2002
Économie et Prévision
Un indicateur d’ancrage nominal par le taux de change : illustration par le cas polonais
Samuel Guérineau
[(*)]
Sylviane Guillaumont Jeanneney
[(*)]
La plupart des pays en développement ou en transition vers l'économie de marché mènent des politiques de change
intermédiaires entre l'ancrage nominal total et la poursuite exclusive d'une cible de taux de change réel. L'article propose
un indicateur qui mesure le degré d’ancrage de la politique de change. La pertinence de l'indicateur est évaluée dans le cas
de la Pologne. Son usage permet effectivement d'éclairer la politique menée par ce pays. De plus, une estimation
économétrique du taux d'inflation démontre le pouvoir explicatif de l'indicateur.Mots-clés :
régimes de change, indicateurs de politique, Pologne.
Most developing and transition countries have adopted exchange-rate policies that steer an intermediate course between
nominal anchor and real target strategies. This article provides an indicator that measures the degree of anchorage. The
relevance of the indicator is assessed for Poland and its use clarifies this country's exchange-rate policy. Moreover, an
econometric estimate of the inflation rate shows the explanatory power of the indicator.Keywords :
Exchange rate policy, policy indicators, Poland.
Nous tenons à remercier les deux rapporteurs anonymes pour leurs commentaires. Nous restons néanmoins seuls responsables des
éventuelles erreurs ou insuffisances de cet article.
La plupart des pays en développement ou en transition vers l'économie de marché mènent des
politiques de change intermédiaires entre l'ancrage nominal total et la poursuite exclusive d'une cible
de taux de change réel. L'article propose un indicateur qui mesure le degré d’ancrage de la politique
de change. La pertinence de l'indicateur est évaluée dans le cas de la Pologne. Son usage permet
effectivement d'éclairer la politique menée par ce pays. De plus, une estimation économétrique du taux
d'inflation démontre le pouvoir explicatif de l'indicateur.
Dès 1993, Corden classait les politiques du taux de
change en deux grandes catégories : celles qui
utilisent le taux de change nominal pour lutter contre
l’inflation, la stabilisation du niveau général des prix
étant considérée comme préalable à toute reprise
durable de la croissance, et celles qui ont pour
objectif principal la réalisation d’un taux de change
d’équilibre, c’est-à-dire un taux de change réel qui,
en assurant l’équilibre des comptes extérieurs,
permette une croissance durable de l’économie.
Dans le premier cas, il s’agit d’une politique
d’ancrage nominal par le taux de change dont
l’indicateur est l’évolution du taux de change
nominal et, dans le second cas, d’une politique
flexible, dite « à cible réelle », dont l’indicateur est
l’évolution du taux de change réel. Si à long terme
l’objectif des stratégies de change est bien de réaliser
à la fois la stabilité du taux de change nominal et celle
du taux de change réel, à court terme les autorités,
lorsqu’elles n’ont pas la maîtrise complète de
l’inflation, sont contraintes de composer avec ces
deux objectifs qui sont contradictoires.
Que dans les pays à forte inflation une certaine
« rigidité » du taux de change nominal puisse être
souhaitable est un sujet controversé. En effet,
certains économistes considèrent que seuls sont
viables les régimes de change extrêmes (
corner
solutions), soit les caisses d’émission ou même
l’usage d’une monnaie étrangère, soit le flottement
indépendant (Eichengreen, 1999). Ainsi seraient
condamnés les régimes intermédiaires, aussi bien le
régime de change fixe conventionnel où, selon la
définition du FMI
[1], la monnaie est rattachée à une
autre devise ou un panier de monnaies avec des
marges de fluctuation limitées à 1% autour du cours
de référence, que des régimes de change plus souples
qui, tout en maintenant un rattachement explicite ou
implicite à une devise, autorisent une certaine
flexibilité du taux de change nominal. Cette
flexibilité provient, soit de marges de fluctuations
élargies, soit d’un ajustement fréquent du taux de
change de référence, que ce soit d’une manière
discrétionnaire ou selon le mécanisme de la
tablita,
les dévaluations étant alors programmées à l’avance
à un rythme inférieur à celui connu dans le passé.
Compte tenu de la diversité des régimes de change
« intermédiaires », si l’on veut tenter d’estimer la
contribution d’un ancrage nominal par le taux de
change à la désinflation, on ne peut se contenter de
classer de manière dichotomique les politiques entre
politiques d’ancrage total et politiques de cible réelle
exclusive et d’introduire dans une analyse
explicative de l’inflation une variable muette
prenant la valeur un ou zéro selon le type de politique
adoptée. C’est pourquoi, dans l’article qui suit, nous
tentons de définir un indicateur qui permette de
mesurer le degré selon lequel la politique de change
intègre l’objectif d’ancrage nominal, puis nous
testons la pertinence de cet indicateur dans le cas de
la Pologne.
Nous avons choisi, pour juger du caractère
opérationnel de l’indicateur, de l’appliquer à la
Pologne au cours de la dernière décennie,
c’est-à-dire depuis la transition vers l’économie de
marché. En effet ce pays a fait l’expérience de
multiples régimes de change : rattachement strict au
dollar, rattachement à un panier de monnaies,
système de tablita combiné avec des fluctuations
autour du taux défini, à l’intérieur de marges
progressivement élargies (cf. tableau 1). La politique
du taux dechange adoptéepar la Pologne comporte, à
l’évidence, une composante d’ancrage nominal. Elle
a été accompagnée d’un contrôle des changes sur les
mouvements de capitaux et les opérations courantes
autres que commerciales, ce qui a conféré aux
autorités monétaires une certaine maîtrise du taux de
change nominal. Simultanément, l’importance et la
fréquence des dévaluations du zloty au cours de la
dernière décennie démontrent que la politique de
change ne pouvait faire abstraction du problème de la
compétitivité de l’économie.
Tableau 1
les régimes de change en Pologne (1989-1999)
Tableau 1 : les régimes de change en Pologne (1989-1999)
Régime de change Monnaie de Taux de dépréciation Bande de taux de Dévaluations majeures
rattachement mensuelle pré annoncé(crawl ) change et autres évènements
Taux de change fixe Dollar américain Large marché noir des
ajustable devises
Avant 1990 + Taux de change dual-92 % /$
implicite (marché noir ) (de janv. à déc 1989)
Taux de change fixe Dollar américain-31,6 % /$
1er janvier 1990 (1er janv. 90)
16 mai 1991 Panier de 5 monnaies-14,4 % /$
($ 45 %, DM 35 %, (16 mai 91)
£ 10 %, FF 5 %,Crawling Peg 1,8 % (16 oct. 91) -13 % /$ (fév 92)
FS 5 %)préannoncé 1,6 % (au cours de 93)
16 octobre 1991 1,5 % (13 sept 94) Substitution nouveau/
1,4 % (30 nov 94) ancien zloty;
1,2 % (15 fév 95) taux= 1/10000 (1er
janv. 95 )
Crawling Band 1,0 % (8 janv. 96) 7% (16 mai 95)
Préannoncé 1,0 % (janv. 98) 10% (26 fév. 95)
16 mai 1995 à à 12.5% (10 oct.98)
0,5 % (10 sept. 98)
Panier de 2 monnaies 0,5 % 12.5 %
1er janvier 1999
(Euro 55 %, $ 45 %)
On peut constater sur le graphique 1 l’importance de
la dépréciation du zloty par rapport au dollar (dont la
valeur en zlotys est multipliée par plus de trois entre
1990 et 1998), tandis que le taux de change réel (à
l’égard du dollar) connaît de nettes fluctuations
autour d’une tendance à l’appréciation
[2]. Cette
politique a remporté un succès indéniable, tant en
termes de maîtrise de l’inflation et de retour à
l’équilibre extérieur que de croissance économique.
