2002
Économie et Prévision
Obligations de service universel et concurrence dans les réseaux
Philippe Choné
[(*)]
Laurent Flochel
[(**)]
Anne Perrot
[(***)]
L’ouverture à la concurrence dans les réseaux pose la double question de savoir quel opérateur doit assurer les obligations
de service universel et comment financer les pertes ainsi causées aux opérateurs en charge de ces obligations. Nous
explorons ici plusieurs solutions et nous en comparons les propriétés en termes de bien-être et de redistribution.Mots-clés :
obligations de service universel, subventions croisées, réseaux.
The opening of public networks to competition raises the twofold question of determining which operator is to fulfil the
universal service obligations and how the operator’s resultant losses are to be financed. The paper examines several
solutions and compares their properties in terms of welfare and redistribution.Keywords :
universal service obligations, cross subsidies, networks.
Nous remercions un rapporteur anonyme et les participants aux séminaires de Toulouse (en particulier H. Cremer, F. Gasmi et
J-J. Laffont), Paris, Stockholm, Evry, MIT (Boston), de l’ITS à Turin, au congrès de l’Econometric Society à Seattle et des Journées
de l’AFSE à Marseille pour leurs remarques et commentaires sur des versions préliminaires de cet article.
L'ouverture à la concurrence dans les réseaux pose la double question de savoir quel opérateur
doit assurer les obligations de service universel et comment financer les pertes ainsi causées
aux opérateurs en charge de ces obligations. Nous explorons ici plusieurs solutions et nous en
comparons les propriétés en termes de bien-être et de redistribution.
Comment concilier équité et concurrence dans des
réseaux ouverts à de nouveaux opérateurs ? Telle est
bien l’une des questions centrales que pose la
libéralisation des activités en réseaux, qu’il s’agisse
des télécommunications, de l’énergie (gaz,
électricité), des transports ferroviaires ou des
services postaux. L’accès aux services publics,
comme le fait remarquer Henry (1997), est considéré
comme une condition permettant l’exercice des
“droits fondamentaux de la personne”. Selon le
Traité de l’Union Européenne (art. 130 A), l’accès
aux services publics est un facteur contribuant “au
renforcement de la cohésion économique et sociale”
de l’Union. La recherche d’une efficacité
économique accrue, qui passe sans nul doute par
l’ouverture des marchés à de nouveaux offreurs, peut
cependant menacer l’accès au réseau de certains
consommateurs et rendre nécessaire la mise en place
d’obligations de service universel. En effet, tandis
que les opérateurs en monopole étaient contraints
d’assurer ces obligations, qu’ils finançaient par le
biais de subventions croisées, l’ouverture du marché
(ou de certains segments de marché) à de nouveaux
opérateurs engendre un phénomène d’“écrémage”
(Laffont et Tirole, 2000) : la concurrence en prix,
s’exerçant principalement sur les segments de
marché les plus rentables, ne permet plus le
prélèvement de “subventions” destinées à financer
les services offerts aux consommateurs les moins
rentables. C’est donc tout le système de subventions
croisées qui s’effondre. En outre, la concurrence
peut aboutir à des situations néfastes du point de vue
du régulateur, comme l’exclusion de certains
consommateurs incapables de supporter des tarifs
plus proches des coûts que ceux pratiqués à leur
égard avant l’ouverture à la concurrence
[1]. Qui plus
est, des consommateurs dont les coûts de connexion
au réseau sont différents peuvent, en concurrence, se
voir offrir des tarifs distincts, ce qui peut contrarier
certains objectifs d’équité poursuivis par la
puissance publique.
Un régulateur valorisant ainsi l’accès de tous les
consommateurs au service, éventuellement à un
même tarif (ou à un même menu de tarifs) doit donc
imposer des contraintes ou obligations de service
universel (OSU) aux opérateurs présents sur le
marché. Par exemple, un objectif d’aménagement du
territoire peut amener le régulateur à imposer la
desserte ferroviaire de liaisons non rentables. Dans
les pays développés, les obligations de service
universel peuvent également être destinées à garantir
l’accès de tous à de nouveaux réseaux, comme le
câble ou Internet. Dans les pays en développement,
elles peuvent être nécessaires pour assurer l’accès à
des services plus traditionnels comme les
télécommunications de base (voir Laffont et N’Gbo,
2000, ainsi que Gasmi, Laffont, Sharkey, 2000).
Bien entendu, ces contraintes font peser des coûts sur
la collectivité. Dans cet article, nous comparons les
coûts associés à des solutions de régulation qui
diffèrent à la fois en termes d’organisation des
marchés et de transferts entre les agents. En d’autres
termes, nous ne cherchons pas à évaluer les bénéfices
retirés des obligations de service universel (OSU),
mais seulement à analyser les effets, en termes de
bien-être et de redistribution, de solutions
alternatives de régulation.
On s’intéresse ici à la composante “géographique”
du service universel
[2]. Plus précisément, les
obligations de service universel que nous
considérons recouvrent deux dimensions : une
contrainte d’
ubiquité, et une contrainte de
non-discrimination. La contrainte d’ubiquité
impose que tous les consommateurs soient servis, et
en particulier ceux dont les coûts de raccordement au
réseau sont élevés (par exemple du fait de leur
isolement dans l’espace). La contrainte de
non-discrimination impo se qu e tou s les
consommateurs servis le soient au même prix. Ces
contraintes peuvent être imposées de façon séparée
ou conjointe.
