Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
166 pages

p. 61 à 78
doi: en cours

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no 155 2002/4

2002 Économie et Prévision

Complémentarités des politiques d’indemnisation, chômage d’équilibre et bien-être

Olivier L’haridon  [(*)]
Cet article a pour objet l'étude de l'impact croisé des réformes des allocations chômage dans le cadre d’un modèle d’appariement à destruction d’emploi exogène intégrant différents niveaux d’indemnisation. Les complémentarités entre trois instruments indépendants de politique de l'emploi sont envisagés : deux instruments portant sur les montants associés aux deux paliers d'indemnisation et un instrument portant sur la durée moyenne de versement de l'indemnisation la plus forte. L’étude des complémentarités entre les politiques d'indemnisation suggère que celles-ci dépendent des instruments couplés. La prise en compte explicite du financement de la dépense pour l’emploi entraîne par ailleurs des effets non négligeables en termes de bien-être. L'introduction d'un salaire minimum dans l'analyse modifie profondément les conclusions du modèle, notamment en termes de bien-être.Mots-clés : allocations chômage, politiques du marché du travail, modèles d'appariement. The aim of this article is to examine the cross impact of unemployment allowance reforms within the framework of a matching exogenous employment destruction model structured to factor in different allowance levels. It considers the complementary features of three independent instruments of employment policy: two instruments for the amounts associated with the two allowance brackets and one instrument for the average period over which the highest allowance is paid. Analysis of the complementary features of allowance policies suggests that these depend on matched instruments. The explicit inclusion of the cost of promoting employment has a significant impact on welfare. Introduction of a minimum wage in the analysis radically changes the conclusion of the model, particularly in terms of welfare.Keywords : unemployment allowances, labour market policies, matching models.
Je remercie A. Zylberberg, N. Drouhin, les participants au 6ème colloque du GDR T2M, les participants au séminaire du GRID et au séminaire Économie du Travail EUREQua ainsi que deux rapporteurs anonymes pour leurs remarques et suggestions concernant une version préliminaire de ce papier.
Cet article a pour objet l’étude de l’impact croisé des réformes des allocations chômage dans le cadre d’un modèle d’appariement à destruction d’emploi exogène intégrant différents niveaux d’indemnisation. Les complémentarités entre trois instruments indépendants de politique de l’emploi sont envisagés : deux instruments portant sur les montants associés aux deux paliers d’indemnisation et un instrument portant sur la durée moyenne de versement de l’indemnisation la plus forte. L’étude des complémentarités entre les politiques d’indemnisation suggère que celles-ci dépendent des instruments couplés. La prise en compte explicite du financement de la dépense pour l’emploi entraîne par ailleurs des effets non négligeables en termes de bien-être. L’introduction d’un salaire minimum dans l’analyse modifie profondément les conclusions du modèle, notamment en termes de bien-être.
La hausse du taux de chômage et sa persistance dans les années quatre-vingt ont conduit à mettre l’accent sur les effets d’offre négatifs des allocations chômage. Leur effet désincitatif a été largement étudié dans les analyses en termes de prospection d’emploi (Mortensen, 1986), où leur principal impact est d’augmenter le salaire de réservation et ainsi la durée moyenne du chômage. Pour Layard et alii (1991), le niveau d’allocation chômage influence la longueur moyenne des périodes de chômage, avec une élasticité de l’ordre de 0,2 à 0,9. De manière générale, les études empiriques donnent un lien positif entre la durée du chômage et le montant des allocations de chômage. Par ailleurs, selon Layard et alii, l’augmentation du taux de chômage observée au cours des années quatre-vingt est davantage le fait d’une augmentation de sa durée que des flux d’entrée au chômage. En croisant cette observation avec une baisse des intensités de recherche et de l’employabilité des chômeurs de longue durée (c’est-à-dire avec une diminution des taux de sortie), on obtient une explication de la persistance du chômage en Europe au cours de cette période.
En ce qui concerne la politique de l’emploi, Layard et alii, à la suite de la littérature sur le calendrier optimal des allocations chômage initiée par Shavell et Weiss (1979), considèrent que la réforme des politiques passives de l’emploi passe plus par la diminution de la durée de versement des allocations que par celle de leur montant. Dans cette logique, ce qui compte pour l’incitation à l’entrée dans l’emploi est plus l’existence de ruptures temporelles dans les niveaux des flux d’indemnisation que le montant absolu de cette indemnisation. Dans le modèle de prospection d’emploi de Van den Berg (1990), ces ruptures entraînent une hausse du taux de sortie du chômage et une baisse progressive du salaire de réservation dès l’approche de la fin de la période à haute indemnisation. Les conséquences en termes de politique économique de ces analyses se reflètent dans l’étude sur l’emploi de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE, 1995) qui, reprenant l’ensemble de ces éléments, préconise, face à la persistance du chômage dans les pays européens, la baisse du montant des prestations dans les systèmes les plus généreux, la limitation de leur durée, le contrôle des efforts de recherche des chômeurs et une meilleure prise en compte de la fonction d’assurance des allocations chômage.
La littérature récente a cherché à approfondir ces questions dans deux directions. La première traite du profil optimal dans des situations d’aléa moral, d’effort de recherche inobservable par l’institution chargée de verser les allocations. Hopenhayn et Nicolini (1997) enrichissent le modèle initial de recherche d’emploi de Shavell et Weiss (1979) où le bien-être des chercheurs est maximisé (sous une contrainte de financement) par une séquence continûment décroissante des allocations chômage. Hopenhayn et Nicolini complètent cette structure en introduisant une détermination endogène d’une cotisation sur les salaires prélevée après l’épisode de chômage. La structure des allocations préconisée par Shavell et Weiss reste valide et se trouve complétée par un taux de prélèvement constant lors du réemploi et dépendant de manière positive de la durée de l’épisode de chômage. La présence d’une cotisation future dans la politique d’allocation chômage assure que la durée du chômage a des conséquences sur la consommation, non seulement pendant la recherche, mais aussi lors de l’emploi, ce qui renforce l’incitation à l’effort de recherche et réduit l’écart de revenu entre les états. Cette situation est ainsi préférée par des travailleurs averses à l’égard du risque. Ces modèles s’intéressent à des programmes optimaux à dépenses de l’État fixes et ne prennent pas en compte l’équilibre, donc les effets des allocations sur le chômage.
