2002
Économie et Prévision
Comptabilité générationnelle belge
Jean-Philippe Stijns
[(*)]
La comptabilité générationnelle constitue certainement un complément intéressant à la traditionnelle mesure de déficit
budgétaire si elle est utilisée avec clarté et précaution. En ce qui concerne la Belgique, les générations futures verraient
leurs taxes nettes croître au minimum de 61% par rapport à celles des nouveau-nés. Or, cette génération souffre déjà d'un
déséquilibre par rapport à celle de ses parents et grands-parents. Les pensions et la santé représentent par ailleurs les deux
charges les plus importantes pesant sur les générations futures, même par rapport à la dette consolidée de l'État. Le
rétablissement d'un certain équilibre, ne fut-ce qu'en termes de cohérence des finances publiques, passerait probablement
par une modération de ces transferts.Mots-clés :
redistribution intergénérationnelle, dette publique, droits acquis, conflits entre générations.
Generational accounting is undoubtedly a useful addition to traditional measurements of budget deficit if used with
clarity and caution. As far as Belgium is concerned, future generations will see their net taxes grow by at least 61% in
comparison with those of current newborns. Yet this generation is already suffering an imbalance in relation to that of its
parents and grandparents. Pensions and health are, moreover, the two heaviest burdens facing future generations, even in
comparison with consolidated government debt. The restoration of a certain balance, if only in terms of the consistency of
public finance, would probably entail reducing transfers in these fields.Keywords :
Intergenerational redistribution, public debt, vested rights, intergenerational conflicts.
Cet article est basé sur Stijns (1997), paru chez The University of Chicago Press for the NBER. Ce dernier papier présente également
une comparaison des résultats avec ceux obtenus pour 1988, les changements de politique nécessaires au rétablissement d’un certain
équilibre intergénérationnel, ainsi que des simulations alternatives. En revanche, nous mettons ici plus l’accent sur la méthodologie et
les données. L’auteur remercie P. Perdang dont le mémoire a établi les bases de cette recherche. Nous remercions également
A. Auerbach, É. de Callataÿ, A. Dellis, L. Kotlikoff, S. Perelman et P. Pestieau pour leurs commentaires. Deux lecteurs anonymes ont
également contribué à ce papier par leurs critiques judicieuses. Nous remercions le SSTC (SE12042) et le PAI (P3052) pour leur
soutien financier.
La comptabilité générationnelle constitue certainement un complément intéressant à la traditionnelle
mesure de déficit budgétaire si elle est utilisée avec clarté et précaution. En ce qui concerne la
Belgique, les générations futures verraient leurs taxes nettes croître au minimum de 61% par rapport à
celles des nouveau-nés. Or, cette génération souffre déjà d'un déséquilibre par rapport à celle de ses
parents et grands-parents. Les pensions et la santé représentent par ailleurs les deux charges les plus
importantes pesant sur les générations futures, même par rapport à la dette consolidée de l'État. Le
rétablissement d'un certain équilibre, ne fut-ce qu'en termes de cohérence des finances publiques,
passerait probablement par une modération de ces transferts.
La comptabilité générationnelle, introduite par
Kotlikoff
[1], se propose d’estimer, pour chaque
individu d’une classe d’âge, la valeur actualisée de
ses flux de transferts (positifs et négatifs) avec l’État.
L’originalité de cette approche est qu’elle permet
d’évaluer non seulement le montant net que les
générations actuellement en vie vont payer, mais
aussi la charge laissée aux générations futures.
La première partie commence par un bref rappel de
l’origine de la comptabilité générationnelle (ci-après
CG). Ensuite, sont présentés en parallèle la
méthodologie et les résultats relatifs aux concepts de
compte générationnel ainsi que de charge laissée aux
générations futures. Les résultats sont mis en
perspective avec ceux des travaux antérieurement
menés en Belgique. La première partie sera conclue
par une analyse de sensibilité. L’objet de la
deuxième partie est de procéder à une analyse
critique de la technique de la CG.
En annexe, nous présentons les données nous ayant
servi de base pour l’estimation des comptes belges.
N ous examinons d’abord les hyp othèses
démographiques, puis la méthode utilisée pour
ventiler selon l’âge les taxes et les transferts publics.
Ensuite, nous passons en revue les deux derniers
éléments nécessaires pour calculer la charge laissée
aux générations futures : la richesse nette de l’État et
la consommation publique.
Méthodologie et résultats
Kotlikoff, le père de la CG, la définit comme suit :
« Generational accounting is neoclassical economic
theory’s prescription for how to measure who will
pay for the government’s spending
[2] ». La CG a été
introduite comme alternative plus complète à la
traditionnelle mesure du déficit budgétaire. En effet,
selon les fondateurs de la nouvelle méthode, le déficit
présente bien des faiblesses. Principalement, le
déficit est un indicateur
myope, certaines recettes
actuelles ayant pour contrepartie un passif à
rembourser ultérieurement qui n’est comptabilisé ni
dans le déficit, ni dans la dette publique. À tout le
moins, il faudrait disposer, pour les années futures,
de la série des déficits virtuels courants qui seraient
engendrés par les politiques actuelles et passées.
Kotlikoff
[3] montre aussi que le déficit est un
indicateur
manipulable : l’État peut décider
librement comment dénommer ses flux d’entrées et
de sorties, en appelant par exemple les contributions
de Sécurité Sociale des taxes au lieu de les désigner
comme prêts. Finalement, le déficit se révèle surtout
incapable de mettre en évidence les implications sur
les
différentes générations des changements de
politique fiscale du gouvernement.
Le compte générationnel
Présentation
L’idée maîtresse de la CG est de résumer en un seul
nombre le montant net que chacun paie à l’État. Plus
précisément, les comptes générationnels visent à
déterminer la valeur actualiséede ce que les membres
de chaque cohorte peuvent s’attendre à payer en
termes nets, c’est-à-dire les paiements de taxes et de
cotisations sociales moins les transferts reçus.