Lorsque l’opérateur de réseau est en monopole, la
question de savoir à qui imposer ces contraintes ne se
pose pas. En régime de concurrence au contraire, de
nombreuses structures de marchés alternatives sont
possibles et l’imposition d’obligations de service
universel pose un double problème d’allocation (à
quel opérateur imposer ces contraintes ?) et de
financement (qui doit payer, et combien ?). La
combinaison de diverses solutions à ces deux
questions définit un mode particulier de régulation
des obligations de service universel. Comparé à une
situation de référence purement concurrentielle
(c’est-à-dire sans OSU), chaque mode de régulation,
à son tour, engendre des distorsions et a des
conséquences différentes en termes de bien-être
global et de redistribution entre les agents.
La plupart des États ont résolu la question de
l’allocation en confiant à leur ancien monopole le
soin d’assurer les missions de service universel.
Pourtant, dans certains cas, l’efficience productive
aurait requis que d’autres opérateurs s’en chargent.
Certains modes de régulation envisagent d’autres
méthodes d’allocation des OSU et permettent à un
opérateur concurrent d’assurer, partiellement ou
totalement, des obligations de service universel. Un
système d’enchères, par exemple, laisse a priori à
plusieurs entreprises la possibilité de servir les
consommateurs non rentables. Un tel système est en
vigueur en Allemagne pour la desserte postale de
certaines régions. La règle du pay or play telle
qu’elle prévaut en A ustralie pour les
télécommunications en est un autre exemple : ici, un
opérateur concurrent peut choisir de servir lui-même
certains consommateurs relevant du service
universel plutôt que de verser des taxes à l’opérateur
historique. D ans le cas français d es
télécommunications, le régulateur confie à
l’opérateur historique, France Telecom, et à lui seul,
l’obligation de servir les portions non rentables du
territoire. Il s’agit, on le voit, d’une possibilité parmi
d’autres.
Du point de vue du financement, deux conceptions
s’opposent. Les systèmes “à financement interne”
exigent que le coût engendré par les consommateurs
non rentables soit couvert par le surplus issu de
l’activité elle-même, soit par le biais de subventions
croisées - quand le même opérateur sert des
catégories variées de consommateurs -, soit au
moyen d’une taxation - s’il s’agit d’opérateurs
différents -. Deux instruments de financement sont
dans ce cas concevables : une taxe unitaire ou des
transferts forfaitaires. La taxe unitaire est alors
prélevée sur chaque unité de trafic acheminée sur le
marché (quel que soit l’opérateur qui la sert), tandis
que le transfert forfaitaire est assis sur le profit des
opérateurs; dans les deux cas, le montant de la taxe
est reversé à l’opérateur en charge des OSU. Dans un
système “à financement externe”, au contraire, on
couvre les coûts par des fonds publics qui ne sont pas
assis sur l’activité, par exemple par des transferts
fiscaux prélevés sur les revenus des contribuables.
Tandis que le financement interne autorise les
subventions croisées, le financement purement
externe les exclut. Bien entendu, ces divers modes de
financement ont des conséquences redistributives
fort différentes, des acteurs différents étant appelés,
dans chaque cas, à transférer des ressources vers les
consommateurs non rentables. Dans une logique de
financement interne, la redistribution s’opère
directement entre consommateurs rentables et
entreprises d’un côté et les consommateurs non
rentables de l’autre. Dans un systèmede financement
externe, ce sont les contribuables qui financent les
coûts des consommateurs relevant du service
universel.
On pourrait envisager que ces deux sources de
financement soient utilisées simultanément, ce que
nous ne ferons pas ici. Toutefois, l’ouverture à la
concurrence s’accompagne en général d’une
interdiction des aides d’état à l’ancien monopole, ces
aides étant considérées comme des sources de
distorsions de concurrence. Lorsqu’un financement
externe demeure possible en plus du financement
interne, il s’adresse plutôt à une partie de l’activité
non concurrentielle (par exemple le financement de
la seule infrastructure, mais non les services rendus à
l’aide de cette infrastructure). Pour toutes ces
raison s, et par sou ci de simplicité, nous
considérerons que ces systèmes de financement sont
exclusifs l’un de l’autre.
Une autre question, qui ne sera pas traitée ici, est
celle de l’estimation du coût de ces obligations, et
son corollaire, celle de la compensation que doit
recevoir l’opérateur en charge des OSU : s’agit-il de
le dédommager vis-à-vis d’une situ ation
concurrentielle dans laquelle aucune contrainte ne
serait imposée à quiconque ? ou seulement de
garantir l’équilibre budgétaire de l’opérateur ?
