Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
166 pages

p. 31 à 44
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 155 2002/4

2002 Économie et Prévision

Retraites, croissance et inégalités en présence d'individus myopes

Mohamed Bouzahzah  [(*)]  [(**)] Frédéric Docquier  [(*)]  [(***)] Oliver Paddison  [(****)]
Dans ce papier, on développe un modèle de croissance endogène avec agents myopes. On suppose, comme Feldstein (1985), que les taux d'actualisation de l'utilité et du revenu futur des agents sont multipliés par un facteur de myopie identique et distribué uniformément sur [0 1]. Dans ce cadre, l'instauration d'un système de répartition pure réduit la croissance, mais aussi les inégalités au sein des générations. En croissance stable, un régime de capitalisation permet généralement d'atteindre les mêmes objectifs en termes d'équité tout en stimulant le taux de croissance. On s'interroge alors sur les possibilités de transition de la répartition pure vers la capitalisation : la présence d'agents myopes accroît fortement les coûts de transition supportés par les premières générations.Mots-clés : croissance, inégalités, myopie, retraites, générations imbriquées. This article discusses an endogenous growth model involving myopic agents. Like Feldstein (1985), we have assumed that the discount rates of the utility and future income of economic agents are multiplied by a myopia factor distributed uniformly over [0.1]. Within this framework, the creation of a pure pay-as-you-go system not only reduces growth but also inequalities within generations. In a period of stable growth, a funded system generally makes it possible to achieve the same fairness objectives while stimulating the growth rate. The article examines the possibility of switching from a pure pay-as-you-go system to pre-funding: the presence of myopic agents significantly raises the transition costs borne by the first generations.Keywords : growth, inequalities, myopia, pensions, interlaced generations.
Nous remercions les deux rapporteurs pour leurs précieuses suggestions. Ce papier a également bénéficié des commentaires de Fr. Bismans et Br. Saber.
Dans ce papier, on développe un modèle de croissance endogène avec agents myopes. On suppose, comme Feldstein (1985), que les taux d'actualisation de l'utilité et du revenu futur des agents sont multipliés par un facteur de myopie identique et distribué uniformément sur [0,1]. Dans ce cadre, l'instauration d'un système de répartition pure réduit la croissance, mais aussi les inégalités au sein des générations. En croissance stable, un régime de capitalisation permet généralement d'atteindre les mêmes objectifs en termes d'équité tout en stimulant le taux de croissance. On s'interroge alors sur les possibilités de transition de la répartition pure vers la capitalisation : la présence d'agents myopes accroît fortement les coûts de transition supportés par les premières générations.
Les systèmes de retraites monopolisent aujourd’hui une grande part des ressources de l’État. Leurs implications macroéconomiques sont importantes (voir World Bank, 1994). En particulier, l’étude des effets des régimes de répartition sur l’épargne privée et l’accumulation du capital a donné lieu à bon nombre de développements théoriques ainsi qu’à des con troverses célèbres [1]. Par contre, les conséquences des régimes de retraites sur la croissance économique et sur les inégalités ont été moins étudiées. Ce papier aborde ces effets dans un modèle où la population est constituée à la fois d’agents rationnels et d’agents irrationnels, ces derniers ayant une perception imparfaite de leurs besoins et de leurs ressources futures. Il se situe donc à l’intersection de trois champs d’analyse : la théorie de transferts intergénérationnels, la littérature sur la myopie et l’examen des effets macroéconomiques des politiques publiques, en particulier sur la croissance et les inégalités.
L’impact des réformes fiscales sur la croissance est un sujet fort controversé. Pour Lucas (1990), cet impact serait minime alors qu’à l’autre extrême, des auteurs comme Jones, Manuelli et Rossi (1993) prédisent des effets beaucoup plus grands. Plusieurs études ont tenté de réconcilier ces résultats et ont mis en évidence un ensemble de paramètres qui peuvent conditionner l'ampleur des effets tels que l’élasticité de substitution entre facteurs dans la fonction de production ou la déductibilité des investissements en capital humain [2].
Dans tout ce débat, l’analyse des réformes du système de retraite a été largement négligée. Les quelques travaux qui étudient cette question offrent des résultats différents selon qu’ils considèrent la fécondité endogène ou exogène. En fécondité exogène, plusieurs analyses théoriques existantes mettent en évidence l’impact négatif que le régime de répartition engendre sur le taux de progrès technique. Dans un modèle à la Arrow-Romer (où l’accumulation de capital physique est la principale source de croissance), Marchand et alii (1996) ont montré qu’un système de transfert ascendant (tel un système de retraites par répartition) réduit l’épargne et le taux de croissance. Dans un modèle à la Uzawa-Lucas (où le capital humain est le moteur de croissance), Docquier et Michel (1999) obtiennent des effets similaires, même si l’explication est un peu plus complexe : un système de répartition réduit l’épargne et pousse les taux d’intérêt à la hausse, ce qui décourage l’investissement en capital humain au détriment du capital physique. En fécondité endogène, lorsque les enfants prennent en charge les parents en fin de vie, la mise en place d’un système de retraite obligatoire réduit la quantité d’enfants et peut augmenter l’investissement en qualité. Dans ce cas seulement, Zhang et Zhang (2000) montrent que l’effet global sur la croissance s’avère positif. Ce type de modèle où l’enfant joue un rôle d’assurance vieillesse semble approprié pour l’étude des économies en développement, là où les possibilités d’épargne sont limitées [3]. Dans les économies riches, il est raisonnable de considérer que la fécondité découle essentiellement d’autres motivations tels que l’altruisme ou les normes sociales. Le reste de ce papier se concentrera dès lors sur la littérature avec taux de fécondité exogène.
L’analyse des effets des systèmes de retraites sur les inégalités n’a pas été d’avantage abordée dans la littérature. Glomm et Kaganovich (1999) étudient l’évolution du taux de croissance et des inégalités lorsque le gouvernement augmente les subventions à l’éducation en réduisant le budget des retraites. Ils mon trent que cette politiq ue accroît considérablement les inégalités : le système de retraite constituerait donc un outil redistributif important et un débat “équité-croissance” est clairement posé. Dans un modèle où l’aptitude à transformer l’éducation en capital humain est hétérogène, Docquier et Paddison (2000) comparent un régime avec pensions uniformes (système beveridgien) et un régime où le montant de la pension est proportionnel au revenu des agents (système bismarkien). Ils montrent naturellement que la règle d’attribution des prestations conditionne à la fois les pertes de croissance et l’ampleur des effets redistributifs.
