2002
Économie et Prévision
La baisse de la protection douanière dans l’Uruguay Round : le cas de l'agriculture dans l’Union européenne, au Canada et aux États-Unis
Jean-Christophe Bureau
[(*)]
Youssef Chahed
[(*)]
Luca Salvatici
[(**)]
À l'issue de l'Uruguay Round, la mesure dont il était attendu l'impact le plus tangible était la clause relative à l'accès aux
marchés, qui impose aux pays signataires de convertir les barrières non tarifaires en droits de douane et de réduire
l'ensemble des droits de 36% en moyenne avant l'an 2000 dans le secteur agro-alimentaire. Elle n’a cependant pas généré
les effets escomptés, du fait de certaines dispositions techniques qui en ont réduit la portée. Son impact effectif sur le
bien-être et sur les échanges a été évalué a l'aide d'indicateurs ("Trade restrictiveness index" ou TRI et Mercantilistic
TRI"), compte tenu de l'allocation des baisses de droits pratiquée par l'Union européenne, les États-Unis et le Canada.Mots-clés :
commerce international, protection douanière, accès au marché, négociations internationales.
At the conclusion of the Uruguay Round the measure that was expected to have the most tangible impact was the clause relating to
market access, requiring the signatory nations to convert non-tariff barriers into tariffs and achieve an overall average tariff
reduction of 36% by the year 2000 in agri-food sector. However, it has not produced the anticipated results owing to certain
technical provisions that have diminished its effect. Its actual impact on trade and welfare has been assessed by means of indicators
(Trade Restrictiveness Index, or TRI, and Mercantilistic TRI) taking account of the distribution of tariff reductions made by the
European Union, the United States and Canada.Keywords :
World trade, tariff protection, market access, international negotiations.
Ce travail a bénéficié d’un financement du Commissariat Général du Plan. Le point de vue des auteurs n’engage pas le Commissariat.
Nous remercions Linda Fulponi pour son aide, ainsi que deux rapporteurs anonymes pour des commentaires sur ce texte. Nous
sommes bien entendu seuls responsables des erreurs que ce texte peut contenir.
À l'issue de l'Uruguay Round, la mesure dont il était attendu l'impact le plus tangible était la clause
relative à l'accès aux marchés, qui impose aux pays signataires de convertir les barrières non
tarifaires en droits de douane et de réduire l'ensemble des droits de 36% en moyenne avant l'an 2000
dans le secteur agro-alimentaire. Elle n’a cependant pas généré les effets escomptés, du fait de
certaines dispositions techniques qui en ont réduit la portée. Son impact effectif sur le bien-être et sur
les échanges a été évalué à l'aide d'indicateurs ("Trade restrictiveness index" ou TRI et "Mercantilistic
TRI"), compte tenu de l'allocation des baisses de droits pratiquée par l'Union européenne, les
États-Unis et le Canada.
L’Uruguay Round, qui s’est conclu par l’Accord de
Marrakech en 1994 a, pour la première fois intégré le
secteur agricole aux règles du GATT (Accord
général sur les droits de douane et les échanges). Ce
secteur reste particulier par le niveau de soutien
public et de protection aux frontières, très élevé dans
de nombreux pays. Néanmoins, l’Accord a conduit à
la limitation des subventions à l’exportation et à la
réduction des soutiens publics ayant un effet incitatif
direct sur la production (voir un descriptif général de
l’Accord dans Bureau et Bureau, 1999). Un point
important, auquel s’attache cet article, est constitué
par les engagements en matière d’accès au marché.
En effet, l’Uruguay Round a conduit à convertir
l’ensemble des restrictions à l’importation en droits
de douane consolidés et à réduire ceux-ci de plus
d’un tiers. Cette baisse de la protection a été
complétée par des contraintes d’ouverture des
marchés aux produits étrangers.
Alors que démarre un nouveau cycle de négociations
sous l’égide de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), de nombreuses voix demandent
que soit établi plus clairement un bilan de l’Accord
agricole de l’Uruguay Round, en particulier en ce qui
concerne l’accès au marché. Plusieurs auteurs
pensent que la réduction des droits de douane telle
qu’elle a été mise en œuvre n’a pas entraîné une
réelle ouverture des frontières dans la plupart des
pays développés (OCDE, 1995; Tangermann, 1995 ;
Waino et alii 1998). Nombre de ces pays ont utilisé
au mieux les dispositions techniques de l’Accord
pour maintenir une protection élevée sur les
principaux produits agro-alimentaires (Borzeix et
alii 2000). L’Accord a laissé subsister des droits
prohibitifs sur certains biens. De plus, la réduction
des droits de douane a été très inégale selon les
produits et ceci a pu conduire à accroître la
dispersion tarifaire, déjà élevée. Le bilan global d’un
accord qui réduit la moyenne mais accroît la
dispersion des droits de douane est a priori incertain,
en ce qui concerne les effets sur le bien-être.
Dans ce texte, nous tentons d’évaluer les effets de
l’Accord sur l’agriculture dans trois pays ou groupes
de pays développés, à la fois en termes de bien-être et
en termes d’accès au marché. Il s’agit de l’Union
européenne, des États-Unis et du Canada. Nous
avons recours à deux indicateurs proposés
récemment par James Anderson et Peter Neary,
utilisés ici dans un cadre d’équilibre partiel. Nous
comparons les résultats de ces mesures, qui sont
directement issues de la théorie économique et ont
donc des fondements théoriques solides, à des
indicateurs ad hoc comme la moyenne pondérée des
droits de douane par les importations. Dans une
seconde partie, la réduction tarifaire de l’Uruguay
Round est comparée à une réduction uniforme fictive
dans laquelle la dispersion initiale des droits serait
conservée, afin de juger des effets relatifs d’une
baisse de la moyenne et d’une baisse de la variance
des droits de douane. Cette comparaison permet de
mesurer l’impact des allocations stratégiques des
réductions de droits de douane entre produits
auxquelles ont procédé les différents pays. Enfin,
nous comparons l’impact de réductions tarifaires qui
toucheraient davantage les droits les plus élevés
(actuellement proposées dans le cadre du cycle de
négociations du Millénaire) à celui de la réduction
tarifaire mise en œuvre lors de l’Uruguay Round.
La mise en œuvre de l’Accord agricole
de l’Uruguay Round
L’accès au marché est unecomposante importantede
l’Accord sur l’agriculture de 1994. L’Accord a
conduit à la conversion de toutes les barrières non
tarifaires en droits de douanes, processus qualifié par
le terme anglais de «tariffication». Ainsi, certains
pays comme le Canada ont dû mettre fin à des quotas
d’importation, d’autres, comme les États-Unis, à des
restrictions volontaires à l’importation. L’Union
européenne a mis fin aux prélèvements variables qui
s’ajustaient pour couvrir l’écart entre le prix mondial
et le prix d’intervention des céréales, par exemple.
Toutes ces mesures ont été remplacées par des droits
de douane censés apporter une protection
équivalente. Le niveau des droits nouvellement créés
s’est appuyé sur la différence entre le prix intérieur
moyen et le prix mondial du produit considéré
pendant la période de référence 1986-1988. Les
droits de douane ainsi établis ont été consolidés et il
n’est plus possible de les augmenter sans notification
et compensation aux autres membres de l’OMC. Les
pays signataires se sont également engagés à réduire
ces droits sur une période de 6 ans (10 ans pour les
pays en développement) d’au moins 36 % en
moyenne arithmétique sur les différentes lignes
tarifaires (24% pour les pays en développement). La
réduction appliquée à chaque produit ne devait pas
être inférieure à 15% (10% pour les pays en
développement). L’an 2000 était ainsi la dernière
année de la période de mise en œuvre de l’Accord sur
l’agriculture pour les trois pays considérés dans cet
article.