Il faut distinguer deux types d’évaluations qui
donnent lieu à deux approches différentes :
- le compte générationnel « cycle-de-vie » évalué à un
- ge identique pour chaque génération (généralement
à la naissance) : on considère alors les paiements de
taxes et les transferts reçus par une génération au
cours de son cycle de vie (les paiements nets
effectués dans le passé sont aussi pris en compte, en
plus des flux présents et futurs) ;
- le compte générationnel « instantané » évalué à un
moment donné et pour des individus d’âges
différents : il s’agit des taxes nettes payées par
chaque individu dans chaque classe d’âge,
aujourd’hui et jusqu’à la fin de sa vie (on ne prend pas
en considération les flux nets antérieurs à l’année de
référence). C’est l’approche adoptée ici.
Concrètement, Nt k,, la contribution nette d’une
classe d’âge, est estimée comme suit :
où t est l’année de référence et k l’année de naissance
de la génération.
est le montant moyen projeté
[4]
des paiements nets effectués à l’État, durant l’année
s, par un membre de la génération née en l’année k.
Ps k, est le nombre d’individus nés en l’année k et en
vie durant l’année s.
La CG se place du point de vue de l’individu
représentatifappartenant àunecohorte. On peut donc
définir le compte générationnel
[5] en divisant la
contribution nette d’une classe d’âge par l’effectif de
cette classe durant l’année de référence :
où ps k, sont les probabilités de survie.
Les équations (1) et (1’) prévalent en principe aussi
bien pour les générations en vie qu’à venir. Dans le
cas où
k t≥, c’est-à-dire pour les nouveau-nés et les
générations futures
[6], le compte générationnel
« instantané » est en fait équivalent au compte
« cycle-de-vie ». En effet dans ces cas, les agents sont
couverts de leur naissance à leur mort.
Résultats
Il nous faut décider d’un taux d’intérêt pour convertir
les flux en valeur actualisée et d’un taux de
croissance pour prendre en compte le fait que les
transferts et les taxes auront tendance à augmenter
avec la croissance économique. Pour les besoins de
la présentation, nous supposons un taux d’intérêt (
r)
de 6% et un taux de croissance (
g) de 0,75%
[7]. Les
résultats correspondant à des hypothèses
alternatives sont présentés à fin de la deuxième
section de cette partie
. Le tableau 1 présente les
comptes générationnels belges pour l’année 1995
sous les hypothèses susmentionnées. Rappelons
qu’il s’agit de montants par tête.
La deu xième colonne dégage le compte
générationnel, c’est-à-dire la charge nette (si le
montant est positif) ou le transfert net (si le montant
est négatif) que chaque membre d’une classe d’âge
devra supporter ou peut s’attendre à recevoir
aujourd’hui et jusqu’à la fin de sa vie. Les montants
de la colonne suivante désignent ce que chaque
individu aura encore à payer à l’État. La dernière
colonne donne ce que l’agent peut s’attendre à
recevoir de l’État comme transferts.
De manière attendue, ce sont les membres des
générations actives qui supportent la charge la plus
lourde. En effet, ces agents se trouvent, en 1995, à
l’âge où ils paient le plus d’impôts. Trente ans est en
fait l’âge qui correspond au compte générationnel le
plus élevé ; un individu de cet âge peut s’attendre à
payer comme taxes nettes une valeur actualisée de
plus de 8 millions de FB.
Tableau 1:
comptes générationnels belges
Tableau 1: comptes générationnels belges
(en milliers de FB; r = 0,06 et γ= 0,0075; 1995)
Age Comptesgénérationnels Prélèvements Transferts
0 1 276,7 5 422,9 4 146,3
5 2 248,2 6 531,0 4 282,8
10 3 422,2 7 824,2 4 402,0
15 5 085,1 9 216,1 4 131,1
20 6 871,5 10 552,4 3 680,9
25 7 991,4 11 620,4 3 629,0
30 8 220,4 12 205,2 3 984,8
35 7 653,2 12 194,2 4 541,0
40 6 360,6 11 609,6 5 249,0
45 4 404,7 10 525,9 6 121,2
50 1 920,1 8 989,5 7 069,4
55-1 020,3 7 008,8 8 029,1
60-3 852,8 4 874,7 8 727,5
65-4 889,7 3 768,8 8 658,4
70-5 086,6 3 145,5 8 232,1
75-4 832,0 2 594,9 7 426,9
80-4 517,3 2 094,5 6 611,7
85-4 091,3 1 646,6 5 737,9
90-3 510,5 1 253,4 4 763,9
Source : Stijns (1997); calculs originaux en FB.
Stijns (1997); calculs originaux en FB.
Les individus jeunes durant l’année de référence
devront aussi supporter une charge nette. Mais,
celle-ci est inférieure à celle payée par les actifs de
1995 car les jeunes ne se trouvent pas encore à l’âge
où ils paient le maximum de taxes (comme il s’agit de
montants actualisés en l’année de référence, les
impôts payés dans le futur ont donc une importance
moindre).
En revanche, les personnes âgées de plus de 53 ans en
1995 recevront plus de l’État qu’elles ne devront
encore lui verser. Par exemple, une personne de 70
ans peut espérer de l’État un transfert net d’un
montant de plus de 5 millions de FB; c’est en fait la
cohorte qui peut espérer en 1995 recevoir le montant
le plus élevé de transferts nets. Insistons sur le fait
que ne sont pas considérés les impôts qui ont déjà été
payés et les transferts qui ont été reçus par toute
classe d’âge avant 1995.
La charge laissée aux générations futures
Présentation
U ne des o rigin alités de la comptabilité
générationnelle est qu’elle permet de mesurer la
charge laissée aux générations futures. Celle-ci est
calculée à l’aide de la contrainte budgétaire
intertemporelle du gouvernement. La valeur
actualisée des dépenses des biens et services ne peut
excéder le total des recettes constituées par la
richesse nette de l’État et la valeur actualisée des
contributions nettes des générations actuelles et
futures.
