2002
Économie et Prévision
Complémentarités des politiques d’indemnisation, chômage d’équilibre et bien-être
Olivier L’haridon
[(*)]
Cet article a pour objet l'étude de l'impact croisé des réformes des allocations chômage dans le cadre d’un modèle
d’appariement à destruction d’emploi exogène intégrant différents niveaux d’indemnisation. Les complémentarités entre
trois instruments indépendants de politique de l'emploi sont envisagés : deux instruments portant sur les montants
associés aux deux paliers d'indemnisation et un instrument portant sur la durée moyenne de versement de l'indemnisation
la plus forte. L’étude des complémentarités entre les politiques d'indemnisation suggère que celles-ci dépendent des
instruments couplés. La prise en compte explicite du financement de la dépense pour l’emploi entraîne par ailleurs des
effets non négligeables en termes de bien-être. L'introduction d'un salaire minimum dans l'analyse modifie profondément
les conclusions du modèle, notamment en termes de bien-être.Mots-clés :
allocations chômage, politiques du marché du travail, modèles d'appariement.
The aim of this article is to examine the cross impact of unemployment allowance reforms within the framework of a matching
exogenous employment destruction model structured to factor in different allowance levels. It considers the complementary
features of three independent instruments of employment policy: two instruments for the amounts associated with the two
allowance brackets and one instrument for the average period over which the highest allowance is paid. Analysis of the
complementary features of allowance policies suggests that these depend on matched instruments. The explicit inclusion of the
cost of promoting employment has a significant impact on welfare. Introduction of a minimum wage in the analysis radically
changes the conclusion of the model, particularly in terms of welfare.Keywords :
unemployment allowances, labour market policies, matching models.
Je remercie A. Zylberberg, N. Drouhin, les participants au 6ème colloque du GDR T2M, les participants au séminaire du GRID et au
séminaire Économie du Travail EUREQua ainsi que deux rapporteurs anonymes pour leurs remarques et suggestions concernant une
version préliminaire de ce papier.
Cet article a pour objet l’étude de l’impact croisé des réformes des allocations chômage dans le
cadre d’un modèle d’appariement à destruction d’emploi exogène intégrant différents niveaux
d’indemnisation. Les complémentarités entre trois instruments indépendants de politique de
l’emploi sont envisagés : deux instruments portant sur les montants associés aux deux paliers
d’indemnisation et un instrument portant sur la durée moyenne de versement de
l’indemnisation la plus forte. L’étude des complémentarités entre les politiques
d’indemnisation suggère que celles-ci dépendent des instruments couplés. La prise en compte
explicite du financement de la dépense pour l’emploi entraîne par ailleurs des effets non
négligeables en termes de bien-être. L’introduction d’un salaire minimum dans l’analyse
modifie profondément les conclusions du modèle, notamment en termes de bien-être.
La hausse du taux de chômage et sa persistance dans
les années quatre-vingt ont conduit à mettre l’accent
sur les effets d’offre négatifs des allocations
chômage. Leur effet désincitatif a été largement
étudié dans les analyses en termes de prospection
d’emploi (Mortensen, 1986), où leur principal
impact est d’augmenter le salaire de réservation et
ainsi la durée moyenne du chômage. Pour Layard et
alii (1991), le niveau d’allocation chômage
influence la longueur moyenne des périodes de
chômage, avec une élasticité de l’ordre de 0,2 à 0,9.
De manière générale, les études empiriques donnent
un lien positif entre la durée du chômage et le
montant des allocations de chômage. Par ailleurs,
selon Layard et alii, l’augmentation du taux de
chômage observée au cours des années quatre-vingt
est davantage le fait d’une augmentation de sa durée
que des flux d’entrée au chômage. En croisant cette
observation avec une baisse des intensités de
recherche et de l’employabilité des chômeurs de
longue durée (c’est-à-dire avec une diminution des
taux de sortie), on obtient une explication de la
persistance du chômage en Europe au cours de cette
période.
En ce qui concerne la politique de l’emploi, Layard
et alii, à la suite de la littérature sur le calendrier
optimal des allocations chômage initiée par Shavell
et Weiss (1979), considèrent que la réforme des
politiques passives de l’emploi passe plus par la
diminution de la durée de versement des allocations
que par celle de leur montant. Dans cette logique, ce
qui compte pour l’incitation à l’entrée dans l’emploi
est plus l’existence de ruptures temporelles dans les
niveaux des flux d’indemnisation que le montant
absolu de cette indemnisation. Dans le modèle de
prospection d’emploi de Van den Berg (1990), ces
ruptures entraînent une hausse du taux de sortie du
chômage et une baisse progressive du salaire de
réservation dès l’approche de la fin de la période à
haute indemnisation. Les conséquences en termes de
politique économique de ces analyses se reflètent
dans l’étude sur l’emploi de l’Organisation pour la
Coopération et le Développement Economique
(OCDE, 1995) qui, reprenant l’ensemble de ces
éléments, préconise, face à la persistance du
chômage dans les pays européens, la baisse du
montant des prestations dans les systèmes les plus
généreux, la limitation de leur durée, le contrôle des
efforts de recherche des chômeurs et une meilleure
prise en compte de la fonction d’assurance des
allocations chômage.
La littérature récente a cherché à approfondir ces
questions dans deux directions. La première traite du
profil optimal dans des situations d’aléa moral,
d’effort de recherche inobservable par l’institution
chargée de verser les allocations. Hopenhayn et
Nicolini (1997) enrichissent le modèle initial de
recherche d’emploi de Shavell et Weiss (1979) où le
bien-être des chercheurs est maximisé (sous une
contrainte de financement) par une séquence
continûment décroissante des allocations chômage.
Hopenhayn et Nicolini complètent cette structure en
introduisant une détermination endogène d’une
cotisation sur les salaires prélevée après l’épisode de
chômage. La structure des allocations préconisée par
Shavell et Weiss reste valide et se trouve complétée
par un taux de prélèvement constant lors du réemploi
et dépendant de manière positive de la durée de
l’épisode de chômage. La présence d’une cotisation
future dans la politique d’allocation chômage assure
que la durée du chômage a des conséquences sur la
consommation, non seulement pendant la recherche,
mais aussi lors de l’emploi, ce qui renforce
l’incitation à l’effort de recherche et réduit l’écart de
revenu entre les états. Cette situation est ainsi
préférée par des travailleurs averses à l’égard du
risque. Ces modèles s’intéressent à des programmes
optimaux à dépenses de l’État fixes et ne prennent
pas en compte l’équilibre, donc les effets des
allocations sur le chômage.
