Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
166 pages

p. 95 à 113
doi: en cours

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no 155 2002/4

2002 Économie et Prévision

Politiques nationales de lutte contre le changement climatique et réglementation de la concurrence : le cas de la fiscalité

Jérome Rieu  [(*)]
La taxation des émissions de gaz à effet de serre est un instrument souvent retenu par les États en vue de respecter le protocole de Kyoto. Dans cette optique, l'efficacité de premier rang devrait être obtenue en appliquant un taux de taxe uniforme à l'ensemble de l’économie. Or, nous montrons que dans le cadre d'un accord multilatéral imparfait, des atténuations de taxe pour certains secteurs peuvent être socialement souhaitables sur la base de seules considérations d'efficacité économique au niveau mondial. Un nouveau problème se pose alors aux autorités mondiales et européennes de la concurrence pour qui la mise en œuvre décentralisée de mécanismes de premier rang conduit habituellement à l'optimum global.Mots-clés : changement climatique, fiscalité optimale, règles de la concurrence. The obligation to comply with the Kyoto protocol prompts many governments to tax greenhouse gas emissions. Basic efficiency is supposed to be obtained by imposing a single tax rate on the entire economy. This article shows that the need for global economic efficiency may make tax relief for certain sectors socially desirable within the framework of an imperfect multilateral agreement. This raises a fresh problem for the global and European competition authorities, for whom decentralised application of basic mechanisms normally leads to a global optimum.Keywords : climate change, optimum taxation, competition rules.
Je tiens à remercier tout particulièrement D. Bureau à qui cet article doit beaucoup ainsi que les deux rapporteurs anonymes qui ont bien voulu faire part de leurs remarques sur une première version de cet article.
La taxation des émissions de gaz à effet de serre est un instrument souvent retenu par les États en vue de respecter le protocole de Kyoto. Dans cette optique, l’efficacité de premier rang devrait être obtenue en appliquant un taux de taxe uniforme à l’ensemble de l’économie. Or, nous montrons que dans le cadre d’un accord multilatéral imparfait, des atténuations de taxe pour certains secteurs peuvent être socialement souhaitables sur la base de seules considérations d’efficacité économique au niveau mondial. Un nouveau problème se pose alors aux autorités mondiales et européennes de la concurrence pour qui la mise en œuvre décentralisée de mécanismes de premier rang conduit habituellement à l’optimum global.
La prise en compte au niveau international des risques liés au changement climatique qu’engendre l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (essentiellement le CO2 ), a débouché sur le protocole signé à Kyoto en 1997. Face à un bien public global, que Nordhaus (1999) définit comme un bien “dont les effets sont indivisiblement répartis à la surface du globe”, la question ne peut être traitée qu’à l’échelon in ternational, des action s nationales n on coordonnées débouchant sur l’inaction. Le protocole impose des limitations quantitatives d’émissions aux pays de l’annexe 1, formée par les pays de l’OCDE et par les pays en transition. Ainsi, l’article 3 du protocole stipule que ces réductions devront atteindre, en 2012,5 % du niveau des émissions de 1990. L’annexe 2 du protocole précise à quel niveau chacun des pays doit contribuer à cette réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les réductions par pays sont calculées selon le principe des “droits du grand-père”, chaque pays se voyant attribuer un objectif d’émission relatif au niveau d’émissions déjà atteint. Par ailleurs, afin que le niveau global d’émissions mondial soit atteint à moindre coût, le protocole prévoit des mécanismes de flexibilité entre États. Les contraintes institutionnelles fortes, notamment l’absence d’instance supranationale, ont exclu lechoix d’une écotaxe au niveau mondial et ont plaidé pour la mise en place d’un marché de Permis d’Émission Négociables (PEN) entre les pays de l’annexe 1. Les mo dalités p ratiques de fonctionnement de ce marché auraient dû être définies au sommet de La Haye en novembre 2000, sommet qui s’est soldé par un échec. Le coût estimé de mise en œuvre du protocole de Kyoto est élevé même si l’évaluation de ce coût est incertaine. L’une des premières estimations est celle de Nordhaus (1999) qui propose le chiffre de mille milliards de dollars pour un impact environnemental finalement limité (Nordhaus pense que s’il était appliqué, le protocole permettrait un ralentissement de la hausse de température terrestre de 0,1°C en 2100). Les estimations actuelles parlent d’un coût de mise en œuvre du protocole variant entre quelques dixièmes de point du PIB mondial et des chiffres de l’ordre du pour cent du PIB mondial.
Deux débats coexistent actuellement autour du protocole de Kyoto. Le premier concerne la nature et la forme du protocole lui-même, débat renforcé par les récents refus de certains États signataires d’appliquer le protocole (comme les États-Unis). Le second débat a lieu au sein des États. La question est de savoir comment mettre en place des stratégies nationales de lutte contre le changement climatique dans un contexte international mal défini. C’est ce dernier débat qui nous intéressera dans la suite de cet article. Nous nous placerons dans le cas d’un État soumis à des objectifs contraignants par le protocole de Kyoto (c’est-à-dire un État de l’annexe 1), qui souhaite respecter ces objectifs et ne cherche absolument pas à se comporter en passager clandestin du protocole. Cet État va donc vouloir mettre en place des instruments économiques permettant de réduire ses émissions à moindre coût. Si l’approche fiscale a été rejetée au niveau mondial, à l’échelon national elle peut être très pertinente (voir Gastaldo, 1992). En effet, elle seule combine les trois avantages suivants :
  • d’abord, elle donne un signal prix lisible et pérenne à l’ensemble des acteurs de l’économie, même si ces derniers sont nombreux. Le principe pollueur payeur est ainsi appliqué stricto sensu et les distorsions de concurrence entre acteurs soumis à la taxe sont évitées ;
  • ensuite, elle permet de réaliser les réductions d’émission à moindre coût, même en information incomplète, les gisements de réduction les moins coûteux étant exploités les premiers. La réglementation ne permettrait pas d’atteindre ce dernier objectif ;
  • enfin, en situation d’incertitude, la fiscalité permet de maîtriser les coûts de protection engendrés, même si on ne connaît pas parfaitement le résultat finalement atteint en termes de quantités d’émissions. La mise en place d’un marché de PEN donnerait le résultat inverse.