Ces mesures sur les droits de douane ont été
complétées par des dispositions prévoyant le
maintien de l’accès courant au marché intérieur
(niveau des échanges réalisés), de manière à ce que la
«tariffication» ne réduise pas les flux commerciaux.
À cela s’est ajouté l’engagement d’établir un accès
minimum pour les importations à hauteur de 3 % de
la consommation intérieure de la période de
référence 1986–1988. Ce chiffre devait avoir atteint
5 % au terme de la période de mise en œuvre de
l’Accord, c’est-à-dire 2000 pour les pays
développés. L’accès minimum et l’accès courant
sont, lorsque cela est nécessaire, assurés par des
contingents d’importation à droits faibles, les quotas
tarifaires. Un mécanisme de sauvegarde temporaire
peut être mis en place, lorsque les volumes importés
augmentent ou lorsque la chute des prix intérieurs
atteint une valeur seuil (clause de sauvegarde).
Les dispositions et les engagements afférents à
l’accès au marché sont définis dans le texte de
l’Accord sur l’Agriculture. Les Modalités qui
détaillaient comment devaient être pris ces
engagements en pratique, ont perdu valeur légale
lorsque les Listes d’engagement (Schedules) ont été
adoptées. C’est par ces Listes que les pays membres
de l’OMC ont concrètement fixé leurs engagements,
juridiquement contraignants. De ce fait, un certain
nombre de libertés prises par les pays sont devenues
légales, une fois traduites dans les Listes, même
lorsqu’elles s’écartaient des Modalités et de l’esprit
de l’Accord. Par exemple, les Modalités prévoyaient
de prendre les engagements au niveau quatre chiffres
du Système harmonisé (HS), c’est-à-dire à un niveau
relativement agrégé. Or en pratique, de nombreux
pays ont soumis des listes de droits à des niveaux très
variés de la nomenclature (4,6,8 ou même 10
chiffres pour certains pays asiatiques). Dans le mode
de calcul des quantités d’accès courant et minimum,
le flou sur le niveau d’agrégation a été utilisé par de
nombreux pays pour fixer de faibles quotas tarifaires
pour les produits sensibles. Les listes de contingents
tarifaires incluent des quotas parfois ouverts
seulement à une liste de pays prédéterminée, en dépit
de l’esprit de l’accord qui suppose une allocation
selon la clause de la nation la plus favorisée au moins
pour les quotas au titre de l’accès minimum. Les
modalités restrictives d’allocation des licences
d’importation se traduisent par des quotas inutilisés,
ou peu remplis (pour un recensement de ces
questions très techniques, voirBorzeix et alii 2000).
Ainsi, la mise en œuvre de l’Accord agricole de
l’Uruguay Round s’est traduite par un certain
nombre d’arrangements qui ont permis de minimiser
les contraintes d’amélioration de l’accès aux
marchés. En ce qui concerne plus particulièrement
les dispositions concernant les droits de douane, on
peut citer :
- la surestimation des équivalents tarifaires lors de la
conversion des restrictions quantitatives à
l’importation en droits de douane (phénomène
communément décrit par le terme de dirty
tariffication) ;
- des structures tarifaires très peu transparentes, qui
permettent des manipulations statistiques, voire de
réaffecter des produits particuliers sous des
rubriques plus protégées, à la faveur d’une évolution
des nomenclatures ;
- l’allocation stratégique des réductions de droits de
douane entre lignes tarifaires, de manière à réduire
très peu la protection sur des produits sensibles et
d’atteindre les objectifs moyens par des réductions
sur des produits d’importance marginale ou
initialement très peu protégés. Ce phénomène qu’on
appelle « dilution » a limité l’impact des mesures de
libéralisation du secteur agricole. Il a en outre permis
le maintien de pics tarifaires très élevés qui
empêchent totalement les importations dans certains
secteurs, malgré des taux moyens de protection
relativement faibles lorsqu’ils sont calculés sur
l’ensemble des produits agro-alimentaires.
Les sections qui suivent sont consacrées aux effets de
la réduction des droits de douane, à l’existence de
pics tarifaires et à la « dilution » des engagements de
réduction par l’allocation stratégique des réductions
entre produits.
La mesure de la réduction tarifaire
La mesure de la protection comme nombre indice.
En pratique, les restrictions aux échanges sont
généralement estimées en prenant la moyenne
arithmétique des droits de douane (ou des variations
de ceux-ci). Néanmoins, cette méthode donne une
mauvaise image de l’impact de modifications de la
structure tarifaire sur l’économie, car les effets sur
les consommateurs dépendent à la fois du niveau du
droit et de l’élasticité de demande du bien considéré.
En outre, la corrélation négative des droits de douane
avec le niveau des importations fait que les
réductions tarifaires moyennes pondérées par les
échanges traduisent mal l’évolution de l’accès au
marché. Le cas extrême où les droits de douane sont
si élevés qu’ils empêchent toute importation amène à
une pondération nulle pour un produit qui, sans
protection, aurait peut-être été importé en grandes
quantités.
Josling et Tangermann (1994) ont proposé de
pondérer les réductions tarifaires par les quantités
consommées. C’est cependant un choix relativement
ad hoc. Il se heurte également au fait que les
statistiques disponibles sur la consommation ne
correspondent absolument pas aux nomenclatures
sur lesquelles ont été pris les engagements auprès de
l’OMC, établis à un niveau très fin.
Une approche plus satisfaisante consiste à
déterminer un droit de douane uniforme, dont les
effets sont équivalents à ceux de l’ensemble des
droits (hétérogènes) en vigueur. Cette équivalence
peut être définie en termes de bien-être (mais aussi,
on le verra, en termes de flux d’échanges). L’utilité
des agents est en effet un critère synthétique, au
moins en équilibre général, souvent utilisé pour
comparer des situations économiques. L’indice du
coût de la vie illustre la démarche. Il est défini
comme le rapport entre la dépense e p u( , )
1 0 minimale nécessaire pour atteindre le niveau
d’utilité u de la période 0 avec les prix de la
0 période 1, d’une part, et la dépense de la période de
base e p u( , ) 0 0, d’autre part.
Comme la fonction de dépense est homogène de
degré un en p, l’indice du coût de la vie peut être
exprimé comme le scalaire Ï• par lequel les prix de la
période 1 (vecteur p ) doivent être déflatés pour
1 compenser la perte ou le gain en utilité subi par le
consommateur du fait du changement des prix de p0
à p1.
Cette idée peut être étendue pour construire des
indices synthétisant l’effet d’une protection
hétérogène entre les biens. La théorie économique
des nombres indices, développée particulièrement
par Diewert (1981), montre que les indicateurs qui
s’appuient explicitement surla théorie du producteur
et du consommateur présentent de nombreux
avantages. Ils reposent sur des hypothèses explicites
quant à la technique de production et les préférences
des consommateurs. Les indices de protection
effective ainsi dérivés ont une interprétation moins
ambigu ë que les constructions purement
arithmétiques (Woodland, 1977 ; Bureau et
Kalaitzandonakes, 1995).
