2002
Économie et Prévision
Convergence Monétaire Européenne, PPA et PINC
Hélène Chevrou-Séverac
[(*)]
Dans la lignée des travaux de Frankel (1979) et de Froot et Rogoff (1995), nous proposons un modèle plus général de
détermination de l'inflation nationale de long terme qui lie les hypothèses de parité des pouvoirs d'achat (PPA) relative
''faible''et de parité de taux d'intérêt non couverte (PINC). À partir de ce modèle, nous cherchons à déterminer si, d'une
part, la convergence monétaire au sens de Maastricht qui lie ces variables entre elles a eu lieu et, d'autre part, si la
réalisation de cette convergence entraîne la vérification des hypothèses de PPA et de PINC. Étant donné qu'aussi bien la
convergence maastrichtienne que la PPA semblent être des relations économiques de long terme, nous utilisons la
cointégration fractionnaire pour tester ces relations. La cointégration fractionnaire nous permet de déterminer, d'une part,
si la convergence vers un équilibre de long terme a eu lieu et, d'autre part, à quelle vitesse le système économique revient
vers cet équilibre à la suite d'un choc exogène. Après avoir précisé la définition de la cointégration fractionnaire et donné
une interprétation économique de cette méthode, nous l'appliquons à trois couples de pays participants à l'Union
Monétaire Européenne. Nous montrons que la convergence monétaire ''maastrichtienne''a eu lieu pour les Pays-Bas et la
France vis-à-vis de l'Allemagne. Nous concluons en faveur de la PPA relative et de la PINC dans leur forme faible entre
les Pays-Bas et l'Allemagne. La vitesse de convergence au sens de Maastricht avec l'Allemagne est rapide pour les
Pays-Bas et plus lente pour la France. Dans le cas de l'Italie vis-à-vis de l'Allemagne, il semble qu'il n'y ait pas eu de
convergence.Mots-clés :
PPA, PINC, mémoire longue, cointégration fractionnaire, convergence européenne.
Building on the work of Frankel (1979) and Froot & Rogoff (1995), this article proposes a more general model to
determine long-term national inflation. It combines the assumptions underlying "weak" relative purchasing power parity
(PPP) with those underlying the uncovered interest rate parity (UIRP). Using this model, we endeavour to determine,
first, whether monetary convergence - within the meaning of the Maastricht Treaty - linking these variables has occurred
and, secondly, whether achievement of such convergence bears out the PPP and UIRP assumptions. Since
Maastricht-based convergence and PPP both appear to be long-term economic relations, we are using the fractional
cointegration to test these relations. Fractional cointegration allows us to determine, first, whether convergence towards a
long-term equilibrium has occurred and, secondly, at which speed the economic system returns to this equilibrium after
an exogenous shock. After defining fractional cointegration and giving an economic interpretation of this method, we
apply it to three pairs of "in" countries. We show that the Netherlands and France have achieved monetary convergence
with Germany within the meaning of the Maastricht Treaty. We conclude that the weak form of PPP and UIRP is working
between the Netherlands and Germany. The speed of Maastricht-based convergence with Germany is fast for the
Netherlands and slower for France. Italy does not appear to have converged with Germany.Keywords :
PPP, UIRP, long memory, fractional cointegration, European convergence.
L’auteur tient à remercier C. Deniau, R. Joyeux, M. Lubrano et V. Marimoutou pour leurs commentaires et leurs encouragements,
ainsi que Paul De Grauwe. Toute erreur restante est uniquement imputable à l’auteur.
Dans la lignée des travaux de Frankel (1979) et de Froot et Rogoff (1995), nous proposons un
modèle plus général de détermination de l'inflation nationale de long terme qui lie les
hypothèses de parité des pouvoirs d'achat (PPA) relative "faible" et de parité de taux d'intérêt
non couverte (PINC). À partir de ce modèle, nous cherchons à déterminer si, d'une part, la
convergence monétaire au sens de Maastricht qui lie ces variables entre elles a eu lieu et,
d'autre part, si la réalisation de cette convergence entraîne la vérification des hypothèses de
PPA et de PINC. Étant donné qu'aussi bien la convergence maastrichtienne que la PPA
semblent être des relations économiques de long terme, nous utilisons la cointégration
fractionnaire pour tester ces relations. La cointégration fractionnaire nous permet de
déterminer, d'une part, si la convergence vers un équilibre de long terme a eu lieu et, d'autre
part, à quelle vitesse le système économique revient vers cet équilibre à la suite d'un choc
exogène. Après avoir précisé la définition de la cointégration fractionnaire et donné une
interprétation économique de cette méthode, nous l'appliquons à trois couples de pays
participants à l'Union Monétaire Européenne. Nous montrons que la convergence monétaire
"maastrichtienne'' a eu lieu pour les Pays-Bas et la France vis-à-vis de l'Allemagne. Nous
concluons en faveur de la PPA relative et de la PINC dans leur forme faible entre les Pays-Bas
et l'Allemagne. La vitesse de convergence au sens de Maastricht avec l'Allemagne est rapide
pour les Pays-Bas et plus lente pour la France. Dans le cas de l'Italie vis-à-vis de l'Allemagne, il
semble qu'il n'y ait pas eu de convergence.
La vérification de l’hypothèse de Parité des Pouvoirs
d’Achat (PPA) qui stipule que les prix de deux
paniers des mêmes biens exprimés dans la même
devise doivent s’égaliser (Cassel, 1922), a fait
l’objet de nombreuses études. Toutefois, aucun
consensus en faveur de cette hypothèse n’a émergé.
Le rejet fréquent de l’hypothèse de PPA est
imputable, d’une part, à l’utilisation d’indices de
prix hétérogènes et, d’autre part, à l’étude de cette
relation sous différents régimes de taux de change.
Dès lors, la PPA est plus souvent vérifiée lorsque la
période d’étude englobe uniquement un seul régime
de change, comme le montrent les articles de
Chowdhury et Sdogati (1993) et Diebold, Husted et
Rush (1991). D’autres auteurs ont montré que le rejet
de la PPA provient de l’existence d’interactions du
marché des actifs et du marché des biens (Frankel,
1979), ainsi que de l’existence d’un secteur des biens
soumis à la concurrence internationale (Froot et
Rogoff, 1995). Laprise en compte de ces interactions
permet de conclure en faveur de la PPA. Ce constat
nous conduit dans la première section à étudier les
hypothèses de PPA relative et de PINC (Parité
d’Intérêt Non Couverte) dans le contexte du
Mécanisme de Change Européen, en considérant que
l’hypothèse de PPA ne tient que pour les biens
échangeables (Froot et Rogoff, 1995); il s’agit alors
d’une forme faible de la PPA. Nous aboutissons ainsi
à un modèle de détermination de l’inflation nationale
par l’inflation étrangère et le différentiel de taux
d’intérêt. Or ces variables économiques sont aussi
impliquées dans les critères monétaires de
convergence de Maastricht. Le respect de ces
critères conditionne l’entrée des pays européens
dans l’Union Monétaire Européenne. Les trois
critères monétaires portent sur la stabilité du taux de
change, les taux d’intérêt, et l’inflation; ils ont pour
objectif essentiel d’assurer la stabilité des prix.
L’étude des déterminants de l’inflation nationale
rejoint donc l’étude de la convergence monétaire
“maastrichtienne”.
Dans la mesure où, d’une part, la convergence
monétaire maastrichtienne et la relation de PPA
seront plutôt vérifiées à long terme et où, d’autre
part, les variables impliquées dans ces relations sont
non stationnaires, le recours à la cointégration
fractionnaire semble appropriée. En effet, ce modèle
répond a deux objectifs. Le premier consiste à
déterminer s’il existe un équilibre de long terme vers
lequel le système économique converge. Dans
l’affirmative, des tests sur les valeurs des
coefficients estimés du modèle permettent de savoir,
d’une part, si la convergence monétaire au sens de
Maastricht a eu lieu et, d’autre part, si les hypothèses
de PPA et de PINC sont vérifiées. Le deuxième
objectif est lié à l’analyse de la stabilité de cet
équilibre de long terme. En effet, l’estimation du
degré d’intégration de la relation de long terme
indique à quelle vitesse le système économique
revient vers son équilibre de long terme après un
choc exogène. Cette méthode a été utilisée par
Cheung et Lai (1993), Fève (1996), Masih et Masih
(1995) mais uniquement pour tester la PPA. Dans la
deuxième partie, nous précisons la définition de la
cointégration fractionnaire et nous exposons son
interprétation économique. Nous présentons
su ccinctement n otre méthodo logie de la
cointégration fractionnaire à la lumière des critiques
des tests de racine unitaire et de stationnarité
formulées par Abadir et Taylor (1997).