C’est ainsi que la Pologne, qui avait connu durant la
période de libéralisation de ses prix une très forte
inflation
[3] (640 % en 1989 puis 226 % en 1990), est
parvenue à la réduire assez rapidement les années
suivantes (60 % en 1991,44 % en 1992), plus
lentement par la suite pour la ramener à 8 % en 1998
(cf. graphique 2). La balance globale des paiements
fortement déficitaire en 1990-1991 a connu un
rétablissement spectaculaire à partir de 1994.
Cependant la balance commerciale et la balance
courante, après s’être améliorées dans la première
moitié de la décennie, se sont sensiblement
dégradées depuis 1995. Simultanément, après une
récession consécutive à son passage brutal à
l’économie de marché (« la thérapie de choc »), la
Pologne a renoué rapidement (dès 1992) avec la
croissance économique, de telle sorte que le
PIB a
crû en moyenne de 5,6 % par an entre 1994 et 1999
(cf. graphique 2).
L’adoption d’une politique mixte d’ancrage se
justifiait en Pologne, d’une part, en raison de
l’hyperinflation consécutive à la libéralisation
brutale de l’économie, d’autre part en vue de son
entrée dans l’Union Européenne qui impliquait un
choix clair et crédible en faveur de la stabilité
monétaire, mais aussi une croissance économique
plus rapide que la moyenne européenne propre à la
convergence des produits par tête. Il paraît donc
particulièrement intéressant de pouvoir mesurer le
caractère intermédiaire de la politique de change de
la Pologne et d’estimer la contribution de l’ancrage à
la maîtrise de l’inflation ainsi que son coût éventuel
en termes de croissance économique.
Graphique 1
indices de taux de change nominal et
réel vis-à-vis du dollar, Pologne (1989-1998)
Graphique 2
croissance et inflation en Pologne
(1989-1998)
La première partie est consacrée à l’exposé des
problèmes méthodologiques que posent la définition
et le calcul de l’indicateur d’ancrage, tandis que la
deuxième partie présente l’application de cet
indicateur à la Pologne. La dernière partie conclut.
Définition et mesure d’un indicateur
d’ancrage nominal par le taux de
change
La politique du taux de change d’un pays donné peut
être définie parrapport aux deux situations extrêmes,
celle d’ancrage nominal total et celle d’une cible
réelle exclusive. La délimitation précise de ces deux
politiques « pures » nous permet de définir la
catégorie intermédiaire de politique de change, où
les objectifs de celles-ci sont combinés, puis de
présenter un indicateur d’ancrage par le taux de
change.
Définition d’une politique mixte de change ou
d’ancrage partiel
La politique d’ancrage nominal total correspond à
une situation où le taux de change nominal vis-à-vis
d’une monnaie ou d’un panier de monnaies est
stable. Cette stabilité du taux de change nominal peut
être obtenue dans différents types de régime des
changes : la monnaie nationale peut être rattachée à
une autre monnaie, ou éventuellement à un panier de
monnaies, être échangée contre devises par les
banques à un taux administré ou à un taux de marché
dont les fluctuations sont limitées par l’intervention
de la Banque centrale sur le marché des changes à
l’intérieur d’une bande étroite (1%), correspondant à
la définition du régime conventionnel de change
fixe, ou encore il peut s’agir d’un flottement de la
monnaie nationale sur le marché des changes
contrôlé par l’autorité monétaire à l’intérieur d’une
bande implicite et qui se traduit
de facto par une
stabilité nominale de la monnaie
[4].
Il est possible aussi que pour renforcer la confiance
du public dans l’ancrage, l’autorité monétaire
suscite par des interventions sur le marché des
changes une appréciation nominale de la monnaie ou
la laisse s’apprécier face à des entrées de capitaux.
Une telle politique est nécessairement transitoire. En
Pologne il est arrivé effectivement que le cours du
dollar en zlotys connaisse de courtes baisses.
Ainsi la politique d’ancrage nominal total peut être
caractérisée par un taux de variation du taux de
change nominal ( )gTCN nul ou, si l’on tient compte
de l’existence d’une bande de fluctuations sur le
marché des changes, par un taux de variation du taux
de change nominal peu différent de zéro.
Soit : gTCN ≈ 0
La politique decible réelle exclusive devrait, en toute
rigueur théorique, être définie par rapport au taux de
change réel considéré comme le taux d’équilibre par
l’autorité monétaire, c’est-à-dire le taux de change
permettant d’assurer simultanément la croissance de
l’économie et un équilibre de longue période de la
balance des paiements. La politique de cible réelle
correspondrait alors à une variation du taux de
change réel le ramenant vers le taux d’équilibre.
Mais le calcul du taux de change réel d’équilibre est
soumis à une marge d’incertitude importante de telle
sorte qu’on ne peut connaître a priori la cible de long
terme choisie par l’autorité monétaire. Il semble
acceptable, dans ces conditions, de définir, de façon
simple, la politique de cible réelle comme celle qui
vise à stabiliser ou à déprécier le taux de change réel.
Certes on sait qu’à moyen terme la croissance
économique s’accompagne d’une appréciation
réelle de la monnaie (effet Balassa). Mais il s’agit ici
de définir un indicateur d’ancrage qui permette
d’évaluer la contribution de la politique de change à
la lutte contre l’inflation dans des pays en
développement ou en transition vers l’économie de
marché, faisant face à un déficit de leur balance
courante et soucieux de s’intégrer (par une
croissance de leurs exportations) au marché
mondial. Telle semble bien être la situation de la
Pologne (OCDE, 1997). Si le secteur privé
manufacturier a connu une croissance rapide de la
productivité des facteurs, la situation très difficile
des entreprises publiques, conduites à des
licenciements massifs, suggère que l’appréciation
réelle de la monnaie n’était pas un objectif de la
politique de change, mais plutôt une contrainte de la
politique de désinflation.
Le taux de change réel, étant considéré ici comme un
indicateur de la compétitivité par les prix de
l’économie vis- à-vis de l’extérieur, doit refléter
l’évolution relative des coûts de production.
L’indicateur le plus généralement disponible et
utilisé pour les pays en développement est constitué
par le rapport des indices de prix à la consommation à
l’étranger ( ) * Pc et dans le pays considéré (Pc)
exprimés dans une même unité monétaire, soit :
avec TCN le taux de change en termes d’unités
monétaires nationales (c’est-à-dire coté à
l’incertain).
La politique de cible réelle s’exprime de la manière
suivante :
gTCR ≥ 0
La politique de change mixte ou d’ancrage partiel
peut alors être définie comme la situation
intermédiaire entre une politique d’ancrage total et
une politique de cible réelle, celle où le taux de
change nominal est déprécié (contrairement à la
politique d’ancrage nominal) et où néanmoins le
taux de change réel s’apprécie (contrairement à la
politique de cible réelle). Dans cette situation, afin
d’éviter une trop forte appréciation réelle de la
mon naie nationale et don c une perte de
compétitivité, l’autorité monétaire renonce
partiellement à son objectif de stabilité du taux de
change nominal. Simultanément, pour éviter une
spirale inflationniste, l’autorité monétaire renonce
partiellement à son objectif de stabilité du taux de
change réel et accepte donc une certaine appréciation
réelle.
Graphique 3
les différentes politiques du taux de change
Les trois politiques ainsi définies ne prennent pas en
comp te la s ituatio n où une politique
macroéconomique (budgétaire et monétaire) stricte
contient la hausse des prix intérieurs àun taux égal ou
même inférieur à l’inflation étrangère, de telle sorte
qu’elle permet d’obtenir simultanément une stabilité
du taux de change nominal et une stabilité ou même
une dépréciation du taux de change réel. En effet,
dans ce cas la question de la contribution de la
politique d’ancrage par le taux de change à la
désinflation perd de sa pertinence.