L’étude des propriétés associées à la décroissance
des allocations chômage dans le cadre du modèle
d’appariment à la Pissarides (2000) est la seconde
voie de recherche initiée ces dernières années.
Fredriksson et Holmlund (2000) comparent un
système dégressif à deux niveaux d’indemnisation à
un système à allocations constantes en termes de
bien-être. En l’absence d’escompte, le système à
deux étapes domine toujours, selon un critère
utilitariste, le système à allocations constantes et la
généralisation du modèle à plusieurs paliers de
dégressivité exhibe un schéma d’allocations
dégressives sur la période de chômage (en présence
d’un taux d’escompte positif, les résultats des
auteurs suggèrent que des gains potentiels existent
également en faveur du système à deux étapes). C’est
l’effet d’éligibilité qui assure ses “bonnes”
propriétés au système à deux étapes. Cahuc et
Lehmann (2000) présentent eux aussi un modèle
d’appariement afin d’approfondir l’impact en
termes de chômage et de bien-être du calendrier des
allocations chômage. Leurs critères de jugement de
la politique de l’emploi sont le taux de chômage et un
critère de bien-être Rawlsien, n’envisageant que la
situation des chômeurs du second palier. Dans ce
modèle, la réponse des salaires réduit fortement
l’efficacité associée à une plus forte dégressivité des
allocations et cette dernière détériore le critère de
bien-être. Joseph (2000) étudie, quant à lui, l’impact
des conditions d’éligibilité en présence d’un salaire
minimum. Ces dernières jouent principalement sur
la composition du chômage et dans ce modèle, à taux
de chômage donné, le système à allocations courtes
est préférable en termes de bien-être.
Nous nous intéressons ici aux effets de ces
différentes politiques d’allocations chômage dans le
cad re d’un modèle d’app ariement. Nou s
construisons à cet effet un modèle simple, similaire à
celui de Fredriksson et Holmlund (2000), qui
concerne des politiques d’indemnisation menées de
manière isolée, pour étudier les complémentarités
qui existent entre ces politiques, politiques de
réforme de la durée et du montant des allocations
chômage. La définition de la complémentarité des
politiques de l’emploi traduit le fait que les
institutions du marché du travail sont susceptibles
d’interagir, l’effet de chacune dépendant alors du
niveau des autres. Au sens de Coe et Snower (19997),
la complémentarité des politiques d’emploi traduit le
fait que la mise en place de plusieurs politiques en
association a un effet plus important sur le taux de
chômage qu’une implémentation isolée. En termes
d’allocations chômage, l’étude de Coe et Snower ne
prend pas en compte l’existence de plusieurs niveaux
d’indemnisation, les interactions que ces éléments
ont entre eux et avec les autres politiques du marché
du travail. Nous étendons leur analyse à un modèle
prenant en compte, d’une part, les politiques de
modulation de l’indemnisation et, d’autre part,
l’existence du flux du marché du travail et d’un
chômage d’équilibre. La complémentarité entre
politiques de l’emploi a deux conséquences
importantes : en premier lieu, des pays ayant des
structures institutionnelles du marché du travail
différentes sont susceptibles de connaître, pour une
politique de l’emploi donnée, des mouvements du
taux de chômage et du niveau de bien-être différents.
Ainsi, une politique unilatérale efficace dans un
cadre donné est susceptible de voir son action
invalidée ou renforcée par la mise en oeuvre d’autres
politiques. En second lieu, la mise en place des
politiques de l’emploi doit prendre en compte non
seulement l’effet direct de cette politique mais aussi
les effets indirects que ces réformes induisent sur les
autres institutions du marché du travail.
Le critère du taux de chômage ne constitue pas le seul
critère de jugement d’une politique économique, son
impact sur le bien-être des travailleurs étant
également important, tant en raison de l’optimalité
de l’équilibre et du critère de justice considéré que de
sa mise en œuvre politique et des soutiens dont elle
bénéficie, de sa soutenabilité politique (Saint Paul,
1996,2000).
Dans la première partie, nous présentons le modèle
d’appariement. Sa caractéristique principale est
l’existence de deux types de chômeurs qui diffèrent
principalement par le montant d’allocation reçues.
La structure générale du modèle de Pissarides (2000)
est respectée, les firmes et les travailleurs se
rencontrent selon une fonction d’appariement
agrégée qui relie le nombre d’embauches au nombre
de postes vacants et au nombre de chercheurs
d’emploi, les postes vacants sont ouverts tant qu’ils
donnent des profits positifs et les salaires sont
déterminés par une négociation à la Nash entre
chaque travailleur et chaque entreprise. Dans un
premier temps, les efforts de recherche sont fixes et
égaux.
Dans la deuxième partie, nous relâchons cette
hypothèse. Nous étudions la statique comparative du
modèle en nous concentrant plus particulièrement
sur une politique de réduction de la durée moyenne
d’indemnisation. Deux effets sont susceptibles de
s’opposer en termes de taux de chômage global : un
effet direct modifiant l’équilibre de flux et un effet
in direct modifiant la p ression salariale.
Contrairement aux politiques de réforme portant sur
le montant des allocations, l’effet total d’une action
sur la durée d’indemnisation est ambigu et dépend
notamment de l’intensité de la recherche des
chômeurs de longue durée. Une simulation
numérique suggère que l’impact d’une réduction de
la durée d’indemnisation dépend du niveau des
revenus alternatifs. Cet impact est important lorsque
le ratio de remplacement du premier palier est élevé
et lorsque le ratio de remplacement du second palier
est faible. La prise en compte de la dépense pour
l’emploi modifie en partie le comportement attendu
d es critères de bien -être, une h auss e de
l’indemnisation ayant des effets ambigus sur le
revenu net des travailleurs. Nous envisageons
également l’existence d’un salaire minimum, ce qui
modifie sensiblement l’analyse tant en termes de
bien-être qu’en termes de taux de chômage.
La structure générale du modèle d’appariement à
destruction d’emploi exogène est respectée. On
considère une économie constituée d’un grand
nombre de travailleurs identiques, neutres vis-à-vis
du risque. Les travailleurs peuvent être dans trois
états : employés, chômeurs bénéficiant d’une
indemnisation élevée (du premier palier) ou
chômeurs bénéficiant d’une indemnisation plus
faible (du second palier). Chaque entreprise est
constituée d’un seul poste qui est soit occupé, soit
vacant. Le processus de recherche est résumé grâce à
une fonction d’appariement qui donne, à chaque
date, le nombre de postes pourvus comme fonction
du nombre d’unités de recherche efficaces S et du
nombre de postes vacants J :
Les chômeurs du premier palier et les chômeurs du
second palier ont une intensité de recherche et des
montants d’allocations chômage différents. Si on
appelle cU l’intensité de recherche des premiers et
cL l’intensité de recherche des seconds, le nombre de
chômeurs effectifs s’écrit S c N c NU U L L = +,
avec NU nombre de chômeurs indemnisés au palier
et NL nombre de chômeurs du second palier. Le
rapport entre S et la population active est noté V.