Nordhaus (1999) suggère d’ailleurs qu’il aurait fallu choisir au niveau international une écofiscalité relevée progressivement pour lutter le plus efficacement possible contre le changement climatique. En effet, comme l’a montré Weitzman (1974) en présence d’incertitudes importantes, une approche par les prix est préférable si les coûts marginaux sont beaucoup plus sensibles au niveau des émissions que les bénéfices marginaux. Beaucoup d’États, c’est notamment le cas en Europe, ont donc choisi de mettre en place une écofiscalité sur les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Cependant, pour une efficacité maximale, un signal prix devrait être envoyé de manière identique à tous les agents économiques dont l’activité engendre des émissions de GES. Le secteur des transports, les consommations résidentielles d’énergie des ménages mais aussi les cons ommation s intermédiaires d’énergie des entreprises doivent notamment être taxés. Or les dispositifs mis en place dans les pays ayant fait le choix de la fiscalité sont souvent complexes et s’éloignent nettement d’un mécanisme de premier rang où une taxe linéaire est appliquée à un taux identique à toutes les émissions de GES de l’économie. Pour les consommations intermédiaires d’énergie des entreprises, notamment, on observe un peu partout pour certains secteurs des mécanismes dérogatoires comme des atténuations de taxe pouvant aller jusqu’à l’ex emptio n. Par exemple, le projet d u gouvernement français voté au Parlement en décembre 2000 avant d’être censuré par le Conseil Constitutionnel et qui consistait en une extension de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP) aux consommations intermédiaires d’énergie des entreprises, prévoyait la mise en place de mécanismes d’abattement à la base pour les entreprises fortement intensives en carbone. L’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suède, etc., ont pareillement élaboré des mécanismes dérogatoires pour ces entreprises. L’argument mis en avant pour justifier ces aménagements, qui dérogent au principe pollueur payeur, est celui de la nécessaire préservation de la compétitivité des entreprises hautement intensives en carbone. Pour ces entreprises en effet, la mise en place de l’écotaxe s’accompagne d’un surcoût, que les réductions d’impôts par ailleurs consenties pour que le niveau global des prélèvements reste constant ne suffisent pas à compenser. Pour les secteurs fortement exposés à la concurrence internationale et hautement intensifs en carbone, l’écotaxe ne doit pas déboucher sur des délocalisations ou sur des pertes de part de marché créant un phénomène de “fuite de carbone” (ou encore de “leakage”), inefficace si l’on veut lutter contre le changement climatique. Différentes études utilisant notamment des modèles d’équilibre général calculable ont mis à jour ce phénomène de “fuite de carbone”. C’est le cas de Bernard et Vielle (1998 ; 1999a ; 1999b ; 1999c) qui ont utilisé le modèle GEMINI-E3 pour déterminer l’impact sectoriel en France et dans différents pays de l’OCDE de la mise en place d’une taxe sur les émissions de carbone. Des rapports de l’OCDE ont aussi montré l’existence du phénomène de “leakage” (Burniaux et Martins, 2000 ; Annex I Expert Group on the United Nations Framework Convention on Climate Change, 1997). La plupart de ces études, qui restent essentiellement descriptives, montrent que si des “fuites de carbone” ont bien lieu dans un pays mettant unilatéralement en place une écotaxe sur les émissions de GES de ses entreprises, les secteurs concernés par ce phénomène restent assez peu nombreux : ce sont essentiellement la chimie et la métallurgie. L’annexe 1 confirme qu’il s’agit de secteurs à la fois fortement intensifs en carbone et très exposés à la concurrence internationale. Les mécanismes dérogatoires instaurés parallèlement aux écotaxes sur les émissions de GES dans de nombreux pays découleraient donc la plupart du temps de distorsions de concurrence à l’échelon mondial causées par le protocole de Kyoto lui-même et ce pour deux raisons :
  • d’une part, le protocole crée une différenciation entre des pays soumis à des objectifs contraignants pays de l’annexe 1) et des pays qui ne le sont pas et dans lesquels, de fait, les entreprises ne sauraient être soumises à une quelconque taxation de leurs émissions de GES ;
  • d’autre part, les distorsions de concurrence s’exercent aussi entre pays de l’annexe 1, les mécanismes de mise en œuvre du protocole choisis par chacun d’entre eux pouvant différer fortement. Le fait que la plupart des pays ayant choisi de mettre en place des écotaxes aient parallèlement prévu des dispositifs spéciaux pour certains secteurs illustre parfaitement ce dernier point.
En tenant compte de la situation de sous-optimalité créée par le protocole de Kyoto, des politiques nationales de premier rang telles qu’une écotaxe uniforme appliquée à tous les acteurs de l’économie seraient inefficaces. Chaque État se verrait donc contraint d’utiliser des mécanismes de second rang, simplement par souci d’efficacité, sans forcément chercher à exploiter un éventuel pouvoir de monopole. Les mécanismes particuliers appliqués aux entreprises fortement exposées à la concurrence internationale et hautement intensives en carbone pourraient ainsi être justifiés. C’est ce dernier point que nous chercherons à approfondir dans la suite de cet article.
Les aménagements mis en place pour certains types d’émetteurs de gaz à effet de serre posent cependant deux problèmes. Le premier, sur lequel nous ne nous attarderons pas est d’ordre redistributif. À ce titre, il suffit de considérer la censure par le Conseil Constitutionnel du projet français en décembre 2000 au motif que ce dernier constituait un cas de rupture d’égalité devant l’impôt. Le second concerne les règles de la concurrence mondiale et européenne. Ces dernières supposent en effet que la mise en place de mécanismes de premier rang de manière décentralisée conduit à l’optimum global. Les aménagements précédents passent ainsi pour de simples aides d’État qu’il convient de censurer. Même si elle a évolué, la position de la Commission Européenne est révélatrice (voir annexe 2) :
  • les aides environnementales tendent à être considérées comme une entrave à la concurrence alors qu’elles peuvent constituer un instrument efficace de protection environnementale ;
  • des instruments économiques équivalents sont traités de manière différente. Ainsi la Commission souhaite que les droits à polluer soient vendus aux enchères et non distribués gratuitement alors que le choix de l’une ou l’autre méthode n’affecte en rien les signaux prix envoyés aux acteurs ;
  • enfin, la Commission semble ne pas prendre en compte la spécificité de la lutte contre l’effet de serre, à savoir qu’on a affaire à un bien public global ce qui rend nécessaire un traitement particulier de la question.
Au total, comme de nombreux mécanismes visant à la protection environnementale, les atténuations d’écotaxe souvent mises en place apparaissent difficilement justifiables aux yeux des règles de la concurrence européenne.
L’objectif de cet article est de montrer que les politiques nationales de lutte contre le changement climatique doivent être appréciées différemment des autres politiques publiques dans le cadre des réglementations européennes ou mondiales de la concurrence. Pour ce faire, nous envisagerons le cas de la fiscalité et nous montrerons que dans le contexte du protocole de Kyoto, des atténuations de taxe par rapport au niveau de premier rang peuvent être socialement souhaitables pour certains secteurs sur la base de seules considérations d’efficacité économiqu e au niveau mo ndial. N ous caractériserons par ailleurs de manière assez précise les secteurs concernés par ces atténuations.
Dans un premier temps, nous décrirons un modèle simplifié d’équilibre. Nous exclurons de ce modèle les problèmes redistributifs et nous ne prendrons pas en compte les conséquences des politiques nationales sur les politiques de nos partenaires. Nous serons ensuite en mesure de proposer une fiscalité optimale de second rang en maximisant le bien-être mondial, c’est-à-dire un système de taxes différenciées par secteurs industriels, système en théorie non condamnable par les règles de la concurrence. Dans un troisième temps, nous verrons que la fiscalité optimale de second rang calculée doit être différenciée d’éventuels comportements stratégiques des États concernés.
 