Déterminer le niveau de cette compensation va
au-delà des objectifs de cet article. Mentionnons
simplement à titre d’exemple le cas des États-Unis,
où le
Telecommunication Act de 1996 recommande
ainsi la “neutralité concurrentielle” : l’opérateur en
charge des OSU ne doit recevoir que le profit qu’il
obtiendrait dans une situation concurrentielle (sans
OSU). L’idée centrale est que les OSU doivent
introduire le moins de distorsion possible dans la
concurrence que se livrent les opérateurs. Ces
objectifs alternatifs dictent en tout cas des niveaux de
taxes distincts et ces remarques soulignent que le
coût du service universel dépend étroitement de la
manière dont il est financé, comme le note d’ailleurs
Panzar (2000). Cet auteur remarque aussi que le
système des “coûts nets évitables”
[3], pourtant très
répandu, ignore ce lien entre montant du coût total à
financer et mode de financement. Les coûts nets
évitables sont définis de la manière suivante : étant
donné le système de prix en vigueur, l’opérateur en
charge de la contrainte d’ubiquité subit des pertes sur
certaines catégories de consommateurs qu’il
choisirait donc de ne pas servir en l’absence
d’obligation. Ces pertes constituent les “coûts nets
évitables” liés au service universel. Cette méthode
des coûts nets évitables constitue donc une
estimation très imparfaite des coûts du service
universel, puisqu’elle suppose implicitement les
prix fixés. La méthodologie développée ici consiste
au contraire à endogénéiser les prix et la structure de
marché, et contraste donc fortement avec cette
approche traditionnelle des coûts nets évitables.
Nous nous attachons ici dans un premier temps à
comparer les propriétés de deux systèmes de
financement et d’allocation des OSU. Le premier,
que nous appellerons “entrée restreinte”, est très
proche du système choisi en France pour les
télécommunications. Il combine une allocation
rigide des OSU, puisque c’est l’opérateur historique
qui assume ces obligations sans possibilité réelle
pour un entrant de s’en charger, et un financement
interne (subventions croisées ou taxation assise sur
le trafic). Le second, ou système de “pay or play”,
permet à l’opérateur concurrent de choisir entre le
paiement de la taxe ou le service des consommateurs
non rentables. Il repose aussi sur un mode de
financement interne. Nous analysons ensuite un
mécanisme d’enchères qui constituent un mode
alternatif d’allocation des OSU, et étudions ses
propriétés quand il est combiné avec un mode de
financement interne ou externe. L’article est
organisé de la manière suivante. Nous présentons les
principaux éléments du modèle dans la première
partie, la deuxième partie compare les deux
mécanismes de régulation sous la seule contrainte
d’ubiquité, la troisième partie introduit la contrainte
de non discrimination. La dernière partie donne
quelques éléments de comparaison des mécanismes
d’enchères et du pay or play et rassemble les
conclusions.
Le marché met en présence deux firmes : un
opérateur en place (ou encore opérateur
“historique”), I et un entrant potentiel, E. Deux types
de consommateurs (pour simplifier, des ruraux et des
urbains), sont présents sur le marché et diffèrent par
leurs coûts de connexion au réseau. On désigne les
consommateurs ruraux par µet les urbains parµ. Les
premiers ont un coût de connexion au réseau élevé,
tandis que les seconds engendrent un coût de
connexion faible. La proportion de ruraux est α et
celle des urbains α. En dehors de leurs coûts de
connexion, les consommateurs sont identiques. En
particulier, ils ont la même fonction de demande.
Les opérateurs se font concurrence en prix; ils
utilisent des tarifs non linéaires
[4]. On désigne par
SK et
SK les surplus engendrés par la firme
K (
K =
I,
E) dans sa relation avec les consommateurs µ et µ, et
par
u et
uK les niveaux d’utilité laissés aux
K consommateurs. L’hypothèse fondamentale sur les
surplus est la suivante :
En d’autres termes, les consommateurs urbains sont
toujours rentables (quel que soit l’opérateur qui les
sert) tandis que les consommateurs ruraux ne le sont
jamais. Ceci entraîne qu’en l’absence de contrainte
de service universel, aucun opérateur ne voudra
servir le segment de marché des ruraux. Par ailleurs,
on suppose que α αS SK K + > 0, (K = I, E) ce qui
traduit que chaque opérateur, s’il était en monopole,
pourrait compenser ses pertes sur les ruraux par le
surplus engendré sur les urbains.
Dans la situation sans OSU, qui nous servira de
référence, les firmes se font concurrence pour servir
les seuls urbains, les ruraux étant alors exclus du
marché. L’opérateur engendrant le surplus le plus
élevé dans sa relation avec les consommateurs µsert
ce segment de marché. Si 0 < <S SI E, c’est la
firme I qui est active, et offre aux consommateurs un
niveau d’utilité SE, c’est-à-dire le montant de
surplus maximal que pourrait laisser E, se réservant
un profit Ï€ α I I E S S= ( , ). Si 0 < <S SI E, c’est la
firme E qui sert les consommateurs.
Quel que soit le mode de régulation, les obligations
de service universel reposent toujours, en dernier
ressort, sur l’opérateur historique I. Rappelons que
uI et uI désignent les niveaux d’utilité laissés aux
consommateurs par l’opérateur I. Les obligations de
service universel s’expriment comme des
contraintes sur ces valeurs. Elles sont définies de la
manière suivante :
- la contrainte d’ubiquité (notée U), qui impose que
les consommateurs non rentables (µ)soient servis,
se traduit par les inégalités et uI ≥ 0 et uI ≥ 0.
