2002
Économie et Prévision
Combinaison des instruments prix et quantités dans le cas de l’effet de serre
Boris Cournede
[(*)]
Sylviane Gastaldo
[(**)]
En situation d’incertitude sur les coûts marginaux de dépollution, un marché de droits à polluer ne permet pas de traiter
efficacement le risque de coûts. L’article présente un instrument mixte qui encadre le prix de marché par un plancher à
l’aide de subvention et par un plafond grâce à une taxe libératoire. L’instrument optimal est calculé dans un cas analytique.
Compte tenu des raisons qui militent contre les subventions, un instrument asymétrique taxe-plafond sans prix plancher
est introduit et l’optimum est déterminé. Il apparaît que les instruments mixte et asymétrique sont particulièrement
adaptés aux spécificités du changement climatique. D’autres possibilités de combinaison entre taxes et permis sont
également examinées.Mots-clés :
effet de serre, permis négociables, environnement, économie publique, incitation.
Under uncertainty regarding marginal abatement costs, a market for pollution rights is not efficient in dealing with cost
risks. The paper presents a hybrid instrument in which the market price is bounded by a floor price via a subsidy and a cap
price via a tax. The optimal instrument is computed in an analytical case study. In light of arguments against subsidies, an
asymmetric instrument with a tax cap and no price floor is introduced and the optimum is determined. Hybrid and
asymmetric instruments are seen to be particularly appropriate to the specific nature of climate change. Other possible
combinations of taxes and permits are also examined.Keywords :
greenhouse gas emissions, negotiable permits, environment, public economics, incentives.
Les auteurs tiennent à remercier deux relecteurs anonymes, ainsi que D. Ellerman, M. Glachant, O. Godard, A. Lepas, C. Philibert, N.
Riedinger et G. Venet pour leurs commentaires sur une précédente version.
En situation d’incertitude sur les coûts marginaux de dépollution, un marché de droits à polluer
ne permet pas de traiter efficacement le risque de coûts. L’article présente un instrument mixte
qui encadre le prix de marché par un plancher à l’aide de subvention et par un plafond grâce à
une taxe libératoire. L’instrument optimal est calculé dans un cas analytique. Compte tenu des
raisons qui militent contre les subventions, un instrument asymétrique taxe-plafond sans prix
plancher est introduit et l’optimum est déterminé. Il apparaît que les instruments mixte et
asymétrique sont particulièrement adaptés aux spécificités du changement climatique.
D’autres possibilités de combinaison entre taxes et permis sont également examinées.
Le contexte de la lutte contre l’effet de
serre remet à l’honneur la question de la
combinaison des instruments
économiques
Les engagements quantitatifs adoptés lors du
protocole de Kyoto en matière d’émission de gaz à
effet de serre ont été assortis de possibilités
d’échange des quotas entre gouvernements
[1]. Ce
marché des quotas d’émission des gaz à effet de serre
pourrait s’ouvrir à d’autres entités. Un État, qu’il
respecte son engagement initial, ou qu’il l’amende
grâce au commerce de permis d’émissions
négociables (PEN), doit faire respecter ses
engagements par ses résidents. Il peut alors utiliser la
panoplie habituelle : réglementations diverses,
accords volontaires ou instruments économiques
tels que la fiscalité ou même l’organisation d’un
marché de PEN.
Les conférences des Parties à la convention cadre sur
les changements climatiques et les accords de Bonn
(juillet 2001) puis de Marrakech (novembre 2001)
ont précisé les conditions de fonctionnement des
échanges de permis. La présente analyse se place
résolument dans l’hypothèse où les échanges des
PEN sont organisés dans des conditions telles que
l’on a un marché
[2] international organisé et
efficace
[3]. La compatibilité entre systèmes fiscaux
(instrument en prix) et PEN (instrument en quantité)
se pose alors au niveau national comme au niveau
international.
Cet article explicite la construction d’un instrument
économique qui combine fiscalité et PEN au sein
d’une même entité géographique, un pays ou un
groupe de pays par exemple. Ce type d’outil garde les
propriétés d’un instrument économique, à savoir que
ce sont les mesures de lutte contre la pollution les
plus rentables qui sont entreprises en priorité. De
plus, il évite le risque d’envolée des prix sur le
marché des PEN, mais au prix d’un éventuel
dépassement du seuil de pollution que l’on voulait
respecter.
Une combinaison des instruments prix
et quantités est envisageable, et a été
décrite par Roberts et Spence dès 1976
L’association des deux instruments au sein d’une
même zone permet d’encadrer le prix sur le
nouveau marché
Les permis peuvent s’accompagner d’une taxe et de
subventions
Selon une idée de Roberts et Spence (1976), qui est
rapidement exposée dans Baumol et Oates (1988) et
reprise et adaptée au contexte de l’effet de serre dans
Pizer (1997) et Gastaldo (1998), il est possible de
combiner les deux instruments. Cette combinaison
se traduit par l’adjonction de prix plancher et plafond
au système de permis. Cette association est utile dans
le cas où l’autorité publique connaît mal les coûts de
dépollution.
En effet, si la puissance publique met en place un
marché de permis en limitant la quantité totale de
pollution à q, un prix p(q) s’établit sur le marché. Le
régulateur autorise par ailleurs un pollueur à émettre
au-delà des permis qu’il détient, mais ce
déversement est taxé au taux t. Ou, de façon
équivalente-du moins sur le plan formel-, le
régulateur n’autorise pas à polluer plus que le
nombre de permis détenus et tout manquement est
sanctionné au prix t par unité de pollution non
autorisée. Inversement, le régulateur reprend au taux
s tout permis non utilisé. Cela permet de maintenir
une incitation à toute mesure de dépollution dont le
coût à la marge est inférieur à s. L’instrument utilisé
est donc caractérisé par la donnée de (q, s, t).
