2002
Économie et Prévision
Compétition électorale et impôt négatif : la trappe "informationnelle" à inactivité
Karine Van der Straeten
[(*)]
Aux menaces bien identifiées que les charges fiscales pesant sur le travail peuvent représenter pour l’économie
- sous-emploi, croissante réduite - peut s’ajouter un autre danger, de nature informationnelle. En effet, s’il est difficile
d’obtenir de l’information sur les capacités productives des individus non employés, la fiscalité, en déprimant l’emploi, va
réduire l’information dont dispose la société sur elle-même. On considère un modèle dynamique où à chaque période des
élections ont lieu pour sélectionner la politique fiscale. Les croyances des électeurs sur la répartition des productivités
déterminent la politique fiscale, qui elle-même détermine l’emploi, qui à son tour détermine les croyances révisées des
électeurs. Al’état stationnaire, le taux de taxe et le taux de non-emploi sont au moins aussi élevés que ce qu’ils auraient été
si la distribution des productivités avait été connue au départ avec certitude.Mots-clés :
fiscalité, marché du travail, compétition électorale, processus d’apprentissage.
The tax burden on labour can weigh on the economy not only in terms of underemployment and reduced growth, but there
is also a danger of an informational shortfall. While it is difficult to obtain information on the productive capacities of
non-employed individuals, taxation, by depressing employment, will reduce the information available to society about
itself. The authors take a dynamic model in which tax policy in each period is chosen by voting. Voters’beliefs regarding
the productivity distribution determine tax policy, which in turn determines employment, which in turn determines
voters’revised beliefs. At steady state, the tax rate and the non-employment rate are at least as high as they would have
been if the productivity distribution had been known with certainty at the start.Keywords :
taxation, labour market, electoral competition, learning process.
Cet article reprend une partie du chapitre 3 de ma thèse de doctorat intitulée : " Economie politique en information imparfaite : trois
essais sur la planification et la démocratie indirecte'', rédigée au Delta (CNRS-ENS-EHESS) et au Thema (CNRS-Université de
Cergy-Pontoise). Je remercie A. d'Autume, Fr. Bourguignon, G. Demange, N. Gravelle, R. Guesnerie, M. Fleurbaey, J-Fr. Laslier,
M. Le Breton, P. Pestieau, J-Ch. Rochet, A. Trannoy et un rapporteur anonyme de la revue pour leurs commentaires et leurs
remarques. Enfin, ce papier reprend certains résultats obtenus par Laslier et alii (2003).
Aux menaces bien identifiées que les charges fiscales pesant sur le travail peuvent représenter pour
l'économie-sous-emploi, croissante réduite- peut s'ajouter un autre danger, de nature informationnelle.
En effet, s'il est difficile d'obtenir de l'information sur les capacités productives des individus non
employés, la fiscalité, en déprimant l'emploi, va réduire l'information dont dispose la société sur
elle-même. On considère un modèle dynamique où à chaque période des élections ont lieu pour
sélectionner la politique fiscale. Les croyances des électeurs sur la répartition des productivités
déterminent la politique fiscale, qui elle-même détermine l'emploi, qui à son tour détermine les
croyances révisées des électeurs. A l'état stationnaire, le taux de taxe et le taux de non-emploi sont au
moins aussi élevés que ce qu'ils auraient été si la distribution des productivités avait été connue au
départ avec certitude.
Si la fiscalité est indispensable pour assurer le
fonctionnement de l'État et lui permettre de remplir
ses fonctions essentielles - comme la production de
bien public ou la redistribution des richesses - les
menaces qu'elle fait peser sur l'efficacité et sur les
performances de l'économie ont souvent été
dénoncées. En particulier, les charges fiscales pesant
sur le travail (impôt sur le revenu, cotisations
salariales ou patronales) peuvent constituer pour
l'économie un certain nombre de dangers
relativement bien identifiés. À court terme, elles
peuvent décourager l'offre de travail, incitant
certains à réduire leur temps de travail, voire à
renoncer à occuper un emploi-tout du moins dans
l'économie formelle- ou à rechercher à l'étranger des
conditions fiscales plus favorables. À plus long
terme, cette fiscalité pesant sur le travail peut
également modifier les choix éducatifs des
individus : si le travail est lourdement taxé, il peut
être moins intéressant d'investir dans l'acquisition de
capital humain. Ainsi, la fiscalité du travail réduit les
richesses produites et peut menacer la croissance.
Ces dangers ont été très largement étudiés par la
littérature économique, tant sur le plan théorique que
sur le plan empirique. Certes les débats concernant
l'importance exacte de ces effets de découragement
sont loin d'être clos. La grande dispersion des
chiffres proposés pour l'élasticité de l'offre de travail
par exemple montre que l'unanimité est loin d'être
réalisée au sein de la profession des économistes,
théoriciens ou praticiens. Néanmoins, on peut
considérer que la nature de ces risques-si leur
ampleur reste difficile à mesurer- est relativement
bien connue.
Or on souhaite attirer ici l'attention sur un autre
risque potentiel de la fiscalité du travail. Il s'agit du
coût de cette fiscalité en termes d'information. En
effet, si la fiscalité décourage un certain nombre
d'individu d'entrer sur le marché du travail, il est
difficile d'obtenir des informations concernant les
capacités productives de ces individus. Certes des
enquêtes sont menées pour acquérir de l'information
sur les sans-emploi ou les inactifs, mais il est malgré
tout raisonnable de penser que les décideurs
politiques, tout comme l'ensemble des citoyens,
disposent d'une connaissance bien meilleure des
individus occupant un emploi que des autres.
L'objectif ici est d'évaluer l'impact que peut avoir
cette perte d'information sur le choix des politiques
publiques. On voit en effet qu'il va exister un
mécanisme circulaire reliant les choix relatifs à la
fiscalité du travail et l'information disponible sur la
composition de la société (en termes de capacités
productives). En effet, la société décide d'une
politique fiscale en fonction de ses croyances sur la
composition de la société. Mais en retour, le choix de
la politique fiscale, en modifiant les décisions des
individus (en particulier leur décision de travailler
ou non) va déterminer l'information dont dispose la
société.
On se propose d'étudier cette question dans le cadre
suivant. La société est composée d'individus
différents par leurs capacités productives et devant
décider collectivement d'un barème d'imposition des
revenus du travail. Plus précisément, il s'agit de
choisir un barème de type "impôt négatif", où un
impôt sur le revenu proportionnel est destiné à
financer un transfert universel accordé à tous les
ménages sans conditions de ressources. Notons que
ce type de barème extrêmement simple a reçu
récemment une attention particulière, ansi qu'en
témoigne l'ouvrage d'Atkinson (1995)
[1]. Cependant,
si une telle réforme est adoptée, il n'y aura
probablement pas unanimité dans la société sur la
valeur des paramètres à retenir. On se propose
d'étudier comment ce conflit d'intérêts se résout si la
décision est prise "démocratiquement ", c'est-à-dire
par la tenue d'élections opposant deux partis
politiques.
On suppose qu'au départ la société ne connaît
qu'imparfaitement la distribution des capacités
productives en son sein, la capacité productive d'un
individu - assimilée au taux de salaire auquel il peut
prétendre sur le marché du travail - n'étant pas
observable directement. Seule la distribution des
revenus du travail est supposée observable, le revenu
du travail résultant du produit de cette productivité et
du temps de travail (ou effort) lui-même
inobservable. Les partis politiques comme les
électeurs ne disposent donc au départ que de
" croyances " concernant cette répartition des talents.