Toute cette littérature (avec fécondité exogène) montre qu’un régime de répartition produit des effets redistributifs importants mais, en réduisant l’épargne des individus et l’accumulation du capital, freine directement (dans un cadre à la Arrow-Romer) ou indirectement (dans un cadre à la Uzawa-Lucas) la croissance. Ces résultats posent toutefois un problème majeur : si l’on cherche à réduire les inégalités tout en minimisant les pertes de croissance, n’y a-t-il pas d’autres politiques plus pertinentes à mettre en œuvre ? Deux pistes peuvent être avancées :
  • premièrement, on peut s’interroger sur l’opportunité de réaliser la redistribution via des transferts aux retraités plutôt qu’à des transferts entre jeunes. Redistribuer le revenu au sein de la population jeune permettrait d’obtenir le même effet en termes d’équité, mais en évitant les transferts intergén ératio nnels ascendants et leurs conséquences néfastes sur l’accumulation de capital ;
  • ensuite, une autre façon d’assurer les effets redistributifs en évitant les effets négatifs sur l’accumulation de capital consiste à opter pour un système de capitalisation plutôt que pour un système de répartition.
Ces deux pistes soulèvent toutefois des problèmes importants :
  • la première politique alternative est pertinente lorsque la source d’hétérogénéité entre les agents est le revenu ou l’aptitude à se former. Mais lorsque les agents se distinguent par d’autres caractéristiques, les enjeux peuvent être fortement différents. Aussi, dans ces modèles, on néglige systématiquement une des fonctions essentielles du système de retraites, celle qui consiste à aider certains agents à réaliser des provisions pour leurs vieux jours. Quelques travaux empiriques montrent, en effet, que bon nombre de consommateurs, en l’absence de système public, n’épargnent pas assez pour leur retraite [4]. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer ce comportement : les agents peuvent être contraints par les liquidités [5], ils peuvent manquer de “self control” pour se plier aux plans optimaux [6], ou le coût des calculs permettant d’atteindre le plan optimal peut s’avérer trop élevé [7]. En présence de tels comportements, seul le versement d’une allocation de retraite permet de protéger les individus et de lisser le bien-être sur leur cycle de vie. Dans un modèle avec agents myopes et agents rationnels, Feldstein (1985) dérive le montant de la retraite qui maximise une fonction de bien-être social à la Lerner (somme des utilités des agents vivants à une date donnée). Le montant optimal met en balance les gains d’utilité liés à la protection des myopes et les pertes de revenu engendrées par la répartition [8]. Docquier (2001) réexamine cette question avec une fonction de bien-être social à la Samuelson, qui assure une solution dynamiquement efficace ;
  • la seconde piste pose aussi certains problèmes. À long terme, il est vrai qu’un système de capitalisation produit les mêmes effets protecteurs et peut même stimuler l’accumulation de capital. En effet, si tous les agents sont rationnels, un système de capitalisation est généralement neutre : les cotisations capitalisées compensent exactement la baisse de l’épargne privée. Toutefois, en présence d’agents myopes, les cotisations capitalisées excèdent les pertes d’épargne privée et stimulent l’accumulation de capital. Si le capital physique joue de façon directe ou indirecte sur la croissance, un système de capitalisation peut donc entraîner à la fois plus d’équité et d’efficacité. Le problème d’un système de capitalisation est le temps nécessaire pour qu’il produise ses effets. Lorsque les agents commencent à cotiser, aucune prestation ne peut être versée. Le coût d’un tel système est donc le manque de protection des premières générations de retraités. Ce coût doit être comparé avec la perte de rendement que procure la répartition. De façon équivalente, ce débat resurgit lorsqu’il s’agit de transiter d’un système de répartition vers un système davantage capitalisé. Même si plusieurs auteurs ont récemment montré que de telles transitions peuvent s’avérer Paréto-améliorantes, les conditions sous lesquelles ce résultat est observé sont très restrictives [9]. Généralement, le passage à la capitalisation nécessite de sacrifier une génération au minimum (les vieux qui reçoivent moins de prestations ou les jeunes qui doivent cotiser doublement).
L’objectif de ce papier est de clarifier et d’évaluer les effets macroéconomiques que peuvent engendrer les systèmes de retraites dans une économie avec agents myopes. Notre démarche est purement positive et non normative. Peut-on évaluer l’impact du système de retraites sur le taux de croissance et sur les inégalités ? Ces évaluations sont-elles sensibles aux paramètres ? La capitalisation et la répartition engendrent-elles des effets très différents ? Quels seraient les effets d’une transition vers la capitalisation ?
Pour aborder ces questions, on développe un modèle de croissance endogène avec agents hétérogènes. L’hétérogénéité des agents est exclusivement liée à leur perception des ressources et des besoins futurs : on utilise la formulation de la myopie introduite par Feldstein (1985,1987) qui consiste à supposer qu’une partie de la population se conduit de façon impatiente. Plus précisément, on considère que les taux d’actualisation de l’utilité et des revenus futurs des individus sont “irrationnellement” multipliés par un facteur de myopie distribué uniformément sur (0,1). Ce facteur de myopie influence les décisions in dividuelles en matière d’ép argne et d’investissement éducatif. L’éducation étant généralement vue comme l’un des principaux moteurs de développement [10], la croissance est ici supposée dépendre directement de l’accumulation de capital humain [11].
Dans ce contexte de croissance, les notions de sur-accumulation et sous-accumulation perdent leur sens. Notre analyse est basée sur la détermination du taux de croissance d’équilibre. On montre que la présence d’agents myopes est susceptible d’accroître les pertes de croissance induites par la redistribution. Les régimes de répartition avec un taux de cotisation de 15 % engendrent des pertes de croissance comprises entre 0,3 et 0,6 point de pourcentage par an mais réduisent considérablement les inégalités. Le modèle relève que ces effets sont hautement robustes et stables, quelles que soient les valeurs retenues pour les paramètres. En régime de croissance stable, un système de capitalisation permet, quant à lui, de baisser les inégalités et de stimuler la croissance (du moins pour des taux de cotisation limités). Le coût d’une transition de la répartition vers la capitalisation est alors analysé : de nouveau, la présence d’agents myopes accroît le coût de la transition.
Le reste du papier est organisé comme suit. La première partie présente le modèle et son calibrage. La deuxième partie discute les effets de long terme du système de retraites en termes de croissance et d’inégalités. La troisième partie analyse trois politiques de conversion de la répartition vers la capitalisation. Enfin, la dernière partie conclut.
 