Ces trois types de politique peuvent être représentés
sur un graphique où l’on indique en abscisse le taux
de variation du taux de change nominal et en
ordonnée le taux de variation du taux de change réel
(cf. graphique 3).
La politique d’ancrage nominal total correspond à
une étroite bande le long de l’ordonnée dans la partie
basse du graphique (zone I), la politique de cible
réelle exclusive est représentée par la zone II.
L’expérience montre que lorsqu’un État pratique
une politique de dépréciation du taux de change
nominal avec un objectif de cible réelle, la
dépréciation réelle est généralement inférieure à la
dépréciation nominale, donc la zone utile se situe
principalement au-dessous de la bissectrice.
Toutefois, lorsque la dépréciation nominale est
faible, il est possible qu’une politique monétaire
restrictive parvienne à limiter l’inflation au point que
la dépréciation réelle du taux de change soit
supérieure à la dépréciation nominale : ainsi la zone
II s’étend au-dessus de la bissectrice pour une faible
dépréciation nominale. D’autre part, la proportion
dans laquelle la dépréciation nominale se traduit en
dépréciation réelle (ce que l’on appelle l’effectivité
de la dévaluation) tend à diminuer avec l’ampleur de
la dépréciation nominale. À la limite, lorsqu’un pays
en inflation chronique pratique une politique de
crawling peg, en indexant son taux de change sur
l’inflation intérieure, le taux de change réel demeure
stable. C’est pourquoi la zone de politique de cible
réelle peut être représentée par une courbeen cloche.
Quant à la politique de change mixte (zone III), elle
perd son efficacité en termes de lutte contre
l’inflation si la dépréciation nominale devient trop
rapide et elle est insoutenable si l’appréciation réelle
est trop forte. L’autorité monétaire est donc
logiquement amenée à un arbitrage entre les deux
inconvénients pour ne pas dépasser une perte
d’utilité donnée, ce qui conduit à représenter une
zone triangulaire, ou mieux une zone dont la
frontière est concave puisque l’on peut supposer que
les pertes d’utilité associées à une accélération de
l’inflation ou à une appréciation réelle sont
croissantes avec celles-ci.
Les principes de calcul de l’indicateur d’ancrage
La définition de l’indicateur
L’objectif est de définir un indicateur d’ancrage par
le taux de change (IAC) qui évolue entre 1 pour la
politique d’ancrage total et 0 pour la politique de
cible réelle exclusive, la politique mixte étant
graduée par les valeurs intermédiaires de
l’indicateur. Répond à ce critère le rapport entre la
valeur absolue du taux de variation du taux de change
réel et la somme des valeurs absolues des taux de
variation des taux de change réel et nominal :
soit :
Il convient toutefois de donner deux précisions qui
découlent de la définition adoptée pour l’ancrage
nominal total et pour la cible réelle exclusive. Les
variations du taux de change nominal qui demeurent
à l’intérieur des marges étroites qui définissent le
régime de change fixe conventionnel sont assimilées
à des variations nulles, de même que les éventuelles
appréciations nominales. D’autre part, comme la
stabilité et la dépréciation réelle de la monnaie ont
servi indifféremment à définir la politique de cible
réelle exclusive, elles doivent être traitées de la
même façon, soit gTCR = 0, alors que, si le taux de
change réel se déprécie, ( )gTCR a une valeur non
nulle.
On voit aisément que, si l’on a affaire à une politique
d’ancrage total, gTCN = 0 et gTCR > 0 donc
IAC = 1 et, si l’on a affaire à une politique de cible
réelle, gTCR = 0 et gTCN 0 donc IAC = 0. Dans
le cas d’une politique mixte, l’indicateur est d’autant
plus proche de 1 (politique d’ancrage nominal total)
que la dépréciation nominale est faible et
l’appréciation réelle forte, et d’autant plus proche de
0 (politique de cible réelle exclusive) que la
dépréciation nominale est forte et l’appréciation
réelle faible. Une valeur de 0,5 de l’indicateur
d’ancrage correspond à deux valeurs absolues des
variations nominale et réelle égales, donc à une
situatio n où la dépréciatio n no minale et
l’appréciation réelle sont de même ampleur
(c’est-à-dire que la dépréciation nominale compense
la moitié du différentiel d’inflation avec le pays de
référence).
Les modalités de calcul de l’indicateur d’ancrage
par le change
Comme il s’agit, à travers l’indicateur d’ancrage,
d’évaluer une politique, il paraît judicieux de
calculer cet indicateur à partir des taux de variation
des taux de change (nominal et réel) mesurée sur une
période suffisamment longue pour éviter de prendre
en compte une variabilité saisonnière ou accidentelle
des taux de change. Ainsi une durée d’un an paraît la
période minimale à considérer. En outre, pour éviter
de donner trop d’importance aux valeurs de début et
de fin d’année, il est justifié (comme nous le ferons
par la suite)de mesurerces taux de variation annuelle
par une estimation du taux de change en fonction du
temps à partir de données mensuelles
[5].
L’indicateur d’ancrage peut être, selon la
disponibilité des données, calculé à différentes
fréquences. Mais, pour bien voir les inflexions de la
politique de change, une fréquence au moins
trimestrielle paraît nécessaire. Ainsi, l’indicateur
sera calculé pour chaque fin de trimestre, à partir des
taux de variation annuelle des taux de change
(nominal et réel) calculés en glissement trimestre
après trimestre.
L’indicateur d’ancrage ajusté de la crédibilité de la
politique
L’indicateur précédemment défini permet d’évaluer
la politique suivie par l’autorité monétaire en
matière de change. Lorsqu’il s’agit d’une politique
d’ancrage total ou partiel, l’autorité monétaire a pour
objectif de réduire les anticipations inflationnistes et
de contribuer ainsi à la lutte contre l’inflation. La
réussite de cette politique dépend de sa crédibilité. Si
l’ancrage conduit à une trop forte appréciation du
taux de change réel, les agents économiques vont
anticiper un abandon de cette politique.
Il est possible, et sans doute souhaitable, lorsqu’on
veut étudier à partir d’une analyse économétrique
l’impact de l’ancrage par le taux de change, de
corriger l’indicateur précédemment défini pour tenir
compte de la confiance potentielle attribuée à cette
politique. Pour ce faire, on peut par exemple corriger
l’indicateur brut (
IAC) en le multipliant par
(1
+gTCR)
[6]. Comme (
gTCR) est négatif en cas
d’appréciation réelle de la monnaie, ce facteur est
inférieur à 1 et l’indicateur ajusté (
IACA) se
rapproche de 0, ce qui est conforme à l’idée énoncée
plus haut selon laquelle l’efficacité d’une politique
d’ancrage donnée (totale ou partielle) est d’autant
plus faible que celle-ci conduit à une appréciation
réelle forte. Soit l’indicateur d’ancrage ajusté de la
crédibilité :
IACA IAC gTCR= +( )1
Le choix d’ajuster l’indicateur en fonction de la
variation du taux de change réel est évidemment
arbitraire, le coefficient de correction pouvant être
aussi bien une fraction ou un multiple (ou n’importe
quelle fonction monotone croissante) de cette
variation. Mais ce qui nous intéresse ici est
l’évolution relative des deux indicateurs, brut et
ajusté par la crédibilité potentielle.
Application de l’indicateur d’ancrage
par le change à la Pologne
Afin d’illustrer le caractère opérationnel de
l’indicateur d’ancrage défini, nous allons d’abord
voir dans quelle mesure le calcul de cet indicateur
(brut et ajusté) permet d’éclairer la politique de
change, particulièrement complexe, utilisée par les
autorités monétaires polonaises. Puis nous ferons un
test plus exigeant de la pertinence de l’indicateur, en
l’utilisant dans une relation explicative de
l’inflation.