Au cours d'élections, deux partis s'opposent sur la
base de propositions concernant un impôt négatif.
Etant donné leurs croyances sur la composition de la
société, les individus votent pour l'un ou l'autre des
partis. Le parti remportant le plus de voix est élu et la
politique qu'il a proposée est mise en place. Les
individus prennent alors leur décision de travail.
Mais en observant la distribution des revenus sur le
marché du travail, qui leur fournit éventuellement de
nouvelles informations, les individus peuvent
réaliser que leurs croyances antérieures étaient
erronées. Lorsque de nouvelles élections ont lieu,
leurs préférences pour les différents systèmes
fiscaux - qui dépendent de leurs croyances sur la
composition de la société - pouvant avoir changées,
l'issue des élections peut aussi être modifiée. On
étudie ce processus dynamique et l’on montre qu'il
converge vers un état stationnaire, c'est-à-dire un état
dans lesquel les croyances, tout comme le système
fiscal, sont stables. Le système fiscal obtenu à l'état
stationnaire est a priori diférent de celui qui aurait
été choisi si les individus avaient disposé au départ
d'une connaissance parfaite de la distribution des
capacités productives dans la société. On montre
ensuite, résultat plus intéressant et moins évident a
priori, que lorsque les deux systèmes diffèrent, c'est
systématiquement dans le même sens : en
information imparfaite, le taux d'imposition est
toujours plus élevé qu'en information parfaite, ce qui
s'accompagne d'un taux d'inactivité plus élevé et d'un
PNB moindre pour l'économie.
Littérature afférente
Cet article est lié à la littérature concernant le vote sur
les paramètres d'un système fiscal. Le premier,
Romer (1975) étudie le vote à la majorité simple sur
les paramètres d'un impôt négatif. Il pose en
particulier la question de l'existence d'un "gagnant de
Condorcet", c'est-à-dire d'une proposition
remportant une majorité des suffrages lorsqu'elle est
opposée à n'importe quelle autre politique. Il montre
que lorsque les préférences individuelles pour la
consommation et le loisir peuvent être décrites par
une fonction de Cobb-Douglas, un gagnant de
Condorcet existe : il s'agit de la politique préférée par
l'électeur médian. Roberts (1977) généralise ce
résultat à une classe de préférences individuelles
beaucoup plus larges. Meltzer et Richard (1981)
utilisent ce modèle pour expliquer par les
transformations démographiques ou juridiques de
l'électorat lacroissance de l'État au cours du temps.
Ces modèles reposent tous sur l'hypothèse selon
laquelle la distribution des capacités productives à
l'intérieur de la société est parfaitement connue.
Mais si cette connaissance résulte uniquement de
l'observation du marché du travail et qu'il existe dans
l'économie un taux d'inactivité important, cette
hypothèse peut paraître peu réaliste. Remettant en
cause ce cadre informationnel, Laslier
et alii (1999)
supposent que la société n'a au départ que des
croyances sur distribution des capacités productives
et propo sent un modèle dynamique avec
apprentissage de cette distribution. À chaque
période, les individus votent sur la politique fiscale à
mettre en place et la politique correspondant au
gagnant de Condorcet, qui existe et se trouve être là
encore la politique préférée par l'électeur médian, est
sélectionnée et mise en place. Cependant,
sélectionner le gagnant de Condorcet pour prédire
l'issue du vote présente des difficultés
d'interprétation dans un contexte d'information
imparfaite sur la composition de la société. En
information parfaite, le gagnant de Condorcet
s'interprète facilement en termes de compétition
électorale entre partis "downsiens"
[2], c'est-à-dire
des partis qui ne sont nullement intéressés par la
politique mise en place, mais uniquement par le fait
de remporter les élections. Si de tels partis
s'affrontent sur la base de propositions de politiques
et que les deux partis sont départagés par les
électeurs grâce à un vote à la majorité simple, les
deux partis proposent à l'équilibre de Nash la
politique correspondant au gagnant de Condorcet.
Cette interprétation peut ne plus être valable si les
partis partagent l'incertitude des électeurs
concernant la composition de la société : il se peut
que les partis ignorent l'identité du médian.
L'objectif ici est d'introduire explicitement des partis
politiques dans le modèle de Laslier et alii (1999),
qui offre par ailleurs un cadre plausible pour étudier
les conséquences du manque d'information
concernant la composition de la société. Ces partis
disposent de la même information que les électeurs.
L'incertitude sur la distribution des talents dans la
société intervient de deux manières dans le jeu de
compétition électorale. D'une part, les conséquences
fiscales des différentes politiques fiscales ne peuvent
pas être évaluées avec certitude, puisqu'elles
dépendent de la composition de la société,
elle-même inconnue. Les électeurs ne peuvent donc
attribuer qu'une utilité espérée aux différentes
politiques proposées. D'autre part, même quand les
partis politiques sont capables d'évaluer les
préférences espérées d'un individu, qui dépendent de
ses croyances mais aussi de sa propre capacité
productive, il demeure de l'incertitude sur la
distribution de ces préférences, en particulier sur
l'identité du médian. On montre qu'un équilibre de
Nash en stratégies pures existe dans ce jeu de
compétition électorale en information imparfaite et
que la politique proposée par les partis à l'équilibre
peut être différente de celle préférée par l'électeur
médian.
Plan de l'article
Le plan de l'article est le suivant. La première partie
décrit la structure de base de l'économie. La
deuxième partie étudie les propriétés du marché du
travail, qui joue ici un rôle particulièrement
important : tout d'abord, les décisions d'offres de
travail interviennent dans les préférences des
individus pour les politiques fiscales ; ensuite,
puisque le marché du travail est la seule source
d'information concernant la distribution des types,
ses propriétés "informationnelles" doivent être
explorées. Les préférences individuelles pour les
divers systèmes fiscaux sont ensuite présentées et
étudiées dans la troisième partie. La quatrième partie
étudie la compétition électorale entre les deux partis.
La cinquième partie décrit la dynamique et montre la
convergence vers un état stationnaire. La sixième
partie établit le biais vers la sur-imposition et la
sous-activité. La dernière partie conclut, en
proposant notamment d'autres cadres d'applications
possibles du modèle, en particulier à la santé ou à
l'éducation.
L'économie est composée d'un grand nombre
[3]
d'individus (ou électeurs),
i N∈{ , ,..., }1 2 et de deux
partis politiques,
j A B∈{ , }, tous vivant une infinité
de périodes,
Ï„ = 1,2,3,....
Description des individus
Les individus diffèrent par leur productivité
θ, qui
est assimilée au taux de salaire auquel ils peuvent
prétendre sur le marché du travail. Cette productivité
ne peut prendre qu'un nombre fini de valeurs :
θ θ θ, ,..., avec 0≤ < < <
θ θ θ...; un individu
1 2
K1 2K caractérisé par une productivité
θk sera dit "de type
k". Chaque individu connaît son type, qui est
exogène et constant au cours du temps
[4].
Tous les individus possèdent les mêmes préférences
pour la consommation et le loisir, caractérisées par la
fonction d'utilité :
où C désigne la consommation et L le temps consacré
au travail. Le temps total disponible est normalisé à
1. La désutilité du travail v possède les propriétés
usuelles : elle est deux fois dérivable, avec v v> >0 0, '
et v" ≤ 0; et v"≤ 0; on suppose en outre (pour
normaliser) que v( )0 0=.
Ainsi, un individu de type k choisissant une offre de
travail L dispose d'un revenu avant impôt et tranfert -
ou revenu brut - égal à y L k k =θ.