Le modèle
 
 
Notre modèle décrit une économie composée de trois types d’agents : les consommateurs, les producteurs et le gouvernement. Les entreprises produisent un bien composite considéré comme numéraire. Les pouvoirs publics prélèvent des taxes pour financer les retraites. Les consommateurs sont différenciés selon un degré de rationalité. Ils vivent tous trois périodes : une période de jeunesse (de 17 à 38 ans inclus), une période adulte (de 39 ans à 60 ans) et une période de retraite (de 61 à 82 ans) [12]. Ainsi, chaque période représente approximativement vingt-deux années. Chaque jeune à la possibilité d’investir une partie de son temps dans l’éducation, ce qui accroît ses niveaux de capital humain et de rémunération futurs. Comme dans Lucas (1988), cet investissement engendre une externalité qui crée la croissance endogène : les générations futures hériteront du capital humain moyen de leurs parents.
Comportement des ménages
Les individus qui appartiennent à une même génération sont hétérogènes. Ils sont différenciés par leur degré de myopie, noté λ. Ce paramètre est distribué dans la population selon une densité f ( )λ (ou une fonction de répartition F(λ)), invariante dans le temps. Pour simplifier, nous supposons que f est uniforme sur [0,1)] [13]. Ainsi, F ( )λ λ * * = par exemple, sera interprété comme la proportion de consommateurs ayant un degré de rationalité inférieur ou égal à λ*.
Dans leur première période de vie, les individus qui atteignent l’âge de 17 ans à la date t (i.e. génération t) possèdent tous un niveau identique de capital humain ht1, hérité de la génération précédente. Nous ne nous intéressons donc pas à la persistance des inégalités dans le temps ou à la mobilité intergénérationnelle. Chaque jeune démarre sa vie avec un potentiel identique : seul le degré de myopie diffère et conditionne les décisions individuelles en matière d’épargne et d’éducation.
La contrainte budgétaire anticipée pour un individu de type λ est donnée par :
cj mesure la consommation d’un individu de tλ, typeλ qui atteint sa je période de vie en t, Itλ, est le montant de revenu de cycle de vie anticipé pour un agent de la génération t et R mesure le facteur t+1 d’intérêt entre les périodes t et t +1.
Les individus ont tous une fonction d’utilité objective identique de type logarithmique (l’élasticité de substitution intertemporelle est égale à l’unité) :
γest un poids relatif qui découle du taux objectif de préférence pour le présent.
Néanmoins, chaque individu détermine le vecteur optimal de ses consommations en maximisant sa fonction d’utilité anticipée.
L’individu de type λ s’appuie donc sur un taux de préférence subjectif pour le présent tel que le poids relatif accordé à la période future vaut γλ γ≤. Seuls les agents rationnels( )λ =1 maximisent leur véritable fonction d’utilité de cycle de vie.
Le revenu de cycle de vie réel de l’individu de typeλ est la somme actualisée des revenus nets de première, deuxième et troisième période de vie :
ωt est le salaire net par unité efficace de travail à la date t, htλ,+12 représente le niveau de capital humain d’un individu de type λ en seconde période de vie, etλ, mesure l’investissement éducatif des jeunes (fraction du temps consacré à l’éducation supérieure) et Bt est le montant de la retraite versée à chaque retraité à la date t.
Toutefois, dans la mesure où le degré de myopie concerne également l’appréhension des ressources futures, son niveau de revenu de cycle de vie anticipé est donné par :
Dans ces conditions, la maximisation de (3) sous les contraintes de dépense anticipée (1) et de revenu anticipé (5) détermine les conditions du premier ordre d’un agent de type λ :
La formation de capital humain est endogène. Chaque individu a la possibilité d’améliorer son niveau de capital humain en consacrant une fraction de son temps, lors de sa première période de vie, à l’éducation [14]. Pour simplifier, nous supposons que le choix d’investissement en capital humain se limite à deux possibilités :
  • soit les agents ne s’éduquent pas, auquel cas e = 0 : ils gardent alors le même niveau de capital tλ, humain sur l’ensemble de leur vie active ), h h t tλ + = 12 1;
  • soit ils se forment, auquel cas e e tλ, = : l’augmentation du capital humain est alors une fonction concave de l’investissement éducatif ( ), h h be t t aλ + = + 12 1 1 où 0 1< <a et b > 0 sont deux paramètres). Il est donc supposé, comme dans Lucas 1988), que le capital humain est uniquement produit à partir du temps consacré à l’éducation et ne nécessite aucun autre facteur de production [15].
Étant donné ces hypothèses, les agents ne se forment que si leur revenu de cycle de vie lorsqu’ils investissent est au moins égal à leur revenu de cycle de vie anticipé lorsqu’ils n’investissent pas. Autrement dit, les agents investissent si et seulement si :
Ainsi, nous calculons une valeur critique de rationalité pour les agents de la génération t, notée λtc, en dessou s de laq uelle les indiv idus n’investissent pas en éducation :
Dans ce cadre simple, et pour autant que le modèle débouche sur une solution intérieure (λtc < 1), les agents rationnels optent tous pour l’investissement éducatif. Les agents qui ont un degré de myopie important (λ λ<tc ) ne perçoivent pas suffisamment les gains relatifs à ce type d’investissement et choisissent de ne pas se former. Ce modèle reproduit donc bien un fait stylisé avancé depuis longtemps par Strotz (1958) : c’est au sein des classes non éduquées que les comportements myopes sont observés. Toutefois, la causalité est ici inversée : c’est la myopie qui limite les investissements éducatifs et non l’absence d’éducation qui entraîne la myopie.
Tel quel, ce modèle ne génère pas de croissance durable. Pour obtenir une croissance endogène, il faut que l’investissement en capital humain des jeun es p rod uise une externalité intergénérationnelle. Comme Lucas (1988), nous supposons que le capital humain se transmet intégralement des adultes aux jeunes. Le capital humain de départ des jeunes de la génération t +1 est équivalent au capital humain moyen des adultes présents ent +1 (issus de la génération t) :
En résolvant cette intégrale, on dégage le taux de croissance du capital humain moyen des jeunes qui s’écrit alors :
Ainsi, le taux de croissance dépend positivement du temps consacré à l’éducation ainsi que de l’aptitude à apprendre, b, et négativement du salaire relatif de la première période (dont dépend le coût d’opportunité de l’éducation) ainsi que du taux d’intérêt.
Enfin, l’épargne d’un jeune de type λ est la différence entre ses revenus du travail et sa consommation :
L’épargne d’un adulte de la génération t est égale à la différence entre ses revenus totaux (revenus du travail et du capital) et sa consommation :
où les dépenses de consommation sont données par (6) et (7).
Le comportement des firmes
Il existe un très grand nombre d’entreprises identiques dans l’économie, chacune utilisant une technologie à rendements constants. Ces firmes peuvent être agrégées en une firme représentative qui utilise le capital Kt et le travail Lt (mesuré en unités efficaces) pour produire un bien compositeYt (considéré comme numéraire). On suppose ici une fonction de production de type CES :
α est un paramètre de distribution des revenus entre travail et capital, A est un paramètre d’échelle et σ mesure l’élasticité de substitution entre le capital et le travail.
Comme les entreprises adoptent un comportement concurrentiel sur les marchés des facteurs, la maximisation du profit conduit à égaliser la productivité marginale de chaque facteur à son taux de rendement :
wt mesure le taux de salaire brut etδest le taux de dépréciation du capital.
Le régime des retraites
Le gouvernement perçoit des cotisations sociales proportionnelles aux revenus du travail : il impose donc uniquement les jeunes et les adultes. Le taux de cotisation est notéÏ„t. Le taux de salaire net par unité efficace du travail vaut donc ω Ï„ t t t w= -( )1.
Le gouvernement a la possibilité de capitaliser une partie des recettes ou d’en distribuer la totalité sous forme de pension. On note Ktc le montant des réserves accumulées au titre des pensions et disponibles à la période t. La contrainte budgétaire du gouvernement est donnée par :
D’une façon générale, on supposera qu’une fraction exogène Ï•t des cotisations prélevées à la période t est capitalisée. Par conséquent, la fraction complémentaire ( )1- Ï•t est redistribuée selon le principe de la répartition. Le montant des réserves disponibles en t +1 vaut donc K w L c t t t t = Ï• Ï„. t +1 Globalement, deux régimes extrêmes peuvent être distingués à partir de ce modèle :
  • un régime de répartition pure est obtenu lorsque = 0. La con trainte (17 ) s’écrit alors t Ï„t t ttt w L N B=-2;
  • un régime avec Ï•t =1 est un régime qui fonctionne par capitalisation. La contrainte (17) devient R w L N B t t t t Ï„-- =. Il ne s’agit pas d’un t t- -1 1 1 2 régime de capitalisation privée, basé sur l’équité actuarielle (où chaque agent recevrait une allocation égale à la valeur actualisée de ses cotisations). Il s’agit d’un régime fondé sur la redistribution intragénérationnelle (dès lors que le montant de la pension est forfaitaire et indépendant des contributions individuelles) et intergénérationnelle les cotisations des jeunes servent à financer une partie des prestations de retraites de leurs parents puisque les cotisations capitalisées sont utilisées une période après leur versement).
La variable Ï•t constitue réellement un instrument de politique économique supplémentaire pour le gouvernement.
Agrégation et bouclage
Les règles de bouclage portent sur l’offre de travail et la formation du capital physique.
Nous supposerons que le marché du travail est équilibré à chaque période. La demande detravail, en unités efficaces, est supposée identique à l’offre de travail. Elle est donnée par :
dans la mesure où, en vertu de (10), ht1 mesure aussi bien le capital humain de départ des jeunes que le capital humain moyen des adultes.
Nous supposons que le marché du capital est également équilibré. Si le stock de capital physique se déprécie complètement après une période ( )δ =1 [16], le stock de capital en t +1 est constitué par l’épargne en t ainsi que par les réserves de sécurité sociale capitalisées :
st1 et st2 représentent respectivement les épargnes moyennes des jeunes et des adultes qui sont données par :
et avec stλ,1 et stλ,2 issus de (12) et (13).
Calibrage
Ce modèle ne peut être résolu analytiquement. Les calculs des niveaux moyens d’épargne reproduits en annexe montrent à quel point sa résolution est complexe, même dans ce cas où le degré de myopie est distribué uniformément. C’est pourquoi il doit être calibré et simulé numériquement. La procédure de calibrage consiste à choisir des valeurs pour tous les paramètres et toutes les variables exogènes du modèle pour qu’il reproduise la réalité historique d’une économie donnée (en l’occurrence celle d’un pays industrialisé). Les paramètres de notre modèle, rappelons-les, sont : la part du capital dans la production ( )α, le poids accordé à la période future ( )γ, le taux de dépréciation du capital ( )δ, l’élasticité du capital humain par rapport à l’éducation (a), la proportion de la première période consacrée à l’éducation( )e et les deux paramètres d’échelle (A et b). Les variables exogènes sont ici le taux de croissance démographique (n) et le taux de cotisation au régime de retraite ( )Ï„.
Pour certains paramètres, il existe un certain consensus dans la littérature (γet δ par exemple). La fonction de production de biens et services est généralement bien approchée par une fonction de production Cobb-Douglas avec une part des revenus du capital fixée au voisinage des 30 %. La principale difficulté du calibrage est qu’il n’existe pas de consensus sur la fonction de production du capital humain. Nous avons supposé une forme analytique avec rendements décroissants mais il n’y a guère d’estimation empirique quant à la valeur de ces rendements ou du paramètre d’échelle. Plusieurs scénarios devront donc être simulés de façon à appréhender la robustesse des résultats.
Le scénario central est calibré de façon à ce que l’état de croissance stable, évalué pour une croissance démographique nulle et un taux de cotisation de 15 %, débouche sur un taux de croissance annuel de 2,3 % et un taux d’intérêt annuel de 3,5 %. Dans le scénario central, nous avons fixé le paramètre de décroissance des rendements dans la production de capital humain à 0,5. Le tableau 1 donne les valeurs retenues pour les autres paramètres lorsque le régime des retraites fonctionne par répartition pure.