La population active est égale à N, le taux de
chômage associé à l’indemnisation du premier palier
s’écrit u N NU = /, le taux de chômage associé à
l’indemnisation du second palier l = N NL / et le
taux d’emplois vacants v N=J /. La tension du
marché du travail se définit comme le rapport entre le
nombre de postes vacants J et le nombre de
chercheurs effectifs S, elle est noté θ. La rencontre
avec un travailleur s’effectue au taux :
Ce taux de transition est décroissant en θ, on a
'<q ( )θ 0. Le taux de sortie du chômage par unité
d’efficacité de la recherche, p, est tel que
M S pS( , )J =, on a donc :
Ce taux de sortie du chômage est croissant en
θ
[1].
Pour un chômeur du premier palier, le taux de
transition vers l’emploi est
c q U θ θ( ), il est de
c q L θ θ( ) pour un chômeur du second palier. À
chaque instant, les postes peuvent être détruits. Les
chocs qui occasionnent ces destructions d’emploi
arrivent au taux exogène
s. Par ailleurs, à chaque
instant, les chômeurs du premier palier sont
susceptib les de perdre leur droit à cette
indemnisation, ce qui se produit au taux
δ. La durée
moyenne de versement au premier palier est ainsi
égale à 1/
δ, durée moyenne qui constitue un
instrument de la politique d’indemnisation du
chômage. Cette formalisation du lien entre les
paliers permet d’envisager l’existence de ces paliers
dans un cadre analytique relativement simple. Enfin,
on suppose qu’il n’y a pas de départs volontaires.
La figure 1 présente les flux entre les différents états
de la population active et les taux de transition entre
les différents états qui leur sont associés :
Figure 1
les flux de travailleurs sur le marché
du travail
Équilibres de flux
À l’état stationnaire, les flux entre les différents états
sont équilibrés, ce qui s’écrit :
ce qui donne les expressions des taux de chômageu
et l pour θ donnée :
Comportement des travailleurs et des entreprises
SoientV VU L, etVE les valeurs actuelles des flux de
revenus espérés respectivement, d’un chômeur du
premier palier, d’un chômeur du second palier et
d’un travailleur. L’utilité instantanée des
travailleurs est notée v (.), ses deux arguments sont,
d’une part, le flux de revenu correspondant à l’état du
marché du travail dans lequel se trouve le travailleur
et, d’autre part, l’effort de recherche d’emploi
effectué dans cet état. La fonction d’utilité est
supposée continue, croissante dans le revenu et
décroissante dans l’effort de recherche. Les
travailleurs employés ne sont pas à la recherche d’un
emploi, leur effort de recherche est nul. On appelle b
les allocations de chômage du premier palier et cU
l’effort de recherche associé, d les allocations de
chômage du second palier et cL l’effort de recherche
associé, w le salaire. Nous supposons que les
allocations du premier palier d’indemnisation, b,
sont supérieures aux allocations du second palier
d’indemnisation, d. Un transfert forfaitaire noté R
est levé sur tous les travailleurs. Les valeurs
actualisées des flux de revenus espérés s’écrivent
alors :
rVU peut être vu comme le salaire de réservation des
chômeurs du premier palier, c’est la compensation
minimale acceptée pour abandonner la recherche. En
ce qui concerne les chômeurs du second palier nous
avons :
Pour les travailleurs employés :
SoitVJ la valeur actuelle des flux de profit espérés
d’un poste occupé etVV celle d’un poste vacant. À
l’instar de Pissarides (2000), nous supposerons que
chaque poste occupé a une productivité constante y,
qui ne dépend pas de la situation du travailleur et que
chaque poste vacant coûte γ0 par unité de temps. On
a :
À l’équilibre, toutes les opportunités de profit
offertes par la possibilité d’ouvrir de nouveaux
postes sont exploitées. Les entreprises entrent sur le
marché tant que les emplois vacants procurent des
profits espérés positifs, ce qui impliqueVV = 0. Si
l’on applique cette condition de libre entrée aux
équations (11) et (12), nous obtenons la condition de
création de poste pourun salaire w donné qui s’écrit :
Équation de salaire
Les salaires sont fixés par négociation entre chaque
firme et chaque travailleur après leur rencontre, en
prenant le salaire fixé ailleurs dans l’économie
comme donné. Le point de menace d’une firme est la
valeur d’un poste vacant, celui d’un travailleur est la
valeur du chômage du premier palier. On suppose
ainsi qu’un contact avec une entreprise requalifie les
chômeurs du second palier pour les allocations de
chômage de départ, le point de menace est donc, pour
tous, la valeur du chômage du premier palier. Le
montant des allocations pour les chômeurs du second
palier est ainsi contingent au contact avec une
entreprise. Le salaire négocié est tel que :
Le salaire correspondant partage le surplus selon :
Après quelques manipulations, on obtient une
équation de salaire qui donne le coût du travail pour
une tension θ donnée :
Étant donnée l’expression du partage du surplus
(15), la valeur associée au premier palier de chômage
(8) et les gains associés aux changements d’états
fournis par l’annexe 1, l’équation desalaire s’écrit :
Budget de l’État
Le budget de l’État se réduit ici au budget de la caisse
d’allocations de chômage, celles-ci sont financées
par le recours à un prélèvement forfaitaire R. On a :
Équilibre à effort de recherche exogène
Les équations (6), (7), (13), (17) et (18) déterminent
l’équilibre de l’économie. Le modèle simple ainsi
décrit peut être utile pour comprendre l’action de la
politique du marché du travail dans ce modèle, les
interactions existant entre les différentes mesures et
le rôle du salaire négocié. Le gouvernement dispose
de trois instruments indépendants de politique
d’indemnisation du chômage : le montant des
allocations versées au premier et au second palier, la
durée moyenne d’indemnisation du premier palier.