Incertitude sur la répartition des types
Les électeurs comme les partis politiques
connaissent le nombre total N d'individus dans la
société, ainsi que les K valeurs que peut prendre la
productivité, mais ils ignorent comment les électeurs
se répartissent entre les différents types. Ils n'ont que
des croyances à propos de cette distribution. Afin de
pouvoir décrire ces croyances, l'ensemble des
distributions (ou répartitions) possibles, noté N, est
introduit :
où nk est le nombre d'individus de type k dans la
distribution n .
Au départ, c'est-à-dire au début de la période Ï„ =1,
partis et électeurs partagent les mêmes croyances sur
la composition de la société : ils attribuent une
probabilité Ï„1 ( )n au fait que la distribution des types
soit effectivement n, avec
On note
n n n nK* * * * ( , ,... )=1 2 la véritable distribution et on fait
l'hypothèse que Ï€1 0( ) * n >, ce qui assure, la
probabilité attribuée au départ à la véritable
distribution étant strictement positive, que la
révision bayésienne des croyances est toujours
possible.
La seule source d'information, pour les partis
politiques comme pour les électeurs, est
l'observation des revenus bruts obtenus surle marché
du travail (les y L=θ ); la productivité (θ) et le temps
de travail (L ) n'étant pas observables séparément.
Connaissant les préférences des individus pour la
consommation et le loisir, il est possible d'obtenir, à
partir de l'observation de la distribution des revenus
salariaux bruts, de l'information concernant la
répartition des types. Lorsque de nouvelles
informations arrivent en provenance du marché du
travail, les individus révisent leurs croyances de
manière bayésienne. On noteÏ€ Ï€ Ï„ Ï„ = ∈( ( ): )n n N les
croyances en début de période Ï„, où πτ ( )n est la
probabilité attribuée à la répartition n.
L'impôt négatif
Les seuls barèmes disponibles sont des systèmes très
simples, de type "impôt négatif" : un impôt
proportionnel au revenu (à taux constant t, 0 1≤ ≤t )
est prélevé, qui est destiné à financer un transfert
forfaitaire (b b, )≥ 0.
Les partis politiques comme les électeurs savent
qu'une contrainte budgétaire globale doit être
satisfaite : les dépenses de l'État (sous la forme du
transfert forfaitaire b) ne doivent pas excéder ses
ressources (issues de l'impôt sur le revenu). Étant
donné le contexte d'information imparfaite sur la
distribution d es ty pes, les conséquences
économiques des différents taux d'imposition ne
peuvent être évaluées avec certitude. Il existe donc
ex ante de l'incertitude sur la véritable contrainte
budgétaire de l'État. On suppose que cette contrainte
budgétaire doit être satisfaite dans tous les cas, ceci
étant réalisé de la façon suivante. En début de
période, un taux d'imposition t est choisi ; les
individus travaillent; les impôts sont collectés, puis
redistribués sous forme d'un transfert forfaitaire b.
L'ajustement se fait donc ex post sur le montant du
transfert forfaitaire. Le seul paramètre à choisir est
donc le taux d'imposition t, dont le mode de sélection
est décrit dans la sous-partie suivante.
La compétition électorale
Les individus étant caractérisés par des niveaux de
productivité différents, ils possèdent généralement
des préférences indirectes pour les politiques
fiscales différentes. Il n'y a en général pas unanimité
sur la politique à mener et donc sur le taux
d'imposition à choisir. On suppose que les conflits
d'intérêt entre les individus sont résolus
démocratiquement, par la tenue d'élections opposant
deux partis politiques. Les deux partis partagent le
même objectif : maximiser leur probabilité d'êtreélu.
À chaque période, le processus est le suivant. Les
deux partis proposent simultanément un taux
d'imposition (on notera t le taux proposé par le parti
j j j A B, { , }∈ ). Les électeurs votent pour l'un des deux
partis. Il n'y a pas d'abstention. Lorsque les deux
partis font des propositions différentes (t t≠ ),
A B chaque électeur vote pour le parti ayant fait la
proposition qui lui est la plus favorable. Lorsque les
deux partis font la même proposition (t t= ),
A B chaque électeur vote de manière équiprobable pour
chacun des partis. Le parti remportant le plus de voix
est élu et la politique qu'il a proposée est mise en
place. L'issue de la compétition électorale est prédite
en retenant pour couple de propositions (t t, )
A B l'équilibre de Nash, s'il existe, du jeu ainsi joué entre
les deux partis.
Chronologie
En résumé, à chaque période, la chronologie des
événements est la suivante :
-
Étape 1 :
- Les deux partis proposent simultanément un taux
d'imposition.
-
Étape 2 :
- Les électeurs, étant donné leurs croyances en ce
début de période, anticipent les conséquences
respectives de ces taux. L'information imparfaite sur
la composition de la société implique qu'ils ne
peuvent en général pas prévoir avec certitude les
conséquences de ces politiques. Ayant déterminé
l'utilité indirecte espérée que leur procurent ces taux,
ils votent pour l'un des deux partis.
-
Étape 3 :
- Le parti remportant le plus de voix est élu ; le taux
d'imposition qu'il a proposé durant la campagne sera
le taux effectif au cours de la période.
-
Étape 4 :
- Les individus choisissent leur offre de travail et les
impôts sont collectés. L'ensemble de l'argent ainsi
prélevé est entièrement redistribué sous forme de
transferts forfaitaires. Les individus consomment le
revenu dont ils disposent (revenu salarial net de
l'impôt sur le revenu et transfert forfaitaire).
-
Étape 5 :
- Les partis politiques comme les individus observent
la distribution des revenus salariaux bruts résultant
des décisions d'offre de travail prises à l'Étape 4. Ils
en extraient de l'information concernant la
distribution des types, information grâce à laquelle
ils révisent leurs croyances de manière bayésienne.
Les croyances ainsi révisées servent de croyances a
priori pour la période suivante.
Cette révélation d'information à chaque période a
pour conséquence essentielle que les préférences des
individus pour les différentes politiques fiscales
peuvent changer au cours du temps.
Propriétés du marché du travail et
information à la période courante
Le marché du travail est particulièrement important
dans ce modèle.
D'une part, les partis doivent évaluer les
conséquences, en termes de bien-être pour les
électeurs, des différentes politiques possibles. Ils
doivent pour cela anticiper leurs décisions d'offre de
travail.
D'autre part, puisque le marché de travail est l'unique
source d'information concernant la distribution des
types dans la société, il est important de connaître ses
propriétés "informationnelles".
On étudie les propriétés du marché du travail à la
période Ï„ ≥1. Lorsqu'il n'y a pas d'ambiguïté sur la
période considérée, comme dans les deux sections
suivantes, on omet l'exposant Ï„ caractéristique de la
période.
Choix de l'offre de travail
En début de période, les croyances concernant la
distribution des types sont caractérisées par les
probabilités
Ï€ Ï€= ∈( ( ): )
n n N
[5]. On détermine
d'abord l'offre de travail des différents types
d'individus lorsque le taux d'imposition
t est mis en
place.
Les individus choisissent leur offre de travail en
maximisant leur utilité, sous une contrainte
budgétaire. Au moment de choisir leur offre de
travail, ils ne sont pas sûrs du montant du transfert
qu'ils recevront en fin de période. Pour un taux
d'imposition t et des croyances Ï€ donnés, on note
b t n( , , )Ï€ la valeur du transfert forfaitaire attendue
après la mise en place du taux t si la distribution des
types est n.
Lorsque la distribution des types est n, un individu de
type k choisissant une offre de travail L atteint un
niveau de consommation ( ) ( , , )1− +t L b t n k θ Ï€.