L’évolution de l’indicateur d’ancrage par le taux
de change en Pologne
L’indicateur d’ancrage a été calculé en utilisant le
taux de change vis-à-vis du dollar, principale devise
cotée sur le marché des changes et monnaie
d’intervention des autorités monétaires. Les taux de
variation des taux de change (nominal et réel) sont
des taux annuels, calculés en glissement trimestriel
et estimés économétriquement à partir de données
mensuelles. Les données de taux de change et de prix
sont tirées des S tatistiques Fin ancières
Internationales publiées par le FMI.
Évolution de l’indicateur brut
L’indicateur calculé sur la période 1985-1998 révèle
clairement le caractère mixte de la politique de
change suivie après 19 91 (graphique 4),
principalement entre 1991 et 1996
[7]. Durant une
première phase (1985-1990, c’est-à-dire avant la
« thérapie de choc »), l’indicateur montre une
politique de cible réelle dominante, où celle-ci est la
plupart du temps exclusive, avec seulement deux
épisodes de faible ancrage en 1986 et 1989. Au
contraire, la politique mixte domine pendant la
seconde période (1991-1996), avec deux « pics »
d’ancrage total puis presquetotal en 1991 et 1995. En
effet à la suite de la fixité avec le dollar américain
(janvier 1990-mai 1991), l’indicateur révèle un
ancrage pur à la fin de 1990
[8], puis l’ancrage est
pro gressivemen t asso upli pour limiter
l’appréciation réelle (1992-1994), avant d’être durci
de nouveau en 1995. Depuis 1997 les autorités
monétaires polonaises ont quasiment abandonné la
politique mixte, en alternant la politique de cible
réelle exclusive (1997) et l’ancrage nominal sévère
(1998). Il est cependant difficile de savoir si ce retrait
des politiques mixtes révèle une nouvelle période
d’utilisation dominante de politiques « polaires »,
compte tenu de la brièveté de la période écoulée
depuis 1997.
La prédominance de la politique mixte entre 1991 et
1996 montre bien l’arbitrage effectué entre
désinflation et compétitivité par les autorités
monétaires polonaises sur cette période. De plus, les
variations observées dans la bande [0-1] révèlent que
le poids accordé à chaque objectif a évolué, ce qui
confirme l’intérêt d’une mesure continue de cet
arbitrage entre les deux politiques « polaires », au lieu
de simplement créer une troisième catégorie, la
politique mixte, intercalée entre ancrage nominal et
cible réelle.
Évolution de l’indicateur ajusté de la crédibilité
Par définition, l’indicateur ajusté de la crédibilité
(IACA) ne peut être significativement différent de
l’indicateur brut (IAC) que lorsque l’ancrage est
suffisamment fort (puisque l’on corrige pour la
crédibilité de l’ancrage). En Pologne, la différence la
plus notable concerne la première période d’ancrage
sévère en 1991, où la forte appréciation réelle a
affaibli sa crédibilité. Pour les deux périodes
suivantes d’ancrage (1995 et 1998), l’indicateur
ajusté de la crédibilité n’est que légèrement moins
élevé que l’indicateur brut, compte tenu d’une
appréciation réelle modérée durant ces phases (cf.
graphique 4).
Graphique 4
indicateur d'ancrage par le change brut
(IAC) et ajusté (IACA), Pologne (1985-1998)
L’introduction de l’indicateur d’ancrage dans un
modèle explicatif de l’inflation
Nous poursuivons l’étude de la pertinence de
l’indicateur par une analyse économétrique de
l’impact de l’ancrage par le taux de change, ainsi
représenté, sur l’inflation polonaise. Il convenait
d’appliquer cette analyse économétrique à une
période où les prix ne sont plus déterminés d’une
manière prépondérante par l’administration. C’est
pourquoi la période retenue débute après la
libéralisation brutale opérée en janvier 1990
[9],
c’est-à-dire au premier trimestre de cette même
année, pour s’achever au second trimestre de 1998.
Nous présentons successivement le modèle
théorique fondant l’équation réduite du taux
d’inflation et les résultats de l’estimation
économétrique. Une discussion sur la relation entre
la politique d’ancrage par le taux de change et la
croissance complète cette analyse.
Le modèle d’inflation
Pour apprécier l’impact de la politique d’ancrage par
le taux de change sur les anticipations d’inflation,
autrement dit sur la crédibilité de la politique de lutte
contre l’inflation, il convient de contrôler l’effet
mécanique de la dépréciation du taux de change sur
les prix intérieurs à travers l’inflation importée. Le
modèle d’inflation retenu est fondé sur la distinction,
traditionnelle dans l’analyse des politiques de
change des pays en développement comme des pays
en transition, entre les prix des biens échangeables
internationalement ( )PT et ceux des biens
non-échangeables ( )PNT (Coorey, Mecagni et alii,
1996). Cette distinction a l’avantage de permettre
d’introduire simultanément les deux effets de la
politique de change, l’effet direct de la dépréciation
nominale qui s’exerce sur les prix des biens
échangeables et l’effet indirect (à travers les
anticipations d’inflation) sur les prix des biens non
échangeables. L’indice des prix à la consommation
(P) est ainsi défini comme une moyenne
géométrique pondérée de l’indice des prix des deux
types de biens, soit :
et le taux d’inflation ( )Ï€ est une moyenne
arithmétique pondérée du taux de variation des prix
dans les deux secteurs, concurrencé et non
concurrencé par le commerce extérieur (Ï€NT et Ï€T ),
soit :
L’indice des prix des biens échangeables ( )PT est
considéré comme exogène. Il dépend, en l’absence
d’administration de ces prix et de modification de la
politique commerciale extérieure, de l’évolution des
prix à l’étranger ( ) * P exprimés en monnaie
nationale, soit :
où
(TCEN) est letaux de change effectifnominal
[10].
Et le taux de variation des prix des biens
échangeables est égal à :
où( ) * Ï€ est l’inflation mondiale (ou plus précisément
l’inflation moyenne des partenaires commerciaux)
et ( )gTCEN le taux de variation du taux de change
effectif nominal, qui exerce donc un impact direct
sur le niveau général des prix.
La hausse des prix des biens non échangeables
internationalement ( )PNT découle quant à elle
uniquement des conditions d’équilibre sur le marché
intérieur de ces biens. On suppose que la demande
réelle de biens non échangeables ( )YNTD est une
fonction croissante du prix relatif des biens
échangeables ( )PT et non échangeables ( )PNT et du
revenu réel (Y), tandis que l’offre réelle de biens non
échangeables( )YNTS est une fonction décroissante de
ce même prix relatif et du coût de la main-d’œuvre ou
du salaire réel (en termes de b iens n on
échangeables). L’hypothèse faite dans ce modèle est
que, dans le cadre d’une économie en transition, les
autorités monétaires sont contraintes d’adapter la
création monétaire aux besoins de l’économie,
notamment à la croissance des salaires. En effet, en
Pologne, l’État et les entreprises publiques subissent
une contrainte budgétaire molle, dans une économie
caractérisée par un système d’intermédiation
bancaire mal contrôlé. C’est pourquoi la croissance
monétaire, supposée endogène, n’apparaît pas dans
le modèle. L’équilibre sur le marché des biens non
échangeables est ainsi représenté par les équations
suivantes :
avec (W) le niveau du salaire nominal
[11].
Soit, en exprimant les équations (3) et (4) en taux de
croissance :
avec ( ), ( ), ( )gY gY gYNTD NTS et (gW) les taux de
variation, respectivement, de la demande et de
l’offre réelles de biens non échangeables, du revenu
réel et du salaire nominal moyen.
Des équations (3bis) et (4bis) on tire une première
expression intermédiaire du taux de variation des
prix des biens non échangeables.