- la contrainte de non-discrimination, (notée ND),
qui impose de servir tous les consommateurs au
même prix, se traduit par la contrainte u u I I =.
Imposer les deux contraintes simultanément revient
ainsi à exiger u u I I = ≥ 0.
Dans la dernière partie, nous envisagerons le cas de
transferts forfaitaires externes. Cependant, dans les
deuxième et troisième parties, on se concentre sur le
mode de financement interne. Les OSU sont
financées par une taxe
t perçue sur chaque unité de
trafic et reversées à l’opérateur historique; les taxes
collectées sur le trafic de l’opérateur en place ne sont
que des transferts internes (versées et reçues par
I) et
n’induisent aucune distorsion
[5]. En fait, ce système
n’induit réellement de distorsion que si l’opérateur
entrant
E sert les consommateurs urbains µ et si
I sert
les ruraux, c’est-à-dire s’il y a écrémage. Lorsque
cette taxe est prélevée, elle distord le surplus par
rapport à sa valeur de premier rang et le surplus
partagé par
E et par les consommateurs µen présence
de cette taxe est noté ( )
S t. Cette grandeur est
E
décroissante avec
t et vérifie ( )
S SE E 0 =. Le surplus
total engendré par la re et les
lation entre
E
consommateurs µ est alors ( )
S t tq+, où
q est la
E EE quantité consommée en présence de la taxe et
tqE
représente le montant de taxe collecté.
Chaque mode de régulation envisagé conduit à un
jeu, d ont l’éq uilibre (ou les équilibres)
appartien(nen)t à l’un des régimes suivants :
-
subventions croisées par I (SCI) : dans ce cas, à
l’équilibre, l’opérateur historique sert l’ensemble
des consommateurs µ et µ et finance les pertes
subies sur les consommateurs µ par subventions
croisées ; aucune taxe n’est alors versée ;
-
subventions croisées par E (SCE) : à l’équilibre,
l’op érateur en trant sert l’ensemb le d es
consommateurs µ et µ et finance les pertes subies
sur les consommateurs µpar subventions croisées;
aucune taxe n’est versée ;
-
régime de taxation (RT) : l’opérateur I sert les
co nsommateurs µ, l’opérateu r E sert les
consommateurs µ et les pertes de I sont compensées
par la taxe ;
-
régime d’exclusion (RE) : en l’absence d’OSU, les
consommateurs µ sont exclus du marché.
On distingue par lasuite deux modes de régulation.
Sous la régulation “entrée restreinte”, qui représente
bien l’approche française en matière de service
universel, l’opérateur entrant E n’est pas autorisé à
servir les consommateurs µ. Cette obligation
incombe à I. Cette régulation peut conduire, à
l’équilibre, soit au régime de subventions croisées
SCI soit au régime de taxation RT.
Sous la régulation pay or play, au contraire, l’entrant
peut servir les consommateurs non rentables µ.
Lorsque E choisit de servir ce segment de marché, il
ne paye ni ne reçoit de taxe : contrairement à I,
l’opérateur E ne peut donc jamais recevoir de taxe;
les paiements des deux opérateurs ne sont donc pas
symétriques. L’identité de la firme qui sert les
consommateurs est déterminée de façon endogène.
Trois régimes sont possibles à l’équilibre : SCI, SCE,
et RT.
Le régime qui prévaut à l’équilibre résulte des
stratégies des opérateurs, elles-mêmes
conditionnées par le niveau de taxe choisi par le
régulateur. Cet enchaînement est représenté par un
jeu. Pour traduire la dissymétrie entre les deux
opérateurs, s’agissant tant de l’identité de
l’opérateur en dernier ressort que des mécanismes de
compensation, nous modélisons la concurrence en
prix par un jeu de Stackelberg dans lequel l’opérateur
historique est le leader. À chaque régime est associé
un niveau debien-être défini dela manière suivante :
Sans OSU, le bien-être est défini par W ou par W
I0E0 suivant l’identité de l’opérateur qui sert les
consommateurs de type µ.
On examine maintenant les effets de chaque mode de
régulation.
Encadré : modélisation de la concurrence
entre opérateurs
Montrons que sous une régulation de type entrée restreinte
et l’ubiquité seule étant imposée par le régulateur, le profit
de l’opérateur historique coïncide avec l’objectif du
régulateur. Tous les autres résultats de l’article se
démontrent de manière analogue.
Il s’agit de trouver les équilibres parfaits en sous-jeux du
jeu de Stackelberg, où l’opérateur historique est leader : I
annonce en première étape uI et uI, la stratégie de
l’entrant se réduisant à uE. Comme E n’est pas autorisé à
servir les consommateurs non rentables, on a clairement :
uI = 0. Le profit de E est :
L’entrant choisit donc de servir les consommateurs urbains
si et seulement si u SI E <. L’annonce de l’opérateur
historique détermine par conséquent le régime qui prévaut
à l’équilibre : u SI E < conduit au régime de taxation et
u SI E > au régime où I sert tout le marché. Le profit de
l’opérateur historique est donc donné par :
La stratégie de l’opérateur en place se réduit donc au choix
du régime. Dans le régime de taxation, son profit ne
dépend pas de uI (qui doit être compris entre 0 et SE ), ce qui
conduit à une multiplicité d’équilibres. Dans le régime
SCI, l’annonce optimale de I est évidemment u SI E =.