Afin d’estimer l’impact de réductions hétérogènes
sur un très grand nombre de droits de douane, on
peut, comme dans le cas de l’indice des prix, choisir
comme référence le bien-être. En effet, l’agrégation
« idéale » des droits de douane peut être définie
comme le droit uniforme qui garderait constante
l’utilité d’un agent représentatif (Bach et Martin,
2001). Ceci est cohérent avec la plupart des
indicateurs relevant d’une approche économique des
nombres indices, définis en termes de variation
compensatrice ou équivalente (Diewert, 1981).
Néanmoins, dans le cas de l’accès au marché, si l’on
se place du point de vue des pays tiers, la variable
d’intérêt est moins le bien être d’un pays donné que le
volume d’importations de celui-ci. Ceci justifie
l’utilisation d’une référence en termes de volume
d’échange plutôt que de bien-être lorsque l’on
cherche à apprécier les restrictions au commerce
résultant d’une politique tarifaire (Anderson et
Neary, 1999).
La fonction de balance commerciale. Le
comportement d’échange d’une économie est
synthétisé par la «Trade Expenditure Function»
E(p, u, z), qui résume le comportement optimal des
consommateurs et des producteurs. Cette fonction
est obtenue comme la différence entre la fonction de
dépense e(p, u) et la fonction de produit intérieur brut
R (p, z). Elle suppose un agent représentatif
minimisant sa dépense (consommateur) et
maximisant son revenu (producteur) compte tenu de
l’utilité u et de la dotation en facteurs primaires z.
Sous ces hypothèses, les théorèmes habituels de la
dualité assurent que i) les dérivées de la fonction de
dépense par rapport aux prix correspondent à la
consommation du bien considéré; ii) les dérivées de
la fonction de produit intérieur brut par rapport aux
prix correspondent à l’offre nette du bien considéré
dans l’économie ; iii) la fonction E (p, u, z) est
homogène de degré un en prix et ses dérivées par
rapport aux prix correspondent aux fonctions de
demandes d’importation compensées I p u z i ( , , )
qui sont homogènes de degré zéro en prix.
La fonction E (p, u, z) représente la structure de
l’offre et de la demande privée d’une économie
concurrentielle, sous l’hypothèse d’un petit pays qui
prend les prix mondiaux comme exogènes. Lorsque
des droits de douanes sont mis en place, la
redistribution (que l’on suppose forfaitaire) des
recettes correspondantes par l’Etat s’y ajoute.
L’ensemble peut être capturé par la fonction de
balance commerciale B (p, u, z). Cette fonction
représente la contrainte de budget externe et sa
valeur est égale au transfert net requis pour un niveau
d’utilité donné u et un niveau de prix intérieurs
donné. Cette fonction résume également les trois
sources possibles de financement des importations
que sont les recettes d’exportation, les recettes
douanières et les transferts internationaux. En
supposant que cette dernière composante est égale àβ
et que les droits de douane (vecteur t) sont les seuls
instruments commerciaux, la fonction de balance
commerciale est :
où p p pN* * * ( ,..., )=1 est le vecteur des prix
internationaux. On supposera par la suite que les
droits de douane t sont sous la forme ad valorem,
c’est-à-dire que pour un bien i, p t p i i i = +( )* 1.
À la différence de la fonction de dépense du
consommateur e(p, u) dans l’indice du coût de la vie,
la fonction de balance commerciale B(p, u, z)
représente donc l’ensemble des relations
commerciales de l’économie. Elle est la base des
deux indices que nous allons utiliser, le Trade
Restrictiveness Index (TRI) et le Mercantilistic
Trade Restrictiveness Index (MTRI), développés par
Anderson et Neary (1996 et 1999, respectivement).
Le choix de ces indices est motivé par le fait qu’ils
sont derivés explicitement de la théorie économique
des indices, avec une base théorique solide sous des
hypothèses explicites (voir Martin, 1997 pour les
interprétations de la fonction de balance
commercialeen termes de variations de bien-être).
Le Trade Restrictiveness Index. Le TRI prend
comme référence le niveau de bien-être dans
l’économie. Par analogie avec l’équation (2), le TRI
est défini comme le facteur scalaire uniforme par
lequel les prix de la période 1 (qui correspond à une
politique commerciale donnée) doivent être déflatés
pour compenser la perte d’utilité subie par le
consommateur par suite du changement des prix de
p à p (consécutive à une modification des droits de
01 douane), de manière à conserver le niveau d’utilité
initial u obtenu avec β comme valeur de la balance
0 commerciale :
Ainsi, plus
Δ est grand, plus le nouveau régime
tarifaire peut être considéré restrictif. Le TRI peut
être utilisé pour calculer le taux de réduction
uniforme des prix qui serait équivalent en termes de
bien-être aux taux observés, différents selon les
produits. Si l’on considère le cas d’une libéralisation
complète des échanges, de telle manière que tous les
droits de douane soient réduits à zéro en période 1, le
scalaire ( / )1 1
Δ - est le droit uniforme qui, s’il était
appliqué à tous les biens importés, donnerait le
même niveau de bien-être dans l’économie que
lorsque celle-ci était soumise à la protection de la
période 0. Dans les autres cas et plus généralement,
( / )1
Δ est le facteur de proportionnalité par lequel les
prix de la période 1 devraient être ajustés pour
assurer l’équilibre de la balance extérieure (avec des
transferts
β) lorsque l’utilité est celle qui prévalait à
la période 0
[1]. Ceci signifie que ( / )1
Δ est égal à
1 plus la surcharge tarifaire uniforme (c’est-à-dire le
droit de douane uniforme supplémentaire qui devrait
être appliqué au vecteur des droits non uniformes
prévalant en période 1) qui compenserait le
changement (non uniforme) dans la structure
tarifaire
[2].
Le Mercantilistic Trade Restrictiveness Index. Le
MTRI est conceptuellement proche du TRI, mais
parce qu’il prend comme référence le volume des
flux commerciaux et non pas le bien-être, il
représente davantage l’évolution des restrictions aux
échanges. Il repose sur la recherche du droit de
douane uniforme qui donne le même volume
d’échange que la structure tarifaire originale
(Anderson et Neary, 1999). La définition du MTRI,
au moins dans la version en équilibre partiel que nous
utilisons ici, repose sur les hypothèses d’un agent
représentatif, d’un petit pays, de concurrence
parfaite et de rendements d’échelle constants. Le
MTRI est égal au déflateur(scalaire)
μqui, lorsqu’on
l’applique à l’ensemble des prix en période 1,
conduit au même volume d’échanges (mesuré aux
prix mondiaux) que l’équilibre en période 0. Ceci
peut s’exprimer à l’aide de fonctions de demande
d’importations
M dans les deux situations de prix
(
p1 final et
p0 initial), en gardant constante la
fonction de balance commerciale
[3].
Si p1 est égal à sa valeur de libre-échange,
c’est-à-dire au vecteur de prix mondiaux p*, le
scalaire ( / )1 1μ - est le droit de douane uniforme qui
est équivalent, en termes de volume d’importation, à
la structure tarifaire en situation de protection.