Soit :
La politique du taux de change intervient une
seconde fois dans le modèle à travers les
anticipations inflationnistes et la fixation des
salaires. On suppose en effet que les anticipations
inflationnistes des agents économiques dépendent
non seulement de l’inflation passée et connue de
ceux-ci, mais aussi de la politique de change adoptée
par les autorités monétaires telle qu’elle est perçue
par les agents économiques, que nous pouvons
mesurer par l’indicateur d’ancrage (
IAC)
[12]. Quant
aux anticipations d’inflation, elles interviennent
essentiellement à travers la fonction de croissance
des salaires.
Ainsi le taux d’inflation anticipée ( )Ï€a est
classiquement une fonction du taux d’inflation
antérieure Ï€-1, mais cette relation dépend elle-même
de la politique de change, mesurée par l’indicateur
d’ancrage (IAC ou IACA). On conçoit a priori que la
politique de change puisse agir quel que soit le
niveau passé de l’inflation, mais aussi en fonction de
celui-ci, de telle sorte que l’impact d’un ancrage par
le taux de change soit d’autant plus fort que
l’inflation antérieure est élevée. La deuxième
hypothèse nous paraît la plus plausible. Elle
correspond à l’idée que l’ancrage nominal est surtout
efficace pour rompre les situations d’hyper-inflation
ou d’inflation chronique. Aussi avons nous introduit
l’indicateur d’ancrage (IAC) de manière non
seulement additive mais multiplicative de l’inflation
passée, dans l’équation qui retrace la formation des
anticipations. Dans ces conditions on s’attend à ce
que le coefficient de l’indicateur (IAC) introduit
additivement soit nul, de telle sorte que l’effet
d’ancrage s’annule en même temps que l’inflation.
Un coefficient négatif signifierait que l’ancrage
viserait à entraîner une baisse des prix, ce qui est peu
réaliste. D’autre part, la période d’estimation débute
avec une situation d’inflation très élevée (supérieure
à 200%) mais fortement déclinante (cf. graphique 1).
On peut donc supposer, compte tenu du caractère
exceptionnel en Pologne de l’hyperinflation,
manifestement liée à la thérapie de choc, que durant
la phase de forte décélération de l’inflation (soit du
dernier trimestre de 1989 au troisième trimestre de
1990), les agents ont anticipé une inflation inférieure
à l’inflation passée ; aussi avons-nous introduit une
variable muette (D) correspondant à cette phase de
forte désinflation, multiplicative de l’inflation
passée, et dont nous attendons qu’elle atténue
l’impact de l’inflation passée sur l’inflation présente
(coefficient négatif). La forme générale des
anticipations d’inflation est la suivante :
D’autre part, la dynamique des salaires est modélisée
par une relation de Phillips augmentée des
anticipations d’inflation :
avec (U) le taux de chômage.
Enfin le taux de chômage (
U) est modélisé comme
une fonction décroissante du taux de croissance du
revenu réel (
gY)
[13] :
En remplaçant dans l’équation (5) le taux de
croissance des salaires (gW) par sa valeur en fonction
des variables explicatives des équations (6) (7) et (8),
on peut exprimer l’inflation relative aux biens non
échangeables ( )Ï€NT uniquement en fonction de
celles-ci (π π T gY, ,-1, D et IAC), soit :
À l’aide des équations (1bis) et (9) on détermine la
forme réduite de l’inflation :
En remplaçant ( )Ï€T par sa valeur en fonction de
l’inflation mondiale et du taux de variation du taux
de change nominal (eq. 2bis), l’équation linéaire
estimée devient :
où les signes devant les coefficients Ï• indiquent le
sens de l’effet attendu sur la variable expliquée.
Ainsi l’inflation dépend-elle de l’inflation mondiale
et de la variation du taux de change effectif nominal,
des anticipations d’inflation et du taux de croissance
de l’économie. Le taux de croissance de l’économie
agit positivement sur l’inflation d’une part par son
action sur la demande de biens non échangeables et
d’autre part (avec un délai sans doute plus long) par
son action sur le chômage et la croissance des
salaires nominaux.
L’estimation économétrique du taux d’inflation
L’équation (11) est estimée sur données
trimestrielles pour la Pologne sur la période
1990-1998. Toutes les données sont tirées des
Statistiques Financières Internationales du FMI. Le
taux d’inflation exprimé en décimales, ainsi que les
autres variables explicatives à l’exception de
l’indicateur d’ancrage, correspondent à des
v ariatio ns d’un trimestre s ur l’au tre
désaisonnalisées. Rappelons que l’indicateur
d’ancrage par le change est calculé avec une
fréquence trimestrielle, mais à partir du taux de
variation au cours des douze mois précédents du taux
de change nominal et du taux de change réel vis-à-vis
du dollar. Puisque la variation du taux de change réel
dépend de celle du taux de change nominal, du taux
d’inflation aux États-Unis mais aussi du taux
d’inflation intérieure, il était nécessaire de calculer
le taux d’inflation à estimer et les taux de variation
des taux de change servant au calcul de l’indicateur
d’ancrage sur des périodes différentes (trimestrielle
dans le premier cas, annuelle dans le second) de
manière à éviter que la corrélation entre ces deux
variables ne soit perturbée par l’existence d’un lien
arithmétique entre celles-ci
[14]. Cette distinction des
périodes n’en justifie pas moins de tester
l’exogénéité de l’indicateur d’ancrage.
Le taux d’inflation est mesuré pour les deux pays à
partir de l’indice des prix à la consommation et
l’inflation passée correspond à l’inflation du
trimestre précéd ent. La variable muette
« Désinflation » (D) correspond à la période qui
s’étend du dernier trimestre de 1989 au troisième
trimestre de 1990, c’est-à-dire lorsque l’inflation
d’un trimestre sur l’autre est supérieure à 20 %
[15].
Le taux de variation des prix des biens échangeables
est approché par la moyenne du taux de variation des
prix à la consommation chez les principaux
partenaires commerciaux, convertis en monnaie
nationale
[16]. Dans la mesure où il est difficile de
savoir
a priori avec quel délai la hausse des prix des
biens étrangers se diffuse dans l’économie, les
variables retardées de un à quatre trimestres sont
testées et la plus significative est retenue. Il s’agit en
fait de la variable du trimestre précédent.
Le taux de croissance de l’économie (
gY) est
approché par le taux de croissance de la production
industrielle puisque la production totale n’est pas
connue sur une base trimestrielle
[17]. Afin de prendre
en compte les deux effets inflationnistes potentiels
de l’expansion économique que sont l’effet de la
croissance du revenu réel sur la demande des biens
non échangeables et l’effet de la croissance du
produit sur le rythme de progression des salaires,
dont les délais d’action sont probablement
différents, la croissance de la production industrielle
est introduite avec des retards d’un à quatre
trimestres. En fait, seules les valeurs retardées d’un
trimestre se sont révélées significatives.
Enfin ont été introduits l’indicateur brut d’ancrage
par le taux de change (IAC) et l’indicateur ajusté de
la crédibilité (IACA) afin de pouvoir comparer leur
impact.
Les tests de stationnarité des variables sont menés
pour les deux pays grâce au test proposé par Elliott,
Rothenberg et Stock (1996) (ci-après ERS). Cette
procédure ERS répond à la faiblesse majeure des
tests de Dickey-Fuller, à savoir leur puissance très
faible à distance finie. Ce manque de puissance est
très préjudiciable quand on travaille, comme c’est le
cas ici, sur des données trimestrielles puisque la
racineautorégressive se rapprochede un lorsque l’on
augmente la fréquence des observations (Salanié,
1999). Les résultats obtenus nous permettent de ne
pas rejeter l’hypothèse de stationnarité pour
l’ensemble des variables utilisées (cf. annexe 1).
L’existence d’autocorrélation et d’hétérocédasticité
dans les résidus est testée, respectivement grâce aux
tests de Breusch-Goddfrey et de White. Aucune
autocorrélation significative des résidus n’apparaît.
La correction nécessaire relative au problème
d’hétérocédasticité est apportée dans chaque
équation par la procédure de White.