Dans la troisième et dernière partie, nous exposons
nos résultats quant à la convergence monétaire
européenne et aux hypothèses de PPA et de PINC
entre les Pays-Bas, la France et l’Italie, vis-à-vis de
l’Allemagne, depuis la création du Système
Monétaire Européen jusqu’à la création de l’UEM,
au moyen de la cointégration fractionnaire. Le choix
de l’Allemagne comme pays de référence est justifié
par le fait que les critères de Maastricht ont été
élaborés afin de ne pas léser la vertu déflationniste du
pays phare du SME, à savoir l’Allemagne (De
Grauwe, 1997). Enfin, lorsque la convergence au
sens de Maastricht est prouvée, nous estimons la
vitesse de retour vers l’équilibre de long terme du
système économique (i.e. les variables économiques
de notre relation) à la suite d’un choc exogène, afin
d’évaluer la fiabilité de l’UEM.
Parité des pouvoirs d’achat, parité de
taux d’intérêt non couverte et
mécanisme de change européen
Une modification de la relation de PPA
La Parité des Pouvoirs d’Achat
En dépit d’une importante littérature concernant
l’étude de la Parité des Pouvoirs d’Achat (PPA), il
n’y a pas de consensus en faveur de cette hypothèse.
S’il existe une unanimité sur son rejet à court terme,
les investigations empiriques de long terme sont
contradictoires. Selon Cassel (1922), si la PPA est
vérifiée, alors les prix respectifs de deux paniers des
mêmes biens achetés dans deux pays différents,
exprimés dans la même devise, s’égaliseront. Sous
forme forte, la Parité des Pouvoirs d’Achat (PPA)
Absolue est :
où St est le taux de change nominal entre les deux
monnaies, Pt le prix national du panier de biens
représentatifs et Pt* le prix étranger du même panier.
Soit en logarithmes : s p p t t t = -*.
À travers la mesure du pouvoir d’achat des
monnaies, la PPA permet donc de comparer les
niveaux de vie d’un pays à l’autre à condition que les
hypothèses suivantes soient vérifiées : absence de
coûts de transactions, de droits de douanes, de
barrières non tarifaires ; homogénéité des goûts de
consommateurs d’un pays à l’autre. Comme il est
plus probable que ces hypothèses soient validées
entre les pays d’une “zone économique intégrée”,
nous testerons la PPA entre pays membres de la
Communauté Economique Européenne (CEE). En
effet, les échanges économiques et financiers entre
ces pays sont très développés : la CEE garantie à ces
pays membres la libre circulation des hommes, des
marchandises et des capitaux. Les biens produits
ainsi que les habitudes de consommation des
consommateurs de ces pays sont relativement
homogènes. Au niveau désagrégé, la loi du prix
unique implique :
quel que soit le bien i considéré.
Soit ωi t, (respect. ωi t,* ) la part du budget national
(respect. étranger) allouée à la consommation du
bien i. Nous pouvons construire un prix agrégé
national (respect. étranger) pour les n biens
nationaux (et étrangers) :
Si les consommateurs ont tous les mêmes goûts, alors
ω i t i, t, =*, la comparaison entre les deux indices
de prix sera envisageable. Dans cette optique, l’étude
de la PPA entre les pays de la CEE atténuera d’autant
plus les problèmes d’hétérogénéité des indices de
prix nationaux. Sous ces hypothèses, la PPA absolue
devient :
PPA et biens échangeables et non-échangeables
Un autre facteur intervient dans la réalisation de la
PPA. Il s’agit de l’existence d’un secteur des biens
échangeables s oumis à la concurrence
internationale et d’un secteu r des bien
non-échangeables. La relation de PPA implique
uniquement les prix des biens échangeables. Or
aucun indice de prix ne contient uniquement ces
biens échangeables. Donc, la relation de PPA
devient :
avec k une constante quelconque.
Pour comprendre cela, nous considérons le modèle
(3) suivant de Froot et Rogoff (1995) :
où ptE est le prix des biens échangeables (BE) et ptNE
le prix des biens non-échangeables (BNE). L’indice
des prix est constitué d’une combinaison linéaire des
prix des BE et des prix des BNE :
En supposant que le prix des BNE est proportionnel
au prix des BE (effet Balassa-Samuelson ), nous
avons :
Les mêmes représentations existent pour l’indice de
prix étranger.
En combinant ces équations, nous obtenons
l’équation (2) avec :
Le rejet de la PPA à court terme
Les hypothèses d’application de la PPA sont trop
restrictives. Elles supposent l’absence de barrières
non-tarifaires entre pays. Or il semble qu’il y ait un
“effet de frontière”. Ainsi le prix relatif de deux biens
est plus volatil entre deux villes limitrophes proches
qu’entre deux villes distantes d’un même pays. De
plus, les politiques de discrimination par les prix
accentuent le déséquilibre entre prix relatifs
intra-nationaux et inter-nationaux (voir dans Froot et
Rogoff, 1995). Le soutien de nombreux économistes
en faveur de la PPA venait du fait qu’ils croyaient
que les prix étaient dominés par des chocs
monétaires. La monnaie étant neutre à long terme,
quel que soit le panier de biens de référence
considéré, la PPA relative devait être vérifiée
Δ Δs p p t t t = -*. Si la relation de PPA est
vérifiée pour des pays inflationnistes, son rejet pour
les autres pays s’explique par la rigidité des prix à
court terme qui entraîne des chocs réels temporaires
(Frankel, 1979). Ainsi, la volatilité des taux de
change nominaux et la rigidité des prix et salaires
nominaux expliquent les écarts de la PPA à court et
moyen terme. Il semble donc que si la relation de
PPA est vérifiée dans un modèle monétaire à prix
visqueux (Dornbusch), elle le sera essentiellement
dans le long terme en considérant que les taux
d’intérêt ont une influence dans la détermination du
taux de change.
PPA relative et PINC : un modèle de
détermination de l’inflation
L’hypothèse de parité de taux d’Intérêt
Notre étude s’inscrit dans le cadre du modèle
monétaire de Dornbusch puisque les prix semblent
être rigides. En effet, on constate que les prix étant
beaucoup moins volatils à court terme que les taux de
change, ils s’ajustent plus lentement. Dans ces
conditions, la volatilité du taux de change peut
s’expliquer par un autre facteur : le différentiel
d’intérêt entre deux pays (Meese et Rogoff, 1988).
Pour répondre à cette critique, nous suivons Frankel
(1979) qui propose un modèle de détermination du
taux de change à partir de l’hypothèse de parité
d’intérêt et de la PPA relative “faible”. Nous
tiendrons donc compte des interactions du marché
des biens (via la PPA) et du marché des actifs
financiers, via la condition de Parité d’Intérêt Non
Couverte (PINC). D’autre part, nous testerons ces
relations dans le cadre du MCE (Mécanisme de
Change Européen), régime de taux change fixes et
ajustables. Enfin, le fait de considérer des pays
membres du MCE, donc de la Communauté
Economique Européenne, nous permet de travailler
sur des indices de prix plus homogènes d’un pays à
l’autre.
La condition de PINC s’écrit :
soit, exprimée en logari thmes :
Δs r r t = + - + - * ln( ) ln( )1 1. En posant,
t t -1 1 i r t t- - = + 1 1 1ln( ), nous obtenons :
L’équation de détermination de l’inflation nationale
Sous forme relative, la relation de PPA est (sous
l’hypothèse que le taux d’inflation étranger est
faible) :
soit, sous forme faible :
La relation de PPA relative sera vérifiée si :
Dans le dernier cas, nous retrouvons la forme forte de
la PPA relative.
En combinant les équations de PPA relative et de
PINC, nous obtenons une équation de détermination
de l’inflation nationale par l’inflation étrangère et le
différentiel d'intérêt :
Les relations de PPA relative et de PINC dans un
contexte de système de taux de change fixes mais
ajustables ne peuvent plus être assimilées à un
mécanisme de détermination du taux de change.
Elles permettent une analyse des déterminants de
l’inflation nationale que sont l’inflation étrangère et
le différentiel d’intérêt.