L’étude des propriétés associées à la décroissance des allocations chômage dans le cadre du modèle d’appariment à la Pissarides (2000) est la seconde voie de recherche initiée ces dernières années. Fredriksson et Holmlund (2000) comparent un système dégressif à deux niveaux d’indemnisation à un système à allocations constantes en termes de bien-être. En l’absence d’escompte, le système à deux étapes domine toujours, selon un critère utilitariste, le système à allocations constantes et la généralisation du modèle à plusieurs paliers de dégressivité exhibe un schéma d’allocations dégressives sur la période de chômage (en présence d’un taux d’escompte positif, les résultats des auteurs suggèrent que des gains potentiels existent également en faveur du système à deux étapes). C’est l’effet d’éligibilité qui assure ses “bonnes” propriétés au système à deux étapes. Cahuc et Lehmann (2000) présentent eux aussi un modèle d’appariement afin d’approfondir l’impact en termes de chômage et de bien-être du calendrier des allocations chômage. Leurs critères de jugement de la politique de l’emploi sont le taux de chômage et un critère de bien-être Rawlsien, n’envisageant que la situation des chômeurs du second palier. Dans ce modèle, la réponse des salaires réduit fortement l’efficacité associée à une plus forte dégressivité des allocations et cette dernière détériore le critère de bien-être. Joseph (2000) étudie, quant à lui, l’impact des conditions d’éligibilité en présence d’un salaire minimum. Ces dernières jouent principalement sur la composition du chômage et dans ce modèle, à taux de chômage donné, le système à allocations courtes est préférable en termes de bien-être.
Nous nous intéressons ici aux effets de ces différentes politiques d’allocations chômage dans le cad re d’un modèle d’app ariement. Nou s construisons à cet effet un modèle simple, similaire à celui de Fredriksson et Holmlund (2000), qui concerne des politiques d’indemnisation menées de manière isolée, pour étudier les complémentarités qui existent entre ces politiques, politiques de réforme de la durée et du montant des allocations chômage. La définition de la complémentarité des politiques de l’emploi traduit le fait que les institutions du marché du travail sont susceptibles d’interagir, l’effet de chacune dépendant alors du niveau des autres. Au sens de Coe et Snower (19997), la complémentarité des politiques d’emploi traduit le fait que la mise en place de plusieurs politiques en association a un effet plus important sur le taux de chômage qu’une implémentation isolée. En termes d’allocations chômage, l’étude de Coe et Snower ne prend pas en compte l’existence de plusieurs niveaux d’indemnisation, les interactions que ces éléments ont entre eux et avec les autres politiques du marché du travail. Nous étendons leur analyse à un modèle prenant en compte, d’une part, les politiques de modulation de l’indemnisation et, d’autre part, l’existence du flux du marché du travail et d’un chômage d’équilibre. La complémentarité entre politiques de l’emploi a deux conséquences importantes : en premier lieu, des pays ayant des structures institutionnelles du marché du travail différentes sont susceptibles de connaître, pour une politique de l’emploi donnée, des mouvements du taux de chômage et du niveau de bien-être différents. Ainsi, une politique unilatérale efficace dans un cadre donné est susceptible de voir son action invalidée ou renforcée par la mise en oeuvre d’autres politiques. En second lieu, la mise en place des politiques de l’emploi doit prendre en compte non seulement l’effet direct de cette politique mais aussi les effets indirects que ces réformes induisent sur les autres institutions du marché du travail.
Le critère du taux de chômage ne constitue pas le seul critère de jugement d’une politique économique, son impact sur le bien-être des travailleurs étant également important, tant en raison de l’optimalité de l’équilibre et du critère de justice considéré que de sa mise en œuvre politique et des soutiens dont elle bénéficie, de sa soutenabilité politique (Saint Paul, 1996,2000).
Dans la première partie, nous présentons le modèle d’appariement. Sa caractéristique principale est l’existence de deux types de chômeurs qui diffèrent principalement par le montant d’allocation reçues. La structure générale du modèle de Pissarides (2000) est respectée, les firmes et les travailleurs se rencontrent selon une fonction d’appariement agrégée qui relie le nombre d’embauches au nombre de postes vacants et au nombre de chercheurs d’emploi, les postes vacants sont ouverts tant qu’ils donnent des profits positifs et les salaires sont déterminés par une négociation à la Nash entre chaque travailleur et chaque entreprise. Dans un premier temps, les efforts de recherche sont fixes et égaux.
Dans la deuxième partie, nous relâchons cette hypothèse. Nous étudions la statique comparative du modèle en nous concentrant plus particulièrement sur une politique de réduction de la durée moyenne d’indemnisation. Deux effets sont susceptibles de s’opposer en termes de taux de chômage global : un effet direct modifiant l’équilibre de flux et un effet in direct modifiant la p ression salariale. Contrairement aux politiques de réforme portant sur le montant des allocations, l’effet total d’une action sur la durée d’indemnisation est ambigu et dépend notamment de l’intensité de la recherche des chômeurs de longue durée. Une simulation numérique suggère que l’impact d’une réduction de la durée d’indemnisation dépend du niveau des revenus alternatifs. Cet impact est important lorsque le ratio de remplacement du premier palier est élevé et lorsque le ratio de remplacement du second palier est faible. La prise en compte de la dépense pour l’emploi modifie en partie le comportement attendu d es critères de bien -être, une h auss e de l’indemnisation ayant des effets ambigus sur le revenu net des travailleurs. Nous envisageons également l’existence d’un salaire minimum, ce qui modifie sensiblement l’analyse tant en termes de bien-être qu’en termes de taux de chômage.
 