Il n'y a pas d'incertitude sur les revenus du travail; la
seule incertitude porte sur le niveau du transfert
forfaitaire.
Il résout donc le programme d'optimisation suivant
[6]
(étant donnée la fonction d'utilité définie en (1)) :
Dans le programme (2) l'incertitude, via le terme
n'intervient que sous la forme d'une constante
additive ; ce programme s'écrit donc plus
simplement :
L'absence d'effet revenu dans les préférences
individuelles
[7] implique que toute l'incertitude,
absorbée par la consommation, n'affecte pas les
décisions individuelles d'offre de travail, qui sont
identiques à celles obtenues lorsque la distribution
des types est connue. En particulier, les offres de
travail ne dépendent que du type
k et du taux
d'imposition
t.
Notation 1
On note L t k ( )
l'offre de travail des individus de type k
lorsque le taux d'imposition est t ; il s'agit de la
solution du programme (3)
[8].
Remarque
L'offre de travail est une fonction continue du taux
d'imposition t. De plus, elle décroît avec le taux
d'imposition et croît avec la productivité. Plus
particulièrement, pour chaque type k, il existe un
taux d'imposition critique noté tk tel qu'un individu
de type k choisit de travailler si et seulement si le taux
d'imposition en vigueur t est strictement moins élevé
que ce taux critique tk.
En effet, il est facile de vérifier que :
où la fonction ( ')v−1 est croissante. Le taux critique
pour les individus de type k vaut :
Si ce taux critique est nul, les individus de type k ne
travaillent pas, quel que soit le taux d'imposition.
Proposition 2
Lorsque le revenu brut y t L t k k k ( ) ( )=θ est
strictement positif, il croît strictement avecletypek.
En effet, on a vu que l'offre de travail est faiblement
croissante avec la productivité. Le revenu brut étant
le produit de l'offre de travail par la productivité,
lorsqu'il est non nul, il croît strictement avec la
productivité.
Révélation de l'information
La proposition (2) a des conséquences immédiates
importantes en termes de révélation de l'information.
Conséquence 1 :
Dès lors qu'un individu travaille, son type peut être
déduit sans équivoque de son revenu salarial brut.
Conséquence 2 :
Si un individu travaille, tous les individus plus
productifs travaillent également. Inversement, si un
individu ne travaille pas, tous les individus moins
productifs ne travaillent pas non plus. Il existe donc,
pour chaque taux d'imposition t, un seuil critique de
productivité tel que tous les individus, et seulement
les individus, possédant une productivité au moins
égale à ce seuil critique travaillent.
Notation 3
On note k (t) le type correspondant à ce seuil critique
de productivité.
Formellement, k t k K L t k ( ) min ( { , ,..., }: ( )= ∈ >1 2 0
(si aucun typene travaille à ce taux, on pose k (t ) =0).
Conséquence 3 :
Lorsque le taux d'imposition t a été mis en place à une
période donnée, les nombres d'individus de type
supérieur à k t( ), à savoir les n n n k t k t K( )* ( )* *, ,..., +1, sont
connus avec certitude.
Ceci découle immédiatement des conséquences 1 et
2.
Remarque
Notons à ce stade que ce seuil critique k t( ) dépend
des préférences relative des individus pour la
consommation et le loisir. Comme le montre la
formule (4), qui explicite la valeur du taux critique t
k au-delà duquel les individus arrêtent de travailler, le
seuil critique k t( ) est d'autant plus grand que la
désutilité marginale de la première heure de travail
est élevée. En particulier, dans le cas extrême où
v’(0) = 0, c'est-à-dire où la désutilité marginale de la
première heure travail est nulle, tous les individus
choisissent de travailler (sauf en cas de productivité
nulle, ou de taux d'imposition égal 1 - ce qui
correspond à une confiscation totale des revenus du
travail). Dans ce cas, toute l'information pertinente
est révélée dès la première période.
On se place ici implicitement dans l'hypothèse
opposée où v’(0)>0, c'est-à-dire dans des cas où
même la première heure de travail est coûteuse. Ceci
revient à dire que le passage du statut de sans-emploi
à celui d'employé (en contrôlant évidemment pour
les niveaux de revenu associés) est coûteux en termes
d'utilité, par exemple parce qu'il faut se réhabituer à
des contraintes ou des horaires, ou gérer le problème
de la garde des enfants, etc.
Révision des croyances
La conséquence 3 permet d'expliciter le processus de
révision bayésienne des croyances. Si en début de
période Ï„, les croyances concernant la distribution
des types sont caractérisées par les probabilités
Ï€ Ï€ Ï„ Ï„ = ∈( ( ) : )n n N et que le taux d'imposition t est
mis en place, les croyances a posteriori en fin de
période Ï„, qui sont les croyances a priori en début de
la période suivante Ï„ +1, sont :
Les préférences individuelles indirectes
à la période courante
Comme il n'y a pas d'ambiguïté sur la période
considérée, on omet l'exposant relatif au temps dans
toute cette partie.
Définition des préférences individuelles
On suppose que les croyances en début de période
sont caractérisées par Ï€.
Préférences individuelles indirectes pour les
paramètres fiscaux
L'utilité indirecte espérée qu'un individu de type k
associe au taux d'imposition t est :
où b t n( , , )Ï€ est le transfert forfaitaire attendu après la
mise en place du taux t lorsque la distribution des
types est n et que les croyances initiales sont π.
La contrainte budgétaire de l'État
Ayant déterminé les offres de travail en 3.1, on peut
maintenant expliciter letransfert forfaitaire b t n( , , )Ï€.
Lo rsqu e la d istribu tion des ty pes es t
n n n nK = ( , ,..., ) 1 2, le revenu total collecté par k K=
l'État est
et donc
Notons que le niveau de transfert b t n( , , )Ï€ attendu
lorsque la distribution des typ es est
n n n n=( , ,..., ) ne dépend pas des croyances
K1 2 initiales. Ceci est une conséquence du fait (souligné
dans la première section de la deuxième partie) que
les offres de travail elles-mêmes ne dépendent pas
des croyances. Avec un léger abus de notation, on
note désormais b (t, n) ce niveau de tranfert :
Préférences individuelles indirectes pour le taux de
taxe
En reportant l'expression (6) dans (5), on obtient
l'utilité indirecte espérée pour un individu de type
k,
comme une fonction
[9] du seul taux de taxe
t et des
croyances
Ï€, notée
W t k ( , )
Ï€ :
La fonction qui à t associe W t k ( , )Ï€ est continue sur
l'intervalle [0,1] (puisque les offres de travail le
sont). Elle admet donc un maximum sur cet
intervalle. Dans le cas où cette fonction atteint son
maximum en plusieurs points, on suppose, ainsi que
cela a été stipulé dans la note 9, que l'individu préfère
le taux le plus bas. On peut alors introduire la
notation suivante :
Notation 4
On note t k( , )Ï€ le taux d'imposition préféré par un
individu de type k lorsque ses croyances sont π.
Propriété des préférences indirectes
Proposition 5
Les préférences individuelles W t k ( , )
Ï€ satisfont la
"Condition d'Intersection Unique"
[10] : si un individu
préfère t à t', avec t t≤ '
, alors les individus plus
productifs préfèrent aussi t à t'.
La preuve de cette proposition est donnée dans la
première section de l’appendice. Cette proposition
sera utile pour démontrer l'existence d'un équilibre
de Nash dans le jeu de compétition électorale, ainsi
que pour caractériser cet équilibre.
Compétition électorale à la période
courante
On omet l'exposant relatif au temps dans toute cette
section.