Tableau 1
valeurs des paramètres
IMGIMGTableau 1 : valeurs des paramètres 
...IMGIMF
Tableau 1 : valeurs des paramètres α 0,30 B 3,00 γ 0,75 A 0,50 δ 1,00 σ 1,00 Ï„ 0,15 A 6,5 n 0,00 e 0,30

La fonction de production est de type Cobb-Douglas ( )σ =1 avec une part des revenus du capital égale à 30 % ( , )α = 0 3. Le capital se déprécie totalement sur 22 années ( )δ =1. Le paramètre γest de 75 %, ce qui correspond à un taux de préférence pour le présent avoisinant les 1,5 % par an. Enfin, le temps nécessaire pour obtenir un niveau d’éducation supérieur est de 30% (environ 6,5 années, ce qui implique une scolarité de 17 ans à 22,5 ans). Le paramètre d’échelle dans la production de capital humain est alors calibré de façon à ce que le taux de croissance annuel avoisine les 2,3 %. On remarque que le revenu de seconde période des agents éduqués vaut environ deux fois celui des non éduqués. Le facteur d’échelle dans la fonction de production des biens et services est tel que le taux d’intérêt annuel s’élève à 3,5 %. Dans ce contexte, l’allocation de pension d’équilibre équivaut à environ 60 % du salaire des agents éduqués.
 