Le modèle
 
 
Présentation générale
L’objectif de cet article est de développer un modèle d’équilibre qui mette à jour les problèmes que peuvent poser les entreprises hautement intensives en carbone et fortement soumises à la concurrence internationale dans le cadre de la mise en œuvre du protocole de Kyoto grâce à une écotaxe. Il s’agit donc de se concentrer sur les problèmes de distorsions de concurrence à l’échelon international dues à la non-uniformité du prix du carbone en s’affranchissant autant que possible des autres éléments qui ne manqueront pas de compliquer le calcul d’une taxe optimale, comme les problèmes redistributifs ou les questions de politiques industrielles.
Nous considérons une économie parfaitement con currentielle à d eux pays, indicés par K ∈ {A B, }. A représente les pays où les émissions de GES sont taxées (disons la France) et B le reste du monde où les émissions ne le sont pas. Il s’agit en fait des pays hors annexe 1 ayant des industries en compétition avec les nôtres sur des segments importants (notamment dans le secteur des biens intermédiaires) et des pays de l’annexe 1 qui auraient exempté leurs industries de contraintes de maîtrise des émissions de GES.
Nous supposerons par ailleurs qu’il existe 2 2L + biens dans l’économie :
  • Y est le bien courant de l’économie. Il sert de numéraire et préexiste dans l’économie sous forme de ressources possédées par les consommateurs ;
  • E est un bien polluant, c’est-à-dire que son utilisation entraîne une externalité négative pour les consommateurs mondiaux présents et futurs. E peut être assimilé à l’utilisation de combustibles fossiles. De manière précise, nous supposons que l’utilisation d’une unité de bien E affecte le bien-être des consommateurs mondiaux de a. Ce bien polluant est produit à partir du bien courant ;
  • ( , )x x Al Bll ∈ {1,...,L } sont L couples de biens produits à partir de bien courant Y et de bien polluant E. Pour chaque l, le bien xAl est produit par les entreprises du pays A et le bien xBl par celles du pays B. Nous repérerons tout bien autre que le bien courant et le bien polluant par un couple ( , )K IK ∈ {A B, } et l ∈ {1,...,L }. Le prix de chacun de ces biens sera noté pKl et on supposera pAl différent de pBl.
Le modèle proposé nous permet de trouver un compromis entre :
  • la recherche d’une relative simplicité d’une part. Ceci nous conduit à ne pas prendre en compte la spécificité des combustibles fossiles et notamment leur rareté, ce qui explique que nous supposions que lebien polluant est produit à partir de bien courant;
  • la nécessité de différencier les biens par secteur (recherche d’un barème de taxation différencié) et par pays de production. Ainsi, pour un l identique, les biens xAl et xBl représentent la même “gamme de produit” et sont donc relativement bien substituables entre eux : par exemple, l peut représenter l’acier et xAl (resp. xBl ) est alors la production d’acier du pays A (resp. B). Il est cependant important de prendre en compte le fait que les biens ne sont pas parfaitement substituables entre États, par exemple du fait de niveaux de qualité différents.
Dans la suite de cet article, nous soulignerons les grandeurs correspondant à des offres et surlignerons celles correspondant à des demandes. Les grandeurs ni surlignées ni soulignées représenteront, elles, soit des variables muettes servant à la résolution des équations, soit les grandeurs d’équilibre atteintes dans l’économie suite à l’égalisation de l’offre et de la demande. Par ailleurs, xKl correspondra à la quantité de bien ( , )K l produite par les entreprises du pays K et xK Ml, représentera la quantité de bien ( , )K l consommée par les consommateurs du pays M. Notons que dans toutes les grandeurs, la variable l en exposant est en quelque sorte unevariable muette puisqu’elle représente un secteur (la sidérurgie, la chimie,...) et que tous les résultats seront déterminés pour un l donné comme nous le verrons. Par ailleurs, toutes les variables en indice ne peuvent prendre que deux valeurs chacune, A ou B en fonction du pays considéré.
Comportements des acteurs
Les producteurs
Le bien polluant est produit à partir de bien courant Y selon une fonction de production linéaire que nous pouvons écrire E f Y Y= =( ), quitte à normaliser la quantité unité de bien E. Cette fonction de production permet de déterminer le prix du bien polluant, égal à son coût marginal de production, lui-même égal à l’unité. La quantité de bien polluant effectivement produite sera donc entièrement déterminée par la demande.
Le bien ( , )K l est produit grâce à une fonction de production à deux facteurs : le bien courant Y et le bien polluant E. Nous noterons cette fonction de production f Y EKl ( , ) et la supposerons strictement croissante et strictement concave par rapport à ses deux arguments, de sorte qu’on a affaire à des rendements d’échelle décroissants. On suppose par ailleurs que l’utilisation du bien E pour produire xKl est taxée au taux tKl. De ce fait, le bien E est taxé différemment en fonction du pays dans lequel il est utilisé ( K ∈ {A B, }) et du bien qu’il sert à produire (l ∈ {1,...,L }). No us trad uisons par là la non-uniformité du prix du CO2 dans le monde et la recherche d’un barème de taxation différencié pour les entreprises françaises en fonction de leurs caractéristiques.
Face au taux de taxation choisi, les entreprises recherchent la combinaison optimale de facteurs de production pour produire xKl. Elles égalisent donc leur taux marginal de substitution technique au rapport des prix des facteurs. Les équations donnant les demandes de facteurs en fonction de xKl et tKl, demandes que nous noterons Y x t Kl Kl Kl ( , ) et E x t Kl Kl Kl ( , ), sont alors fournies par les équations suivantes :
Les fonctions de coût total des entreprises, qui sont strictement croissantes et strictement convexes par rapport à leur premier argument, sont alors données par :
On note cKl le coût marginal de production du bien ( , )K l :
En vertu de la convexité de la fonction de coût total, ce coût marginal est croissant par rapport à son premier argument. L’offre des entreprises, notée x p t Kl Kl Kl ( , ), est déterminée par l’égalisation du coût marginal au prix du bien produit. Ainsi, pKl étant le prix du bien ( , )K l, on aura :
Les consommateurs
Les consommateurs utilisent tous les biens de l’économie à l’exception du bien polluant. Nous cherchons en effet à modéliser l’impact de la taxe sur les émissions de CO2 des entreprises et non sur celles des consommateurs [1]. Nous utilisons une fonction d’utilité agrégée des consommateurs dans chaque pays quasi linéaire qui s’écrit pour K ∈ {A B, } :
où chacune des fonctions uKl est strictement croissante et strictement concave par rapport à ses deux arguments. Cette fonction d’utilité nous permet d’une part, d’aboutir à une relative simplicité technique. D’autre part, nous parvenons ainsi à nous abstraire de tous les problèmes redistributifs, qui s’ils sont bien sûr importants ne nous intéressent pas directement ici (absence “d’effet revenu”).
Les consommateurs maximisent leur utilité sous contrainte de revenu, revenu que nous notons RK, face à un sys tème de prix { } p K A B et l LK, { , } { ,..., }∈ ∈ 1, et réalisent donc l le programme :
sous contrainte
Les conditions du premier ordre de ce programme sont données pour chaque l et pour chaque K par les équations :
Ceci détermine donc des fonctions de demande du bien ( , )K l, que nous notons x p p K Nl Al Bl, ( , ) (demande par les consommateurs du pays N en bien ( , )K l ), demandes qui ne dépendent que des prix pAl et pBl et non des autres prix de l’économie ou du revenu. x x K Al K Bl, , + représente la demande totale en bien ( , )K l. La demande de bien courantYK est quant à elle donnée par :
Elasticités
Plusieurs élasticités peuvent être définies pour caractériser le comportement des acteurs de l’économie :
  • l’élasticité de la fonction d’offre du bien ( , )K l, notée el et égale à l’augmentation de production de K l’entreprise consécutive à une hausse du prix du produit de 1 %, est donnée par :
  • Sous nos hypothèses (rendements décroissants), nous avons :
  • l’élasticité de la demande de facteur polluant à la quantité de bien ( , )K l produite, notée σKl, est égale à l’augmentation de la demande en input polluant consécutive à une hausse de la production en output , )K l. Elle s’écrit :
  • On aura :
  • En fonction de sa position relative par rapport à 1, cette élasticité nous dira si la quantité moyenne de polluant utilisée pour produire est croissante ou décroissante avec la quantité produite (soit encore s’il est de plus en plus polluant de produire ou l’inverse). En effet, on a en dérivant :
  • dont le signe est celui de σKl - 1;
  • l’élasticité de la demande de bien polluant E à son prix traduit la baisse d’utilisation de ce bien consécutive à une hausse de son prix, c’est-à-dire dans le cas qui nous intéresse de la taxe (le prix hors taxe du bien polluant étant constant et égal à 1). Nous noterons cette dernière élasticité Ï„Kl :
  • Cette élasticité nous renseigne sur l’efficacité de la taxe, liée aux possibilités qu’ont les entreprises de développer des processus de production moins polluants. Ces derniers correspondent ici à des substitutions de bien courant au bien polluant ;
  • du côté des consommateurs, notre modèle nous amène à définir 8 L élasticités : nous avons en effet 2 L biens autres que le bien courant, qui sont chacun consommés par deux types de consommateurs (ceux du pays A et ceux du pays B), et dont la demande dépend pour chacun de deux prix uniquement. εMN Kl, est l’élasticité de la demande de bien ( , )N l par les consommateurs du pays K par rapport au prix pMl. Elle traduit la variation de demande des consommateurs du pays K en bien ( , )N l consécutive à une hausse du prix du bien ( , )M l et s’écrit :
En l’absence d’effets revenu, la demande d’un bien diminue avec l’augmentation de son prix alors que la demande des biens substituables au bien dont le prix augmente s’accroît. On aura ainsi :
Définissons aussi αl comme l’élasticité moyenne MN de la demande de bien ( , )N l au prix pMl (moyenne réalisée sur les consommations du pays A et du pays B) :
L’encadré 1 récapitule les différentes élasticités utilisées dans le modèle.
Encadré 1 : rappel des différentes élasticités définies dans le modèle
eKl : élasticité de l’offre des entreprises produisant le bien ( , )K l.
σKl : élasticité de la quantité d’input polluant utilisée pour produire le bien ( , )K l à la quantité de bien ( , )K l produite.
Ï„Kl : élasticité de la quantité d’input polluant utilisée pour produire le bien ( , )K l au prix de l’input polluant.
εMN Kl, : élasticité de la demande de bien ( , )N l par les consommateurs du pays K au prix pMl du bien ( , )M l.
αMNl : élasticité moyenne de la demande de bien ( , )N l au prix pMl du bien ( , )M l.
L’équilibre concurrentiel de l’économie
Nous supposons que l’ensemble des ressources générées par l’économie est redistribué aux consommateurs. Le revenu RK de ces derniers est donc la somme de trois termes :
  • une dotation initiale en bien courant ;
  • le produit de l’écotaxe perçue dans leur pays (on suppose qu’il n’y a pas de coût de perception des fonds publics) : ainsi les consommateurs de A recevront
  • et ceux de ;
  • les profits des entreprises opérant dans le pays où ils habitent, qui leur sont redistribués : ainsi les consommateurs de A recevront
L’équilibre concurrentiel s’établit sur les 2 2L + marchés de l’économie. Les prix des différents biens sont ainsi déterminés en fonction du système de taxes tKl appliqué. Les L équilibres indépendants sur chacun des marchés formé par un couple de biens [( , ) ; ( , )]A l B l déterminent les prix p t t l l l ( , ) et A A B p t t l l l ( , ) et les quantités x t t Al Al Bl ( , ) et B A B x t t Bl Al Bl ( , ) effectivement consommées et produites :
L’équilibre sur le marché du bien polluant E détermine le prix de ce bien (égal à 1 comme nous l’avons vu). La quantité effectivement produite de bien E est égale à la demande, qui émane exclusivement des entreprises qui s’en servent comme facteur de production. Aussi :
où les quantités xKl correspondent aux quantités précédemment calculées en fonction de ( , )t t Al Bl.
L’équilibre sur le dernier marché, celui du bien courant, est automatiquement vérifié à partir du moment où les 2L + 1 autres marchés sont équilibrés (loi de Walras, voir annexe 3).
Encadré 2 : signification des quantités atteintes à l’équilibre du modèle
xKl : quantité de bien ( , )K l produite par les entreprises du pays K à partir de bien courant Y et de bien polluant E.
YKl : quantité de bien courant Y utilisée par les entreprises du pays K pour produire le bien xKl.
EKl : quantité de bien polluant E (produit à partir de bien courant Y) utilisée par les entreprises du pays K pour produire le bien xKl.
YK : quantité de bien courant Y consommée par les consommateurs du pays K.
xK Ml, : quantité de bien ( , )K l (produit par les entreprises du pays K) consommée par les consommateurs du pays M.
L’encadré 2 reprend les différentes quantités atteintes à l’équilibre du modèle en précisant leur signification. Remarquons que les biens Y et xKl (pour chaque l et pour chaque K) sont échangés et qu’il en va de même pour le bien E par le biais de Y, bien à partir duquel le bien polluant est produit (et ce sans aucune contrainte).
 