La méthode d’évaluation de la charge laissée aux
générations à venir, en l’année t, se formalise comme
suit :
Nt k, représente la valeur actualisée à l’instant t des
contributions nettes de la génération née au cours de
l’année k, sur le reste de sa durée de vie, telle que
définie par l’équation (1) à la section précédente. D
est l’âge limite de la vie. Nt t, représente donc la
valeur actualisée en l’année t de la contribution nette
de la génération née dans l’année t considérée et
Nt t D,-, celle de la génération la plus âgée
(c’est-à-dire celle née durant l’année t-D). Le terme
de gauche de cette expression désigne la sommation
de la valeur actualisée des contributions nettes
restant à payer par les générations futures.
Le premier terme de droite est la valeur actualisée de
la consommation publique
[8].
Gs est le montant des
dépenses de consommation publique pour l’année
s
et
rj est le taux d’actualisation pour l’année
j,
Wtg
représente la richesse nette de l’État à l’année
t. Le
dernier terme est la sommation de la valeur
actualisée des contributions nettes de toutes les
générations vivantes à l’instant
t.
Auerbach et alii (1991) scindent la consommation
publique non-spécifique en deux parties :
- les dépenses destinées à des catégories d’âge
spécifiques ;
- les dépenses destinées à l’ensemble de la
population (les biens publics purs).
En introduisant une consommation différenciée par
âge, l’impact de l’évolution de la structure
démographique pourra être pris en compte. Ainsi, on
a :
avec Gs, la consommation publique totale pour la
période s;
les dépenses moyennes spécifiques à
chaque classe d’âge (les jeunes, les actifs et les
vieux); P
i s,, les effectifs des classes d’âge étudiées;
gs, les dépenses non spécifiques et
Ps la population
totale
[9].
Résultats
Le tableau 1 nous rapporte des chiffres par membre
de chaque cohorte. Comme c’est de la valeur actuelle
des contributions nettes des générations vivantes
dont il faut disposer, chaque compte générationnel
doit être multiplié par l’effectif de ces cohortes en
l’année de référence
[10] (c’est-à- dire 1995); c’est ce
qui est fait au tableau 2. Il s’agit donc cette fois ci de
montants globaux en milliards de FB. Les premières
lignes correspondent aux transferts et les lignes
suivantes aux taxes. La dernière ligne donne, en
valeur actuelle, la somme des taxes nettes dont
devront s’acquitter les générations contemporaines.
Afin de calculer la charge laissée aux générations
futures, la dette nette des actifs financiers de l’État
( sensu largo), la conso mmatio n publique
non-spécifique et la somme des transferts nets aux
générations vivantes doivent être combinées. Le
tableau 3 montre qu’en 1995 l’ensemble des
générations futures devra faire face, sous les
hypothèses retenues, à une charge nette équivalente à
74 % du PIB.
Tableau 2
valeur actuelle des taxes nettes supportées
par les générations vivantes en pourcentage du PIB
(milliards de FB ; r = 0,06 et γ= 0,0075; 1995)
Tableau 2 : valeur actuelle des taxes nettes supportées
par les générations vivantes en pourcentage du PIB
(milliards de FB ; r = 0,06 et γ= 0,0075; 1995)
Total % PIB
Santé 15 430,4 195
Allocations familiales 1 596,5 20
Éducation 3 464,5 44
Allocations de chômage 4 697,0 59
Pensions 31 572,9 399
Somme des transferts 56 783,8 717
Taxes indirectes 21 382,7 270
Cotisations de Sécurité Sociale 33 990,7 429
Taxes sur le patrimoine 2 214,7 28
Impôts directs 26 836,4 339
Somme des taxes 84 424,5 1066
Somme des taxes nettes 27 640,7 349
Source : Stijns (1997); calculs originaux en FB.
Stijns (1997); calculs originaux en FB.
Le total des transferts nets est fortement négatif et
dépasse la consommation publique non-spécifique.
Ceci indique qu’une charge importante est déjà
placée sur les générations actuelles (et plus
particulièrement sur les plus jeunes d’entre elles).
Ceci est cohérent avec le fait qu’en 1995, la Belgique
a dégagé un surplus primaire de l’ordre de 5% du PIB,
les revenus de l’État s’élevant cette année-là à 48 %
du PIB versus 42 % pour les dépenses primaires.
Certes, les dépenses primaires sont probablement
appelées à croître plus rapidement que ses recettes,
mais ce problème se situe à un horizon (15-20 ans) où
l’actualisation joue déjà un rôle très important.
Tableau 3
la valeur actuelle du fardeau laissé aux
générations futures en pourcentage du PIB
(milliards de FB; r = 0,06 et g = 0,0075; 1995)
Tableau 3 : la valeur actuelle du fardeau laissé aux
générations futures en pourcentage du PIB
(milliards de FB; r = 0,06 et g = 0,0075; 1995)
Total % PIB
Somme des transferts nets 27 640,7 349
Dette publique nette 9 186,8 116
Consommation publique non-spécifique 24 310,9 307
Charge des générations futures 5 857,1 74
Source : Stijns (1997) - calculs originaux en FB.
Stijns (1997) - calculs originaux en FB.
Enfin, l’équivalent de cette charge en termes de birth
bill ou de « dette à la naissance » doit être déterminé.
La dette à la naissance est le montant net et actualisé
que tout membre des générations futures devra payer
en prenant pour convention que cette taxe nette sera
constante à la croissance près. Le tableau 4 compare
en milliers de FB la dette à la naissance de chaque
membre des générations futures avec le compte
générationnel des nouveau-nés en 1995. Ainsi, la
charge des générations future par tête serait de 107 %
plus élevée que celle des nouveau-nés en 1995.
Remarquons (cf. tableaux 2 et 3) que le passif net de
l’État sensu largo n’est pas le principal déterminant
de la charge à payer par les générations futures. Ce
passif dépasse bien le PIB de 16 % en 1995. Mais ce
sont les transferts de pensions aux générations
contemporaines, représentant le quadruple du PIB, et
de santé, le double du PIB, qui jouent ici les deux
premiers rôles.