Analyse en régime de croissance équilibrée
 
 
Analysons tout d’abord les effets du système des retraites sur la croissance et les inégalités en régime de croissance équilibrée. Pour ce faire, on étudie la sensibilité de la solution de croissance équilibrée lorsque le taux de cotisation varie entre 0 et 40 %. On examine ensuite l’évolution des inégalités pour les mêmes variations du taux de cotisation. Enfin, on compare la capitalisation et la répartition en supposant que la part des recettes capitalisées varie entre 0 et 100 %.
Par rapport au scénario central, trois gammes de scénarios alternatifs sont envisagées :
  • la première gamme de scénarios envisage des variations de l’élasticité de substitution entre travail et capital dans la fonction de production : les valeurs alternatives σ = 0 5, et σ =15, sont retenues ;
  • la deuxième envisage des variations du paramètre de décroissance des rendements dans la fonction de production du capital humain : les valeurs alternatives a = 0,25 et a = 0,75 sont retenues ;
  • la troisième traite des variations du coût fixe de l’éducation : les valeurs alternatives e = 0 2, et e = 0 4, sont retenues.
Pour chaque scénario alternatif, le paramètre d’échelle dans la fonction de production de capital humain est ajusté de façon à maintenir un taux de croissance identique à celui du scénario central.
Impact sur le taux de croissance
Le taux de croissance d’équilibre est donné par l’équation (11). En croissance équilibrée, on a simplement
de sorte que l’impact du système de retraite sur le taux de croissance dépend exclusivement de la façon dont le taux d’intérêt sera influencé. Dans le cas d’un régime de répartition pure, toute augmentation du budget des pensions réduira l’épargne et le capital avec, comme conséquence, une élévation du taux d’intérêt. L’effet sur la croissance est alors négatif. Les figures 1a, 1b et 1c traduisent l’effet d’une variation du taux de cotisation sur le taux de croissance annuel de long terme.
Sur chacune de ces figures, le scénario central (représenté en trait gras) indique que le taux de croissance de long terme varie de 2,8 à 1,6 % lorsque le taux de cotisation passe de 0 à 40 %. Pour un taux de 15 %, le taux de croissance annuel correspond bien à la valeur cible de 2,3 %. La relation négative entre cotisation et croissance apparaît donc clairement et l’effet semble être quasiment linéaire : toute augmentation du taux de cotisation de 34,2 % diminue le taux de croissance de 1 %. Ce résultat est-il sensible au choix des paramètres ?
La figure 1a donne la sensibilité du résultat à l’élasticité de substitution entre les facteurs dans la fonction de production des biens et services. On y constate que plus les facteurs sont substituables, plus le taux d’intérêt est indépendant des quantités de facteurs disponibles. Dans ce cas, l’effet du système de retraites par répartition sur la croissance est plus faible (il faut 44,6 % de cotisation pour réduire le taux de croissance de 1 %). Par contre, si ces facteurs sont complémentaires, la sensibilité du taux d’intérêt est plus forte et le coût en termes de croissance est également plus marqué (il faut seulement 23,6 % de cotisation pour réduire le taux de croissance de 1 %) [17].
On pourrait craindre que la sensibilité des résultats au paramètre de décroissance des rendements dans la fonction de production de capital humain soit plus importante. La figure 1b relève une forte robustesse des résultats par rapport à ce paramètre. Lorsqu’il varie de 0,25 à 0,75, le taux de cotisation nécessaire pour réduire la croissance de1 % passe seulement de 31,2 % à 40,7 %. Ce paramètre n’est donc pas déterminant pour l’évaluation des pertes de croissance liées à la répartition.
Néanmoins, la figure 1c montre que le résultat est plus dépendant de la proportion de temps que les agents éduqués consacrent à leur formation. Si ce coût fixe augmente, la robustesse des résultats n’est pas trop affectée. Mais s’il diminue, la sensibilité du taux de croissance s’accroît considérablement. Ainsi, si l’éducation supérieure requiert seulement 20 % de la durée de la première période de vie, un taux de cotisation de 22 % suffit pour diminuer la croissance de 1 % par an en régime de croisière [18].
Impact sur les inégalités
L’hétérogénéité dans la préférence pour le présent crée une hétérogénéité dans les revenus : les individus myopes qui décident de ne pas se former auront un revenu de cycle de vie plus faible que les éduqués. De plus, dans la mesure où les agents optimisent chacun une fonction d’utilité perçue différente, des différences de bien-être sont observées entre les agents ayant des revenus identiques. Il est donc préférable de retenir, comme indicateur d’inégalité, un critère basé sur le niveau d’utilité réel plutôt que sur le revenu. Aussi, pour “cardinaliser” l’utilité des agents, on cherche le montant de consommation constant qui assurerait le niveau d’utilité obtenu pour chaque individu de la génération t. Ce montant est mesuré par :
UtRλ, est donné par (2) et dépend des niveaux de consommation à l’équilibre.
Il est évident que le choix d’un indicateur d’inégalité est un problème complexe [19]. Dans ce papier, on utilise une formulation très simple fondée sur l’écart d’utilité entre l’individu rationnel et l’individu le plus myope, exprimé en pourcentage de l’utilité de l’agent rationnel :
Figure 1a
régime de répartition et croissance; sensibilité à l’élasticité de substitution entre facteurs
IMGIMGrégime de répartition et croissance; 
sensibilité ...IMGIMF
Figure 1b
régime de répartition et croissance ; sensibilité à l’élasticité de la croissance à l’éducation
IMGIMGrégime de répartition et croissance ; 
sensibilité...IMGIMF
Figure 1c
régime de répartition et croissance ; sensibilité au coût de l’éducation
IMGIMGrégime de répartition et croissance ; 
sensibilité...IMGIMF
Figure 2a
régime de répartition et inégalités ; sensibilité à l’élasticité de substitution entre facteurs
IMGIMGrégime de répartition et inégalités ; 
sensibilité...IMGIMF
Figure 2b
régime de répartition et inégalités ; sensibilité à l’élasticité de la croissance à l’éducation
IMGIMGrégime de répartition et inégalités ; 
sensibilité...IMGIMF
Figure 2c
régime de répartition et inégalités ; sensibilité au coût de l’éducation
IMGIMGrégime de répartition et inégalités ; 
sensibilité...IMGIMF
Cet indicateur est exprimé en pour cent. Il mesure la perte d’utilité relative liée à la mauvaise perception des besoins et des ressources futures, pour l’agent le plus myope. À l’état de croissance équilibrée, toutes les variables augmentent au même taux et l’indicateur d’inégalité est stationnaire.
Les figures 2a, 2b et 2c montrent comment cet indicateur d’inégalité évolue sous les trois gammes de scénarios. Il apparaît clairement que le régime de répartition diminue les inégalités de façon drastique pour des niveaux de cotisation faible. Au fur et à mesure que le taux de cotisation s’accroît, l’indice d’inégalité ten d vers un minimum. Quantitativement, alors que l’absence de système de retraite aboutit à un système d’inégalité de 100 % (les plus myopes ont un niveau d’utilité cardinalisé égal à zéro dès lors que leur consommation de dernière période de vie est nulle), le régime de répartition permet de ramener cet indice à environ 17 % dans le scénario central.
Sur la figure 2. A, on constate que l’ampleur de la baisse des inégalités est quasiment indépendante de l’élasticité de substitution entre facteurs. Le paramètre de décroissance des rendements n’a guère plus d’importance (voir figure 2. B). Par contre, le coût fixe d’éducation demeure le paramètre engendrant la plus grande sensibilité des résultats : lorsque ce coût diminue, les possibilités de réduction des inégalités s’amenuisent. La figure 2. C montre qu’un minimum de 25 % peut être atteint pour un taux de cotisation de 25 % environ. Pour des taux supérieurs, les inégalités augmentent légèrement.
Répartition versus capitalisation
Voyons enfin comment la capitalisation (partielle ou totale) des cotisations de sécurité sociale peut modifier notre analyse. Rappelons tout d’abord le résultat standard de la littérature. Dans un modèle de croissance exogène avec agents rationnels, marchés des capitaux parfaits (pas de contraintes de liquidité) et offre de travail exogène (le système de retraites n’influence ni l’offre ni la demande de travail), un système de capitalisation pur (“actuariellement neutre”) ne modifie pas l’épargne agrégée et l’accumulation de capital. Il n’a donc aucune influence sur le taux d’intérêt. Dans notre modèle, deux éléments font en sorte que cette propriété n’est pas observée. Premièrement, le système de financement n’est pas actuariellement neutre : des transferts intergénérationnels sont permis du fait que les jeunes offrent leurs cotisations à la génération précédente. Mais surtout, les agents ne sont pas rationnels : contraindre les agents myopes à capitaliser pour leurs vieux jours accroît l’épargne nationale (via l’épargne publique) et stimule le stock de capital par tête. Le taux d’intérêt diminue et le taux de croissance de long terme augmente. Les figures 3a, 3b et 3c comparent les effets sur la croissance et les inégalités de régimes variables en fonction de leur importance (taux de cotisation) et de leur financement (part des recettes capitalisées, Ï•). Étant donné la robustesse des résultats, notre analyse se limite à celui du scénario central.
Il apparaît clairement sur la figure 3a que, plus le taux de cotisation est élevé, plus la capitalisation engendre des effets positifs sur la croissance. Avec un taux de cotisation de 40%, la répartition pure ( )Ï• = 0 engendre une perte de croissance supérieure à 1,2 %, alors que la capitalisation totale ( )Ï• = 1 entraîne un gain de croissance d’environ 0,4 %. Parmi tous les régimes mixtes intermédiaires ( )0 1< <Ï•, il est possib le de trouver une combinaison du taux de cotisation et de la part capitalisée qui maintienne le taux de croissance à son niveau de marché (en l’absence de système de retraite).
Figure 3a
répartition, capitalisation et croissance
IMGIMGrépartition, capitalisation et croissanceIMGIMF
Figure 3b
répartition, capitalisation et inégalités
IMGIMGrépartition, capitalisation et inégalitésIMGIMF
Figure 3c
arbitrage croissance-inégalité en croissance stable
IMGIMGarbitrage croissance-inégalité en 
croissance stab...IMGIMF
Sur la figure 3b, on constate que l’introduction de la capitalisation partielle ou totale n’influence que de façon mineure les inégalités. Pour des taux de cotisation modérés, l’effet sur les inégalités est très similaire à celui obtenu en répartition pure. Par exemple, avec un taux de cotisation de 15 %, le coefficient d’inégalité est de 21,1 % dans le cas d’un régime de répartition, 19,5 % dans le cas où la moitié des recettes est capitalisée et 20,2 % dans le cas où la totalité des recettes est capitalisée. Pour des taux de cotisation plus élevés, le système de répartition est légèrement plus performant que le système de capitalisation.
En résumé, la répartition pose clairement un problème d’arbitrage entre efficacité (maximiser le taux de croissance) et équité (minimiser les inégalités). Un régime de capitalisation, tel que défini ici (voir troisième section de la première partie), n’implique pas d’arbitrage en croissance équilibrée, du moins pour des niveaux de cotisation raisonnables. La figure 3. C illustre ce résultat en représentant la frontière des objectifs réalisables en répartition pure et en capitalisation totale des recettes. La frontière obtenue avec un régime de répartition est croissante (plus de croissance implique plus d’inégalités) alors que la frontière avec un régime de capitalisation est décroissante, du moins pour des niveaux de cotisation inférieurs à 28%. Evidemment, cette supériorité de la capitalisation en régime de croisière doit être relativisée par les coûts transitoires de ce régime (l’absence de protection des premières générations durant la phase de lancement du régime ou le coût d’une transition de la répartition vers la capitalisation). Une véritable analyse de transition est donc nécessaire pour évaluer ces coûts.
 