Fiscalité optimale de second rang
 
 
Dans cette partie nous utilisons le modèle décrit à la partie précédente pour calculer un barème de taxation optimal pour les entreprises d’un pays comme la France qui chercherait à mettre en place uneécotaxe pour lutter contre les émissions de GES.
Remarquons d’abord qu’en l’absence d’entrave aux échanges (au moins par le biais du bien courant Y) l’optimum de premier rang au niveau mondial pourrait être atteint grâce à l’imposition d’un système de taxation uniforme dans les pays A et B : ∀ ∀ =K l t a Kl, ,. La taxe permettrait de redonner les bons signaux de prix dans l’économie et de décentraliser l’optimum (principe pollueur payeur).
Nous supposerons maintenant que le pays B choisit de ne pas taxer ses entreprises, c’est à dire que pour tout l, tBl = 0. Le pays A doit choisir un système de taxationt t Al l ≡ qui réponde à cet état de fait. Nous nous plaçons ainsi dans la situation qui est celle de la France qui veut limiter ses émissions de gaz à effet de serre, qui choisit d’utiliser la taxation de ces émissions pour y parvenir et qui fait face au reste des États qui eux décident de ne pas recourir à la taxation, soit qu’ils ne sont pas liés de manière contraignante par le protocole de Kyoto (États hors annexe 1), soit qu’ils choisissent de ne pas soumettre leurs entreprises hautement intensives en énergie à des objectifs contraignants en matière d’émissions de GES.
Second rang
Afin de répondre au choix du pays B de ne pas taxer les émissions de CO2 de ses entreprises, le pays A cherche la meilleure politique fiscale à adopter, c’est-à-dire à déterminer les valeurs optimales des taxes tl à appliquer aux différents secteurs de son économie. Nous supposons dans cette partie que le pays A assume pleinement le protocole de Kyoto, c’est-à-dire que son objectif est la maximisation du bien-être mondial. Alternativement, cela correspond aussi au cas où on laisserait à un gouvernement mondial bienveillant le soin de fixer les taux de taxe à appliquer dans le pays A sous la contrainte de l’absence de taxe dans le pays B. Nous cherchons par là à montrer que d’éventuelles atténuations de taxe ne sauraient être forcément critiquables du point de vue des règles de la concurrence internationale et européenne. Bien sûr, on peut imaginer que le pays A cherche à se comporter en passager clandestin (nous y reviendrons dans la partie suivante) mais le point qui nous intéresse ici est d’examiner une situation de référence dans laquelle une taxation différenciée est socialement souhaitable au niveau mondial.
Le bien-être mondial comprend le surplus des consommateurs de chaque pays et l’externalité négative due à l’utilisation de bien polluant E et supportée par les consommateurs. Cette externalité se traduit par une diminution du surplus de a par unité de CO2 émise. Le surplus mondial s’écrit donc :
où chacune des quantités utilisée est déterminée en fonction des taxes de l’économie (ici les tl ) grâce aux équations d’équilibre de la partie précédente. En remplaçant par leurs expressionsY YA B, (équation 10) et les revenus qui comprennent la dotation initiale en bien courant, le profit des entreprises et le produit de l’écotaxe, on obtient :
Les L conditio ns du premier ordre de la maximisation de ce surplus s’obtiennent par dérivation en remarquant que les YK sont exogènes et en utilisant les équations 5,8,9 et le lemme de Shepard qui permet d’écrire :
On obtient :
L’équation 27 nous donne le barème de taxation optimal. L’atténuation de taxe dont devra bénéficier le producteur de bien ( , )A l s’écrit :
Elle s’écrit aussi en remarquant que la quantité de bien polluant utilisée pour produire le bien ( , )A l décroît avec l’augmentation de la taxe :
Cette formule appelle plusieurs commentaires. D’abord et avant tout, elle montre que le taux de taxe optimal de second rang est bien différent de son niveau de premier rang, a. Des atténuations de taxe (qui restent à déterminer) sont donc justifiées dans le contexte qui est celui du protocole de Kyoto uniquement en cherchant la manière la plus efficace de lutter contre l’effet de serre au niveau mondial. La formule 29 montre par ailleurs que l’atténuation de taxe optimale est égale à la “fuite de carbone marginale”, c’est-à-dire à la part marginale des réductions de pollution consenties par les entreprises du pays A si on augmente la taxe de dtl qui est déplacée vers les entreprises du pays B, non soumises à la taxe. À la limite, si une augmentation de taxe produit l’effet inverse de celui recherché, c’est-à-dire qu’elle implique une augmentation de la quantité globale de polluant émis, et ce sera le cas si
l’atténuation de taxe optimale devra être supérieure à 1, ce qui signifie qu’il faudrait subventionner et non pas taxer l’utilisation de bien polluant dans le pays A.
Formules explicites
Dérivons les équations donnant les quantités de bien polluant qui sont utilisées (elles sont égales à la demande en facteur polluant des entreprises) :
(30) E E x t Al Al Al l = ( , )utilisation de bien polluant pour produire ( , )A l.
(31) E E x t Bl Bl Bl l = ( , )utilisation de bien polluant pour produire ( , )B l.
Nous obtenons :
Nous voyons que la variation de quantité de polluant émise dans le pays B relève uniquement d’un effet “revenu”, c’est-à-dire que cette variation est uniquement due à la variation de bien xBl produite. La variation de quantité de polluant émise dans le pays A relève, elle, de deux effets : un effet “revenu” comme précédemment et un effet “substitution" qui tend à aller dans le sens d’une atténuation de taxe moins forte, puisque la taxe incite à substituer du bien courant au bien polluant dans la production de bien xAl (donc oriente les entreprises vers le choix de processus de production moins polluants). Posons par ailleurs
qui correspond à l’intensité en carbone du secteur considéré. Le barème de taxation optimal se réécrit :
Nous voyons alors que l’atténuation de taxe doit notamment :
  • croître avec
  • c’est-à-dire avec le rapport de l’intensité en carbone du processus de production des entreprises du pays B à celle du processus des entreprises du pays A. Ainsi, meilleures sont les entreprises nationales par rapport à leurs concurrentes étrangères en matière d’émissions de carbone, plus l’atténuation de taxe sera justifiée. Ce facteur n’est pas anodin, notamment dans le cas de la France, puisque les entreprises françaises sont plutôt plus performantes que leurs homologues étrangères du point de vue énergétique. C’est en particulier le cas des industries qui utilisent beaucoup l’électricité (comme l’industrie de l’aluminium par exemple) qui bénéficient de l’énergie nucléaire. Ainsi on aura souvent
  • décroître avec la valeur absolue de l’élasticité de la quantité de polluant émise par rapport au prix de ce polluant, c’est-à-dire par rapport à la taxe. Plus la taxe incite à la dépollution, c’est-à-dire plus il existe des gisements de réduction de l’intensité en carbone des entreprises à faible coût, moins la taxe doit être atténuée ;
  • croître avec
  • : plus la taxe permet aux entreprises du pays B qui ne sont pas taxées de gagner des parts de marché plus elle doit être atténuée. À la limite, si la taxe n’implique pas une utilisation supérieure de bien produit dans le pays B, elle n’a pas de raison d’être atténuée (en fait, on est dans le cas où les biens ne sont pas substituables) ;
  • décroître avec
  • : plus la taxe entraîne une diminution de la production de bien ( , )A l, moins elle doit être atténuée.
Remarquons enfin qu’il est aussi possible d’exprimer
en fonction des différentes élasticités du modèle par dérivation des équations d’équilibre. La résolution du système obtenu donne (voir annexe 4) :
On le voit, ces équations sont difficilement exploitables mais elles permettraient de calculer précisément les atténuations de taxe optimales dans l’hypothèse où nous connaîtrions toutes les élasticités du modèle.
Secteur à rendements constants
Pour essayer de simplifier les formules précédentes et calculer précisément les taxes optimales, nous pouvons supposer que les entreprises nationales et étrangères opèrent à rendements constants. Cette dernière hypothèse peut souvent être retenue, surtout si l’on raisonne à long terme. Concrètement, cela se traduira dans notre modèle par des coûts marginaux de production constants et des élasticités d’offre des entreprises eAl et eBl infinies. Nous aurons aussi σKl = 1, l a d emande d’input E étant proportionnelle à la quantité produite.
Dans ce cas toutes les équations de l’annexe 4 se simplifient. On a en particulier :
On calcule alors aisément la taxe optimale pour le secteur en question (voir les équations de l’annexe 4) :
Plusieurs observations peuvent être faites sur la formule précédente :
  • premièrement l’atténuation de taxe optimale décroît avec le rapport
  • : plus l’entreprise du pays A possède une part de marché importante sur le marché mondial de bien l, moins il faut atténuer la taxe. Le pouvoir de marché de A lui permet en effet de mieux supporter la taxe (en la répercutant sur les consommateurs) ;
  • deuxièmement, l’atténuation optimale croît avec le rapport
  • : plus les entreprises nationales sont efficaces du point de vue des émissions de GES relativement aux entreprises étrangères, plus les atténuations de taxe se justifient ;
  • troisièmement, l’atténuation optimale croît avec l : plus la demande de bien ( , )B l s’accroît AB lorsque le prix du bien ( , )A l augmente (c’est-à-dire plus les biens ( , )A l et ( , )B l sont des substituts proches), moins la taxe est efficace puisqu’elle entraîne une augmentation significative de la consommation en bien produit par les entreprises étrangères, production qui cause l’émission de polluant ;
  • quatrièmement, l’atténuation optimale décroît avec αAAl : plus la demande de bien ( , )A l diminue lorsque son prix augmente, plus lataxe est efficace;
  • cinquièmement, l’atténuation optimale croît avec l’intensité carbone du secteur bAl, confirmant que seuls les secteurs hautement intensifs en carbone peuvent prétendre à une atténuation de taxe ;
  • enfin, la taxe optimale croît avec Ï„Al : plus la taxe incite les entreprises à substituer le facteur courant au facteur polluant, plus la taxe doit être élevée.
 