Niveau et taux de variation des indicateurs TRI et MTRI. Mesurer la valeur du TRI et MTRI serait utile
à l’analyse de la protection. Malheureusement, ceci
n’est guère envisageable compte tenu des données
disponibles. On se borne ici à une mesure locale, qui
consiste à approximer les variations des indicateurs
Δ et μ résultant de modifications de la structure
tarifaire (Anderson et alii 1995). En partant de la
définition du TRI et du MTRI dans les équations (4)
et (5), les variations en pourcentage des indices
peuvent être exprimées comme des moyennes
pondérées des variations de prix domestiques
où le point au dessus d’une variable dénote un
changement proportionnel
[4]. De toute évidence, les
pondérations
σi dans l’équation (6) diffèrent selon
les indices. Pour le TRI, les pondérations sont en fait
les variations de bien-être marginales qui sont
causées par chaque droit de douane, qui dépendent
elles-mêmes des dérivées de la fonction de balance
commerciale par rapport aux prix, c’est-à-dire
Ainsi, le coût social marginal du droit de douane est
positif si une augmentation du droit de douane a un
effet négatif sur le bien-être. Dans le cas du MTRI,
les variations prix (en pourcentage) sont pondérées
par leurpart marginaledans le volumedes échanges.
Les taux de variations du TRI et du MTRI qui sont les
mesures présentées dans ce texte, peuvent être
interprétés comme suit. Supposons que, entre la
période 0 et la période 1, tous les droits de douane
soient réduits, bien que dans des proportions
inégales (mais qu’aucun d’entre eux ne soit
augmenté). On passe donc d’une situation protégée
( , ) * p p i i i0 > ∀ à une situation qui est sans ambiguïté
moins protégée ( , ) * p p p i i i i0 1 ≥ ≥ ∀. Afin de
compenser la variation du changement dans la
protection, une surcharge tarifaire uniforme peut
être imposée, qui sera égale à l’inverse de Δ ou μ,
respectivement pour le TRI et le MTRI. Celle-ci se
traduirait par une augmentation des prix jusqu’au
point qui ramènerait le niveau de bien-être
(respectivement du volume d’importations), au
niveau initial, c’est-à-dire avant la modification des
droits de douane. Une réduction des droits de douane
qui affecterait positivement le bien-être et réduirait
la protection se traduirait ainsi par une baisse du TRI
et du MTRI, respectivement. En d’autres termes, une
variation négative en pourcentage du TRI et du
MTRI est synonyme d’une amélioration du bien-être
et d’un meilleur accès aux marchés.
Estimation empirique des indicateurs
La structure très détaillée des engagements tarifaires
des pays développés rend nécessaire l’adaptation de
l’expression du TRI et du MTRI en fonction des
données disponibles. On se place ici dans un cadre
d’équilibre partiel et les variations de la demande
d’importation seront approximées par des
élasticités.
Le TRI. La dérivée de la fonction de balance
commerciale par rapport aux prix domestiques peut
être exprimée comme une fonction de la matrice des
élasticités d’importations (compensées), dont les
éléments sont ε ∂ ∂ j ih j i I p, ln / ln=. En supposant
que cette matrice est diagonale, on obtient
Cette hypothèse selon laquelle les élasticités
croisées sont nulles est très simplificatrice et est
dictée par le fait que l’on ne peut estimer tous les
éléments d’une matrice de quelques 1500 lignes et
colonnes. Cette hypothèse est restrictive car le fait
d’ignorer les substitutions croisées ne permet pas
d’intégrer le cas où une baisse différenciée des droits
de douane aurait des effets négatifs sur le bien-être
du fait des substitutions. Ce cas est décrit dans les
travaux sur le «piecemeal tariff reform», en
particulier par Hatta (1977) et par Neary (1998).
La variation du TRI peut être réécrite en fonction des
élasticités
C’est cette expression qui est utilisée dans les calculs
présentés dans le tableau 1. Plus précisément, dans la
mesure où l’on étudie les effets de la variation des
droits de douane entre 1995 et 2000, la formule
utilisée dans le calcul du taux de variation du TRIest :
Le MTRI. Le taux de variation du MTRI est
Il est fonction des élasticités de demande
d’importation (non compensées) εjm, c’est-à-dire
Nous supposons que la pente de la fonction de
demande reste constante entre 1995 et 2000, de
manière à ce que les poids soient identiques pendant
toute la période. Les résultats présentés dans les
tableaux 1,3 et 5 pour le TRI et le MTRI utilisent la
moyenne géométrique entre un TRI (MTRI) calculé
en gardant constant le niveau d’utilité de 1995
(concept de variation compensatrice) et un TRI
(MTRI) calculé en gardant constant le niveau
d’utilité final (an 2000, concept de variation
équivalente). Dans la pratique, les résultats obtenus
avec les deux types de variations sont, de toute façon,
très proches.
Les données. Les éléments de pi* sont estimés
comme la valeur unitaire des importations sur la
période 1994-1996. La valeur des importations en
1995, Ii95 pour le bien i, de même que le volume des
importations utilisé dans le calcul de pi*,
proviennent, pour les États-Unis, de l’US
International Trade Commission; pour l’Union
européenne, elles proviennent de la base Comext
d’Eurostat ; pour le Canada elles proviennent de la
base sur les échanges extérieurs de Statistics
Canada. Les droits consolidés (qui sont, dans ces
trois cas, les droits effectivement appliqués)
proviennent des listes d’engagement que ces entités
géographiques ont soumis à l’OMC. Dans ces trois
cas, les engagements ont été pris au niveau huit
chiffres du Système harmonisé des Nations Unies. Il
faut cependant souligner que celui-ci n’est
harmonisé qu’au niveau six chiffres, ce qui explique
les grandes différences entre les produits couverts
dans les trois pays. Ces listes donnent ainsi les droits
de douane en 1995, juste après la conversion des
barrières non tarifaires en droits consolidés, et en
2000, c’est-à-dire à la fin de la période de mise en
place de l’Accord. Les prix intérieurs pi95 et pi2000
sont construits en multipliant les prix mondiaux
pi* par le droit de douane ad valorem équivalent en
1995 et 2000. Ainsi, les indicateurs ne prennent en
compte que les effets des réductions tarifaires et non
pas des variations exogènes de prix.
Les engagements tarifaires portent sur 1764 lignes
dans l’Union européenne, 1596 lignes aux
États-Unis et 1202 lignes au Canada. Seuls ont été
considérés les droits de douane s’appliquant dans les
conditions de la Nation la plus favorisée. Les droits
dans le cadre d’accords préférentiels, pas plus que les
droits réduits appliqués à l’intérieur de quotas
tarifaires dans le cadre des obligations au titre de
l’accès minimum, n’ont pas été pris en compte (ils
ont été exclus de la liste du Canada et des États-Unis,
qui incluent ces droits dans leur nomenclature avec
un code produit particulier)
[5].
L’estimation des élasticités d’importation pose de
redoutables problèmes. Le manque de données
coh éren tes (d u fait des changemen ts de
nomenclatures, mais aussi de l’évolution
progressive des codes produits dans le temps) ne
permet pas de mener une estimation économétrique
au niveau huit chiffres, compatible avec les listes des
droits consolidés. Les données de flux d’importation
ne sont disponibles en série longue que dans une
autrenomenclature, diteCTCI. Les élasticités ont été
estimées à partir de la base NEXT de l’OCDE, qui
n’est disponible qu’à un niveau 4 chiffres depuis
1973, ce qui représente 223 biens agrégés. Une
même élasticité a ainsi été affectée à plusieurs lignes
tarifaires d’une même catégorie de produits afin
d’affecter à chacune des 1764 lignes de l’Union
européenne (par exemple) une élasticité dans les
formules (11) et (13) ci-dessus. Du fait du très grand
nombre de lignes tarifaires, une procédure simplifiée
a été adoptée. Les importations sont supposées
dépendre uniquement du prix du bien considéré et du
revenu. Les élasticités sont estimées sur la période
1973-1996 par une régression (moindres carrés
ordinaires) en double log sur les prix d’importation
déflatés par l’indice du prix à la consommation et le
revenu réel national. Ceci donne des élasticités de
demandes marshalliennes. Si cela ne pose pas de
problème dans le cas du MTRI, il est clair qu’elles ne
sont que des approximations des élasticités
hicksiennes qui devraient être utilisées dans
l’estimation du TRI. Plus généralement, la
procédure adoptée et les limitations des données font
que ces élasticités ne peuvent être considérées que
comme des estimations grossières
[6].