PPA, PINC et critères monétaires de Maastricht
L’appartenance à un régime de taux de change fixe
est aussi déterminant dans la vérification de
l’hypothèse de PPA. Ce constat justifie l’étude des
relations de PPA et de PINC dans le contexte du
Mécanisme de Change Européen (MCE).
Le Mécanisme de Change Européen
Le Mécanisme de Change Européen a été créé en
même temps que le Système Monétaire Européen
dans le but de contrôler l’inflation provenant des
variations des taux de change. L’objectif était
d’empêcher les comportements de “passagers
clandestins” de certains pays qui, par la dépréciation
de leur monnaie, voyaient leurs exportations devenir
plus compétitives que celles de leurs partenaires
économiques. Pour cela, les taux de change des pays
membres du MCE ont été fixés avec une tolérance de
variations de plus ou moins 2,25 % autour de cette
parité centrale (ou cours pivot). Au fur et à mesure du
fonctionnement du SME, le MCE est passé d’un
mécanisme de gestion des taux de change à un
mécanisme de stabilisation de l’inflation nationale.
Cette stabilisation de l’inflation s’est faite par
alignement des politiques monétaires des pays
“ suiveurs” sur la politique du pays phare,
l’Allemagne, alignement renforcé lors de l’abandon
définitif du contrôle des capitaux à partir de la fin des
années quatre-vingt-dix. Le pas suivant était de
constituer une zone monétaire avec la création d’une
monnaie unique.
Les critères de convergence de Maastricht : la
prépondérance de l’Allemagne
Afin de rendre possible et crédible la création de
l’Union Monétaire Européenne (UME) et de l’Euro,
les pays membres du SME ont fixé des critères
d’adhésion à l’UME qui reprend les acquis et les
efforts réalisés par le MCE en matière de
stabilisation de l’inflation et de choix de politique
monétaire. Ces critères de convergence se divisent
en deux groupes :
- les critères monétaires se rapportent au taux
d’inflation, aux taux d’intérêt et au taux de change;
- les critères budgétaires concernent le déficit
budgétaire et la dette gouvernementale.
Dans la continuité des objectifs du SME, les trois
premiers critères s’attachent à conserver un niveau
d’inflation faible dans l’UME. Les deux derniers
critères ont pour objectif d’empêcher toute
monétisation de la dette.
Comme l’explique De Grauwe(1997), l’union
monétaire induit un biais inflationniste. En effet, si
l’inflation “objectif” européenne doit être égale à la
moyenne de tous les pays membres de l’UME (du
plus inflationniste au moins inflationniste), alors le
bien-être des pays les moins inflationnistes se
réduira : ils n’ont donc pas intérêt à participer à
l’union monétaire. Pour conserver la participation de
ces pays, la banque centrale peut imposer un taux
d’inflation suffisamment bas pour satisfaire ceux-ci.
C’est exactement ce qui s’est passé avec
l’Allemagne lors de l’élaboration des critères de
convergence de Maastricht.
Des critères de convergence aux relations de PPA et
de PINC
On peut donc se demander dans quelle mesure les
indicateurs monétaires (taux d’intérêt, taux
d’inflation, taux de change) des pays suiveurs
européens ont convergé vers ceux de l’Allemagne,
pays phare du SME. Considérons la relation
d’équilibre de long terme suivante entre variables
monétaires “maastrichtienne” :
Les taux d’inflation convergeront l’un vers l’autre si
les deux conditions suivantes sont remplies :
- il faut d’une part que δ → 1;
- et d’autre part que 0 1≤ <μ.
Dans ce cas, l’influence du différentiel de taux
d’intérêt sur la détermination de l’inflation est faible.
Par contre, si μ <1, l’influence des taux d’intérêt
sera importante dans la détermination de l’inflation
nationale, ce qui implique que le différentiel
d’inflation peut être durablement positif et
significatif. La convergence de l’inflation nationale
vers l’inflation du pays “phare” ne se vérifie plus.
Cette notion de convergence entre les taux
d’inflation et les taux d’intérêt que nous étudions ici
semble rejoindre les relations de PPA relative et de
PINC. En effet, si nous reprenons la relation de
Fisher faible normalisée par θ, nous obtenons :
Cette équation correspond à l’équation (7), avec
Réexaminons à présent les conditions de
convergence conjointement avec celles de
réalisation des hypothèses de PPA et de PINC : si
δ→ 1 et si 0 1≤ <μ, alors, d’une part, il y aura
convergence monétaire “maastrichtienne” vers
l’Allemagne et, d’autre part, les hypothèses de PPA
et de PINC seront vérifiées.
En effet,
donc la convergence de δvers
l’unité implique que θ θ=*. De plus, la théorie
économique indique que le coefficient associé au
différentiel d’intérêt et celui associé à l’inflation
étrangère doivent être strictement positifs.
La cointégration fractionnaire : une
méthode d’analyse de la convergence
La cointégration fractionnaire : définition et
interprétation
Granger introduit la notion de cointégration comme
suit :
Définition : un processus stochastique vectoriel Xt à
valeurs dans ℜN sera cointégré de degré (d, b), noté
X C d b t ( , ) si :
- chaquecomposante de Xt est intégréede degré d;
- il existe une matrice de constantes βtelle que :
z X I d b t t = '-β ( ) avec b >0.
Lorsque le rang de cointégration est égal à r (i.e.βde
dimension( )r N× ), il existe alors une représentation
à mécanisme correcteur d’erreur telle que :
avec z X t t = 'β un processus stationnaire.
Habituellement, les séries étudiées sont I(1), le
mécanisme correcteur d’erreurs, lorsqu’il existe, est
I(0). Mais cette distinction entre processus I(1) ou
I(0) est arbitraire, puisque le modèle de Engle et
Granger (1987) stipule que ce terme d’erreur doit
uniquement être de rang réduit et stationnaire. La
cointégration s’applique aussi lorsque les séries sont
I(d), avec d fractionnaire.
Granger (1986) : un système de variables
économiques peut être cointégré fractionnaire de
telle sorte que ces erreurs de long terme (relation de
cointégration ou erreurs d’équilibre) suivent un
processus intégré fractionnaire.
En effet, le théorème de représentation de Granger,
sous-jacent à l’idée de cointégration, suppose que la
relation de cointégration z X t t = 'β est stationnaire
et de degré d’intégration (d-b) inférieur à ceux des
séries de Xt, mais pas forcément nul.
Nous pouvons enfin redéfinir, les conditions de
cointégration fractionnaire.
Définition : un vecteur de processus temporels Xt
sera cointégré fractionnaire si :
- tous les composantes xj t, de Xt sont I(d),
- s’il existe une constante β∈ ℜN, telle que
z X t t = 'β est I(d-b), avecd b- <1 2 etd b d- <.
Dans la représentation VECM traditionnelle, si Xt
est I(d), avec d <15,, alors ΔXt sera I d( )-1,
d - <1 0 5, c’est-à-dire stationnaire. La deuxième
condition assure que la relation de long terme est elle
aussi stationnaire.
Deux cas se distinguent dans l’étude de la
cointégration fractionnaire :
- soit d <0 : il y a cointégration et la relation de long
terme est stationnaire et anti-persistante (elle oscille
autour de sa moyenne d’équilibre) ;
- soit0 1 2< <d : il y a cointégration et la relation de
long terme est stationnaire à mémoire longue (retour
lent à long terme vers sa moyenne d’équilibre).
L’utilisation de la cointégration fractionnaire plutôt
que de la cointégration usuelle permet de mener une
analyse économique plus fine de la dynamique de
court et de long terme des variables du système. En
effet, dans leur interprétation économique de la
cointégration, Engle et Granger (1987) considèrent
qu’un vecteur de variables économiques Xt sera à
l’équilibre si '=β Xt 0. La plupart du temps, cet
équilibre n’est pas atteint et la quantité z X t t = β'
est appelée erreur d’équilibre. Harris (1995)
explique que le concept de cointégration correspond
à l’existence d’un équilibre de long terme vers lequel
le système économique converge dans le temps.
Tavéra (1999) associe aussi la cointégration au
concept de convergence du système économique
vers une situation finale qui est un point d’équilibre
du système. En plus de la convergence vers un
équilibre, la cointégration permet aussi d’analyser la
stabilité de l’équilibre définie comme la propriété
d’un système à revenir vers cet équilibre lorsqu’il
s’en écarte.