Déroulement du jeu
On rappelle que le jeu entre les partis est le suivant :
- les deux partis proposent simultanément un taux
d'imposition (on note t le taux proposé par le parti
j j j A B, { , }∈ ). L'objectif de chaque parti est de
maximiser sa probabilité d'être élu ;
- les électeurs votent pour l'un des deux partis. Il n'y a
pas d'abstention. Lorsque les deux partis font des
propositions différentes (t t≠ ), chaque électeur
A B vote pour le parti qui fait la proposition qui lui est le
plus favorable. Lorsque les deux partis font la même
proposition (t t= ), chaque électeur vote de
A B manière équiprobable pour chacun des partis ;
- le parti remportant le plus de voix est élu
[11]. La
politique proposée par le parti élu est mise en place.
On appelle ce jeu "compétition électorale en
information imparfaite".
Incertitude des partis
Les partis connaissent les préférences de chaque type
d'individus, définies par les fonctions indirectes
espérées (7). Lorsque les propositions sont (
t t, ),
A B avec
t t A B ≠, les partis savent avec exactitude quels
types vont voter pour le parti
A et quels types vont
voter pour le parti
B. Plus précisément, puisque les
préférences indirectes espérées satisfont la propriété
d'Intersection Unique (cf. Proposition 5), il va
exister un seuil de productivité critique, noté
k t t( , , )
Ï€, divisant en deux l'électorat. Les
A B individus de type inférieur ou égal à ce seuil votent
pour le parti proposant le taux d'imposition le plus
élevé, et ceux de type strictement supérieur votent
pour le parti proposant le taux d'imposition le plus
bas
[12].
Néanmoins, de l'incertitude subsiste sur le nombre
de voix que chacun des deux partis va remporter. En
effet, si les partis connaissent les décisions que
prendra un individu d'un type donné, ils ne
connaissent pas avec certitude les proportions des
différents types dans l'économie.
Les fonctions de gain des partis
On rappelle que l'objectif de chaque parti est de
maximiser sa probabilité d'être élu.
On note h t t A A B ( , , )Ï€ (resp ectivement
h t t B A B ( , , )Ï€ ) le gain du parti A (resp. du parti B ),
lorsque les croyances sont π et les propositions
( ,t t ). De façon évidente, les deux partis jouent un
A B jeu à somme constante égale à 1 :
Explicitons la fonction de gain du parti
A. Pour cela,
on introduit la notation suivante : pour toute
distribution
n, on note
méd n( ) le type médian sur la
distribution
n, c'est à dire l'unique
[13] type tel que :
et
Cas t t A B <. Lorsque les croyances sont π, les
individus de type k k t t A B =1 2, ,..., ( , , )Ï€ votent
pour le parti B et les autres votent pour le parti A. Le
parti A remporte l'élection si et seulement si la
distribution d es types n est tel le qu e
c'est-à-dire telle qu e
méd n k t t A B ( ) ( , , )> Ï€. On en déduit que la
probabilité que le parti A remporte l'élection est la
probabilité que le médian soit de type strictement
supérieur à k t t A B ( , , )Ï€.
On note pk ( )Ï€ la probabilité que le médian soit de
type k lorsqueles croyances sont π. Formellement,
Avec ces notations, la probabité que le parti A
remporte les élections vaut :
Cas t t A B >. De manière symétrique, le parti A
remporte l'élection si et seulement si la distribution
des types n est telle que méd n k t t A B ( ) ( , , )≤ Ï€. La
probabité que le parti A remporte les élections vaut
alors :
Cas t t A B =. Les individus votent de manière
équiprobable pour les deux partis et le parti A
remporte les élections avec une probabilité 1/2 :
Ceci achève la description
[14] de la fonction de gain
du parti
A.
Équilibre du jeu
On montre maintenant que ce jeu de compétition
électorale en information imparfaite possède un
unique équilibre de Nash.
Définition 6
On appelle "double médian quand les croyances ", et on note m( )Ï€, le type défini par :
où les pk ( )Ï€ sont définis en (8).
Pour interpréter ce concept de double médian, il
faut se souvenir que pk ( )Ï€ est la probabilité
espérée que le médian soit de type k lorsque les
croyances sont π. Ainsi,
estlaprobabilité
espérée que le médian soit de type supérieur ou
égal à
m, lorsque les croyances sont
Ï€. Le type
m( )
Ï€
est donc un type tel qu'il y a simultément plus d'une
chance sur deux pour que le médian soit d'un type
supérieur et plus d'une chance sur deux pour que le
médian soit d'un type inférieur
[15]. Ce concept de
double médian est déjà utilisé par Roemer (1997)
pour étudier un jeu de compétition électorale dans
lequel il y a une possibilité d'abstention pour les
électeurs, cette abstention n'étant pas prévisible
avec certitude par les partis.
Notons que l'identité de ce double médian dépend
des croyances des partis sur la composition de la
société, puisqu'entrent dans sa définition les
probabilités que le médian soit des divers types.
Dans le cas particulier d'u ne situation
d'information parfaite, c'est-à-dire pour les
croyances π* telles que
on peut noter que le double médian ainsi défini
m( ) * Ï€ coïncide avec le médian sur la vraie
distribution méd n( ) *. Mais ceci n'est pas
nécessairement le cas. Un contre-exemple est
fourni en appendice (deuxième section) qui
explicite en outre en détail le mode de calcul de ce
double médian.
Proposition 7
Le jeu de compétition électorale en information
imparfaite possède un unique équilibre de Nash. À
l'équilibre, les partis politiques proposent tous
deux letaux de taxe préféré par ledouble médian.
La preuve de cette proposition est donnée en
appendice (troisième section).
Dynamique et état stationnaire
Dynamique
Chaque période Ï„ est caractérisée par les croyances en
début de période (πτ ) et par le taux d'imposition
effectivement mis en place durant cette période, noté
tÏ„. La dynamique ( , )πτ ττ t≥1 est définie par
récurrence.
À la toute première période
Ï„ =1, les croyances
a priori
Ï€1 sont données par hypothèse ; elles peuvent être le
produit d'une histoire antérieure dont on ne cherche pas
à rendre compte ici. Le taux d'imposition mis en place
est celui que proposent les deux partis à l'équilibre de
Nash du jeu de compétition électorale
[16] :
Soit maintenant une période Ï„ ultérieure, caractérisée
par le couple ( , )tÏ„ Ï„ Ï€. Le couple caractérisant la
période suivante se déduit de la façon suivante.
Lorsque le taux tÏ„ est mis en place, les types supérieurs
à k t( ) Ï„, et seulement eux, choisissent de travailler.
Leurs proportions dans la société sont apprises avec
certitude et la révision de croyances se fait selon le
processus bayésien décrit en troisième section de la
deuxième partie :
À la période Ï„ +1, le taux d'imposition mis en place est
celui que proposent les deux partis à l'équilibre de Nash
du jeu de compétition électorale, quand les croyances
sont πτ+1 :
Remarque
Toute cette dynamique se déduit des seules croyances
initiales π1.
État stationnaire
Définition 8
On appelle état stationnaire un couple (Ï€éq éq t, ) tel que,
lorsque les croyances a priori sont Ï€éq :
(i) à l'équilibre de Nash du jeu de compétition
électorale, les deux partis proposent le taux
d'imposition téq,
(ii) les croyances a posteriori, après révision
bayésienne suite à la mise en place de taux
d'imposition téq, sont encore Ï€éq.
Proposition 9
L'économie converge vers un état stationnaire, qui
dépend des croyances intiales Ï€1. Cet état
stationnaire est atteint en, au plus, K périodes.