Le modèle
 
 
La structure générale du modèle d’appariement à destruction d’emploi exogène est respectée. On considère une économie constituée d’un grand nombre de travailleurs identiques, neutres vis-à-vis du risque. Les travailleurs peuvent être dans trois états : employés, chômeurs bénéficiant d’une indemnisation élevée (du premier palier) ou chômeurs bénéficiant d’une indemnisation plus faible (du second palier). Chaque entreprise est constituée d’un seul poste qui est soit occupé, soit vacant. Le processus de recherche est résumé grâce à une fonction d’appariement qui donne, à chaque date, le nombre de postes pourvus comme fonction du nombre d’unités de recherche efficaces S et du nombre de postes vacants J :
Les chômeurs du premier palier et les chômeurs du second palier ont une intensité de recherche et des montants d’allocations chômage différents. Si on appelle cU l’intensité de recherche des premiers et cL l’intensité de recherche des seconds, le nombre de chômeurs effectifs s’écrit S c N c NU U L L = +, avec NU nombre de chômeurs indemnisés au palier et NL nombre de chômeurs du second palier. Le rapport entre S et la population active est noté V.
La population active est égale à N, le taux de chômage associé à l’indemnisation du premier palier s’écrit u N NU = /, le taux de chômage associé à l’indemnisation du second palier l = N NL / et le taux d’emplois vacants v N=J /. La tension du marché du travail se définit comme le rapport entre le nombre de postes vacants J et le nombre de chercheurs effectifs S, elle est noté θ. La rencontre avec un travailleur s’effectue au taux :
Ce taux de transition est décroissant en θ, on a '<q ( )θ 0. Le taux de sortie du chômage par unité d’efficacité de la recherche, p, est tel que M S pS( , )J =, on a donc :
Ce taux de sortie du chômage est croissant en θ [1]. Pour un chômeur du premier palier, le taux de transition vers l’emploi est c q U θ θ( ), il est de c q L θ θ( ) pour un chômeur du second palier. À chaque instant, les postes peuvent être détruits. Les chocs qui occasionnent ces destructions d’emploi arrivent au taux exogène s. Par ailleurs, à chaque instant, les chômeurs du premier palier sont susceptib les de perdre leur droit à cette indemnisation, ce qui se produit au taux δ. La durée moyenne de versement au premier palier est ainsi égale à 1/ δ, durée moyenne qui constitue un instrument de la politique d’indemnisation du chômage. Cette formalisation du lien entre les paliers permet d’envisager l’existence de ces paliers dans un cadre analytique relativement simple. Enfin, on suppose qu’il n’y a pas de départs volontaires.
La figure 1 présente les flux entre les différents états de la population active et les taux de transition entre les différents états qui leur sont associés :
Figure 1
les flux de travailleurs sur le marché du travail
IMGIMG les flux de travailleurs sur le marché 
du travai...IMGIMF
Équilibres de flux
À l’état stationnaire, les flux entre les différents états sont équilibrés, ce qui s’écrit :
ce qui donne les expressions des taux de chômageu et l pour θ donnée :
Comportement des travailleurs et des entreprises
SoientV VU L, etVE les valeurs actuelles des flux de revenus espérés respectivement, d’un chômeur du premier palier, d’un chômeur du second palier et d’un travailleur. L’utilité instantanée des travailleurs est notée v (.), ses deux arguments sont, d’une part, le flux de revenu correspondant à l’état du marché du travail dans lequel se trouve le travailleur et, d’autre part, l’effort de recherche d’emploi effectué dans cet état. La fonction d’utilité est supposée continue, croissante dans le revenu et décroissante dans l’effort de recherche. Les travailleurs employés ne sont pas à la recherche d’un emploi, leur effort de recherche est nul. On appelle b les allocations de chômage du premier palier et cU l’effort de recherche associé, d les allocations de chômage du second palier et cL l’effort de recherche associé, w le salaire. Nous supposons que les allocations du premier palier d’indemnisation, b, sont supérieures aux allocations du second palier d’indemnisation, d. Un transfert forfaitaire noté R est levé sur tous les travailleurs. Les valeurs actualisées des flux de revenus espérés s’écrivent alors :
rVU peut être vu comme le salaire de réservation des chômeurs du premier palier, c’est la compensation minimale acceptée pour abandonner la recherche. En ce qui concerne les chômeurs du second palier nous avons :
Pour les travailleurs employés :
SoitVJ la valeur actuelle des flux de profit espérés d’un poste occupé etVV celle d’un poste vacant. À l’instar de Pissarides (2000), nous supposerons que chaque poste occupé a une productivité constante y, qui ne dépend pas de la situation du travailleur et que chaque poste vacant coûte γ0 par unité de temps. On a :
À l’équilibre, toutes les opportunités de profit offertes par la possibilité d’ouvrir de nouveaux postes sont exploitées. Les entreprises entrent sur le marché tant que les emplois vacants procurent des profits espérés positifs, ce qui impliqueVV = 0. Si l’on applique cette condition de libre entrée aux équations (11) et (12), nous obtenons la condition de création de poste pourun salaire w donné qui s’écrit :
Équation de salaire
Les salaires sont fixés par négociation entre chaque firme et chaque travailleur après leur rencontre, en prenant le salaire fixé ailleurs dans l’économie comme donné. Le point de menace d’une firme est la valeur d’un poste vacant, celui d’un travailleur est la valeur du chômage du premier palier. On suppose ainsi qu’un contact avec une entreprise requalifie les chômeurs du second palier pour les allocations de chômage de départ, le point de menace est donc, pour tous, la valeur du chômage du premier palier. Le montant des allocations pour les chômeurs du second palier est ainsi contingent au contact avec une entreprise. Le salaire négocié est tel que :
Le salaire correspondant partage le surplus selon :
Après quelques manipulations, on obtient une équation de salaire qui donne le coût du travail pour une tension θ donnée :
Étant donnée l’expression du partage du surplus (15), la valeur associée au premier palier de chômage (8) et les gains associés aux changements d’états fournis par l’annexe 1, l’équation desalaire s’écrit :
Budget de l’État
Le budget de l’État se réduit ici au budget de la caisse d’allocations de chômage, celles-ci sont financées par le recours à un prélèvement forfaitaire R. On a :
Équilibre à effort de recherche exogène
Les équations (6), (7), (13), (17) et (18) déterminent l’équilibre de l’économie. Le modèle simple ainsi décrit peut être utile pour comprendre l’action de la politique du marché du travail dans ce modèle, les interactions existant entre les différentes mesures et le rôle du salaire négocié. Le gouvernement dispose de trois instruments indépendants de politique d’indemnisation du chômage : le montant des allocations versées au premier et au second palier, la durée moyenne d’indemnisation du premier palier. Afin d’étudier l’effet de la durée d’indemnisation sur le salaire et de pouvoir le comparer à l’impact des politiques jouant sur le montant de l’indemnisation, nous supposons que les efforts de recherche des deux types de chômeurs sont égaux. Cette hypothèse de symétrie supprime les effets de composition du chômage. La prise en compte d’un effort de recherche différent suivant le palier d’indemnisation est réalisée dans la partie suivante, où ces efforts sont endogènes. Les politiques agissant sur le montant des allocations, via b et d, affectent l’équilibre uniquement par l’intermédiaire de l’équation de salaire, contrairement au taux de couverture δ qui agit non seulement sur le salaire mais également sur les flux de sortie du chômage du premier palier et, bien sûr, sur le flux d’entrée du chômage du second palier. Comme dans la plupart des modèles d’appariement, les augmentations du montant des prestations, quel que soit le palier ici, tendent à élever les différents taux de chômage d’équilibre [2]. La pression salariale résultant de ces augmentations réduit la profitabilité des postes ouverts par les entreprises et ainsi la tension du marché du travail. La politique de réduction de la durée de versement des allocations du premier palier, qui se traduit par une hausse deδ, a deux effets sur l’équilibre : un effet direct en affectant les flux de travailleurs sur le marché du travail, un effet indirect en affectant la négociation salariale. L’effet direct déplace la courge de Beveridge pour θ donné, l’effet indirect modifie la valeur de la tension d’équilibre sur le marché du travail. L’ampleur de l’effet direct se détermine aisément : il réduit le taux de chômage du premier palier, augmente celui du second palier. Lorsque les efforts de recherche sont identiques, l’effet direct sur le taux de chômage global est nul [3]. Dans le modèle à salaire endogène et effort exogène avec c c c U L = =, que nous envisageons ici, l’action de la durée moyenne du chômage passe uniquement par le salaire, par l’effet indirect. Une mesure de celui-ci est donnée en dérivant l’expression du salaire, on a :
Λ étant un réel positif. Une réduction de la durée moyenne d’indemnisation, une hausse de δ, réduit ainsi le salaire, augmente la tension du marché du travail et diminue par conséquent le taux de chômage global. L’efficacité de cette mesure est renforcée par la différence de prestations entre les deux paliers d’indemnisation. Elle est ainsi renforcée lorsque le montant des versements associé au premier palier est élevé et le montant associé au second palier faible.
 