Afin d’étudier l’effet de la durée d’indemnisation sur
le salaire et de pouvoir le comparer à l’impact des
politiques jouant sur le montant de l’indemnisation,
nous supposons que les efforts de recherche des deux
types de chômeurs sont égaux. Cette hypothèse de
symétrie supprime les effets de composition du
chômage. La prise en compte d’un effort de
recherche différent suivant le palier d’indemnisation
est réalisée dans la partie suivante, où ces efforts sont
endogènes. Les politiques agissant sur le montant
des allocations,
via b et
d, affectent l’équilibre
uniquement par l’intermédiaire de l’équation de
salaire, contrairement au taux de couverture
δ qui
agit non seulement sur le salaire mais également sur
les flux de sortie du chômage du premier palier et,
bien sûr, sur le flux d’entrée du chômage du second
palier. Comme dans la plupart des modèles
d’appariement, les augmentations du montant des
prestations, quel que soit le palier ici, tendent à élever
les différents taux de chômage d’équilibre
[2]. La
pression salariale résultant de ces augmentations
réduit la profitabilité des postes ouverts par les
entreprises et ainsi la tension du marché du travail.
La politique de réduction de la durée de versement
des allocations du premier palier, qui se traduit par
une hausse de
δ, a deux effets sur l’équilibre : un effet
direct en affectant les flux de travailleurs sur le
marché du travail, un effet indirect en affectant la
négociation salariale. L’effet direct déplace la
courge de Beveridge pour
θ donné, l’effet indirect
modifie la valeur de la tension d’équilibre sur le
marché du travail. L’ampleur de l’effet direct se
détermine aisément : il réduit le taux de chômage du
premier palier, augmente celui du second palier.
Lorsque les efforts de recherche sont identiques,
l’effet direct sur le taux de chômage global est nul
[3].
Dans le modèle à salaire endogène et effort exogène
avec
c c c U L = =, que nous envisageons ici,
l’action de la durée moyenne du chômage passe
uniquement par le salaire, par l’effet indirect. Une
mesure de celui-ci est donnée en dérivant
l’expression du salaire, on a :
Λ étant un réel positif. Une réduction de la durée
moyenne d’indemnisation, une hausse de δ, réduit
ainsi le salaire, augmente la tension du marché du
travail et diminue par conséquent le taux de chômage
global. L’efficacité de cette mesure est renforcée par
la différence de prestations entre les deux paliers
d’indemnisation. Elle est ainsi renforcée lorsque le
montant des versements associé au premier palier est
élevé et le montant associé au second palier faible.
Complémentarités des politiques
d’indemnisation du chômage
Jusqu’à présent, nous n’avons pas précisé comment
étaient déterminés les efforts de recherche cU et cL.
Dans cette partie, nous les intégrons à l’analyse
avant d’envisager les complémentarités entre les
politiques d’indemnisation du chômage dans deux
cadres d’analyse différents : un salaire minimum
contraignant et un salaire flexible. Dans la mesure où
aucun résultat analytique clair ne peut être mis en
évidence, nous recourons à une simulation
numérique. La première sous-partie introduit des
efforts de recherche endogènes dans le modèle et
précise le cadre dans lequel s’effectue la simulation
numérique. La deuxième sous-partie présente les
complémentarités des politiques d’indemnisation du
chômage lorsque le salaire est flexible. La troisième
sous-partie précise le rôle des ajustements de salaire
en envisageant le cas d’un salaire minimum.
Hypothèses
Les efforts de recherche sont endogénéisés dans
l’esprit de Pissarides (2000). L’intensité de la
recherche est choisie afin de maximiser la valeur
actualisée des revenus espérés des chômeurs
pendant leur recherche, VU et VL, en prenant les
valeurs moyennes des intensités de recherche et les
autres variables de marché comme données. Nous
supposons que le coût de l’effort en utilité croît à la
marge νcc ≤ 0. Les intensités optimales satisfont :
avec VU et VL évaluées aux efforts de recherche
optimaux. Ces expressions indiquent que les
chômeurs égalisent le coût de l’effort de recherche
marginal au rendement espéré de cet effort marginal.
À l’équilibre, tous les chômeurs du premier palier
choisissent le même cU et tous les chômeurs du
second palier choisissent le même cL. Ces deux
équations, ajoutées au bloc formé par (6), (7), (13),
(17) et (18), déterminent l’équilibre en présence d’un
effort de recherche et d’un salaire endogène,
l’équilibre en présence d’un salaire minimum
excluant évidemment l’équation de salaire.
Quel que soit le mode de détermination du salaire, les
complémentarités entre les politiques de l’emploi
sont ambiguës dans le modèle. Nous présentons ici
les hypothèses communes retenues dans les
simulations numériques concernant la fonction
d’appariement, la fonction d’utilité et les critères de
bien-être retenus.
La fonction d’appariement retenue est une fonction
de Cobb Douglas :
ce qui implique, comme taux de transition :
q A( )θ θη =- et θ θ θη q A( ) =-1. L’élasticité de la
fonction d’appariement au taux de chômage est
notée η. On appelle A le paramètre d’échelle de la
fonction d’appariement.
La fonction d’utilité retenue est séparable entre
revenu et effort de recherche. On suppose que
l’utilité associée à ce dernier est à élasticité
constante. La fonction d’utilité retenue pour le
revenu est une fonction d’utilité à aversion pour le
risque constante. Ainsi, on a :
oùϕreprésente le degré d’aversion relative au risque
et ε représente l’élasticité de l’utilité à l’effort de
recherche.
Outre les résultats en termes de taux de chômage,
nous avons retenu deux mesures de bien-être. La
première concerne la situation de l’ensemble des
travailleurs. Il s’agit d’une somme pondérée des
valeurs actualisées de leurs revenus nets de la
dépense pour l’emploi. La seconde est de type
rawlsienne. Elle correspond au minimum de ces
valeurs actualisées pour les travailleurs, ce qui
correspond, en général, à la situation des chômeurs
du second palier
[4].
Le premier critère s’écrit :
et le critère rawlsien correspond à :
Salaire flexible
Nous considérons dans cette sous-partie le cas d’un
salaire librement négocié entre les travailleurs et les
entreprises. L’interprétation des intensités
optimales est facilitée lorsque l’on intègre le résultat
du partage du surplus donné par l’équation (15). En
associant la valeur d’un poste pourvu à l’équilibre à
cette équation, les expressions (20) et (21)
s’écrivent :
La négociation salariale assure que seules les
variables qui agissent sur le coût marginal de la
recherche, sur le coût des emplois vacants et sur le
partage du surplus, influencent l’effort de recherche
des chômeurs du premier palier. Les variables qui
agissent sur la différence V VU L - n’affectent
directement que l’effort de recherche des chômeurs
du second palier. Les travailleurs du premier palier
réagissent en fonction de la tension du marché du
travail et ceux du second palier en fonction de cette
tension et de la différenceV VU L -.