Les effets de l’Uruguay Round
Dans le cas de figure dénommé ci-dessous « Uruguay
Round », le vecteur de prix p2000 est celui qui résulte
de l’application des engagements des trois entités
géographiques en matière de droits consolidés, à la
fin de la période de mise en œuvre de l’Accord sur
l’agriculture. Rappelons que cette structure tarifaire
reflète l’obligation de réduire de 36 %, en moyenne
arithmétique non pondérée, l’ensemble des droits de
douane, mais avec pour seule contrainte sur chaque
droit particulier une baisse minimale de 15 %. Le
taux de variation du TRI et du MTRI entre 1995 et
2000 mesure ainsi l’impact d’une situation réelle, les
réductions tarifaires issues de l’Uruguay Round.
La première ligne du tableau 1 indique la réduction
tarifaire moyenne, calculée comme une moyenne
arithmétique simple sur l’ensemble des lignes
tarifaires. La réduction est plus faible lorsqu’elle est
pondérée par les importations (deuxième ligne du
tableau 1). On observe un écart entre les deux
mesures particulièrement élevé au Canada et aux
États-Unis. Cela signifie que les baisses de droits les
plus fortes ont porté sur les produits dont le flux
d’échanges est le moins important. Un flux
d’échanges faible peut correspondre à des produits
soumis à un droit de douane élevé. En cas de baisse
importante des droits sur ce type de produits, le flux
d’échange devrait augmenter de façon significative
et donc se traduire par un impact positif sur le
bien-être et la libéralisation du commerce. Mais un
flux d’échange faible peut également correspondre à
d es pro duits peu taxés do nt la d emande
d’importation est faible, soit parce que la production
locale est suffisante et compétitive, soit parce que la
demande est nécessairement limitée. Une réduction
de ce type de droit de douane n’aurait alors pas
d’impact sensiblesurlalibéralisation des échanges.
L’examen de la structure tarifaire des États-Unis, du
Canada et de l’UE montre que les réductions de
droits de douane les plus fortes en pourcentage ont
touché des produits peu demandés ou des produits
dont les droits de douane étaient déjà très bas. Ceci a
permis d’effectuer des réductions minimales sur les
produits plus sensibles. Cette « dilution » des
engagements est particulièrement visible au Canada.
Le Canada a supprimé les droits de douane sur 70
lignes tarifaires initialement soumises à des droits
très faibles alors que pour les produits soumis à des
droits élevés, les baisses opérées ont été de
seulement 15 %. Le tableau A1 en annexe illustre
combien la fréquence de ces réductions minimale est
plus élevée dans les catégories de produits les plus
protégées, qui sont aussi les plus sensibles
politiquement. Dans l’Union européenne, par
contre, cette allocation stratégique des réductions a
été beaucoup moins prononcée (voir tableau A2 en
annexe). Aucun droit n’a été réduit de moins de 20 %
(le minimum était de 15 %) et, sur près de la moitié
des lignes tarifaires, les droits ont été réduits de 36 %,
y compris pour des produits sensibles comme les
céréales ou la viande. Les États-Unis sont dans une
situation intermédiaire, ayant réduit les droits sur des
produits très protégés comme le sucre ou les produits
laitiers de 15% seulement (voir tableau A3 en
annexe).
Tableau 1
indicateurs de réduction tarifaire et de restriction aux échanges, cas de l’Uruguay Round
Tableau 1 : indicateurs de réduction tarifaire et de restriction aux échanges, cas de l’Uruguay Round
Réductions tarifaires dans le secteur agro-alimentaire EU (%) USA (%) Canada (%)
Réduction moyenne non pondérée des droits de douane-38,1-36,6-38
Réduction moyenne des droits de douane pondérée par les importations-33,5-24,8-23,2
TRI (variation) -12,7-2,8-5,5
MTRI (variation) -5,7-1-2,4
Le TRI et le MTRI, dans le tableau 1, montrent que le
profil de réduction tarifaire adopté par les trois
entités géographiques s’est à la fois traduit par une
amélioration du bien-être national et une
amélioration de l’accès au marché pour les produits
étrangers
[7]. La valeur de la variation du TRI et MTRI
est plus élevée dans l’Union européenne qu’aux
États-Unis, le Canada étant dans une situation
intermédiaire.
L’écart entre l’Union européenne et les États-Unis
peut s’expliquer par le fait que la structure tarifaire
européenne de départ était caractérisée par une
moyenne et une variance des droits de douane plus
élevées que celles des États-Unis (voir tableau 3).
Bien que nous ne les ayons pas calculés ici, ceci
devait se traduire par des niveaux absolus plus élevés
du TRI et du MTRI en Europe. La structure tarifaire
européenne introduisait ainsi plus de distorsions (en
termes de bien-être) et de protection (en termes
d’échanges) et il était ainsi plus « aisé » d’obtenir des
diminutions plus significatives de ces indicateurs du
fait de l’Uruguay Round. Cela n’explique cependant
pas les écarts entre les résultats pour le Canada et
l’Union européenne. En effet, dans ces deux entités
géographiques, les structures tarifaires initiales sont
assez proches en ce qui concerne leur impact sur le
bien-être (la moyenne des droits de douane est
légèrement plus faible, mais la variance est plus
grande au Canada). Il semble, au vu du tableau 1 que,
au Canada, les allocations très stratégiques des
réductions tarifaires ont fait que la réduction
moyenne de 38 % des droits de douane ait eu un
impact plus limité sur le bien-être et sur l’accès au
marché que la même réduction moyenne dans
l’Union européenne.
L’importance de la dispersion tarifaire
En 1995, la structure des droits de douane reflétait la
protection passée apportée par les anciens
instruments commerciaux et était très hétérogène
selon les produits. La réduction programmée des
droits entre 1995 et 2000 n’a pas contribué à réduire
la dispersion tarifaire dans la mesure où les
réductions ont été souvent plus faibles pour les
produits les plus protégés. Ces produits sont en effet
souvent ceux pour lesquels on observe des groupes
de pression très organisés (sucre dans l’Union
européenne et aux États-Unis, lait au Canada et aux
États-Unis, etc.), ou pour lesquels la baisse de la
protection nécessiterait de s’engager dans de
difficiles réformes des organisations internes de
marché (viande, huile d’olive en Europe, lait au
Canada).
Une structure tarifaire aux droits très hétérogènes
peut se traduire par des pertes de bien-être et des
distorsions aux échanges plus importantes qu’une
structure apportant une protection moyenne un peu
plus élevée, mais plus uniforme. Les réformes
tarifaires devaient chercher à réduire cette
dispersion. Des règles ont été proposées dans la
théorie des «
piecemeal reforms», dans lesquelles la
protection est approchée par une combinaison de la
moyenne et la variance des droits (Anderson, 1995).
Il a été montré qu’une politique qui réduirait tous les
droits de douane d’une manière uniforme (baisse
radiale), ou plus généralement qui ferait varier
proportionnellement les droits de douane vers un
droit donné, aurait des conséquences positives en
termes de bien-être (Fukushima, 1979). Une réforme
qui amènerait à abaisser le droit le plus élevé au
niveau du second droit plus élevé («
concertina
cuts»), améliorerait également le bien-être
[8].