Tableau 4
charges des nouveau-nés et des
générations futures actuelles
(milliers de FB ; r = 0,06 et γ = 0,0075; 1995)
Tableau 4 : charges des nouveau-nés et des
générations futures actuelles
(milliers de FB ; r = 0,06 et γ = 0,0075; 1995)
Charge future totale 5 857 100
Dette à la naissance équivalente 2 638,9
Compte des nouveau-nés 1 276,7
Différence en pour cent 107
Source : Stijns (1997); calculs originaux en FB.
Stijns (1997); calculs originaux en FB.
Tableau 5
pourcentage de croissance des taxes nettes
Tableau 5 : pourcentage de croissance des taxes nettes
g
r 0,5 0,75 1 1,25 1,5 1,75 2
3 61 61 61 62 64 67 71
4 66 64 63 61 61 61 61
5 82 77 72 69 66 64 62
6 121 107 96 88 81 76 72
7 235 190 158 135 118 105 94
Source : Stijns (1997).
Stijns (1997).
Analyse de sensibilité
Le tableau 5 donne pour des valeurs alternatives de
taux d’intérêt, r, et de croissance, g, l’indicateur de
déséquilibre générationnel de Kotlikoff, c’est-à-dire
le taux de croissance entre la dette de naissance des
générations futures et le compte générationnel des
nouveau-nés. Notons que l’influence de r et de g sur
ces taux ne s’opère pas toujours dans la même
direction. Ceci n’est pas étonnant dans la mesure où
le taux d’actualisation change l’importance relative
des recettes et des dépenses situées dans le futur.
Étan t donné le timing du vieillis sement
démographique, un accroissement de r mitige l’effet
croissance sur les dépenses et accroît l’effet
croissance sur les taxes à percevoir dans le futur
proche et sur la dette à la naissance des générations
futures. Ainsi pour r ≥ 4%, un accroissement de g
implique un pourcentage inférieur. Par contre, un
taux d’actualisation supérieur réduit également la
valeur actuelle des contributions des générations
futures et donc implique une dette à la naissance
supérieure afin de satisfaire la contrainte budgétaire
intertemporelle de l’État. Partant, sauf pour r - 3 % où
l’effet croissance domine, plus le taux de croissance
est faible et plus le taux d’intérêt est élevé, plus le
fardeau légué aux générations àvenir est important.
Ces taux sont à considérer avec une certaine
prudence, étant donné leur variabilité. De plus, ils
dépendent fortement des autres hypothèses,
notamment en ce qui concerne les éléments qu’on
inclut dans la consommation publique et
l’évaluation de la richesse nette de l’État. Nous
avons estimé cette dernière (cf
. tableau 3), pour
1995, à
moins 9 187 milliards (c’est-à-dire une dette
nette, approximativement, de 9 200 milliards). Si on
évalue la dette nette à un montant supérieur, voire si
l’on ne prend carrément pas en compte les actifs
financiers de l’État, on augmente sensiblement le
fardeau légué aux générations à venir
[11].
Travaux antérieurs
Clokeur et Perelman (1994) ont procédé à une
ébauche de comp tabilité générationn elle
« cycle-de-vie » pour la Belgique. Leur but était
d’essay er de déceler, à trav ers un bilan
générationnel, quelles sont les générations qui ont
été ou seront favorisées par l’action de l’État. Ces
auteurs considèrent les transferts ascendants et
descendants (dépenses d’éducation et de santé,
allocations familiales et pensions) et les cotisations
sociales et taxes sur la période de 1960 à 2040. En
posant une série d’hypothèses simplificatrices, les
auteurs ont pu dégager le tableau suivant.
Tableau 6
résultats des travaux antérieurs
[12]
Tableau 6 : résultats des travaux antérieurs
Année de naissance Ratio des transferts sur taxes(12)
1920 0,992
1940 0,648
1960 0,532
1980 0,591
2000 0,543
Source : Clokeur et Perelman (1994).
Clokeur et Perelman (1994).
Le tableau 6 montre que c’est la génération née en
1920 qui a reçu le plus par rapport aux générations
suivantes. Comme les auteurs le remarquent, c’est
également cette génération qui a le plus souffert de la
crise des années trente et de la deuxième guerre
mondiale. Néanmoins, le rapport transferts/taxes n’a
cessé de décroître depuis les générations du début du
siècle jusqu’à celles d’aujourd’hui. Ainsi, les 61% de
croissance des taxes nettes des générations futures
par rapport à celles des nouveau-nés de 1995 (tableau
5, scénarios les plus conservateurs) indiquent
l’existence d’un déséquilibre considérable de
traitement fiscal entre les générations aujourd’hui
retraitées et les générations futures. Autrement dit, la
contrainte budgétaire intertemporelle de l’État
implique que les générations futures voient leur
taxation nette croître considérablement par rapport
aux nouveau-nés, déjà soumis à un régime fiscal bien
moins favorable que leurs parents et grands-parents.
De nombreuses critiques ont été émises au sujet de la
CG. Diamond (1996), Haveman (1994) et Cutler
(1993) abordent les aspects économiques de la
méthode tandis que Masson (1995) questionne
l’interprétation des comptes en termes d’équité.
Nous nous limiterons dans cette section à mettre en
perspective les estimations découlant de la technique
développée par Auerbach, Gokhale et Kotlikoff
(1991) avec l’idéal du compte générationnel.
Celui-ci peut être défini comme le bilan net de ce que
contribue une génération à la collectivité au cours de
son cycle de vie. Par extension, le compte
générationnel des générations futures est la prévision
de ce que devront contribuer de manière nette les
citoyens du futur. Notons directement que la CG ne
s’occupe que de la partie publique et monétaire des
transferts, laissant ainsi de côté le privé, monétaire
ou non, de ceux-ci.