L’équation (26) nous indique que ni les indemnités
du second palier, ni le paramètre de durée des
allocations de chômage
δn’influencent directement
l’intensité de recherche des chômeurs du premier
palier
[5]. En ce qui concerne l’effort de recherche des
chômeurs du second palier, le paramètre de durée des
allocations de chômage
δtend à réduire, à tension du
marché du travail et salaires fixes, l’intensité de
recherche des chômeurs du second palier, en
réduisant la partie
V VU L - du gain associé à un
effort supplémentaire. L’indemnisation du premier
palier augmente le rendement de la recherche et ainsi
l’effort des travailleurs du second palier. Cet effet est
connu sous le nom d’effet d’éligibilité. De manière
générale, l’impact des politiques jouant sur le
montant de l’indemnisation dépend de la forme de la
fonction d’utilité. En effet, si
v x c c x ( , ) < 0, le coût
de l’effort de la recherche croît avec le revenu de
remp lacement. Dan s ce cas, un montant
d’indemnisation plus élevé réduit l’effort de
recherche. C’est un résultat traditionnel de la théorie
de la recherche d’emploi (Mortensen (1977)).
Aucun résultat clair ne peut être dégagé concernant
l’action de la durée d’indemnisation. Il en est, a
fortiori, de même pour ses interactions avec les
autres politiques de l’emploi. Une simulation peut
nous permettre d’apprécier l’effet global associé aux
modifications de la durée moyenne du chômage, sa
décomposition et les complémentarités entre les
politiques d’allocation de chômage. Des exercices
similaires de simulation, portant sur les politiques
d’allocation de chômage, sont réalisés par
Fredriksson et Holmlund (2000) et Cahuc et
Lehmann (2000).
Dans nos exercices numériques, l’élasticité de la
fonction d’appariement au taux de chômage, η, est
égale à la valeur habituellement retenue dans la
littérature, à savoir 0,5. Cette valeur correspond aux
études empiriques de Blanchard et Diamond (1989)
et Pissarides (1986). Le poids relatif de chaque partie
dans la négociation étant difficilement définissable
et observable, nous retenons une négociation
symétrique ( , )β =0 5. La productivité est fixée à
l’unité, le taux d’intérêt à 0,01 % par trimestre. Le
paramètre d’échelle de l’appariement est fixe et égal
à l’unité. Toutes ces valeurs sont données et ne sont
pas modifiées au cours de la simulation.
Nous considérerons que les allocations de chômage
du premier palier sont indexées sur le salaire moyen,
b w=ρ avec ρ ratio de remplacement du premier
palier et d w=α, avec α ratio de remplacement du
second palier. Ces deux ratios sont compris entre 0 et
1. On suppose α inférieur à ρ. Pour le ratio de
remplacement du premier palier, nous avons retenu
la valeur de 75 % proche de celle donnée par l’OCDE
(1999) pour la France et l’Allemagne pour le salaire
ouvrier moyen. Le ratio de remplacement du second
palier correspondant est d’environ 60 % dans la
spécification de départ. Le taux de couverture δ
retenu ( , )δ =0 25 correspond à une durée moyenne
d’indemnisation du chômage du premier palier de 12
mois.
Le modèle est calibré sur le taux de destruction des
emplois, le coût des emplois vacants, le coefficient
d’aversion relative au risque et l’élasticité à l’effort.
Le choix des valeurs se fait afin de reproduire un
certain nombre de faits stylisés : un taux de chômage
compris entre 9 et 11 %, une durée moyenne de
chômage d’environ 9 mois, une proportion de
chômeurs au second palier de l’ordre de 40 %.
L’élasticité de la durée moyenne du chômage à
l’indemnisation résultant de la synthèse des études
empiriques opérée par Layard et alii (1991) est
comprise entre 0,2 et 0,9. Le modèle reproduit ces
faits pour un taux de destruction d’emploi de 0,04
par trimestre, un coût des emplois vacants de 2, un
coefficient d’aversion au risque de 0,8 et une
élasticité à l’effort de 6. Pour ces valeurs, le taux de
chômage est de 10,4 %, la part des chômeurs au
second palier de 41 %, la durée moyenne du chômage
de 2,9 trimestres. L’élasticité de la durée moyenne de
chômage (premier palier) à ratio de remplacement du
premier palier est de 0,5, l’élasticité de la durée
moyenne du second palier àα est de 0,76. Le tableau
1 rappelle les valeurs des paramètres retenues dans la
configuration de base.
Les plages de valeurs retenues pour les paramètres de
politique passive de l’emploi sont les suivantes : le
ratio de remplacement du premier palier varie de 60 à
85 %, celui du second palier de 40 à 75 %, la durée
moyenne du chômage de 1,5 à 30 mois. Les
simulations se concentrent sur la complémentarité
entre la politique de dégressivité agissant par δet les
deux politiques affectant le revenu alternatif.
L’action croisée de ces dernières sera également
évoquée. Afin de faciliter la lecture des résultats de la
simulation, ceux-ci sont présentés sous forme de
graphiques.
Ratio de remplacement du premier palier et durée
d’indemnisation
Le premiercouple envisagé de politiques de l’emploi
concerne le ratio de remplacement
ρ et la durée
moyenne de versement des allocations du premier
palier, 1/
δ. La figure suivante présente la réaction du
taux de chômage global aux modifications des
paramètres de politique économique. En ce qui
concerne les complémentarités, l’impact du ratio de
remplacement
ρ est d’autant plus important que la
durée moyenne de versement est élevée. En effet, le
revenu total de remplacement du premier palier,
évalué sur la durée moyenne du chômage, est
d’autant plus important que cette durée est longue,
que l’indemnisation associée à ce palier est longue.
Le salaire négocié par les entreprises et les
insiders
et, par conséquent la création de poste, réagissent
significativement aux mouvements du ratio de
remplacement. À cet effet relativement simple
s’ajoutent les variations des efforts de recherche. Un
ratio de remplacement élevé au premier palier et/ou
une durée d’indemnisation forte découragent la
recherche d’emploi des travailleurs du premier
palier, ce qui amplifie l’impact du salaire sur le taux
de chômage d’équilibre. Ces conditions favorables
d’indemnisation pour le premier palier suscitent, par
effet d’éligibilité, une augmentation de l’effort de
recherche
[6] des travailleurs situés au second palier.
Cette recherche accrue n’est cependant pas assez
forte pour contrecarrer l’effet du salaire et de l’effort
de recherche des travailleurs du premier palier.