L’opérateur historique a donc à comparer les valeurs
correspondantes de son profit, d’où :
Le profit de I peut ainsi s’écrire en fonction des niveaux de
bien-être dans les différents régimes :
À une constante près ( )α SE, le profit de l’opérateur en
place dans les régimes SCI et RT coïncide avec les niveaux
de bien-être correspondants. Donc si W WII EI >, l’opérateur
en place choisit de servir tout le marché, auquel cas les
consommateurs urbains ont l’utilité SE. Dans le cas
contraire, I préfère recevoir la taxe et le surplus des
consommateurs urbains n’est pas entièrement déterminé
(on sait seulement que 0 < <u SE E ). Rappelons que dans
les deux cas, les consommateurs obtiennent uI = 0 (ce qui,
on le verra, n’est plus vrai dans la régulation pay or play,
même quand seule l’ubiquité est imposée par le
régulateur).
On s’intéresse tout d’abord à la contrainte d’ubiquité
prise isolément. L’opérateur historique annonce
d’abord ses tarifs, ou, de manière équivalente, les
niveaux d’utilité qu’il se propose de laisser aux deux
catégories de consommateurs, soit uI et u en
I respectant les contraintes imposées par le régulateur
( , )u u I ≥ ≥0 0. Ensuite, le déroulement du jeu
I dépend du mode de régulation. Nous les envisageons
successivement.
La régulation à entrée restreinte
Sous une régulation de type “entrée restreinte”,
l’entrant, qui intervient comme suiveur de
Stackelberg, ne peut proposer de servir(en proposant
un niveau d’utilité uE ) que les consommateurs
rentables µ. À l’équilibre de ce jeu, il est aisé de
vérifier (voir encadré) qu’à une constante près, le
profit de l’opérateur I est W dans le régime SCI et
II WEI dans le régime de taxation TR. En fait,
conditionnellement au choix de la taxe, les niveaux
d’utilité annoncés par I déterminent le régime qui
s’impose à l’équilibre.
Le régime de subventions croisées par I (SCI)
apparaît lorsque I est relativement plus efficace que
E sur le marché des consommateurs rentables : dans
ce cas en effet, l’opérateur I a la possibilité d’offrirun
niveau d’utilité que E ne peut donner aux
consommateurs. L’opérateur historique sert donc les
deux types de consommateurs, finance les
consommateurs non rentables par le biais des
subventions croisées, et comme l’entrant n’est pas
actif, aucune taxe n’est perçue ni versée. Cependant,
la présence de E fait peser sur I une menace
concurrentielle qui profite aux consommateurs. Cette menace est mesurée par SE, valeur du surplus
que I est contraint de laisser, à l’équilibre, aux
consommateurs rentables.
Le régime de taxation, au contraire, apparaît lorsque
E est plus efficace sur le marché des consommateurs
rentables ; les deux opérateurs sont alors actifs : E
sert le segment des consommateurs rentables, et I
celui des non rentables. Le produit de la taxe est versé
à I.
Quel que soit le niveau de taxe fixé par le régulateur,
le régime d’équilibre est le régime socialement
optimal. En effet, l’opérateur
I choisit le régime de
taxation lorsque
W WII EI < et le régime de
subventions croisées lorsque l’inégalité inverse est
vérifiée. Ce mode de régulation présente donc la
propriété intéressante selon laquelle lorsque la
contrainte d’ubiquité est imposée seule, le régime
socialement optimal peut être décentralisé
[6].
Un critère d’efficacité productive “ pure”
consisterait à comparer les niveaux de bien-être
WII
et
WEI : dans la mesure où
W WEI EI <, le régime de
subventions croisées par
I apparaît “trop souvent’’
au regard de ce critère. Toutefois, dans la mesure où
le régulateur juge bon d’imposer la contrainte
d’ubiquité, et puisque celle-ci est financée soit par
taxation, soit par subventions croisées, le bon critère
de comparaison, dans une économie avec contrainte
de service universel, consiste bien à comparer
WII et
WEI et à adopter ainsi un critère d’efficacité
productive
contrainte
[7].
La régulation pay or play
Dans la régulation pay or play, l’entrant fait face à
l’arbitrage suivant : soit il paye la taxe imposée par le
régulateur (comme dans la régulation à entrée
restreinte analysée précédemment), soit il sert
lui-même les consommateurs non rentables. Compte
tenu de la règle du pay or play, il sert dans ce cas les
deux segments de marché, et finance ses pertes sur le
marché des consommateurs µ par subventions
croisées prélevées sur les consommateurs rentables.
L’ancien monopole, I, joue le rôle de l’opérateur en
dernier ressort, c’est-à-dire que par défaut, c’est à lui
que reviennent les obligations de desserte et de
non-discrimination.
Comme précédemment, l’opérateur I annonce en
leader de Stackelberg les valeurs (obligatoirement
positives ou nulles) des utilités qu’il laisse aux
consommateurs, et E intervient ensuite.