La seconde remarque à faire est que les comptes
générationnels ne sont que prospectifs en ce qui
concerne les générations vivantes
[13]. Ne sont donc
comptabilisés ni les taxes déjà versées par une
génération ni les transferts déjà perçus par celle-ci.
Seule la génération des nouveau-nés se voit donc
attribuée un chiffre couvrant son cycle de vie. C’est
donc naturellement par rapport à celle-ci qu’est
comparée l’estimation des contributions nettes des
générations futures. En fait, les comptes
générationnels purement prospectifs ont pour mérite
de simplifier les mesures à effectuer et de limiter le
nombre d’hypothèses à poser, en dispensant de
devoir rétrospectivement estimer le niveau et la
répartition par classe d’âge des taxes et des transferts.
Mais ceci a pour conséquence de limiter l’analyse à
une comparaison entre nouveau-nés et générations
futures, d’une part, et à un examen des
modifications
des comptes des générations actuelles et futures
–
bygones are bygones – suite à un changement de
politique, d’autre part. Or, il est évident que les
jeunes générations de Belges actuellement en vie
auront en fin de compte participé beaucoup plus à
l’effort d’assainissement des finances publiques que
les générations nées, par exemple, avant la Seconde
Guerre Mondiale.
Dans ce cadre déjà restreint, seule une part des
dépenses publiques peut être attribuée à chaque
classe d’âge; les biens publics purs – la défense, par
exemple – sont dès lors comptabilisés dans la
contrainte budgétaire intertemporelle de l’État alors
que les bénéfices qu’ils procurent aux générations
présentes et futures sont ignorés. La question
irrésolue est laquelle de ces générations bénéficiera
le plus des dépenses non spécifiques. Implicitement,
l’hypothèse qu’ont dû poser Auerbach et alii (1991)
est que le rapport bénéfice coût des biens publics purs
est approximativement nul. En tout état de cause,
l’interprétation des comptes en tant que bilan net de
chaque génération vis-à-vis de l’État est à
hypothéquer. Dans le même ordre d’idée, la valeur
des actifs corporels est carrément exclue de la
richesse nette de l’État parce que sensée être
compensée par la valeur des dépenses de capital
requises pour leur amortissement, qui n’est donc pas
reprise dans le concept de consommation
gouvernementale non-spécifique. Il s’agit là d’un
inconvénient majeur : les politiques menées en la
matière, qu'elles soient de nature éphémère, de
moyen terme comme le trafic routier ou de long terme
comme l’écologie, sont considérées de la même
manière. Or la CG veut précisément mesurer
l’orientation de plus ou moins long terme des
politiques menées.
En fait, cette distinction est malheureusement
hasardeusedans beaucoup de cas. Concrètement, que
dire par exemple d’un cas pourtant relativement
simple, les dépenses d’éducation ? Profitent-elles à
ceux et celles à qui elles sont destinées ou aux parents
qu’elles dispensent de devoir financer le capital
humain de leurs enfants ou encore à l’ensemble de la
société présente et future à travers leur effet sur la
productivité générale de l’économie ? On peut même
se demander si elles ne représentent pas parfois un
transfert vers les enseignants. De similaires
interrogations viennent à l’esprit au sujet des
allocations familiales.
En ce qui concerne les générations actuellement
vivantes, la CG propose des simulations «what if »
comme si la politique du gouvernement devait (ou
même pouvait) être poursuite indéfiniment. Les
premières versions de la comptabilité américaine
ainsi que nos comptes considèrent comme invariable
dans le futur la répartition par âge des taxes et des
transferts, à la croissance économique près. Il s’agit
là d’un scénario purement fictif; dès lors, le rapport
utilisé comme mesure du d éséquilib re
intergénérationnel est virtuel. Kotlikoff et Auerbach
ont remédié à cette faiblesse par la suite en
incorporant les projections de l’administration
américaine au sujet des taxes et des dépenses de
sécurité sociale. Cependant, les scénarios
comportant une remise en cause de « droits acquis »
et/ou une hausse des prélèvements obligatoires
devraient également être interprétés avec précaution
dans la mesure où ils tendent à masquer les tensions
sociales que risque de provoquer un tel équilibrage
des comptes courants. Diamond (1996) suggère
d’établir et d’analyser les comptes en partant de
plusieurs scénarios réalistes pour l’évolution des
taxes et des transferts par âge. Il est évident que les
comptes belges devraient dans le futur permettre une
telle analyse.
La façon même dont sont calculées les contributions
nettes des générations futures appelle à la prudence.
Alors même que la génération des nouveau-nés
bénéficie toujours du régime fiscal actuellement en
cours, la génération suivante fait subitement face à la
contrainte budgétaire intertemporelle de l’État. En
fait, dès l’année suivant la période de référence, deux
systèmes fiscaux sont sensés coexister. Même
interprétée avec clarté, cette convention masque les
disparités qui peuvent exister entre les générations
futures ainsi qu’au sein même des générations
actuelles. S’il est prévu que le solde brut à financer
atteindra son paroxysme vers 2010-2015 en
Belgique, cet effort échoira probablement en
particulier aux générations qui seront actives durant
cette période. La CG pêche donc par manque de
discernement.
Plus fondamentalement, Diamond (1996) souligne
que le respect de la contrainte intertemporelle de
l’État suppose un calcul en termes de coût
uniquement, notamment le choix pour r du taux
d’intérêt sur la dette publique. Kotlikoff recourt à
une analyse hybride en termes de coût et d’utilité, et
emploie un taux d’actualisation trop élevé, incluant
une prime de risque. Une véritable analyse en termes
d’utilité impliquerait une mesure de la fonction
assurantielle de l’État. Il serait plus sage de
cantonner la CG à être un bon instrument d’analyse
du degré d’incohérence de la politique sociale et
fiscale actuelle plutôt que d’en faire un instrument de
mesure douteux d’équité intergénérationnelle.