La connaissance des coûts de dépollution est
asymétrique
Chargée de prendre en compte les dommages à
l’environnement, la puissance publique est supposée
connaître la courbe de dommage marginal. Ou, plus
exactement, le régulateur dispose d’une courbe de
dommage marginal de référence
[5].
Encadré : le contexte des négociations internationales sur l’effet de serre
À la Conférence de Rio de Janeiro (juin 1992), les États ont
refusé de s’accorder sur l’usage d’un instrument
économique, à savoir la fiscalité, et la négociation s’est
transformée en discussion quantitative sur les émissions de
chaque pays. Autrement dit, d’un régime où le droit à
rejeter des gaz à effet de serre et donc à modifier le climat
était gratuit et illimité, on est passé à une situation où le
droit de chaque pays à émettre ces gaz est borné. Mais cette
répartition des droits n’est pas efficace (au sens
économique du terme, à savoir minimiser le coût total de la
lutte contre la pollution). Aussi, l’introduction de
possibilités d’échanges de ces droits apparaît comme le seul
moyen de rendre le système plus efficace économiquement,
au sens où les transactions de permis vont privilégier les
actions et les mesures les moins coûteuses de lutte contre
les émissions.
Le recours à un marché de droits déconnecte les allocations
initiales -à déterminer selon des critères d’équité- et finales
-déterminées par l’efficacité économique-. L’allocation
initiale conditionne cependant les impacts redistributifs et
doit être établie sur des bases objectives. L’allocation
initiale décidée par le protocole de Kyoto (1997) est un
objectif quantitatif, établi en référence aux émissions de
1990, et présente un caractère arbitraire. On peut imaginer
que soit développé ultérieurement un moyen de distribuer
les quotas initiaux en fonction d’une règle générale
(fonction des émissions, du PNB, du nombre d’habitants,
par exemple). La répartition finale des permis s’appuie,
elle, sur les coûts marginaux de réduction (idéalement, elle
les égalise), variable qui n’est ni directement ni simplement
observable.
Le protocole de Kyoto a abouti tout d’abord à une
répartition des quantités d’émissions autorisées sur la
période 2008-2012 entre les pays industrialisés. De leur
côté, les pays en développement sont autorisés à émettre
des gaz à effet de serre sans aucune limite. Les quotas sont
formulés en pourcentage des émissions intervenues en
1990. Six gaz sont concernés et les objectifs sont spécifiés
en équivalents d’émission de CO2. Cet accord quantitatif de
répartition initiale peut s’interpréter comme une
distribution gratuite aux gouvernements de PEN. Le
protocole de Kyoto prévoit en effet des mesures d’échange
de ces permis, dont les conférences de Bonn (juillet 2001) et
de Marrakech (novembre 2001) ont précisé les modalités
d’application. Il s’agit notamment des pénalités et des
sanctions qui sont un point absolument essentiel pour
garantir un bon fonctionnement du marché. S’il n’est pas
coûteux de se trouver en infraction, aucun pays n’aura
financièrement intérêt à respecter ses engagements. Les
accords de Bonn-Marrakech prévoient à ce sujet qu’un
pays ayant émis au-delà des PEN détenus verra son
allocation subséquente réduite d’un montant égal aux
émissions excédentaires majorées d’une pénalité de 30 %.
On trouvera ci-après les articles du protocole évoquant les
échanges de droits :
Articles 3.1 et 4 : les pays peuvent, au moment de la
ratification du protocole de Kyoto, définir une bulle, au
sens où un groupe de pays s’engagent solidairement à
respecter l’engagement quantitatif global et se réservent
donc le droit de répartir leurs engagements nationaux de
façon différente. Au Conseil Environnement de juin 1998,
l’Union européenne a ainsi adopté une répartition
intracommunautaire de l’effort qui n’est pas égalitaire en
termes de pourcentages de réduction par référence à 1990.
Chaque État membre se trouve ainsi doté d’une cible
particulière, qui a été choisie en fonction des possibilités
nationales de réduction et d’un compromis politique.
Article 3.13 : possibilité, pour les Parties de l’annexe I
[4],
de mise en réserve des quotas d’émission non utilisés sur la
période 2008-2012. Autrement dit, l’épargne est autorisée,
mais pas l’emprunt; les transferts temporels ne se font que
dans un seul sens.
Article 6 : des crédits d’émission peuvent être attachés à
des projets, sous certaines conditions. Les pays de l’annexe
I peuvent échanger ces crédits, mais peuvent aussi, sous
leur responsabilité, autoriser des personnes morales (legal
entities) à participer aux actions relatives à l’obtention et
au transfert des réductions d’émission obtenues par ces
projets. Ce mécanisme est baptisé mise en œuvre
conjointe.
Article 12 : le mécanisme de développement propre
autorise, sous certaines conditions, les parties de l’annexe I
à réaliser des réductions “additionnelles” d’émission dans
les pay s ho rs anne xe I (en gros, l es p ays e n
développement), plutôt que sur leur territoire national. Ces
crédits pourront être acquis dès la période 2000-2007 et
utilisés sur la période 2008-2012.
Article 17 : le commerce des quotas d’émission entre
Parties de l’annexe B est autorisé.
En revanche, les coûts marginaux de dépollution
sont intrinsèquement liés à l’organisation
productive. Pour cette raison, l’industrie connaît la
courbe des coûts marginaux de dépollution tandis
que les pouvoirs publics ne disposent que d’une
estimation sous la forme d’une loi de probabilité de
support borné
[6]. Le modèle suppose que l’aléa
considéré porte sur l’industrie prise dans son
ensemble
[7].