Fiscalité optimale de second rang et comportements stratégiques des États
 
 
Taxe optimale au niveau national
En maximisant le bien-être mondial, nous avons montré que des atténuations d’écotaxe, ou plus généralement des mécanismes spéciaux, sont justifiés pour certains secteurs, qui doivent notamment être hautement intensifs en carbone et fortement exposés à la concurrence internationale. Il reste qu’au vu des autorités de la concurrence européennes ou mondiales, de tels dispositifs peuvent passer pour des politiques commerciales d’États cherchant à donner un avantage compétitif aux entreprises nationales. Il faut faire la part entre ce qui relève uniquement d’une volonté de lutter le plus efficacement possible contre l’effet de serre dans le contexte d’un accord multilatéral imparfait et ce qui résulterait de comportements stratégiques d’États, utilisant la fiscalité environnementale pour subventionner certaines de leurs entreprises.
Pour ce faire, nous pouvons considérer le cas où la taxe est fixée par le pays A sur la base de son seul intérêt. Il s’agit donc de calculer les atténuations de taxe optimales en maximisant le bien-être des consommateurs du pays A uniquement. La difficulté est ici de déterminer quelle est l’externalité négative ressentie par les consommateurs du pays A suite à l’émission d’une unité de GES. Nous envisagerons successivement deux possibilités.
Première possibilité : les consommateurs de A ressentent toutes les émissions de GES
Nous envisageons alors un coût externe national du carbone 'a, différent de a et correspondant au dommage subi par les consommateurs nationaux suite à l’émission d’une unité de carbone partout dans le monde.
Le surplus national du pays A s’écrit (les consommateurs de A subissent le coût de toutes les émissions de GES, dues aux entreprises nationales et étrangères) :
soit encore, en remplaçant par leurs expressions la quantité de bien courant consommée (équation 10) et le revenu disponible (il est égal à la somme de la dotation initiale en bien courant, du profit des entreprises produisant les biens ( , )A l et du produit l’écotaxe) :
Les l conditions du premier ordre associées à la maximisation de ce surplus s’écrivent :
L’équation précédente nous donne l’atténuation de taxe optimale au niveau national :
sont données par les équations d’équilibre concurrentiel de l’économie (voir annexe 4).
Commençons par envisager le cas d’un secteur de l’économie nationale totalement protégé. Dans ce cas, le bien produit par le pays A n’est pas exporté ( ), xA Bl = 0 et n’a pas de substitut étranger
. Le taux de taxe à appliquer au secteur protégé est donc d’après l’équation (43) égal à 'a. Aussi, la formule (43) nous donne des atténuations de taxe à appliquer à des secteurs non protégés par rapport à 'a, taux de taxe appliqué au secteur protégé. Or, si le pays A choisit réellement 'a, coû t externe du carbone ressenti par les consommateurs nationaux, il taxera le secteur protégé à une hauteur très faible. Il aurait alors une stratégie purement nationale qui débouche comme nous l’avons déjà indiqué sur l’inaction dans la lutte contre le changement climatique et il ne souhaiterait donc pas appliquer le protocole de Kyoto. Le présupposé que nous avons posé ici est que A souhaite respecter le protocole de Kyoto et réduire les émissions de GES de ses entreprises. Ainsi, il est préférable de prendre '=a a dans l’équation (43). a représente donc alors le taux de taxe appliqué aux secteurs industriels protégés que A juge comme acceptable et qui doit lui permettre de respecter ses engagements de Kyoto. La taxe optimale à appliquer au secteur l par un pays A qui souhaite à la fois lutter contre les émissions de GES et utiliser l’écofiscalité mise en place à cet effet pour favoriser ses entreprises s’écrit donc :
La formule (44) donnant la taxe optimale à appliquer à chaque secteur est composée de trois termes. Le premier est le terme que l’on trouve si l’on maximise le surplus mondial. Les deux termes suivants s’apparentent plus à des termes de concurrence fiscale et n’ont pas directement de rapport avec la présence d’une externalité ; on remarque d’ailleurs que si a est nul, la présence de ces deux termes fait que la taxe optimale n’est pas nulle. Deux effets contradictoires sont ainsi pris en compte par ces deux termes :
  • d’une part, un effet va dans le sens d’une augmentation de la taxe. La taxe se répercute sur les consommateurs par le biais du prix national pl qui A tend à augmenter. Par ce mécanisme, on taxe les consommateurs étrangers sans que ceux-ci bénéficient du produit de la taxe. Ce terme sera nul si le pays A n’exporte pas de bien ( , )A l à l’étranger (cas où xA Bl, = 0) ;
  • d’autre part, il y a un effet inverse car le prix des importations pBl va augmenter lui aussi avec la taxe du fait d’une demande accrue en bien importé ( , )B l. Cette augmentation va profiter aux entreprises et donc aux consommateurs du pays B et va avoir un impact négatif sur les consommateurs du pays A qui nous intéressent ici. Ce terme sera nul si le pays A n’a pas de pouvoir de marché, de parsa taille notamment.
Dans ce cas,
Ainsi, un petit pays uniquement importateur a intérêt à garder le niveau de taxation trouvé par maximisation du surplus mondial, ce qui corrobore l’idée que les petits pays ont intérêt à ne mettre aucune entrave au libre échange. Dans les autres cas, c’est- à-dire si les entreprises du pays A ont un impact sur le marché international du bien considéré, la formule (44) donnant la taxe optimale avec conflits d’intérêt est différente de la formule (34) obtenue en maximisant le surplus mondial. Cette formule mêle en effet des problèmes liés à l’effet de serre et des problèmes de politique industrielle liés à l’exploitation d’un pouvoir de monopole qui sont tout autres.
Deuxième possibilité : les consommateurs de A ne ressentent que les émissions de GES des entreprises nationales
Ici nous supposons que le but unique du pays A est le respect du protocole de Kyoto. Il ne s’intéresse donc qu’aux émissions des entreprises nationales. Nous supposerons donc que l’émission d’une unité de carbone dans le pays A est ressentie par les consommateurs du pays A comme une externalité négative ''a. ''a peut par exemple représenter un prix mondial du Permis d’Emission Négociable si un tel marché était mis en place entre États. Le surplus à maximiser s’écrit ici :
dont la maximisation donne le barème de taxation optimal :
Il ne subsiste ici dans l’atténuation de taxe optimale que les termes que nous avons précédemment identifiés comme des termes de stratégie industrielle (avec ''a à la place de a). En particulier du point de vue de l’effet de serre uniquement, aucune atténuation de taxe n’est justifiée et la taxe optimale est ''a pour tous les secteurs. En effet, l’unique objectif du pays A étant la diminution de ses émissions, il a intérêt à ce que ses entreprises les plus polluantes se délocalisent ! Remarquons tout de même que ce cas est peu réaliste pour deux raisons. D’une part, le pays A trouvera probablement un intérêt à garder des industries polluantes sur son territoire, intérêt non pris en compte ici. D’autre part, le protocole de Kyoto ne fixe aucune pénalité aux pays qui ne le respecteraient pas. On comprend donc mal pourquoi le pays A ne se préoccuperait en rien de l’effet de serre d’un côté et aurait signé et voudrait respecter le protocole de Kyoto de l’autre.
En résumé, quel que soit le surplus national choisi, la prise en compte par A de ses intérêts nationaux uniquement donne des atténuations de taxe optimales différentes de celles calculées par maximisation du bien-être mondial. Cela permet de faire la part entre ce qui relève d’une volonté de lutter le plus efficacement possible contre le changement climatique, d’une part, et ce qui relève de la recherche de politiques industrielles optimales au plan national, d’autre part.
Choix d’instruments et difficulté de qualifier en terme de politique de la concurrence des mécanismes de second rang