Tableau 1
valeurs des paramètres dans
la spécification de référence
Tableau 1 : valeurs des paramètres dans
la spécification de référence
Valeurs fixées
Valeur de la productivité y = 1 par trimestre
Taux d’intérêt r = 0 01, par trimestre
Elasticité de l’appariement η = 0,5
Pouvoir des travailleurs β = 0 5,
Instruments de politique économique dans la situation de référence
Ratio de remplacement premier palier ρ = 0 75,
Ratio de remplacement second palier α = 0 6,
Taux de couverture δ = 0 25,
Valeurs issues de la calibration
Taux de destruction des emplois s = 0 04, par trimestre
Coût de recrutement γ0 2= par trimestre
Elasticité de l’effort ε = 6
Aversion relative au risque ϕ = 0 8,
Valeur des variables endogènes
Taux de chômage d’équilibre u = 10 37, %
Tension du marché du travail θ = 0 29,
Salaire w = 0 9485,
Effort de recherche, premier palier cU = 0 636,
Effort de recherche, second palier cL = 0 672,
Dans notre simulation, l’effort de recherche des
travailleurs du second palier est toujours plus
important que celui des travailleurs situés au premier
palier. Une politique de réduction de la durée
d’indemnisation tendra donc à réduire le taux de
chômage, en dehors de son action sur le salaire et sur
l’effort, par un simple effet flux. Cet effet, que nous
avons nommé direct, sera d’autant plus important
que le ratio de remplacement du premier palier est
élevé, la différence entre ces deux efforts de
recherche étant alors importante. Cet effet direct agit
de manière similaire à l’effet de pression salariale et
à l’effet sur la recherche au premier palier, ce qui
amplifie leur action sur le taux de chômage.
La complémentarité qui existe entre le ratio de
remplacement du premier palier et la durée moyenne
d’indemnisation apparaît donc liée avant tout à
l’impact commun de ces deux mesures sur le revenu
de remplacement espérée sur cette phase de
chômage. On peut également se demander si l’effet
croisé entre le ratio de remplacement associé au
second palier et ces politiques déterminant
l’indemnisation au premier palier est le même selon
l’instrument choisi, ratio de remplacement ou durée
d’indemnisation. Notre évaluation quantitative
n’offre pas sur ce point de conclusion tranchée,
l’impact en termes de bien-être et de dépense pour
l’emploi étant similaire pour chacune des politiques
réduisant d’un point le taux de chômage à partir de la
situation de référence.
Figure 2
ratio de remplacement, durée moyenne de
versement et taux de chômage global, salaire flexible
et efforts de recherche endogènes
Ratio de remplacement du second palier et durée
d’indemnisation
Le deuxième panier de politiques de l’emploi
envisagé concerne la durée moyenne de versement
1/ δ et le ratio de remplacement associé au second
palier α. En termes de taux de chômage global,
l’action sur le ratio de remplacement α est d’autant
plus importante que la durée de versement des
allocations du premier palier est courte, ainsi que
l’indique la figure 3.
Figure 3
ratio de remplacement du second palier,
durée moyenne de versement et taux de chômage
global, salaire flexible et efforts de recherche
Comme précédemment, trois types d’effets sont à
l’œuvre. En premier lieu, le salaire intègre fortement
l’évolution du ratio de remplacement du second
palier lorsque celui-ci devient plus probable, α a en
effet une influence non négligeable sur le revenu
alternatif espéré lié au chômage. En second lieu, si
l’effort de recherche des chômeurs du second palier
est relativement insensible aux variations de la durée
moyenne d’indemnisation, celui des chômeurs du
premier palier réagit fortement à ce type d’incitation.
Lorsque la durée moyenne de versement est faible,
l’action sur α affecte donc fortement leur effort de
recherche. Ainsi, pour les deux types de chômeurs,
lorsque le ratio de remplacement du second palier
augmente, l’effort de recherche se réduit. Enfin,
l’effet flux induit, à taux de chômage donnés, une
sortie du chômage plus importante lorsque la durée
moyenne est faible, les travailleurs du second palier
ayant une recherche d’emploi plus intensive. Ces
trois effets vont ici dans le mêmesens et expliquent le
comportement du taux de chômage d’équilibre.
Si une réduction de la durée de versement ou de
l’indemnisation du second palier conduit à une
réduction du taux de chômage global, il convient
également d’envisager leur impact en termes de
bien-être. Les figures 4a et 4b représentent
l’évolution du critère rawlsien. En opposition,
lorsque
α se situe à un niveau important, une hausse
de la durée d’indemnisation détériore le critère de
bien-être. En effet, dans ce cas, la dépense pour
l’emploi est importante, ce qui réduit fortement le
revenu alternatif. L’effet du ratio de remplacement
associé au second palier dépend de son niveau.
Lorsqu’il est faible, toute augmentation de ce ratio,
en réduisant l’écart de revenu entre les différents
états accroît le bien-être des chômeurs du second
palier
[7]. Cet effet l’emporte sur l’augmentation de la
dépense pour l’emploi, il est renforcé par le coût en
utilité résultant de l’effort accru. Lorsque ce ratio de
remplacement est à un niveau élevé, l’effet associé à
l’augmentation de la dépense pour l’emploi
l’emporte, le bien-être est réduit. Le critère
utilitariste se comporte différemment, traduisant des
conflits d’objectifs dans la politique de l’emploi
entre les différentes catégories de travailleurs
[8]. La
réduction du ratio de remplacement du second palier
a plus d’impact, pour les travailleurs employés et les
chômeurs du premier palier, en termes de réduction
de la dépense pour l’emploi que d’augmentation
dans l’asymétrie de revenus. Leur poids dans le
critère utilitariste implique une décroissance de ce
critère dans
α
[9].
Figure 4a et 4b
ratio de remplacement du second palier, durée moyenne de versement et taux de chômage global,
salaire flexible et efforts de recherche endogènes
Ratio de remplacement du premier et du second palier
En termes de taux de chômage, chaque instrument de
politique économique est plus efficace lorsque la
valeur de l’autre instrument est importante. Dans un
marché du travail fortement réglementé, la hausse du
taux de chômage global vient principalement d’une
augmentation du taux de chômage du second palier,
les incitations des chômeurs se trouvant dans cette
situation étant les plus affectées. Les graphiques sont
présentés dans l’annexe 3-2.