Le producteur ajuste son effort de dépollution entre
les niveaux s et t
À l’aide d’un graphique, il est possible de décrire les
réactions d’un pollueur face à l’instrument combiné
(q, s, t) que le régulateur aura imposé. Le pollueur
connaît la position exacte de sa courbe de coût
marginal de dépollution et agit en conséquence :
- si le coût marginal de dépollution en q est plus élevé
que t, le régulateur a fixé une quantité q trop réduite,
mais le prix sur le marché de droits ne dépassera pas t,
puisque le pollueur va préférer payer la taxe au taux t.
La pollution finale est en qt, qui est plus proche du
vrai optimum que q. Le niveau de pollution ne peut en
aucune situation être inférieur à qt;
- si le coût marginal de dépollution en q est plus
faible que s, le régulateur a fixé une quantité q trop
laxiste, mais le prix sur le marché de droits ne
descendra pas en dessous de s, puisque le pollueur
préférera recevoir s pour chaque permis inutilisé. La
pollution finale est en qs, qui est plus proche du vrai
optimum que q. Grâce au plancher de prix s, le niveau
de pollution ne peut en aucun cas excéder qs;
- si le coût marginal de dépollution en q est
strictement compris entre s et t, c’est-à-dire si q se
trouve dans l’intervalle ] [ q q t s,, alors le pollueur
déversera à hauteur de q.
L’adjonction au prix d’un plafond et d’un plancher
limite les conséquences d’une mauvaise
détermination de la quantité à allouer et préserve l’efficacité productive du marché de droits.
Les conséquences du choix de l’instrument
s’observent
ex post. Une fois que le prix s’est fixé,
l’incertitude est résolue
[8]. Si la quantité
q proposée
au départ est trop faible, le prix du marché de droits
plafonne à
t. Inversement, si cette quantité est trop
forte, le prix du marché de droits ne peut être
inférieur à
s. Si, enfin, la quantité
q proposée est
raisonnable, l’industrie polluante fait face à un
marché de droits habituel. En fait, chaque fois que le
marché de droits aurait donné des performances
médiocres et que le prix d’échange se serait envolé
ou effondré, l’instrument combiné permet de
basculer dans un régime de taxation ou de
subvention. Le prix sur le marché de droits ne peut
sortir de la fourchette [ , ]
s t et la quantité de pollution
ne sort pas de l’intervalle [ ]
q q v s.
Comme tous les pollueurs ont la même incitation
marginale à lutter contre la pollution, ils
entreprennent spontanément toutes les mesures de
dépollution dont le coût à la marge est inférieur à ce
prix et l’on retrouve l’efficacité de la répartition de
l’effort de dépollution.
Grâce à cet instrument, le régulateur sait a priori que
l’effort de dépollution sera encadré et que le niveau de
pollution demeurera à l’intérieur d’un intervalle
Pour un instrument (
q,
s,
t) donné
[9], le prix
d’équilibre vérifie dans tous les cas
s p q t≤ ≤( ). En
effet, si
p t>, personne n’achète de permis puisqu’il
revient moins cher de payer la taxe
t et donc le prix
des permis baisse. De même, si
p s<, tout le monde
souhaite acheter des permis pour les revendre au
régulateur, donc il n’y a plus d’offre sur le marché de
droits et le prix des permis augmente.
La quantité de pollution déversée est elle aussi
bornée a priori. Pour chaque réalisation ω de
l’événement aléatoire, la quantité effective est
comprise entre qt ( )ω et qs ( )ω. Par conséquent, le
régulateur sait a priori que la pollution s’établira à un
niveau compris dans l’intervalle [ , ] min max q q où
et
L’instrument mixte optimal fait mieux que la taxe
pigouvienne ou le marché de droits
Dans un univers incertain, l’instrument mixte
optimal( , , )q s t * * * procure un bien-être supérieur à
celui qu’offrent la taxe pigouvienne (qui correspond
au cas s t= ) ou le simple marché de droits
( , )s t= = + ∞0. Le bien-être social désigne ici
l’espérance de surplus qui est attachée à l’instrument
mis en place.
Le régulateur dispose en effet de trois paramètres au
lieu d’un seul, ce qui lui permet d’obtenir un meilleur
résultat à l’issue de son optimisation
[10]. En d’autres
termes, les politiques pures (taxation ou simple
marché de droits) forment un sous-ensemble
P de
l’ensemble
M des politiques mixtes. L’optimisation
du bien-être social
W dans l’ensemble
M des
instruments mixtes produit par conséquent un
instrument ( , , )
q s t * * *, préférable à celui qui est
obtenu avec le sous-ensemble
P des politiques pures.
Cela découle de l’inégalité
qui résulte elle-même de l’inclusion P M⊂.
Les valeurs optimales des paramètres peuvent être
bornées a priori
Les valeurs optimales ( , , )q s t * * * résultent des
caractéristiques qui sont inhérentes à l’incertitude et
aux fonctions de coût marginal et de dommage
marginal, notées respectivement MC et MD. Leur
détermination nécessite un calcul fondé sur ces
caractéristiques, comme l’illustrera l’exemple
développé ci-après.
Les valeurs peuvent toutefois être encadrées a priori
en notant que le niveau d’effort optimal est
nécessairement supérieur à la valeur smin définie par
l’ordonnée de l’intersection entre la courbe de
dommage marginal MD et la courbe des valeurs
minimales de coût marginal possible, qui s’écrit en
termes ensemblistes :
Symétriqu ement, le n iveau d’effort es t
nécessairement inférieur à la valeur tmax définie par
l’ordonnée de l’intersection entre la courbe de
dommage marginal MD et la courbe des valeurs
maximales de coût marginal possible, qui s’écrit :
Il en résulte que s* et t* sont strictement compris
entre smin et tmax :
À ce stade, il convient de noter qu’en général les
inégalités seront strictes. En d’autres termes :
De cet encadrement a priori des valeurs s* et t*, se
déduit en encadrement a priori de q*. Il suffit pour
cela de lire les valeurs qmax et qmin sur les courbes
ts MCmin et MCmax. Plus précisément, qtmax et qsmin sont
définis comme solu tion des équations
On a dès lors l’encadrement :
Ces inégalités sont en général strictes, comme le fera
apparaître le cas analytique examiné ci-après.