L’analyse précédente nous a montré que des atténuations d’écotaxe pouvaient être pleinement justifiées dans une optique d’efficacité dans la lutte contre l’effet de serre et nous a permis de bien différencier ces attén uation s d’éventuels comportements stratégiques des pays. Dans cette section, nous allons montrer que d’autres instruments a priori refusés par les réglementations de la concurrence, tels une subvention aux exportations, peuvent être pleinement justifiés eux aussi dans une optique d’application efficace du protocole de Kyoto. Par là, nous montrerons qu’il est extrêmement difficile de qualifier les politiques mises en œuvre par les pays qui souhaitent appliquer le protocole de Kyoto et que cette qualification dépend en grande partie de la panoplie d’instruments que l’on s’autorise à utiliser.
Pour ce faire, nous nous placerons dans un cas simplifié, celui d’un secteur pleinement intégré dans le jeu international, c’est-à-dire que ses produits sont strictement identiques à ceux fabriqués par ses concurrents étrangers. De fait, les entreprises nationales devront aligner leur prix sur le prix mondial. Nous supposons par ailleurs que le pouvoir des entreprises nationales sur le prix est nul, ce qui traduit le fait que leur part de marché sur le marché mondial est faible. Les entreprises du pays A agissent donc en pures preneuses de prix. Un secteur comme celui de la métallurgie en France est assez bien caractérisé par de telles hypothèses. Pratiquement, dans le cadre du modèle développé à la partie précédente, ces hypothèses se traduisent par deux conséquences :
  • d’une part, pour le secteur l que nous considérons, les biens xAl et xBl sont identiques, ce qui signifie que les consommateurs ne font aucune différence entre les biens produits par les entreprises du pays A ou du pays B. On peut alors écrire :
  • et u x x B A B B A B ) ( ) (où νAl et νBl sont x x l l l l l l ( , = +ν deux fonctions strictement croissantes et strictement concaves). Dans ce cas, les fonctions de demande xA Kl, et xB Kl, sont toutes deux non nulles si et seulement si les prix pAl et pBl sont identiques, égaux à pl. On a donc une fonction de demande globale :
  • d’autre part, l’élasticité de l’offre des entreprises du pays B, que nous avons notéeeBl, est infinie. Nous traduisons ainsi le fait que les entreprises du pays A n’aient pas de pouvoir de marché et agissent en pures preneuses de prix.
Ces hypothèses faites, la mise en place d’une taxe sur les émissions de CO2 dans les entreprises du pays A n’a pas d’impact sur la quantité de bien xl globalement produite. Les quantités demandées par les consommateurs ne dépendent en effet que du prix du marché qui lui est invariant avec la taxe (coût marginal des entreprises du pays B constant) et ne dépendent en particulier pas du revenu disponible. Le seul effet de la taxe est relatif au partage de la production entre entreprises étrangères et nationales, les dernières perdant des parts de marché au profit des premières à la suite de la mise en place de la taxe. La figure de l’encadré 3 montre comment est déplacé l’équilibre dans ce cas. Remarquons enfin que nous sommes ici dans le cas d’un petit pays sans pouvoir de marché et la formule (44) confirme que l’optimum national coïncide avec l’optimum mondial
Encadré 3
Le graphique ci-dessous permet de mieux appréhender l’impact de la mise en place d’une écotaxe dans le pays A.
La taxe n’a pas d’effet sur le niveau global consommé mais uniquement sur le partage entre entreprises nationales et étrangères.
IMGIMGIMGIMF
Nous pourrions trouver l’atténuation de taxe optimale pour le secteur considéré en passant à la limite dans les formules de l’annexe 4. Cependant, il est utile de refaire le calcul, ici extrêmement simplifié. Les considérations ci-dessus montrent que dans le surplus des consommateurs, seule la quantité de bien courant consommée varie suite à la mise en place d’une taxe sur les émissions de GES. Cette dernière apparaît linéairement dans le surplus et nous sommes ramenés à un problème de minimisation de coût total. Celui-ci s’écrit :
La condition de minimisation de ce coût donne :
Les calculs reportés en annexe 5 nous permettent alors de réécrire cette condition :
Si l’on ne peut utiliser que la taxation sur les émissions de GES, on aura c c p Al Bl l = =, les coûts marginaux des entreprises des pays A et B étant égaux au prix mondial du bien à l’équilibre. L’atténuation de taxe optimale est alors :
La taxe optimale fournit à nouveau un arbitrage dans un conflit entre deux effets contradictoires :
  • d’une part, la taxe devra être d’autant plus atténuée que le rapport
  • est élevé, c’est-à-dire que les entreprises du pays B sont relativement plus intensives en énergie que celles du pays A. Il faut en effet éviter que la taxe déplace la production vers un pays qui a une moins bonne efficacité énergétique que la France ;
  • à l’inverse, la taxe devra être d’autant moins atténuée que Ï„Al est élevé, c’est-à-dire que la taxe est efficace pour réduire l’intensité énergétique des entreprises du pays A. L’unique justification de la taxe dans ce cas est l’incitation qu’elle fournit à utiliser les technologies les moins polluantes.
La technique utilisée jusqu’à présent dans cet article a consisté en des optimisations de second rang. Ces dernières dépendent fortement des panoplies d’instruments utilisées. Or, nous nous sommes restreints à l’utilisation d’un unique instrument, à savoir une écotaxe sur les émissions de GES. Il est maintenant intéressant de savoir dans quelle mesure les différenciations de taxe préconisées sont robustes à la possibilité d’utiliser d’autres instruments. De fait, on peut montrer qu’il est possible d’améliorer le bien-être mondial en élargissant la panoplie d’instruments et en utilisant en particulier des instruments commerciaux. Reprenons l’équation (50) et annulons chacun de ses termes en utilisant deux instruments :
  • d’abord, une taxe t égale à a annule le premier terme de l’équation (50). La taxe est donc égale à son niveau de premier rang, en accord avec le principe pollueur payeur. Cet instrument fournit l’incitation à limiter les émissions ;
  • ensuite, une subvention à la production nationale à hauteur de a b l Bl σB par unité de produit annule le second terme de l’équation (50). Dans ce cas en effet, les entreprises du pays A voient un signal de prix de marché p a b l l l + σ qu’elles égalisent à leur coût marginaltreprises du pays B, elles, font B B cAl. Les en simplement c p Al l =. Cette subvention permet en fait de réguler le partage du marché entre entreprises en fonction de leur efficacité énergétique. La subvention croît avec l’intensité énergétique de l’étranger : en effet, plus la production non réalisée dans le pays A et reportée dans le pays B causera une pollution importante, plus il faudra limiter cet effet et plus il faudra subventionner.
L’optimum atteint par cette méthode est supérieur à celui trouvé ci-dessus en utilisant uniquement une écotaxe car on a desserré les contraintes. On retrouve ici le résultat classique selon lequel on fait mieux avec deux instruments qu’avec un seul (à chaque objectif son instrument). Les atténuations de taxe ne sont donc justifiées que parce qu’on est contraint par le choix des instruments. Cette remarque met bien en évidence la difficulté de qualifier les politiques nationales de lutte contre l’effet de serre pour les autorités de la concurrence : subventionner les exportations peut avoir un impact positif sur le bien-être mondial ! En fonction des instruments que l’on s’autorise, les politiques à mener ne seront donc pas identiques.
Au total, l’efficacité au niveau mondial pour la lutte contre l’effet de serre dans le contexte du protocole de Kyoto pourrait être améliorée par la mise en œuvre de mesures contraires à l’esprit actuel de l’architecture des régulations commerciales internationales et européennes, à savoir ici des subventions accordées à un certain nombre d’entreprises afin qu’elles puissent soutenir la concurrence internationale (ou à défaut des atténuations d’écotaxe). Nous insistons bien sur le point que ces mesures sont uniquement et pleinement justifiées par les imperfections du protocole de Kyoto, que leur mise en œuvre permettrait de retrouver une efficacité au niveau mondial et qu’en aucun cas elles ne participent de quelconques considérations stratégiques en vue de définir une politique industrielle optimale à l’échelon national. Il convient donc d’apprécier différemment, en termes de politique de la concurrence, les mesures prises par les États en vue de lutter contre le changement climatique.
 