Des tests d’exogénéité de Hausman sont menés sur
toutes les variables explicatives même s’ils
paraissent particulièrement utiles pour la croissance
de la production industrielle et pour l’indicateur
d’ancrage par le taux de change. Pour chaque test
d’exogénéité, un test de validité des instruments (ou
test de sur identification des contraintes) est réalisé
par la procédure de Sargan (Baltagi, 1998). Le taux
de croissance de la production industrielle est
instrumenté par le taux d’inflation passée et le taux
de variation retardé de deux trimestres du taux de
change réel. De plus, ne disposant pas d’un
indicateur de l’ampleur des réformes au cours de la
période, nous avons supposé que le rythme des
réformes avait été rapide au début de période puis
s’était ralenti : c’est pourquoi nous avons approché
les réformes par un trend et un trend au carré – ce qui
conduit à un impact des réformes en cloche.
L’indicateur d’ancrage (brut et ajusté) est
instrumenté par ses valeurs retardées d’un trimestre
et le taux de croissance des exportations en dollar.
L’inflation passée est instrumentée avec le même
modèle que l’inflation courante et l’inflation
importée est instrumentée par l’inflation américaine
et l’indicateur d’ancrage retardé de quatre
trimestres. Les relations d’instrumentation et les
résultats des tests de validité des instruments et
d’exogénéité sont présentés en annexe 2. Pour les
quatre variables, l’indicateur d’ancrage, le taux de
croissance de la production industrielle passée,
l’inflation importée passée et l’inflation passée, on
ne peut rejeter l’hypothèse d’exogénéité, ce qui nous
permet de retenir les estimations par les moindres
carrés ordinaires.
Les résultats présentés dans le tableau 2 sont
conformes aux prédictions du modèle théorique.
L’impact de l’inflation importée sur la croissance
des prix à la consommation est important et rapide
(un trimestre de retard). Ce résultat révèle l’ampleur
de l’ouverture de la Pologne sur l’extérieur. La
croissance de l’économie exerce un impact
inflationniste rapide (un trimestre), ce qui peut être
interprété comme une prépondérance de l’effet de
demande par rapport à l’effet sur la croissance des
salaires.
Afin de mettre en évidence l’impact de la politique
d’ancrage, nous avons concentré notre attention sur
la formation des anticipations d’inflation. Les
estimations confirment l’influence prépondérante
de l’inflation passée dans ces anticipations :
indépendamment des autres facteurs, celle-ci se
répercute dans une proportion proche de 100 % sur
l’inflation présente. Les résultats indiquent qu’il
était pertinent de tenir compte du fait que la période
d’étude débute avec la décrue de l’hyperinflation. Il
semble que les agents intègrent dans leurs
anticipations la dynamique observée de l’inflation et
qu’ils anticipent que la baisse de l’inflation
continuera à être rapide tant que les niveaux
d’inflation sont très élevés. Ce comportement
« rationnel » explique l’impact négatif de la muette
« désinflation » associée à l’inflation passée ; dans
cette phase, l’inertie est seulement de 28 %
(régression 2).
Tableau 2
résultats des estimations de l’inflation polonaise
Tableau 2 : résultats des estimations de l’inflation polonaise
Indicateur d’ancrage par le change brut (IAC) Indicateur d’ancrage par le change ajusté (IACA )
(1) (2) (3) (4)
Constante-0,10*** -0,10*** -0,10*** -0,11***
(-2,73) (-2,94) (-2,67) (-2,92)
Inflation importée (-1) 0,70*** 0,78*** 0,68*** 0,77***
(3,97) (3,96) (4,04) (4,04)
Croissance production 2,13*** 2,13*** 2,13*** 2,13***
industrielle passée (-1) (3,80) (3,89) (3,75) (3,86)
Inflation passée (-1) 0,92** 0,94** 0,94** 0,99**
(2,49) (2,40) (2,55) (2,60)
Inflation passée (-1) -0,60** -0,66** -0,59* -0,70**
*Désinflation (-1) (-1,79) (-1,94) (-1,79) (-2,10)
Indicateur d’ancrage par-0,03 0,03-0,02 0,05
le change (IAC) (-0,97) (1,13) (-0,64) (1,64)
IAC-0,68*** -1,10***
*inflation passée (-1) (-3,21) (-3,10)
R2 Ajusté 89,5 % 89,9 % 90,0 % 90,0 %
Les valeurs entre parenthèses sont les t de student associés à chaque coefficient, les mentions *, **, *** indiquent que la significativité de ces
coefficients ne peut être rejetée, respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%. L’hétérocédasticité des résidus est corrigée par la procédure de White et
aucune autocorrélation des résidus n’a été détectée. Les tests d’exogénéité des variables explicatives sont présentés en annexe 2.
Conformément à nos hypothèses, l’inertie de
l’inflation est atténuée en Pologne par la politique
d’ancrage. Les agents économiques corrigent leurs
anticipations rétrospectives simples (basées
seulement sur l’observation de l’inflation passée) en
fonction de la politique de change, représentée tout
d’abord par l’indicateur non ajusté. Plus la politique
de change observée est proche d’une politique
d’ancrage total, plus ces anticipations rétrospectives
sont corrigées à la baisse. Comme cela était attendu,
l’impact de la politique de change est ainsi lui-même
fonction du niveau d’inflation antérieure : une
politique d’ancrage total se traduit par une réduction
de l’inertie de l’inflation de 68 %, ce qui conduit à un
niveau d’inertie de 26 % (régression 2), tandis que le
coefficient de l’indicateur d’ancrage introduit seul
n’est pas significativement différent de zéro.
Lorsque l’indicateur d’ancrage est introduit
seulement en niveau (régression 1), le coefficient
estimé est négatif mais non significatif, ce qui
justifie d’avoir modélisé l’impact de la politique
d’ancrage en fonction de l’inflation passée. Il semble
donc qu’en Pologne la politique d’ancrage (la
plupart du temps partielle) a concouru à sortir le pays
d’une situation de forte inflation, en accélérant le
processus de désinflation, c’est-à-dire en atténuant
l’inertie de l’inflation.
Si l’on se réfère maintenant à l’indicateur ajusté de la
crédibilité, on constate qu’en Pologne l’influence
potentielle d’une politique d’ancrage stricte (et
parfaitement crédible) sur l’impact de l’inflation
passée est d’une ampleur supérieure à celle des
indicateurs bruts (régression 4) : l’inertie de
l’inflation serait entièrement éliminée. En se référant
aux valeurs maximales de l’indicateur ajusté
pendant les phases d’ancrage de 1991 et 1995 (0,6 et
0,8), l’inertie est ramenée respectivement à 33 % et
11% (régression 4). Ce résultat prouve l’intérêt de
tenir compte de la crédibilité des politiques de
change mises en œuvre et indique qu’une politique
moins proche de l’ancrage strict peut être préférable
si elle permet de donner une crédibilité élevée à la
poursuite de la politique choisie. La encore, le
coefficient de l’indicateur en niveau n’est pas
significativement différent de zéro
[18].
La relation entre la politique d’ancrage et la
croissance
Il convient enfin d’analyser, à partir de l’équation de
la production industrielle, si la politique d’ancrage a
affecté la croissance économique. L’impact attendu
est ambigu. On peut supposer en effet que l’inflation,
en brouillant les signaux de prix, est défavorable à la
croissance, en particulier dans un pays qui fait
l’apprentissage de l’économie de marché. Ainsi une
politique d’ancrage, en favorisant la désinflation,
pourrait être favorable à la croissance. Toutefois,
dans la mesure où l’ancrage implique l’appréciation
réelle de la monnaie, il tend à détériorer la balance
commerciale et freine l’activité économique.