Deux instruments caractérisés de manière
analytique
Dans le cas où les courbes de dommage marginal et
de coût marginal de dépollution sont des droites dont
la pente est connue
[11], on peut mener les calculs de
perte de bien-être social précisément et établir les
résultats suivants, selon que l’on s’intéresse à
l’instrument mixte décrit ci-dessus, ou que l’on
renonce à l’établissement d’un prix plancher et que
l’on se contente d’adjoindre un prix plafond à un
marché.
On suppose le dommage marginal connu et linéaire,
le coût marginal de dépollution linéaire, mais connu
avec incertitude, cette incertitude suivant une loi
uniforme et la puissance publique neutre au risque.
Spécifications retenues
Le dommage marginal est connu et linéaire et prend
donc la forme ′ = +D q a bq( ), d’où
, à une constante près que l’on
négligera.
Lorsque le coût marginal de dépollution est linéaire
et connu avec certitude, de la forme − ′ = −C q c eq( ),
le régulateur cherche à minimiser le coût collectif de
la pollution, D q C q( ) ( )+, donc choisit
et annonce donc q* s’il met en oeuvre un marché de
permis, ou
s’il recourt à un
instrument fiscal.
Le coût marginal de dépollution est linéaire mais
incertain, donc de la forme :
Pour la simplicité (toute relative) des calculs, on
suppose que u est une variable aléatoire qui suit une
loi de distribution uniforme sur l’intervalle
[ / , / ]− 1 2 1 2 et donc Eu = 0.
La puissance publique est supposée neutre au risque
et cherche donc à minimiser l’espérance de perte du
bien-être collectif avant la résolution de l’incertitude
sur la valeur de u.
Si le régulateur mettait en place un “simple” marché
de droits limité à q, les pollueurs resteraient à ce
niveau de pollution quelle que soit la valeur de u et le
coût collectif de la pollution serait
Le régulateur devrait choisir la valeur de q avant de
connaître la valeur de l’aléa u et résoudrait donc
d’où
et
La puissance publique choisirait une quantité de
pollution qui aurait été optimale s’il n’y avait pas
d’incertitude sur le coût.
L’instrument mixte optimal
Les valeurs optimales des trois paramètres de
l’instrument mixte (quantité, prix plancher, prix
plafond) sont les suivantes :
- la quantité de droits à polluer est la même que s’il
n’y avait pas d’incertitude ;
- les tarifs s et t sont équidistants du coût marginal de
dépollution à l’intersection entre la courbe de
dommage marginal et la courbe d’espérance de coût
marginal. Ils sont d’autant plus éloignés de cette
valeur que la courbe de dommage marginal est
pentue relativement à la courbe de coût marginal de
dépollution.
Démonstration
Si le régulateur met en place un instrument mixte de
la forme (q, s, t), il sera, pour des raisons de symétrie,
de la forme
où x reste à déterminer.
Face à cet instrument, les pollueurs ont le privilège
de connaître la valeur précise de u et ils émettent
donc :
(a) q* tant que leur coût marginal de dépollution
reste compris dans l’intervalle [ , ]s t * *, soit si
ou encore tant que u x≤. Dans ce cas, le coût
collectif de la pollution s’élève à :
Le coût collectif de la pollution s’écrit alors sous la
forme :
Le coût collectif de la pollution s’écrit alors sous la
forme :
Le régulateur doit choisir x avant de connaître la
valeur précise de l’aléa u et résout donc :
x est donc solution de :
Tous calculs effectués, une seule racine convient et
vérifie 0 1 2< <x /. Il s’agit de :
Comme dans le cas où l’on s’intéressait au choix
entre des instruments purs en prix ou en quantités
[12],
c’est le rapport des pentes des courbes des coûts
marginaux de dépollution et de dommage marginal
qui apparaît comme le paramètre déterminant. Ici,
c’est la valeurde 2
e b/ qui s’avère cruciale. De façon
peu surprenante, on trouve que plus la courbe de
dommage marginal de dépollution est pentue par
rapport à la courbe de coût marginal de dépollution,
plus
x sera grand, autrement dit moins on cherchera à
contrôler le prix. En d’autres termes, plus la courbe
de dommage marginal est élevée, plus l’instrument
mixte se rapproche à l’optimum du simple marché de
droits.
La combinaison d’un marché de droits et d’un prix
plafond sans prix plancher
Si l’on suppose maintenant que la puissance
publique met en place un instrument hybride
composé d’un marché assorti d’un prix plafond, le
cadre précédent peut encore être utilisé. On suppose
toujours le dommage marginal connu et linéaire, le
coût marginal de dépollution linéaire, mais connu
avec incertitude, cette incertitude suivant une loi
uniforme, et la puissance publique neutre au risque.
Les valeurs optimales des deux paramètres de
l’instrument hybride (quantité, prix plafond) sont les
suivantes :
- la quantité de droits à polluer est plus réduite que
s’il n’y avait pas d’incertitude ;
- le prix plafond est supérieur au coût marginal de
dépollution à l’intersection entre la courbe de
dommage marginal et la courbe d’espérance de coût
marginal. Il s’en éloigne d’autant plus que la courbe
de dommage marginal est pentue relativement à la
courbe de coût marginal de dépollution.
