]. Ces
chiffres sont à comparer à 163,6 milliards
d’exportations et 156,3 milliards d’importations de
produits manufacturés en 1994, soit une exportation
nette de 7,2 milliards. La contribution de l’IDE à
notre excédent manufacturier serait donc loin d’être
négligeable.
La recherche de bas salaires n’apparaît pas
représenter un motif majeur de délocalisation. En
effet, la majorité des investissements sortants sont à
destination des pays développés ; ils sont réalisés
dans les services destinés à soutenir les exportations
de biens manufacturés et dans les branches
créatrices nettes d’emplois en France. Même si les
études économétriques soulignent majoritairement
l’influence du niveau du coût du travail, celle-ci se
manifeste une fois prise la décision d’investir à
l’étranger, pour le choix d’une localisation à
l’intérieur d’un pays, plutôt qu’entre les pays.
Une fois l’investissement à l’étranger réalisé, ses
effets sur l’emploi semblent largement dépendre du
type d’activités délocalisées. En effet, si l’influence
directe de l’IDE sur l’emploi dans le pays source est
négative pour les États-Unis, il n’en va pas de même
pour la Suède, les activités délocalisées étant
différentes.
Les motifs de l’investissement direct à l’étranger
semblent également varier entre les pays. Les IDE
sortants américains renvoient plutôt à une stratégie
de substitution des exportations de la maison-mère
par les ventes sur place des affiliées. Dans le cas de
la France, les IDE sortants correspondraient
majoritairement à la volonté d’intégrer au niveau
mondial un réseau croisé de filiales liées entre elles
par des échanges de produits finaux et de
consommations intermédiaires.
Il reste qu’au niveau microéconomique, on peut
semble-t-il détecter un effet d’éviction de
l’investissement direct sortant sur l’investissement
domestique. Mais, par ailleurs, dans le cas de la
France, Fontagné et Pajot (1997) ou Chédor et
Mucchielli (1998) ont démontré que l’IDE sortant
assure un surplus net d’exportations, via notamment
les échanges intra-firmes de produits connexes et de
consommations intermédiaires.
En conclusion, la recherche de meilleurs coûts de
production ne semble pas correspondre à l’un des
déterminants majeurs de l’IDE français. Celui-ci
apparaît préférentiellement relever de stratégies de
gains de parts de marché au niveau mondial, gage de
la compétitivité future des entreprises.
Tableau 2
moyenne des flux d’investissements français à l’étranger par secteurs pour les années 2000, 1999 et 1998
Tableau 2 : moyenne des flux d’investissements français à l’étranger par secteurs pour les années
OCDE UE États-Unis Allemagne A
Monde en mio. d’euros Structure en %
Structure par région en % d
1) Agriculture et pêche 14 0 86 70 35-2
2) Mines et carrières 34 0 67 65 20 0
dont : Houille, Pétrole, Gaz 7 0 82 45 91 0
3) Produits manufacturés 14 681 13 91 70 11 1
dont : Produits alimentaires 888 1 56 22 20 2
Textiles et habillement 100 0 97 76 67 12
Bois, édition et imprimerie 295 0 108 * 203 * 7 4
Produits pétroliers raffinés et autres 17 0 932* 1196* 10 60
Produits chimiques 2 537 2 91 48 27 0
Caoutchouc et matières plastiques 348 0 91 33 1 9
Métaux ferreux et non-ferreux 768 1 99 163 4 4
Construction mécanique 348 0 107* 66 25 8
Équipement bureau et informatique 625 1 107 * 40 22 0
Matériel de communication 405 0 93 44 20-7
Véhicules à moteur 2 484 2 95 15 0-9
Autres matériels de transport 2 279 2 100 82 4 2
4) Électricité, gaz naturel et eau 15 819 15 97 6 33 1
5) Bâtiment et génie civil 478 0 77 22 7 13
6) Récupération, réparation, commerce 5 200 5 90 85 13 3
7) Restauration et hébergement 133 0 100 32 51 0
Monde Structure en % OCDE UE États-Unis Allemagne Argen
8) Transports et communications 19 742 18 97 97 5 2 0
dont : Transports intérieurs 543 0 95 8 77 3 1
Transports maritimes et cabotage-7 0 195* 40 220 * -5 0
Transport aérien-40 0 99 58 43 30 0
Télécommunications 18 327 17 98 102 * 2 2 0
9) Intérmédiation financière 19 278 18 92 46 8 5 0
dont : Intermédiation monétaire 2 961 3 64 52 10 1-2
Assurances et activités annexes 310 0 90 50 31 0 0
10) Opérations immobilières et commerciales 40 348 37 96 57 27 24 0
dont : Opérations immobilières 818 1 99 91-2 6 0
Informatique 1 045 1 90 24 68 3 0
Recherche et développement 54 0 94 72 7 62 0
Autres activités commerciales 35 956 33 99 57 26 27 0
dont : conseil en affaire et gestion 34 463 32 99 57 26 28 0
dont : holdings de gestion 34 028 31 99 57 26 28 0
Publicité 579 1 98 52 40 5 0
11) Autres services 688 1 84 64 11-11 0
12) Montants non ventilés 5 872 5 100 120* -25 3 1
Total (hors bénéfices réinvestis non ventilés ) 108 845 100 94 59 19 10 0
Aide à la lecture : la 2ème colonne indique en millions d’euros l’investissement direct français dans le monde; la 3ème colonne présentent en % la part de chaque branche dans le
des IDE français sortants concernent les produits manufacturés; les colonnes suivantes renseignent sur la structure géographique des IDE sortants pour chaque branche : par
OCDE. Un chiffre négatif correspond à un désinvestissement dans la zone.
* Par le jeu de la moyenne des flux d’IDE sortants sur trois ans, qui peuvent être positifs ou négatifs, les pourcentages par zone peuvent être supérieurs à 100 %.
Source : Banque de France, Annexes au rapport annuel, 2000.
Banque de France, Annexes au rapport annuel, 2000.
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[(*)]
Direction des Relations Économiques Extérieures – Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.
E-mail : v
vincent. aussilloux@ dree. org
Au moment de la rédaction de cet article V. Aussilloux travaillait à la Direction de la Prévision.
[(**)]
CATT – Université de Pau et des Pays de l’Adour.
[(1)]
On peut notamment se référer au rapport Arthuis (1993),
qui développe une telle analyse.
[(2)]
Voir pour quelques références génériques Mundell (1957),
Markusen (1983), Wong (1986) et Baldwin (1994).
[(3)]
L’équivalence entre équilibre à prix flexibles des facteurs
et équilibre à prix rigides prévaut de façon très générale sous
les hypothèses que les préférences des consommateurs sont
identiques, homothétiques et que leur offre de facteurs est
inélastique. Voir Bec
et alii (1998).