Dans le cycle de négociations commerciales du
Millénaire, certains pays ont proposé de réduire la
dispersion en écrêtant les pics tarifaires. Il a ainsi été
proposé de fixer des bandes maximales (tous les
droits de plus de 20 % ramenés à ce seuil) ou
d’imposer une formule qui réduise davantage les
droits élevés (cas de la « formule suisse » utilisée
pendant l e T okyo Ro und s ur d es bien s
manufacturiers).
Ceci plaide pour examiner l’impact de la réduction
de la dispersion tarifaire tout autant que celle de la
moyenne des droits de douane. Nous comparons ici
la réduction issue de l’Uruguay Round à un scénario
contrefactuel de réduction uniforme de 36 % des
droits de douane consolidés initiaux. Ainsi, la
réduction moyenne est la même, et l’écart avec le
TRI et le MTRI du scénario « Uruguay Round »
permet de mesurer l’impact des stratégies
d’allocation des réductions inégales entre les
produits, c’est-à-dire de la « dilution » des
engagements.
Le tableau 2 contient les différents indicateurs
correspondant à cette réduction tarifaire uniforme.
Par rapport aux résultats du tableau 1, les mêmes
indicateurs ont été calculés. Le TRI et MTRI sont
donnés par les formules (11) et (12) mais le vecteur
p2000 est simplement obtenu en multipliant les
éléments du vecteur p95 par le scalaire 0,64.
Tableau 2
indicateus de réduction tarifaire et de restriction aux échanges, cas de la réduction uniforme
Tableau 2 : indicateus de réduction tarifaire et de restriction aux échanges, cas de la réduction uniforme
Réductions tarifaires dans le secteur agro-alimentaire EU (%) USA (%) Canada (%)
Réduction moyenne (pondéré et non pondérée) des droits de douane-36-36-36
TRI (variation ) -16,9-3,8-5,9
(pour mémoire : TRI dans le cas «Uruguay Round ») (-12,7 ) (-2,8 ) (-5,5 )
MTRI (variation ) -6,2-1-2,4
(pour mémoire : TRI dans le cas «Uruguay Round ») (-5,7) (-1,0) (-2,4)
La comparaison du tableau 1 et du tableau 2 montre
que les allocations stratégiques des réductions
tarifaires au Canada et aux États-Unis ont eu un
impact, quoique limité au États-Unis sur les gains en
bien-être et n’ont pratiquement aucun effet sur
l’accès au marché (variations de TRI et de MTRI
respectivement). Aux États-Unis, cela s’explique
par la faible protection initiale. L’allocation inégale
des réductions n’affecte pas de manière significative
la protection sur la majeure partie des lignes
tarifaires, pour lesquels les droits sont très faibles. La
faible différence entre le TRI dans les deux scénarios
« Uruguay Round » et « réduction uniforme » est plus
surprenante au Canada, où le droit de douane moyen
comme la dispersion sont élevés. Cela s’explique par
le fait que la vaste majorité des produits sont peu ou
pas taxés. Par contre, on observe des droits de
plusieurs centaines de pour-cent pour quelques
produits particuliers, essentiellement les produits
laitiers. Sur un nombre aussi limité de lignes, une
réduction de 15 % (pratiquée lors de l’Uruguay
Round) ou de 36% ne modifie guère la contribution
de ces produits au taux de variation du TRI ou du
MTRI pour l’ensemble des produits. Dans le cas de
l’Union européenne, l’écart est plus sensible entre le
TRI (respectivement le MTRI) issu de l’Uruguay
Round et celui qui aurait résulté d’une diminution
uniforme des droits. Le niveau initial élevé rend plus
sensible l’impact en termes de bien-être comme
d’accès au marché aux formules de réduction
adoptées. Néanmoins, l’impact de la « dilution » reste
modeste car, comme nous l’avons vu, l’Union
européenne a distribuéles réductions tarifaires d’une
manière relativement homogène entre les différents
produits.
Nous avons calculé les mêmes indicateurs que dans
les tableaux 1 et 2, avec cette fois une réduction
importante de la dispersion tarifaire, tout en gardant
la même réduction moyenne de 36 %. Ceci est obtenu
en utilisant la formule dite « suisse » qui avait été mise
en place afin de réduire les droits élevés lors du
Tokyo Round. Elle consiste à diminuer les tarifs
selon la formule t Ct C t i i i2000 1995 1995 = +/( ) où le
paramètre C a été choisi de manière à obtenir une
réduction moyenne non pondérée des tarifs de 36 %.
Le tableau 3 montre l’importance de la réduction de
la dispersion que provoque l’application de cette
formule. Dans les trois entités, l’écrêtement des
droits de douane par la formule suisse rend la
structure tarifaire beaucoup plus homogène.
L’impact est particulièrement fort au Canada, où les
droits sur quelques produits sont très élevés alors que
la plupart des autres droits sont très faibles.
Tableau 3
statistiques descriptives sur la réduction tarifaire
Tableau 3 : statistiques descriptives sur la réduction tarifaire
de
Moyenne Écart-type Coefficientdispersion
Union Européenne
Droits consolidés 1995 26,9% 39,6% 1,46
Droits consolidés 2000 (Uruguay Round) 18,1% 28,2% 1,56
Droits 2000 dans l’hypothèse de réduction uniforme de 36 % 17,2% 25,3% 1,46
Droits 2000 dans l’hypothèse de la formule dite «suisse » 11,3% 8,43% 0,74
États-Unis
Droits consolidés 1995 9,5% 18,0% 1,89
Droits consolidés 2000 (Uruguay Round ) 7,00% 15,3% 2,2
Droits 2000 dans l’hypothèse de réduction uniforme de 36 % 6,1% 11,5% 1,8
Droits 2000 dans l’hypothèse de la formule dite «suisse » 3,4% 3,1% 0,89
Canada
Droits consolidés 1995 22,3% 18,0% 3,4
Droits consolidés 2000 (Uruguay Round ) 17,4% 64,7% 3,72
Droits 2000 dans l’hypothèse de réduction uniforme de 36 % 14,2% 48,6% 3,4
Droits 2000 dans l’hypothèse de la formule dite «suisse» 4,00% 4,2% 1,03
Tableau 4
indicateurs de réduction tarifaire et de restriction aux échanges, cas de la réduction dite plus forte des
droits de douanes élevés
[9]
Tableau 4 : indicateurs de réduction tarifaire et de restriction aux échanges, cas de la réduction dite plus forte des
droits de douanes élevés(9)
Réductions tarifaires dans le secteur agro-alimentaire EU (%) USA (%) Canada (%)
Réduction moyenne non pondérée des droits de douane-36-36-36
Réduction moyenne des droits de douane pondérée par les importations-36-36-36
TRI (variation ) -29,9-4,4-8,9
(pour mémoire : TRI dans le cas «Uruguay Round ») (-12,7) (-2,8 ) (-5,5 )
MTRI (variation ) -9,1-1,1-8,3
(pour mémoire : MTRI dans le cas «Uruguay Round ») (-5,7 ) (-1,0 ) (-2,4 )
On voit dans le tableau 4 que la réduction de la
dispersion tarifaire au Canada se traduit par des
réductions significatives du TRI et du MTRI, alors
même que laréduction moyenne des droits de douane
est la même que celle qui a eu lieu lors de l’Uruguay
Round. La comparaison des résultats du MTRI dans
le tableau 1 et le tableau 4 montre que, si dans le cycle
de négociations multilatérales en cours il était décidé
de réduire la dispersion tarifaire, les améliorations de
l’accès au marché seraient significatives (même si le
gain absolu serait faible aux États-Unis, où l’accès
au marché sur l’ensemble des produits, mesuré par le
MTRI, ne passerait que de 1,0 % à 1,1 %). Par rapport
à la variation du MTRI résultant de l’Uruguay
Round, où les seules contraintes concernaient le
niveau moyen des droits de douane, l’accès à des
pays comme le Canada pourrait être fortement
amélioré. On peut penser que ce serait également le
cas dans d’autres pays qui n’ont pas été intégrés à
cette étude, mais qui se caractérisent également par
des pics tarifaires très élevés pour certains produits
(Japon, Corée, Afrique du Sud, etc. voir Borzeix et
alii 2000). Ce résultat pourrait être obtenu soit par
l’utilisation d’une formule suisse, soit, comme l’a
proposé la Commission européenne pour des
produits manufacturiers, par la fixation d’une limite
supérieure aux droits de douane et la suppression des
droits très faibles.