Complémentarités des politiques d’indemnisation du chômage
 
 
Jusqu’à présent, nous n’avons pas précisé comment étaient déterminés les efforts de recherche cU et cL. Dans cette partie, nous les intégrons à l’analyse avant d’envisager les complémentarités entre les politiques d’indemnisation du chômage dans deux cadres d’analyse différents : un salaire minimum contraignant et un salaire flexible. Dans la mesure où aucun résultat analytique clair ne peut être mis en évidence, nous recourons à une simulation numérique. La première sous-partie introduit des efforts de recherche endogènes dans le modèle et précise le cadre dans lequel s’effectue la simulation numérique. La deuxième sous-partie présente les complémentarités des politiques d’indemnisation du chômage lorsque le salaire est flexible. La troisième sous-partie précise le rôle des ajustements de salaire en envisageant le cas d’un salaire minimum.
Hypothèses
Les efforts de recherche sont endogénéisés dans l’esprit de Pissarides (2000). L’intensité de la recherche est choisie afin de maximiser la valeur actualisée des revenus espérés des chômeurs pendant leur recherche, VU et VL, en prenant les valeurs moyennes des intensités de recherche et les autres variables de marché comme données. Nous supposons que le coût de l’effort en utilité croît à la marge νcc ≤ 0. Les intensités optimales satisfont :
avec VU et VL évaluées aux efforts de recherche optimaux. Ces expressions indiquent que les chômeurs égalisent le coût de l’effort de recherche marginal au rendement espéré de cet effort marginal. À l’équilibre, tous les chômeurs du premier palier choisissent le même cU et tous les chômeurs du second palier choisissent le même cL. Ces deux équations, ajoutées au bloc formé par (6), (7), (13), (17) et (18), déterminent l’équilibre en présence d’un effort de recherche et d’un salaire endogène, l’équilibre en présence d’un salaire minimum excluant évidemment l’équation de salaire.
Quel que soit le mode de détermination du salaire, les complémentarités entre les politiques de l’emploi sont ambiguës dans le modèle. Nous présentons ici les hypothèses communes retenues dans les simulations numériques concernant la fonction d’appariement, la fonction d’utilité et les critères de bien-être retenus.
La fonction d’appariement retenue est une fonction de Cobb Douglas :
ce qui implique, comme taux de transition :
q A( )θ θη =- et θ θ θη q A( ) =-1. L’élasticité de la fonction d’appariement au taux de chômage est notée η. On appelle A le paramètre d’échelle de la fonction d’appariement.
La fonction d’utilité retenue est séparable entre revenu et effort de recherche. On suppose que l’utilité associée à ce dernier est à élasticité constante. La fonction d’utilité retenue pour le revenu est une fonction d’utilité à aversion pour le risque constante. Ainsi, on a :
ϕreprésente le degré d’aversion relative au risque et ε représente l’élasticité de l’utilité à l’effort de recherche.
Outre les résultats en termes de taux de chômage, nous avons retenu deux mesures de bien-être. La première concerne la situation de l’ensemble des travailleurs. Il s’agit d’une somme pondérée des valeurs actualisées de leurs revenus nets de la dépense pour l’emploi. La seconde est de type rawlsienne. Elle correspond au minimum de ces valeurs actualisées pour les travailleurs, ce qui correspond, en général, à la situation des chômeurs du second palier [4].
Le premier critère s’écrit :
et le critère rawlsien correspond à :
Salaire flexible
Nous considérons dans cette sous-partie le cas d’un salaire librement négocié entre les travailleurs et les entreprises. L’interprétation des intensités optimales est facilitée lorsque l’on intègre le résultat du partage du surplus donné par l’équation (15). En associant la valeur d’un poste pourvu à l’équilibre à cette équation, les expressions (20) et (21) s’écrivent :
La négociation salariale assure que seules les variables qui agissent sur le coût marginal de la recherche, sur le coût des emplois vacants et sur le partage du surplus, influencent l’effort de recherche des chômeurs du premier palier. Les variables qui agissent sur la différence V VU L - n’affectent directement que l’effort de recherche des chômeurs du second palier. Les travailleurs du premier palier réagissent en fonction de la tension du marché du travail et ceux du second palier en fonction de cette tension et de la différenceV VU L -.
L’équation (26) nous indique que ni les indemnités du second palier, ni le paramètre de durée des allocations de chômage δn’influencent directement l’intensité de recherche des chômeurs du premier palier [5]. En ce qui concerne l’effort de recherche des chômeurs du second palier, le paramètre de durée des allocations de chômageδtend à réduire, à tension du marché du travail et salaires fixes, l’intensité de recherche des chômeurs du second palier, en réduisant la partie V VU L - du gain associé à un effort supplémentaire. L’indemnisation du premier palier augmente le rendement de la recherche et ainsi l’effort des travailleurs du second palier. Cet effet est connu sous le nom d’effet d’éligibilité. De manière générale, l’impact des politiques jouant sur le montant de l’indemnisation dépend de la forme de la fonction d’utilité. En effet, siv x c c x ( , ) < 0, le coût de l’effort de la recherche croît avec le revenu de remp lacement. Dan s ce cas, un montant d’indemnisation plus élevé réduit l’effort de recherche. C’est un résultat traditionnel de la théorie de la recherche d’emploi (Mortensen (1977)).
Aucun résultat clair ne peut être dégagé concernant l’action de la durée d’indemnisation. Il en est, a fortiori, de même pour ses interactions avec les autres politiques de l’emploi. Une simulation peut nous permettre d’apprécier l’effet global associé aux modifications de la durée moyenne du chômage, sa décomposition et les complémentarités entre les politiques d’allocation de chômage. Des exercices similaires de simulation, portant sur les politiques d’allocation de chômage, sont réalisés par Fredriksson et Holmlund (2000) et Cahuc et Lehmann (2000).