Preuve. Considérons la suite des ( ( ))k tττ≥1.
Rappelons qu'à la période ττ, ( )k t est le seuil de
productivité critique au-delà duquel les individus
travaillent. Comme cette suite est à valeurs dans
l'ensemble fini {0,1,2,...,K}, elle ne peut être
strictement décroissante. Notons Ï„c la première date
à laquelle k t k t c c ( ) ( ) Ï„ Ï„ ≥−1. (Il est utile de remarquer
ici que 2 ≤ ≤Ï„c K). Aucun individu ne passe de
l'inactivité à l'activité entre les dates Ï„c −1 et Ï„c,
donc aucune information nouvelle n'est obtenue
concernant la distribution des types entre ces deux
périodes. Par conséquent, les croyances a priori en
début de période Ï„c +1 sont identiques à celles qui
prévalaient en début de période Ï„c. Comme le taux
mis en place à chaque période ne dépend que des
croyances, les taux d'imposition aux périodes Ï„c +1
et Ï„c sont également identiques. Un raisonnement
par récurrence élémentaire montre que ( , )πτ Ï„c c t
constitue un état stationnaire.
Maintenant, en ce qui concerne la vitesse de
convergence du processus, comme Ï„c K≤, cet état
stationnaire est atteint en, au plus, K périodes.
La trappe "informationnelle" à
inactivité
L'objectif est de comparer le système fiscal à l'état
stationnaire, tel qu'il a été défini dans la partie
précédente, et le système fiscal qui aurait été choisi si
la distribution des types avait été connue avec
certitude dès le départ.
La situation d'information parfaite
Ce cas d'"information parfaite" est un cas particulier
du modèle présenté ici : il correspond simplement à
la situation dans laquelle, dès la première période, les
partis comme les électeurs attribuent une probabilité
égale à 1 à la véritable distribution des talents.
Formellement, il s'agit de la situation où les
croyances initiales sont π π 1 =* avec
Dans ce contexte d'information parfaite, l'état
stationnaire est naturellement atteint dès la première
période. On note t* le taux d'imposition proposé par
les partis politiques dans ce cas. On fait l'hypothèse
supplémentaire qu'à l'équilibre du jeu de
compétition électorale en information parfaite, au
moins 50% des individus travaillent (c'est à dire que :
L t méd n( *) * ( ) >0).
La trappe informationelle à inactivité
On peut à présent présenter le résultat principal.
Proposition 10
Quelles que soient les croyances initiales sur la
distribution des types,
(i) le taux d'inactivité à l'état stationnaire est
toujours au moins aussi élevé qu'en situation
d'information parfaite,
(ii) le taux d'imposition à l'état stationnaire est
toujours au moins aussi élevé qu'en situation
d'information parfaite,
(iii) le revenu total généré dans l'économie à l'état
stationnaire est au plus égal à celui généré en situation d'information parfaite.
L'intuition économique est relativement simple. Les
préférences des individus et le marché du travail sont
tels que la capacité des individus les plus productifs
est découverte en priorité. Par conséquent, à l'état
stationnaire, il n'est pas possible de surestimer le
haut de la distribution des types. Par contre, il y a un
risque de se tromper sur la distribution des types
parmi les électeurs qui n'ont jamais travaillé. Or ces
erreurs d'estimation, si elles ont lieu, ne peuvent
avoir lieu que dans un seul sens, celui d'un
pessimisme excessif. En effet, si les partis et les
individus étaient trop optimistes sur les capacités des
individus sans emploi, ils choisiraient des taux
d'imposition plus bas, afin de limiter les effets
désincitatifs. Ils corrigeraient alors leurs erreurs
d'estimation. En revanche, il est tout à fait possible
qu'à l'état stationnaire ils demeurent excessivement
pessimistes. En effet, s'ils sont excessivement
pessimistes, ils ne verront pas l'intérêt de mettre en
place des politiques favorisant l'accès à l'emploi, et
ils n'auront donc pas l'occasion de réviser leurs
croyances erronées. La preuve complète de la
proposition est donnée en appendice. Elle ne fait
essentiellement que formaliser et démontrer plus
rigoureusement les arguments exposés ici.
Ce résultat met en évidence l'existence potentielle
d'une trappe à inactivité de nature purement
informationnelle, dûe au fait que l'acquisition
d'information sur la société est endogène au
processus de décision politique et économique,
lequel dépend lui-même de la qualité d'information
dont dispose la société sur elle-même.
Ce résultat propose une comparaison qualitative
entre la politique retenue en information incomplète
et celle qui serait choisie en situation d'information
complète. Il ne permet pas de quantifier la taille
effective de cette trappe à inactivité. Dans un
contexte d'information imparfaite, quand on est à
l'état stationnaire, on sait certes que le taux
d'imposition et le taux de non-emploi sont au moins
aussi élevés que ce qu'ils seraient si on connaissait
parfaitement la distribution des talents. Mais on ne
dispose pas de moyens de connaître la différence
quantitative effective qui existe entre ces taux. Il est
cependant possible d'estimer la taille potentielle
maximale de cette trappe à inactivité. Pour cela, étant
donné le taux de non-emploi observé à l'état
stationnaire, on peut calculer l'état stationnaire
correspondant à diverses croyances plus ou moins
optimistes sur la répartition des talents compatibles
avec ce taux de non-emploi. En comparant les
politiques associées à ces divers états stationnaires,
on peut alors avoir une idée de la taille potentielle de
la trappe à inactivité et du biais de sur-imposition. Un
tel exercice est réalisé dans Van der Straeten (2000,
chapitre 3) : des micro-simulations sur données
françaises suggèrent que la différence potentielle
entre taux marginaux d'imposition en information
complète et en information incomplète peut
atteindre 5 ou 6 points, ce qui constitue également
l'ordre de grandeur de la différence potentielle entre
les taux d'emploi.
Si, comme cela vient d'être noté, la connaissance des
seules croyances et politique d'état stationnaire ne
permet pas d'accéder à la taille effective de la trappe à
inactivité, il existe en revanche un moyen certain de
réduire cette trappe. Supposons qu'une fois l'état
stationnaire atteint on dispose, de manière exogène
au processus d'apprentissage décrit dans le modèle,
d'informations supplémentaires concernant le talent
des individus sans emploi. Ces informations
complémentaires peuvent par exemple provenir
d'enquêtes ou de sondages réalisés auprès de ces
individus. Dans ce cas, ces nouvelles informations
peuvent se révéler incompatibles avec les croyances
qui prévalaient alors et déclencher un nouveau
processus d'apprentissage et d'ajustement, qui
convergera vers un nouvel état stationnaire. On peut
alors être sûr qu'à ce nouvel état stationnaire le taux
d'emploi sera au moins aussi élevé que ce qu'il était à
l'état stationnaire précédent (par des arguments et
une intuition exactement similaires à ceux de la
proposition 10).
Ainsi, se restreindre à la seule information générée
par le marché du travail peut conduire à des
inefficacités et au sous-emploi. Ceci peut être
combattu en mettant en place d'autres moyens
d'acquisition directe d'information sur les
qualifications ou les talents des individus sans
emploi.
Pour conclure, on revient sur les hypothèses relatives
aux partis politiques et au processus de décision en
général, puis on discute d'autres applications
éventuelles des résultats obtenus.