Démonstration
Si le régulateur met en place un instrument hybride
de la forme ( , , )q t0, il choisit des valeurs de ( , )y z
avec q q z= − * et t p y= + * qui maximisent
l’espérance d’utilité collective.
Face à l’instrumen t ( , , )q z p y * * − +0, les
pollueurs ont le privilège de connaître la valeur
précise de u et ils émettent donc :
(a) q q z= − * tant que leur coût marginal de
dépollution reste inférieur à t p y= + *, soit si
ou encore tant que − ≤ ≤ −1 2/ u y ez. Dans ce cas,
le coût collectif de la pollution s’élève à :
pour y ez u− ≤ ≤ 1 2/. Le coût collectif de la
pollution s’écrit alors sous la forme :
Le régulateur doit choisir( , )y z avant de connaître la
valeur précise de l’aléa u et résout donc
Une fois résolu, ce programme admet pour solution
Autrement dit, on utilise un prix plafond un peu plus
bas que pour l’instrument mixte et une quantité de
quotas plus basse.
Comme dans le cas où l’on s’intéressait au choix
entre des instruments purs en prix ou en quantités,
c’est le rapport des pentes des courbes des coûts
marginaux de dépollution et de dommage marginal
e b/ qui apparaît comme le paramètre déterminant.
De façon peu surprenante, on trouve que plus la
courbe de dommage marginal de dépollution est
pentue par rapport à la courbe de coût marginal de
dépollution, plus y sera grand, autrement dit moins
on cherchera à contrôler le prix.
Comparaison des résultats et généralisation
Lorsque l’incertitude se présente sous la forme qui
est décrite ici, les démonstrations développées
ci-dessus permettent de dégager les conclusions
suivantes :
- les instruments purs (taxe seule ou simple marché
de droits) optimaux en présence d’incertitude sont
identiques à ceux qui sont indiqués en l’absence
d’incertitude lorsque les variables aléatoires sont
remplacées par leur espérance ;
- s’il est possible d’adjoindre des prix plancher
(subvention) et plafond (taxe) à l’allocation de PEN,
l’instrument mixte optimal distribue la même
quantité de permis que le simple marché de droits en
l’absence d’incertitude. Les prix plancher et plafond
bornent avec symétrie le dommage marginal
correspondant à la quantité distribuée. Cet
encadrement limite la perte de bien-être si jamais la
courbe des coûts marginaux se révèle trop éloignée
de sa position espérée ;
- lorsqu’il est impossible d’établir un prix plancher
(notamment faute de pouvoir subventionner),
l’instrument hybride asymétrique distribue une
moindre quantité de permis. Il s’agit de se prémunir
contre le risque d’un effort de dépollution trop faible
compte tenu de coûts moins élevés que prévu.
Comme la contrainte quantitative est a priori plus
ferme en raison du moindre nombre des permis
délivrés, la taxe-plafond optimale est fixée à un
niveau plus faible afin de limiter les conséquences
négatives de coûts qui seraient plus élevés queprévu.
Une extension formalisée de ces résultats à d’autres
densités de probabilités continues que la loi
uniforme se révèle délicate, car le calcul fait
apparaître des moments du deuxième ordre.
En revanche, l’extension à des lois de probabilité
discrètes est simple. La donnée de valeurs
numériques pour les pentes des coûts marginaux de
dépollution et de dommage marginal, avec des
probabilités d’occurrence, permettrait ainsi d’établir
les paramètres de l’instrument optimal.
Illustrations relatives à l’effet de serre
La fonction de dommage marginal est quasi-plate :
conséquences
Dans le cas de l’effet de serre, les émissions actuelles
contribuent à l’augmentation de la concentration des
gaz à effet de serre dans l’atmosphère et c’est cette
concentration qui est responsable des modifications
du climat. Du fait que les gaz à effet de serre
séjournent longtemps dans l’atmosphère (de l’ordre
de 100 ans pour le gaz carbonique, par exemple),
l’effet de serre est qualifié de pollution de stock. La
conséquence immédiate en est que les dommages à
court terme sont fonction du stock de l’atmosphère,
qui est peu sensible aux émissions actuelles. Si l’on
se limite donc à une analyse à court terme, le
dommage causé par une augmentation des gaz à effet
de serre est peu sensible au niveau des émissions : en
d’autres termes, la courbe de dommage marginal est
quasi-plate.
Instrument Fiscalité Marché Marché assorti d’un prix Marché assorti d’un prix
plafond plancher et d’un prix plafond
c a− q z * − q*
q * =
b e+
2
Quantité - e 
bï£ ï£¸1
z = 2
e2
e 
b+ï£ ï£¸1
Taux de subvention - - - p x * −
- p y * + p x * +
Taux de taxe
p ae bc * = + 1 1 1 1
b e+ y = 2 x =
e  2 e 2 2
b+ï£ ï£¸1 b+ï£ ï£¸1
Dans l’illustration analytique, ceci se traduit par une
valeur très faible de b. Dans ce cas, l’instrument
mixte optimal comporte une valeur de x très proche
de 0. Autrement dit, les taux de la subvention et de la
taxe sont très proches du tarif pigouvien p* et le
recours à un instrument hybride permet d’encadrer
finement le coût marginal de réduction des
émissions. Si la courbe de dommage marginal est
plate ( )b = 0, l’instrument mixte dégénère en
instrument-prix pur. On retrouve ici le résultat
désormais classique : la fiscalité est plus adaptée que
les contraintes quantitatives pour une pollution dont
les dommages sont quasi constants et pour laquelle il
est plus pertinent de contrôler le coût de lutte que la
quantité rejetée.