Analyse de politiques de conversion
 
 
Dans la mesure où le régime de capitalisation génère une croissance supérieure à celle du régime de répartition et engendre des effets similaires sur les inégalités, il est intéressant de s’interroger sur les effets d’une capitalisation partielle et progressive en termes d’équité intergénérationn elle et intragénérationnelle.
Si le régime de capitalisation s’avère supérieur en croissance équilibrée, il entraîne aussi des pertes importantes. Si aucun régime de retraite n’est initialement en place, l’instauration d’un système de capitalisation nécessite une période de cotisation avant de produire ses effets bénéfiques. Le coût est alors lié à l’absence de protection des générations d’agents myopes en première période (la période durant laquelle les premières cotisations sont capitalisées mais aucune allocation n’est versée). Par contre, si un régime de répartition est initialement en place, le coût est lié à la baisse des allocations de retraite ou à la croissance des cotisations requise pour alimenter les réserves. L’analyse de ces politiques de conversion a été largement abordée dans la littérature. Dans leur survol, Belan et Pestieau (1999) montrent que ces politiques de conversion ne sont généralement pas Pareto-améliorantes, sauf si des hypothèses très restrictives sont formulées. On peut donc avancer l’idée que ces politiques de conversion doivent être interprétées en termes de red istribu tion intergénérationnelle et non en termes d’efficacité dynamique. Il s’agit de comparer les gains et les coûts supportés par chaque génération et par chaque agent au cours de la transition.
C’est là l’objet de cette partie qui analyse les effets macroéconomiques et distributifs de trois scénarios de transition de larépartition vers la capitalisation :
  • un scénario de transition très lente au cours duquel la part capitalisée des cotisations augmente graduellement de 0 à 1 en 20 périodes (soit 440 années) ;
  • un scénario de transition lente où la conversion est réalisée en 10 périodes (soit 220 années) ;
  • un scénario de transition rapide où la conversion est obtenue en 3 périodes (soit 66 ans).
Les figures 4a à 4f donnent les effets sur la cro issance, le b ien-être et les in égalités intragénérationnelles pour les valeurs centrales des paramètres. La capitalisation des recettes démarre en période 1 de sorte que le montant des réserves devient positif en période 2. Le taux de cotisation est maintenu constant et les allocations de retraites s’ajustent pour permettre la capitalisation d’une partie des recettes. Le choc est non anticipé.
Figure 4a
fonds de pension en pourcentage du PIB
IMGIMGfonds de pension en pourcentage du PIBIMGIMF
Figure 4b
taux de croissance (moyennes annuelles en %)
IMGIMGtaux de croissance 
(moyennes annuelles en %) IMGIMF
Figure 4c
utilité déflatée des individus rationnels
IMGIMGutilité déflatée des individus rationnelsIMGIMF
Figure 4d
utilité des individus rationnels (en indice : régime de répartition initial = 100)
IMGIMGutilité des individus rationnels 
(en indice : rég...IMGIMF
Figure 4e
utilité des individus myopes (en indice : régime de répartition initial = 100
IMGIMGutilité des individus myopes 
(en indice : régime ...IMGIMF
Figure 4f
indice d’inégalités intragénérationnelles (en %)
IMGIMGindice d’inégalités intragénérationnelles 
(en %) IMGIMF
Tout d’abord, la figure 4a révèle que le montant des réserves converge vers un niveau équivalent à 9 % du produit national. La figure 4b présente l’effet sur le taux de croissance économique. Celui-ci passe progressivement d’un niveau initial de 2,4 % à un niveau terminal de 2,9 %. On constate que cette convergence est rapide : une fois que la part des recettes capitalisées atteint 100 %, le taux de croissance atteint rapidement sa valeur stationnaire. On perçoit une dynamique cyclique qui est confirmée par l’analyse des valeurs propres du système [20].
À l’état de croissance stable, toutes les variables extensives augmentent au même taux. En déflatant ces variables par le niveau de capital humain des jeunes de la période, on obtient des niveaux de consommation corrigés de la croissance qui sont stationnaires. En transition, ces montants déflatés varient dans le temps. La figure 4c représente l’évolution du niveau “cardinalisé” d’utilité des agents rationnels, fondé sur les niveaux de consommation déflatés. Les générations 0 et-1, qui sont les premières générations de retraités à subir les coûts de la capitalisation, voient baisser leur niveau d’utilité. Les pertes d’utilité sont relativement faibles pour les conversions lentes ou très lentes, mais elles s’avèrent plus importantes dans le scénario de convergence rapide. Pour les premiers retraités de la génération-1, la perte équivaut environ à 5 %, ce qui, plus précisément, correspond à une baisse du niveau de consommation de 4 % en dernière période de vie. À long terme, le rendement accru de la capitalisation permet des gains de revenu et de bien-être approchant les 10 %.
Si on prend en compte l’effet positif de la réforme sur la croissance du capital humain, cette baisse de bien-être est un peu moins importante. En comparant le niveau d’utilité (cette fois non déflaté) avec celui obtenu en l’absence de conversion, la perte s’élève à environ 4 % pour le scénario de conversion rapide et s’avère marginale pour les politiques plus lentes (figure 4d). Pour les générations plus jeunes, les gains cumulés de croissance font décoller l’utilité par rapport au régime de répartition.
Pour les agents myopes, l’effet est plus important. La figure 4e, qui correspond au scénario le plus rapide, montre que la perte d’utilité des individus les plus myopes avoisine les 10 % pour la première génération de retraités : ceci correspond à une chute de 34 % de leur consommation de dernière période de vie. La perte d’utilité s’élève à 6 % pour la seconde génération. Les générations suivantes profitent des gains de croissance cumulés.
En bref, si la politique de conversion engendre une baisse d’inégalités en croissance équilibrée, elle accroît les inégalités en début de phase transitoire où elle est mise en œuvre. En effet, le niveau de vie des agents myopes est exclusivement déterminé par les allocations de retraite alors que les agents rationnels peuvent compter sur leur richesse accumulée. La baisse des allocations de retraite requise pour capitaliser les premières recettes entraîne une augmentation des inégalités au sein des premières générations (de 29 à 34 %). La figure 4f montre toutefois que l’impact de long terme est favorable.
 