Comme le rappelle Diamond (1996), un calcul de
croissance optimale dans un modèle à générations
imbriquées n’implique généralement pas un
équilibre intergénérationnel, que ce soit d’un point
de vue des coûts ou même en termes d’utilité. À notre
avis, il faut mettre au crédit de la CG qu’une mesure
de la redistribution intergénérationnelle est la
bienvenue, quand bien même se satisferait-on d’un
certain déséquilibre.
Finalement, dans la CG, il n’y a pas de réponse aux
taxes et transferts en termes de consommation ou
d’offre de travail, ni d’effet macroéconomique des
dépenses publiques et de la dette. De même, il n’y a
aucune possibilité de compensation par les legs
privés. Les comptes générationnels supposent un
modèle d’équilibre statique et partiel avec des
élasticités nulles en réponse aux changements de
prix relatifs, de salaire ou d’incitations par les taxes
ou les transferts. Ceci renforce le caractère fictif du
scénario considéré. Les comptes belges et
américains bénéficieraient d’être présentés dans un
cadre d’équilibre général qui endogénéiserait le
comportement des agents. En l’état actuel des
choses, il ne faudrait cependant pas nourrir l’espoir
de mettre sur pied un modèle réaliste puisque le cadre
de la comptabilité générationnelle ne prête bien qu’à
une étude en termes de coûts. Une telle étude en
termes d’utilité ne pourrait donc être qu’un
(imparfait) instrument complémentaire d’analyse.
En bref, si la comptabilité générationnelle propose
un point de vue enrichissant par rapport au simple
usage du déficit budgétaire pour juger du degré
d’incohérence de la politique budgétaire et fiscale ou
de modifications de celle-ci, elle n’en est pas moins
un instrument à interpréter avec précaution.
Certainement, présentée et exploitée dans le cadre de
ses hypothèses, elle représente un apport
potentiellement positif pour l’orientation de la
politique économique. Il faut la concevoir en ce sens
comme un complément au concept de déficit
budgétaire. C'est une opinion par ailleurs partagée
par les concepteurs mêmes de la méthode. Ce dernier
concept s’avère toujours très utile en terme de timing
dans une économie formée d’agents partiellement
rationnels, capables seulement de prévisions
imparfaites et contraints dans une certaine mesure au
moins par la liquidité.
La comptabilité générationnelle a un triple objectif.
Primo, mesurer l’impact sur les différentes
générations d’une modification de la politique
fiscale. Or, les comptes générationnels ne mesurent
qu’imparfaitement cet impact. Secundo, proposer
une alternative plus économique à la mesure du
déficit budgétaire. Les hypothèses sur lesquels
reposent les comptes et l’importance du timing dans
un cadre budgétaire font de la comptabilité
générationnelle un complément plutôt qu’un
substitut au déficit budgétaire. Tertio, les partisans
de cette méthode reprochent à la notion de déficit
d’être manipulable par les politiciens. Nul doute que
tel sera également le cas de cette nouvelle technique
à partir du moment où elle deviendra réellement un
outil de décision politique. Par exemple, le
gouvernement pourrait présenter des comptes sur
base de projections des dépenses de Sécurité Sociale
supposant à moyen terme d’irréalistes réductions des
prestations et/ou d’insupportables accroissements
des contributions obligatoires. Diamond (1996)
craint que ces comptes puissent faussement justifier
une politique attentiste.
En termes de recherches futures, les comptes
bénéficieraient à être intégrés en parallèle dans un
cadre d’équilibre général. Docquier, Liégeois et
Stijns (1997) entreprennent cette tâche pour la
Belgique. Ils concluent, à l’instar de Fehr et
Kotlikoff (1995), que les comptes générationnels
reflètent assez fidèlement l’utilité cycle-de-vie.
Toutefois, le modèle d’équilibre général montre des
écarts générationnels plus prononcés que la simple
extrapolation mécanique. Par ailleurs, les
conclusions de politiques économiques seraient
précisées s’il était possible de distinguer des classes
de revenus plutôt que le sexe. En bref, cette
technique intéressante devrait encore faire l’objet
d’une étude méthodologique plus approfondie.
La comptabilité générationnelle demeure à notre avis
un outil intéressant pour autant qu’elle soit utilisée
avec clarté et précaution. Si la politique actuelle était
poursuivie pour toutes les générations en vie en 1995,
les générations belges futures verraient leurs taxes
nettes croître au minimum de deux tiers par rapport à
celles des nouveau-nés. Or, cette génération souffre
déjà d’un déséquilibre par rapport à celle de ses
parents et grands-parents.
Certes, d’aucuns seraient tentés de tabler sur une
formidable reprise de la croissance ; mais il semble
déraisonnable de continuer une politique que seul un
optimisme forcené peut justifier. Les pensions et la
santé représentent par ailleurs les deux charges les
plus importantes pesant sur les générations futures.
Ainsi, même si la faiblesse du concept d’équilibre
intergénérationnel utilisé doit inciter à la prudence, le
rétablissement d’un certain équilibre, à tout le moins
en termes de cohérence et de viabilité des finances
publiques belges, passerait probablement par une
modération de ces transferts.
Hypothèses démographiques
Trois étapes doivent être considérées lors des projections de
la population. La première consiste à vieillir la population en
multipliant chaque classe d’âge par sa probabilité de survie.
Ensuite, grâce au taux de fécondité, le nombre de naissances
est calculé. Finalement, les migrations nettes sont
introduites.
L’Institut National de Statistique (1993) a établi des
projections pour la Belgique jusqu’en 2050. Nous nous
basons essentiellement sur les hypothèses formulées par
l’I.N.S., en les prolongeant jusqu’en 2100. Par ailleurs,
l’I.N.S. envisage plusieurs scénarios quant aux migrations.
C’est celui qualifié de « central » qui est repris ici : une
immigration nette de 10 000 ressortissants par an.