Quant à l’instrument hybride optimal permis-prix
plafond, le calcul donne des valeurs de ( , )y z qui
tendent vers
Autrement dit, l’instrument
hybride est utilisé, d’une part, pour limiterla quantité
totale de permis mise sur le marché plus fortement
que si le marché de permis était utilisé sans prix
plafond et, d’autre part, pour plafonner le coût
marginal au tarif pigouvien.
Les valeurs proposées du prix plafond pour les
instruments hybrides envisagés
Dans le cas de l’effet de serre, l’instauration d’un
prix plancher n’est pas envisagée. En revanche, le
recours à un mécanisme de prix plafond a été
envisagé dans le cadre du protocole de Kyoto et est
explicitement proposé dans le projet de directive
pour l’instauration d’un marché européen.
Lors des négociations internationales, des
économistes ont fait des propositions de soupape de
surêté (safety valve) de crainte que les prix sur les
marchés internationaux ne soient excessifs : le
mécanisme proposé comportait cependant une
difficulté politique évidente de présentation
vis-à-vis des ON G puisqu ’il permettait
éventuellement d’assouplir les engagements
quantitatifs du protocole de Kyoto. C’est pourquoi
les propositions étaient assorties d’une réflexion sur
un usage des recettes correspondantes en faveur de
l’effet de serre.
Mais au niveau régional, des marchés de permis sont
envisagés aux États-Unis comme en Europe pour
maîtriser les émissions de gaz à effet de serre des
industriels. Ainsi, un
think tank américain
(
Resources for the future) a-t-il fait une proposition
de marché avec une disposition de prix plafond à 25
$ / tC
[13].
Du côté européen, c’est par le biais du tarif de la
pénalité à acquitter en cas de défaut de permis que
l’instauration d’un prix plafond intervient. C’est
ainsi qu’au Danemark où un marché existe depuis
2000 entre les producteurs d’électricité, ceux qui se
retrouveraient à court de permis sont pénalisés au
taux de 40 couronnes danoises par tonne de CO2 (de
l’ordre de 20 / tC) pour les années 2000 à 2003.
Un marché européen est envisagé dès 2005 qui
couvrirait 46 % des émissions communautaires de
CO2 en incluant les secteurs de la production
d’énergie, production et transformation des métaux
non ferreux, industrie minérale et fabrication de pâte
à papier et papier et carton, soit 4 000 à 5 000
installations. Dans son projet de directive, la
Commission propose un système de sanctions
élaboré. Une entreprise dont le rapport d’émissions
serait faux se verrait suspendre le droit de vendre des
permis. Une entreprise qui ne possèderait pas au
moins autant de quotas que ses émissions réelles se
verrait imposer une pénalité de 40 (100 pour la
2ème période) par tonne d’émission excédentaire. De
plus cette pénalité ne serait pas libératoire puisque
les tonnes excédentaires émises devraient aussi être
restituées par la suite.
La coexistence de deux types de
pollueurs justifie la juxtaposition des
deux instruments prix et quantités au
sein d’une même zone
Dans le contexte de l’effet de serre, des objectifs
quantitatifs nationaux ont été définis et la théorie
économique préconise alors d’utiliser un instrument
“quantité” pour décentraliser au mieux cet objectif
national. Mais en l’occurrence un marché de PEN ne
peut suffire, puisqu’il est impossible de mettre en
place un tel marché
[14] pour l’ensemble des
pollueurs. En effet, les pollueurs sont très dispersés
et les coûts de mesure et de contrôle des émissions de
gaz à effet de serre ainsi que les coûts de transaction
s’avéreraient par exemple rédhibitoires pour les
ménages consommateurs. À titre d’illustration dans
le secteur des transports individuels, l’essence peut
être facilement taxée par l’intermédiaire de son prix
de vente, alors que l’organisation d’un marché de
PEN pour l’ensemble des automobilistes est
irréaliste. La réalité sera donc un enchevêtrement de
mesures réglementaires et demesures économiques.
Scindons notre population de pollueurs en deux
groupes : ceux qui sont habilités à acheter et vendre
des permis entre eux sur le marché domestique
supposé isolé et les autres. Pour les autres,
l’instrument mixte ( , , )q s t proposé se réduit à une
taxe obligatoire au taux t, qui correspond donc à la
pénalité imposée aux pollueurs qui se retrouvent
volontairement ou non à court de permis. À
l’intérieur de chaque groupe, les pollueurs seront
soumis à la même incitation marginale et l’effort de
dépollution se répartira de façon efficace entre eux.
Par contre, si l’incitation à la marge est différente
entre les deux groupes, l’effort sera mal réparti entre
eux.
Si la quantité q de permis mise sur le marché par
l’État est trop basse, un effort trop important sera
demandé au départ aux pollueurs habilités. Au lieu
de laisser le prix des droits s’envoler, ils auront
recours à la possibilité d’acquitter la taxe t. On
basculera donc dans un régime purement fiscal. Pour
les pollueurs habilités, le coût marginal de
dépollution plafonne à t, mais les émissions qu’ils
rejettent s’avèrent supérieures à la quantité q qui leur
avait été initialement proposée. L’incitation à
dépolluer étant la même pour tous les pollueurs, la
répartition de l’effort dans la lutte contre l’effet de
serre sera efficace.
Si la quantité q de permis mise sur le marché est trop
haute, l’effort demandé aux pollueurs habilités n’est
pas suffisamment important et le prix du permis
s’établit finalement à s. Les pollueurs habilités
rejettent moins que la quantité q qui leur avait été
allouée. Du point de vue des impacts budgétaires,
cette configuration induit deux effets. Le premier est
l’obligation pour l’État de trouver des fonds pour
racheter les permis superflus au prix s. Le deuxième
est que dans le cas où le prix mondial d’échange des
permis s’établit à un niveau supérieur à s, l’État ou
les pollueurs habilités peuvent recueillir des recettes
en les revendant. Pour de faibles valeurs de s – voire
une valeur nulle – ces deux effets se combinent pour
dégager un excédent budgétaire. Cependant, il est
vraisemblable que ces reventes ne seront pas
effectuées par l’État mais bien plus probablement
par des entreprises multinationales.