Conclusion
 
 
Ce modèle part du lien étroit existant entre l’accumulation de cap ital ph ysique et l’accumulation de capital humain. Ainsi, si le capital physique est réduit, cela tend à accroître le taux d’intérêt et à modifier l’arbitrage entre éducation et épargne au détriment de la croissance. Dans ce contexte de croissance, les notions de suraccumulation et sous-accumulation perdent leur sens. Lorsque la fécondité n’est pas perçue comme un mécanisme d’assurance vieillesse, l’introduction d’un système de retraite fonctionnant par répartition pure est susceptible de réduire la croissance, mais se jus tifie plein ement en termes d’équité intragénérationnelle. En effet, en présence d’individus myopes, seul un système de retraite obligatoire assure une consommation décente pour une partie de la population.
Si le modèle repose sur l’existence de formes analytiques particulières (distribution uniforme du degré de myopie, fonction de production de capital humain à la Lucas), les effets sur la croissance et les inégalités sont assez robustes. En synthèse, un taux de cotisation de 15% peut engendrer une perte de croissance comprise entre 0,3 et 0,6 point de pourcentage.
En régime de croissance stable, un régime de capitalisation permet d’atteindre les mêmes objectifs redistributifs tout en stimulant la croissance. La question d’une conversion vers la capitalisation est alors posée. Une telle politique de conversion engendre des pertes de bien-être pour les premières générations de retraités. Ces pertes sont relativement limitées pour les agents rationnels, même dans un scénario de transition le plus rapide (66 ans environ). Par contre, les agents myopes subissent des pertes beaucoup plus importantes. Les inégalités observées au sein des premières générations âgées augmentent sensiblement. En conséquence, la présence d’agents myopes accroît donc le coût de la transition vers la capitalisation.
 
Annexe : calcul de l’épargne moyenne
 
 
En développant l’intégrale (19) à l’état de croissance équilibrée, on dégage :
avec :
et
En développant l’intégrale (20) à l’état de croissance équilibrée, on dégage :
avec :
et
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Akerlof G. et Yellen J.L. (1985). “A Near-Rational Model of the Business Cycle, with Wage and Price Inertia”, Quarterly Journal of Economics, 100, pp. 823-838.
·  Barro R.J. et Sala-I-Martin X. (1995). Economic Growth, McGraw-Hill : New York.
·  Belan P. et Pestieau P. (1999). “Pareto-Improving Social Security Reform with Endogenous Growth”, The Geneva Papers on Risk and Insurance Theory, à paraître.
·  Diamond P. (1977). “A Framework for Social Security Analysis”, Journal of Public Economics, 8, pp. 1126-1150.
·  Docquier F. et Michel Ph. (1999). “Education Subsidies, Social Security and Growth : the Implications of a Demographic Shock”, Scandinavian Journal of Economics, 101, pp. 425-440.
·  Docquier F. et Paddison O. (2000). “Growth and Equality Effects of Pensions Plans”, Document de Travail, n° 2001, Core.
·  Docquier F. (2002). “On the Optimality of Public Pensions in an Economy with Life-Cyclers and Myopes”, Journal of Economic Behavior and Organizations, 47, pp. 121-140.
·  Feldstein M.S. (1982). “Social Security and Saving : Reply”, Journal of Political Economy, 90, pp. 630-642.
·  Feldstein M.S. (1985). “The Optimal Level of Social Security Benefits”, Quarterly Journal of Economics, 2, pp. 303-320.
·  Feldstein M.S. (1987). “Should Social Security be Means Tested ?”, Journal of Political Economy, 95, pp. 468-484.
·  Glomm G. et Kaganovich M. (1999). “Income Distribution Effects of Public Education and Social Security in Growing Economy”, Manuscript, Michigan State University.
·  Hayashi F. (1985). “The Effects of Liquidity Constraints on Consumption : a Cross Sectional Analysis”, Quarterly Journal of Economics, 100, pp. 183-206.
·  Hendricks L. (1999). “Taxation and Long-Run Growth”, Journal of Monetary Economics, 43, pp. 411-434.
·  Japelli T. et Pagano M. (1989). “Consumption and Capital Market Imperfections : an International comparison”, American Economic Review, pp. 1088-1105.
·  Johnson S., Kotlikof L.J. et Samuelson W. (1987). “Can People Compute ? An Experimental Test of the Life Cycle Consumption Model”, Document de Travail, n° 2183, NBER.
·  Jones L., Manuelli R. et Rossi P. (1993). “Optimal Taxation in Models of Endogenous Growth”, Journal of Political Economy, 101, pp. 485-517.
·  Juillard M. (1996). “A Program for the Resolution and Simulation of Dynamic Models with Forward Variables through the use of a Relaxation Algorithm”, Document de travail, Cepremap.
·  Kotlikoff L.J. (1979). “Social Security and Equilibrium Capital Intensity”, Quarterly Journal of Economics, 93, pp. 233-253.
·  Kotlikoff L.J., Spivak A. et Summers L.H. (1982). “The Adequacy of Saving”, American Economic Review, 72, pp.1056-1069.
·  Lucas R. (1988). “On the Mechanics of Economic Development”, Journal of Monetary Economics, 22, pp. 3-42.
·  Lucas R. (1990). “Supply-Side Economics : an Analytical Review”, Oxford Economic Papers, 42, pp. 293-316.
·  Marchand M., Michel Ph. et Pestieau P. (1996). “Optimal Intergenerational Transfer in an Endogenous Growth Model with Fertility Changes”, European Journal of Political Economy, 12.
·  Samuelson P.A. (1975). “Optimal Social Security in a Life-Cycle Growth Model”, Journal of Political Economy, 16, pp. 539-543.
·  Sen A. (1973). On Economic Inequality, Clarendon Press. Oxford.
·  Shefrin H. et R. Thaler (1981). “An Economic Theory of Self Control”, Journal of Political Economy, 89, pp. 392-406.
·  Stockey N.L. et Rebelo S. (1995). “Growth Effects of Flat-Rate Taxes”, Journal of Political Economy, 103, pp. 519-550.
·  World Bank (1994). Averting the Old Age Crisis : Policies to Protect the Old and Promote Growth, Oxford University Press. New York.
·  Zhang J. et J. Zhang (2000). “How Does Social Security Affect Economic Growth ? Evidence from a Cross-Country Analysis”, Manuscript, Hong Kong University.
 