La cointégration fractionnaire permet, comme la
cointégration traditionnelle, de déterminer si un
équilibre de long terme existe (appelé relation de
long terme). Mais elle analyse de manière plus fine
comment réagit le système économique lorsqu’il
s’écarte (sous l’influence d’un choc exogène) de son
équilibre de long terme. En effet, le comportement
du système économique à la suite d’un choc exogène
va dépendre du degré d’intégration de la relation de
long terme (qui mesure l’écart du système à son
sentier d’équilibre). O r la cointégration
fractionnaire autorise le degré de zt d’être
fractionnaire ou entier (contrairement à la
cointégration usuelle qui suppose que zt est I(0)).
Ainsi, lorsque zt est I(0), la vitesse de retour à
l’équilibre est normale, le processus est stationnaire
et à mémoire courte. Lorsque zt est I(d), avec
0 1 2< <d, la vitesse de retour à l’équilibre est plus
lente, le processus est stationnaire et à mémoire
longue. Lorsque zt est I(d) avec d <0, le processus
est anti-persistant et oscille autour de sa moyenne
d’équilibre.
Méthodologie : cointégration fractionnaire et
convergence
Afin d’éviter le problème d’estimateurs biaisés en
petit échantillon, lié à la méthode de Engle et
Granger (1987), nous utilisons la méthode de
cointégration de Johansen-Juselius (1991) sur le
modèle vectoriel autorégressif à correction d’erreurs
(VECM) suivant :
po ur tou t t T=1 2, ,...,, et T le nomb re
d’observations, où X s i i t t t t = - '( , , ,( ) )Ï€ Ï€ est
*
t -1 le vecteur de processus stochastiques, Dt un vecteur
de l variables indicatrices représentant l’occurrence
des réalignements bilatéraux, m un terme constant et
εt un processus indépendant, identiquement
distribué de moyenne nulle et de variance σε2. Le
terme constant m peut se décomposer comme suit :
m = +^ αβ α γ., où α^ est une matrice de
0 dimension n n r× -( ), orthogonale aux colonnes de
α et telle que α α β ^ =0, un vecteur r ×1, et γun
0 vecteur ( )n r n- ×. La relation (8) devient :
Dans cette décomposition, β est l’ordonnée à
0 l’origine dans la relation de cointégration, et γest un
vecteur de pentes des ( )n r- tend ances
stochastiques inclus dans la dynamique de court
terme. Si le terme constant est contraint, m = 'αβ,
0 alors les ( )n r- dérives sont annu lées.
L’introduction de variables indicatrices dans le
modèle via la matrice Dt modifie la distribution
asymptotique des tests du ratio de vraisemblance
(LR) qui permettent de déterminer le rang de
cointégration r du modèle et d’estimer les
paramètres du modèle. Johansen et Nielsen (1993)
proposent différentes distributions asymptotiques
de ces tests pour des modèle ayant différentes
spécification de variables indicatrices. Toutes ces
distributions sont non standard et dépendent la
plupart du temps de mouvements browniens. Ils
fournissent aussi un logiciel de simulation de ces
distributions (le logiciel Disco) qui permet de
calculer les valeurs critiques des tests LR pour
différentes spécifications de variables indicatrices
linéaires par morceaux. Le rang de cointégration r
correspond au nombre de contraintes imposées à Xt.
Si βest de dimension n r×, alors il y aura r relations
de cointégration de long terme et ( )n r- tendances
stochastiques. Comme nous l’avons vu dans la
présentation de la méthode de cointégration
(fractionnaire ou usuelle), la relation de
cointégration z X t t = 'β doit être intégrée
stationnaire de degré inférieur à celui des variables
de Xt.
Dans notre analyse de la convergence au sens de
Maastricht, c’est précisément la relation d’équilibre
de long terme zt qui nous intéresse. Pour les trois
groupes de pays considérés (France, Italie et
Pays-Bas vis-à-vis de l’Allemange), s’il existe un
équilibre de long terme (i.e. au moins une relation de
cointégration, r=1) entre les variables de Xt (à
savoir le taux de change nominal, l’inflation
nationale, l’inflation allemande et le différentiel de
taux d’intérêt), alors leurs dynamiques de long terme
sont liées par la relation suivante :
Si le coefficient estimé $β1 est nul, après
normalisation par $β2, l’équation devient :
Dans ce cas, la convergence au sens de Maastricht a
eu lieu :
- si
-
-
et si
-
-
alors il y aura
convergence monétaire au sens de Maastricht vers
l’Allemagne ;
- si, de plus, les coefficients estimés sont tels que
-
-
et
-
-
alors les
relations de PPA relative faible et de PINC seront
simultanément vérifiées.
La cointégration permet, d’une part, de déterminer
s’il existe une ou plusieurs relations d’équilibre de
long terme entre ces variables et, d’autre part,
d’estimer les coefficients $ $θ β2 = et $ $θ β * =3 de cette
relation de long terme. Cette méthode permet aussi
une analyse de la dynamique de court terme de ces
mêmes variables puisqu’elles estiment les
coefficients de court terme associés à ces variables.
Une fois le rang de cointégration déterminé au
moyen du test de la trace et les coefficients de βet α
estimés, il faut s’assurer que la relation de
cointégration z X - = 'β est stationnaire,
t t -1 1 intégrée de rang réduit par rapport aux variables Xt.
Pour ce faire, nous avons choisi d’estimer le degré
d’intégration dz de la relation de long terme zt au
moyen de trois méthodes fractionnaires : la
statistique R/S modifiée de Lo (1991), l’estimateur
de Geweke et Porter-Hudak avec un périodogramme
lissé (Reisen, 1994) et l’estimateur local du
maximum de vraisemblance de Robinson (1995). La
définition des processus fractionnaires ainsi que
l’exposé des méthodes d’estimations citées
ci-dessus sont présentées dans l’encadré ci-dessous.
Nous discutons dans le paragraphe suivant de la
pertinence de nos choix en matière de méthode
d’estimation fractionnaire.
Tests versus estimation du degré d’intégration
fractionnaire
Abadir et Taylor (1997) ont montré que l’utilisation
des tests habituels de racine unitaire ou de
stationnarité pour déterminer s’il y a cointégration
conduit à des conclusions erronées. Si nous utilisons
des tests d’hypothèse nulle de racine unitaire sur zt
(l’hypothèse implicite sous-jacente est que les séries
parentes sont I(1)), deux problèmes surviennent : si
1 2 1< - <d b, les tests concluront à tort en faveur de
l’hypothèse de cointégration, puisque la relation de
long terme n’est pas stationnaire ; si d d b= - <1,
les tests accepteront à tort la cointégration. Ces
remarques confirment le peu de puissance des tests
d’hypothèse nulle de racine unitaire (DF, ADF,
Phillips et Perron) asymptotiquement ou en petit
échantillon contre l’hypothèse alternative de racine
fractionnaire (Hassler et Wolters, 1994 ; Krämer et
Marmol, 1998). Si nous testons l’hypothèse nulle de
stationnarité à mémoire courte (l’hypothèse
implicite est alors que les séries parentes sont I(d)
avec d >0), deux cas de figure se présentent : si
( )d b- ≤0, nous acceptons la cointégration sans
savoir si (d-b)<d; si d>(d-b)>0, la cointégration
peut exister mais ne sera pas forcément détectée.
Il vaut donc mieux estimer directement le degré
d’intégration des résidus cointégrants. Pour cela,
nous avons recours à trois méthodes fractionnaires
non-paramétriques. En effet, lorsque la forme du
PGD est inconnue, l’estimation du degré
d’intégration par les méthodes non-paramétriques
est p lus pu issan te que par des méthodes
paramétriques. Taqqu et Teverovsky (1996)
réalisent une comparaison entre différents
estimateurs fractionnaires avec et sans parties
autorégressive et moyenne mobile, avec variance
infinie et variance finie, avec des perturbations
gaussiennes et non-gaussiennes. Ils déterminent que
les estimateurs de d sont moins performants lorsque
le degré d’intégration est estimé avec une dynamique
de court terme (parties AR et MA) et sont aussi bons
lorsque la variance des innovations est infinie et
lorsque les innovations sont non gaussiennes. Leurs
rés ultats in diquent que lorsque la forme
paramétrique des séries temporelles est connue,
l’estimateur du maximum de vraisemblance de
Whittle donne les meilleurs résultats. Mais ceci n’est
plus vrai lorsque le PGD de la série est inconnu. Dans
ce cas, le meilleur estimateur est celui du maximum
de vraisemblance local de Whittle introduit par
Robinson. Un estimateur qui donne aussi de bons
résultats lorsque le PGD est inconnu est celui du
périodogramme (GPH) car il obtient de meilleures
performances que les autres estimateurs quand on
s’écarte de la série idéale (i.e. variance infinie,
innovations non gaussiennes, dynamique de court
terme). Cependant leurs résultats ne tiennent que
lorsque la taille de l’échantillon est très grande.