Le critère utilitariste décroît toujours avec le ratio de
remplacement
ρ, plus particulièrement lorsque
α est
à un niveau important
[10]. Il en est de même pour le
ratio de remplacement du second palier
α. La
réduction de ce dernier entraîne des pertes de
bien-être pour les chômeurs du second palier,
lorsqu’il se situe à un niveau faible et ce d’autant plus
que l’indemnisation associée au premier palier est
faible
[11].
La réduction de l’indemnisation associée au premier
palier, en réduisant la dépense pour l’emploi, est
susceptible d’entraîner non seulement des gains en
termes d’emplois, mais également en termes de
bien-être, sous l’effet de la réduction de la dépense
pour l’emploi. La baisse de l’indemnisation associée
au second palier, si elle réduit le taux de chômage, a
des effets différents sur le bien-être suivant son
niveau et le critère de bien-être retenu. Sa mise en
œuvre, tant dans une perspective d’optimalité que
dans une perspective d’économie politique, est ainsi
plus délicate.
Salaire minimum
Nous étudions à présent le cas d’une économie où
existe un salaire minimum contraignant. On note ce
dernier w. Celui-ci détermine la tension du marché
du travail selon la condition de création de poste :
Les efforts de recherche sont alors donnés par (20) et
(21) qui s’écrivent respectivement :
La présence d’un salaire minimum ne fait pas
disparaître les effets ambigus des politiques de
l’emploi. Nous reprenons par conséquent notre
simulation afin d’obtenir une évaluation quantitative
de ces politiques. Le salaire minimum est
contraignant quel que soit l’état du marché du travail,
sa valeur est de 0,964.
La tension du marché du travail étant fixée par le
salaire minimum, les politiques de l’emploi
n’affectent plus que l’effort de recherche, le taux de
chômage global et la dépense pour l’emploi. Ceci a
des conséquences importantes à l’équilibre, tant en
ce qui concerne le comportement du taux de
chômage que des critères de bien-être.
En ce qui concerne le taux de chômage, seule la
politique agissant sur la durée d’indemnisation a un
effet significatif. La réduction de la durée
d’indemnisation agit par l’effet flux, les travailleurs
situés au second palier ayant un effort de recherche
plus important. Les graphiques présentés en annexe
4 montrent que le niveau des ratios de remplacement
n’affecte pas l’action de la durée moyenne
d’indemnisation sur le taux de chômage. En effet, les
efforts de recherche et leur rapport varient peu en
fonction des paramètres de politique économique.
Le salaire joue donc un effet déterminant dans la
transmission des politiques de modulation du
montant des cotisations et dans leur interaction, tant
par son action directe sur l’offre de postes des
entreprises que sur l’effort de recherche des
chômeurs.
En termes de bien-être, le moindre ajustement de
l’économie se traduit par une plus faible amplitude
de la dépense pour l’emploi, l’action de cette
dernière est donc limitée. La réponse limitée des
efforts de recherche restreint leur impact négatif sur
le bien-être en cas de réduction de l’indemnisation.
Les critères présentés en annexe ont ici un
comp ortemen t s imilaire, toute hau sse de
l’indemnisation, quelle que soit sa forme, augmente
le bien-être. Cette conclusion est ainsi radicalement
différente de celles que nous avons obtenues dans le
cas d’un marché du travail flexible.
Nous venons d’étudier les complémentarités des
politiques passives de l’emploi et leur impact sur le
bien-être. Les politiques de modification de la durée
de versement sont plus efficaces en termes de taux de
chômage lorsque les allocations du premier palier
sont importantes et les allocations du second palier
faibles, ce qui implique que l’efficacité de ces
politiques dépend du marché du travail considéré. Si
l’on croise les deux politiques de revenu entre elles,
la complémentarité est plus importante lorsque le
marché du travail est fortement réglementé. L’effet
d’éligibilité des allocations de chômage et l’impact
des politiques sur le salaire affectent fortement le
comportement du taux de chômage d’équilibre. Il
convient de noter que dans un marché du travail où la
valeur du revenu associé au second palier est faible
par rapport au niveau de productivité (un marché du
travail “qualifié”), la réduction de la durée moyenne
d’indemnisation aura plus d’effet que dans un
marché du travail “non qualifié” présentant des
caractéristiques opposées.
En termes de bien-être, la prise en compte de la
dépense pour l’emploi modifie le comportement des
critères. L es d iminutions d es cond itions
d’indemnisation, si elles réduisent le revenu brut
instantané des chômeurs et augmentent le coût
global en utilité associé à la recherche, engendrent
également une augmentation des taux de transition
vers l’emploi et une réduction de la dépense pour
l’emploi. Les réponses en termes d’utilité sont
différentes selon les travailleurs considérés, ce qui
peut conduire à des conflits d’objectifs dans la
définition des politiques du marché du travail.
La présence d’un salaire minimum montre
l’importance des ajustements salariaux dans la
transmission des politiques du marché du travail,
notamment sur l’effort de recherche des travailleurs
et l’évolution de la dépense pour l’emploi. Un salaire
minimum conduit à un faible soutien politique des
travailleurs en faveur d’une politique de réduction de
l’indemnisation, la baisse associée de la dépense
pour l’emploi et l’augmentation des opportunités
d’emploi répondant faiblement à ce type
d’incitation. Seule l’action sur la durée moyenne
d’indemnisation du premier palier a un réel effet sur
le taux de chômage, mais cet effet reste purement
mécanique.
Ainsi, la comparaison des différents modes de
financement de la dépense pour l’emploi dans ce
type de modèle, par prélèvement forfaitaire ou
cotisations sociales, tant en termes d’efficacité que
de justice sociale, la prise en compte des interactions
entre une politique fiscale active et les réformes de
politique d’indemnisation constituent des pistes de
recherche intéressantes. Les conditions d’éligibilité
aux allocations de chômage et le contrôle de l’effort
de recherche, si celui-ci apparaît sous-optimal,
peuvent également enrichir l’analyse et en compléter
les conclusions.
Annexe 1 : différences de valeurs actualisées espérées entre les différents états
et équation de salaire
Les différences entre les valeurs associées aux différents états sont :
Ce qui donne, à tension et salaire fixes :
L’équation de salaire s’écrit sous la forme :
La valeur actualisée espérée associée au premier palier d’indemnisation s’écrit :
En retenant le partage du surplus qui nous donne :
et en utilisant l’expression de la différence
V VU L - décrite ci-dessus, on obtient :
L’équation de salaire s’écrit alors :
Avec des intensités de recherche exogènes et égales, c c c U L = =, l’équation de salaire s’écrit :
En différenciant cette équation par rapport au salaire et au taux de transition, on obtient :
ce qui donne :
Le côté droit de cette équation s’écrit :
ce qui donne :
avec :
Les propriétés de la fonction d’utilité et la différenciation de
la condition de création de poste (13) nous indiquent que
'> ''<v v0 0, et ainsi que Λ >0.