Dans nos exercices numériques, l’élasticité de la fonction d’appariement au taux de chômage, η, est égale à la valeur habituellement retenue dans la littérature, à savoir 0,5. Cette valeur correspond aux études empiriques de Blanchard et Diamond (1989) et Pissarides (1986). Le poids relatif de chaque partie dans la négociation étant difficilement définissable et observable, nous retenons une négociation symétrique ( , )β =0 5. La productivité est fixée à l’unité, le taux d’intérêt à 0,01 % par trimestre. Le paramètre d’échelle de l’appariement est fixe et égal à l’unité. Toutes ces valeurs sont données et ne sont pas modifiées au cours de la simulation.
Nous considérerons que les allocations de chômage du premier palier sont indexées sur le salaire moyen, b w=ρ avec ρ ratio de remplacement du premier palier et d w=α, avec α ratio de remplacement du second palier. Ces deux ratios sont compris entre 0 et 1. On suppose α inférieur à ρ. Pour le ratio de remplacement du premier palier, nous avons retenu la valeur de 75 % proche de celle donnée par l’OCDE (1999) pour la France et l’Allemagne pour le salaire ouvrier moyen. Le ratio de remplacement du second palier correspondant est d’environ 60 % dans la spécification de départ. Le taux de couverture δ retenu ( , )δ =0 25 correspond à une durée moyenne d’indemnisation du chômage du premier palier de 12 mois.
Le modèle est calibré sur le taux de destruction des emplois, le coût des emplois vacants, le coefficient d’aversion relative au risque et l’élasticité à l’effort. Le choix des valeurs se fait afin de reproduire un certain nombre de faits stylisés : un taux de chômage compris entre 9 et 11 %, une durée moyenne de chômage d’environ 9 mois, une proportion de chômeurs au second palier de l’ordre de 40 %. L’élasticité de la durée moyenne du chômage à l’indemnisation résultant de la synthèse des études empiriques opérée par Layard et alii (1991) est comprise entre 0,2 et 0,9. Le modèle reproduit ces faits pour un taux de destruction d’emploi de 0,04 par trimestre, un coût des emplois vacants de 2, un coefficient d’aversion au risque de 0,8 et une élasticité à l’effort de 6. Pour ces valeurs, le taux de chômage est de 10,4 %, la part des chômeurs au second palier de 41 %, la durée moyenne du chômage de 2,9 trimestres. L’élasticité de la durée moyenne de chômage (premier palier) à ratio de remplacement du premier palier est de 0,5, l’élasticité de la durée moyenne du second palier àα est de 0,76. Le tableau 1 rappelle les valeurs des paramètres retenues dans la configuration de base.
Les plages de valeurs retenues pour les paramètres de politique passive de l’emploi sont les suivantes : le ratio de remplacement du premier palier varie de 60 à 85 %, celui du second palier de 40 à 75 %, la durée moyenne du chômage de 1,5 à 30 mois. Les simulations se concentrent sur la complémentarité entre la politique de dégressivité agissant par δet les deux politiques affectant le revenu alternatif. L’action croisée de ces dernières sera également évoquée. Afin de faciliter la lecture des résultats de la simulation, ceux-ci sont présentés sous forme de graphiques.
Ratio de remplacement du premier palier et durée d’indemnisation
Le premiercouple envisagé de politiques de l’emploi concerne le ratio de remplacement ρ et la durée moyenne de versement des allocations du premier palier, 1/ δ. La figure suivante présente la réaction du taux de chômage global aux modifications des paramètres de politique économique. En ce qui concerne les complémentarités, l’impact du ratio de remplacement ρ est d’autant plus important que la durée moyenne de versement est élevée. En effet, le revenu total de remplacement du premier palier, évalué sur la durée moyenne du chômage, est d’autant plus important que cette durée est longue, que l’indemnisation associée à ce palier est longue. Le salaire négocié par les entreprises et les insiders et, par conséquent la création de poste, réagissent significativement aux mouvements du ratio de remplacement. À cet effet relativement simple s’ajoutent les variations des efforts de recherche. Un ratio de remplacement élevé au premier palier et/ou une durée d’indemnisation forte découragent la recherche d’emploi des travailleurs du premier palier, ce qui amplifie l’impact du salaire sur le taux de chômage d’équilibre. Ces conditions favorables d’indemnisation pour le premier palier suscitent, par effet d’éligibilité, une augmentation de l’effort de recherche [6] des travailleurs situés au second palier. Cette recherche accrue n’est cependant pas assez forte pour contrecarrer l’effet du salaire et de l’effort de recherche des travailleurs du premier palier.

Tableau 1
valeurs des paramètres dans la spécification de référence
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Tableau 1 : valeurs des paramètres dans la spécification de référence Valeurs fixées Valeur de la productivité y = 1 par trimestre Taux d’intérêt r = 0 01, par trimestre Elasticité de l’appariement η = 0,5 Pouvoir des travailleurs β = 0 5, Instruments de politique économique dans la situation de référence Ratio de remplacement premier palier ρ = 0 75, Ratio de remplacement second palier α = 0 6, Taux de couverture δ = 0 25, Valeurs issues de la calibration Taux de destruction des emplois s = 0 04, par trimestre Coût de recrutement γ0 2= par trimestre Elasticité de l’effort ε = 6 Aversion relative au risque ϕ = 0 8, Valeur des variables endogènes Taux de chômage d’équilibre u = 10 37, % Tension du marché du travail θ = 0 29, Salaire w = 0 9485, Effort de recherche, premier palier cU = 0 636, Effort de recherche, second palier cL = 0 672,