Le processus de décision
On a supposé que les partis politiques ont les mêmes
croyances que les électeurs concernant la
composition de la société. Il est possible de relâcher
cette hypothèse et de supposer que les partis ont tous
les deux les mêmes croyances, mais que ces
croyances ne coïncident pas avec celles des
électeurs. Si les partis connaissent les croyances des
électeurs, ils restent toujours capables d'évaluer les
préférences de ces derniers pour les diverses
politiques fiscales. Simplement, à chaque période,
au lieu de proposer à l'équilibre la politique préférée
par le double médian pour les croyances des
électeurs, ils proposent tous deux la politique
préférée par le double médian pour leurs propres
croyances.
De manière plus générale, on a supposé ici que la
décision était prise démocratiquement par la tenue
d'élections opposant deux partis politiques. En fait,
le résultat général concernant la trappe à inactivité
est relativement indépendant du mode exact de
décision, comme le suggère l'intuition donnée dans
la sixième partie. Il demeure sous d'autres
hypothèses concernant le processus de décision
collective. En particulier, dans Van der Straeten
(2000, chapitre 2), il est montré que le résultat reste
vrai lorsque les décisions de politiques fiscales sont
prises par un planificateur central, qui maximise une
somme pondérée des utilités individuelles. Le
résultat démontré dans ce cadre est dans un sens plus
général que celui présenté ici, car il subsiste même
quand le planificateur intègre dans son objectif les
conséquences en termes d'informations de la
politique retenue et qu'on ne contraint pas le système
fiscal à être linéaire.
Applications au choix des politiques de santé ou
d'éducation
Le cadre proposé pourrait peut-être être adapté à
l'étude d'un certain nombre d'autres décisions de
politique publique.
Dans le modèle étudié ici, la décision d'un individu
de travailler ou non dépend de sa productivité
(inobservable) et de la fiscalité pesant sur les revenus
du travail. Dès lors qu'un individu travaille, l'État
peut découvrir sa productivité. Par conséquent, l'État
connaît la distribution des productivités au sein des
individus qui ont travaillé par le passé, mais ne peut
disposer que d'une information imparfaite sur les
capacités productives de populations n'ayant encore
jamais participé au marché du travail. Il a été montré
que ceci induisait u n biais vers une
sous-participation au marché du travail. Un tel
mécanisme peut en fait se retrouver dans de
nombreux problèmes d'économie publique.
Prenons pour commencer l'exemple, en économie de
la santé, du choix des paramètres d'une assurance
maladie publique : taux de cotisation et montant des
remboursements. Là encore, la décision d'un
individu d'engager ou non des dépenses de santé, en
particulier pour les soins ambulatoires, dépend de
caractéristiques privées inobservables (antécédents
médicaux ou état général de santé qui définissent, de
manière très générale, un "goût" pour la santé) et de
la couverture proposée (qui affecte le prix des soins).
En supposant que lorsqu'un individu engage des
dépenses de santé, il est possible d'inférer son "goût"
pour la santé, les résultats suggèrent que la
connaissance imparfaite de l'état sanitaire de la
population - et donc des demandes individuelles de
soins
[17] - peut conduire à adopter un système de
couverture maladie impliquant un accès aux soins
moindre que celui qui aurait été adopté si la
distribution de ces demandes avait été connue au
départ avec précision.
Une autre application pourrait être, en économie de
l'éducation, le choix du montant des subventions à
accorder à l'école publique (qui affectent le coût de la
scolarité) ou celui du montant des investissements à
réaliser pour augmenter la qualité de l'enseignement
dispensé. La décision d'envoyer ou non un enfant à
l'école peut dépendre du capital humain des
parents
[18] et du coût (ou de la qualité) de
l'enseignement scolaire. L'intuition suggère là
encore que si la distribution du capital humain parmi
les adultes est mal connue, l'État peut être amené à
sous-investir dans l'éducation. Les applications aux
pays en voie de développement pourraient être
particulièrement intéressantes, pouvant en
particulier contribuer à expliquer les trappes de
sous-développement.
Ce ne sont là que des intuitions, qui mériteraient peut
être d'être développées dans des modèles
spécifiquement adaptés.
Preuve de la Proposition 5
[19]
Soit deux types k k K, ' { , ,..., }∈ 1 2 et deux taux
d'imposition t t t t, ' [ , ], '∈ ≥0 1, tels qu'un individu
de type k préfère (au sens large) le taux t au taux t'. On
va montrer qu'alors un individu de type k'préfère (au
sens large) également t à t'.
L'utilité indirecte espérée pour un individu de type k,
ayant pour croyances π, lorsque le taux d'imposition
est t vaut :
où b t n( , ) est défini en (6). D'après le théorème de
l'enveloppe, on en déduit que :
Mais d'après la Proposition 2, le salaire brut θ L est
k k une fonction croissante de la productivité et donc la
quantité
θk ktt L s ds '( ) ∫croît avec le type. Par
co nséq uen t, on en déd uit q ue si
W t W t( , ) ( ', )Ï€ Ï€− ≥ 0, alors pour tout type k', avec
k k k k'≥, on a également W t W t k' '( , ) ( ', )Ï€ Ï€− ≥ 0.k
Ceci démontre le résultat souhaité.
Exemple de calcul du double médian
Soit la situation très simple suivante, qui n'a qu'une
vocation illustrative et ne vise nullement à une
description réaliste de la composition de la société ou
des croyances qu'entretiennent les individus sur
cette composition.
La société est composée de 100 individus (N =100)
répartis en quatre types distincts (K = 4), selon leur
productivité qui peut prendre les quatre valeurs
θ θ θ θ, , ,. En réalité, les individus sont répartis
1 2 3 4 entre ces quatre types selon ladistribution suivante :
Le médian sur la vraie distribution n* est donc
méd (n*) = 2 (puisque n n 1 2 50 * * + > et
n n n 2 3 4 50 * * * + + > ).
Considérons maintenant trois systèmes de croyances
différents.
Exemple 1
Premièrement, considérons le cas d'information
parfaite, ce qui correspond aux croyances π* telles
que
Ï€* ( )n =1 Si n n=*, et
Ï€* ( )n = 0 sinon.
Dans ce cas,
Donc
m( ) * Ï€ = 2 (puisque p p p 2 3 4 1 2( ) ( ) ( ) / * * * Ï€ Ï€ Ï€+ + ≥
et p p 3 4 1 2( ) ( ) / * * π π+ <; on retrouvebien le fait que
m méd nm(Ï€*)=méd(n*).
Exemple 2
Deuxièmement, considérons les croyances Ï€
suivantes :
Ï€ (25,30,25,20) = 0,2 (=Ï€(n*)),
Ï€ (30,25,25,20) = 0,25,
Ï€ (20,25,30,25) = 0,3,
Ï€ (25,20,30,25) = 0,25,
et Ï€( )n =0 pour toute distribution n différente des
quatre distributions ci-dessus. On peut calculer le
médian sur chaque distribution des types qui a reçu
une probabilité d'occurrence non nulle dans les
croyances π :
méd (25,30,25,20) = 2,
méd (30,25,25,20) = 2,
méd (20,25,30,25) = 3,
méd (25,20,30,25) = 3.
On en déduit les probabilités que le médian
appartienne aux différents types :
et donc, comme p p 3 4 1 2( ) ( ) /Ï€ Ï€+ ≥ et p4 1 2( ) /Ï€ ≥
Cet exemple montre que le double médian n'est pas
nécessairement égal au médian sur la vraie
distribution.
Enfin, il n'est pas non plus nécessaire que les
croyances soient dégénérées au point que l'on soit en
information parfaite (comme dans le cas de
l'exemple 1) pour que le double médian corresponde
au médian sur la véritable distribution, ainsi que le
montre l'exemple suivant.