On peut vérifier
[8] qu’il existe une valeur de la taxe
t
telle que, à une constante près, le profit de l’opérateur
I à l’équilibre, coïncide avec le bien-être global dans
chaque régime et s’écrit donc :
Par conséquent, comme dans le cas de l’entrée
restreinte, la régulation pay or play permet de
décentraliser le choix du régulateur, c’est-à-dire de
le déléguer à l’opérateur I. Toutefois, la régulation
“pay or play” diffère de celle à entrée restreinte,
puisqu’elle permet d’atteindre un régime qui était
précédemment inaccessible : le régime où E sert tout
le marché et pratique des subventions croisées. Ce
régime n’apparaît que lorsque l’entrant est plus
efficace que l’ancien monopole sur les deux
segments de marchés, c’est-à-dire précisément
lorsqu’il permet d’atteindre le niveau de bien-être le
plus élevé. Il en résulte que face à la seule contrainte
d’ubiquité, la régulation de type pay or play permet
d’atteindre un niveau de bien-être global au moins
aussi élevé que la régulation à entrée restreinte. On
montre également que les consommateurs reçoivent
un niveau d’utilité supérieur.
La vertu principale de la régulation pay or play est
d’ouvrir l’accès du marché des consommateurs non
rentables à l’opérateur qui est le plus efficace pour le
servir, et de permettre ainsi de récupérer tous les
gains de l’ouverture à la concurrence.
Par ailleurs, il faut noter que le fonctionnement
concurrentiel du marché n’est nullemen t
incompatible avec le maintien d’un système de
subventions croisées. Mais contrairement à une
situation de monopole légal, d’une part le régime de
subventions croisées n’émerge à l’équilibre que
lorsqu’il est le plus profitable socialement, et d’autre
part, la pression concurrentielle permet aux
consommateurs d’atteindre des niveaux d’utilité
plus élevés qu’en monopole. En particulier, dans la
régulation pay or play, les consommateurs non
rentables sont susceptibles d’obtenir un niveau
d’utilité positif, alors que celui qu’ils reçoivent dans
la régulation à entrée restreinte est nul.
L’ouverture à la concurrence permet donc aux
consommateurs dans un régime de pay or play
d’obtenir tous les gains de l’ouverture pourvu que le
régulateur impose des obligations de service
universel.
Les développements qui précèdent montrent que
lorsque les OSU se réduisent à une contrainte
d’ubiquité, la régulation pay or play domine. Nous
réexaminons maintenant cette question lorsque la
contrainte de non-discrimination est elle aussi
imposée.
Ubiquité et non discrimination
L’opérateur qui est astreint à la double contrainte
d’ubiquité et de non-discrimination doit non
seulement desservir tous les consommateurs, mais
également leur proposer le même tarif. Ceci se
traduit par le fait qu’il doit proposer à tous les
consommateurs le même niveau d’utilité, et celui-ci
doit être positif ou nul pour garantir le raccordement
de tous au réseau
[9] ( )
u u I I = > 0.
En régulation à entrée restreinte, l’entrant, comme
précédemment, ne peut servir que le marché des
consommateurs rentables. Sa stratégie se limite donc
à l’offre d’un niveau d’utilité uE en réponse à
l’annonce des niveaux d’utilité uI et uI par I.
Le profit de I est maintenant donné, à une constante
près, par W S− α dans le régime de subventions
II E croisées SCI, et par WEI dans le régime de taxation
TR. On remarque immédiatement que contrairement
au cas où la contrainte d’ubiquité est imposée seule,
le choix de l’opérateur I ne coïncide plus avec celui
du régulateur. Une distorsion apparaît, dont la valeur
( )α SE correspond à l’utilité qu’il faut maintenant
lais ser aux consommateurs µ. Chaq ue
consommateur doit désormais recevoir de I, en
nation, la
raison de la contrainte de non-discrimivaleur SE que E peut (au plus) lui donner.
On peut interpréter maintenant ces résultats en
termes de distorsions successives par rapport à
l’efficacité productive “pure”: rappelons d’abord
que la présence de la contrainte d’ubiquité financéepar taxation impose de comparer WII et WEI, et non
WII et WEI; la taxe entraîne ainsi une première perte
de bien-être égale à W WEI EI − et le régime de
subventions croisées par I (SCI) est trop souvent
choisi à l’équilibre au regard d’un critère
d’efficience productive pure.
La distorsion α SE liée à la contrainte de non
discrimination joue en sens opposé, puisqu’elle
réduit la zone de paramètres où le régime SCI est
choisi. La contrainte de non-discrimination a pour
effet de relâcher la concurrence : comme l’opérateur
I doit maintenant laisser le même niveau d’utilité aux
consommateurs des deux segments de marché, il
préfère diminuer l’utilité laissée aux consommateurs
rentables, ce qui réduit le déficit encouru sur les
consommateurs non rentables.
En régulation pay or play, l’opérateur E peut servir
les consommateurs ruraux. S’il choisit d’être actif
sur ce segment, alors il sert les deux types de
consommateurs et, du fait de la contrainte de
non-discrimination qui s’impose à I, l’opérateur E
est obligé lui aussi d’offrir le même niveau d’utilité à
chaque type de consommateur. Dans ce cas, E ne
paye pas de taxe.