Notons toutefois que l’indicateur a été conçu pour
mesurer l’impact de la politique de change sur la
réduction de l’inflation (qui est l’objectif même de
l’ancrage par le taux de change) et non sur la
croissance économique, et qu’il n’est pas
parfaitement adapté à cette seconde analyse. En effet
l’appréciation réelle de la monnaie n’est prise en
compte que pour caractériser une politique
d’ancrage partiel, l’ancrage total étant représenté par
un indicateur égal à l’unité quelle que soit
l’appréciation du taux de change réel.
On constate dans le tableau 3 que la croissance de la
productivité industrielle est bien une fonction
décroissante de l’inflation passée
[19] et de
l’appréciation réelle de la monnaie
[20] et une fonction
croissante de la politique de réformes représentée ici
par un
trend et son carré (régression 5)
[21]. Ainsi
l’ancrage exerce bien sur la production industrielle
les deux effets inverses précédemment définis : en
contribuant à la désinflation, il favorise la
croissance, cependant que l’appréciation du taux de
change réel qu’il entraîne tend à la ralentir (avec un
délai d’action évalué en moyenne à deux trimestres).
Si l’on substitue à la variable taux de change réel,
l’indicateur d’ancrage (régression 6) on constate que
celui-ci agit significativement sur la croissance.
Puisque le taux d’inflation figure simultanément
dans les variables explicatives, cet effet négatif
correspond sans doute à l’effet de détérioration de la
compétitivité. Si l’on retire l’inflation des variables
explicatives (régression 7) l’effet négatif de
l’indicateur d’ancrage est atténué, mais ne s’annule
pas, ce qui suggère que l’effet dominant à court terme
de la politique d’ancrage sur la croissance est bien
celui de la réduction de la compétitivité.
Nous avons défini un indicateur de la politique
d’ancrage par le taux de change qui permet de
prendre en compte le fait que souvent les États ne
pratiquent pas une politique d’ancrage nominal total
ni de cible réelle exclusive, mais une politique mixte.
Nous avons illustré la pertinence de cet indicateur
dans le cas de la Pologne. L’intérêt de cet indicateur
est de donner une mesure synthétique d’une
politique de change complexe, de permettre de
décrire celle-ci de manière simple mais plus précise
qu’une opposition réductrice entre fixité et
flottement, enfin de tester par l’économétrie son
impact sur l’inflation.
L’analyse économétrique de l’inflation polonaise a
ainsi montré qu e des régimes de change
intermédiaires (entre la fixité absolue du taux de
change et le flottement indépendant) pouvaient
apporter une réponse au dilemme qui existe à court
terme entre stabilité monétaire et croissance
économique. Si l’ancrage du zloty, certes partiel, ne
semble pas avoir été un handicap à la croissance,
c’est sans doute en raison de l’effet positif de la
maîtrise de l’inflation sur la croissance et de
l’augmentation de la productivité qui a compensé
l’appréciation réelle de la monnaie. Cette stratégie
de change s’inscrit bien dans la perspective
d’adhésion de la Pologne à l’Union Européenne qui
implique simultanément la stabilité monétaire et la
croissance économique.
Tableau 3
estimation du taux de croissance de la production industrielle
Tableau 3 : estimation du taux de croissance de la production industrielle
(5) (6) (7)
-0,01-0,01-0,08
Constante
(-0,29) (-0,29) (-1,68)
Inflation retardée (-1) -0,087** -0,096*
(-2,05) (-1,72)
Taux de variation du taux de-0,21**
change effectif réel retardé (-2) (-2,60)
Indicateur d’ancrage par le taux-0,066*** -0,051***
de change retardé (IAC(-1)) (-3,25) (-2,82)
Trend 0,004 0,006** 0,013**
(1,11) (1,88) (2,63)
Trend² -0,0001-0,0001** -0,0003**
(-1,19) (-2,06) (-2,64)
R2 Ajusté 54,5 % 56,5 % 41,8 %
Les valeurs entre parenthèses sont les t de Student associés à chaque coefficient, les mentions *, **, *** indiquent que la significativité de ces
coefficients ne peut être rejetée, respectivement au seuil de 10 %, 5 % et 1 %. L’hétérocédasticité des résidus est corrigée par la procédure de White et
aucune autocorrélation des résidus n’a été détectée. Les tests d’exogénéité des variables explicatives sont présentés en annexe 2.
Annexe 1 : test de stationnarité : procédure Elliott-Rothenberg-Stock
Statistique ERS Non rejet de la stationnarité
Variables du modèle Constante estimée(a ) Statut
Calculée au seuil de 5 %
Inflation
0,0733-2,54 ** -1,95 I(0 )
(2 )
Inflation importée
0,0642-2,55 ** -1,95 I(0 )
(0 )
Taux de croissance de la production
-5,35 *** -1,95 I(0 )
industrielle 0,0174 (0 )
Variables instrumentales
Taux de croissance des exportations
-2,26 ** -1,95 I(0 )
en dollar-0,0936 (0 )
Inflation aux États-Unis
0,009-3,41 *** -1,95 I(0 )
(1 )
Taux croissance du taux de change
-2,70 *** -1,95 I(0 )
effectif réel-0,0135 (2 )
Les valeurs présentées sont des t-statistiques, associées à l’hypothèse alternative de stationnarité, les mentions *, **, *** indiquent le non rejet de la
stationnarité, respectivement aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %. Les valeurs entre parenthèses indiquent le nombre de retards retenus pour la mise en
œuvre du test ERS.
(a) Le choix de la forme du test (avec ou sans dérive) est effectué selon la significativité de la tendance dans le test de Dickey-Fuller augmenté
conventionnel.
Annexe 2 : test d’endogénéité et validité des instruments
Les relations d’instrumentation utilisées pour tester l’exogénéité des variables explicatives dans l’équation d’inflation
utilisant l’indicateur d’ancrage brut sont les suivantes :
avec :
gY : taux de croissance de la production industrielle.
Ï€-1 : inflation du trimestre précédent.
greer : taux de croissance du taux de change effectif réel (exprimé au certain).
IAC : indicateur d’ancrage par le change.
gexpd : taux de croissance de la valeur des exportations exprimée en dollar.
gtcen + Ï€* : inflation importée.
D : variable muette correspondant à la période de désinflation rapide.
infusa : inflation aux États-Unis (basée sur l’indice des prix à la consommation).
Les résultats des tests de validité des instruments et d’exogénéité sont les suivants
Régression (2) (gY) (IAC) Inflation (-1) ( ) * gtcen + Ï€
Test de validité des instruments 0,35 (9,330) 0,03 (7,264) 2,05 (11,396) 0,13 (8,297)
[95%] [99%] [7%] [99%]
Test d’exogénéité 7,30 (7) 0,08 (7) 0,64 (7) 0,04 (7)
[40%] [99%] [99%] [99%]
Sous l’hypothèse H0 de validité des instruments ou d’exogénéité, la statistique présentée suit respectivement un Fischer et un Chi-Deux (les degrés
de liberté correspondants sont indiqués entre parenthèses); la probabilité associée est donnée entre crochets. Dans tous les cas, le test ne permet pas
de réfuter H0.
Les relations d’instrumentation utilisées pour tester l’exogénéité des variables explicatives dans l’équation d’inflation
utilisant l’indicateur ajusté de la crédibilité sont les mêmes que pour l’indicateur d’ancrage brut et les résultats des tests
de validité des instruments et d’exogénéité sont les suivants :
Régression (4) (gY) ( IAC) Inflation (-1) ( ) * gtcen + Ï€
Test de validité des instruments 0,31 (9,330) 0,18 (7,264) 1,94 (11,396) 0,12 (8,297)
[95%] [99%] [9%] [99%]
Test d’exogénéité 6,20 (7) 0,09 (7) 0,74 (7) 0,003 (7)
[51%] [99%] [99%] [99%]
Sous l’hypothèse H0 de validité des instruments ou d’exogénéité, la statistique présentée suit respectivement un Fischer et un Chi-Deux (les degrés
de liberté correspondants sont indiqués entre parenthèses); la probabilité associée est donnée entre crochets. Dans tous les cas, le test ne permet pas
de réfuter H0.