Exemple 3
Considérons les croyances Ï€'suivantes :
Ï€'(25,30,25,20) = 0,3 (=Ï€'(n*)),
Ï€'(30,25,25,20) = 0,25,
Ï€'(20,25,30,25) = 0,2 ,
Ï€'(25,20,30,25) = 0,25,
et Ï€'( n ) = 0 pour toute distribution n différentes des
quatre distributions ci-dessus. Les probabilités que
le médian appartienne aux différents types valent :
et donc :
Preuve de la Proposition 7
La preuve de la proposition repose sur les trois
lemmes suivants.
Lemme 11 ∀ ≠t t t t A B A B, , si le double médian
quand les croyances sont Ï€ préfère tA à tB, alors
h t t A A B ( , , ) /Ï€ >1 2.
Preuve. Soit tA et tB deux taux distincts, tels que le
double médian quand les croyances sont Ï€préfère tA
à tB.
Si tA > tB,
si
et
si
Or, puisque le double médian préfère t à t, c'est
AB que k t t m( , , ) ( )π π< et do nc
A B k t t m A B ( , , ) ( )Ï€ Ï€+ ≤1. Par définition du double k K=
médian,
et donc
Ainsi h t t A A B ( , , ) /Ï€ >1 2.
Si tA < tB,
si
et
Or, puisque le double médian préfére t à t, c'est
AB que k t t m A B ( , , ) ( )Ï€ Ï€≥. Par définition du k m=(Ï€)
double médian,
et donc
Lemme 12. À l'équilibre, les deux partis font la même
proposition.
Preuve. On suppose par l'absurde que les deux partis
font à l'équilibre deux propositions distinctes :
t t≠. Alors, par définition des préférences
A B indirectes espérées (voir (7) et la note 9), le médian
préfère strictement l'un des deux. On peut supposer
sans perte de généralité qu'il s'agit de t. Alors,
A d'après le lemme 11, puisque la somme des gains des
deux partis vaut 1, h t t B A B ( , , ) /Ï€ <1 2. Mais le parti B
pourrait obtenir un gain égal à 1/2 en proposant
t (puisque les deux partis gagnent alors avec une
A probabilité 1/2), il a donc un intérêt strict à dévier, ce
qui contredit le fait que (tA, tB ) soit un équilibre de
Nash.
Lemm e 13. Le cou ple de propo sitions
( ( ), ), ( ( ), )t m t mÏ€ Ï€ Ï€ Ï€ est un équilibre de Nash du
jeu de compétition électorale.
Preuve. Pour alléger les notations on note t ( )Ï€ le
point t m( ( ), )π π. Si un des partis, par exemple le parti
A, propose le point préféré par le double médian
( ( ))t t A = Ï€, alors le parti B possède une unique
meilleure réponse, qui consiste à proposer également
t ( )Ï€. En effet, s'il propose t ( )Ï€, il obtient comme gain
h t t( ( ), ( ), ) /π π π =1 2, tandis que s'il propose
B t t≠ ( )Ï€, puisque t( )Ï€ est préféré à t par le double
BB médian, il obtient d'après le lemme 11 un paiement
h t t B B ( ( ), , ) /π π <1 2.
On peut maintenant donner la preuve de la
proposition 7.
Le lemme 13 établit le fait que ( ( ), ( ))t tÏ€ Ï€ est un
équilibre de Nash. On montre maintenant qu'il est le
seul, en supposant par l'absurde qu'il existe un autre
équilibre. D'après le lemme 12, il est de la forme
($, $t t) avec $ ( )t t≠ Ï€. À cet équilibre, les deux partis
gagen t avec u ne pro bab ilité
1 2 1 2/ : ($, $, ) ($, $, ) /h t t h t tÏ€ Ï€= =. Mais, d'après le
A B lemme 11, chaque parti a un intérêt strict à dévier en
proposant le taux d'imposition préféré par le double
médian, t ( )Ï€, ce qui contredit le fait que ($, $t t), avec
$ ( )t t≠ Ï€, soit un équilibre de Nash
Preuve de la Proposition 10
Soient π1 des croyances initiales quelconques
concernant la distribution des types au sein de la
société et (Ï€éq éq t, ) l'état stationnaire associé. On a
noté t* le taux d'imposition proposé par les partis
politiques lorsque la distribution des types est
connue avec certitude (c'est-à-dire lorsque les
croyances sont π* ). L'objectif est de montrer que :
t t éq ≥*. En effet, l'emploi et le revenu total dans
l'économie étant des fonctions décroissantes du taux
d'imposition, les résultats concernant le taux
d'inactivité et le montant de richesses produites
suivent imméd iatemen t celui sur le taux
d'imposition.
L'essentiel de la démonstration repose sur le fait qu'à
l'état stationnaire les électeurs sont capables de
parfaitement prévoir les conséquences en termes de
bien-être d'une hausse du taux de taxe, mais pas
celles d'une diminution de ce taux. En effet, si, à
partir de l'état stationnaire, on augmente le taux de
taxe, seuls des individus déjà actifs sur le marché du
travail sont susceptibles de travailler. Comme leurs
proportions dans l'économie sont connues, les
conséquences économiques d'une hausse sont
parfaitement prévisibles, donc ses conséquences en
termes de bien-être le sont aussi :
Ceci étant établi, on suppose maintenant par
l'absurde que
t t éq <
*. Puisque
t* est proposé en
information parfaite par les partis, c'est que le
véritable médian le préfère
[20] à
téq :
Puisque téq est proposé par les partis à l'état
stationnaire, c'est que le double médian lorsque les
croyances sont Ï€éq le préfère à t* :
Comme t t éq <* et que l'on a fait l'hypothèse que
lorsque le taux d'imposition est t*, le médian sur la
vraie distribution choisit de travailler, le véritable
médian choisit également de travailler à l'état
stationnaire. Par conséquent, son type est connu :
m m méd n éq ( ) ( ) ( ) * * Ï€ Ï€= =.
En utilisant cetteremarque, l'inégalité (11) devient :
Or, d'après (9), comme t téq* ≥,
En reportant (13) et (14) dans (12), on obtient :
ce qui contredit l'inégalité (10) et achève la
démonstration.
Commentaire sur la proposition 10
On a supposé (cf. la définition 1) que les préférences
des individus pour la consommation et le loisir sont
quasi-linéaires dans la consommation. Ceci exclut
l'existence d'effet revenu et garantit que les offres de
travail dépendent du seul taux de salaire net, et non
du montant du transfert forfaitaire. On peut se
demander si le résultat de biais vers une
sur-imposition se généralise aisément au cas où l'on
autorise un effet revenu. Il semble que celane soit pas
le cas. En effet, introduire un effet revenu peut poser
des difficultés à différents endroits : il faudrait
d'abord introduire des conditions supplémentaires
garantissant que le revenu brut est une fonction
croissante de la productivité et qu'un équilibre du jeu
de compétition électorale existe toujours. Mais outre
ces difficultés que l'on pourrait qualifier de
techniques, la preuve de la proposition suggère que
des obstacles plus fondamentaux sont sur le chemin.
En effet, la preuve repose en grande partie sur le fait
qu'à l'état stationnaire les électeurs sont capables de
parfaitement prévoir les conséquences en termes de
bien-être d'une hausse du taux de taxe. Plus
précisément, les conséquences anticipées coïncident
exactement avec ce qu'elles auraient été en
information parfaite :
Or ceci cesse d'être le cas lorsqu'on autorise un effet
revenu, puisque les offres de travail dépendent
maintenant des croyances.
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