Dans notre simulation, l’effort de recherche des travailleurs du second palier est toujours plus important que celui des travailleurs situés au premier palier. Une politique de réduction de la durée d’indemnisation tendra donc à réduire le taux de chômage, en dehors de son action sur le salaire et sur l’effort, par un simple effet flux. Cet effet, que nous avons nommé direct, sera d’autant plus important que le ratio de remplacement du premier palier est élevé, la différence entre ces deux efforts de recherche étant alors importante. Cet effet direct agit de manière similaire à l’effet de pression salariale et à l’effet sur la recherche au premier palier, ce qui amplifie leur action sur le taux de chômage.
La complémentarité qui existe entre le ratio de remplacement du premier palier et la durée moyenne d’indemnisation apparaît donc liée avant tout à l’impact commun de ces deux mesures sur le revenu de remplacement espérée sur cette phase de chômage. On peut également se demander si l’effet croisé entre le ratio de remplacement associé au second palier et ces politiques déterminant l’indemnisation au premier palier est le même selon l’instrument choisi, ratio de remplacement ou durée d’indemnisation. Notre évaluation quantitative n’offre pas sur ce point de conclusion tranchée, l’impact en termes de bien-être et de dépense pour l’emploi étant similaire pour chacune des politiques réduisant d’un point le taux de chômage à partir de la situation de référence.
Figure 2
ratio de remplacement, durée moyenne de versement et taux de chômage global, salaire flexible et efforts de recherche endogènes
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versement...IMGIMF
Ratio de remplacement du second palier et durée d’indemnisation
Le deuxième panier de politiques de l’emploi envisagé concerne la durée moyenne de versement 1/ δ et le ratio de remplacement associé au second palier α. En termes de taux de chômage global, l’action sur le ratio de remplacement α est d’autant plus importante que la durée de versement des allocations du premier palier est courte, ainsi que l’indique la figure 3.
Figure 3
ratio de remplacement du second palier, durée moyenne de versement et taux de chômage global, salaire flexible et efforts de recherche
IMGIMGratio de remplacement du second palier, 
durée moy...IMGIMF
Comme précédemment, trois types d’effets sont à l’œuvre. En premier lieu, le salaire intègre fortement l’évolution du ratio de remplacement du second palier lorsque celui-ci devient plus probable, α a en effet une influence non négligeable sur le revenu alternatif espéré lié au chômage. En second lieu, si l’effort de recherche des chômeurs du second palier est relativement insensible aux variations de la durée moyenne d’indemnisation, celui des chômeurs du premier palier réagit fortement à ce type d’incitation. Lorsque la durée moyenne de versement est faible, l’action sur α affecte donc fortement leur effort de recherche. Ainsi, pour les deux types de chômeurs, lorsque le ratio de remplacement du second palier augmente, l’effort de recherche se réduit. Enfin, l’effet flux induit, à taux de chômage donnés, une sortie du chômage plus importante lorsque la durée moyenne est faible, les travailleurs du second palier ayant une recherche d’emploi plus intensive. Ces trois effets vont ici dans le mêmesens et expliquent le comportement du taux de chômage d’équilibre.
Si une réduction de la durée de versement ou de l’indemnisation du second palier conduit à une réduction du taux de chômage global, il convient également d’envisager leur impact en termes de bien-être. Les figures 4a et 4b représentent l’évolution du critère rawlsien. En opposition, lorsque α se situe à un niveau important, une hausse de la durée d’indemnisation détériore le critère de bien-être. En effet, dans ce cas, la dépense pour l’emploi est importante, ce qui réduit fortement le revenu alternatif. L’effet du ratio de remplacement associé au second palier dépend de son niveau. Lorsqu’il est faible, toute augmentation de ce ratio, en réduisant l’écart de revenu entre les différents états accroît le bien-être des chômeurs du second palier [7]. Cet effet l’emporte sur l’augmentation de la dépense pour l’emploi, il est renforcé par le coût en utilité résultant de l’effort accru. Lorsque ce ratio de remplacement est à un niveau élevé, l’effet associé à l’augmentation de la dépense pour l’emploi l’emporte, le bien-être est réduit. Le critère utilitariste se comporte différemment, traduisant des conflits d’objectifs dans la politique de l’emploi entre les différentes catégories de travailleurs [8]. La réduction du ratio de remplacement du second palier a plus d’impact, pour les travailleurs employés et les chômeurs du premier palier, en termes de réduction de la dépense pour l’emploi que d’augmentation dans l’asymétrie de revenus. Leur poids dans le critère utilitariste implique une décroissance de ce critère dans α [9].
Figure 4a et 4b
ratio de remplacement du second palier, durée moyenne de versement et taux de chômage global, salaire flexible et efforts de recherche endogènes
IMGIMGratio de remplacement du second palier, durée moye...IMGIMF
Ratio de remplacement du premier et du second palier
En termes de taux de chômage, chaque instrument de politique économique est plus efficace lorsque la valeur de l’autre instrument est importante. Dans un marché du travail fortement réglementé, la hausse du taux de chômage global vient principalement d’une augmentation du taux de chômage du second palier, les incitations des chômeurs se trouvant dans cette situation étant les plus affectées. Les graphiques sont présentés dans l’annexe 3-2.
Le critère utilitariste décroît toujours avec le ratio de remplacement ρ, plus particulièrement lorsque α est à un niveau important [10]. Il en est de même pour le ratio de remplacement du second palier α. La réduction de ce dernier entraîne des pertes de bien-être pour les chômeurs du second palier, lorsqu’il se situe à un niveau faible et ce d’autant plus que l’indemnisation associée au premier palier est faible [11].
La réduction de l’indemnisation associée au premier palier, en réduisant la dépense pour l’emploi, est susceptible d’entraîner non seulement des gains en termes d’emplois, mais également en termes de bien-être, sous l’effet de la réduction de la dépense pour l’emploi. La baisse de l’indemnisation associée au second palier, si elle réduit le taux de chômage, a des effets différents sur le bien-être suivant son niveau et le critère de bien-être retenu. Sa mise en œuvre, tant dans une perspective d’optimalité que dans une perspective d’économie politique, est ainsi plus délicate.
Salaire minimum
Nous étudions à présent le cas d’une économie où existe un salaire minimum contraignant. On note ce dernier w. Celui-ci détermine la tension du marché du travail selon la condition de création de poste :
Les efforts de recherche sont alors donnés par (20) et (21) qui s’écrivent respectivement :
La présence d’un salaire minimum ne fait pas disparaître les effets ambigus des politiques de l’emploi. Nous reprenons par conséquent notre simulation afin d’obtenir une évaluation quantitative de ces politiques. Le salaire minimum est contraignant quel que soit l’état du marché du travail, sa valeur est de 0,964.
La tension du marché du travail étant fixée par le salaire minimum, les politiques de l’emploi n’affectent plus que l’effort de recherche, le taux de chômage global et la dépense pour l’emploi. Ceci a des conséquences importantes à l’équilibre, tant en ce qui concerne le comportement du taux de chômage que des critères de bien-être.
En ce qui concerne le taux de chômage, seule la politique agissant sur la durée d’indemnisation a un effet significatif. La réduction de la durée d’indemnisation agit par l’effet flux, les travailleurs situés au second palier ayant un effort de recherche plus important. Les graphiques présentés en annexe 4 montrent que le niveau des ratios de remplacement n’affecte pas l’action de la durée moyenne d’indemnisation sur le taux de chômage. En effet, les efforts de recherche et leur rapport varient peu en fonction des paramètres de politique économique. Le salaire joue donc un effet déterminant dans la transmission des politiques de modulation du montant des cotisations et dans leur interaction, tant par son action directe sur l’offre de postes des entreprises que sur l’effort de recherche des chômeurs.
En termes de bien-être, le moindre ajustement de l’économie se traduit par une plus faible amplitude de la dépense pour l’emploi, l’action de cette dernière est donc limitée. La réponse limitée des efforts de recherche restreint leur impact négatif sur le bien-être en cas de réduction de l’indemnisation. Les critères présentés en annexe ont ici un comp ortemen t s imilaire, toute hau sse de l’indemnisation, quelle que soit sa forme, augmente le bien-être. Cette conclusion est ainsi radicalement différente de celles que nous avons obtenues dans le cas d’un marché du travail flexible.
 