Si la quantité q de permis mise sur le marché est
adéquate, le prix d’échange s’établit à un niveau
intermédiaire entre s et t. Les pollueurs habilités
rejettent exactement la quantité q qui leur avait été
allouée et le marché de droits fonctionne sans que les
mécanismes de contrôle des prix soient sollicités.
Dans les deux derniers cas, à savoir une quantité
importante de droits, le décalage entre les incitations
des pollueurs habilités (s ou p) et des autres (t)
engendre une inefficacité dans l’effort de répartition
en faveur des pollueurs habilités à détenir des
permis.
Une fiscalité reposant sur l’usage ou la
détention de permis est parfois
envisagée
Il est également possible d’envisager une taxe à la
détention de permis, c’est-à-dire de combiner encore
les deux instruments. Dans un cadre national, avec
une quantité fixe de permis mise sur le marché,
l’instauration d’une telle taxe aurait pour effet de
faire baisser le prix hors taxe du permis, son prix
toutes taxes comprises restant au même niveau. Tant
que le taux de taxe reste inférieur au permis, cette
mesure permet à l’État de reprendre partiellement la
rente de rareté associée à la pollution. Le poids de
cette taxe pèse sur les détenteurs finaux des permis,
et est donc appuyée sur la répartition efficace de
l’effort de dépollution, comme dans le cas d’une
mise aux enchères.
Dans un cadre international, il est nécessaire de
pousser plus loin l’analyse pour prédire le prix
national du permis. Il faut par exemple tenir compte
des possibilités d’accès des opérateurs nationaux à
des permis offerts au prix mondial.
Enfin, dans un cadre international, il a été un temps
envisagé un prélèvement sur les trois mécanismes de
flexibilité, par analogie avec la share of proceeds
prévue pour le mécanisme de développement propre.
Il est prévisible que toute forme de prélèvement
empêchera ou freinera des échanges qui auraient été
mutuellement avantageux. De telles taxes ne sont pas
analysées dans ce papier, mais il suffit de leur
appliquer l’argumentation à l’égard d’une taxe Tobin
pour comprendre leurs défauts potentiels (voir par
exemple OCDE, 2002).
Conclusion : la combinaison des
instruments économiques pourrait voir
des applications dans la lutte contre
l’effet de serre
Un marché de droits présente l’inconvénient de prix
difficiles à prévoir et susceptibles de s’envoler.
L’introduction de planchers ou de plafonds de prix
améliore l’efficience des marchés de droits en
réduisant les pertes de bien-être lorsque les coûts de
dépollution s’écartent des prévisions. Cela est
particulièrement indiqué lorsque les caractéristiques
micro-économiques de la pollution traitée
préconiseraient le recours à la taxation et que le
marché de droits a été préféré pour des raisons
politiques. Tel est notamment le cas des émissions de
gaz à effet de serre, dont le dommage marginal
présente une pente relativement faible tandis que les
coûts marginaux sont nettement croissants, ce qui
rend la taxation plus efficace. En encadrant les prix,
l’instrument mixte remédie partiellement aux
insuffisances du marché de droit. Pour éviter de créer
de nouvelles subventions, il est possible également
de se contenter de mettre un plafond sur les prix des
permis. Le modèle présenté ici permet de calculer la
quantité de permis à distribuer et le niveau de
taxation qui maximisent le bien-être.
L’introduction de mécanismes de prix dans le
marché des permis négociables permet également
aux pouvoirs publics d’améliorer la cohérence de la
maîtrise des émissions entre les secteurs couverts par
les permis et ceux qui sont couverts par la taxe. La
présence d’une soupape de sécurité sur le marché des
droits évite que le prix des permis ne s’élève trop loin
de la taxe couvrant le reste de l’économie. Le modèle
développé ici donne des indications sur la manière
optimale de combiner ces deux instruments : la
soupape de sécurité du marché de droits est fixée à
une valeur plus élevée que la taxe pigouvienne,
laquelle s’applique à la partie de l’économie non
couverte par les permis.
La combinaison de quantités et de prix devrait
faciliter la mise en place d’instruments économiques
pour la lutte contre l’effet de serre. Elle joint en effet
la flexibilité des permis et la possibilité qu’ils offrent
de protéger à moyen terme la compétitivité des
entreprises exposées à la concurrence, à la faculté de
couvrir les émissions diffuses qu’offre la taxation.
·
Baumol W. J. et Oates W. E. (1988). The Theory of
Environmental Policy, Second Edition, Cambridge
University Press.
·
Commission européenne (2002). “Proposition de directive
du parlement européen et du conseil établissant un système
d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans la
Communauté et modifiant la directive 96/61/CE”, COM
(2001) 581 du 23 octobre 2001
http ://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/pdf/200
·
Gastaldo S. (1998). Permis négociables et mesures fiscales
verte, paru dans les Actes du colloque du PIREE du 13 mai
1998 à Toulouse : réforme fiscale veerte et instruments
économiques pour une coopération internationale : le contexte
post Kyoto, pp. 144-155.
·
Godard O. et Henry C. (1998). Les instruments des
politiques internationales de l’environnement : la prévention
du risque climatique et les mécanismes de permis négociables,
paru dans le rapport du Conseil d’Analyse Économique publié
à la Documentation Française : Fiscalité de l’environnement,
pp. 83-174.