Conclusion
 
 
Le protocole de Kyoto, parce qu’il fixe des prix différents à un bien public global qui devrait avoir le même coût pour tous les acteurs de l’économie mondiale, oblige les États à utiliser des instruments de second rang pour respecter leurs engagements. Dans cette optique, la taxation ne peut, comme dans un monde de premier rang, être appliquée uniformément à l’ensemble des acteurs de l’économie. Le modèle que nous avons développé permet, en maximisant le bien-être mondial, de montrer que chaque secteur de l’économie peut prétendre à une atténuation de taxe égale à la “fuite de carbone marginale” que la taxe va provoquer. Ainsi, une atténuation d’écotaxe doit être d’autant plus forte que :
  • le secteur est hautement intensif en carbone ;
  • les entreprises possèdent un pouvoir de marché (spécialisation, part de marché, etc.) faible ;
  • l’élasticité de la pollution à la fiscalité est faible.
Le modèle ne permet cependant pas de déterminer de manière précise les taxes optimales à appliquer à chaque secteur. Sur ce point, il devrait être complété sur un plan empirique. De même, nous ne discutons pas de la pertinence d’un système de taxation différencié. Celui-ci a en effet de nombreux inconvénients : il pose en particulier des problèmes redistributifs et peut conduire à des distorsions de concurrence. De ce fait, il serait peut-être préférable d’utiliser des instruments complémentaires à la taxation plutôt que de mettre en place un système de taxes différenciées par secteur. C’est d’ailleurs ce vers quoi tendent un certain nombre d’États aujourd’hui, comme le Royaume-Uni, et c’est ce que préconise l’Union Européenne. Le rapport Bureau (Bureau, 2000) précise un certain nombre de nouveaux instruments qui peuvent venir se substituer à la taxation ou la compléter. Les Accords Volontaires Négociés (AVN) sont signés entre une entreprise ou un secteur et l’État et fixent un objectif à tenir en termes d’émissions de GES. Ils peuvent venir en complément d’atténuations de taxes pour certains secteurs : les abattements à la base pour les secteurs hautement intensifs en carbone peuvent d’ailleurs être définis grâce à ce type d’accords. La mise en place d’un marché de PEN peut se substituer à la taxation pour un certain nombre de secteurs. Reste que cela ne résout que partiellement le problème, la vraie question reposant sur le mécanisme d’attribution initiale des permis (enchères, droits du grand-père, etc.). L’association des “ Entreprises pour l’Env iron nement” (Entreprises pour l’Environnement, 1999) propose la mise en place d’un tel marché pour les entreprises fortement intensives en carbone.
Au-delà de ses limites, ce modèle met à jour que dans la lutte contre le changement climatique dans le cadre du protocole de Kyoto, des traitements différenciés pour certains secteurs, qui peuvent prendre la forme d’atténuations d’écotaxe mais aussi de mesures commerciales comme des subventions aux exportations, sont souhaitables à l’échelon international, indépendamment de l’exploitation d’un éventuel pouvoir de monopole au plan national. En particulier, les calculs d’atténuations de taxe ont été réalisés en maximisant le surplus mondial et en excluant la possibilité pour un État de se comporter en passager clandestin. Ce point va à l’encontre de l’esprit actuel des régulations internationales et européennes pour qui la mise en place décentralisée de solutions de premier rang par chaque État mène mécaniquement à l’efficacité globale. Il convient donc que celles-ci intègrent la spécificité de la lutte contre l’effet de serre, lutte qui requerrait un contrôle global qui n’existe pour l’instant pas, et apprécient correctement les mécanismes mis en place par les États qui souhaitent respecter les engagements qu’ils ont pris à Kyoto en 1997. Ces mécanismes ne sont en effet pas nécessairement des aides d’État déguisées.
 
Annexe 1 : secteurs hautement intensifs en énergie et fortement exposées à la concurrence internationale
 
 

Tableau 1
consommation d’énergie de divers secteurs industriels français
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Tableau 1 : consommation d’énergie de divers secteurs industriels français Tonnes Tonnes d’équivalent d’équivalent Secteur industriel pétroleconsommées par pétroleconsommées an et par MF de par an et par valeur ajoutée salarié Engrais et chimie minérale 385 188 Sidérurgie et premièretransformation de l’acier 363 151 Métaux non-ferreux 300 107 Cycle de l’uranium 277 415 Papier-Carton 125 67 Carrières, ciment etmatériaux de construction 103 41 Verre 110 39 Chimie organique etpharmacie 55 35 Caoutchouc et transformationdu plastique 35 11 Automobile, naval,aéronautique, ferroviaire 17 6 Textile, cuir, habillement 25 6 Fonderie, travail des métaux 29 6 Construction électrique etélectronique 12 5 Imprimerie, bois, meubles etdivers 13 4 Mécanique 8 3 Moyenne 48 17 Source : Livre blanc sur les modalités de l’extension de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes aux consommations intermédiaires d’énergie des entreprises (1999).
Livre blanc sur les modalités de l’extension de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes aux consommations intermédiaires d’énergie des entreprises (1999).