Sur le plan des enseignements méthodologiques de
ces calculs, on peut souligner que, dans les
tableaux 1,2 et 4, les indicateurs reposant sur des
bases théoriques solides (MTRI et le TRI) diffèrent
énormément des moyennes, pondérées ou non
pondérées, des droits de douane. Cela s’explique
aisément car ces indicateurs sont eux-mêmes des
moyennes de la réduction des facteurs tarifaires
T t i i = +1 et non pas des droits de douanesti, ce qui
est foncièrement différent. Ceci est évident, au vu de
l’équation (6), qui s’exprime aisément en fonction de
Ti, compte tenu que p T p i i i =*. Ainsi, il est clair que
des engagements pris en fonction d’une réduction
moy enn e des droits de douane n’o nt pas
d’interprétation économique directe. La même
réduction de 36 % a un impact très différent dans
l’Union européenne et aux États Unis, compte tenu
des différences dans la structure tarifaire de départ
(voir le tableau 1).
Dans cet article, nous tentons d’évaluer l’ampleur de
la libéralisation des marchés résultant de l’Accord
sur l’agriculture de l’Uruguay Round signé en 1994.
Une évaluation de cet accord est en effet demandée
comme un préalable à de nouvelles négociations
commerciales sur l’agriculture par plusieurs pays,
dont la France. Or cet accord a donné lieu à de très
difficiles négociations, mais nombre d’observateurs
pensent qu’il ne s’est pas réellement traduit par une
ouverture des marchés, du fait en particulier de la
liberté laissée aux différents pays d’allouer comme il
l’entendent les réductions de droits entre les
différentes lignes tarifaires, ce qui se serait traduit
par une forte « dilution » des engagements.
Malgré un certain nombre d’hypothèses qui limitent
la portée des résultats (prix mondiaux exogènes,
c’est-à-dire hypothèse de petit pays, absence de
substitution entre les différents biens importés, agent
représentatif, etc.) et malgré le caractère frustre des
estimations économétriques des élasticités, les
résultats obtenus permettent de tirer quelques
conclusions utiles pour le cycle de négociations en
cours sous l’égide de l’OMC.
Les calculs permettent de mesurer l’impact d’une
allocation non uniforme des réductions tarifaires
sous contrainte d’un objectif de réduction moyenne,
que ce soit en termes de bien-être pour l’économie
nationale ou en termes de volume des échanges. Ils
montrent à la fois l’intérêt de ne pas se limiter à des
objectifs de réduction de la moyenne des droits de
douane et l’intérêt de réduire la dispersion de
ceux-ci.
Les résultats sur le TRI, en particulier les
comparaisons entre les résultats pour l’Uruguay
Round et ceux dans le cadre d’une réduction
uniforme des droits, montrent que les allocations
« stratégiques » des réductions tarifaires qu’ont mises
en œuvre les trois entités géographiques, ont limité
les gains de bien-être qui auraient pu être tirés de
l’accord, tout au moins au Canada et dans l’Union
européenne. Néanmoins, si ces pays ont procédé à ce
type d’allocation, c’est en fonction de contraintes
politiques internes. On peut dès lors penser qu’il y a
eu, au sein de ces pays, un arbitrage entre ces pertes
de bien-être pour les consommateurs et des intérêts
sectoriels.
Plus intéressants peut-être, les résultats sur le MTRI
montrent que ces allocations stratégiques n’ont pas
réellement affecté l’accès au marché. Ainsi, du point
de vue des pays tiers, les manœuvres de « dilution »
des engagements par une répartition stratégique des
baisses de droits de douane n’ont pas eu semble-t-il
un impact significatif sur l’ouverture de ces pays.
Dans l’Union européenne, les allocations
stratégiques ont été très limitées. Elles ont été plus
significatives aux États-Unis et plus encore au
Canada, mais, dans ces deux cas, les réductions
faibles ont porté sur un nombre restreint de produits
très protégés. Elles n’ont pas eu un impact
significatif par rapport à l’accès au marché sur
l’ensemble du secteur, même si elles ont entretenu la
quasi-fermeture du marché des produits laitiers au
Canada, par exemple.
L’utilisation du TRI et du MTRI montre aussi que
des engagements tarifaires qui réduiraient
significativement la variance des droits de douane se
traduiraient par une amélioration de l’accès au
marché significative, par rapport à des engagements
qui porteraient sur le même niveau moyen de
réduction, mais ne contribueraient pas à resserrer
l’éventail des droits de douane. Lors d’un futur
accord, les propositions qui portent sur la fixation de
droits identiques pour de grandes catégories de biens
(les « bandes tarifaires ») ou encore les propositions
pour consolider des droits au niveau 4 chiffres de la
nomenclature statistique réduiraient la dispersion,
tout comme l’utilisation de formules du type
« suisse ». Elles méritent l’attention des négociateurs.
Tableau A1
droits de douanes par groupes de produits au Canada (hors quotas tarifaires)
Tableau A1 : droits de douanes par groupes de produits au Canada (hors quotas tarifaires)
Chapitre du Système harmonisé des Taux moyen des droits Taux moyen des droits Part des produits ayant bénéficié de la
Nations Unies consolidés 1995 consolidés 2000 réduction minimale de 15 %
Produits laitiers 289 % 246 % 68%
Caséine 69 % 55 % 17 %
Préparations diverses 56 % 45 % 18 %
Préparations de viande 47 % 38 % 13 %
Viande bovine 39 % 31 % 6 %
Cacao et chocolat 30 % 24 % 7 %
Préparations de céréales 22 % 17 % 36 %
Céréales 16 % 12 % 19 %
Résidus d’industries alimentaires 13 % 10 % 7 %
Graisses animales et végétales 13 % 7 % 3 %
Boissons et spiritueux 11 % 7 % 14 %
Préparations de légumes et de fruits 9 % 6 % 25 %
Tabac 8 % 5 % 0 %
Sucre 8 % 5 % 20 %
Arbres et plantes (bulbes, tubercules …) 7 % 4 % 6 %
Produits de meunerie 5 % 3 % 35 %
Légumes 4 % 2 % 24 %
Huiles essentielles 3 % 2 % 0 %
Fruits frais et secs 3 % 1 % 20 %
Produits d’origines animales 3 % 1 % 0 %
Préparation de viande 3 % 1 % 0 %
Thé et café 2 % 1 % 0 %
Animaux vivants 2 % 1 % 0 %
Note : calculs sur la base d’équivalents ad valorem, estimés par les auteurs à partir des valeurs unitaires d’importation et des droits spécifiques.