Conclusion
 
 
Nous venons d’étudier les complémentarités des politiques passives de l’emploi et leur impact sur le bien-être. Les politiques de modification de la durée de versement sont plus efficaces en termes de taux de chômage lorsque les allocations du premier palier sont importantes et les allocations du second palier faibles, ce qui implique que l’efficacité de ces politiques dépend du marché du travail considéré. Si l’on croise les deux politiques de revenu entre elles, la complémentarité est plus importante lorsque le marché du travail est fortement réglementé. L’effet d’éligibilité des allocations de chômage et l’impact des politiques sur le salaire affectent fortement le comportement du taux de chômage d’équilibre. Il convient de noter que dans un marché du travail où la valeur du revenu associé au second palier est faible par rapport au niveau de productivité (un marché du travail “qualifié”), la réduction de la durée moyenne d’indemnisation aura plus d’effet que dans un marché du travail “non qualifié” présentant des caractéristiques opposées.
En termes de bien-être, la prise en compte de la dépense pour l’emploi modifie le comportement des critères. L es d iminutions d es cond itions d’indemnisation, si elles réduisent le revenu brut instantané des chômeurs et augmentent le coût global en utilité associé à la recherche, engendrent également une augmentation des taux de transition vers l’emploi et une réduction de la dépense pour l’emploi. Les réponses en termes d’utilité sont différentes selon les travailleurs considérés, ce qui peut conduire à des conflits d’objectifs dans la définition des politiques du marché du travail.
La présence d’un salaire minimum montre l’importance des ajustements salariaux dans la transmission des politiques du marché du travail, notamment sur l’effort de recherche des travailleurs et l’évolution de la dépense pour l’emploi. Un salaire minimum conduit à un faible soutien politique des travailleurs en faveur d’une politique de réduction de l’indemnisation, la baisse associée de la dépense pour l’emploi et l’augmentation des opportunités d’emploi répondant faiblement à ce type d’incitation. Seule l’action sur la durée moyenne d’indemnisation du premier palier a un réel effet sur le taux de chômage, mais cet effet reste purement mécanique.
Ainsi, la comparaison des différents modes de financement de la dépense pour l’emploi dans ce type de modèle, par prélèvement forfaitaire ou cotisations sociales, tant en termes d’efficacité que de justice sociale, la prise en compte des interactions entre une politique fiscale active et les réformes de politique d’indemnisation constituent des pistes de recherche intéressantes. Les conditions d’éligibilité aux allocations de chômage et le contrôle de l’effort de recherche, si celui-ci apparaît sous-optimal, peuvent également enrichir l’analyse et en compléter les conclusions.
 
Annexe 1 : différences de valeurs actualisées espérées entre les différents états et équation de salaire
 
 
Les différences entre les valeurs associées aux différents états sont :
Ce qui donne, à tension et salaire fixes :
L’équation de salaire s’écrit sous la forme :
La valeur actualisée espérée associée au premier palier d’indemnisation s’écrit :
En retenant le partage du surplus qui nous donne :
et en utilisant l’expression de la différence V VU L - décrite ci-dessus, on obtient :
L’équation de salaire s’écrit alors :
Avec des intensités de recherche exogènes et égales, c c c U L = =, l’équation de salaire s’écrit :
En différenciant cette équation par rapport au salaire et au taux de transition, on obtient :
ce qui donne :
Le côté droit de cette équation s’écrit :
ce qui donne :
avec :
Les propriétés de la fonction d’utilité et la différenciation de la condition de création de poste (13) nous indiquent que '> ''<v v0 0, et ainsi que Λ >0.
 
Annexe 2 : effet direct de transition entre les deux paliers sur les taux de chômage
 
 
 
Annexe 3 : taux de chômage, critères de bien-être et politiques de l’emploi, cas d’un salaire flexible, efforts de recherche endogène
 
 
Politiques de modification de ratio de remplacement du premier palier et de la durée d’indemnisation
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage (figure A3-1), des critères de bien-être rawlsien (figure A3-2) et utilitariste (figure A3-3) en fonction du ratio de remplacement du premier palier et de la durée d’indemnisation.
Figure A3-1
ratio de remplacement, durée moyenne de versement et taux de chômage global
IMGIMGratio de remplacement, durée moyenne 
de versement...IMGIMF
Figure A3-2
critère Rawlsien
IMGIMGcritère RawlsienIMGIMF
Figure A3-3
critère utilitariste
IMGIMGcritère utilitaristeIMGIMF
Politiques de modification des ratios de remplacement du premier et du second palier.
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage (figure A3-4), des critères de bien-être rawlsien (figure A3-5) et utilitariste (figure A3-6) en fonction du ratio de remplacement du second palier et de la durée d’indemnisation.
Figure A3-4
taux de chômage d’équilibre
IMGIMGtaux de chômage d’équilibreIMGIMF
Figure A3-5
critère Rawlsien
IMGIMGcritère RawlsienIMGIMF
Figure A3-6
critère utilitariste
IMGIMGcritère utilitaristeIMGIMF
 
Annexe 4 : taux de chômage critères de bien-être et politiques de l’emploi, cas d’un salaire minimum contraignant, efforts de recherche endogènes
 