Tableau 2
branches ouvertes et abritées de l’industrie manufacturière française
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Tableau 2 : branches ouvertes et abritées de l’industrie manufacturière française Branches Branches peu Branches Branches très abritées ouvertes ouvertes ouvertes Imprimerie, Bois, meuble Matériel Construction presse, édition électrique et aéronautique, électronique navale, armement Produits Papier, carton Construction Cuir, chaussure agroalimen- mécanique taires Matériaux de Caoutchouc, Minerais et Chimie de base construction matières métaux plastiques ferreux Fonderie, Verre Minerais et travail des métaux métaux non-ferreux Parachimie, Textile, pharmacie habillement Source : Statistique Publique, (1997).
Statistique Publique, (1997).

 
Annexe 2 : encadrement communautaire des aides d’État pour la protection de l’environnement
 
 
Dans une communication adoptée le 19 décembre 2000, la Commission européenne fixe les limites et conditions sous lesquelles des aides d’État peuvent s’avérer nécessaires pour assurer la protection de l’environnement et le développement durable sans avoir d’effets disproportionnés sur la concurrence et la croissance économique. Elle actualise les dispositions arrêtées en 1994. Ci-dessous, est reportée la partie de cette communication consacrée au cas du secteur de l’énergie et des réductions de taxe.
Politique de contrôle des aides d’État et politique de l’environnement
Cas spécifique du secteur de l’énergie et des réductions de taxes
Depuis l’adoption de l’encadrement de 1994, le secteur de l’énergie a connu des modifications importantes qu’il convient de prendre en considération.
Certains États membres ont adopté, ont en cours d’adoption ou pourraient envisager d’adopter des taxes dont les effets sont favorables en matière de protection de l’environnement. Des exonérations ou réductions de taxe sont parfoi s acc ordées à certa ines catégories d’entreprises, afin d’éviter de placer celles-ci dans une situation concurrentielle difficile. La commission estime que ces mesures peuvent constituer des aides d’État au sens de l’article 87 du traité. Toutefois, les aspects négatifs de ces aides peuvent être contrebalancés par les aspects positifs qui résultent de l’adoption des taxes. En conséquence, si de telles dérogations sont nécessaires pour assurer l’adoption ou le maintien de taxes applicables à l’ensemble des produits, la Commission est d’avis qu’elles peuvent être acceptées sous certaines conditions, et pour une période limitée. Cette période pourra atteindre dix ans quand les conditions seront réunies. À l’issue de cette période de dix ans, les États membres conservent la possibilité de notifier à nouveau les mesures en cause à la Commission, qui pourrait suivre la même approche dans le cadre de son analyse, tout en prenant en considération les résultats positifs obtenus en termes d’amélioration de l’environnement.
Les interventions des États membres en faveur des énergies renouvelables et de la production combinée de chaleur et d’électricité se sont également développées au cours des dernières années et leur utilisation est encouragée par la Communauté en raison des avantages importants pour l’environnement. La Commission estime donc que lorsque des mesures en faveur des énergies renouvelables et de la production combinée de chaleur et d’électricité constituent des aides d’État, elles peuvent être acceptées sous certaines conditions. Il conviendra notamment de s’assurer que ces aides n’aillent pas à l’encontre d’autres dispositions du traité ou de la législation prise en application de celui-ci.
 
Annexe 3 : équilibre du modèle
 
 
L’écriture de la loi de Walras du modèle développé dans la seconde partie de cet article permet de vérifier l’équilibre de l’économie décrite.
L’offre de bien courant vient des ressources initiales possédées par les consommateurs ( )Y YA B +. Sa demande, elle, vient de trois sources différentes :
  • les consommateurs demandent Y YA B + dont l’expression est fournie par l’équation 10 :
  • les entreprises produisant les biens ( , )K l ont une demande en input bien courant égale à :
  • enfin les entreprises produisant le bien polluant demandent autant de bien courant que de bien polluant produit (du fait de la fonction de production choisie), soit E, dont l’expression est donnée par l’équation 23.
Ainsi on vérifie l’équilibre sur le marché du bien courant :
Ï€Kl est le profit de l’entreprise produisant le bien ( , )K l et est égal à :
 
Annexe 4 : expression des dérivées des prix et quantités atteints à l’équilibre en fonction des élasticités du modèle
 
 
Nous nous plaçons ici à l’équilibre de l’économie décrit dans la deuxième partie de cet article et nous calculons en fonction des différentes élasticités du modèle les expressions des dérivées des quantités et prix atteints à l’équilibre. Nous rappelons que les quantités offertes sont soulignées alors que les quantités demandées sont surlignées, ces deux grandeurs étant ici égales aux quantités effectivement produites et consommées.
La différenciation par rapport à tl des équations d’offre des biens ( , )K l de l’économie donne :
La différenciation par rapport à tl des équations de demande des biens ( , )K l de l’économie donne :
La résolution du système formé par les équations 54 à 57 donne alors :
et les équations 54 et 55 permettent d’obtenir les expressions de
Par ailleurs, la différenciation par rapport à tl de l’équilibre sur le marché de l’input polluant donne :
ce qui, grâce aux résultats précédents nous donne
 
Annexe 5 : secteur sans pouvoir de marché
 
 
Nous détaillons dans cette partie le cas développé dans la troisième partie de l’article, celui d’un secteur sans pouvoir de marché à rendements décroissants.
Nous rappelons que nous nous sommes ramenés à un problème de minimisation de coût total et que ce dernier s’écrit :
La condition de minimisation de ce coût s’écrit :
Or nous avons :
Par ailleurs nous avons vu que x x x l Al Bl = + était une constante et ne dépendait pas de la taxe appliquée. Nous obtenons donc :
la dernière égalité résultant tout simplement de la différenciation de l’équation d’égalisation du coût marginal de production au prix par rapport à tl. En remplaçant nous obtenons alors l’équation (50).
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Annex I Expert Group on the United Nations Framework Convention on Climate Change (1997). “Economic/Fiscal Instruments : Competitiveness Issues Related to Carbon/Energy Taxation”, Document de travail, n° 14, OCDE.
·  Bernard A.L. et Vielle M. (1998). “GEMINI-E3, un modèle d’équilibre général national-international économique, énergétique et environnemental”, Économie et Prévision, n° 136.
·  Bernard A.L. et Vielle M. (1999a). “Efficient Allocation of a Global Environment Cost between Countries : Tradable Permits VERSUS Taxes or Tradable Permits AND Taxes ? An Appraisal with a World General Equilibrium Model”.
·  Bernard A.L. et Vielle M. (1999b). “Rapport à la Mission Interministérielle sur l’effet de serre relatif aux implications sectorielles du protocole de Kyoto effectuées avec le modèle GEMINI-E3 XL France”, Document de travail, Ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement, Commissariat à l’Énergie Atomique.
·  Bernard A.L. et Vielle M. (1999c). “Leakage and Compensative Rebate of Carbon Tax to Firms : a Comparison between Main OCDE Countries with GEMINI-E3 / GemWTraP and Prospects for a New Approach”.
·  Bureau D. (2000). “Taxation des consommations intermédiaires d’énergie et mécanismes incitatifs”, Document de travail, Direction des Études Économiques et de l’Évaluation Environnementale.
·  Burniaux J.M. et Martins O. (2000). “Carbon Emission Leakages : a General Equilibrium View”, Document de travail, n° 242, OCDE.
·  Entreprises pour l’Environnement (1999). “Propositions pour un dispositif efficace de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur productif”, Document de travail.
·  Gastaldo S. (1992). “L’effet de serre : pourquoi une approche par la tarification ?, Économie et Statistique, n° 258-259, octobre-novembre.
·  Livre blanc sur les modalités de l’extension de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes aux consommations intermédiaires d’énergie des entreprises (1999). Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie et le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement.
·  Nordhaus W.D. (1999). “Biens publics globaux et changement climatique”, Revue francaise d’économie, vol. XIV(3).
·  Statistique publique (1997). “Le commerce extérieur de la France”, Synthèses Insee.
·  Weitzman M. (1974). “Prices vs Quantities”, Review of Economic Studies.
 
NOTES
 
[(*)]E-mail : jjerome. rieu@ mines. org
[(1)]Notons cependant qu’on pourrait sans difficulté supposer que les consommateurs utilisent le bien polluant. Cela rajouterait le terme u E( )dans la fonction d’utilité ci-dessous (où u est une fonction strictement croissante et strictement concave). On montre alors qu’il faut taxer l’utilisation d’énergie par les consommateurs au taux a, qui est le taux de la taxe pigouvienne.