Tableau A2
droits de douane par groupes de produits dans l’Union européenne (hors quotas tarifaires)
Tableau A2 : droits de douane par groupes de produits dans l’Union européenne (hors quotas tarifaires)
la
Chapitre du Système harmonisé des Nations Taux moyen des droits Taux moyen des droits Part des produits ayant bénéficié dedans
Unies consolidés 1995 consolidés 2000 plus faible réduction (20%l’Union européenne)
Produits laitiers 69% 45% 3%
Céréales 54% 34% 0%
Tabac 50% 29% 38%
Préparations de viande 33% 20% 0%
Préparations de légumes et de fruits 32% 24% 68%
Préparations diverses 31% 22% 10%
Préparations de céréales 30% 20% 10%
Sucre 29% 21% 48%
Produits de meunerie 29% 19% 22%
Résidus d’industries alimentaires 21% 14% 6%
Cacao et chocolat 20% 14% 26%
Animaux vivants 20% 13% 0%
Fruits frais et secs 18% 14% 57%
Caséines 18% 12% 0%
Légumes 17% 13% 0%
Graisses animales et végétales 14% 10% 1%
Arbres et plantes (bulbes, tubercules…) 10% 5% 0%
Boissons et spiritueux 9% 6% 25%
Thé et café 9% 2% 2%
Huiles essentielles 5% 3% 0%
Gommes et resines 4% 2% 11%
Produits d’origines animales 1% 0% 0%
Laine 0% 0% 0%
Note : calculs sur la base d’équivalents ad valorem, estimés par les auteurs à partir des valeurs unitaires d’importation et des droits spécifiques.
Tableau A3
droits de douane par groupes de produits aux États-Unis (hors quotas tarifaires)
Tableau A3 : droits de douane par groupes de produits aux États-Unis (hors quotas tarifaires)
Chapitre du Système harmonisé
Taux moyen des droits Taux moyen des droits Part des produits ayantion
des Nations Unie consolidés 1995 consolidés 2000 bénéficié de la réductminimale de 15 %
Sucre 26 % 22 % 60 %
Produits laitiers 26 % 21 % 79 %
Préparations de céréales 20 % 16 % 46 %
Tabac 13 % 7 % 13 %
Préparations diverses 12 % 10 % 46 %
Préparations de légumes et de fruits 12 % 9 % 17 %
Boissons et spiritueux 11 % 7 % 14 %
Fruits frais et secs 6 % 4 % 13 %
Caséine 5,4 % 4,3 % 16 %
Graisses animales et végétales 5 % 3 % 19 %
Produits de meunerie 5 % 3 % 2,6 %
Préparations de viande 5% 2,5% 0%
Résidus d’industries alimentaires 4% 3% 6%
Légumes 4% 2% 24%
Laine 4% 1% 19%
Arbres et plantes (bulbes, tubercules…) 3% 2% 3%
Préparation de viande 3% 1% 0%
Gommes et résines 3% 1% 0%
Huiles essentielle s 2% 1% 0%
Cacao et chocolat 2% 1% 82%
Céréales 2% 1% 4%
Thé et café 2% 1% 0%
Animaux vivants 2% 1% 0%
Produits d’origines animales 1% 1% 0%
Note : calculs sur la base d’équivalents ad valorem, estimés par les auteurs à partir des valeurs unitaires d’importation et des droits spécifiques.
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[(*)]
UMR Économie publique, Inra-Inapg, Grignon.
E-mail : b
bureau@ grignon. inra. fr
[(**)]
Université de Rome-La Sapienza.
[(1)]
Comme
Δ déflate les prix en période 1 de manière à
atteindre l’utilité de la période 0, il s’agit d’une variation
compensatoire. On peut définir un TRI reposant sur une
variation équivalente, qui modifierait les prix de la
période 0 de manière à atteindre l’utilité de la période 1.
[(2)]
La distinction entre droit de douane et surcharge
tarifaire est importante, ici. C’est seulement dans le cas où
l’on se ramène à une situation de libre-échange en
période 1, que ( / )1 1
Δ - correspond au droit de douane
uniforme qui donnerait le même niveau de bien-être que
dans la structure tarifaire initiale.
[(3)]
La fonction d’importation (en volume) est définie
comme
fonction de demande d’importation marshallienne.
[(4)]
En différenciant totalement l’équation (2) pour une
utilité de reference
u0, on obtient l’effet sur le TRI de
variations dans les prix par l’expression
Δ Δ = 0'- '
B dp B pd p p, qui peut s’exprimer en termes de
variations en pourcentage. Un calcul similaire peut être
mené pour le MTRI à partir de l’équation (3).
[(5)]
Travailler sur les droits de douane à un niveau de détail
fin pose de nombreux problèmes empiriques de
non-concordance des nomenclatures entre sources
statistiques entre les données, en particulier sur les données
de flux et de valeur d’importations, et sur les droits de
douane. Les combinaisons de droits,
ad valorem et
spécifiques, et les multiples particularités de la structure
tarifaire (droits en fonction d’unités hétéroclites, avec des
seuils minimaux ou maximaux, droits variables selon les
mois de l’année etc.) ont nécessité des simplifications et
des conversions parfois approximatives de certains droits
particulièrement complexes.
[(6)]
Différent travaux empiriques laissent penser que la
valeur des élasticités affecte relativement peu le calcul du
TRI (Anderson and Neary, 1994; Fulponi, 1996). Sur les
mêmes données que celles utilisées ici pour l’Union
européenne, Linda Fulponi a procédé à des simulations à
l’aide de tirages aléatoires d’élasticités. L’impact de ses
résultats sur le TRI est reporté dans Bureau
et alii (2000).
Les valeurs du TRI diffèrent d’environ 15 à 20 %, mais la
hiérarchie des résultats dans toutes les comparaisons
menées reste inchangée. Les auteurs concluent que les
variations en pourcentage sont peu modifiées par la valeur
des élasticités.
[(7)]
Rappelons cependant que, du fait de la structure
diagonale des matrices d’élasticités, nous n’avons pas tenu
compte de possibles substitutions aux importations qui
auraient pu s’opposer à ces gains de bien-être.
[(8)]
Pour qu’une baisse d’une partie des droits de douane se
traduise sans ambiguïté par une amélioration du bien-être,
un certain nombre de conditions doivent être remplies. Il
faut que tous les biens soient normaux, ou au moins que
l’infériorité de certains biens ne l’emporte pas sur le
caractère « normal » des autres (voir Hatta, 1977, pour les
conditions exactes). Dans le cas d’une baisse de type
« concertina », les substitution entre les biens doivent
dominer les complémentarités (voir les conditions précises
dans Neary, 1998 ; le cas où tous les biens sont
substituables est un exemple). La réduction « radiale » des
droits, c’est-à-dire proportionnelle vers zéro, est un cas
particulier de la variation uniforme qui rapproche les droits
d’un taux donné. Les conditions pour qu’une telle variation
améliore le bien-être sont données par Fukushima (1979).
[(9)]
Notons que
C est calibré de manière à donner une
réduction moyenne de 36 % dans chaque pays. De ce fait,
C
diffère selon les pays, ce qui fait que les comparaisons entre
pays du tableau 5 n’ont pas de signification. Les résultats
pour chaque pays dans le tableau 5 doivent seulement être
comparés aux résultats du tableau 1, afin de juger de l’effet
de la réduction de la dispersion.