Kurpiel et Marimoutou (2000) réalisent une étude
comparative de différents estimateurs du degré
d’intégration fractionnaire des séries en considérant
différentes tailles d’échantillon. Leurs résultats
indiquent qu’en petit échantillon (i.e. 64
observations) le test non paramétrique de Robinson
reste puissant.
Encadré 1 : les processus fractionnaires
ARFIMA
Un processus fractionnaire ARFIMA (p, d, q)
yt représentation suivante :
Avec L l’opérateur de retard, εt un bruit centré, d’écart type
σε, (. )Φ un polynôme de retards autorégressif de degré p
dont les racines sont à l’extérieur du cercle unité, θ(. ) un
polynôme de retards moyenne mobile de degré q dont les
racines sont à l’extérieur du cercle unité, et d le degré
d’intégration non entier.
Les autocorrélations d’un processus fractionnaire, pour
< <1 2 1 2/ /d sont, quand k tend vers l’infini :
La densité spectrale de tels processus est :
Le processus yt sera dit à mémoire longue si :
ou si sa densité spectrale tend vers l’infini
à l’origine.
Si 1 2 1/ < <d, alors le processus est “mean-reverting”,
inversible et non stationnaire.
Si 0 1 2< <d /, alors le processus ARFIMA (p, d, q) est
“mean reverting”, inversible et stationnaire ; il a un
comportement de dépendance de long terme (mémoire
longue).
Si - < <1 2 0/ d, alors le processus est inversible et
stationnaire mais possède une mémoire intermédiaire :
c’est un processus anti-persistant.
Si - < <-1 1 2d /, alors le processus est non inversible et
stationnaire et possède une mémoire intermédiaire.
Encadré 2 : estimation des processus
fractionnaires
Afin de déterminer si la relation de long terme z X t t = 'β est
stationnaire et de degré réduit, nous estimons son degré
d’intégration dz. Il existe deux approches possibles :
- une directe dans le domaine des fréquences, dont la
méthode du maximum local de Robinson (1994) et celle de
Geweke et Porter-Hudak (1983) lissé ;
- une indirecte dont le calcul des statistiques R/S et R/S
modifiée de Lo (1991).
La statistique R/S modifiée de Lo
Pour détecter la dépendance de long terme dans une série,
Mandelbrot a suggéré d’utiliser la statistique R/S
(”rescaled range”) développée par Hurst. Toutefois, cette
statistique est sensible à la dépendance de court terme. Elle
ne permet pas de discriminer entre une hypothèse
alternative de mémoire longue ou de processus autocorrélé
à mémoire courte. Lo (1991) a proposé la statistique R/S
modifiée dont la distribution limite est invariante face à
une large classe de processus dépendants de court terme, et
qui reste sensible à la dépendance de long terme. Elle est
définie comme suit :
où XT est la moyenne empirique du processus , T, on le
rapp ell e, e st l e no mbre d’o bservat io ns,
est un est ima teu r
convergent de la variance qui tient compte de la
dépendance de court terme ; $σ2 et $γj sont respectivement
des estimateurs de la variance et de la fonction
d’autocovariance du processus, et
pondération de Newey et West (1987) avec q T< et
q o T ( ) /1 4. Cette statistique est sensible à la mémoire
longue, tout en étant invariante par rapport aux processus à
la mémoire courte. Pour pouvoir utiliser la distribution de
QT, il faut calculer la statistique suivante :
où V est un Pont Brownien (Lo, 1991) d’espérance
et de variance Ï€2 6 0 27/ ,=. Afin d’estimer la
valeur du coefficient de Hurst H qui mesure le degré de
persistance du processus (et donc de d, puisque
d H= -1 2/ ), on trace log( )Qt en fonction de log( )t, pour
différentes valeurs de t T≤. Par régression linéaire, on
obtient H qui est tel que : log( ) log( )Q cte H t t = +, pour t
grand. Toutefois, pour un échantillon de moins de 100
observations, la statistique V q T ( ) est peu puissante pour
détecter la présence de mémoire longue.
La méthode de Robinson : l’estimateur local de Whittle
Robinson (1994,1995) a proposé un estimateur H par
maximisation d’une fonction objectif dans le domaine des
fréquences. Par définition, les processus intégrés
fractionnaires stationnaires ont un spectre de la forme
suivante : f GH ( ) λ λ1 2-, quand λ→+ 0; avec G ∈ ∞( , )0 et
0 1< <H, H étant le coefficient de Hurst qui mesure le
degré de persistance du processus.
Si 1 2 1/ , ( )< < → ∞H f λ quand λ→ 0 : le processus est à
mémoire longue.
Si 0 1 2 0< < →H f/ , ( )λ quand λ→ 0 : le processus est
anti-persistant.
En l’absence d’informations concernant la forme du PGD
de la série temporelle, l’estimation paramétrique du spectre
aux hautes fréquences donne un estimateur non convergent
de H. Pour éviter ces écueils, et dans la mesure où le
coefficient de Hurst caractérise la persistance du processus
(basses fréquences), Robinson propose un estimateur de H
semi-paramétrique local (aux fréquences proches de
l’origine). La fonction objectif à maximiser est la suivante :
avec G, H toutes valeurs admissibles des paramètres à
estimer, I I j j = ( )λ le périodogramme du processus,
j m=1 2, ,...,, m un entier tel que m T< / 2, T le nombre
d’observations de l’échantillon.
L’estimateur de H sera :
avec :
Lorsque le modèle paramétrique est connu, cet estimateur
est moins efficace que celui du maximum de vraisemblance
approximé. L’avantage est qu’il évite la dépendance à la
moyenne de l’échantillon lorsque celle-ci est inconnue.
Ro bi nson m ont re que $H est conv ergent et
asymptotiquement normal (sous certaines conditions) :
quandT → ∞.
L’estimateur du périodogramme lissé
Ce test introduit par Reisen (1994) est une généralisation
du test de Geweke et Porter-Hudak. Il s’agit d’estimer dans
le domaine des fréquences le degré d’intégration
fractionnaire d du processus. Soit le processus ARFIMA
(0, d, 0) suivant :
Connaissant la densité spectrale de ce processus, Geweke et
Porter-Hudak considèrent celle-ci en logarithme évaluée
aux fréquences de Fourier, soit :
Aux fréquences proches de l’origine, le dernier terme de
l’expression ci-dessus est négligeable comparés aux autres
termes. En introduisant le périodogramme dans la relation,
la méthode revient alors à régresser le logarithme du
périodogramme lissé d’une fenêtre de Parzen sur sa
décomposition :
quel que soit j m=1 2, ,..., et m m T T= <<( ).
où c f=ln ( ( ) / )σ Ï€ ε2 0 2 est une constante,
ω ω εj j j I f=ln ( ( ) / ( )) une perturbation aléatoire, et
le périodogramme lissé,
$γs un estimateur de la fonction d’autocovariance du
processus, k u( ) un générateur de fenêtre spectrale, et
m m T= ( ) un point de troncature tel que si T → ∞ et
m → ∞ alors
Lorsque d est significativement différent de zéro, alors le
processus n’est pas I ( )0.
Quelle convergence des pays de
l’UEM ?
Présentation des données
Notre étude concerne l’Allemagne, la France, l’Italie
et les Pays-Bas sur la période allant du troisième
trimestre 1979 (début du SME) au quatrième
trimestre 1998 (création de l’UME). L’Allemagne,
pays phare de la CEE sur la période, tant au niveau
commercial que monétaire, fournira la monnaie
numéraire. Nous considérons la convergence
européenne entre un pays européen et l’Allemagne.
Nous avons sélectionné les indices de prix à la
consommation, car leur définition est relativement
homogène d’un pays membre de la CEE à l’autre. Le
taux de change monnaie européenne/DM est une
moyenne trimestrielle. Enfin, comme nous nous
intéressons à la relation de PPA sur le long terme,
nous utilisons le rendement des obligations d’État,
comme taux d’intérêt de long terme.