Évaluation des taxes et transferts par âge
Pour pouvoir calculer les comptes générationnels, il nous
faut d’abord évaluer les flux de transferts, l’année de
référence (1995), entre l’État et les individus, différenciés
selon leur âge. Pour ventiler par âge les dépenses de transfert
de l’État, nous avons dû nous baser sur les données fournies
par les différents organismes de paiement de ces transferts.
Pour les taxes, nous avons utilisé les résultats agrégés de
l’Enquête belge sur le Budget des Ménages (I.N.S., 1994).
Les transferts
Pour obtenir une ventilation par âge des dépenses de
transfert, nous suivons ici la méthodologie développée par
Lambrecht (1981) pour les dépenses de l’année 1977. Est
d’abord estimé le montant total affecté à une dépense
sociale. Ensuite, celui-ci est réparti en fonction du nombre de
bénéficiaires de cette dépense dans chaque classe d’âge. La
dépense calculée est alors divisée par la population
correspondante de chaque classe d’âge. Par ce procédé, on
obtient une dépense moyenne par individu dans une classe
d’âge.
Nous avons retenu 7 types de transferts :
- les prestations liées à la naissance ;
- les allocations familiales ;
- les dépenses pour les institutions de garde d’enfants (de 0
3 ans) ;
- les dépenses d’enseignement ;
- le chômage et les prépensions ;
- les pensions ;
- les dépenses de santé.
Cette dernière catégorie concerne non seulement les
dépenses en soins de santé mais aussi les indemnités pour
incapacité temporaire de travail, invalidité, accidents de
travail, maladies professionnelles et handicaps. Remarquons
que pour la première rubrique, nous allouons les dépenses
sociales pour les naissances aux nouveau-nés eux-mêmes et
non à leur mère.
Lambrecht et alii (1994) ont renouvelé, pour l’année 1988,
l’exercice qu’ils avaient déjà effectué en 1977. Pour les trois
premières dépenses (prestations liées à la naissance,
allocations familiales et dépenses pour les institutions de
garde d’enfants), nous avons retenu les montants évalués par
ces auteurs.
Nous avons recalculé les autres dépenses afin d’obtenir pour
certains transferts une désagrégation plus fine. De plus, pour
la ventilation des dépenses en matière de soins de santé, nous
avons utilisé une enquête plus récente que celle reprise par
Lambrecht et alii.
Les taxes et cotisations sociales
Pour les recettes fiscales de l’État, nous utilisons ici la
classification de l’OCDE (1990). Quatre catégories
d’impôts sont distinguées :
- les impôts sur le revenu, les bénéfices et les gains en
capital ;
- les cotisations de Sécurité Sociale ;
- les impôts sur le patrimoine ;
- les impôts sur les biens et services.
Pour différencier les taxes et cotisations par âge, nous nous
basons essentiellement sur deux sources : les résultats de
l’enquête sur le budget des ménages et la statistique du
salaire moyen journalier (CGER).
L’Institut National de Statistique nous a fourni un tableau
présentant la structure du budget des ménages selon la classe
d’âge de la personne de référence. Remarquons qu’il ne
s’agit pas des dépenses et revenus d’un individu mais ceux à
destination de l’ensemble du ménage. La personne de
référence est définie par l’I.N.S. comme « la personne active
la plus âgée et, à défaut de personne active, celle qui apporte
les principales ressources au ménage ». Ainsi, les dépenses
pour les enfants et les personnes âgées vivant au sein d’un
ménage comprenant un individu actif sont répertoriées dans
les dépenses moyennes de la classe d’âge de la personne dite
de référence.
Pour ventiler, de manière complète, les taxes par âge à partir
de ces informations, nous allons devoir poser une série
d’hypothèses. Décrivons brièvement, pour les principaux
impôts, la démarche suivie.
Les impôts sur le revenu, les bénéfices et les gains en
capital
Nous décomposons ces taxes en 3 catégories :
Le précompte immobilier
L’enquête sur le budget des ménages donne directement le
précompte immobilier payé par le propriétaire. Nous
extrapolons ces dépenses pour les individus de moins de 20
ans et les plus de 80 ans.
Le précompte mobilier
La même enquête recense également les revenus nets de
biens mobiliers. Le précompte mobilier s’élevait, en 1988, à
25% pour les revenus mobiliers non exonérés. Comme pour
le précompte immobilier, nous extrapolons ces paiements de
taxe pour les autres classes d'âge.
Le précompte professionnel
Pour estimer celui-ci par âge, l’enquête sur le budget des
ménages fournit des informations sur différents types de
revenus (revenus provenant d’une activité économique et
des assurances sociales). On utilise ces données, celles de
l’enquête CSP
[15] et la statistique du salaire moyen
journalier (CGER).
Les cotisations de Sécurité Sociale
L’enquête belge ne nous donne pas de renseignements
précis quant aux paiements de cotisations sociales. Pour les
ventiler par âge, nous nous basons sur la statistique du
salaire moyen.
Les impôts sur le patrimoine
Il faut considérer deux catégories d’impôts :
Les impôts sur les mutations par décès et successions
L’enquête de l’I.N.S. présente les héritages en espèces, les
droits de succession et les droits sur les donations payés. À
partir de ces différentes données, on extrapole à nouveau
pour les autres classes d’âge.
Les droits d’enregistrement
Les droits d’enregistrement sur les acquisitions de biens
immobiliers s’élevaient à 12,5%. Comme il s’agit, dans la
plupart des cas, d’une taxe proportionnelle, on peut ventiler
celle-ci grâce aux informations de l’enquête sur le budget
des ménages.
Les impôts sur les biens et services
Nous distinguons ici 4 types :
Taxes sur la valeur ajoutée
La méthode utilisée comporte deux étapes : (a) pour chaque
dépense de consommation relevée dans l’enquête de
l’I.N.S., on évalue la TVA payée (en distinguant selon les
différents taux en vigueur) et (b) on décompose ces
dépenses suivant les montants ventilés selon l’âge de la
personne de référence. Certaines catégories de dépenses
peuvent être directement reliées à des classes d’âge
spécifiques. Ainsi, l’enquête sur le budget des ménages
recueille des informations concernant, par exemple, les
dépenses d’habillement et de chaussures d’enfants. La TVA
payée sur ces dépenses est directement imputée à la classe
d’âge des moins de 15 ans.