NOTES
 
[(*)]CADRE, Université de Lille 2.
[(**)] FSJES Salé, Université Mohamed V Souissi, Maroc.
[(***)] SES, Ministère de la Région wallonne, Belgique.
[(****)] UNECA, United Nations Economic Commission for Africa, Ethiopia.
[(1)]Voir Samuelson (1975), Feldstein (1982) ou Kotlikoff (1979).
[(2)]Voir Hendricks (1999).
[(3)]Soit parce que les agents n’ont pas la possibilité d’épargner, soit parce que les marchés financiers ne sont pas performants.
[(4)]Voir Diamond (1977), Kotlikoff et alii (1982), ou Shefrin et Thaler (1981).
[(5)]Voir Hayashi (1985) ou Japelli et Pagano (1989).
[(6)]Voir Shefrin et Thaler (1981).
[(7)]Voir Akerlof et Yellen (1985).
[(8)]Le taux de rendement de la répartition (la croissance biologique, i.e. démographique et économique) est inférieur au taux de rendement de la capitalisation (le taux d’intérêt).
[(9)]Voir Belan et Pestieau (1999).
[(10)]Voir, entre autres, Barro et Sala-I-Martin (1995).
[(11)]Comme nous l’avons déjà précisé, les résultats seraient cependant très proches si nous avions retenu le capital physique comme moteur de croissance.
[(12)]Les enfants de moins de 17 ans ne sont pas pris en compte : ils sont supposés être à la charge de leurs parents.
[(13)]La densité uniforme est l’une des seules fonctions traitables analytiquement.
[(14)]Ce choix correspond donc plutôt à la décision de s’engager ou non dans l’enseignement supérieur post-secondaire.
[(15)]Docquier et Michel (1999) développent un modèle où la production de capital humain nécessite du temps et du capital physique. Ceci permet de distinguer le coût monétaire de l’éducation (largement subventionné dans la réalité) et le coût d’opportunité (pris en charge par les individus). Notre modèle ne prend pas en compte ce dernier coût.
[(16)]Il s’agit d’une hypothèse raisonnable lorsque la durée d’une période est de 22 ans.
[(17)]Ce résultat contraste avec celui de Stockey et Rebelo (1995) qui soutiennent que l’élasticité de substitution entre facteurs a peu d’importance sur le taux de croissance d’équilibre.
[(18)]Une extension intéressante consisterait à utiliser une fonction de production de capital humain plus complexe et à introduire les subventions publiques sur une partie des coûts privés.
[(19)]Voir Sen (1973) pour une discussion des mesures positives et normatives d’inégalité.
[(20)]Le modèle vérifie les conditions de stabilité de Blanchard-Kahn. Les deux valeurs propres les plus élevées à l’intérieur du cercle unité sont-0,49 et 0,30 (simulation avec Ï•=1et Ï„=015, ) : la principale valeur propre est négative et de module inférieur à l’unité, ce qui implique une dynamique de cycles amortis. Les simulations de trajectoire transitoire et l’analyse des propriétés dynamiques ont été réalisées à l’aide du logiciel Dynare (voir Juillard, 1996).
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[(*)]
CADRE, Université de Lille 2. Suite de la note...
[(**)]
FSJES Salé, Université Mohamed V Souissi, Maroc. Suite de la note...
[(***)]
SES, Ministère de la Région wallonne, Belgique. Suite de la note...
[(****)]
UNECA, United Nations Economic Commission for Africa, Ethio...
[suite] Suite de la note...
[(1)]
Voir Samuelson (1975), Feldstein (1982) ou Kotlikoff (1979...
[suite] Suite de la note...
[(2)]
Voir Hendricks (1999). Suite de la note...
[(3)]
Soit parce que les agents n’ont pas la possibilité d’épargn...
[suite] Suite de la note...
[(4)]
Voir Diamond (1977), Kotlikoff et alii (1982), ou Shefrin ...
[suite] Suite de la note...
[(5)]
Voir Hayashi (1985) ou Japelli et Pagano (1989). Suite de la note...
[(6)]
Voir Shefrin et Thaler (1981). Suite de la note...
[(7)]
Voir Akerlof et Yellen (1985). Suite de la note...
[(8)]
Le taux de rendement de la répartition (la croissance biol...
[suite] Suite de la note...
[(9)]
Voir Belan et Pestieau (1999). Suite de la note...
[(10)]
Voir, entre autres, Barro et Sala-I-Martin (1995). Suite de la note...
[(11)]
Comme nous l’avons déjà précisé, les résultats seraient ce...
[suite] Suite de la note...
[(12)]
Les enfants de moins de 17 ans ne sont pas pris en compte :...
[suite] Suite de la note...
[(13)]
La densité uniforme est l’une des seules fonctions traitab...
[suite] Suite de la note...
[(14)]
Ce choix correspond donc plutôt à la décision de s’engager...
[suite] Suite de la note...
[(15)]
Docquier et Michel (1999) développent un modèle où la prod...
[suite] Suite de la note...
[(16)]
Il s’agit d’une hypothèse raisonnable lorsque la durée d’u...
[suite] Suite de la note...
[(17)]
Ce résultat contraste avec celui de Stockey et Rebelo (199...
[suite] Suite de la note...
[(18)]
Une extension intéressante consisterait à utiliser une fon...
[suite] Suite de la note...
[(19)]
Voir Sen (1973) pour une discussion des mesures positives ...
[suite] Suite de la note...
[(20)]
Le modèle vérifie les conditions de stabilité de Blanchard...
[suite] Suite de la note...
régime de répartition et croissance; sensibilité à l’élasticité de substitution entre facteurs
régime de répartition et croissance ; sensibilité à l’élasticité de la croissance à l’éducation
régime de répartition et croissance ; sensibilité au coût de l’éducation
régime de répartition et inégalités ; sensibilité à l’élasticité de substitution entre facteurs
régime de répartition et inégalités ; sensibilité à l’élasticité de la croissance à l’éducation
régime de répartition et inégalités ; sensibilité au coût de l’éducation
répartition, capitalisation et croissance
répartition, capitalisation et inégalités
arbitrage croissance-inégalité en croissance stable
fonds de pension en pourcentage du PIB