Depuis le troisième trimestre de 1979, l’Allemagne,
la France, l’Italie et les Pays-Bas participent au
Mécanisme de Change du SME. Durant cette
période, de nombreux réalignements officiels des
taux bilatéraux ont eu lieu : nous les modéliserons
par des variables indicatrices. Il y aura autant de
variables indicatrices que de réalignements
bilatéraux entre deux pays. Pour l’Italie, qui est
sortie au quatrième trimestre de 1992 du MCE, nous
considérons l’échantillon entier, en rajoutant une
variable indicatrice à partir de cette date. Concernant
les Pays-Bas, le taux de change Florin/DM étant très
volatil au début de la période, l’étude commencera
en 1983 :2.
Tableau 1
dates et amplitudes des réalignements
bilatéraux
Tableau 1 : dates et amplitudes des réalignements
bilatéraux
Mois/Années FF/DM Lire/DM Florin/DM
09/79 - 2 % - 2 % - 2 %
03/81 - - 6 % -
10/81 - 2,5 % - 8,5 % -
06/82 - 10 % - 7 % -
03/83 - 8 % - 8 % - 2 %
07/85 - - 8 % -
04/86 - 6 % - 3 % -
01/87 - 3 % - 3 % -
01/90 - - 3,68 % -
09/92 - - 7 % -
Le taux de change Lire/DM a subi de nombreux
réalignements. Lorsque les dates de réalignements
consécutifs sont très proches, nous ne construirons
qu’une seule variable indicatrice pour les
réalignements considérés.
La méthode de cointégration de Johansen et Juselius
(1991) que nous utilisons nécessite un processus
vectoriel non-stationnaire. En conséquence, nous
réalisons deux types de tests de stationnarité
complémentaires sur les variables impliquées dans
la relation de cointégration.
Le test de KPSS teste l’hypothèse nulle de
stationnarité avec mémoire courte (I(0)) de la
variable contre des hypothèses alternatives de
mémoire longue stationnaire ou non-stationnaire
(Lee et Schmidt, 1996) et/ou de mémoire infinie
(processus intégrés d’ordre entier).
Pour corroborer les résultats et obtenir une plus
grande précision, nous estimons le degré de
différenciation fractionnaire par la méthode de
Geweke et Porter-Hudak lissée en utilisant les
fenêtres de Parzen.
L’analyse du tableau 2 amène aux conclusions
suivantes :
- les séries temporelles des Pays-Bas et de la France
versus l’Allemagne ont des caractéristiques
similaires : les taux de change FF/DM et Florin/DM,
et les différentiels d’intérêt sont I(d), avec d <15,.
Les indices de prix à la consommation IPC possèdent
deux racines unitaires ;
- l’Italie se démarque : le taux de change Lire/DM est
I(1,6), le différentiel de taux avec l’Allemagne est
I(1) et l'IPC italien est I(2,2).
Tableau 2
détermination du rang d’intégration des variables (tests KPSS et GPH)
Tableau 2 : détermination du rang d’intégration des variables (tests KPSS et GPH)
st Δst pt Δpt pt* Δpt* ( )i it -*-1 Δ( )i it -*-1
France - Allemagne
ημ 1,420 0,540 ** 1,796 1,511 1,929 0,358 1,617 0,198 *
ητ 0,421 0,056 * 0,426 0,377 0,161 0,212 0,175 ** 0,153 **
$dGPH I (1,3) 0 0 3< <d, I (2) 0 8 1, < ≤d I (2) 0 75 1, < ≤d I (1,5) 0 0 5< <d,
Pays-Bas - Allemagne
ημ 0,977 0,241 * 1,957 0,612 1,929 0,358 0,895 0,220 *
ητ 0,414 0,081 * 0,209 0,312 0,161 0,212 0,445 0,035 *
$dGPH I (1,4) 0 0 4< ≤d, I (2) 0 6 1, < ≤d I (2) 0 75 1, < ≤d I (1,5) 0 1 0 5, ,< ≤d
Italie - Allemagne
ημ 1,952 0,150 * 1,957 1,596 1,929 0,358 1,245 0,098 *
ητ 0,123 0,058 * 0,441 0,358 0,161 0,212 0,143 * 0,071 *
$dGPH I (1,6) 0 2 0 65, ,< <d I (2,2) 0 7 1 2, ,< ≤d I (2) 0 75 1, < ≤d I (1) - < ≤0 4 0, d
Remarque : un astérisque (respect. deux astérisques) signifie que l’hypothèse nulle de stationnarité avec mémoire courte n’est pas rejetée à 5 %
(respect. à 1 %).
Puisque les indices de prix sont I(2), nous étudierons
l’hypothèse de PPA relative qui fait intervenir les
taux d’inflation (I(1) par construction). Nous
pouvons donc les inclure dans un VECM avec le
différentiel d’intérêt et le taux de change.
Résultats des tests de cointégration fractionnaire
Nous estimons la relation de long terme normalisée
par le coefficient du taux d’inflation domestique :
Si $β1 0=, et si
et
alors la
convergence monétaire au sens de Maastricht est
vérifiée.
Si de plus,
et
alors les hypothèses
de PPA et de PINC sont vérifiées. Quand ce sera
possible, nous testerons ces hypothèses en
contraignant les coefficients de la relation de long
terme du modèle VECM.
Équilibre de long terme et convergence
Bien qu’il n’y ait plus de réalignements à partir du
deuxième trimestre de 1983 (date du début de notre
échantillon), le modèle néerlando-allemand contient
des variables indicatrices impulsionnelles pour
traiter les ruptures présentes dans le différentiel
d’inflation néerlando-allemand. Pour ce couple de
pays, il ressort de l’analyse du tableau 3 que le rang
de cointégration est égal à 1. La relation de long
terme ne contient donc qu’un seul vecteur
cointégrant.
Dans le cas franco-allemand, la matrice Dt du
modèle VECM (équation 8) contient les 5 variables
indicatrices représentant les réalignements sur la
période étudiée, plus une indicatrice représentant la
réunification des deux Allemagne en 1991, soit
D d d d d d dall t t =( , , , , , ). L’analyse
t t t t t1 2 3 4 5 du rang de cointégration (deuxième partie du tableau
ci-dessus) indique qu’il n’y a qu’une seule relation
de long terme.
Concernant l’Italie vis-à-vis de l’Allemagne, la
matrice Dt contient les 8 variables indicatrices
représentant les réalignements sur la période
étudiée, plus une indicatrice représentant la sortie de
la lire italienne du mécanisme de change européen.
Nous avons rajouté des indicatrices impulsionnelles
pour tenir compte de la présence de mouvements
aberrants dans l’inflation italienne. Les tests de la
trace et de la valeur propre maximale présentés dans
la troisième partie du tableau 3 indiquent que le
modèle supporte deux relations de cointégration.
Tableau 3
analyse du rang de cointégration
Tableau 3 : analyse du rang de cointégration
Valeur propre λ-max Trace H r 0 :
Pays-Bas / Allemagne
0,4809 39,34 73,94 0
0,2549 17,66* 34,59* 1
0,1996 13,36 16,93 2
0,0579 3,58 3,58 3
France / Allemagne
0,4765 46,60 75,85 0
0,1806 14,35* 29,25* 1
0,1041 7,92 14,90 2
0,0925 6,99 6,99 3
Italie / Allemagne
0,6243 73,41 141,40 0
0,4972 51,57 67,99 1
0,1662 13,64* 16,42* 2
0,0364 2,78 2,78 3
Remarques : un astérisque indique que le test accepte l’hypothèse
nulle correspondante. Lorsque le VECM contient des variables
indicatrices, les valeurs critiques du test de la trace sont modifiées.
Nous les avons recalculées avec le logiciel Disco. Elles sont
disponibles sur demande auprès de l’auteur.
Les résultats présentés dans le tableau 4 ci-dessus
sont les coefficients $βestimés de la relation de long
terme z X - = 'β, ainsi que leurs pondérations $α
t t -1 1 équation du VECM par équation du VECM.
Concernant la relation néerlando-allemande, le
coefficient de cointégration associé au taux de
change est proche de 0 et les coefficients $βassociés
aux taux d’inflation semblent être égaux en valeur
absolue. D’autre part, les statistiques de Student
(entre parenthèses) des coefficients de pondération
indiquent une possible existence d’éxogénéité faible
concernant le taux de change et le différentiel de taux
d’intérêt. Nous testerons dans le tableau suivant ces
hypothèses.