On peut montrer, par le même type d’argument que
celui développé dans l’encadré, qu’il existe un taux
de taxe t, tel que le profit de l’opérateur I s’écrit
maintenant :
Trois régimes peuvent donc prévaloir à l’équilibre,
suivant la valeur de la taxe :
- lorsque la taxe est à un niveau très bas, il n’est
jamais profitable pour E de servir les deux marchés
puisqu’il lui faut alors laisser le même niveau
d’utilité aux deux catégories de consommateurs.
Dans ce cas, le régime est SCI ou RT, suivant le
niveau de la taxe ;
- pour des niveaux intermédiaires de la taxe, le
régime dans lequel l’entrant opère par subventions
croisées (SCE) peut apparaître, selon l’efficacité
relative des deux firmes à servir les deux segments de
marchés ;
- enfin pour des niveaux de taxe très élevés, le
montant total de surplus engendré est trop faible : le
régime de taxation disparaît au profit de l’un des
deux régimes de subventions croisées SCE ou SCI.
La distorsion liée à ND prend ici trois valeurs,
α α α, S S S SE E E E − −, ou 0 en fonction de la
valeur de la taxe. Elle est décroissante et continue
vis-à-vis du niveau de la taxe.
On est maintenant en mesure de comparer les deux
modes de régulation (entrée restreinte et pay or play)
en termes de bien-être, lorsque les deux contraintes
U et ND sont imposées simultanément :
- si le taux de taxe est suffisamment faible ( t ), alors
les deux modes de régulation conduisent au même
niveau de bien-être global et aux mêmes niveaux
d’utilité pour les consommateurs ;
- si le taux de taxe est plus élevé, ce n’est plus le cas.
En particulier, la régulation pay or play peut
engendrer un niveau de bien-être inférieur à celui
auquel mène l’entrée restreinte, suivant la
configuration des efficacités relatives des
opérateurs et le taux de taxe imposé par le
régulateur.
Ce résultat contraste donc fortement avec celui
obtenu sous la seule contrainte d’ubiquité : dans ce
cas en effet, la régulation pay or play permet toujours
d’atteindre des niveaux de bien-être supérieurs à
ceux obtenus sous entrée restreinte, parce qu’elle
autorise l’opérateur le plus efficace à servir le
marché. Dans le cas où la contrainte de
non-discrimination est aussi imposée, ce résultat est
infirmé. Il s’agit là d’une conséquence a priori
contre-intuitive, car la régulation pay or play permet
d’atteindre un régime supplémentaire par rapport à
l’entrée restreinte. La perte de bien-être provient soit
de la forme spécifique de la distorsion liée à la
contrainte ND, soit du fait que le régime de taxation
n’est plus accessible à l’équilibre lorsque la taxe est
élevée, quand bien même ce régime serait
socialement profitable.
Nous nous sommes limités, dans cet article, à la
comparaison de deux mécanismes de régulation,
l’entrée restreinte et le “pay or play”. L’un des
intérêts de cette comparaison réside dans le fait que
le système de l’entrée restreinte est assez proche de la
régulation qui s’applique aux obligations de service
univers el en France, d ans le s ecteu r d es
télécommunications par exemple. Cependant, bien
d’autres types de régulation sont concevables.
En ce qui concerne le financement de ces contraintes,
ainsi, on pourrait utiliser des transferts forfaitaires et
non une taxation unitaire assise sur les quantités. De
tels transferts forfaitaires, dans la mesure où ils
n’induiraient aucune distorsion dans les niveaux de
production, garantiraient l’efficacité productive
pure. Ce mode de financement pourrait donc s’avérer
préférable, à condition toutefois que le coût social
des fonds publics ne soit pas trop élevé. Il faut
cependant remarquer que le régulateur est dans ce
cas privé d’un instrument de redistribution : en effet,
le niveau de la taxe détermine le niveau du surplus SE
or celui-ci exerce une pression concurrentielle même
dans le cas où I sert seul le marché (régime SCI), puisque cette valeur SE détermine l’utilité que I est
contraint de laisser aux consommateurs lorsqu’il
subit la concurrence potentielle de E. Le taux de taxe
détermine donc indirectement la part du surplus qui
reviendra aux consommateurs : opter pour un
système de financement par transferts forfaitaires
revient donc à ôter au régulateur toute possibilité
d’infléchir le partage du surplus. Toutefois, il n’est
pas certain que la régulation d’un secteur d’activité
particulier soit une manière adéquate de redistribuer
des richesses, et cet argument en faveur des taxes doit
donc être lui-même relativisé.
En ce qui concerne la question de l’allocation des
OSU, des systèmes d’enchères pourraient améliorer
l’efficacité productive. La contrainte d’ubiquité, par
exemple, pourrait être vendue aux enchères selon le
schéma suivant : chaque opérateur demande une
subvention pour servir le marché d es
consommateurs non rentables. Le marché est
attribué à celui qui demande le montant de
subvention le plus faible. La subvention est alors
financée par transfert forfaitaire. Ce mécanisme
décon necte les segments de marché d es
consommateurs rentables et non rentables et interdit
les sub ventio ns croisées, le segment d es
consommateurs rentables étant dans ce cas
concurrentiel.