·
Jacoby H. D. et Ellerman A. D. (2002). “The Safety Valve
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July].
hhttp :// web. mit. edu/ globalchange/ www/ MITJPSPGC_Rpt83.
pdf.
·
OCDE (2002). “Instabilité des marchés de change et taxes sur
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71, juin, Paris.
·
Philibert C. (2002). “Prix versus quantités : plafonner les
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Française Kyoto et l’économie de l’effet de serre, pp. 201-215.
·
Pizer W. A. (1997). “Prices vs. Quantities Revisited : The
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http :// www. rff. org/ dix_papers/ PDF_files/ 9802. pdf.
·
Roberts M. J. et Spence M. (1976). “Effluent Charges and
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vol. 5, n° 3-4, April-May, pp. 193-208.
·
Weitzman M. L. (1974). “Prices vs Quantities”, The Review
of Economic Studies XLI, october, pp. 477-491.
·
Protocole de Kyoto à la Convention cadre des Nations Unies
sur les changements climatiques, disponible sur Internet
http :// www. unfccc. int.
[(*)]
Direction de la Prévision, puis OCDE.
E-Mail : b
boris. cournede@ oecd. org.
[(**)]
Direction de la Prévision, puis Ministère (chargé de) l’Environnement.
E-Mail : s
sylviane. gastaldo@ environnement. gouv. fr.
[(1)]
Se reporter à l’encadré pour une présentation plus précise
des possibilités d’échange prévues par le protocole de Kyoto.
[(2)]
L’article reste volontairement ambigu sur l’extension du
marché aux “autres” gaz du protocole de Kyoto. En effet, que
le marché porte uniquement sur le gaz carbonique ou soit
étendu aux six gaz du protocole ne change pas
fondamentalement l’analyse théorique, grâce aux facteurs
d’équivalence que sont les pouvoirs de réchauffement global
(PRG) qui permettent d’exprimer les quantités des autres gaz
en tonnes équivalent carbone.
[(3)]
Pour une mise en perspective des conditions de bon
fonctionnement d’un tel marché, le lecteur pourra consulter la
contribution d’Olivier Godard et Claude Henry au rapport du
Conseil d’Analyse Économique :
Fiscalité de
l’environnement.
[(4)]
Les pays industrialisés, les seuls à avoir souscrit des
engagements quantitatifs, sont énumérés à l’annexe I de la
Convention des Nations Unies sur les Changements
Climatiques.
[(5)]
En tout état de cause, l’incertitude éventuelle sur le
dommage marginal n’affecte pas le choix de l’instrument
optimal (Baumol et Oates, 1988).
[(6)]
Afin de permettre une représentation graphique, le
diagramme se rapporte à la situation particulière d’incertitude,
qui sera étudiée à la deuxième section. Il en sera de même pour
les autres diagrammes de la première section. Les
considérations développées dans cette section sont toutefois
valables quelle que soit la famille des courbes de coût marginal
possibles, pourvu que son support soit borné, même si elle
diffère de la représentation fournie par les diagrammes.
[(7)]
Cela signifie que le même aléa porte sur chacune des
firmes. Un modèle plus fin pourrait s’intéresser au cas où l’aléa
considéré serait propre à chaque entreprise.
[(8)]
La réalisation du coût marginal parmi la famille des
courbes possibles s’observe en reportant le prix sur la courbe
de dommage marginal qui est supposée connue avec certitude.
[(9)]
À ce stade, cet instrument mixte considéré n’est pas
nécessairement l’instrument mixte optimal.
[(10)]
Ceci se paie toutefois par des coûts de gestion qui peuvent
être plus élevés. En pratique, cet inconvénient demeure très
limité, voire inexistant. L’expérience des marchés de droits
apprend en effet que, lorsque les prix s’envolent, les autorités
publiques décident en tout état de cause de vendre des permis à
prix fixes. Tel a été notamment le cas pour les permis
d’émission de NOx, en Californie pendant la crise de la
production électrique survenue en 2000. Se priver d’un
plafond de prix n’apporte donc pas de véritable gain en termes
de coûts de gestion. Bien au contraire, la collectivité a tout
intérêt à optimiser le choix de ce plafond
ex ante plutôt que
d’être contrainte de l’improviser dans une situation de crise.
[(11)]
Une incertitude sur les pentes de ces droites mènerait à une
formulation analytique plus complexe.
[(12)]
En effet, si la courbe de dommage marginal (
b) est plus
pentue que la courbe de coût marginal de dépollution (
e), il
faut privilégier le recours à un marché de droits qui contrôlera
mieux la quantité de pollution. Si les deux courbes sont aussi
pentues, le planificateur est indifférent au choix des
instruments. Enfin, si la courbe de coût marginal de
dépollution est plus pentue que le dommage marginal, il faut
privilégier l’instrument fiscal qui permet de mieux maîtriser
les coûts.
[(13)]
Raymond Kopp, Richard Morgenstern, William Pizer et
Michael Toman, de
Resources for the future, proposent dans
A
Proposal for Credible Early Action in U.S. Climate Policy, un
prix plafond de 25 $/ tCen 2002, qui augmenterait tous les ans
de 7 % plus le taux d’inflation jusqu’en 2007.
[(14)]
Cette partie n’examine pas la possibilité de permis
“amont” liés à l’importation du carbone dans l’économie, qui
permettrait d’atteindre indirectement les pollueurs dispersés.
En cas de dépassement des engagements du fait des pollueurs
dispersés, c’est alors aux grandes compagnies énergétiques et
non au budget de l’État qu’il reviendrait de se procurer les
permis supplémentaires requis. De même, la coexistence de
permis “amont” pour les pollueurs dispersés et de permis
“aval” pour les industries fortement consommatrices d’énergie
n’est pas considérée dans la suite du texte.