Tableau 4
vecteurs cointégrants et pondérations
associées
Tableau 4 : vecteurs cointégrants et pondérations
associées
Pays-Bas / Allemagne France / Allemagne
$β $α $β $α
st 0,175(1,131) - 0,338(-0,815)
0,056 - 0,040
Ï€t 1 - 0,162(- 0,941) 1 - 0,588(- 4,519)
Ï€t* - 1,045 1,016(5,574) - 0,753 0,715(3,679)
(
)i it -*-1 - 0,463 0,000(0,007) - 0,429 0,366(3,216)
Concernant la relation franco-allemande, le
coefficient de cointégration associé au taux de
change est aussi proche de 0. Il faut donc tester
l’exclusion de cette variable dans la relation de long
terme. Contrairement au couple de pays précédent,
les coefficients associés aux taux d’inflation, bien
que tendant l’un vers l’autre, ne sont pas égaux. La
statistique du t de Student (entre parenthèses) du
coefficient de pondérations $α indique l’existence
1 d’une exogénéité faible du taux de change. Nous
testons toutes ces contraintes dans le tableau suivant.
Dans ce tableau, l’hypothèse nulle de nullité du
coefficient $β1 associé au taux de change nominal
implique une relation de long terme de la forme
suivante :
La
seconde hypothèse testée (nullité de la pondération
αou ) implique, si elle est vérifiée, que la
1 4 relation de cointégration n’influence pas la
dynamique de court terme du taux de change (pour
H0 1 0 : α = ), ni celle du différentiel de taux
d’intérêt (pour H1 0 : α α= = ). Enfin, la
0 4 dernière hypothèse testée d’égalité des coefficients
associés aux taux d’inflation (hypothèse de PPA
relative forte) implique que le modèle est de la forme
suivante :
Concernant le test d’hypothèse de nullité du
coefficient associé au taux de change Florin
néerlandais/Mark allemand, la p-value étant de
82 %, l’hypothèse nulle n’est pas rejetée. Le taux de
change en niveau est exclu de la relation de
cointégration, ce qui est en accord avec la théorie. En
effet, seuls les taux d’inflation et le différentiel de
taux d’intérêt sont impliqués dans la relation (10).
L’estimation de la relation de long terme sous cette
contrainte est présentée dans la première colonne du
tableau 4. Il semble que la PPA relative soit respectée
car les coefficients $βassociés aux taux d’inflation
sont égaux en valeur absolue à 1. La relation de PINC
intervient dans la relation de long terme sous forme
atténuée puisque la semi-élasticité au différentiel de
taux est de 0,514.
Tableau 5
tests d’homogénéité
Tableau 5 : tests d’homogénéité
Tests d’homogénéité Contrainte d’égalité
Pays-Bas/Allemagne
H0 1 0: β = H0 1 4 0: α α= = H0 2 3 1: β β= =
$β $α $β $α $β $α
0,180 0 0
0 (1,177) 0 (0) 0 (0)
1 - 0,151 1 - 0,133 1 - 0,204
(- 0,892) (- 0,805 (- 1,159)
1,010 1,002 1,028
- 1,066
(5,631) - 1,110 (5,842) - 1 (5,480)
- 0,514 0,009(0,147) - 0,618 0(0) - 0,509 0(0)
France / Allemagne
H0 1 0: β = H0 1 0: α =
$β $α $β $α
0
- 0,049 0 0
(0) (0)
- 0,564 - 0,632
1 (- 4,389) 1 (- 4,466)
0,799
- 0,765 0,726 - 0,722
(3,804) (3,769)
0,367
- 0,425 0,355
(3,167) - 0,383 (2,930)
Concernant le test de cette même hypothèse pour le
couple France-Allemagne, la p-value associée étant
de 45 %, l’hypothèse nulle ne peut pas être rejetée. Le
taux de change n’apparaît donc pas dans la relation
de long terme conformément à la relation
économique (6). Les coefficients associés aux taux
d’inflation et au différentiel de taux d’intérêt ont les
signes attendus (conformément à la théorie
économique). Par contre, les coefficients liés aux
taux d’inflation, bien que proches, ne sont pas
égaux.
Sous cette contrainte, nous testons l’hypothèse nulle
suivante : H1 0 : α α= =, pour les Pays-Bas
0 4 vis-à-vis de l’Allemagne. La p-value étant de 74 %,
cette hypothèse n’est pas rejetée. La relation de
cointégration explique uniquement le comportement
du taux d’inflation néerlandais et du taux d’inflation
allemand. Elle n’entre pas dans les équations du taux
de change et du différentiel de taux d’intérêt. Pour la
France vis-à-vis de l’Allemagne, nous testons
uniquement la contrainte H 0 : α =. La p-value
0 1 étant de 25 %, nous ne pouvons pas rejeter cette
hypothèse. Le taux de change est donc faiblement
exogène : la relation de long terme n’explique pas les
variations de taux de change. Ces résultats
renforcent notre conviction selon laquelle les
relations de PPA relative et de PINC dans un système
de changes fixes mais ajustables ne déterminent plus
les variations du taux de change, mais plutôt la
dépendance de l’inflation nationale à l’inflation
importée et au différentiel d’intérêt.
Pour le couple néerlando-allemand, nous constatons
à ce stade de notre analyse que le coefficient associé
à l’inflation étrangère est quasiment égal à -1 et que
celui associé au différentiel de taux d’intérêt est
inférieur à 1. Nous concluons que la convergence
entre les variables monétaires “maastrichtiennes” a
eu lieu.
Pour aller plus loin, nous testons l’égalité des
coefficients des taux d’inflation (en conservant les
contraintes précédentes). La p-value étant de 79 %,
l’hypothèse n’est pas rejetée. La PPA relative entre
les Pays-Bas et l’Allemagne est acceptée. De plus,
étant donné que le coefficient associé au différentiel
d’intérêt est négatif, nous acceptons aussi
l’hypothèse de parité d’intérêt.
Pour le couple franco-allemand, étant donné que le
coefficient associé à l’inflation étrangère est positif
et tend vers 1 et que le coefficient lié au différentiel
de taux est positif et inférieur à 1, nous estimons que
la conv ergen ce des critères mon étaires
“maastrichtiens” a eu lieu. En fait, “l’éloignement”
de 1 du coefficient lié à l’inflation étrangère peut
provenir du fait que le processus de convergence
n’est pas complètement achevé.
Bien que les coefficients des variables aient les
signes attendus, la restriction d’égalité des
coefficients θ θ=* a été rejetée pour la France
vis-à-vis de l’Allemagne. En conséquence, nous
rejetons l’hypothèse de PPA relative. Le rejet de la
PPA pourrait provenir de la crise du SME en 1993 qui
a plus durement touché la France que les Pays-Bas
vis-à-vis de l’Allemagne.
Remarque : concernant l’Italie vis-à-vis de
l’Allemagne, les deux relations de cointégration
obtenues sont loin de ressembler à des équations de
détermination de l’inflation nationale, car les
coefficients n’ont ni les signes, ni les amplitudes
attendues. De plus, l’estimation de ces coefficients
est troublée par la non-normalité des résidus de la
première équation du VECM (voir tableau A3 en
annexe).
Stabilité des équilibres
Puisque nous avons détecté une phase de
convergence entre indicateurs monétaires de
Maastricht pour les Pays-Bas, la France et
l’Allemagne, nous souhaitons déterminer à présent
comment cette relation de long terme réagit à un choc
exogène. Pour cela, nous estimons le degré
d’intégration de la relation de long terme contrainte,
pour tous les couples de pays de notre étude.
Pour tous les pays considérés, l’estimation du degré
d’intégration de la relation de long terme par
différentes méthodes ne donne pas de consensus
quant à la valeur de d. Toutefois, la méthode de
Robinson étant la plus puissante en petit échantillon
(Kurpiel et Marimoutou, 2000), nous nous baserons
sur ce résultat pour conclure quant à la vitesse de
retour vers l’équilibre après un choc.
Tableau 6
estimation du degré d’intégration
de la relation de cointégration
Tableau 6 : estimation du degré d’intégration
de la relation de cointégration
Tests R/S modifié de Lo Robinson GPH lissé (Bartlett)
Pays-Bas / Allemagne
$d - 0,224 - 0,121 - < <0 038 0 338, $,d
France / Allemagne
$d - 0,104 0,321 - < <0 212 0 584, $,d
Italie / Allemagne
$d1 - 0,471 0,500 0 486 0 858 1, $,< <d
$d2 - 0,482 0,495 0 692 1 064 2, $,< <d
Dans le cas néerlando-allemand, la méthode de
Robinson indique que - < <0 224 0 330, $,
d : la
relation de long terme contrainte est stationnaire à
mémoire courte. La statistique de test KPSS
appliquée à cette relation de long terme corrobore ce
résultat
[1]. Après un choc non anticipé, le retour vers
l’équilibre de long terme sera rapide.