On pourrait aussi envisager l’ouverture à une
concurrence ex ante, pour l’obtention du marché (et
non sur le marché) afin de servir en monopole tous
les consommateurs. Le vainqueur d’un tel appel
d’offre pourrait alors mettre en œuvre des
subventions croisées entre les deux segments de
marché (c’est ce qui se produit d’une certaine
manière dans Gasmi, Laffont et Sharkey, 2000). En
revanche, il faut toutefois noter qu’autoriser des
enchères jointes sur les deux segments de marché (et
permettre ainsi au vainqueur de pratiquer des
subventions croisées entre les deux segments) est
sous-optimal, du point de vue de l’efficacité
productive, si une entreprise est plus efficace sur l’un
des segments de marché tandis que la rivale est plus
efficace sur l’autre.
En tout état de cause, chaque mode de régulation a
des conséquences spécifiques en termes de bien-être
et de redistribution. Celles-ci devraient être
clairement perçues par le décideur public au moment
du choix d’un système d’allocation et de
financement des obligations de service universel.
·
Choné Ph., Flochel L., Perrot A. (2002). “Allocating and
Funding Universal Service Obligations in a Competitive
Market”, International Journal of Industrial Organization,
vol. 20, (9), pp. 1247-1276.
·
Cremer H., De Ricke M., Grimaud A. (1997). “The Costs of
Universal Service in the Postal Sector”, in Crew et
Kleindorfer, Current Directions in Postal Reform, Kluwer
Academic Publishers, Boston.
·
Cremer H., De Ricke M., Grimaud A. (1997). “Costs and
Benefit of Universal Service Obligation in the Postal Sector”,
in Crew et Kleindorfer, Managing Change in the Postal and
Delivery Industries, Kluwer Academic Publishers, Boston.
·
Curien N., Dognin E. (1995). “Le service universel : quelle
valeur ? Quels coûts ? Quel financement ?” Annales des
Télécommunications, vol 50, pp. 337-347.
·
Gasmi F., Laffont J-J., Sharkey W.W. (2000).
“Competition, Universal Service and Telecommunications
Policy in Developing Countries”, Information Economics and
Policy, vol.12 (3), pp. 221-248.
·
Henry C. (1997). Concurrence et Services Publics dans
l’Union Européenne, PUF, Paris.
·
Laffont J-J., N’Gbo A. (2000). “Cross Subsidies and
Network Expansion in Developing Countries”, European
Economic Review, vol. 44, pp. 797-805.
·
Laffont J-J., Tirole J. (2000). Competition in
Telecommunications, MIT Press, Cambridge MA.
·
Panzar J. (2000). “A Methodology for Determining USO
Costs and USF Payments”, Information Economics and
Policy, vol. 12 (3), pp 211-220.
[(**)]
Gate, Université Lumière Lyon II
[(***)]
Crest-Lei et Eurequa - Université de Paris I
[(1)]
D’autres sources de problèmes peuvent également
apparaître lors de l’ouverture d’un réseau à la concurrence : la
duplication des infrastructures et le contournement inefficace
des réseaux ou encore l’arivée sur le marché de concurrents
moins efficaces que l’entreprise en place, qui diminuent
l’efficacité globale du secteur. Nous faisons abstraction de ces
différentes questions pour nous centrer sur celle du service
universel.
[(2)]
On distingue en général une composante géographique du
service universel, liée à la dispersion spatiale des
consommateurs sur un territoire hétérogène, et une
composante sociale, liée à la dispersion des revenus.
[(3)]
Dans les télécommunications, le coût est “net” des
bénéfices engendrés par les appels entrants et sortants.
[(4)]
Pour une présentation détaillée et complète du modèle, le
lecteur est renvoyé à Choné, Flochel, Perrot (2002).
[(5)]
La détermination du niveau de la taxe (neutralité
compétitive, compensation des pertes de l’opérateur soumis
aux contraintes, premier rang, etc...) renvoie à des critères de
choix dont la discussion va au-delà des objectifs de l’article.
[(6)]
En particulier, cette propriété signifie que si le régulateur
souffre d’un désavantage informationnel, la délégation des
décisions à l’opérateur historique permet d’atteindre
l’optimum sous contrainte d’ubiquité.
[(7)]
Un taux de taxe nul permet toujours d’atteindre l’efficience
productive “pure”. Cependant, il est possible qu’un tel niveau
de la taxe n’atteigne pas les objectifs du régulateur (équilibre
budgétaire de l’opérateur installé, neutralité concurrentielle,
etc...)
[(8)]
La démonstration procède exactement comme dans
l’encadré.
[(9)]
Remarquons que la contrainte de non-discrimination,
imposée seule, peut aboutir à l’exclusion de certains
consommateur, alors même que sans contrainte tous les
consommateurs seraient servis : l’opérateur peut préférer
extraire le surplus des seuls consommateurs rentables plutôt
que d’en abandonner une partie pour laisser la même utilité aux
non rentables. Il en était ainsi de la desserte du gaz en France
jusqu’à une période récente