Accises
La démarche suivie est la même que pour la TVA : sont
d’abord identifiés les biens frappés de droits d’accises et
l’importance des montants perçus dans le total des accises
payées à l’État. La ventilation par âge se fait à partir des
données fournies par l’Enquête Budget des Ménages.
Droits de douane
On utilise ici la même répartition que pour la taxe sur la
valeur ajoutée.
Autres taxes sur les biens
Sont regroupés sous cette rubrique les impôts sur services
déterminés (essentiellement la taxe annuelle sur contrats
d’assurance) et les impôts sur l’utilisation des biens et
l’exercice d’activités (les plus importants sont ici la taxe de
circulation et d’autres impôts sur les véhicules à moteur).
La taxe de circulation apparaît dans l’enquête I.N.S. Comme
les autres taxes concernent aussi pour la plupart des impôts
sur la détention de véhicules à moteur ou d’habitations (pour
la taxe sur les assurances), on utilisera, comme clef de
répartition, les dépenses de taxe de circulation. À nouveau,
on extrapole ces données pour les moins de 20 ans et les plus
de 80 ans.
Richesse de l’État et consommation publique
Estimation de la richesse nette de l’État
Auerbach et alii (1994) ont considéré la richesse fédérale
nette comme étant approximativement égale à la somme des
déficits publics depuis 1990. D’un autre côté, Ablett (1996)
envisage deux alternatives extrêmes au sujet de la richesse
publique nette de l’Australie. Premièrement, il considère la
richesse publique nette comme l’opposée de la dette ;
deuxièmement, une borne supérieure est calculée comme la
différence entre la valeur du capital du gouvernement
australien et la dette.
Auerbach et alii (1994) estiment qu’il est peu important de
disposer d’une estimation du capital public étant donné que
cette valeur se verra compensée par des rentes imputées
comptabilisées dans la consommation publique. En fait, la
Belgique est un des rares pays où un inventaire exhaustif des
actifs et passifs publics a été entrepris. En 1987, fut
constituée la Commission pour l’Inventaire du Patrimoine
de l’État chargée d’établir l’inventaire complet des éléments
constitutifs du patrimoine de l’État et des organismes de
Sécurité Sociale pour l’année 1986 (Commission pour
l’Inventaire du Patrimoine de l’État, 1990). Nous nous
rangeons derrière l’hypothèse d’Auerbach et alii dans la
mesure où nous ne considérerons que les actifs financiers
susceptibles de rendement monétaire.
La consommation publique
Il s’agit de considérer les dépenses de l’État qui ne sont pas
destinées à des classes d’âge spécifiques. Nous prenons ici
les dépenses budgétaires courantes relevées dans
l’Annuaire Statistique de la Belgique (1991). Les dépenses
de transfert qui apparaissent déjà dans les comptes
générationnels (et qui ne sont donc pas reprises ici) sont
celles en matière de pensions, d’emploi et de travail, de
prévoyance sociale, de santé publique et d’enseignement.
Notons que les dépenses en capital ne doivent pas être prises
en compte puisqu’elles représentent la rente imputée des
actifs corporels de l’État.
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[(*)]
CREPP - Université de Liège.
Correspondance : s
stijns@ econ. berkeley. edu
[(1)]
Auerbach
et alii (1991), Kotlikoff (1992).
[(2)]
Kotlikoff (1992), p. 22.
[(3)]
Voir Kotlikoff (1992), chapitre 6 et Kotlikoff (1988).
[(4)]
En pratique, les transferts et les taxes sont supposés croître
au rythme de la croissance. Voir deuxième partie.
[(5)]
Kotlikoff calcule, pour chaque classe d’âge, deux comptes :
un pour les femmes et un pour les hommes.
[(6)]
Les générations futures font en fait l’objet d’un traitement
particulier présenté dans la deuxième section de la première
partie. Voir également la troisième partie.
[(7)]
Ces taux, comme il apparaîtra au tableau 5, constituent un
scénario intermédiaire, choisi arbitrairement pour la
présentation. Des résultats de même type sont obtenus avec des
taux variant raisonnablement autours de ces valeurs.
[(8)]
La consommation publique est en fait introduite pour
prendre en compte toutes les dépenses de l’État. En effet, les
Nt k, ne considèrent que celles qui sont destinées à des classes
d’âge spécifiques. Les comptes générationnels belges sont
pour leur part construit en attribuant sous forme de transferts
les formes de consommation publique qui peuvent être
attribuées à une classe d’âge spécifique (enseignement, santé,
crèches, …). Voir annexe.
[(9)]
N’a été retenu pour la Belgique que l’effet de la population
totale. En effet, les dépenses attribuables à une classe d’âge
spécifique – éducation, santé, garderie d’enfants – ont été
considérées comme des transferts.
[(10)]
En effet, le compte générationnel incorpore évidemment
l’impact du taux de mortalité sur les transferts et les taxes situés
dans le futur.
[(12)]
Ces transferts et ces taxes ont été évalués sur l’ensemble
du cycle de vie et actualisés à l’âge de 40 ans (taux
d’actualisation de 2%).
[(13)]
Pour être complet, il faut mentionner le fait que Auerbach
et alii (1994) présentent également des comptes générationnels
rétrospectifs pour les États-Unis. D’un point de vue
méthodologique, il s’agit là d’un exercice différent de la
comptabilité générationnelle telle qu’habituellement
entendue.
[(14)]
En l’absence de données belges, ces auteurs ont utilisé
l’enquête-santé 1980-1981 de l’Insee. Nous avons préféré
retenir les résultats de l’enquête réalisée par le même institut,
mais durant l’année 1991-1992 (voir Mormiche et Urbaniak
1994).
[(15)]
Household Survey, Center for Social Policy, UFSIA,
Antwerpen.