Con cern ant la relation de cointégratio n
franco-allemande, les tests de Robinson et de GPH
lissé sont cohérents entre eux quant à l’estimation du
degré d’intégration : 0 212 0 584, $,< <d. La relation
de cointégration est stationnaire à mémoire longue.
Suite à un choc temporaire non anticipé, le retour
vers l’équilibre de long terme sera lent.
Concernant l’estimation du degré d’intégration des
deux relations de long terme italo-allemandes,
d’après les tests de Robinson et du GPH lissé
(tableau 6), celles-ci ne sont pas stationnaires. Cette
conclusion induit un doute quant à la réalisation de la
cointégration entre les variables du modèle.
Concernant les Pays-Bas vis-à-vis de l’Allemagne,
la relation de long terme (ci-dessous) indique que
l’élasticité du taux d’inflation allemand est de 1 : la
PPA relative n’est pas rejetée. La parité d’intérêt est
inclue dans la relation de long terme. Le taux de
change en niveau n’apparaît pas dans la relation.
Une hausse (respect. baisse) de l’inflation allemande
entraînera une hausse (respect. baisse) dans la même
proportion de l’inflation néerlandaise à long terme.
Parcontre, une variation du différentiel d’intérêt sera
suivie par une variation de même sens mais moins
que proportionnelle (de moitié) de l’inflation
néerlandaise. Nos résultats reflètent bien le lien
étroit existant entre les Pays-Bas et l’Allemagne. Les
Pays-Bas ont depuis longtemps renoncé à
l’indépendance de leur politique monétaire, en
s’alignant sur la politique de taux de change et de
taux d’intérêt de l’Allemagne. L’intégration des
Pays-Bas dans une union monétaire dont le pays
phare est initialement l’Allemagne ne devrait pas
engendrer de problème quant à la stabilisation de
l’inflation par une politique de gestion des taux
d’intérêt dans la mesure où un choc sur la relation
d’équilibre de long terme liant ces variables se
résorbe rapidement.
Concernant la France vis-à-vis de l’Allemagne,
l’élasticité du taux d’inflation allemand au taux
d’inflation français est de 0,722 : unebaisse de 1 % de
l’inflation allemande entraînera une baisse de 0,7 %
du taux d’inflation français. La semi-élasticité du
différentiel d’intérêt au taux d’inflation français est
plus faible : une variation de 10 % du différentiel
d’intérêt entraîne une variation de même sens de 4 %
du taux d’inflation français.
Nos résultats indiquent que, depuis le début du SME,
il y a bien eu convergence monétaire au sens de
Maastricht entre l’Allemagne et la France, pays qui
constituent aujourd’hui le noyau dur de l’UME.
Toutefois, comme l’indiquent les tests de mémoire
longue, le retour vers l’équilibre de long terme à la
suite d’un choc est lent. Contrairement aux attentes
théoriques, les coefficients associés aux inflations ne
sont pas égaux. Ceci s’explique par le fait que l’écart
de taux d’inflation franco-allemand a été plus
durable sur la période d’étude (comparé aux résultats
néerlando-allemand), témoignant d’une divergence
plus persistante des politiques monétaires.
L’analyse de la convergence des économies
européennes au sens de Maastricht fait intervenir
entre autres critères la stabilité des taux de change au
sein du MCE, les taux d’inflation et les taux d’intérêt.
Or, dans la théorie monétaire, ces variables
économiques sont liées via les relations de PPA et de
PINC. Nous les avons testées au moyen d’une
méthode économétrique récente, la cointégration
fractionnaire.
Les innovations apportées par notre papier sont les
suivantes. Tout d’abord, nous précisons la définition
de la cointégration fractionnaire qui permet
d’analyser plus finement la dynamique de retour à
l’équilibre de long terme des séries économiques.
De plus, nous utilisons la méthode multivariée de
Johansen et Juselius qui n’impose aucune relation
économique entre les variables a priori. Enfin, nous
estimons directement le degré d’intégration de la
relation de long terme. Nous évitons ainsi les écueils
des tests de racine unitaire ou de stationnarité à
mémoire courte, qui peuvent aboutir à tort au rejet ou
à l’acceptation de la cointégration.
Nous concluons que la convergence monétaire a eu
lieu entre les Pays-Bas et l’Allemagne. Cette
convergence se caractérise par la réalisation des
relations de la PPA relative et de la PINC entre ces
deux pays depuis la création du MCE. Concernant la
France vis-à-vis de l’Allemagne, la convergence
monétaire a eu lieu, mais elle ne vérifie pas les
relations de PPA et de PINC bien qu’elle s’en
approche. Nos résultats témoignent du fait que
l’objectif d’un taux d’inflation européen faible passe
bien par le contrôle du différentiel d’inflation et du
différentiel d’intérêt, variables qui constituent les
critères de Maastricht. Il y a donc bien eu
convergence au sens de Maastricht entre ces deux
pays et l’Allemagne pendant la période précédant la
création de l’UME. Ces pays sont donc des candidats
potentiels à l’UME. Et ceci d’autant plus qu’un choc
sur la relation d’équilibre (i.e. de convergence) se
résorbe rapidement pour les Pays-Bas, comme en
témoigne la stationnarité à mémoire courte de la
relation de cointégration. Pour la France vis-à-vis de
l’Allemagne, bien que le retour vers l’équilibre de
long terme à la suite d’un choc soit plus lent (la
relation de long terme étant stationnaire, cointégrée
fractionnaire), elle reste un candidat potentiel
admissible. Par contre, entre l’Italie et l’Allemagne,
la convergence n’a toujours pas eu lieu, et les
hypothèses de PPA et de PINC sont rejetées.
Dans la mesure où les économies européennes sont
intégrées entre elles ( et non pas uniquement 2 à 2 ),
une perspective logique de cette étude serait de
déterminer, dans un modèle de PPA et de PINC
multivarié entre tous les pays membres de l’UME, la
part de l’inflation nationale imputable aux taux
d’inflation et aux différentiels d’intérêt des pays
européens partenaires.
Annexe : résultats des tests de spécification
des résidus des VECM
Pays-Bas vis-vis de l’Allemagne
Tableau A1
tests de bonne spécification des résidus
des équations du VECM
Tableau A1 : tests de bonne spécification des résidus
des équations du VECM
Équation σε Arch Skewness Kurtosis Normalité R2
Δst 0,003 1,711-0,038 3,124 0,870 0,590
Δπt 0,003 8,256-0,309 3,734 3,718 0,785
Δπt* 0,003 2,446-0,258 2,783 0,789 0,823
Δ( )i it -*-1 0,001 2,904 0,325 3,391 2,188 0,221
Les tests de bonne spécification ne rejettent pas la normalité des
résidus équation par équation.
France vis-à-vis de l’Allemagne
Tableau 2
tests de bonne spécification des résidus des
équations du VECM
Tableau 2 : tests de bonne spécification des résidus des
équations du VECM
Équation σε Arch Skewness Kurtosis Normalité R2
Δst 0,009 2,361 0,735 3,730 6,601 0,670
Δπt 0,003 0,571-0,265 3,558 2,914 0,530
Δπt* 0,004 1,497 0,748 4,817 8,941 0,552
Δ( )i it -*-1 0,003 3,299-0,209 2,975 0,747 0,488
Les tests de bonne spécification ne rejettent pas l’hypothèse de
normalité des résidus de chaque équation du VECM.
Italie vis-à-vis de l’Allemagne
Tableau A3
tests de bonne spécification des résidus des
équations du VECM
Tableau A3 : tests de bonne spécification des résidus des
équations du VECM
Équation σε Arch Skewness Kurtosis Normalité R2
Δst 0,032 1,877 1,721 8,768 27,727 0,168
Δπt 0,004 0,528-0,225 3,372 2,004 0,677
Δπt* 0,004 0,799 0,879 4,604 9,084 0,730
Δ( -i it*- )1 0,006 1,803 0,569 4,354 7,097 0,264
L’analyse de la normalité des résidus des équations du VECM
(tableau A3 ci-dessus) montre que la distribution des résidus de la 1ère
équation n’est pas normale.
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E-mail : h
helene. chevrou-severac@ unine. ch
[(1)]
Résultats disponibles sur demande auprès de l’auteur.