 
Politiques de modification du ratio de remplacement du premier palier et de la durée d’indemnisation
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage (figure A4-1), des critères de bien-être rawlsien (figure A4-2) et utilitariste (figure A4-3) en fonction du ratio de remplacement du premier palier et de la durée d’indemnisation.
Figure A4-1
taux de chômage global, ratio de remplacement du premier palier et durée d’indemnisation
IMGIMGtaux de chômage global, ratio de 
remplacement du ...IMGIMF
Figure A4-2
critère Rawlsien
IMGIMGcritère RawlsienIMGIMF
Figure A4-3
critère utilitariste
IMGIMGcritère utilitaristeIMGIMF
Politiques de modification du ratio de remplacement du second palier et de la durée d’indemnisation
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage (figure A4-4), des critères de bien-être rawlsien (figure A4-5) et utilitariste (figure A4-6) en fonction du ratio de remplacement du second palier et de la durée d’indemnisation.
Figure A4-4
taux de chômage global, ratio de remplacement du second palier et durée d’indemnisation
IMGIMGtaux de chômage global, ratio de 
remplacement du ...IMGIMF
Figure A4-5
critère Rawlsien
IMGIMGcritère RawlsienIMGIMF
Figure A4-6
critère utilitariste
IMGIMGcritère utilitaristeIMGIMF
Politiques de modification des ratios de remplacement du premier et du second paliers
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage (figure A4-7), des critères de bien-être rawlsien (figure A4-8) et utilitariste (figure A4-9) en fonction des ratios de remplacement des premier et second paliers d’indemnisation.
Figure A4-7
taux de chômage global, ratio de remplacement du premier et du second palier et durée d’indemnisation
IMGIMGtaux de chômage global, ratio 
de remplacement du ...IMGIMF
Figure A4-8
critère Rawlsien
IMGIMGcritère RawlsienIMGIMF
Figure A4-9
critère utilitariste
IMGIMGcritère utilitaristeIMGIMF
 
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NOTES
 
[(*)]GRID, ENS de Cachan E-mail : llharidon@ bretagne. ens-cachan. fr
[(1)]En effet, θ θ θq M( ) ( , )= 1 et la fonction d’appariement est croissante en chacun de ses arguments.
[(2)]L’annexe 1 décrit les déterminants de l’équation de salaire.
[(3)]Dans le cas contraire, le signe de l’effet direct sur le taux de chômage global dépend du rapport des intensités. Dans le cas où l’effort de recherche des chômeurs du second palier est plus important que l’effort des chômeurs du premier palier, une hausse du taux de transition δ transforme des chômeurs à faible effort de recherche en chômeurs à effort élevé, ce qui réduit mécaniquement le taux de chômage global.
[(4)]En toute rigueur, ceci nécessite cependant que :
[(5)]Ainsi, à tension du marché du travail θ fixée, ces variables n’ont pas d’impact sur les stratégies de recherche.
[(6)]L’effet d’éligibilité l’emporte sur l’effet de tension, le seul en présence au premier palier qui, en réduisant le rendement marginal de la recherche réduit l’effort de recherche, les rencontres étant moins aisées. Par ailleurs, on peut noter que la séparabilité entre revenu et effort, retenue pour la fonction d’utilité, implique que le niveau d’indemnisation n’affecte pas le coût marginal de la recherche. Ainsi, seul l’impact sur le rendement marginal compte. Les graphiques concernant les efforts de recherche sont disponibles auprès de l’auteur et sur le site www. bretagne. ens-cachan. fr/ lharidon.
[(7)]Cet impact est d’autant plus important que l’état de faible indemnisation est probable, que la durée moyenne de versement du premier palier est faible.
[(8)]Les critères de bien-être sont relativement sensibles aux valeurs des paramètres retenues dans la simulation. En effet, suivant les valeurs de ces paramètres, le poids des différentes composantes (lissage du revenu, dépense pour l’emploi et coût de l’effort) se modifie et la réaction des variables endogènes (tension, salaire, efforts et taux de chômage) aux instruments de politique économique change. Par exemple, un pouvoir de négociation des travailleurs plus faible réduit le salaire-ce qui augmente la tension du marché du travail et réduit la dépense pour l’emploi- mais réduit également le rendement de la recherche. Au total, le marché du travail se caractérise par des flux plus importants et une recherche moins intensive. La dépense pour l’emploi est plus faible et varie moins sous l’effet de l’indemnisation. Son impact négatif sur le bien-être est alors fortement atténué, conduisant à l’amélioration de la condition de tous les travailleurs lorsque l’indemnisation s’accroît. Les autres paramètres de la simulation, élasticité de l’effort, efficacité de l’appariement, coût de recrutement par exemple, ont moins d’influence sur le comportement des critères de bien-être, si ce n’est quantitative. En ce qui concerne le comportement du taux de chômage, ce dernier n’est affecté que de manière quantitative par les valeurs de ces paramètres.
[(9)]Pour des valeurs très faibles de la durée moyenne de versement, d’une part, l’impact de la dépense pour l’emploi se réduit et, d’autre part, la masse de travailleurs concernés par une baisse du ratio de remplacement du second palier augmente, ce qui conduit à une baisse du critère utilitariste lorsque ce ratio de remplacement se réduit.
[(10)]En effet, l’impact lié à l’aversion au risque joue peu et l’effet à la dépense pour l’emploi est alors important.
[(11)]On remarque bien que l’action sur la durée moyenne et sur le ratio de remplacement du premier palier sont qualitativement similaires.
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[(*)]
GRID, ENS de Cachan E-mail : llharidon@ bretagne. ens-cach...
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[(1)]
En effet, θ θ θq M( ) ( , )= 1 et la fonction d’appariement...
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[(2)]
L’annexe 1 décrit les déterminants de l’équation de salair...
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[(3)]
Dans le cas contraire, le signe de l’effet direct sur le ta...
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[(4)]
En toute rigueur, ceci nécessite cependant que : Suite de la note...
[(5)]
Ainsi, à tension du marché du travail θ fixée, ces variabl...
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L’effet d’éligibilité l’emporte sur l’effet de tension, le ...
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Cet impact est d’autant plus important que l’état de faibl...
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Les critères de bien-être sont relativement sensibles aux ...
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Pour des valeurs très faibles de la durée moyenne de verse...
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En effet, l’impact lié à l’aversion au risque joue peu et ...
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[(11)]
On remarque bien que l’action sur la durée moyenne et sur ...
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les flux de travailleurs sur le marché du travail
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critère Rawlsien