Annexe 2 : effet direct de transition entre
les deux paliers sur les taux de chômage
Annexe 3 : taux de chômage, critères de bien-être et politiques de l’emploi, cas d’un salaire
flexible, efforts de recherche endogène
Politiques de modification de ratio de remplacement du
premier palier et de la durée d’indemnisation
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage
(figure A3-1), des critères de bien-être rawlsien
(figure A3-2) et utilitariste (figure A3-3) en fonction du
ratio de remplacement du premier palier et de la durée
d’indemnisation.
Figure A3-1
ratio de remplacement, durée moyenne
de versement et taux de chômage global
Figure A3-2
critère Rawlsien
Figure A3-3
critère utilitariste
Politiques de modification des ratios de remplacement
du premier et du second palier.
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage
(figure A3-4), des critères de bien-être rawlsien
(figure A3-5) et utilitariste (figure A3-6) en fonction du
ratio de remplacement du second palier et de la durée
d’indemnisation.
Figure A3-4
taux de chômage d’équilibre
Figure A3-5
critère Rawlsien
Figure A3-6
critère utilitariste
Annexe 4 : taux de chômage critères de bien-être et politiques de l’emploi, cas d’un salaire
minimum contraignant, efforts de recherche endogènes
Politiques de modification du ratio de remplacement du
premier palier et de la durée d’indemnisation
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage
(figure A4-1), des critères de bien-être rawlsien
(figure A4-2) et utilitariste (figure A4-3) en fonction du
ratio de remplacement du premier palier et de la durée
d’indemnisation.
Figure A4-1
taux de chômage global, ratio de
remplacement du premier palier et durée
d’indemnisation
Figure A4-2
critère Rawlsien
Figure A4-3
critère utilitariste
Politiques de modification du ratio de remplacement du
second palier et de la durée d’indemnisation
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage
(figure A4-4), des critères de bien-être rawlsien
(figure A4-5) et utilitariste (figure A4-6) en fonction du
ratio de remplacement du second palier et de la durée
d’indemnisation.
Figure A4-4
taux de chômage global, ratio de
remplacement du second palier et durée
d’indemnisation
Figure A4-5
critère Rawlsien
Figure A4-6
critère utilitariste
Politiques de modification des ratios de remplacement
du premier et du second paliers
Cette annexe présente l’évolution du taux de chômage
(figure A4-7), des critères de bien-être rawlsien
(figure A4-8) et utilitariste (figure A4-9) en fonction des
ratios de remplacement des premier et second paliers
d’indemnisation.
Figure A4-7
taux de chômage global, ratio
de remplacement du premier et du second palier et
durée d’indemnisation
Figure A4-8
critère Rawlsien
Figure A4-9
critère utilitariste
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[(*)]
GRID, ENS de Cachan
E-mail : l
lharidon@ bretagne. ens-cachan. fr
[(1)]
En effet,
θ θ θq M( ) ( , )= 1 et la fonction d’appariement
est croissante en chacun de ses arguments.
[(2)]
L’annexe 1 décrit les déterminants de l’équation de
salaire.
[(3)]
Dans le cas contraire, le signe de l’effet direct sur le taux
de chômage global dépend du rapport des intensités. Dans
le cas où l’effort de recherche des chômeurs du second
palier est plus important que l’effort des chômeurs du
premier palier, une hausse du taux de transition
δ
transforme des chômeurs à faible effort de recherche en
chômeurs à effort élevé, ce qui réduit mécaniquement le
taux de chômage global.
[(4)]
En toute rigueur, ceci nécessite cependant que :
[(5)]
Ainsi, à tension du marché du travail
θ fixée, ces
variables n’ont pas d’impact sur les stratégies de recherche.
[(6)]
L’effet d’éligibilité l’emporte sur l’effet de tension, le
seul en présence au premier palier qui, en réduisant le
rendement marginal de la recherche réduit l’effort de
recherche, les rencontres étant moins aisées. Par ailleurs, on
peut noter que la séparabilité entre revenu et effort, retenue
pour la fonction d’utilité, implique que le niveau
d’indemnisation n’affecte pas le coût marginal de la
recherche. Ainsi, seul l’impact sur le rendement marginal
compte. Les graphiques concernant les efforts de recherche
sont disponibles auprès de l’auteur et sur le site
www. bretagne. ens-cachan. fr/ lharidon.
[(7)]
Cet impact est d’autant plus important que l’état de
faible indemnisation est probable, que la durée moyenne de
versement du premier palier est faible.
[(8)]
Les critères de bien-être sont relativement sensibles aux
valeurs des paramètres retenues dans la simulation. En
effet, suivant les valeurs de ces paramètres, le poids des
différentes composantes (lissage du revenu, dépense pour
l’emploi et coût de l’effort) se modifie et la réaction des
variables endogènes (tension, salaire, efforts et taux de
chômage) aux instruments de politique économique
change. Par exemple, un pouvoir de négociation des
travailleurs plus faible réduit le salaire-ce qui augmente la
tension du marché du travail et réduit la dépense pour
l’emploi- mais réduit également le rendement de la
recherche. Au total, le marché du travail se caractérise par
des flux plus importants et une recherche moins intensive.
La dépense pour l’emploi est plus faible et varie moins sous
l’effet de l’indemnisation. Son impact négatif sur le
bien-être est alors fortement atténué, conduisant à
l’amélioration de la condition de tous les travailleurs
lorsque l’indemnisation s’accroît. Les autres paramètres de
la simulation, élasticité de l’effort, efficacité de
l’appariement, coût de recrutement par exemple, ont moins
d’influence sur le comportement des critères de bien-être, si
ce n’est quantitative. En ce qui concerne le comportement
du taux de chômage, ce dernier n’est affecté que de manière
quantitative par les valeurs de ces paramètres.
[(9)]
Pour des valeurs très faibles de la durée moyenne de
versement, d’une part, l’impact de la dépense pour
l’emploi se réduit et, d’autre part, la masse de travailleurs
concernés par une baisse du ratio de remplacement du
second palier augmente, ce qui conduit à une baisse du
critère utilitariste lorsque ce ratio de remplacement se
réduit.
[(10)]
En effet, l’impact lié à l’aversion au risque joue peu et
l’effet à la dépense pour l’emploi est alors important.
[(11)]
On remarque bien que l’action sur la durée moyenne et
sur le ratio de remplacement du premier palier sont
qualitativement similaires.