Les relations d’instrumentation utilisées pour tester l’exogénéité de l’inflation et de l’indicateur d’ancrage retardés dans
les équations explicatives de la croissance de la production industrielle sont les mêmes que pour les équations relatives au
taux d’inflation. Le relation d’instrumenation du taux de croissance du taux de change effectif réel est la suivante :
Les résultats des tests de validité des instruments et d’exogénéité pour les équations de la croissance de la production
industrielle sont les suivants :
Régression (5) Inflation (-1) greer(-2)
Test de validité des instruments 1,57 (9,330) 0,02 (5,198)
[18%] [99%]
Test d’exogénéité 2,04 (5) 0,04 (5)
[84%] [99%]
Régression (6) Inflation (-1 ) IAC(-1 )
Test de validité des instruments 1,13 (8,297 ) 0,03 (5,198 )
[38 %] [99 %]
Test d’exogénéité 0,71 (5 ) 0,04 (5 )
[98 %] [99 %]
Régression (7) IAC(-1 )
Test de validité des instruments 0,09 (4,165 )
[98 %]
Test d’exogénéité 0,02 (5 )
[99 %]
Sous l’hypothèse H0 de validité des instruments ou d’exogénéité, la statistique présentée suit respectivement un Fischer et un Chi-Deux (les degrés
de liberté correspondants sont indiqués entre parenthèses); la probabilité associée est donnée entre crochets. Dans tous les cas, le test ne permet pas
de réfuter H0.
·
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[(*)]
Cerdi - Centre d’études et de recherches sur le développement international.
E-mail : s
s. guillaumont@ u-clermont1. fr;s.
. guerineau@ u-clermont1. fr
[(1)]
Selon la classification des régimes de change adoptée
par le FMI depuis 1999 (voir Rapport Annuel depuis cette
date).
[(2)]
Le taux de change réel est calculé en utilisant les prix à la
consommation en Pologne et aux États-Unis.
[(3)]
Les taux d’inflation sont définis ici comme des taux
annuels de variation, calculée en glissement, des prix à la
consommation. Source : FMI,
Statistiques Financières
Internationales.
[(4)]
Si la monnaie nationale est rattachée à une devise
particulière (celle-ci servant normalement de monnaie
d’intervention sur le marché des changes), le taux de
change nominal dont on considère la stabilité correspond
au cours de cette devise en monnaie nationale, dans le cas
d’une cotation à l’incertain qui est la pratique la plus
répandue des marchés de change. Si la monnaie nationale
est rattachée à un panier de devises, il est plus logique de
mesurer le taux de change par un indice de « taux de change
effectif » ou moyenne pondérée des cours de change des
différentes monnaies du panier en termes d’unités
monétaires nationales.
[(5)]
Soit :
log TCN = a + b.t et gTCN = exp(b) – 1
. Le calcul
est identique pour
gTCR. Cette méthode est celle utilisée
par la Banque Mondiale dans le Rapport sur le
développement dans le monde pour le calcul des taux de
variation annuelle de tous les indicateurs.
[(6)]
gTCR étant exprimé en décimales, 1
+ gTCR correspond
à l’indice de taux de change réel sur la base 1 l’année
précédente.
[(7)]
Sur la période 1991-1996, la fréquence des politiques
mixtes est de 79% (19 trimestres sur 24), alors qu’elle
n’était que de 29% (7 trimestres sur 24) entre 1985 et 1990,
et qu’elle est retombée à 11% (1 trimestre sur 8) en 1997 et
1998.
[(8)]
Compte tenu du mode de calcul (estimation de la
tendance sur l’année écoulée), la fixité se traduit par
seulement deux trimestres d’ancrage nominal total décalés
de trois trimestres par rapport à sa mise en place (le dernier
trimestre de 1990 et le premier trimestre de 1991).
[(9)]
La libéralisation s’est faite en deux grandes étapes
rapprochées, en août 1989 pour la plupart des produits
alimentaires, et en janvier 1990 pour la plupart des autres
produits (OCDE, 1997).
[(10)]
On suppose donc que la loi du prix unique s’applique
dans le secteur des biens échangeables, le taux de change
effectif nominal étant considéré comme exogène (
i.e.
dépendant de la politique de change). Cette hypothèse
n’implique pas le respect permanent de la parité des
pouvoirs d’achat qui dépend de l’évolution des prix des
biens non échangeables.
[(11)]
Les coefficients
β β δ 1 2 1, , et
δ2 sont définis de
manière à être positifs, de même que les autres coefficients
du modèle.
[(12)]
On peut donc considérer qu’il s’agit ici d’une
hypothèse d’anticipations rationnelles dans la mesure où
les agents économiques prévoient l’inflation à partir de
toute l’information disponible, relative d’une part à
l’inflation passée et d’autre part à la politique
macro-économique des autorités représentée ici par
l’indicateur d’ancrage par le taux de change. De plus, les
agents économiques ont une modélisation de l’inertie de
l’inflation qui tient compte de la forte baisse de l’inflation
au début de la période.
[(13)]
La fonction U, de même que les autres relations, est
définie à une constante près.
[(14)]
Conformément à la définition arithmétique de
l’indicateur d’ancrage, dans le cas d’une politique mixte de
change, la valeur de l’indicateur est, pour un niveau donné
de la dépréciation nominale, d’autant plus élevé que
l’appréciation réelle est plus forte. En effet,
algébriquement, dans le cas d’une politique mixte, on a :
gTCN > 0 01, et
gTCR < 0, donc l’indicateur s’écrit :
Le lien arithmétique positif entre l'inflation et l'IAC, sans la
distinction des périodes de calcul de ces variables,
risquerait d’annuler la relation causale
négative entre l’IAC
et l’inflation.
[(15)]
L’observation de l’évolution de l’inflation en Pologne
montre une rupture nette lorsque la hausse des prix passe
sous le seuil des 20 % par trimestre, soit
approximativement 100 % en taux annuel.
[(16)]
Le taux de change effectif nominal utilisé est celui
calculé par le FMI (à partir des cours de change en devises)
qui a été ici inversé (cotation à l’incertain).
[(17)]
Le taux de chômage n’est pas non plus disponible sur
une base trimestrielle pour l’ensemble de la période
d’estimation.
[(18)]
Le coefficient positif de l’indicateur d’ancrage ajusté
de la crédibilité dans l’équation (4), dont la significativité
statistique est faible, traduit sans doute le fait que la
fonction qui lie l’indicateur d’ancrage à l’inflation n’est
pas, comme supposé ici, une relation linéaire de l’inflation
antérieure mais une relation parabolique. En introduisant
l’indicateur ajusté en terme multiplicatif de l’inflation
passée au carré, les résultats sont identiques sur les autres
variables explicatives et le coefficient associé à ce terme est
non significatif sans ambiguïté (
t de Student égal à 0,14).
[(19)]
Compte tenu de l’impact différé (un trimestre) de la
croissance industrielle sur l’inflation et inversement de
l’inflation sur la croissance industrielle, une estimation
simultanée des deux équations (triples moindres carrés) ne
semblait pas adaptée.
[(20)]
L’appréciation réelle, mesurée par le taux de variation
du taux de change effectif réel de la Pologne (une variation
positive correspond à une appréciation), permet d’évaluer
l’évolution de la compétitivté-prix des entreprises
imputable à la politique de change. Cette variable est plus
adaptée que l’indicateur d’ancrage par le change pour
estimer l’impact de la politique de change sur la croissance
industrielle.
[(21)]
Compte tenu des coefficients estimés de la forme
quadratique et de la taille de notre échantillon, la croissance
industrielle est toujours une fonction croissante de la
politique des réformes (mais à taux décroissant).